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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Colombie. La gr&#232;ve de 2021</title>
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		<dc:date>2023-05-11T20:33:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leila Celis</dc:creator>


		<dc:subject>Celis, Leila</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les manifestations qui ont d&#233;but&#233; le 28 avril 2021 ont transform&#233; le paysage politique de la Colombie. Ce qui &#233;tait au d&#233;part une gr&#232;ve d'une journ&#233;e s'est transform&#233; en la mobilisation sociale la plus importante de l'histoire du pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant deux mois, des milliers de Colombien&#183;ne&#183;s sont descendu&#183;e&#183;s dans les rues des grandes et des petites villes, sur les routes principales et secondaires, jour et nuit, pour d&#233;noncer le gouvernement du pr&#233;sident Ivan Duque et ses politiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-90-decembre-2021-" rel="directory"&gt;No 090 - d&#233;cembre 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/4524.png?1683837198' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;643&#034; height=&#034;462&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les manifestations qui ont d&#233;but&#233; le 28 avril 2021 ont transform&#233; le paysage politique de la Colombie. Ce qui &#233;tait au d&#233;part une gr&#232;ve d'une journ&#233;e s'est transform&#233; en la mobilisation sociale la plus importante de l'histoire du pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pendant deux mois, des milliers de Colombien&#183;ne&#183;s sont descendu&#183;e&#183;s dans les rues des grandes et des petites villes, sur les routes principales et secondaires, jour et nuit, pour d&#233;noncer le gouvernement du pr&#233;sident Ivan Duque et ses politiques anti-populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications de manifestant&#183;e&#183;s comprenaient autant l'acc&#232;s aux services de sant&#233; et d'&#233;ducation que la d&#233;mission du gouvernement, et les actions allaient de soir&#233;es culturelles et festives &#224; l'incendie de plusieurs postes de police et succursales bancaires dans diff&#233;rentes villes du pays. Les sondages d'opinion effectu&#233;s durant la gr&#232;ve ont d&#233;montr&#233; que la droite n'a jamais fait aussi pi&#232;tre figure en Colombie et que les manifestations ont joui d'une sympathie inou&#239;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les secteurs sociaux organis&#233;s et qui se mobilisent depuis des d&#233;cennies &#233;taient dans les manifestations : les &#233;tudiant&#183;e&#183; s, les ouvrier&#183;&#232;re&#183;s, les Autochtones, les paysan&#183;ne&#183;s, les afrodescendant&#183;e&#183;s, les femmes... Mais il y a eu aussi &#233;mergence de nouveaux acteurs sociaux, notamment les jeunes de quartiers populaires, les plus pauvres parmi les pauvres. On note aussi des transformations : le mouvement autochtone, apr&#232;s n'avoir &#233;t&#233; qu'un acteur de plus au sein du mouvement social, en est venu &#224; jouer un r&#244;le central de leadership. Les femmes et leurs revendications ont r&#233;ussi &#224; &#234;tre plus visible s que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs analystes affirment que, bien plus qu'une gr&#232;ve, il y eut une explosion sociale : ce mouvement semble avoir caus&#233; une fissure dans la structure de stabilit&#233; du r&#233;gime politique colombien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;br /&gt; Les raisons de l'indignation populaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve refl&#232;te la col&#232;re d'une population qui refuse de continuer &#224; accepter les sacrifices et les humiliations que lui impose depuis longtemps la classe dirigeante ; l'indignation de plusieurs g&#233;n&#233;rations priv&#233;es de droits, qui ont grandi dans la pr&#233;carit&#233;, dans un contexte de guerre ayant particuli&#232;rement touch&#233; les plus pauvres, les femmes et les personnes racis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre pourquoi la gr&#232;ve s'est transform&#233;e en une explosion sociale, il faut rappeler que les in&#233;galit&#233;s sont profondes. La Colombie, avec un indice de Gini de 0,53&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR L'indice de Gini mesure le niveau d'in&#233;galit&#233; dans la r&#233;partition du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , est l'un des pays les plus in&#233;galitaires au monde et ces in&#233;galit&#233;s sont &#224; l'origine d'un conflit social et arm&#233; qui dure d&#233;j&#224; depuis plus de 60 ans. Dans la construction de ce clivage social, il ne faut pas n&#233;gliger l'appropriation des fonds publics par les &#233;lites politiques, appropriation qui se fait tant&#244;t &#224; travers des l&#233;gislations sur mesure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Historiquement, les classes dirigeantes ont utilis&#233; le pouvoir l&#233;gislatif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tant&#244;t par simple corruption. Au cours des 30 derni&#232;res ann&#233;es, les &#233;carts sociaux se sont creus&#233;s davantage par les politiques n&#233;olib&#233;rales qui ont r&#233;duit au minimum les redevances de l'industrie mini&#232;re et p&#233;troli&#232;re pour l'&#201;tat, ont impos&#233; la privatisation des services publics &#8212; notamment en sant&#233; et en &#233;ducation &#8212; et ont d&#233;mantel&#233; les normes de protection de l'environnement et de protection de travailleur&#183;euse&#183;s, le tout en faveur du grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Taxer les pauvres et subventionner les riches : la goutte de trop&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays o&#249; des millions de personnes d&#233;pendent du travail journalier pour se procurer &#224; manger, les mesures d'isolement impos&#233;es par le gouvernement dans le contexte de la pand&#233;mie n'ont pas aid&#233;, d'autant plus que ces mesures n'ont &#233;t&#233; suivies d'aucune aide sociale. Selon l'Institut colombien des statistiques, en 2020, 42,5 % de la population vivait dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que pr&#232;s de la moiti&#233; de la population peine &#224; avoir trois repas par jour et que la pand&#233;mie se propage sans que la population ait acc&#232;s &#224; des services de sant&#233;, le gouvernement a voulu faire adopter deux r&#233;formes l&#233;gislatives. La r&#233;forme fiscale du pr&#233;sident Ivan Duque voulait augmenter l'imp&#244;t sur le revenu, les taxes sur les aliments de base (riz, sucre, viandes, caf&#233;) et sur des services fun&#232;bres. Sa r&#233;forme de la sant&#233; voulait privatiser ce qui reste du syst&#232;me de sant&#233; publique en asphyxiant les h&#244;pitaux au milieu d'une crise sanitaire sans pr&#233;c&#233;dent. Selon le gouvernement, ces mesures, qui affectent directement les secteurs sociaux les plus d&#233;favoris&#233;s du pays, &#233;taient n&#233;cessaires pour r&#233;pondre au d&#233;ficit fiscal. Ce qu'il n'a pas dit, c'est que sa r&#233;forme de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente avait accord&#233; des avantages fiscaux aux entreprises et qu'il estimait que la charge fiscale de celles-ci passerait de 16,6 % du PIB en 2019 &#224; 15,7 % en 2030.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces initiatives l&#233;gislatives ont d&#233;clench&#233; la gr&#232;ve. Les mobilisations d&#233;montrent que la logique qui consiste &#224; taxer les pauvres et &#224; subventionner les riches ne passe plus. La population qui a &#233;t&#233; progressivement pr&#233;caris&#233;e n'est plus pr&#234;te &#224; garder le silence devant une &#233;lite qui b&#233;n&#233;ficie directement du pouvoir et des deniers publics, au d&#233;triment de la majorit&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'effet boomerang de la violence d'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les d&#233;clencheurs de la gr&#232;ve ont &#233;t&#233; ces projets l&#233;gislatifs qui auraient aggrav&#233; les injustices socio-&#233;conomiques, ce sont la violence disproportionn&#233;e de l'&#201;tat contre les manifestations et l'indignation suscit&#233;e par cette violence qui expliquent que la gr&#232;ve ait dur&#233; deux mois. La r&#233;action du gouvernement aux demandes de justice sociale &#233;tait digne d'une d&#233;claration de guerre. Pendant la gr&#232;ve, 73 personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es, 2005 personnes ont &#233;t&#233; d&#233;tenues arbitrairement, 82 personnes ont &#233;t&#233; victimes d'agressions oculaires et 28 d'agressions sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justification de la violence d'&#201;tat s'est appuy&#233;e sur une strat&#233;gie discursive dans laquelle les manifestant&#183;e &#183; s &#233;taient accus&#233;&#183;e&#183;s d'&#234;tre des vandales et les manifestations, d'&#234;tre infiltr&#233;es par la gu&#233;rilla. Parall&#232;lement, les personnes oppos&#233;es aux manifestations se sont pr&#233;sent&#233;es comme des &#171; gens bien &#187; et ont &#233;t&#233; autoris&#233;es &#224; tenir des discours racistes dans lesquels les Autochtones ont &#233;t&#233; insult&#233;&#183;e&#183;s et exhort&#233;&#183;e&#183;s &#224; &#171; rentrer chez eux &#187; , de m&#234;me que des discours classistes contre les plus pauvres, qui sont principalement les jeunes des quartiers informels, les Autochtones et les femmes. Les effets de ces discours ne sont pas anodins : les victimes de la violence ont &#233;t&#233; principalement les personnes issues des secteurs les plus pauvres, la population racis&#233;e et les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La brutalit&#233; contre les manifestant&#183;e&#183;s refl&#232;te le caract&#232;re syst&#233;matique des crimes d'&#201;tat. Entre 2002 et 2008, 6 402 jeunes des secteurs les plus pauvres ont &#233;t&#233; assassin&#233;&#183;e&#183;s de sang-froid par des membres des Forces arm&#233;es et ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;&#183;e&#183;s comme des gu&#233;rillero&#183;a&#183;s tu&#233;&#183;e&#183;s au combat. On pourrait continuer longtemps la liste des crimes d'&#201;tat, car depuis les ann&#233;es 1960, les forces de l'ordre (arm&#233;e, police et organismes de renseignement militaire) sont entrain&#233;es &#224; voir les citoyen&#183;ne&#183;s comme des ennemies de l'&#201;tat et cela a des effets syst&#233;matiques et quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les raisons de l'espoir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'explosion sociale qui a commenc&#233; en avril 2021 va directement &#224; l'encontre des valeurs et de pratiques qui ont servi &#224; la stabilit&#233; exceptionnelle du r&#233;gime politique colombien. Ces pratiques comprennent le blocage de la participation politique des majorit&#233;s nationales, notamment des autochtones, des jeunes des secteurs populaires et des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gr&#232;ve et d&#233;colonisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de 2021 a mis en &#233;vidence le caract&#232;re d&#233;colonial que le mouvement autochtone a inscrit dans les luttes sociales en Colombie. Depuis plusieurs ann&#233;es, les Autochtones sont devenu&#183;e&#183;s un point de r&#233;f&#233;rence dans le mouvement social. Des formes d'organisation communautaire comme la Minga (concept qui d&#233;signe le travail de mise en commun des forces, dont les mobilisations font partie) et de formes de d&#233;fense comme la garde autochtone (comptant 70 000 membres) sont devenues des exemples pour le mouvement social. En effet, la garde paysanne, la garde afrodescendante et les &#171; premi&#232;res lignes &#187; form&#233;es dans les quartiers populaires pour d&#233;fendre les manifestations s'inspirent en partie des pratiques autochtones. Une sorte d'autochtonisation du mouvement social semble en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples permettent de voir de mani&#232;re concr&#232;te comment fonctionne ce leadership. Le premier exemple est la d&#233;cision du mouvement autochtone d'appuyer les autres secteurs sociaux mobilis&#233;s. Dans les moments les plus durs de la confrontation dans les villes et sur les routes, les Autochtones ont soutenu les autres secteurs sociaux dans le processus de mobilisation et dans la d&#233;fense de la s&#233;curit&#233; des manifestant&#183;e&#183;s, le tout, au p&#233;ril de leur vie. Dans ce contexte, neuf Autochtones ont &#233;t&#233; assassin&#233;s et plus de 40 autres ont &#233;t&#233; bless&#233;&#183;e&#183;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Remarquons qu' en m&#234;me temps, au Canada, les Autochtones proc&#233;daient &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le deuxi&#232;me exemple r&#233;f&#232;re aux revendications de d&#233;colonisation du mouvement autochtone. Pendant la gr&#232;ve, au moins 13 statues des colonisateurs ont &#233;t&#233; d&#233;boulonn&#233;es dans diff&#233;rentes villes du pays. Le premier jour de la gr&#232;ve, la statue du conqu&#233;rant espagnol S&#233;bastian de Belalc&#225;zar a &#233;t&#233; mise &#224; terre. L'action a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e par les autorit&#233;s du peuple Misak en tant que partie du processus de r&#233;cup&#233;ration de la m&#233;moire et de l'espace public.&lt;br /&gt; Le sentiment des manifestant&#183;e &#183; s face aux actions du mouvement autochtone peut se mesurer &#224; l'ampleur et &#224; l'&#233;motivit&#233; de la c&#233;r&#233;monie de passation du b&#226;ton de la garde autochtone aux jeunes de la premi&#232;re ligne &#224; Bogot&#225;, ou encore des manifestations de remerciements &#224; la Minga et &#224; la garde autochtone &#224; Cali. T&#233;moignent aussi de ce sentiment des slogans comme &#171; la Minga me prot&#232;ge, pas la police &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; sans rien &#187; : la g&#233;n&#233;ration qui a dit &lt;em&gt;basta&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Colombie, entre 1980 et 2020, plus de 8 millions de personnes ont &#233;t&#233; oblig&#233;es par la violence de quitter leur foyer. Ces d&#233;plac&#233;&#183;e&#183;s forc&#233;&#183;e&#183;s se sont entass&#233;&#183;e&#183;s dans des quartiers insalubres et ont lutt&#233; pour leur survie. Dans ces quartiers, la pr&#233;sence de l'&#201;tat est principalement incarn&#233;e par l'action r&#233;pressive de la police. Pour les jeunes, l'&#233;ducation universitaire est un luxe inaccessible et presque tous les hommes de ces quartiers ont fait le service militaire obligatoire. Les taux de ch&#244;mage sont tr&#232;s &#233;lev&#233;s et l'&#233;conomie informelle va de la vente de biscuits et d'eau dans la rue au microtrafic. Pendant la gr&#232;ve, ces jeunes des quartiers pauvres, qui ont grandi dans le d&#233;sespoir, ont rompu avec l'apathie politique qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;e par la violence et la pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont tr&#232;s majoritairement eux et elles qui forment la premi&#232;re ligne. Arm&#233;&#183;e&#183;s de boucliers faits de bidons, les jeunes de la premi&#232;re ligne d&#233;fendent le droit &#224; la manifestation contre la police. Cette derni&#232;re agit parfois conjointement avec de personnes habill&#233;es en civil et qui portent des armes (il s'agit d'urbanisation du mod&#232;le des escadrons de la mort qui existait principalement dans les r&#233;gions rurales du pays). Pendant deux mois, les jeunes ont repouss&#233; les gaz lacrymog&#232;nes et les grenades assourdissantes envoy&#233;s par la police contre les manifestant&#183;e&#183;s. Ils et elles se sont mis&#183;e&#183;s au milieu de jets d'eau et de tirs &#224; balles r&#233;elles pour permettre aux autres manifestant&#183;e&#183;s de continuer les protestations. Les jeunes des quartiers d&#233;favoris&#233;s sont aussi dans la premi&#232;re ligne parce que la police les a toujours trait&#233; &#183;e&#183; s comme des ennemi&#183;e&#183;s. Ces jeunes sont puni&#183;e&#183;s parce qu'ils et elles sont pauvres et parce que, comme d&#233;j&#224; mentionn&#233;, la police et les militaires en Colombie ont &#233;t&#233; entrain&#233;s &#224; voir dans la population des ennemi&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la gr&#232;ve, ces jeunes sont devenu&#183;e&#183;s des acteur&#183;trice&#183;s sociaux&#183;ales et politiques, et qui plus est, des acteur&#183;trice&#183;s r&#233;volutionnaires. Ils et elles disent souvent &#224; qui veut l'entendre : &#171; on nous a tellement enlev&#233; qu'on nous a m&#234;me enlev&#233; la peur &#187;. Les manifestant&#183;e&#183;s savent que s'opposer &#224; l'&#201;tat, lutter pour construire un pays plus juste, c'est risquer sa vie. Il ne faut pas confondre ce courage avec des envies suicidaires. Ces jeunes sont en train de lutter pour leur avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accusations de vandalisme lanc&#233;es en permanence par le gouvernement et les m&#233;dias contre les manifestant&#183;e&#183;s se sont appuy&#233;es sur des faits comme les incendies de plusieurs postes de police par les manifestant&#183;e&#183;s, incendies qui avaient commenc&#233; en 2020, avant la gr&#232;ve. Il convient de rappeler deux faits li&#233;s &#224; ces incendies. Premi&#232;rement, ils ont &#233;t&#233; la r&#233;ponse aux violences mortif&#232;res de la police. Deux cas dramatiquement c&#233;l&#232;bres sont celui de l'avocat Javier Ordo&#241;ez, mort &#224; la suite des tortures dans un poste de police de Bogot&#225; en septembre 2020, et celui de la jeune de 17 ans Alison Salazar, arr&#234;t&#233;e et amen&#233;e &#224; un poste de police &#224; Popayan en mai 2021, alors qu'elle prenait des photos de la gr&#232;ve. Alison s'est suicid&#233;e apr&#232;s avoir subi des attouchements par des policiers lors de son arrestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me fait qu'il faut rappeler, c'est que les manifestant&#183;e&#183;s ont transform&#233; plusieurs de ces postes de police en centres culturels et en biblioth&#232;ques communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Femmes : le prix de la visibilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des ph&#233;nom&#232;nes les plus marquants des manifestations a &#233;t&#233; la visibilit&#233; de la participation des femmes et des minorit&#233;s sexuelles, de leurs organisations et du mouvement f&#233;ministe, surtout dans les villes. Les femmes ont particip&#233; aux premi&#232;res lignes des m&#232;res d&#233;fendant les jeunes et aux premi&#232;res lignes f&#233;ministes, aux soupes populaires... La participation des femmes dans les mobilisations ne surprend personne, elles ont fait partie des mouvements sociaux depuis toujours. Ce qui est nouveau, c'est leur refus d'&#234;tre seulement &#171; en appui &#187; au mouvement, leur d&#233;cision de participer activement aux d&#233;bats d'id&#233;es, aux confrontations avec l'&#201;tat et la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont particip&#233; &#224; cette explosion sociale &#224; double titre. Comme membres du mouvement social, elles ont appuy&#233; les revendications de toutes et tous : investissement social, d&#233;militarisation du pays, solution politique au conflit, respect des accords de paix avec les FARC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2016 le pr&#233;sident Juan Manuel Santos (2010-2018) a sign&#233; un accord de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , etc. Mais la participation des femmes dans la gr&#232;ve a aussi permis de rendre visibles les revendications des organisations de femmes et du mouvement f&#233;ministe, parmi lesquelles, au premier chef, la d&#233;nonciation de la violence sexuelle et de genre qu'elles et les minorit&#233;s sexuelles subissent dans la sph&#232;re domestique, dans la rue, dans le contexte du conflit arm&#233; ou encore au sein du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courage de leur d&#233;cision, les femmes le paient cher. Selon la campagne Defender la libertad, pendant la gr&#232;ve, pr&#232;s de 500 femmes ont &#233;t&#233; victimes de violence polici&#232;re et 37 cas de violence de sexe et de genre ont &#233;t&#233; enregistr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le leadership dont les femmes font preuve constitue une v&#233;ritable rupture avec les valeurs patriarcales solidement ancr&#233;es dans la soci&#233;t&#233; colombienne. Faut-il rappeler que l'un des arguments de la droite conservatrice pour s'opposer aux accords de paix a &#233;t&#233; la perspective de genre incluse dans ces derniers, qui visaient, entre autres, &#224; promouvoir la participation politique des femmes ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLR L'indice de Gini mesure le niveau d'in&#233;galit&#233; dans la r&#233;partition du revenu dans un pays. Il s'agit d'un nombre variant de 0 &#224; 1, o&#249; 0 signifie l'&#233;galit&#233; parfaite et 1, une in&#233;galit&#233; parfaite. &#192; titre de comparaison, selon la Banque mondiale, l'indice de Gini est de 0,33 au Canada et de 0,41 aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Historiquement, les classes dirigeantes ont utilis&#233; le pouvoir l&#233;gislatif pour produire des lois et des politiques publiques leur permettant d'&#233;viter les imp&#244;ts, d'accaparer des terres ou encore de b&#233;n&#233;ficier directement des cr&#233;dits publics de promotion de l'industrie et l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Remarquons qu' en m&#234;me temps, au Canada, les Autochtones proc&#233;daient &#224; des actions du m&#234;me type, d&#233;clench&#233;es par l'identification de fosses des enfants autochtones pr&#232;s des pensionnats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2016 le pr&#233;sident Juan Manuel Santos (2010-2018) a sign&#233; un accord de paix avec les Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires de Colombie (FARC). Son successeur, le pr&#233;sident Ivan Duque (2018-) a refus&#233; l'application des points cl&#233;s de l'accord. Entre-temps, pr&#232;s de 300 ex-combattant&#183;e&#183;s des FARC ont &#233;t&#233; assassin&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Leila Celis est professeure &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al (UQAM) et membre du Projet d'accompagnement solidarit&#233; Colombie (PASC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : &#171; &#192; d&#233;faut d'arriver &#224; nous mettre ses id&#233;es dans la t&#234;te, le gouvernement nous met des balles &#187; (Oxi.ap, CC BY 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Extractivisme et criminalisation</title>
		<link>https://www.ababord.org/Extractivisme-et-criminalisation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Extractivisme-et-criminalisation</guid>
		<dc:date>2015-06-10T00:43:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leila Celis</dc:creator>


		<dc:subject>Compagnies mini&#232;res et p&#233;troli&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Celis, Leila</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La criminalisation de la protestation sociale est un m&#233;canisme de r&#233;pression parmi d'autres, telles les pratiques de surveillance ou les interventions muscl&#233;es. La criminalisation de l'opposition &#224; l'extractivisme fait r&#233;f&#233;rence au fait que, tr&#232;s souvent, les personnes et mouvements qui protestent contre l'exploitation de ressources naturelles et pour d&#233;fendre leur &#233;conomie, leur mode de vie, leur culture, leur existence sont poursuivies devant les tribunaux, voire amen&#233;es en prison &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Vivre-en-democratie-" rel="directory"&gt;Dossier : Vivre en d&#233;mocratie autoritaire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cies-minieres-et-petrolieres-+" rel="tag"&gt;Compagnies mini&#232;res et p&#233;troli&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Celis-Leila-+" rel="tag"&gt;Celis, Leila&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2017.jpg?1642092166' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;614&#034; height=&#034;461&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La criminalisation de la protestation sociale est un m&#233;canisme de r&#233;pression parmi d'autres, telles les pratiques de surveillance ou les interventions muscl&#233;es. La criminalisation de l'opposition &#224; l'extractivisme fait r&#233;f&#233;rence au fait que, tr&#232;s souvent, les personnes et mouvements qui protestent contre l'exploitation de ressources naturelles et pour d&#233;fendre leur &#233;conomie, leur mode de vie, leur culture, leur existence sont poursuivies devant les tribunaux, voire amen&#233;es en prison &#224; la suite d'accusations criminelles. En outre, dans le contexte de conflits arm&#233;s, les personnes vis&#233;es par des accusations criminelles sont plus susceptibles d'&#234;tre victimes d'autres violations des droits humains qui peuvent aller jusqu'&#224; leur assassinat, et ce, en toute impunit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La criminalisation de l'opposition sociale n'est pas exclusive &#224; un type de r&#233;gime en particulier. Cependant, alors que les r&#233;gimes totalitaires et dictatoriaux tendent &#224; crimi&#173;naliser directement &lt;i&gt;le fait politique&lt;/i&gt; de l'opposition, les r&#233;gimes lib&#233;raux, contraints d'admettre la l&#233;galit&#233; de l'opposition, vont plut&#244;t criminaliser &lt;i&gt;les actions&lt;/i&gt; de protestation. Sur le plan de la l&#233;gitimation, cela veut dire qu'en criminalisant l'expression plut&#244;t que le fait politique de l'opposition, un r&#233;gime r&#233;ussit &#224; se pr&#233;senter comme d&#233;mocratique puisqu'il permet l'opposition, en m&#234;me temps qu'il rend ill&#233;&#173;gitime la lutte sociale en pr&#233;sentant les protestataires comme des criminel&#183;le&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre contre la vertu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi s'interroger sur les pratiques de criminalisation en lien avec l'extractivisme ? Premi&#232;rement, parce que depuis les ann&#233;es 1990, cette industrie est devenue centrale aux plans de d&#233;veloppement de la majorit&#233;, sinon de la totalit&#233;, des gouvernements du sous-continent, et cela, ind&#233;pendamment de leur position plus &#224; gauche ou plus n&#233;olib&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fr&#233;d&#233;ric Thomas, Industries mini&#232;res : extraire &#224; tout prix ?, Paris ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'industrie extractive est, &#224; plusieurs &#233;gards, qualifi&#233;e d'&#171; int&#233;r&#234;t national &#187;. Son d&#233;veloppement est associ&#233; &#224; la croissance &#233;conomique, &#224; la cr&#233;ation d'emplois, au financement des services publics. Ainsi, s'opposer &#224; cette industrie serait s'opposer &#224; tout cela &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'importance que les gouvernements accordent &#224; l'industrie extractive se refl&#232;te dans l'attitude r&#233;pressive qu'ils adoptent pour contrer l'opposition : la coercition physique n'est pas exceptionnelle, et les processus juridiques contre les opposant&#183;e&#183;s de projets extractifs se multiplient et prennent plusieurs formes inusit&#233;es. Celles-ci peuvent aller d'accusations de terrorisme (par exemple contre les Mapuches qui, au Chili, s'opposent &#224; l'exploitation de la for&#234;t), &#224; des accusations de s&#233;questration contre des travailleurs p&#233;troliers ayant particip&#233; &#224; un piquet de gr&#232;ve, en Colombie, en passant par la pers&#233;cution de paysans qui abattent quelques arbres pour subvenir &#224; leurs besoins personnels, au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons finalement que, souvent, le traitement des demandes des communaut&#233;s contre les compagnies est ind&#251;ment retard&#233; par les fonctionnaires d'&#201;tat de sorte que, dans la plupart des cas, ces demandes restent inefficaces. A contrario, toute demande &#233;manant des entreprises extractives se voit trait&#233;e diligemment. Il ne faudrait pas voir de contradiction dans ces faits : les &#201;tats qui prennent la d&#233;cision de criminaliser et d'emprisonner les d&#233;fenseur&#183;e&#183;s des droits humains &#339;uvrent &#224; la protection des int&#233;r&#234;ts des multinationales. L'industrie extractive est la b&#233;n&#233;ficiaire directe de ces processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La judiciarisation de l'opposition sociale est devenue la norme. N&#233;anmoins, comme le rappelle le verdict pr&#233;liminaire du Tribunal permanent des peuples sur l'industrie mini&#232;re canadienne, les &#201;tats sont responsables lorsque, &#171; &lt;i&gt;minant arbitrairement les fondements de l'&#201;tat d&#233;mocratique et social, ils criminalisent directement l'activit&#233; des individus, des activistes, des leaders communautaires et des d&#233;fenseurs des droits humains et de l'environnement qui r&#233;clament de fa&#231;on l&#233;gitime et pacifique le droit &#224; l'autod&#233;termination et qui s'opposent aux violations de leurs droits et libert&#233;s fondamentales. Les mouvements sociaux (souvent autochtones) qui sont stigmatis&#233;s et criminalis&#233;s pour leurs actions en d&#233;fense du territoire des communaut&#233;s affect&#233;es revendiquent un environnement sain, la protection de la nature, des &#233;cosyst&#232;mes, de leurs moyens de subsistance, de l'eau, du patrimoine culturel et du droit de d&#233;cider du type de d&#233;veloppement local &#224; mettre de l'avant&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JURY TPP CANADA, 2014. Verdict Tribunal permanent des peuples, section (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de criminalisation de l'opposition &#224; l'industrie extractive vise &#224; d&#233;l&#233;gitimer et &#224; &#233;craser la r&#233;sistance pour s&#233;curiser les investissements dans deux sens, &#224; savoir la s&#233;curit&#233; physique des infrastructures et des op&#233;rations et la s&#233;curit&#233; de l'image des investissements qui peut &#234;tre affect&#233;e dans sa valeur boursi&#232;re&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Fr&#233;d&#233;ric Thomas, &lt;i&gt;Industries mini&#232;res : extraire &#224; tout prix ?&lt;/i&gt;, Paris ; Louvain-la-Neuve (Belgique), &#201;d. Syllepse, Centre tricontinental, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;JURY TPP CANADA, 2014. &lt;i&gt;Verdict Tribunal permanent des peuples, section Canada sur l'industrie mini&#232;re canadienne&lt;/i&gt;, juin 2014, Montr&#233;al, Qu&#233;bec : s.n.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : &#200;ve-Marie Lacasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteure est membre du Projet Accompagnement Solidarit&#233; Colombie (PASC)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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