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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le cancre, le genre et la pens&#233;e dominante</title>
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		<dc:date>2017-02-01T19:23:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Boisclair, Martine Delvaux</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Manchette</dc:subject>
		<dc:subject>Delvaux, Martine</dc:subject>
		<dc:subject>Boisclair, Isabelle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 29 janvier dernier, Nathalie Collard publiait une critique de D&#233;cadence de Michel Onfray, et du livre Le nouveau r&#233;gime de Mathieu Bock-C&#244;t&#233;. Si l'on en croit le commentaire de M. Bock-C&#244;t&#233;, fait &#224; la radio de Radio-Canada, cette critique ne vaudrait pas mieux qu'&#171; un mauvais travail de c&#233;gep &#187;. Difficile de laisser passer ce commentaire sans rien dire. &lt;br class='autobr' /&gt; Car &#224; ce compte-l&#224;, n'est-il pas n&#233;cessaire de pointer comment M. Bock-C&#244;t&#233; lui-m&#234;me fait figure de mauvais &#233;l&#232;ve, lui qui, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-67-dec-2016-janv-2017-" rel="directory"&gt;No 067 - d&#233;c. 2016 / janv. 2017&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Boisclair-Isabelle-+" rel="tag"&gt;Boisclair, Isabelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2332.jpg?1642092188' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1024&#034; height=&#034;768&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 29 janvier dernier, Nathalie Collard publiait une &lt;a href=&#034;http://plus.lapresse.ca/screens/85d56fb4-14bc-4fb0-9ed3-222b8ec9011b%7C_0.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;critique&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;D&#233;cadence&lt;/i&gt; de Michel Onfray, et du livre &lt;i&gt;Le nouveau r&#233;gime&lt;/i&gt; de Mathieu Bock-C&#244;t&#233;. Si l'on en croit le &lt;a href=&#034;http://ici.radio-canada.ca/emissions/La_soiree_est_encore_jeune/2016-2017/archives.asp?date=2017/01/29&amp;indTime=1042&amp;idmedia=7670316&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;commentaire&lt;/a&gt; de M. Bock-C&#244;t&#233;, fait &#224; la radio de Radio-Canada, cette critique ne vaudrait pas mieux qu'&#171; &lt;i&gt;un mauvais travail de c&#233;gep&lt;/i&gt; &#187;. Difficile de laisser passer ce commentaire sans rien dire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Car &#224; ce compte-l&#224;, n'est-il pas n&#233;cessaire de pointer comment M. Bock-C&#244;t&#233; lui-m&#234;me fait figure de mauvais &#233;l&#232;ve, lui qui, r&#233;guli&#232;rement et sur diverses plateformes, fait la preuve qu'il n'a pas bien &#233;tudi&#233;, disqualifiant ce qu'il appelle la th&#233;orie du genre sans aucune argumentation, se contentant de parler de d&#233;rive ou d'h&#233;r&#233;sie, &#224; la mani&#232;re des anciens cur&#233;s ? Il condamne, il accuse, mais sans rien opposer &#224; des savoirs formul&#233;s depuis d&#233;j&#224; fort longtemps. Son discours est vide, comme l'est celui de notre voisin trop proche, ce Donald Trump qui s'exprime de fa&#231;on tonitruante avec moins de cent mots de vocabulaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, M. Bock-C&#244;t&#233; poss&#232;de un lexique plus large. Mais la question se pose : a-t-il seulement lu sur le genre ? A-t-il lu les travaux r&#233;flexifs et th&#233;oriques de Judith Butler, qu'il prend plaisir &#224; d&#233;molir &#224; l'aide de coups de gueule qui ne seront jamais &#224; la hauteur des travaux d'une des philosophes les plus importantes (et les plus reconnues) de notre &#233;poque, &#224; qui on doit des pages qui ont particip&#233; &#224; changer le paradigme de la pens&#233;e entourant les rapports de sexe. On peut &#234;tre en d&#233;saccord, on peut s'&#233;vertuer &#224; d&#233;monter son argumentation, mais pour &#231;a, il faut d'abord l'avoir lue. Il n'est pas suffisant d'affirmer qu'elle est une &#171; &lt;i&gt;partisan[e] de la th&#233;orie du genre &lt;/i&gt; &#187; qui est &#171; &lt;i&gt;en guerre, en croisade &lt;/i&gt; &#187; parce que son &#171; &lt;i&gt; intransigeance frise le fanatisme&lt;/i&gt; &#187;. Autant d'accusations non fond&#233;es, sinon sur l'indignation et la peur &#8211; et, demandons-nous, la peur de quoi ? Celle de voir p&#226;lir la sempiternelle croyance en une diff&#233;rence naturelle, biologique, entre les hommes et les femmes ? Une croyance qui justifie leur hi&#233;rarchisation sous pr&#233;texte de qualit&#233;s masculine et f&#233;minine intrins&#232;ques ? Des qualit&#233;s qu'il ne faudrait surtout pas perdre parce qu'alors, comment savoir qui est qui ? Moment de panique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis &#224; part cette attaque contre la pens&#233;e f&#233;ministe, qui repose sur des moqueries plut&#244;t que sur des arguments, ce qui est &#233;tonnant, c'est d'entendre M. Bock-C&#244;t&#233; se d&#233;crire comme ostracis&#233;, et dire qu'il est trait&#233; comme un pestif&#233;r&#233; parce qu'il n'adh&#232;re pas &#224; la pens&#233;e dominante. Mais la pens&#233;e dominante, en ce moment, c'est malheureusement la sienne, cette id&#233;ologie intransigeante qui ne sait pas se taire et qui donne lieu &#224; des violences contre les homosexuel&#183;le&#183;s, les personnes intersexu&#233;es et les personnes trans. Et oui, il y a un lien &#224; faire entre cette pens&#233;e de droite, traditionaliste, conservatrice, qui se pla&#238;t &#224; rejeter l'autre, et les valeurs d&#233;fendues au sud de la fronti&#232;re par Donald Trump ou par Marine LePen, outremer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a un lien &#224; faire entre ce conservatisme et la malhonn&#234;tet&#233; intellectuelle, le travail d'un cancre qui fait un peu vite, qui tourne les coins ronds. Car avant de traiter avec condescendance les d&#233;fenseur&#183;e&#183;s des th&#233;ories du genre, et s'en prendre &#224; celles ou ceux qui montrent les trous dans son argumentation, M. Bock-C&#244;t&#233; devrait faire ses devoirs. Question de nous pr&#233;senter un v&#233;ritable discours critique, au lieu d'une pens&#233;e sous forme d'opinions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Louperivois&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Biopolitique de l'enfance</title>
		<link>https://www.ababord.org/Biopolitique-de-l-enfance</link>
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		<dc:date>2016-11-21T02:45:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Boisclair</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Boisclair, Isabelle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si le mot paternalisme fait partie de l'artillerie critique du f&#233;minisme, &#233;voquant l'infan&#173;tilisation dont les femmes font l'objet, il para&#238;t encore plus pertinent dans le cadre d'une critique de la condition des enfants. Ces derniers ne sont-ils pas, en r&#233;gime patriarcal, les enfants du p&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt; Dans son essai La domination adulte. L'oppression des mineurs, Yves Bonnardel se livre &#224; une &#171; critique de [la] construction sociale moderne de l'enfance &#187;. En s'appuyant sur les penseurs de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Boisclair-Isabelle-+" rel="tag"&gt;Boisclair, Isabelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2315.png?1642092186' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;182&#034; height=&#034;348&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si le mot &lt;i&gt;paternalisme&lt;/i&gt; fait partie de l'artillerie critique du f&#233;minisme, &#233;voquant l'infan&#173;tilisation dont les femmes font l'objet, il para&#238;t encore plus pertinent dans le cadre d'une critique de la condition des enfants. Ces derniers ne sont-ils pas, en r&#233;gime patriarcal, les enfants du p&#232;re ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son essai &lt;i&gt;La domination adulte&lt;/i&gt;. L'oppression des mineurs, Yves Bonnardel se livre &#224; une &#171; &lt;i&gt;critique de [la] construction sociale moderne de l'enfance&lt;/i&gt; &#187;. En s'appuyant sur les penseurs de lib&#233;ration de l'enfance ayant &#233;merg&#233; surtout dans le climat libertaire post 68, tels John Holt et Catherine Baker (penseuse du &lt;i&gt;unschooling&lt;/i&gt;), puis en s'inspirant des th&#233;oricien&#183;ne&#183;s d'autres syst&#232;mes de domination, notamment les th&#233;oriciennes f&#233;ministes telles que Shulamith Firestone, Christine Delphy (qui signe la pr&#233;face) et Colette Guillaumin, l'auteur propose une solide r&#233;flexion sur la condition de l'enfance, qui deviendra probablement une r&#233;f&#233;rence en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L264xH394/134134-d04f8.png?1729018450' width='264' height='394' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Traitant principalement des luttes pour la lib&#233;&#173;ration des enfants, puis de la condition des enfants, de la fabrication de l'enfance ainsi que de l'&#233;ducation et du travail, l'ouvrage est richement document&#233;, relayant m&#234;me certains textes &#233;manant des groupes d'&#233;mancipation des mineurs par eux-m&#234;mes. &#192; ce titre, il constitue une excellente introduction &#224; la question.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Naturalisation de l'enfance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parmi les pistes les plus int&#233;ressantes sur lesquelles nous engage l'auteur, il y a d'abord celle du mot &lt;i&gt;enfant&lt;/i&gt; lui-m&#234;me, pos&#233;e en lien avec la question des droits. &#171; [&#8230;] &lt;i&gt;la Convention&lt;/i&gt; [des droits de l'enfant] &lt;i&gt;d&#233;finit d&#232;s son premier article le mot&lt;/i&gt; enfant : &#8220;tout &#234;tre humain &#226;g&#233; de moins de 18 ans, sauf si la majorit&#233; est atteinte plus t&#244;t&#8221;. &lt;i&gt;Elle dit&lt;/i&gt; enfant pour la galerie, &lt;i&gt;elle pense clairement mineur&lt;/i&gt;. &#187; Ce n'est certainement pas la premi&#232;re fois dans l'histoire que l'on confond cat&#233;gorie sociale et nature, comme le faisait remarquer Nicole-Claude Mathieu d&#233;j&#224; en 1971 : &#171; &lt;i&gt;Les&lt;/i&gt; mineurs &lt;i&gt;(fait juridique) sont pr&#233;cis&#233;ment tels parce qu'ils sont&lt;/i&gt; enfants (&lt;i&gt;ce qui est cens&#233; correspondre &#224; un fait biologique)&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants sont donc d&#233;finis par un statut juri&#173;dique, dont le prototype semble bien &#234;tre le nourrisson. Si ce dernier est certes impuissant &#224; bien des &#233;gards, cette condition ne dure assur&#233;ment pas 18 ans. Arnaque conceptuelle, &#171; &lt;i&gt;l'enfance telle qu'on la conna&#238;t, telle qu'on l'imagine et qu'on la construit&lt;/i&gt; &#187; rel&#232;ve de l'id&#233;el et a tr&#232;s peu &#224; voir avec la diversit&#233; des conditions r&#233;elles auxquelles le terme est cens&#233; r&#233;f&#233;rer. D'autant que les usages de l'&#226;ge ont connu moult variations historiques. Aussi, il appara&#238;t que &#171; &lt;i&gt;ces droits de l'enfant sont&lt;/i&gt; &#187; dans les faits &#171; une digue &#233;rig&#233;e contre l'exigence de lib&#233;ration des enfants &#187;. Et comme toute cat&#233;gorie sociale, celle-ci est produite par les institutions. On devrait donc parler de &lt;i&gt;minorisation&lt;/i&gt; des individus de moins de 18 ans. Et cette &lt;i&gt;minorisation&lt;/i&gt; est un dispositif n&#233;cessaire &#224; la domination adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eu &#233;gard &#224; diverses &#233;tudes ant&#233;rieures, celle-ci b&#233;n&#233;ficie des grilles d'analyse de plusieurs mouvements contemporains, au premier chef le f&#233;minisme. Cela n'est pas fortuit : &#224; l'instar du couple homme-femme, le couple adulte-enfant est lui aussi construit depuis un rapport instaur&#233; par un sujet qui se pose comme dominant en regard d'un second et qui, en coupant ce dernier du pouvoir, en fait un domin&#233;. Cette dialectique est &#233;tay&#233;e sur une id&#233;ologie &#8211; l'id&#233;ologie de l'enfance &#8211; qui le justifie : &#171; &lt;i&gt;La domination tient au pouvoir des ma&#238;tres, et non pas &#224; la nature du domin&#233;&lt;/i&gt;. &#187; Car la condition de domin&#233; n'est pas naturelle : &#171; &lt;i&gt;le rapport adulte/enfant est un rapport social : l'id&#233;e d'adulte n'existe que par celle d'enfant et r&#233;ciproquement&lt;/i&gt;. &#187; En l'occurrence, cette relation d'interd&#233;pendance est doubl&#233;e d'une appropriation ; c'est l&#224; une caract&#233;ristique qui, encore une fois, assimile l'enfance &#224; la condition f&#233;minine, les femmes et les enfants ayant &#233;t&#233; historiquement appropri&#233;s par un patriarche, chef de famille. Aussi le rapport adulte-enfant est-il entach&#233; de pater&#173;nalisme et c'est bien celui-ci qui infantilise, confinant les mineurs &#224; un &#171; &lt;i&gt;statut d'inf&#233;riorit&#233; sociale g&#233;n&#233;rale, d'incapacit&#233; l&#233;gale, de subordination, d'appropriation&lt;/i&gt; &#187;, comme l'&#233;crit Christine Delphy en pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inf&#233;riorit&#233; est le plus souvent justifi&#233;e par l'&#233;tat de &#171; d&#233;pendance &#187;. Pourtant, quelle disparit&#233; entre le nourrisson, le bambin de 6 ans et la jeune personne de 16 ans, tous juridiquement consid&#233;r&#233;s comme &#171; enfants &#187; ! Peut-&#234;tre faudrait-il entendre ici &#171; enfants de &#187;, car c'est bien de &#231;a qu'il s'agit, les enfants &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme possessions de l'unit&#233; familiale, dirig&#233;e par le p&#232;re, ce qui trahit le rapport d'appropriation. Ce que les enfants ont en commun, c'est certainement d'&#234;tre appropri&#233;s et de n'avoir aucun pouvoir juridique. L'enfance est indubitablement une identit&#233; politique, qui ne recoupe, en fait, aucune id&#233;e uniforme autre que celle de n'avoir pas encore 18 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier sa suj&#233;tion, on dit des enfants qu'ils sont irraisonn&#233;s, d&#233;raisonnables. Certes, l'humain ne na&#238;t pas dot&#233; de raison. Mais la raison ne lui appara&#238;t pas non plus le jour de ses 18 ans ; elle s'acquiert, et, &#224; mesure qu'elle s'acquiert, l'enfant est apte &#224; affronter divers probl&#232;mes &#224; sa mesure, beaucoup plus que ce qu'on lui conc&#232;de actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Droits des enfants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une autre piste concerne les incoh&#233;rences entre la Convention internationale des droits de l'enfant et les diverses chartes des droits humains. &#171; &lt;i&gt;La protection des jeunes pourrait tout &#224; fait &#234;tre garantie, tout du moins dans une mesure similaire, par ces m&#234;mes droits qui prot&#232;gent les adultes. [&#8230;] Ces droits humains prot&#232;gent [&#8230;] plus efficacement les individus de la violence physique, du vol, de l'abus de confiance, de la contrainte et des abus sexuels, etc., que l'absence de droits qu'institue le statut de mineur&lt;/i&gt;. &#187; Ainsi, il semble bien que les droits sp&#233;cifiques li&#233;s &#224; l'enfance servent davantage &#224; &#171; &lt;i&gt;verrouiller leur suj&#233;tion et leur soumission au monde adulte&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces droits, un principe de bon aloi veut que nous interdisions aux enfants le droit au travail. Mais au nom de quoi les en priver ? Si, comme pour tous les travailleurs&#183;euses, c'est de l'exploitation que l'on veut les prot&#233;ger, il y a d&#233;j&#224; des structures pour &#231;a. Cette question du travail des mineurs r&#233;v&#232;le en outre &#224; quel point la domination adulte qui m&#232;ne le monde est clairement occidentale. Non seulement l'interdiction est-elle factice puisque dans les faits, il y a bel et bien des enfants qui travaillent, mais plus encore, dans certains pays, leur participation est n&#233;cessaire. Il en est de m&#234;me dans les pays du Nord o&#249; subsiste de la pauvret&#233; : &#171; &lt;i&gt;De nombreux mineurs travaillent aussi dans les pays riches. [&#8230;] Il s'agit g&#233;n&#233;ralement d'enfants de milieux pauvres qui doivent aider &#224; la subsistance en famille ; il s'agit aussi de mineurs qui s'enfuient des structures qui leur sont impos&#233;es et se retrouvent &#224; devoir survivre par leurs propres moyens &#8211; et qui n'ont g&#233;n&#233;ralement, du fait de leur situation, d'autres solutions que l'ill&#233;galit&#233; et la clandestinit&#233; : la prostitution, le trafic de drogues, les ventes &#224; la sauvette ou de menus services, le vol ou le racket&lt;/i&gt;. &#187; Or c'est l'absence de droits reconnus qui pave la voie &#224; l'exploitation. Dans certains cas les mineurs sont m&#234;me priv&#233;s des profits de leur travail, celui-ci &#233;tant consid&#233;r&#233; comme simple participation &#224; l'&#233;conomie familiale. Mais &#171; &lt;i&gt;nos soci&#233;t&#233;s du Nord ne sont certainement pas pr&#234;tes &#224; reconna&#238;tre aux mineurs une possibilit&#233; d'autonomie mat&#233;rielle. L'argent est le nerf de la guerre, la d&#233;pen&#173;dance mat&#233;rielle des jeunes est au c&#339;ur du dispositif d'enfance&lt;/i&gt; &#187;. Pourtant, il faut bien voir qu'&#224; certains, le travail n'est pas interdit : les sportifs, les musiciens, les jeunes com&#233;diens&#8230; Il arrive donc qu'on reconnaisse ce privil&#232;ge. Aussi bien dire que le travail est acceptable lorsque l'&#233;lite brille, mais qu'il doit &#234;tre maintenu au noir, au secret pour les autres. Au vu de la diversit&#233; des situations, il appara&#238;t qu'il serait plus souhaitable de lutter contre l'imposition du travail, mais pour l'acc&#232;s au travail, pourvu qu'il soit reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du travail et de l'&#233;ducation, dont traite largement Bonnardel, un autre enjeu important, la sexualit&#233;, reste tr&#232;s peu abord&#233;. &#171; &lt;i&gt;Nous savons qu'ils peuvent &#233;prouver des d&#233;sirs et des plaisirs sexuels d&#232;s le plus jeune &#226;ge, mais le pr&#233;suppos&#233; d'une innocence enfantine r&#232;gne aujourd'hui en ma&#238;tre et permet la r&#233;pression et le d&#233;ni d'une sexualit&#233; active&lt;/i&gt; &#187; ; voire, du fait de la situation inf&#233;od&#233;e des enfants, ce pr&#233;suppos&#233; est aussi celui qui met la table aux abus. &#171; &lt;i&gt;Tant que les mineurs restent sous la coupe des majeurs [&#8230;], il reste illusoire d'imaginer qu'ils et elles puissent d&#233;velopper tranquillement une sexualit&#233;&lt;/i&gt; &#187; et r&#233;sister, par le fait m&#234;me, &#224; celle qui peut leur &#234;tre impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, l'auteur rappelle que ce &#171; &lt;i&gt;&#8220;syst&#232;me &#226;giste&#8221; est un syst&#232;me de domination aussi fondamental que les syst&#232;mes sp&#233;ciste, sexiste, raciste ou de classe avec lesquels il est &#233;troitement imbriqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Check ton privil&#232;ge !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il faut en finir avec toutes ces dominations (h&#233;t&#233;rosexistes, racistes, classistes, &#226;gistes), il importe de r&#233;fl&#233;chir &#224; la condition des enfants &#8211; et &#224; la domination adulte, laquelle est rarement nomm&#233;e comme telle. Tandis que les questions de classe, de race et de genre et les discriminations qui leur sont li&#233;es sont amplement document&#233;es, la domination qui repose sur l'&#171; adulterie &#187; reste &#224; instruire. Tenir compte des voix des mineurs et les int&#233;grer &#224; la vie sociale et politique bouleverserait bien des choses, certainement. Cela bouleverserait pr&#233;cis&#233;ment une structure organis&#233;e au b&#233;n&#233;fice des d&#233;tenteurs de pouvoir, le plus souvent des hommes, le plus souvent blancs, le plus souvent riches, mais toujours des adultes &#8211; quel que soit leur sexe, leur couleur de peau, leur classe sociale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose certaine, &#171; &lt;i&gt;les luttes pour un monde plus juste et plus solidaire doivent prendre aussi pour objet la question de l'enfance&lt;/i&gt; &#187;. Et il se pourrait bien que ce qu'elle menace ne soit pas seulement l'adulterie, mais aussi l'institution qui la configure : la famille. &#192; ce chapitre, il faudrait remettre en question nos usages contemporains de f&#233;tichisation des enfants, qui les instrumentalisent et nient leur subjectivit&#233;. De m&#234;me que les repr&#233;sentations que l'on en fait, notamment &#224; travers le langage, qui ne cesse de le dessiner en incomp&#233;tent, en insuffisant : &#171; &lt;i&gt;l'adulte prend son temps, l'enfant lambine, l'adulte pleure, l'enfant pleurniche&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonnardel n'apporte pas de pistes de solutions tr&#232;s concr&#232;tes. Son essai n'est pas un programme politique ; il tient plut&#244;t du manifeste. N'emp&#234;che, on se trouve devant une utopie inspirante qui donne par ailleurs le go&#251;t de retourner lire Christiane Rochefort qui, dans ses romans aussi bien que dans un essai, s'est faite l'ardente d&#233;fenseure des droits des enfants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D comme Delphy</title>
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		<dc:date>2016-10-29T18:13:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Boisclair</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Boisclair, Isabelle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour qui ne la conna&#238;trait pas, Christine Delphy, militante et sociologue fran&#231;aise, est une r&#233;f&#233;rence du f&#233;minisme mat&#233;rialiste. Si la lecture de ses essais reste incontournable , deux films r&#233;alis&#233;s par Florence Tissot et Sylvie Tissot, Je ne suis pas f&#233;ministe mais&#8230; et L'Ab&#233;c&#233;daire de Christine Delphy, peuvent assur&#233;ment faire office d'introduction &#224; son &#339;uvre. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le f&#233;minisme n'a pas un chemin trac&#233; d'avance. On s'attaque &#224; une question et puis on en d&#233;couvre une autre chemin faisant. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-63-fevrier-mars-2016-" rel="directory"&gt;No 063 - f&#233;vrier / mars 2016&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Boisclair-Isabelle-+" rel="tag"&gt;Boisclair, Isabelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour qui ne la conna&#238;trait pas, Christine Delphy, militante et sociologue fran&#231;aise, est une r&#233;f&#233;rence du f&#233;minisme mat&#233;rialiste. Si la lecture de ses essais reste incontournable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment L'ennemi principal, tome 1, L'&#233;conomie politique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, deux films r&#233;alis&#233;s par Florence Tissot et Sylvie Tissot, &lt;a href=&#034;https://jenesuispasfeministemais.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Je ne suis pas f&#233;ministe mais&#8230;&lt;/a&gt; et &lt;i&gt;L'Ab&#233;c&#233;daire de Christine Delphy&lt;/i&gt;, peuvent assur&#233;ment faire office d'introduction &#224; son &#339;uvre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le f&#233;minisme n'a pas un chemin trac&#233; d'avance. On s'attaque &#224; une question et puis on en d&#233;couvre une autre chemin faisant. Et &#224; chaque fois, on d&#233;couvre de nouvelles dimensions de l'oppression. &#187; &#8211; Christine Delphy&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Christine Delphy est l'auteure d'un texte fondateur du f&#233;minisme mat&#233;&#173;rialiste, &lt;i&gt;L'ennemi principal&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'abord publi&#233; sous le pseudonyme de Christine Durand dans Partisans, num&#233;ro (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans lequel elle livre une analyse du travail domestique accompli par les femmes &#8211; &#224; ne pas confondre avec le travail m&#233;nager : tandis que ce dernier renvoie &#224; une liste de t&#226;ches &#224; accomplir, le premier concerne le travail gratuit des femmes dans les entre&#173;prises familiales, dont le mari est le chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ses autres contributions importantes, sa th&#233;orisation de la notion de genre, qu'elle a d&#233;velopp&#233;e parall&#232;lement aux f&#233;ministes &#233;tats-uniennes. Elle est l'auteure de la formule-choc &#171; &lt;i&gt;le genre pr&#233;c&#232;de le sexe&lt;/i&gt; &#187;, qui sugg&#232;re que c'est bien la pens&#233;e qui utilise les traits biologiques pour justifier un syst&#232;me hi&#233;rarchique divisant le monde en deux, situant les uns dans la classe dominante, les autres dans la classe subordonn&#233;e, et non pas les traits biologiques qui comportent en eux-m&#234;mes la justification de la subordination d'un sexe &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ab&#233;c&#233;daire de la pens&#233;e f&#233;ministe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tandis que le court film &lt;i&gt;Je ne suis pas f&#233;ministe, mais&#8230;&lt;/i&gt; se concentre sur la trajectoire intellectuelle de Delphy, &lt;i&gt;L'Ab&#233;c&#233;daire de Christine Delphy&lt;/i&gt;, constitu&#233; d'entretiens men&#233;s par Sylvie Tissot, est l'occasion de s'arr&#234;ter sur autant d'objets posant question au f&#233;minisme, de A pour Amiti&#233; &#224; Z pour Zizi. Parmi les entr&#233;es particuli&#232;rement int&#233;ressantes, on citera notamment G pour Genre, N pour non-mixit&#233; (&#171; &lt;i&gt;les dominants n'aiment pas se sentir exclus &#8211; c'est un affront&lt;/i&gt; &#187;), P pour Parit&#233;, et R pour Religion et engagement f&#233;ministe. &#192; la question que lui lance Tissot : &#171; &lt;i&gt;Tu penses qu'on peut porter le foulard et &#234;tre f&#233;ministe ? &lt;/i&gt; &#187;, Delphy r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Oui. &#202;tre f&#233;ministe, mais &#234;tre aussi beaucoup d'autres choses. &#202;tre antiraciste, &#234;tre r&#233;volt&#233;e contre le sort fait aux popu&#173;lations d'origine maghr&#233;bine ou plus largement arabe ou de culture musulmane et trouver dans le port du foulard des choses diff&#233;rentes, ne serait-ce que l'affirmation, ne serait-ce que ce qu'on appelle la revendication du stigmate.&lt;/i&gt; &#187; Rappelons que Delphy a ardemment d&#233;fendu le port du foulard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme. Retour sur la chasse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans plusieurs entr&#233;es, Delphy se montre des plus critiques envers la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. &#192; l'entr&#233;e H pour Harc&#232;lement, elle &#233;voque la r&#233;ception m&#233;diatique de l'Affaire Hill-Thomas en France, o&#249; est brandi le spectre de la mort de la s&#233;duction. &#192; l'entr&#233;e Religion, invit&#233;e &#224; discuter de la la&#239;cit&#233;, elle soutient qu'en fait ce sont bien les religions &lt;i&gt;&#233;trang&#232;res&lt;/i&gt; &#224; la nation fran&#231;aise qui sont vis&#233;es, la religion dominante du pays ayant, elle, tout loisir de s'exhiber, comme cette croix autour du cou d'une sportive de haut niveau contre laquelle personne ne s'insurge &#8211; voire que personne ne remarque, le catholicisme &#233;tant la r&#233;f&#233;rence invisible : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;galit&#233;, c'est de manger un menu catholique le vendredi. &lt;/i&gt; &#187; Dans U pour Universalisme, elle a ces mots : &#171; &lt;i&gt;Alors ils&lt;/i&gt; [les d&#233;fenseurs de la la&#239;cit&#233;] &lt;i&gt;voudraient que l'on voie ces interdictions, ces lois qui excluent progressivement des populations enti&#232;res, ils voudraient que le reste du monde les voie comme des lois de libert&#233; ! &lt;/i&gt; &#187; L'entr&#233;e Z pour Zizi est l'occa&#173;sion de rappeler qu'&#171; &lt;i&gt;on essaie toujours de fonder une domination en nature&lt;/i&gt; &#187;. En effet, ce sont toujours les traits qu'affichent les domin&#233;&#183;e&#183;s qui servent &#224; justifier leur suj&#233;tion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;S pour Sexe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#339;ud du probl&#232;me, le mot Sexe comporte quatre entr&#233;es. &#192; celle sur le Changement de sexe, la chercheuse r&#233;fl&#233;chit aux implications philosophiques &#8211; par cons&#233;quent politiques &#8211; de la d&#233;marche transgenre. Sans jeter l'anath&#232;me sur les personnes, elle r&#233;siste : &#171; &lt;i&gt;Pas contre les individus ni m&#234;me la d&#233;mar&#173;che, mais dire que &#231;a fait partie ou que &#231;a doit &#234;tre englob&#233; dans le f&#233;minisme, non je ne vois pas le rapport&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cisant o&#249; sa pens&#233;e bute : &#171; &lt;i&gt;Je ne vois pas ce qu'il y a de f&#233;ministe dans la d&#233;marche des transgenres. Dans la mesure o&#249; ils veulent quitter un genre pour en adopter un autre. Et &#231;a pour moi c'est compl&#232;tement &#233;tranger &#224; la d&#233;marche f&#233;ministe ; ma d&#233;marche f&#233;ministe vise l'abolition du syst&#232;me de genre.&lt;/i&gt; &#187; Plus loin : &#171; &lt;i&gt; Je vois peut-&#234;tre m&#234;me au contraire une d&#233;marche qui met en cause quelque chose, une assignation, mais sans d&#233;noncer le syst&#232;me&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;C'est du caut&#232;re sur une jambe de bois. C'est s'adresser au sympt&#244;me plut&#244;t que de s'adresser &#224; la r&#233;alit&#233; de la question&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;c'est que l&#224; il n'est plus question du tout d'abolir le genre. Il est question de multiplier les genres.&lt;/i&gt; &#187; Mais peut-&#234;tre que la multiplication des genres pourrait avoir pour effet de rendre caduc le syst&#232;me du genre, par d&#233;finition binaire ? En tous les cas, il semble difficile d'affirmer que &#231;a n'a rien &#224; voir avec le f&#233;minisme, dans la mesure o&#249; la racine du probl&#232;me r&#233;side bien dans l'op&#233;ration de sexage (Guillaumin, Wittig).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e &#171; S &#187; pour Sexe tarif&#233; suffit &#224; nous assurer que nous ne sommes pas devant un pan&#233;gyrique : il y a net d&#233;saccord entre l'intervieweuse et l'interview&#233;e. Pas un pan&#233;gyrique, donc, plut&#244;t un portrait d'une intellectuelle engag&#233;e, de ses apports &#224; la pens&#233;e f&#233;ministe &#8211; notamment sur le genre, le foulard. &#192; propos du sexe tarif&#233; donc, Tissot campe sa position, soutenant que les f&#233;ministes d&#233;favorables &#224; la p&#233;nalisation des clients d&#233;fendent une position pragmatique, et non normative. Si le d&#233;bat entre les deux d&#233;partage bien les enjeux, on ne peut s'emp&#234;cher de penser que Delphy fait preuve de mauvaise foi lorsque, pour disqualifier leur position anti-p&#233;nalisation, elle qualifie des organisations comme Amnistie internationale et M&#233;decins du monde de &#171; &lt;i&gt;voix marginales&lt;/i&gt; &#187;. Elle finit tout de m&#234;me par admettre, lorsque Tissot lui soumet que certains slogans abolitionnistes sont des plus violents &#224; l'endroit des travailleuses du sexe, que certaines strat&#233;gies sont &#224; revoir : &#171; &lt;i&gt;Il faut rendre plus clair que c'est contre le syst&#232;me prostitutionnel &lt;/i&gt; [que nous militons] &lt;i&gt;et le syst&#232;me prostitutionnel, &#224; mon avis, il n'est pas constitu&#233; des prostitu&#233;es, il est constitu&#233; des clients et des prox&#233;n&#232;tes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;50 ans d'engagement f&#233;ministe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au gr&#233; de l'alphabet, nombreuses sont les occasions de rappeler maintes anecdotes personnelles ou historiques du parcours de la combattante. On apprend d'abord que c'est au cours d'un s&#233;jour aux &#201;tats-Unis, alors qu'elle y &#233;tudie au d&#233;but des ann&#233;es 1960, qu'elle est devenue f&#233;ministe et qu'elle s'est radicalis&#233;e, alors que se d&#233;roule la lutte pour les droits civiques. Dans cette foul&#233;e, Delphy rappelle un aspect m&#233;connu de l'histoire, soulignant que si la politique d'&lt;i&gt;Affirmative Action&lt;/i&gt; &#8211; ou action positive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Delphy insiste, avec raison, sur le fait que la formule &#171; discri&#173;mination (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; aux &#201;tats-Unis englobe les femmes, c'est pour ainsi dire par accident. En effet, on doit l'amendement visant &#224; inclure les femmes &#224; un repr&#233;sentant d&#233;mocrate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Delphy &#233;voque un &#171; s&#233;nateur du sud &#187;, mais il s'agit plut&#244;t d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui militait contre la loi : il croyait que l'amendement ferait &#233;chouer l'adoption ! Le congr&#232;s ne lui donna pas raison, et de ce fait, il devint un alli&#233; involontaire de la cause f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On apprend aussi que si les f&#233;ministes ont fait de la lutte pour le droit &#224; l'avortement un de leurs premiers chevaux de bataille, c'est parce qu'elles savaient que celle-ci &#171; &lt;i&gt;permettrait de donner une image plus positive du MLF &lt;/i&gt; &#187;, puisque cela concernait aussi les hommes : &#171; &lt;i&gt;C'est pas l&#224; o&#249; on allait rencontrer de l'opposition de la part des hommes, parce que les hommes &#233;taient partie prenante de &#231;a : beaucoup des femmes qui avortaient &#233;taient des femmes mari&#233;es. C'&#233;tait les couples qui ne voulaient pas d'une autre naissance. Et les hommes en tant que maris, compagnons de ces femmes, &#233;taient pour cette solution.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; plusieurs reprises, alors qu'elle se rem&#233;more des souvenirs de l'action militante et qu'elle souligne tel ou tel comportement aberrant, plut&#244;t que de s'en gausser &#8211; ou s'en horrifier &#8211;, Delphy a cette formule : &#171; &lt;i&gt;c'est tout de m&#234;me th&#233;oriquement int&#233;ressant&lt;/i&gt; &#187; ! Les probl&#232;mes se posent &#224; elle comme autant d'objets &#224; r&#233;fl&#233;chir. Moyen s&#251;r d'avancer, d'&#233;viter de s'enliser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un document utile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le livret d'accompagnement, la r&#233;alisatrice Sylvie Tissot signe un t&#233;moignage tout aussi int&#233;ressant. Elle y &#233;voque notamment l'attitude critique du f&#233;minisme envers ce que Beauvoir appelait le &#171; &lt;i&gt;grotesque masculin&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cette fa&#231;on de se prendre au s&#233;rieux, avec vanit&#233;, de se croire important&lt;/i&gt; &#187;. Or, c'est l&#224; un des aspects qui frappe dans ces entretiens : la simplicit&#233;. Une intellectuelle en interviewe une autre, sans qu'aucune des deux ne se pose en figure grandiloquente, sans qu'aucune n'emprunte de posture sentencieuse. Si l'attitude participe du genre, alors la figure d'intel&#173;lectuelle qui nous est donn&#233;e &#224; voir para&#238;t en phase avec ce qu'on pourrait appeler un &#233;thos f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois autres films compl&#232;tent le bo&#238;tier. En tout, plus de six heures de mat&#233;&#173;riel. De quoi d&#233;clencher plus d'une discussion dans le cadre d'animations f&#233;ministes. On peut craindre que ce document soit peu distribu&#233; au Qu&#233;bec. Mais on peut esp&#233;rer pouvoir le trouver &#224; la librairie f&#233;ministe l'Eugu&#233;lionne, qui doit ouvrir l'automne prochain &#224; Montr&#233;al.&#8200;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment &lt;i&gt;L'ennemi principal&lt;/i&gt;, tome 1, &lt;i&gt;L'&#233;conomie politique du patriarcat&lt;/i&gt; ; tome 2, &lt;i&gt;Penser le genre&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 1998 et 2001 (r&#233;&#233;dit&#233;s en 2009 et 2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'abord publi&#233; sous le pseudonyme de Christine Durand dans &lt;i&gt;Partisans&lt;/i&gt;, num&#233;ro sp&#233;cial &#171; Lib&#233;ration des femmes &#187; en novembre 1970, r&#233;&#233;dit&#233; dans le tome 1 de &lt;i&gt;L'Ennemi principal&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href='https://www.ababord.org/lmsi.net/Antisexisme-ou-antiracisme-Un-faux'&gt;Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme. Retour sur la chasse aux voil&#233;es&lt;/a&gt; &#187;, Collectif les mots sont importants, 14 mars 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Delphy insiste, avec raison, sur le fait que la formule &#171; discri&#173;mination positive &#187; est aussi pernicieuse que fautive : &#171; [...] &lt;i&gt;l'action positive c'est la r&#233;paration d'un tort historique caus&#233; &#224; une population&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;et la continuation de cette r&#233;paration dans la mesure o&#249; ce tort se perp&#233;tue.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Donc c'est &#231;a l'action positive. Une action de r&#233;paration : on devrait dire de contre-discrimination. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Delphy &#233;voque un &#171; &lt;i&gt;s&#233;nateur du sud&lt;/i&gt; &#187;, mais il s'agit plut&#244;t d'un repr&#233;sentant d&#233;mocrate (Virginie), Howard W. Smith. (Merci &#224; Khalid Adnane et Gilles Vandal d'avoir &#233;lucid&#233; le myst&#232;re.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : humanite.fr&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En finir avec les contes de f&#233;es</title>
		<link>https://www.ababord.org/En-finir-avec-les-contes-de-fees</link>
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		<dc:date>2016-10-29T15:10:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Boisclair, Martine Delvaux</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Manchette</dc:subject>
		<dc:subject>Delvaux, Martine</dc:subject>
		<dc:subject>Boisclair, Isabelle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que le d&#233;bat sur la culture du viol prend enfin sa place dans la sph&#232;re publique, certaines voix s'&#233;l&#232;vent pour d&#233;fendre le caract&#232;re inalt&#233;rable des rapports hommes femmes : &#171; c'est comme &#231;a, on ne peut rien y faire &#187;. Devant cette manie de culpabiliser les filles et de croire que l'agression sexuelle est dans la nature, on se demande &#224; quoi on tient, au juste&#8230; il ressort que ce f&#233;tiche, c'est l'organisation d'un monde qui repose sur sa division entre les hommes et les femmes. &lt;br class='autobr' /&gt; Si (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-66-oct-nov-2016-" rel="directory"&gt;No 066 - oct. / nov. 2016&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Manchette-+" rel="tag"&gt;Manchette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Delvaux-Martine-+" rel="tag"&gt;Delvaux, Martine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Boisclair-Isabelle-+" rel="tag"&gt;Boisclair, Isabelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2275.jpg?1642092184' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;635&#034; height=&#034;357&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que le d&#233;bat sur la culture du viol prend enfin sa place dans la sph&#232;re publique, certaines voix s'&#233;l&#232;vent pour d&#233;fendre le caract&#232;re inalt&#233;rable des rapports hommes femmes : &#171; c'est comme &#231;a, on ne peut rien y faire &#187;. Devant cette manie de culpabiliser les filles et de croire que l'agression sexuelle est dans la nature, on se demande &#224; quoi on tient, au juste&#8230; il ressort que ce f&#233;tiche, c'est l'organisation d'un monde qui repose sur sa division entre les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si on ne saisit pas la balle au bond pour d&#233;noncer la culture du viol, c'est parce qu'on tient aux choses telles qu'elles sont. On pr&#233;f&#232;re entretenir le mythe du &#171; un gars c't'un gars &#187; et avaliser l'id&#233;e que le gars en question n'a aucun contr&#244;le sur ses pulsions. On pr&#233;f&#232;re continuer &#224; voir les femmes non seulement comme de potentielles, mais comme de n&#233;cessaires victimes. On tient &#224; cette fiction romantique qui distribue les r&#244;les et fait des hommes des sujets conqu&#233;rants, des femmes, des objets &#224; conqu&#233;rir, fondement m&#234;me de cette culture du viol, qui en est le d&#233;bouch&#233; le plus violent. Pour pr&#233;server le monde tel qu'on le conna&#238;t, certain&#183;e&#183;s semblent pr&#234;t&#183;e&#183;s &#224; nous sacrifier. Nous, c'est-&#224;-dire tout le monde, pas seulement les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;noncer la violence sexuelle envers les femmes, c'est refuser l'existence d'un monde o&#249; les hommes agressent et les femmes sont agress&#233;es, comme si c'&#233;tait un &#233;tat de choses naturel, un monde qui serait l&#224; pour rester. Si les statistiques montrent que cet &#233;tat des choses est bien un &#233;tat de fait, il s'agit de travailler &#224; l'&#233;branler. Revoir l'histoire o&#249; une belle princesse est allong&#233;e, endormie, et que malgr&#233; (ou &#224; cause de) cette absence &#224; soi, un prince se donne le droit de &#171; l'embrasser &#187;. Parler de la culture du viol, ce n'est certainement pas enfoncer le clou d'un &#171; ils v&#233;curent heureux et eurent beaucoup d'enfants &#187; malgr&#233; tout. &#199;a a plut&#244;t pour but de changer les mentalit&#233;s pour lib&#233;rer les femmes, autant que les hommes, des r&#244;les qui leur sont socialement attribu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'on craint la dissolution de la diff&#233;rence sexuelle ? Vraiment ? Si les hommes cessent d'agresser et les femmes d'&#234;tre agress&#233;es, aurons-nous perdu quelque chose ? Est-ce qu'alors on ne saura plus qui est qui, et ce que chacun doit faire ? Il semble pourtant que ce qu'il faut se demander, c'est : tenons-nous, s&#233;rieusement, &#224; de tels r&#244;les ? Est-ce que &#231;a ne vaut pas la peine, plut&#244;t, de les changer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons que les femmes, quelles qu'elles soient (peu importe leur biologie, la couleur de leur peau, leur orientation sexuelle, leur classe sociale), aient la libert&#233; de circuler dans la ville sans avoir peur d'&#234;tre des proies. Et que les hommes puissent s'imaginer autrement que comme des pr&#233;dateurs ; qu'ils apprennent &#224; consid&#233;rer les femmes autrement que comme des troph&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base de la culture du viol, c'est une culture qui dicte &#224; chacun&#183;e la place qu'il ou elle doit occuper. Pour qu'il y ait moins d'agressions sexuelles, pour qu'on puisse un jour cesser de parler de &#171; culture du viol &#187;, il faut d'abord et avant tout que les individus puissent choisir de rev&#234;tir ou pas les costumes qui leur ont &#233;t&#233; distribu&#233;s. Il faut cesser de r&#234;ver &#224; des fictions qui jusqu'ici ont eu pour effet de nous d&#233;terminer. Il est temps d'en inventer d'autres, o&#249; les hommes comme les femmes d'aujourd'hui seront acteurs et actrices des sc&#233;narios dans lesquels ils et elles veulent jouer. Sans violence. En toute complicit&#233;. Et consentant&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Martine Delvaux est professeure &#224; l'UQAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Boisclair est professeure &#224; l'Universit&#233; de Sherbrooke.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Radio-canada&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ventres asservis au capital</title>
		<link>https://www.ababord.org/Ventres-asservis-au-capital</link>
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		<dc:date>2015-06-07T19:03:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Boisclair</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Boisclair, Isabelle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'il est difficile de parler de la &#171; production d'enfants &#187;, en cette &#232;re et cette r&#233;gion du monde o&#249; la parentalit&#233; baigne dans un luxe romantique inou&#239; ! C'est pourtant ce &#224; quoi s'attelle l'essayiste italienne Silvia Federici dans Caliban et la sorci&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; Le fait qu'elle &#233;voque une autre &#233;poque facilite peut-&#234;tre un peu les choses. On n'a pas l'impression qu'elle parle de nous, l&#224;, maintenant. Nous poussons de hauts cris devant la politique d'enfant unique de la Chine. Cela nous para&#238;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-60-ete-2015-" rel="directory"&gt;No 060 - &#233;t&#233; 2015&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Boisclair-Isabelle-+" rel="tag"&gt;Boisclair, Isabelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2003.jpg?1642092165' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;357&#034; height=&#034;550&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'il est difficile de parler de la &#171; production d'enfants &#187;, en cette &#232;re et cette r&#233;gion du monde o&#249; la parentalit&#233; baigne dans un luxe romantique inou&#239; ! C'est pourtant ce &#224; quoi s'attelle l'essayiste italienne Silvia Federici dans &lt;i&gt;Caliban et la sorci&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fait qu'elle &#233;voque une autre &#233;poque facilite peut-&#234;tre un peu les choses. On n'a pas l'impression qu'elle parle de nous, l&#224;, maintenant. Nous poussons de hauts cris devant la politique d'enfant unique de la Chine. Cela nous para&#238;t barbare. Ici, c'est autrement plus civilis&#233; : la m&#232;re est &#171; glamouris&#233;e &#187;, l'enfant esth&#233;tis&#233;. Or, n'est-ce pas la m&#234;me logique qui y pr&#233;side, mais articul&#233;e diff&#233;remment ? Car entre avortements forc&#233;s et avortements interdits &#8211; ou difficiles d'acc&#232;s &#8211;, st&#233;rilisation forc&#233;e et procr&#233;ation assist&#233;e, prenons-en acte : la reproduction est bel et bien g&#233;r&#233;e, contr&#244;l&#233;e, comme dans &#171; contr&#244;le des naissances &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes, leur sp&#233;cificit&#233; reproductive, ont &#233;t&#233; asservies au projet capitaliste des nations et tous les &#233;v&#233;nements et discours qui ont concouru &#224; cet objectif ont eu des effets collat&#233;raux sur la d&#233;finition de la f&#233;minit&#233;. C'est l&#224; la th&#232;se essentielle de Federici dans son livre &lt;i&gt;Caliban et la sorci&#232;re&lt;/i&gt;. Si l'histoire des sorci&#232;res, de leur chasse et des horreurs qu'on leur faisait subir &#8211; on les br&#251;lait r&#233;ellement, ce n'est pas une m&#233;taphore tir&#233;e d'un conte pour enfants &#8211; est tout de m&#234;me assez bien connue, la raison qui motivait cette histoire restait sans ancrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrications des ressources humaines &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christine Delphy nous avait donn&#233; un texte fondateur sur l'&#233;conomie et la rel&#233;gation des femmes au rang de servantes qui fournissent du travail gratuit et des enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christine Delphy, &#171; L'ennemi principal &#187;, L'Ennemi principal, vol. 1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Colette Guillaumin un excellent texte sur l'appropriation des femmes par les hommes et la naturalisation de leur &#171; contribution &#187; reproductive sp&#233;cifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Colette Guillaumin, &#171; Pratique du pouvoir et id&#233;e de nature (I) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans cette ligne du f&#233;minisme mat&#233;rialiste que s'inscrit cet ouvrage de Federici, qui s'attarde &#224; un moment pr&#233;cis de l'asservissement des femmes, celui du passage du f&#233;odalisme au capitalisme, en montrant comment s'articulent les rapports sociaux de sexe sous la banni&#232;re du patriarcat &#224; cette &#233;poque. Ce qui se passe alors concerne plus pr&#233;cis&#233;ment l'instrumentalisation de la fonction reproductrice des femmes au b&#233;n&#233;fice de l'&#201;tat et du capital naissant. Ainsi, de la m&#234;me fa&#231;on que les &#201;tats-Unis ont engrang&#233; leurs richesses sur le travail gratuit rendu possible par l'esclavagisation de la population noire issue de la traite, le patriarcat a engrang&#233; ses profits sur le dos des femmes ; en fait, il faudrait trouver une autre formule, car c'est bien sur l'exploitation du ventre des femmes que s'est &#233;rig&#233;e la richesse des hommes, leur pouvoir. &#171; &lt;i&gt;[L]e corps f&#233;minin a &#233;t&#233; appropri&#233; par l'&#201;tat et les hommes et contraint de fonctionner comme moyen de la reproduction et de l'accumulation du travail.&lt;/i&gt; &#187; Formulation radicale ? Certainement. Et d&#233;monstration impeccable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier chapitre plante l'arri&#232;re-plan historique, insistant sur les transformations &#233;conomiques li&#233;es au partage du territoire lors de ce passage au capitalisme. Y sont relat&#233;es &#171; &lt;i&gt;les luttes que le prol&#233;tariat de l'Europe m&#233;di&#233;vale&lt;/i&gt; [petits paysans, artisans, journaliers] &lt;i&gt;mena contre le pouvoir f&#233;odal&lt;/i&gt; &#187;. Y est notamment remis en question le mythe du progr&#232;s qui se serait accompli l&#224; et discut&#233; comment &#171; &lt;i&gt;les rapports entre hommes et femmes et la reproduction de la force de travail furent red&#233;finis en s'opposant &#224; l'ordre f&#233;odal&lt;/i&gt; &#187; &#224; travers la distribution des terres et leur privatisation (et, par extension, la privatisation des capitaux, provoquant une transformation des liens sociaux). Au seuil historique du capitalisme donc, o&#249; les humains deviennent des ressources humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Accumuler le travail et avilir les femmes &#187; est l'objet du deuxi&#232;me chapitre. Federici montre la fa&#231;on dont l'asservissement des femmes s'articule au projet capitaliste de production de la main d'&#339;uvre, notamment par &#171; &lt;i&gt;la transformation du corps en machine-outil &lt;/i&gt; &#187;. Elle insiste, ce faisant, sur les lourdes cons&#233;quences de cet axiome sur les femmes, dans le cadre d'un projet d&#233;mographique et ses ramifications expansionnistes, qui s'expriment dans la colonisation du Nouveau Monde. Elle le formule clairement : &#171; &lt;i&gt;[L]es changements que l'av&#232;nement du capitalisme amen&#232;rent dans &#224;&lt;/i&gt; [sic] &lt;i&gt;la position sociale des femmes, en particulier au niveau du prol&#233;tariat, que ce soit en Europe ou en Am&#233;rique, &#233;taient tout d'abord dict&#233;s par la recherche de nouvelles sources de travail et de nouvelles formes d'assujettissement et de division de la force de travail.&lt;/i&gt; &#187; C'est ainsi que &#171; &lt;i&gt;l'histoire des femmes et de la reproduction dans la transition entre f&#233;odalisme et capitalisme doit &#234;tre comprise&lt;/i&gt; &#187;, de m&#234;me que les vis&#233;es d'expansion coloniale. Mais parce qu'elle tire profit d'un trait physiologique, bien vite cependant &#171; &lt;i&gt;l'importance &#233;conomique de la reproduction de la force de travail effectu&#233;e dans le foyer et sa fonction dans l'accumulation du capital devint invisible, mythifi&#233;e comme aspiration naturelle et qualifi&#233;e de &#8220;travail de femme&#8221;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me chapitre porte sur les conqu&#234;tes coloniales : d&#233;tour utile pour illustrer la pression sur la production de &#171; combattants &#187;. Le quatri&#232;me chapitre s'arr&#234;te &#224; cette p&#233;riode de la chasse aux sorci&#232;res, o&#249; des milliers de femmes ont &#233;t&#233; sacrifi&#233;es sur l'autel du patriarcat, ph&#233;nom&#232;ne mieux connu, ayant fait l'objet de plusieurs incursions historiques. Enfin, le dernier montre les liens &#233;tablis entre colonisation, patriarcat et christianisation : car il fallut bient&#244;t fabriquer des chr&#233;tiens pour assurer l'h&#233;g&#233;monie de sa religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Federici se livre &#224; une lecture f&#233;ministe de la gen&#232;se du capitalisme, d&#233;montrant comment la force de reproduction a &#233;t&#233; canalis&#233;e, voire mut&#233;e en force de travail &#8211; et ce travail asservi au capital. Elle s'emploie &#224; r&#233;v&#233;ler la nette articulation entre subordination des femmes et capitalisme. En ce sens, cet essai est un peu le cha&#238;non manquant entre Marx et Delphy, article fondateur du f&#233;minisme mat&#233;rialiste contemporain. Notamment, Federici se penche sur quelques aspects &#171; oubli&#233;s &#187; chez Marx : &#171; &lt;i&gt;1) le d&#233;veloppement d'une nouvelle division sexu&#233;e du travail assujettissant le travail des femmes et leur fonction reproductive &#224; la reproduction de la force de travail ; 2) la construction d'un nouvel ordre patriarcal, fond&#233; sur l'exclusion des femmes du travail salari&#233; et leur soumission aux hommes ; 3) la m&#233;canisation du corps prol&#233;taire et sa transformation, dans le cas des femmes, en une machine de production de nouveaux travailleurs&lt;/i&gt; &#187;. Si la derni&#232;re affirmation peut encore une fois sembler brutale, la d&#233;monstration est fine, minutieuse et convaincante. Federici illustre les effets n&#233;fastes pour les femmes de l'accumulation primitive, jumel&#233;e avec la chasse aux sorci&#232;res (qui est un symbole marquant de l'exclusion des femmes du &#171; travail &#187;, dans la mesure o&#249; les savoirs v&#233;hicul&#233;s par elles ont par la suite &#233;t&#233; usurp&#233;s et revendiqu&#233;s par les hommes, &#224; travers l'institution de la m&#233;decine, &#224; travers aussi maintes autres officines de fabrication du savoir). Selon elle, &#171; &lt;i&gt;[l]a pers&#233;cution des sorci&#232;res&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;a &#233;t&#233; aussi importante pour le d&#233;veloppement du capitalisme que la colonisation et l'expropriation de la paysannerie europ&#233;enne&lt;/i&gt; &#187;. Et c'est au fonctionnement de cette triade (colonisation et privatisation des terres, accumulation primitive et assujettissement des femmes) qu'elle consacre sa d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la f&#233;minit&#233; complait la ressource&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, pour Federici, &#171; &lt;i&gt;la &#8220;f&#233;minit&#233;&#8221; s'est constitu&#233;e dans la soci&#233;t&#233; capitaliste comme fonction dissimulant la production de la force de travail sous couvert de fatalit&#233; biologique, alors que &#8220;l'histoire des femmes&#8221; est &#8220;histoire de classe&#8221;&lt;/i&gt; &#187;. On pourrait extrapoler et avancer que d&#233;coule directement de cette construction qu'est la f&#233;minit&#233;, l'id&#233;e m&#234;me du &lt;i&gt;d&#233;sir d'enfant&lt;/i&gt; &#8211; et ses diff&#233;rents avatars : instinct maternel, horloge biologique, etc. Chose certaine, toute la conception de la famille patriarcale (dite nucl&#233;aire, comme dans : noyau de production) d&#233;coule de cette m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais loin des r&#234;veries romantiques, il s'agit, pour les chefs de famille tout comme pour les chefs de pays (aujourd'hui assujettis &#224; l'entreprise), d'accumuler du capital-ressources humaines, qui pourra &#234;tre utilis&#233; tout autant pour produire des biens que pour d&#233;fendre des biens (territoriaux). Ainsi, m&#234;me si le d&#233;sir d'enfant &#8211; ou la fiction du d&#233;sir d'enfant &#8211; enrobe la reproduction d'enfants d'une aura sentimentale dessinant l'id&#233;al de famille, il reste que la production finit par &#233;chapper aux producteurs dans nos soci&#233;t&#233;s &#171; capitalivores &#187;. Car en amont, il fut un jour o&#249; ce &lt;i&gt;d&#233;sir d'enfant&lt;/i&gt; n'existait pas, pas plus que n'importe quelle politique visant &#224; favoriser la famille. Si l'argument de nature est trop souvent convoqu&#233; pour justifier l'ordre social, il est &#233;galement malmen&#233;, la plupart du temps, et compl&#232;tement d&#233;voy&#233;. Le &#171; r&#234;ve &#187; d'avoir un enfant pourrait aussi &#234;tre questionn&#233; dans sa dimension capitaliste &#8211; que d&#233;sire-t-on quand on d&#233;sire un enfant ? Mais ces choses l&#224; sont sensibles, car m&#234;me soulever ceci en th&#233;orie, en hypoth&#232;se quant &#224; l'existence d'un syst&#232;me, reste d&#233;licat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Biopolitique de la reproduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, il appara&#238;t qu'encore aujourd'hui &#171; &lt;i&gt;&#8220;femmes&#8221; est une cat&#233;gorie d'analyse l&#233;gitime, et les activit&#233;s associ&#233;es &#224; la &#8220;reproduction&#8221; demeurent un terrain de lutte essentiel pour les femmes&lt;/i&gt; &#187;, ce dont nous convainquent chaque jour les actualit&#233;s internationales. Aussi devrait-on toujours se m&#233;fier lorsque les gouvernant&#183;e&#183;s s'adressent aux familles &#8211; non plus aux citoyen&#183;ne&#183;s donc, mais bien aux producteurs d'enfants, ce qui comporte une dimension sp&#233;cifique pour les reproductrices. La lecture de l'essai de Federici nous rappelle qu'il s'agit bien l&#224; de biopolitique. Or, le patriarcat est une biopolitique. La gestion de la procr&#233;ation, bien qu'articul&#233;e diff&#233;remment &#224; l'&#232;re des technologies de reproduction, est toujours le pr&#233;texte d'une gestion du f&#233;minin. Et du contr&#244;le de la reproduction &#224; celui de la sexualit&#233; puis du corps, il n'y a qu'un pas. C'est bien vite toute la femme/toutes les femmes qu'il faut contr&#244;ler. C'est bien &#224; ce projet patriarcal &#8211; &lt;i&gt;faire nation&lt;/i&gt; &#8211; que les femmes furent asservies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire certains ph&#233;nom&#232;nes contemporains et actuels &#224; la lumi&#232;re de cet essai &#233;branle. Comment comprendre les meurtres commis par les hommes sur les femmes ? Alors m&#234;me qu'on est en train de tuer des ventres &#8211; selon la perspective capitaliste &#8211; et que l'&#201;tat devrait r&#233;agir, qui ne r&#233;agit pourtant pas, force est de constater que la misogynie intervient dans la balance. La haine des femmes d&#233;passerait, dans certains cas, la reconnaissance de leur utilit&#233; reproductive. Dans ce contexte, l'absence d'action face aux meurtres commis &#224; l'endroit de milliers de femmes autochtones au pays ressemble en effet &#224; un g&#233;nocide qui re&#231;oit l'assentiment tranquille du colonisateur&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christine Delphy, &#171; L'ennemi principal &#187;, &lt;i&gt;L'Ennemi principal&lt;/i&gt;, vol. 1, &lt;i&gt;&#201;conomie politique du patriarcat&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Colette Guillaumin, &#171; Pratique du pouvoir et id&#233;e de nature (I) L'appropriation des femmes &#187;, &#171; Pratique du pouvoir et id&#233;e de Nature (II) Le discours de la Nature &#187;, &lt;i&gt;Sexe, race et pratique du pouvoir. L'id&#233;e de nature&lt;/i&gt;, Paris, C&#244;t&#233;-femmes, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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