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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Peut-on consentir &#224; la prostitution ?</title>
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		<dc:date>2014-04-16T01:05:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sandrine Ricci</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Ricci, Sandrine</dc:subject>

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&lt;p&gt;La question de la prostitution est complexe, car elle implique un ensemble de consid&#233;rations &#233;conomiques, sociales, politiques et &#233;thiques. Elle est marqu&#233;e par des rapports sociaux de pouvoir li&#233;s &#224; la classe sociale, &#224; l'appartenance ethnique et, bien entendu, au sexe ; les femmes constituant la tr&#232;s forte majorit&#233; des personnes prostitu&#233;es et les hommes, des clients. &lt;br class='autobr' /&gt; Historiquement, les f&#233;ministes ont souvent assimil&#233; la prostitution &#224; une expression ultime de la violence des hommes &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-En-plein-corps-" rel="directory"&gt;Dossier : En plein corps&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ricci-Sandrine-+" rel="tag"&gt;Ricci, Sandrine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1798.jpg?1642092153' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;260&#034; height=&#034;457&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La question de la prostitution est complexe, car elle implique un ensemble de consid&#233;rations &#233;conomiques, sociales, politiques et &#233;thiques. Elle est marqu&#233;e par des rapports sociaux de pouvoir li&#233;s &#224; la classe sociale, &#224; l'appartenance ethnique et, bien entendu, au sexe ; les femmes constituant la tr&#232;s forte majorit&#233; des personnes prostitu&#233;es et les hommes, des clients.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Historiquement, les f&#233;ministes ont souvent assimil&#233; la prostitution &#224; une expression ultime de la violence des hommes &#224; l'&#233;gard des femmes. Or, depuis quelques ann&#233;es, certains discours ont d&#233;plac&#233; le d&#233;bat &#224; un autre niveau. Invoquant le principe de libre disposition de leur corps, des femmes revendiquent le droit de choisir de se prostituer. Cet argument ne d&#233;stabilise pas que les f&#233;ministes, il s'inscrit dans une vaste r&#233;flexion philosophique : le concept de choix peut-il s'appliquer dans un contexte de prostitution ? Est-il possible de parler de consentement &#224; ce qui peut &#234;tre per&#231;u comme une forme de violence ? Qu'en est-il du libre arbitre des principales concern&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Abolition vs r&#233;glementation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;coles de pens&#233;e utilisent des cadres d'analyse qui les m&#232;nent &#224; des conclusions antagonistes en ce qui concerne la prostitution. Sur le terrain, ces postures se traduisent le plus souvent par des actions divergentes aupr&#232;s des personnes prostitu&#233;es. Certaines f&#233;ministes privil&#233;gient une approche fond&#233;e sur la reconnaissance du travail du sexe et la r&#233;duction des m&#233;faits, d'autres favorisent au contraire la mise sur pied de moyens concrets permettant la sortie de la prostitution, de m&#234;me que la lutte contre la marchandisation du corps et de la sexualit&#233; des femmes. Dans les milieux f&#233;ministes, comme dans l'ensemble de la population, ces questions suscitent un v&#233;ritable &#233;cart&#232;lement entre deux appartenances v&#233;cues comme concurrentes et conflictuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant &lt;strong&gt;abolitionniste&lt;/strong&gt; d&#233;finit la prostitution comme une forme de violence envers les femmes et une atteinte aux droits humains des personnes prostitu&#233;es, que l'industrie du sexe exploite &#224; la faveur d'un syst&#232;me capitaliste g&#233;n&#233;rateur d'in&#233;galit&#233;s sociales qui vont en s'accroissant et de rapports sociaux induisant le sexisme, le racisme et le colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant &lt;strong&gt;r&#233;glementariste&lt;/strong&gt; con&#231;oit plut&#244;t le travail du sexe comme une activit&#233; professionnelle l&#233;gitime que des adultes consentants peuvent libre&#173;ment choisir. En ce sens, le probl&#232;me r&#233;side dans le regard moraliste et stigmatisant que la soci&#233;t&#233; pose sur les personnes qui l'exercent, comme dans la r&#233;pression judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique politique qui pr&#233;vaut dans les milieux f&#233;ministes abolitionnistes peut &#234;tre associ&#233;e aux valeurs de gauche. Cette mouvance utopique refuse que le r&#233;el, tel qu'il s'impose &#224; l'heure actuelle avec les lois du march&#233; global, la mondialisation, le lib&#233;ralisme sexuel et les institutions patriarcales, soit une fatalit&#233; &#224; laquelle il faut se r&#233;signer. Cela &#233;tant dit, il existe aussi une mouvance conservatrice (et antif&#233;ministe) parmi les abolitionnistes, comme il existe des gens sensibles aux valeurs de gauche parmi les r&#233;glementaristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la logique politique qui pr&#233;vaut dans les milieux r&#233;glementaristes rejoint les id&#233;aux et les pratiques mises de l'avant par le lib&#233;ralisme. Cette mouvance plut&#244;t individualiste voit dans la prostitution une institution immuable. Elle commande donc un certain &#171; pragmatisme &#187; &#224; l'aune duquel il importe avant tout de limiter les cons&#233;quences malheureuses associ&#233;es &#224; la prostitution, principalement imputables aux l&#233;gislations hypocrites, aux pratiques polici&#232;res harcelantes et &#224; la stigmatisation sociale des femmes prostitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un consentement sujet &#224; interpr&#233;tation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs &#233;coles de pens&#233;e ont soulev&#233; les limites du consentement, &#224; propos de la prostitution, mais aussi du &#171; voile &#187; islamique. Dans le champ des &#233;tudes f&#233;ministes, des penseuses nous permettent de comprendre &#224; quel point de tels enjeux sont complexes, surtout si, &#224; l'instar des th&#233;ories postcolonialistes comme celle de Franz Fannon, elles tiennent compte de l'ali&#233;nation des domin&#233;&#183;e&#183;s, tandis que d'un point de vue f&#233;ministe, on se doit d'accorder une place centrale &#224; la parole des femmes, &#224; la parole des opprim&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'anthropologue Nicole-Claude Mathieu ne prenne pas explicitement position sur la prostitution dans son article &#171; Quand c&#233;der n'est pas consentir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicole-Claude Mathieu, &#171; Quand c&#233;der n'est pas consentir. Des d&#233;terminants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, on peut d&#233;duire, de par son analyse mat&#233;rialiste de la conscience des femmes, que la prostitution constitue une appropriation du corps et du travail des femmes par les hommes rendue possible par le patriarcat, un syst&#232;me de domination qui s'exerce tant aux niveaux id&#233;ologiques et symboliques que structurels et mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Mathieu, la prise de conscience individuelle (et collective) des femmes de leur position de domin&#233;es serait n&#233;cessaire pour concevoir le consentement &#224; la prostitution. A contrario, pour la philosophe Judith Butler, il est illusoire de vouloir transformer ou abattre les rapports de pouvoir en jeu dans l'exercice du consentement et de la prostitution ; alors aussi bien travailler aux meilleures conditions possible de leur exercice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucie Tangy, &#171; Le sens du consentement dans l'&#339;uvre de Judith Butler &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette optique, la reconnaissance du choix individuel primerait sur la dissym&#233;trie sexuelle. Est-ce l&#224; une fa&#231;on d'affirmer, comme le souligne la philosophe Genevi&#232;ve Fraisse, que le principe de libert&#233; l'emporterait sur celui d'&#233;galit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Genevi&#232;ve Fraisse, Du consentement, &#201;d. du Seuil, Paris, 2007.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective butl&#233;rienne, le consentement est appr&#233;hend&#233; comme un acte valorisant la capacit&#233; d'autonomie de l'individu dans le cadre m&#234;me de la domination. Dans cette optique, le consentement de la personne prostitu&#233;e constituerait un choix strat&#233;gique structur&#233; par des contraintes &#233;conomiques. De plus, la pratique infiniment vari&#233;e de la prostitution pourrait int&#233;grer une part de d&#233;sir et une part de consentement sans qu'il faille n&#233;cessairement opposer les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophe Michela Marzano consid&#232;re pour sa part que le plaidoyer en faveur de la prostitution comme &#171; pratique de r&#233;sistance &#187; et de &#171; lib&#233;ration sexuelle &#187;, sous pr&#233;texte de s'opposer aux valeurs morales traditionnelles, renforcerait bien souvent l'oppression des plus faibles et le pouvoir des plus forts. Le consentement se transformerait ainsi en un moyen d'oppression servant &#224; justifier des attitudes violentes qui tirent parti des fragilit&#233;s et des failles des &#234;tres humains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michela Marzano, Je consens, donc je suis&#8230; &#201;thique de l'autonomie, Presses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de consentement est donc invoqu&#233;e en faveur d'un libre exercice et de la d&#233;criminalisation compl&#232;te de la prostitution, incluant le prox&#233;n&#233;tisme, une question qu'examine actuellement la Cour supr&#234;me du Canada. Peut-on r&#233;ellement d&#233;fen&#173;dre cette id&#233;e de consentement sans s'interroger sur les contraintes qui poussent les individus &#224; consentir &#8211; c&#233;der, dirait Mathieu &#8211; &#224; la prostitution ? Le consentement peut-il suffire comme principe justificateur ? S'opposent ainsi deux principales &#233;coles de pens&#233;e qui ont &#224; la base des d&#233;finitions diff&#233;rentes de la prostitution. En d&#233;pit des divergences toutefois, les f&#233;ministes s'entendent sur l'importance de mettre fin &#224; la discrimination dont sont victimes les personnes prostitu&#233;es dans le syst&#232;me judiciaire et d'obtenir leur d&#233;criminalisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicole-Claude Mathieu, &#171; Quand c&#233;der n'est pas consentir. Des d&#233;terminants mat&#233;riels et psychiques de la conscience domin&#233;e des femmes, et de quelques-unes de leurs interpr&#233;tations en ethnologie &#187;, dans N.-C. Mathieu (dir.), &lt;i&gt;L'arraisonnement des femmes : Essais en anthropologie des sexes, &lt;/i&gt; &#201;ditions de l'EHESS, Paris, 1985, p. 169-245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucie Tangy, &#171; Le sens du consentement dans l'&#339;uvre de Judith Butler &#187;, &lt;i&gt;Trac&#233;s&lt;/i&gt;, vol. 14, no 1, 2008, p. 1-17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Genevi&#232;ve Fraisse, &lt;i&gt;Du consentement&lt;/i&gt;, &#201;d. du Seuil, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michela Marzano, &lt;i&gt;Je consens, donc je suis&#8230; &#201;thique de l'autonomie&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de France, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteure tient &#224; remercier Isabelle Courcy, Lyne Kurtzman et Marie-Andr&#233;e Roy pour leur apport &#224; cette r&#233;flexion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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