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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Montr&#233;al. Ville autochtone</title>
		<link>https://www.ababord.org/Montreal-Ville-autochtone</link>
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		<dc:date>2014-04-15T23:49:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Dianoux</dc:creator>


		<dc:subject>Immigration, refuge et racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Dianoux, Robin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la majorit&#233; des Autochtones du Canada devient urbaine. Alors que cela risque de bouleverser d&#233;finitivement la vision pass&#233;iste que l'on a trop souvent d'eux, j'ai souhait&#233; rencontrer dans le cadre d'un projet photographique une dizaine de jeunes habitant &#224; Montr&#233;al. Celles et ceux y ayant presque toujours v&#233;cu ont bien voulu m'expliquer ce qui les a retenus en ville ; celles et ceux arriv&#233;&#183;e&#183;s il y a peu m'ont &#233;voqu&#233; les raisons de leur venue et les cons&#233;quences que cela a eues (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-51-oct-nov-2013-" rel="directory"&gt;No 051 - oct. / nov. 2013&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Immigration-refuge-et-racisme-+" rel="tag"&gt;Immigration, refuge et racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sociologie-et-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Dianoux-Robin-+" rel="tag"&gt;Dianoux, Robin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1780.jpg?1642092152' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;453&#034; height=&#034;302&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui, la majorit&#233; des Autochtones du Canada devient urbaine. Alors que cela risque de bouleverser d&#233;finitivement la vision pass&#233;iste que l'on a trop souvent d'eux, j'ai souhait&#233; rencontrer dans le cadre d'un projet photographique une dizaine de jeunes habitant &#224; Montr&#233;al. Celles et ceux y ayant presque toujours v&#233;cu ont bien voulu m'expliquer ce qui les a retenus en ville ; celles et ceux arriv&#233;&#183;e&#183;s il y a peu m'ont &#233;voqu&#233; les raisons de leur venue et les cons&#233;quences que cela a eues sur leur vie et leur identit&#233;. Voici une partie de ce qu'il m'a &#233;t&#233; permis d'apprendre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une des caract&#233;ristiques principales des Premi&#232;res Nations, des Inuits et M&#233;tis dans le Canada du XXIe si&#232;cle est leur urbanisation grandissante. Celle-ci demeure encore tr&#232;s faible compar&#233;e au reste de la population (80 % de la population canadienne vit dans les centres urbains contre 50 % de la population autochtone), mais repr&#233;sente n&#233;anmoins un ph&#233;nom&#232;ne d'une ampleur in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, ce mouvement a v&#233;ritablement commenc&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1980, et Montr&#233;al a ainsi vu au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es un doublement d&#233;cennal de sa population autochtone, atteignant aujourd'hui pr&#232;s de 20 000 personnes. En cons&#233;quence la proportion d'Autochtones qui vivent en ville ne cesse de cro&#238;tre, port&#233;e par l'intensification de l'exode, le plus souvent d&#233;finitif, des jeunes des r&#233;serves vers les centres urbains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Une pr&#233;sence discr&#232;te&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant d'arriver au Qu&#233;bec, et venant d'un pays o&#249; l'on ne reconna&#238;t pas l'existence de minorit&#233;s ni de majorit&#233;, je pensais que mon installation &#224; Montr&#233;al serait l'occasion de plonger dans une ville riche de la pr&#233;sence de populations issues des Premi&#232;res Nations, des Inuits, et que cela lui donnerait une importante profondeur culturelle. L'importance de leur r&#244;le dans cette ville et le b&#233;n&#233;fice de la fertilit&#233; de leur regard sur la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise y seraient reconnus. Au m&#233;pris des le&#231;ons &#224; tirer de l'Histoire, un optimisme na&#239;f peut toujours faire passer sous silence le non-d&#233;mant&#232;lement dans le pr&#233;sent des m&#233;canismes de s&#233;gr&#233;gation qui nous rendent parfois si indign&#233;s envers le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s plusieurs mois pass&#233;s &#224; d&#233;couvrir les diff&#233;rents quartiers de la ville et des activit&#233;s culturelles vari&#233;es, j'ai remarqu&#233; que, malgr&#233; le nombre important d'Autochtones vivant &#224; Montr&#233;al, le hasard ne m'avait pas donn&#233; l'occasion d'en rencontrer. Il me semblait que leur pr&#233;sence dans la ville n'&#233;tait pas &#233;vidente, Montr&#233;al ne comptant pas non plus de mus&#233;es d'histoire, de culture ou d'art autochtone (ceux qui existent au Qu&#233;bec sont tous sur des r&#233;serves en dehors de la ville, alors que le nombre d'Autochtones vivant &#224; Montr&#233;al est bien plus important que dans n'importe quelle r&#233;serve), et les quelques galeries d'art inuit du Vieux-Montr&#233;al ont surtout une vis&#233;e commerciale et sont tenues par des personnes qui ne sont ni Inuits ni Am&#233;rindiens. Il existe bien le Centre d'amiti&#233; autochtone, mais son m&#233;lange des genres, entre sensibilisation culturelle et intervention sociale aupr&#232;s des Autochtones les plus marginalis&#233;&#183;e&#183;s, fait qu'une frange plus ais&#233;e de la population autochtone se refuse &#224; le fr&#233;quenter et qu'il peine &#224; atteindre un public plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison avec les personnes issues d'un pays &#233;tranger n'est pas heureuse, pour des raisons historiques flagrantes, mais elle permet de se rendre compte des diff&#233;rences de visibilit&#233; entre les diverses communaut&#233;s. Les immigr&#233;s italiens ou chinois, arriv&#233;s relativement r&#233;cemment &#224; Montr&#233;al, ont chacun investi un quartier d&#233;limit&#233; par des portes d'entr&#233;e et que la mairie reconna&#238;t comme &#233;tant la Petite Italie ou le quartier chinois, au sein desquels la densit&#233; d'habitants et de commerces rend &#233;vidente leur pr&#233;sence et exhibe leur culture. On peut ainsi avoir l'impression que les Montr&#233;alais d'origine chinoise sont bien plus visibles que les Autochtones alors qu'ils ne sont qu'&#224; peine plus nombreux qu'eux sur l'&#238;le de Montr&#233;al. C'est ce manque de visibilit&#233; patent, impliquant l'impossibilit&#233; de la rencontre fortuite, qui provoqua ma d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je dirais que je suis un Autochtone urbain &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re personne avec laquelle j'ai pu v&#233;ritablement discuter est Delores, une Crie qui a quitt&#233; sa r&#233;serve Mistissini, dans le nord-ouest du Qu&#233;bec, il y a cinq ans pour d&#233;m&#233;nager &#224; Montr&#233;al. Elle habite aujourd'hui dans l'ouest de l'&#238;le avec son fianc&#233;, un jeune Qu&#233;b&#233;cois n&#233; de parents immigr&#233;s qui l'a crue la premi&#232;re fois qu'elle lui a dit que dans sa r&#233;serve ils vivaient dans des tipis, et leurs deux enfants. Arriv&#233;e seule &#224; l'&#226;ge de 17 ans, elle s'est sentie &#233;touff&#233;e par les responsabilit&#233;s et par sa peur de parler aux gens qu'elle ne conna&#238;t pas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je devais partir de ma communaut&#233; parce que j'avais l'impression de ne rien faire avec ma vie l&#224;-bas. La seule chose que je voyais &#233;tait des gens en train de boire. C'est ce que je faisais aussi et je ne m'aimais pas alors j'ai d&#233;cid&#233; de venir &#224; Montr&#233;al. J'ai eu le mal du pays en vivant seule parce que dans la r&#233;serve il y a toujours ta famille et plein de gens autour de toi, on ne fait jamais rien seul. Je pleurais souvent la nuit en pensant &#224; ma famille parce que je me sentais bloqu&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur arriv&#233;e dans la ville est per&#231;ue &#224; la fois comme une opportunit&#233; mais aussi comme un d&#233;fi, et des difficult&#233;s importantes sont parfois rencontr&#233;es. Cory, Micmac par sa m&#232;re et Shuswap par son p&#232;re, a lui v&#233;cu &#224; Montr&#233;al depuis l'&#226;ge de quatre ans et ne garde que tr&#232;s peu de souvenirs de sa vie dans les r&#233;serves. Il revendique une identit&#233; autochtone tr&#232;s forte qui l'influence personnellement, culturellement et professionnellement. Il est ainsi un danseur de pow-wow assidu, participe &#224; des conf&#233;rences pour parler de la culture autochtone et travaille comme intervenant social dans le centre d'h&#233;bergement pour Autochtones du centre-ville de Montr&#233;al. Pour lui, la ville est vraiment l'endroit auquel il appartient : &#171; &lt;i&gt; Je suis l&#224; depuis vingt ans, maintenant c'est ma maison ici j'imagine. Je connais juste ma r&#233;serve en y &#233;tant all&#233; quelques fois pendant l'&#233;t&#233;, donc je dirais que je suis un Autochtone urbain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'urbanisation comme miroir de la situation dans les r&#233;serves&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Autochtones que j'ai rencontr&#233;s, dont eux-m&#234;mes ou leurs parents sont issus de r&#233;serves implant&#233;es dans tout le Canada, m'ont chacun parl&#233; de leurs diverses exp&#233;riences dans celles-ci. Leurs t&#233;moignages d&#233;crivent pour la plupart un attachement tr&#232;s fort &#224; leur r&#233;serve, mais aussi une lassitude tout aussi importante vis-&#224;-vis des probl&#232;mes sociaux qui n'y trouvent pas de r&#233;solution. Les discussions ne visaient pas &#224; d&#233;couvrir les aspects n&#233;gatifs de la vie dans les r&#233;serves, mais leur &#233;vocation a rapidement &#233;merg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jackie est une Inuit arriv&#233;e depuis quelques mois seulement avec son petit ami. Elle dit adorer sa nouvelle vie &#224; Montr&#233;al, apr&#232;s avoir r&#233;ussi &#224; surmonter le choc culturel initial. Pour d&#233;corer leur appartement, ils ont achet&#233; juste avant de partir dans le magasin de souvenirs de l'a&#233;roport d'Iqaluit un petit panneau de bois sur lequel est &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Puisses-tu avoir chaud dans ton igloo, de l'huile dans ta lampe et la paix dans ton c&#339;ur&lt;/i&gt;. &#187; Quand je leur demande pourquoi ils aiment Montr&#233;al, Jackie r&#233;pond, par opposition, pourquoi la vie dans le Grand Nord n'&#233;tait plus possible pour eux : &#171; &lt;i&gt; Nous n'avions pas d'endroit pour rester &#224; Iqaluit, car les loyers sont trop &#233;lev&#233;s. Nous avions aussi juste besoin de partir loin du Nunavut. Il n'y a pas beaucoup de choses &#224; faire l&#224;-bas, donc beaucoup d'Inuits ont recours &#224; la drogue, &#224; l'alcool. Il y a aussi &#233;norm&#233;ment de suicides et de violence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la volont&#233; de certain&#183;e&#183;s de partir &#224; la d&#233;couverte d'une nouvelle vie urbaine ou d'acc&#233;der &#224; la possibilit&#233; d'&#233;tudier, une majorit&#233; de ceux et celles qui ont d&#233;m&#233;nag&#233; adultes fuyait surtout un milieu social devenu insupportable. Dans ce cas, le quitter &#233;tait leur seule issue possible, le seul moyen pour eux d'acc&#233;der &#224; une vie meilleure m&#234;me si, dans l'absolu, leur d&#233;sir aurait souvent &#233;t&#233; de pouvoir y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, Michael a lui &#233;t&#233; plac&#233; dans une famille d'accueil anglophone de Montr&#233;al &#224; l'&#226;ge de cinq ans et n'a donc gard&#233; que tr&#232;s peu de souvenirs de son pass&#233; dans la r&#233;serve. Il n'a red&#233;couvert qu'adolescent qu'il avait de la parent&#233; autochtone et a alors cherch&#233; &#224; comprendre d'o&#249; il venait et &#224; en apprendre la culture. &#192; vingt-deux ans, le fait d'&#234;tre autochtone repr&#233;sente pour lui un lien familial, &#171; &lt;i&gt;comme un lien de parent&#233; sur lequel vous avez &#233;t&#233; branch&#233;, comme une toile d'araign&#233;e. Et tu sais que tu es en s&#233;curit&#233;, que tu vas avoir du soutien. Il y a des histoires tristes sur les Autochtones, l'alcool, le suicide, les cow-boys, les bagarres et tous ces trucs. Mais les meilleures histoires sont les histoires spirituelles, les enseignements. Ils ont v&#233;cu tant de moments douloureux qu'ils connaissent probablement un grand nombre de r&#233;ponses, la voix de la gu&#233;rison, et que pour moi ils sont profonds. Je sais pas trop, mais je suis juste super fier d'&#234;tre Auto&#173;chtone.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La ville ne s'oppose pas &#224; la culture autochtone&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien que leur famille manque souvent terriblement &#224; celles et ceux qui sont venus seul&#183;e&#183;s, les jeunes Autochtones qui arrivent en ville pour fuir leur r&#233;serve peuvent ressentir un d&#233;dain envers leur communaut&#233; d'origine qui doit alors &#234;tre &#233;quilibr&#233; avec leur fiert&#233; d'appartenir &#224; un peuple autochtone. Or, des aspects de la vie urbaine peuvent aussi appara&#238;tre comme difficilement conciliables avec leurs valeurs et l'&#233;quilibre peut &#234;tre complexe &#224; trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Delores, il s'agit de parler quotidiennement le cri, sa langue maternelle, qui constitue pour elle un lien pr&#233;cieux avec son histoire. Tous les jeunes n'ont pas forc&#233;ment l'opportunit&#233; de communiquer dans leur langue, mais elle a la chance de pouvoir la transmettre &#224; ses enfants et de la parler avec son fianc&#233;. Il a aussi d&#233;cid&#233; de l'apprendre et conna&#238;t selon elle la moiti&#233; du vocabulaire : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai pas peur de perdre ma langue, car je vais emp&#234;cher que &#231;a arrive. Je veux que mon fils la parle afin qu'il puisse communiquer avec mon arri&#232;re-grand-m&#232;re, qui veut pouvoir lui apprendre d'o&#249; nous venons et des trucs comme &#231;a. C'est tr&#232;s important pour moi. &lt;/i&gt; &#187; Comme plus de la moiti&#233; des jeunes que j'ai rencontr&#233;s, Delores pr&#233;voit de retourner chaque ann&#233;e dans sa r&#233;serve, notam&#173;ment pour voir sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Cory, qui a presque toujours habit&#233; &#224; Montr&#233;al, le fait de vivre sur une r&#233;serve et celui de pr&#233;server la culture autochtone sont totalement dissoci&#233;s. C'est surtout un choix de vie, une d&#233;marche que personne ne peut &#234;tre oblig&#233; de faire : &#171; &lt;i&gt;Beaucoup des grandes figures dans notre communaut&#233; ne vivent pas dans une r&#233;serve. Certains pensent que ce serait traditionnel de rester sur les r&#233;serves, mais le monde change. Il est tr&#232;s important que l'on conserve notre culture, mais je pense que &#231;a n'a rien &#224; voir avec le lieu o&#249; on vit, mais plus avec ce &#224; quoi on croit et notre mani&#232;re de vivre notre vie&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'innovation culturelle pour &#234;tre vu et entendu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vie urbaine est encore plus &#233;loign&#233;e de la mani&#232;re dont vivaient les Autochtones du si&#232;cle dernier que ne l'est la vie dans les r&#233;serves. Mais les Premi&#232;res Nations, les M&#233;tis ainsi que les Inuits vivant en ville s'efforcent tout autant que les autres d'affirmer leur appartenance autochtone et de la faire reconna&#238;tre. De nouvelles formes culturelles &#233;mergent alors, permettant &#224; une nouvelle modernit&#233; autochtone de se cr&#233;er dans les milieux urbains, que ce soit en organisant des c&#233;r&#233;monies dans la ville, en participant &#224; des pow-wow d'hiver dans les salons de grands h&#244;tels ou en s'appropriant la musique rock ou le hip-hop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'arriv&#233;e cet automne de l'exposition itin&#233;rante &lt;i&gt;Beat Nation : art, hip-hop et culture autochtone&lt;/i&gt; au Mus&#233;e d'art contemporain de Montr&#233;al, une occasion est donn&#233;e de les mettre en lumi&#232;re. Au lieu de se dissoudre et se d&#233;sint&#233;grer, l'identit&#233; culturelle autochtone serait en r&#233;alit&#233; renforc&#233;e par les nouvelles formes d'art et de cr&#233;ation. Pour Joey, un Inuit aux airs discrets que j'ai rencontr&#233; alors qu'il r&#233;citait un po&#232;me &#224; une veill&#233;e en hommage aux victimes de brutalit&#233; polici&#232;re, le slam est devenu le moyen d'affirmer son point de vue publiquement : &#171; &lt;i&gt;Au cours des derni&#232;res ann&#233;es certains de mes travaux sont devenus socialement engag&#233;s et politis&#233;s. Je puise mon inspiration dans tout ce qui arrive dans le paradigme social, j'essaie juste de montrer mon point de vue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Idle No More comme mouvement autochtone urbain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le hip-hop autochtone serait alors plus souvent utilis&#233; comme outil de r&#233;appropriation, de transmission des valeurs traditionnelles que d'acculturation. Bien qu'&#233;tant pancanadienne et donc peut-&#234;tre en partie d&#233;phas&#233;e de la r&#233;alit&#233; montr&#233;alaise, l'exposition dans le centre-ville est certainement l'expression, ou l'indice, d'un changement en cours qui consolidera la place des Auto&#173;chtones dans les villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, une des r&#233;ussites du mouvement Idle No More a aussi &#233;t&#233; de rendre les Autochtones plus visibles dans les villes, en leur permettant de s'approprier leurs modes d'organisation sp&#233;cifiques afin de les accorder &#224; leurs aspi&#173;rations sans plus les subir. Compl&#233;tant le r&#244;le habituellement port&#233; par les r&#233;serves, les villes &#233;taient alors devenues de nouveaux centres de la contestation autochtone. Les Autochtones sortaient dans les rues des grandes villes et les centres d'achat des plus petites, souvent non pas comme des ambassadeurs venus des r&#233;serves, mais comme des r&#233;sidant&#183;e&#183;s de ces lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visibilit&#233; gagn&#233;e dans les centres les installait comme groupe faisant partie de la cit&#233;. Cela pouvait donc leur permettre de t&#233;moigner des probl&#232;mes de fond qui aujourd'hui concernent et pr&#233;occupent toutes les personnes appartenant aux Premi&#232;res Nations du Qu&#233;bec, mais aussi de montrer que leurs d&#233;nonciations pourraient dor&#233;navant se cristalliser avec une intensit&#233; toute particuli&#232;re dans les centres urbains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s l'&#233;cole, je veux travailler dans un centre de traitement pour les jeunes, je sais comment le faire parce que je suis d&#233;j&#224; pass&#233;e par l&#224;. Je suis partie de ma r&#233;serve dans le but de rester sobre et de suivre mes r&#234;ves alors je n'y retournerai pas, je veux rester pour toujours vivre &#224; Montr&#233;al &lt;/i&gt; &#187;, conclut Delores.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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