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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La vie en rose ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-vie-en-rose</link>
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		<dc:date>2013-10-31T01:35:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon, Tommy Guignard</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Diversit&#233; sexuelle et de genre</dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans un club gai comme le Unity, on peut se retrouver tous les vendredis et samedis entour&#233; de beaux jeunes hommes qui s'amusent durant des heures et des heures dans une ambiance des plus festives. On peut se demander pourquoi le taux de suicide est si &#233;lev&#233; chez les jeunes homosexuels alors qu'ils semblent tellement s'amuser &#224; passer des nuits qui font sans doute l'envie de leurs cong&#233;n&#232;res h&#233;t&#233;rosexuels. Pour les gais, cette vie de plaisir n'est possible que dans un ghetto. Ou, pour &#234;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Diversite-sexuelle-+" rel="tag"&gt;Diversit&#233; sexuelle et de genre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1732.gif?1642092150' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;488&#034; height=&#034;567&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans un club gai comme le Unity, on peut se retrouver tous les vendredis et samedis entour&#233; de beaux jeunes hommes qui s'amusent durant des heures et des heures dans une ambiance des plus festives. On peut se demander pourquoi le taux de suicide est si &#233;lev&#233; chez les jeunes homosexuels alors qu'ils semblent tellement s'amuser &#224; passer des nuits qui font sans doute l'envie de leurs cong&#233;n&#232;res h&#233;t&#233;rosexuels. Pour les gais, cette vie de plaisir n'est possible que dans un ghetto. Ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, une enclave o&#249; l'on exploite l'argent rose. Comment un quartier comme le Village gai de Montr&#233;al est-il devenu un espace o&#249; l'on exploite la discrimination ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le concept d'&#171; argent rose &#187; d&#233;signe l'exploitation de l'immense pouvoir d'achat des homo&#173;sexuelLEs. D'apr&#232;s une &#233;tude de la Chambre de commerce gaie du Qu&#233;bec et de L&#233;ger marketing r&#233;alis&#233;e en 2010, le pouvoir d'achat des homosexuelles du Qu&#233;bec repr&#233;sente 13 milliards de dollars par ann&#233;e, ce qui donne un poids &#233;conomique consid&#233;rable &#224; la communaut&#233; gaie du Qu&#233;bec. Elle comprend environ 450 000 consommateurs et consommatrices adultes. Si on ajoute &#224; cela le fait que les personnes LGBT au Qu&#233;bec disposent d'un pouvoir d'achat de 20 % sup&#233;rieur &#224; celui du Qu&#233;b&#233;cois moyen, on voit que l'industrie de l'argent rose est florissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Village gai de Montr&#233;al est d'ailleurs plus un lieu de consommation qu'un lieu de r&#233;sidence. Les &#233;tablissements offrant des services destin&#233;s sp&#233;cifiquement &#224; une client&#232;le homosexuelle y font de bonnes affaires. La demande de ces services est principalement engendr&#233;e par la perception qu'ont les gais d'une discrimination homophobe de la part des entreprises traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les quartiers gais, un produit du capitalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-on dire que le Village gai de Montr&#233;al a succomb&#233; &#224; la logique marchande qui domine partout ? Selon nous, puisque l'identit&#233; homosexuelle est elle-m&#234;me un produit du capitalisme, le Village est en soi un ph&#233;nom&#232;ne commercial, et son &#233;tat actuel n'est que le d&#233;ploiement de sa logique interne. Pour comprendre cela, il faut porter attention &#224; certaines cons&#233;quences sociales du passage d'une &#233;conomie agricole &#224; une &#233;conomie industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au milieu du XIXe si&#232;cle, la famille traditionnelle &#233;tait une unit&#233; de production. Le p&#232;re et ses fils cultivaient la terre pendant que la m&#232;re pr&#233;pa&#173;rait le pain et confectionnait les v&#234;tements. Les r&#244;les sexuels &#233;taient assez strictement d&#233;finis. Le travail salari&#233; qui est apparu avec le d&#233;veloppement du capitalisme industriel a graduellement mis un terme, &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, au r&#244;le d'unit&#233; de production &#233;conomique de la famille. Le travail salari&#233; en manufacture permet &#224; une personne de s'acheter du pain et des v&#234;te&#173;ments d&#233;j&#224; tout fait. Le capitalisme rend ainsi possible la vie d'une personne en dehors d'une cellule familiale traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc penser que l'identit&#233; homosexuelle est apparue avec le capitalisme. Il y avait bien &#233;videmment des comportements homosexuels avant l'&#232;re industrielle, mais il n'existait pas d'identit&#233; homosexuelle en tant que telle. On n'aurait pas pu d&#233;crire en quoi consiste le mode de vie homosexuel &#224; l'&#233;poque, tandis que les sociologues parlent aujourd'hui de la culture gaie. En effet, la possibilit&#233; d'une identit&#233; homosexuelle d&#233;pend de la possibilit&#233; &#233;conomique de vivre &#224; l'ext&#233;rieur de la famille h&#233;t&#233;rosexuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#224;-dessus, voir John D'Emilio, &#171; Capitalism and Gay Identity &#187; in Ann Snitow (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La possibilit&#233; de vivre en dehors d'une famille traditionnelle n'existait pas avant l'av&#232;nement du capitalisme industriel, sauf pour ceux qui se consacraient &#224; une vie religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Village gai de Montr&#233;al est donc un produit du capitalisme. Mais ce n'est pas seulement un produit du capitalisme, c'est aussi un produit de l'homophobie. Le Village existe parce que la soci&#233;t&#233; est encore suffisamment homophobe pour que des homosexuelLEs sentent le besoin de fr&#233;quenter des endroits o&#249; ils se sentent clairement les bienvenus tels qu'ils sont.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La marchandisation de l'homophobie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui font des affaires dans le Village tentent &#233;videmment de profiter au maximum de l'argent rose. Les propri&#233;taires des bars sont souvent des h&#233;t&#233;rosexuels nullement impliqu&#233;s dans la lutte contre l'homophobie, ils ne sont l&#224; que pour profiter de l'argent rose. Les propri&#233;taires de commerce demandent d'ailleurs &#224; la Ville de chasser les itin&#233;rants, qui pourraient nuire &#224; leur n&#233;goce. L'&#339;uvre d'art install&#233;e sur le terrain en face du Caba&#173;ret &#224; Mado est une publicit&#233; pour la Banque Nationale. L'&#233;t&#233; dernier, le drapeau arc-en-ciel servait de toile de fond &#224; une publicit&#233; de Viagra qu'on pouvait voir &#224; tous les coins de rue du Village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propri&#233;taires des &#233;tablissements fr&#233;quent&#233;s par les adeptes de la vie nocturne utilisent la sexualit&#233; comme moyen de s'enrichir avec l'argent rose. En effet, les activit&#233;s commerciales sont ax&#233;es en grande partie sur ce style de vie ainsi que sur les rela&#173;tions sexuelles. Sur la carte de la Soci&#233;t&#233; de d&#233;ve&#173;loppement commercial du Village, on d&#233;&#173;&#173;nombre pas moins de quinze bars ou clubs, quatre bars d'effeuilleurs, trois saunas, quatre boutiques &#233;rotiques et deux clubs de pleine nuit (after-hours)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme fran&#231;ais pour after-hour est bar clandestin, mais il ne correspond (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur Sainte-Catherine Est, seulement entre les rues Saint-Andr&#233; et Cartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de succomber &#224; la tentation de condamner la turpitude morale de ceux qui fr&#233;quentent ces endroits, n'oublions pas que c'est le capitalisme qui a rendu possible ce mode de vie. Le niveau de r&#233;flexion politique que l'on peut constater dans la communaut&#233; du Village gai de Montr&#233;al refl&#232;te d'ailleurs son origine capitaliste. Le type d'&#233;tablissement que l'on y trouve, majoritairement ax&#233; sur la recherche &#233;go&#239;ste du plaisir, les relations jetables et la marchandisation du corps et de la sexualit&#233; inspirent un individualisme qui rel&#232;ve bien plus du libertarianisme que de la volont&#233; de d&#233;fendre l'int&#233;r&#234;t commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le Village ayant vu le jour en tant qu'espace de revendication de la libert&#233; sexuelle, il est logique qu'une grande partie de son &#233;conomie repose sur la sexualit&#233;. Malheureusement, le Village reste encore le seul espace o&#249; les homosexuelLEs peuvent manifester leur orientation sexuelle sans malaise. Et c'est justement l&#224; o&#249; la relation que nous avons tent&#233; d'&#233;tablir entre le capitalisme et le Village gai se manifeste dans toute sa perversit&#233;.&#173;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tirer profit de l'oppression&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Village, en tant que produit du capitalisme et de l'homophobie, est le lieu o&#249; l'on exploite l'argent rose. Consciemment ou non, ce &#171; capitalisme gai &#187; a int&#233;r&#234;t &#224; ce que perdure l'homophobie dans la soci&#233;t&#233; afin de continuer &#224; exploiter tout cet argent qui se concentre dans le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui luttent honn&#234;tement contre l'homophobie ne peuvent que souhaiter la disparition des quartiers gais. Ils esp&#232;rent qu'un jour l'orientation sexuelle ne soit pas plus un motif de discrimination que l'est aujourd'hui le fait d'&#233;crire de la main gauche. Or, les propri&#233;taires d'&#233;tablissements ou les fournisseurs de services (taxis, notaires, agents immobiliers, etc.) sp&#233;cifiquement destin&#233;s &#224; une client&#232;le homosexuelle, eux qui se disent ouverts &#224; la diversit&#233; sexuelle, ont besoin que se maintienne cette discrimination afin de conserver leur client&#232;le. Cela explique peut-&#234;tre en partie pourquoi les magazines gais que l'on retrouve dans le Village sont si peu revendicateurs en ce qui concerne la reconnaissance de nos droits et la lutte contre l'homophobie. Ils sont tous gratuits, c'est-&#224;-dire qu'ils d&#233;pendent enti&#232;rement des revenus publicitaires. Ceux qui annoncent leurs produits et services &lt;i&gt;gay-friendly &lt;/i&gt; n'ont pas int&#233;r&#234;t &#224; ce que disparaisse la cause de l'existence d'un Village. Les journalistes et les r&#233;dacteurs &#233;vitent donc d'appara&#238;tre trop militants et de traiter de sujets qui portent &#224; controverse pour ne pas froisser les annonceurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironiquement, ceux qui profitent ainsi de l'homophobie en sont souvent eux-m&#234;mes victimes. L'avidit&#233; fait en sorte que les opprim&#233;s deviennent leur propre oppresseur : un capitaliste est toujours pr&#234;t &#224; vendre la corde qui va servir &#224; le pendre. Le Village gai de Montr&#233;al est une triste preuve de cette v&#233;rit&#233; ; encourager les &#233;tablissements du Village, c'est, sans m&#234;me le savoir, d&#233;courager la lutte contre l'homophobie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#224;-dessus, voir John D'Emilio, &#171; Capitalism and Gay Identity &#187; in Ann Snitow et al. (&#233;d.), &lt;i&gt;Powers of Desire : The Politics of Sexuality&lt;/i&gt;, Monthly Rewiew Press, New York, 1983, p. 100-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme fran&#231;ais pour after-hour est bar clandestin, mais il ne correspond pas selon nous &#224; la r&#233;alit&#233;. Nous lui avons pr&#233;f&#233;r&#233; le plus lourd mais plus juste terme club de pleine nuit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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