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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Tenir t&#234;te</title>
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		<dc:date>2014-09-02T23:57:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement &#233;tudiant</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gabriel Nadeau-Dubois,Tenir t&#234;te, Montr&#233;al, Lux &#233;diteur, 2013. &lt;br class='autobr' /&gt; Avec Tenir t&#234;te, l'ancien porte-parole de la CLASSE se permet enfin de parler en son nom. Il nous livre son interpr&#233;tation des &#233;v&#233;nements qui ont secou&#233; le Qu&#233;bec en 2012. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'essai commence par un captivant r&#233;cit de la gen&#232;se de la gr&#232;ve. Il en ressort que ce fut une lutte pr&#233;par&#233;e de longue date, m&#234;me si son d&#233;clenchement effectif tient en partie &#224; un coup de d&#233;s. Le premier vote de gr&#232;ve, au c&#233;gep Valleyfield, &#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-53-fevrier-mars-2014-" rel="directory"&gt;No 053 - f&#233;vrier / mars 2014&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouvement-etudiant-+" rel="tag"&gt;Mouvement &#233;tudiant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1853.png?1642092156' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;214&#034; height=&#034;359&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Gabriel Nadeau-Dubois,Tenir t&#234;te, Montr&#233;al, Lux &#233;diteur, 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Tenir t&#234;te&lt;/i&gt;, l'ancien porte-parole de la CLASSE se permet enfin de parler en son nom. Il nous livre son interpr&#233;tation des &#233;v&#233;nements qui ont secou&#233; le Qu&#233;bec en 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essai commence par un captivant r&#233;cit de la gen&#232;se de la gr&#232;ve. Il en ressort que ce fut une lutte pr&#233;par&#233;e de longue date, m&#234;me si son d&#233;clenchement effectif tient en partie &#224; un coup de d&#233;s. Le premier vote de gr&#232;ve, au c&#233;gep Valleyfield, &#233;tait d&#233;terminant pour la survie du mouvement : il fut remport&#233; par seulement 12 voix. Au coll&#232;ge de Maisonneuve, le vote de gr&#232;ve a suscit&#233; une participation record.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les lib&#233;raux et certains chroniqueurs qui ont souvent remis en question la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique des votes de gr&#232;ve, Gabriel Nadeau-Dubois montre que, sauf de tr&#232;s rares exceptions, les assembl&#233;es &#233;tudiantes &#233;taient exemplaires en ce qui concerne leur l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique. Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; les administrations coll&#233;giales et universitaires de tenter de briser le mouvement en remettant en cause celle-ci et en soutenant le mouvement des &#171; carr&#233;s verts &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude r&#233;v&#232;le une pi&#232;tre conception de la d&#233;mocratie : voter en secret et de pr&#233;f&#233;rence pas trop souvent. Pourtant, nos droits n'existent pas en soi, leur existence d&#233;pend d'un accord collectif. L'isolement des individus est un poison pour la d&#233;mo&#173;cratie et, comme nous le rappelle Gabriel Nadeau-Dubois, &#171; &lt;i&gt;[n']en d&#233;plaise aux crapauds qui aiment les eaux mortes des marais et qui craignent le d&#233;bordement des rivi&#232;res au printemps, les d&#233;bats et les conflits politiques, la &#171; rue &#187;, ne sont pas les ennemis de la libert&#233; politique, ils en sont l'oxyg&#232;ne &lt;/i&gt; &#187; (p. 59).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie de Tenir t&#234;te tente de r&#233;pondre &#224; deux mantras du discours du gouvernement Charest, la &#171; juste part &#187; et l'excellence, qui participent d'une vision n&#233;olib&#233;rale de l'&#233;ducation. Consid&#233;rer l'&#233;ducation sup&#233;rieure comme un pur investissement personnel afin de justifier la hausse des frais de scolarit&#233;, c'est faire une proph&#233;tie autor&#233;alisatrice. En effet, si la hausse des frais de scolarit&#233; produit un endettement accru &#224; la sortie de l'universit&#233;, les &#233;tudiant&#183;e&#183;s sont indirectement incit&#233;s &#224; n'&#233;tudier que dans les domaines garantissant un emploi suffisamment payant pour pouvoir rembourser rapidement leurs dettes. La formation universitaire est ainsi r&#233;duite &#224; n'&#234;tre qu'un moyen de se trouver un emploi payant. Et l'universit&#233;, par cons&#233;quent, tente de plus en plus de satisfaire les besoins du march&#233; du travail, d&#233;laissant la recherche fondamentale et la recherche du savoir pour lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me partie de l'essai revient sur certains faits saillants de la gr&#232;ve, &#224; partir de la position un peu particuli&#232;re de Gabriel Nadeau-Dubois. Cela lui fournit l'occasion de proc&#233;der &#224; une d&#233;nonciation du manque d'&#233;thique des m&#233;dias et &#224; une justification philosophique de la d&#233;sob&#233;issance civile. L'auteur mentionne que des 15 personnalit&#233;s m&#233;diatiques les plus influentes en 2012, seulement deux se sont d&#233;clar&#233;es relativement sympathiques &#224; l'&#233;gard des &#171; carr&#233;s rouges &#187;. On observe clairement une tendance des m&#233;dias &#224; pr&#233;senter sous un jour favorable la hausse des frais de scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est moins la d&#233;sob&#233;issance &#224; la loi sp&#233;ciale que le recours aux tribunaux pour faire valoir des int&#233;r&#234;ts personnels &#224; coup d'injonctions qui constituait une menace pour la d&#233;mocratie. &#171; &lt;i&gt;Il fallait d&#233;fier l'autorit&#233; du gouvernement, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il d&#233;passait les limites dans lesquelles les citoyens acceptent qu'il gouverne.&lt;/i&gt; &#187; (p. 168) Voil&#224; ce qui est n&#233;cessaire &#224; la sauvegarde de la d&#233;mocratie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tenir t&#234;te&lt;/i&gt; est un livre qui se d&#233;vore d'une traite. La qualit&#233; du style d'&#233;criture n'a d'&#233;gal que la profondeur de la r&#233;flexion de ce jeune philosophe dont le Qu&#233;bec avait cruellement besoin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un intellectuel, un instinct de libert&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Un-intellectuel-un-instinct-de</link>
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		<dc:date>2014-06-12T02:50:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Noam Chomsky, Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>Militarisme et antimilitarisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Chomsky, Noam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Noam Chomsky est n&#233; en 1928 &#224; Philadelphie, ville qui &#233;tait au XVIIIe si&#232;cle le phare &#233;tatsunien de la philosophie des Lumi&#232;res. Sa pens&#233;e est-elle le fruit de son &#233;poque ? Quelles ont &#233;t&#233; ses influences tout au long de sa vie ? Regardons de plus pr&#232;s l'intellectuel et le militant qu'il a &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre pour essayer de mettre au jour les racines qui soutiennent son &#339;uvre. &lt;br class='autobr' /&gt; I am a child of the Enlightenment. &#8211; Noam Chomsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Une formation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Noam-Chomsky-scientifique-" rel="directory"&gt;Dossier : Noam Chomsky, scientifique et militant&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Chomsky-Noam-+" rel="tag"&gt;Chomsky, Noam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1843.png?1642092156' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;530&#034; height=&#034;324&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Noam Chomsky est n&#233; en 1928 &#224; Philadelphie, ville qui &#233;tait au XVIIIe si&#232;cle le phare &#233;tatsunien de la philosophie des Lumi&#232;res. Sa pens&#233;e est-elle le fruit de son &#233;poque ? Quelles ont &#233;t&#233; ses influences tout au long de sa vie ? Regardons de plus pr&#232;s l'intellectuel et le militant qu'il a &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre pour essayer de mettre au jour les racines qui soutiennent son &#339;uvre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;I am a child of the Enlightenment. &#8211; Noam Chomsky&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par David Barsamian dans Chronicles of Dissent, Common Courage, 1992.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une formation rationaliste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le petit Noam &#233;tait un enfant dou&#233;. Avant l'&#226;ge de deux ans, il a &#233;t&#233; envoy&#233; &#224; l'Oak Lane Country Day School. Une grande place &#233;tait accord&#233;e &#224; la cr&#233;ativit&#233; dans cette &#233;cole et l'esprit de comp&#233;tition n'y &#233;tait pas encourag&#233;, ce qui explique peut-&#234;tre en partie son aversion pour l'esprit du capitalisme. En 1939, &#226;g&#233; d'&#224; peine onze ans, il publie son premier article qui porte sur la menace de l'expansion du fascisme en Espagne, alors en pleine guerre civile. &#192; l'&#226;ge de douze ans, il go&#251;te l'esprit de comp&#233;tition avec consternation lorsqu'il est envoy&#233; &#224; l'&#233;cole secondaire centrale de Philadelphie, un abat-jour pour les jeunes les plus brillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chomsky a par la suite &#233;tudi&#233; la philosophie et la linguistique &#224; l'Universit&#233; de Pennsylvanie. Le style de pens&#233;e de Chomsky est caract&#233;ristique de la tradition de la philosophie analytique enseign&#233;e dans les universit&#233;s &#233;tats&#173;&#173;&#173;&#173;uniennes. La philosophie analytique consid&#232;re que le but de la philosophie est l'analyse logique du langage et la clarification logique de la pens&#233;e. N&#233;e en r&#233;action &#224; l'obscurit&#233; de l'id&#233;alisme allemand, cette approche de la philosophie accorde beaucoup d'importance &#224; la mise en &#233;vidence des erreurs de raisonnement et des concepts vagues et obscurs que l'on retrouve souvent chez les penseurs appartenant &#224; la tradition &#171; continentale &#187; ou franco-allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve en effet chez Chomsky un profond d&#233;dain (&#224; mon avis tr&#232;s souvent justifi&#233; !) de la philosophie franco-allemande. &#171; Les intellectuels ont un probl&#232;me : ils doivent justifier leur existence. [&#8230;] Il s'agira de prendre ce qui est plut&#244;t simple et de le faire passer pour tr&#232;s compliqu&#233; et tr&#232;s profond. Les groupes d'intellectuels interagissent comme cela. Ils se parlent entre eux, et le reste du monde est suppos&#233; les admirer, les traiter avec respect et ainsi de suite. Mais traduisez en langage simple ce qu'ils disent et vous trouverez bien souvent ou bien rien du tout, ou bien des truismes, ou bien des absurdit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky, cit&#233; par Normand Baillargeon et David Barsamian, Entretiens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &#192; ces d&#233;raillements, Chomsky pr&#233;f&#232;re la clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le linguiste inn&#233;iste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1966, Noam Chomsky publie un livre intitul&#233; Cartesian Linguistics : A Chapter in the History of Rationalist Thought, o&#249; il se r&#233;clame du patronage de Ren&#233; Descartes. Or, Descartes appartient &#224; la tradition de l'inn&#233;isme, cette doctrine philosophique d'origine platonicienne selon laquelle certaines id&#233;es ou structures mentales appartiennent &#224; la nature m&#234;me de l'&#234;tre humain. Chomsky va s'inspirer de cette tradition pour postuler l'existence de structures linguis&#173;tiques fondamentales, inn&#233;es et uni&#173;versellement partag&#233;es par tous les &#234;tres humains. Un &#234;tre humain n'apprend jamais &#224; parler, il sait toujours d&#233;j&#224; parler, car l'aptitude &#224; la parole fait partie de la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; dans les ann&#233;es 1950, Chomsky va utiliser l'inn&#233;isme pour lutter contre la domination des sciences humaines par le behaviorisme de Skinner. Dans Verbal Behavior, un ouvrage aujourd'hui pratiquement rel&#233;gu&#233; aux oubliettes, Skinner veut appliquer son mod&#232;le d'explication m&#233;caniste du comportement au langage. Pour Skinner, tous les comportements humains sont acquis, y compris le langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de Skinner, qui devenait &#224; l'&#233;poque une orthodoxie en sciences humaines et en philosophie, apparaissait aux yeux de Chomsky comme n&#233;faste et paralysante pour la vie intellectuelle. Il d&#233;cide ainsi de publier une critique de Verbal Behavior avant m&#234;me que l'ouvrage ne soit publi&#233; en 1957. Pour Chomsky, l'acquisition du langage par confrontation au milieu dans lequel l'individu a grandi n'explique pas la production du discours po&#233;tique et la capacit&#233; des individus &#224; produire des &#233;nonc&#233;s radicalement nouveaux. Chomsky emprunte ici &#224; Descartes l'id&#233;e que le langage humain est fondamentalement cr&#233;atif, contrairement &#224; celui des autres animaux. Cette critique est l'un des textes qui eurent le plus d'influence sur le domaine de la psychologie au XXe si&#232;cle. On lui doit la naissance du cognitivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Chomsky n'a cess&#233; de perfectionner sa th&#233;orie. Elle est aujourd'hui &#224; ce point appro&#173;fondie qu'elle rel&#232;ve plus de la philosophie du langage que de la linguistique. En effet, Chomsky remet en question de fa&#231;on radicale la nature m&#234;me du langage lorsqu'il affirme que le ph&#233;nom&#232;ne du langage s'apparente davantage au ph&#233;nom&#232;ne de la pens&#233;e qu'&#224; celui de la communication. Et lorsqu'il d&#233;crit la pens&#233;e comme une sorte de &#171; dialogue int&#233;rieur &#187;, on ne peut que remarquer l'affinit&#233; de Chomsky avec Platon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky, &#171; What is language and why does it matter ? &#187;, conf&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le militant pour la libert&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une des id&#233;es politiques fondamentales de Chomsky est que le simple bon sens de l'ouvrier suffit &#224; comprendre et &#224; critiquer le monde dans lequel nous vivons. Chomsky a fr&#233;quent&#233; d&#232;s l'&#226;ge de douze ans le kiosque &#224; journaux de son oncle de New York, l&#224; o&#249; se rassemblaient chaque jour pour discuter de politique des ouvriers de la classe moyenne au ch&#244;mage. C'est dans ce milieu qu'il entre en contact avec les id&#233;es anarchistes, des id&#233;es qui furent certes d&#233;velopp&#233;es par de grands intellectuels europ&#233;ens, mais qu'on retrouve aussi dans les journaux ouvriers &#233;tatsuniens d&#232;s le d&#233;but du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le militantisme de Chomsky repose sur l'hypoth&#232;se que l'&#234;tre humain aspire naturellement &#224; la libert&#233; politique et sur le principe moral selon lequel un intellectuel a la responsabilit&#233; de d&#233;noncer les injustices dans la mesure o&#249; il a acc&#232;s plus facilement &#224; l'information. D&#232;s 1964, il va prendre publiquement position contre la guerre du Vietnam en d&#233;clarant que la mort de civils pendant la guerre fait partie d'une strat&#233;gie pour permettre aux &#201;tats-Unis d'occuper et de maintenir l'espace central sur l'&#233;chiquier g&#233;opolitique mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;nonciation de la guerre du Vietnam n'&#233;tait que le d&#233;but. Depuis les cinquante derni&#232;res ann&#233;es, en plus de s'attaquer avec virulence &#224; des organismes comme le Fonds mon&#233;taire international (FMI) et la Banque mondiale, Chomsky n'a jamais cess&#233; de critiquer tr&#232;s s&#233;v&#232;rement la politique &#233;trang&#232;re des &#201;tats-Unis, particuli&#232;rement celle qui concerne le Vietnam, le Laos, le Cambodge, l'Am&#233;rique latine, le Timor oriental, le Kosovo, l'Afghanistan et la Palestine. Il compare les actions du gouvernement &#233;tatsunien &#224; celles du crime organis&#233;. Les &#201;tats-Unis sont loin d'&#234;tre les d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie qu'ils pr&#233;tendent &#234;tre, car &#171; selon les principes des proc&#232;s de Nuremberg, chaque pr&#233;sident am&#233;ricain depuis lors aurait &#233;t&#233; pendu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir, Montr&#233;al, Lux, 2008, p. 100-101.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; la soi-disant libert&#233; d'expression, les critiques de Chomsky de la politique &#233;trang&#232;re &#233;tatsunienne n'ont presque jamais &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es dans les m&#233;dias de masse. Pour tenter d'expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne, il a d&#233;velopp&#233; avec l'&#233;conomiste Edward S. Herman une th&#233;orie sur les m&#233;dias. Dans Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media (1988), ils expliquent que le fonctionnement m&#234;me des m&#233;dias impose des filtres &#224; travers lesquels l'information doit passer avant d'atteindre le public. Ne se retrouvent dans les m&#233;dias de masse que les informations qui ne nuisent pas aux int&#233;r&#234;ts du monde des affaires. En appliquant ces filtres, les m&#233;dias de masse &#233;tats-uniens servent leurs int&#233;r&#234;ts comme le fait n'importe quelle entreprise priv&#233;e, tout en se soumettant &#224; l'&#201;tat d'une fa&#231;on qui plairait aux pires dictateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chomsky fait aussi observer que, de plus en plus, l'entreprise priv&#233;e prend en charge les responsabilit&#233;s de l'&#201;tat. On privatise ainsi des pans entiers de la fonction publique, pr&#233;textant que le secteur priv&#233; est plus efficace que celle-ci. Les institutions politiques se laissent progressivement dominer par ce que Chomsky appelle de &#171; vastes institutions de tyrannie priv&#233;e &#187;. Structur&#233;es de fa&#231;on tr&#232;s hi&#233;rarchique, ces tyrannies priv&#233;es exercent une tr&#232;s grande influence sur les politiques de l'&#201;tat tout en &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le d&#233;mocratique. Bref, l'&#201;tat-nation se transforme progressivement en &#201;tat-corporation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? Contrairement &#224; Platon ou L&#233;nine, Chomsky ne pr&#233;tend pas savoir comment organiser tous les aspects d'une soci&#233;t&#233; juste. On peut associer sa pens&#233;e politique &#224; l'anarchisme, car il croit que c'est en remettant le pouvoir &#233;conomique entre les mains des travailleurs et des travailleuses qu'il serait possible d'organiser une soci&#233;t&#233; plus juste. Le pouvoir de tyrannies priv&#233;es doit &#234;tre combattu par la prise en charge de la direction des entreprises par les ouvri&#232;res et ouvriers eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on retourne aux racines de la pens&#233;e de Chomsky, on d&#233;couvre que les deux volets de l'&#339;uvre de sa vie reposent sur l'hypoth&#232;se qu'il existe une nature commune &#224; tous les &#234;tres humains, une nature qui rend possible la cr&#233;ativit&#233;. Comme le croyaient les Lumi&#232;res du XVIIIe si&#232;cle, il existe une nature humaine &#224; respecter imp&#233;rativement si nous voulons organiser une soci&#233;t&#233; juste. Chomsky se fonde sur l'espoir que l'humain est n&#233; pour &#234;tre libre ; il milite pour briser ses fers.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hans-Georg Gadamer, V&#233;rit&#233; et m&#233;thode, Paris, Seuil, 1996, p. 298.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Question de Fran&#231;ois Doyon &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe allemand Hans-Georg Gadamer &#233;crit : &#171; En v&#233;rit&#233; ce n'est pas l'histoire qui nous appartient, c'est nous au contraire qui lui appartenons (5). &#187; Que pensez-vous de cette affirmation ? Votre pens&#233;e politique est-elle un produit de l'histoire, croyez-vous qu'un&#183;e intellectuel&#183;le puisse s'affranchir de tous les pr&#233;jug&#233;s de la tradition et de son &#233;poque ? Si oui, croyez-vous l'avoir fait ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;ponse de Noam Chomsky &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous appartenons &#224; l'histoire seulement au sens o&#249; nous faisons partie d'une culture et d'une soci&#233;t&#233; qui a sa propre histoire et nous ne pouvons &#233;viter d'&#234;tre influenc&#233;s par ses pr&#233;suppos&#233;s, ses id&#233;es, ses pratiques, bref, ses &#171; pr&#233;jug&#233;s de la tradition &#187;. Mais nous pouvons certainement nous lib&#233;rer de tout cela, et plusieurs l'ont fait. L'ai-je fait moi-m&#234;me ? Je crois que oui, mais c'est aux autres d'en juger.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par David Barsamian dans Chronicles of Dissent, Common Courage, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky, cit&#233; par Normand Baillargeon et David Barsamian, Entretiens avec Chomsky, Montr&#233;al, &#201;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2002, p. 45-46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky, &#171; What is language and why does it matter ? &#187;, conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; Montr&#233;al le 25 octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir, Montr&#233;al, Lux, 2008, p. 100-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hans-Georg Gadamer, V&#233;rit&#233; et m&#233;thode, Paris, Seuil, 1996, p. 298.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#201;thique consomm&#233;e</title>
		<link>https://www.ababord.org/Ethique-consommee</link>
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		<dc:date>2014-06-12T02:13:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Consommation, marchandisation et pub</dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La consommation peut-elle &#234;tre une fa&#231;on d'agir politiquement ? Une somme d'actes de consommation individuels peut-elle am&#233;liorer le monde ? &#171; Acheter, c'est voter &#187; est la pr&#233;misse fondamentale du discours des organismes qui font la promotion de la consommation &#171; responsable &#187; comme &#201;quiterre. C'est la croyance qu'un monde meilleur peut s'acheter. Vous voulez sauver l'environnement ? On vous dira d'acheter des aliments biologiques. Vous voulez combattre la pauvret&#233; dans les pays en voie de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-51-oct-nov-2013-" rel="directory"&gt;No 051 - oct. / nov. 2013&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Consommation-marchandisation-et-+" rel="tag"&gt;Consommation, marchandisation et pub&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1822.png?1642092155' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;546&#034; height=&#034;322&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La consommation peut-elle &#234;tre une fa&#231;on d'agir politiquement ? Une somme d'actes de consommation individuels peut-elle am&#233;liorer le monde ? &#171; Acheter, c'est voter &#187; est la pr&#233;misse fondamentale du discours des organismes qui font la promotion de la consommation &#171; responsable &#187; comme &#201;quiterre. C'est la croyance qu'un monde meilleur peut s'acheter. Vous voulez sauver l'environnement ? On vous dira d'acheter des aliments biologiques. Vous voulez combattre la pauvret&#233; dans les pays en voie de d&#233;veloppement ? Tournez-vous vers les produits &#171; &#233;quitables &#187;. Vous &#234;tes contre la domination des march&#233;s par les multinationales ? Achetez desproduits locaux. Malheureusement, malgr&#233; toutes les bonnes intentions du monde, il semble que tout ce qu'on r&#233;ussit &#224; acheter avec les produits dits &#171; responsables &#187;, c'est une bonne conscience.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'argent citoyen ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment changer les choses si on r&#233;duit le citoyen &#224; n'&#234;tre qu'un consommateur ? Les pauvres sont-ils de moins bons citoyens parce qu'ils ont moins les moyens de contribuer &#224; l'achat d'un monde meilleur ? Les aliments traditionnels co&#251;tent souvent moins cher que les aliments biologiques et &#233;quitables et ne sont pas toujours facilement accessibles dans les quartiers pauvres. Comment voter avec le peu d'argent qu'on a s'il n'y a pas vraiment de choix moral sur le march&#233; ? Il reste le boycottage, me dira-t-on. Quand on n'ach&#232;te pas un produit in&#233;quitable ou mauvais pour l'environnement, comme la viande, cela n'en stimule pas la production. Les pauvres peuvent donc faire leur juste part en adoptant un r&#233;gime v&#233;g&#233;talien, car une &#233;picerie v&#233;g&#233;talienne peut &#234;tre tr&#232;s &#233;conomique &lt;i&gt;si on est bien inform&#233;&lt;/i&gt;. Mais qui s'assure que les personnes d&#233;favoris&#233;es sont bel et bien inform&#233;es ? Bien s&#251;r, il est possible de manger sainement avec tr&#232;s peu, mais les gens ne peuvent pas vraiment le faire en raison d'un manque d'&#233;ducation. Or la pauvret&#233; nuit souvent &#224; l'&#233;ducation. Nous sommes pris dans un cercle vicieux qui n&#233;cessite pour en sortir l'&#233;limination des causes de la pauvret&#233;. Il faut comprendre que le probl&#232;me est &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me r&#233;pondra que m&#234;me si les pauvres n'ont pas les moyens de consommer de fa&#231;on responsable, cela n'est pas une raison de ne pas le faire si nous en avons les moyens, que les bienfaits sont tout de m&#234;me l&#224;. Vraiment ? Essayons de voir ce qu'on encourage r&#233;ellement lorsque nous faisons la promotion de l'achat d'aliments biologiques, &#233;quitables ou produits localement. Nous verrons que toutes ces &#233;tiquettes de consommation responsable ne sont que les images de marque d'un commerce d'indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des indulgences bourgeoises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par les aliments biologiques. Il n'a jamais &#233;t&#233; prouv&#233; scientifiquement que les aliments biologiques sont meilleurs pour la sant&#233; ou plus nutritifs que ceux issus de l'agriculture traditionnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Katrin Woese, Dirk Lange, Christian Boess, Klaus Werner B&#246;gl, &#171; A Comparison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avons aussi des raisons de penser qu'ils ne sont pas meilleurs pour l'environnement, car l'agriculture biologique n&#233;cessite la mise en culture d'une plus grande superficie de terres pour produire la m&#234;me quantit&#233; de nourriture que l'agriculture traditionnelle, comme le r&#233;v&#232;le une m&#233;ta-analyse de 66 &#233;tudes effectu&#233;e en 2012&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Verena Seufert, Navin Ramankutty, Jonathan A. Foley, &#171; Comparing the yields (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gr&#226;ce aux engrais chimiques, la production mondiale de c&#233;r&#233;ales a plus que doubl&#233; entre 1961 et 2001, une augmentation largement issue de la croissance du rendement par hectare et non pas de l'accroissement de la superficie des terres cultivables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Food and Agriculture Organization, 2002. Internet database : . et P.J. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'agriculture biologique n'arriverait jamais &#224; nourrir la population mondiale actuelle &#224; elle seule. Elle est un cercle vicieux d'inefficacit&#233; alors que l'humanit&#233; vit des crises alimentaires et ne cesse de cro&#238;tre d&#233;mographiquement. D'apr&#232;s Claus Felby, professeur en technologie du bois et de la biomasse &#224; l'Universit&#233; de Copenhague, les effets climatiques de l'agriculture bio sont &#171; &lt;i&gt;une question tr&#232;s &#233;pineuse, qu'il est politiquement incorrect d'&#233;voquer haut et fort. [&#8230;] Si nous n'&#233;tions que 4 milliards d'habitants sur la Terre, cela ne poserait pas de probl&#232;me. Mais nous sommes 6,5 milliards, et bient&#244;t 9 milliards si l'on en croit les pronostics de l'ONU. Il est donc imp&#233;ratif d'envisager, sans id&#233;es pr&#233;con&#231;ues, la meilleure fa&#231;on d'exploiter les terres agricoles de la plan&#232;te.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lars Attrup, &#171; Les limites de l'agriculture biologique &#187;, Courrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8200;&lt;/i&gt; &#187; L'agriculture traditionnelle n'est pas sans poser de graves probl&#232;mes, mais acheter bio, c'est malheureusement encourager la baisse des rendements agricoles et par suite la d&#233;forestation de nouvelles terres pour parvenir &#224; satisfaire une demande mondiale de plus en plus &#224; la hausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons maintenant commerce &#233;quitable en prenant l'exemple du caf&#233;. Un caf&#233; &#233;quitable est un caf&#233; pay&#233; plus cher que la valeur marchande afin d'assurer une stabilit&#233; de revenu aux petits producteurs. C'est une id&#233;e qui a pour origine l'effondrement des prix du caf&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000. En r&#233;alit&#233;, acheter du caf&#233; &#233;quitable, c'est aggraver la cause du mal que l'on tente d'&#233;liminer. En effet, l'effondrement du prix d'une marchandise est g&#233;n&#233;ralement caus&#233; par la surproduction. Par cons&#233;quent, payer un produit plus cher que la valeur marchande, c'est encourager sa surproduction, ce qui fait davantage baisser les prix sur le march&#233;, appauvrissant finalement encore plus les producteurs de caf&#233;. De plus, seulement 10 % du surplus de prix des produits &#233;quitables parvient r&#233;ellement aux producteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tim Hardford, The Undercover Economist, Oxford University Press, 2005.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le caf&#233; &#233;quitable fait donc baisser les prix sur le march&#233; tout en ne rapportant presque rien aux producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire encore, puisque qui dit surproduction dit utilisation inefficace des ressources, encourager la surproduction de caf&#233;, c'est encourager les producteurs agricoles &#224; utiliser les terres pour la production de caf&#233; alors qu'ils pourraient produire des cultures vivri&#232;res pour nourrir la population locale. R&#233;sultat : on produit trop d'une marchandise destin&#233;e &#224; l'exportation vers les pays riches et on sous-produit les aliments n&#233;cessaires &#224; la consommation locale, ce qui fait augmenter le prix des aliments dans les pays producteurs de caf&#233;. En r&#233;sum&#233;, comme le dit Pierre Chaigneau, professeur &#224; HEC Montr&#233;al : &#171; &lt;i&gt;Sous de nobles intentions, le commerce &#233;quitable est intrins&#232;quement discriminatoire, et g&#233;n&#232;re des effets pervers consid&#233;rables. Il freine la r&#233;orientation des pays en voie de d&#233;veloppement vers des productions &#224; plus forte valeur ajout&#233;e, ralentit les transferts de main-d'&#339;uvre et les progr&#232;s technologiques. En maintenant certains prix artificiellement &#233;lev&#233;s, il encourage une surproduction qui exerce des pressions &#224; la baisse sur les prix mondiaux. En d&#233;finitive, il aggrave le sort des petits exploitants qu'il pr&#233;tend aider. Enfin, en entravant le d&#233;veloppement &#233;conomique des pays pauvres, le commerce &#233;quitable contribue &#224; les maintenir dans leur &#233;tat.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Chaigneau, &#171; Le commerce &#233;quitable &#187;,&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &#187; Autrement dit, acheter du caf&#233; &#233;quitable dans une &#233;conomie de march&#233;, c'est aggraver la mis&#232;re dans les pays pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais depuis que les aliments biologiques et &#233;quitables sont devenus trop populaires pour nos &#233;lites culturelles, un nouveau type d'indulgence est apparu : l'achat local. La r&#233;duction de la distance de transport des aliments serait en effet moins dommageable pour l'environnement. Voil&#224; de tr&#232;s nobles intentions encore une fois, mais il ne faut pas oublier que la plupart des gens vivent plus pr&#232;s d'un supermarch&#233; que d'un agriculteur. Imaginez quelqu'un qui prend sa voiture pour aller acheter des fraises directement chez un producteur pr&#232;s de chez lui. C'est bien plus &#233;cologique que d'acheter des fraises des &#201;tats-Unis au supermarch&#233; ! Imaginez maintenant que tous ceux qui veulent des fraises fassent la m&#234;me chose. Vous voyez le nombre de voitures sur les routes ? Un kilom&#232;tre parcouru par un camion rempli de casseaux de fraises n'&#233;quivaut pas &#224; un kilom&#232;tre parcouru par une voiture familiale qui n'en transporte qu'une dizaine&#8230; Autrement dit, acheter localement c'est tr&#232;s souvent encourager le gaspillage d'&#233;nergie et la sur-utilisation de l'automobile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Penser globalement, agir politiquement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'app&#233;tit d'une partie de la population pour les produits &#171; responsables &#187; s'explique notamment par un grand sentiment d'impuissance et de culpabilit&#233;. Il est aussi le reflet de l'hypercomp&#233;titivit&#233; d'une soci&#233;t&#233; individualiste qui &#233;rode de plus en plus l'esprit de communaut&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une description de ce ph&#233;nom&#232;ne, voir Andrew Potter, Je suis vrai : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette perte du sens de la communaut&#233; a pour cons&#233;quence de faire reposer de plus en plus sur les individus le poids de la responsabilit&#233; de probl&#232;mes collectifs, comme la pollution ou l'&#233;change in&#233;gal. Ce n'est pas avec un panier d'&#233;picerie que le monde va changer, mais par la mise en place d'institutions politiques plus justes. Nous avons vu la difficult&#233; de r&#233;former le syst&#232;me capitaliste sur la base de nos choix individuels de consommation. Les vraies solutions sont politiques : les actions r&#233;ellement utiles sont celles qui permettraient de changer la structure fondamentale du syst&#232;me politique et &#233;conomique. On peut ici penser &#224; une r&#233;forme des r&#232;gles du commerce international, &#224; l'abolition des tarifs douaniers sur les produits agricoles venant des pays pauvres ou, mieux encore, &#224; la mutualisation des soci&#233;t&#233;s et &#224; la nationalisation des terres agricoles et des ressources naturelles. Inutile de faire reposer le poids de la responsabilit&#233; sur les individus si on ne commence pas par am&#233;liorer les lois. &#192; un probl&#232;me collectif, la solution doit &#234;tre politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Katrin Woese, Dirk Lange, Christian Boess, Klaus Werner B&#246;gl, &#171; A Comparison of Organically and Conventionally Grown Foods&#8212;Results of a Review of the Relevant Literature &#187;, Journal of the Science of Food and Agriculture, vol 74, no 3, (juillet 1997), p. 281&#8211;293.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Verena Seufert, Navin Ramankutty, Jonathan A. Foley, &#171; Comparing the yields of organic and conventional agriculture &#187;, Nature, 25 avril 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Food and Agriculture Organization, 2002. Internet database : &lt;a href=&#034;http://www.fao.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.fao.org&lt;/a&gt;. et P.J. Gregory, J.S.I. Ingram, &#171; Global change and food and forest production : future scientific challenges &#187;, Agriculture, Ecosystems and Environment, 82 (2000), p. 3-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lars Attrup, &#171; Les limites de l'agriculture biologique &#187;, Courrier international, 21 janvier 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tim Hardford, The Undercover Economist, Oxford University Press, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Chaigneau, &#171; Le commerce &#233;quitable &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.eclaireco.org/CommerceEquitable&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.eclaireco.org/CommerceEquitable&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une description de ce ph&#233;nom&#232;ne, voir Andrew Potter, Je suis vrai : tomber dans le pi&#232;ge de l'authenticit&#233;, Montr&#233;al, Les &#201;ditions Logiques, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Simon Pag&#233;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Illusions</title>
		<link>https://www.ababord.org/Illusions</link>
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		<dc:date>2014-04-15T22:52:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Illusions &#8211; Petit manuel pour une critique des m&#233;dias, Simon Tremblay-Pepin, Montr&#233;al, Lux &#233;diteur, 2013 &lt;br class='autobr' /&gt; D'apr&#232;s Simon Tremblay-Pepin, les m&#233;dias se font une image erron&#233;e d'eux-m&#234;mes et de leur travail. Dans ce petit livre d'introduction &#224; la critique des m&#233;dias, il entend montrer qu'il est impossible d'am&#233;liorer le journalisme sans rien changer &#224; la soci&#233;t&#233; qui l'entoure, car le journalisme, tel qu'il se pratique, est loin de ressembler &#224; l'id&#233;al enseign&#233; dans les &#233;coles. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-51-oct-nov-2013-" rel="directory"&gt;No 051 - oct. / nov. 2013&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1765.jpg?1642092152' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;82&#034; height=&#034;119&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illusions &#8211; Petit manuel pour une critique des m&#233;dias&lt;/i&gt;, Simon Tremblay-Pepin, Montr&#233;al, Lux &#233;diteur, 2013&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'apr&#232;s Simon Tremblay-Pepin, les m&#233;dias se font une image erron&#233;e d'eux-m&#234;mes et de leur travail. Dans ce petit livre d'introduction &#224; la critique des m&#233;dias, il entend montrer qu'il est impossible d'am&#233;liorer le journalisme sans rien changer &#224; la soci&#233;t&#233; qui l'entoure, car le journalisme, tel qu'il se pratique, est loin de ressembler &#224; l'id&#233;al enseign&#233; dans les &#233;coles. Les journalistes manquent-ils d'&#233;thique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, on pourrait croire que c'est &#224; cause d'un int&#233;r&#234;t personnel, par paresse ou faute de bien comprendre son travail que le ou la journaliste &#233;chouerait &#224; respecter l'&#233;thique journalistique. Comme le dit l'auteur : &#171; &lt;i&gt;la pens&#233;e lib&#233;rale qui agit derri&#232;re ces critiques d&#233;ontologiques ferme syst&#233;matiquement les yeux sur les d&#233;terminismes sociaux pour ne voir qu'une volont&#233; individuelle pr&#233;sum&#233;e toute-puissante.&lt;/i&gt; &#187; Mais quels sont ces d&#233;terminismes sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tremblay-Pepin r&#233;pond en pr&#233;sentant les analyses de divers auteurs sur les m&#233;dias. Herman et Chomsky montrent que le fonctionnement m&#234;me des m&#233;dias impose des filtres &#224; travers lesquels l'information doit passer avant d'atteindre le public. Les m&#233;dias forment un syst&#232;me qui a une influence d&#233;terminante sur les individus qui y travaillent. Bourdieu dirait sans doute que les m&#233;dias sont domin&#233;s par une logique comptable qui fonctionne comme les cotes d'&#233;coute. Gramsci, avec son analyse marxiste, nous fait voir que les journalistes, comme les autres intellectuel&#183;le&#183;s, ont g&#233;n&#233;ralement tendance &#224; d&#233;fendre la classe sociale dominante. Il y a bien s&#251;r un bon nombre d'intellectuel&#183;le&#183;s qui critiquent le capitalisme, mais leurs critiques ont surtout pour effet de permettre &#224; la classe dominante d'ajuster son discours id&#233;ologique aux nouvelles conjonctures sociales. Enfin, suivant la th&#233;orie de Michel Freitag, on peut penser que l'&#233;volution des m&#233;dias serait d&#233;termin&#233;e par la technocratisation de la politique contemporaine. Le public est jug&#233; d'avance inapte &#224; prendre les d&#233;cisions qui ont un impact sur le monde. Par cons&#233;quent, les m&#233;dias se r&#233;duisent ainsi &#224; n'&#234;tre qu'une courroie de transmission de l'information. Toutes ces analyses permettent &#224; Tremblay-Pepin de conclure que les probl&#232;mes des m&#233;dias ne se r&#233;gleront pas s&#233;par&#233;ment des autres probl&#232;mes d&#233;coulant du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que manuel d'introduction, plus d'exemples concrets auraient &#233;t&#233; n&#233;cessaires. Il aurait fallu parler davantage des m&#233;dias sociaux puisqu'ils sont en train de transformer radicalement le paysage m&#233;diatique. On aurait aussi souhait&#233; voir l'auteur d&#233;velopper davantage sa propre pens&#233;e, surtout aux chapitres 4 et 6 dont des parties sont inspir&#233;es d'autres textes de l'aveu m&#234;me de l'auteur. Mais avec son &#233;criture limpide et bien structur&#233;e, ce livre a l'immense m&#233;rite de donner &#224; penser que l'&#233;thique comporte n&#233;cessairement une dimension politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> Brigitte des Col&#232;res </title>
		<link>https://www.ababord.org/Brigitte-des-Coleres</link>
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		<dc:date>2014-04-15T22:21:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Lafond, Brigitte des Col&#232;res, 2010 ; Brigitte des Col&#232;res, l'exterminacoeur(e), 2011 ; Brigitte des Col&#232;res, Lady Boucherie, 2012 ; Montr&#233;al, Marchand de feuilles. &lt;br class='autobr' /&gt; Il y a des romans qui nous font r&#233;fl&#233;chir plus qu'un livre de philosophie. Il y a des expressions po&#233;tiques qui disent la v&#233;rit&#233; plus qu'un raison&#173;nement. L'&#233;criture de J&#233;r&#244;me Lafond sait dire l'horreur de la vie avec &#233;l&#233;gance. La vision que l'on peut avoir de la vie ne sort pas indem&#173;ne de la lecture de la trilogie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-50-ete-2013-" rel="directory"&gt;No 050 - &#233;t&#233; 2013&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1707.jpg?1642092149' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;220&#034; height=&#034;349&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Lafond, &lt;i&gt;Brigitte des Col&#232;res&lt;/i&gt;, 2010 ; &lt;i&gt;Brigitte des Col&#232;res, l'exterminacoeur(e)&lt;/i&gt;, 2011 ; &lt;i&gt;Brigitte des Col&#232;res, Lady Boucherie&lt;/i&gt;, 2012 ; Montr&#233;al, Marchand de feuilles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a des romans qui nous font r&#233;fl&#233;chir plus qu'un livre de philosophie. Il y a des expressions po&#233;tiques qui disent la v&#233;rit&#233; plus qu'un raison&#173;nement. L'&#233;criture de J&#233;r&#244;me Lafond sait dire l'horreur de la vie avec &#233;l&#233;gance. La vision que l'on peut avoir de la vie ne sort pas indem&#173;ne de la lecture de la trilogie &lt;i&gt;Brigitte des col&#232;res&lt;/i&gt;. Brigitte est une adolescente r&#233;vol&#173;t&#233;e qui tente de survivre &#224; sa haine du monde. Comment vivre dans un monde o&#249; on vous fait croire que plus &#231;a sent la mis&#232;re, plus &#231;a sent bon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier tome de &lt;i&gt;Brigitte des Col&#232;res &lt;/i&gt; se d&#233;roule &#224; Sainte-Scholastique, l&#224; o&#249; on pendait autrefois les criminels des Basses-Laurentides. C'est maintenant une ville d&#233;trui&#173;te par l'expropriation o&#249; il ne reste plus que la caisse populaire et un d&#233;panneur. C'est dans les champs de ma&#239;s de cette r&#233;gion inutilement d&#233;vas&#173;t&#233;e que Brigitte va d&#233;couvrir que le monde est mauvais. Admiratrice des tueurs en s&#233;rie, elle tentera d'&#234;tre &#224; la hauteur de toute la m&#233;chancet&#233; du monde. &#171; &lt;i&gt;Lorsque j'aurai termin&#233; l'&#233;difice de ma vie, j'y mettrai le feu et verrouillerai la porte de l'int&#233;rieur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second tome, sous-titr&#233; &lt;i&gt;L'exterminacoeur(e)&lt;/i&gt;, nous transporte &#224; Saint-J&#233;r&#244;me, la ville o&#249; le seul endroit o&#249; l'on peut faire son &#233;picerie sans quitter le centre-ville est au Tigre G&#233;ant. Brigitte se fait inter&#173;ner &#224; plusieurs reprises dans l'aile psychiatrique de l'h&#244;pital de Saint-J&#233;r&#244;me, o&#249; l'on tente sans succ&#232;s de neutraliser sa g&#233;niale haine du monde. &#171; &lt;i&gt;Ce sont ceux qui s'approchent le plus de la v&#233;rit&#233; qui souvent souffrent le plus. J'ai longtemps h&#233;sit&#233; &#224; vivre dans la soci&#233;t&#233; mangeuse d'hommes. Cette puanteur de la r&#233;ussite &#224; tout prix qui s'impr&#232;gne sur mes v&#234;tements. La pression des autres qui me fait sauter la cervelle. &lt;/i&gt; &#187; Elle r&#233;ussira malgr&#233; tout &#224; tomber amoureuse de B&#233;atrice, une &#233;tudiante du c&#233;gep de Saint-J&#233;r&#244;me qui entend dans sa t&#234;te des voix prof&#233;rer des menaces de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Lady Boucherie&lt;/i&gt;, le troisi&#232;me tome de la s&#233;rie, Brigitte commence enfin &#224; parler de sa haine au pass&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est triste, mais &#224; un moment de mon existence, j'ai d&#251; ha&#239;r. De cette haine est n&#233;e la phrase :&lt;/i&gt; &#171; Je ne suis pas comme eux &#187; &lt;i&gt;et &#224; la fin de ce parcours, l'estime de soi a pu rena&#238;tre de ses cendres. &lt;/i&gt; &#187; Si elle a appris &#224; vivre avec les autres malgr&#233; la haine qui la d&#233;vore, les armes, les couteaux et le sang habitent encore ses fantasmes. Devenue critique lucide d'un monde o&#249; elle n'aurait jamais d&#251; na&#238;tre, elle en vient &#224; se demander si des &#233;tudes en philosophie ne seraient pas sa voie. En attendant de savoir, Brigitte sublimera sa pulsion de mort dans la boucherie, initi&#233;e &#224; cet art par le muscl&#233; et dangereux Tommy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la viande et des lesbiennes : &#224; l'image de toute la trilogie, la conclusion de la s&#233;rie &lt;i&gt;Brigitte des Col&#232;res &lt;/i&gt; d&#233;peint la rage de vivre dans un monde injus&#173;te. Avec la puissance de sa prose po&#233;tique, J&#233;r&#244;&#173;me Lafond &#233;l&#232;ve la vision du monde d'une adolescente enrag&#233;e au niveau d'une critique lucide de la mis&#232;re qu&#233;b&#233;coise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chomsky multiforme</title>
		<link>https://www.ababord.org/Chomsky-multiforme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Chomsky-multiforme</guid>
		<dc:date>2013-12-03T22:12:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Normand Baillargeon, Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche scientifique</dc:subject>
		<dc:subject>Baillargeon, Normand </dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;conomiste &#233;tats-unien Michael Albert a souvent racont&#233; avoir d&#233;couvert, lors de son s&#233;jour dans l'Europe de l'Est communiste dans les ann&#233;es 1980, que bien des gens pensaient qu'il y avait deux Noam Chomsky, homonymes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier &#233;tait le fameux linguiste, professeur au prestigieux MIT. Le deuxi&#232;me &#233;tait le militant et th&#233;oricien libertaire et le plus c&#233;l&#232;bre dissident des &#201;tats-Unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a bien entendu qu'un seul Noam Chomsky. Mais il a sign&#233; tant de livres et tant d'articles, a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Noam-Chomsky-scientifique-" rel="directory"&gt;Dossier : Noam Chomsky, scientifique et militant&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Etats-Unis-+" rel="tag"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Recherche-scientifique-+" rel="tag"&gt;Recherche scientifique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Baillargeon-Normand-+" rel="tag"&gt;Baillargeon, Normand &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1740.gif?1642092151' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;786&#034; height=&#034;941&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;conomiste &#233;tats-unien Michael Albert a souvent racont&#233; avoir d&#233;couvert, lors de son s&#233;jour dans l'Europe de l'Est communiste dans les ann&#233;es 1980, que bien des gens pensaient qu'il y avait deux Noam Chomsky, homonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier &#233;tait le fameux linguiste, professeur au prestigieux MIT. Le deuxi&#232;me &#233;tait le militant et th&#233;oricien libertaire et le plus c&#233;l&#232;bre dissident des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a bien entendu qu'un seul Noam Chomsky. Mais il a sign&#233; tant de livres et tant d'articles, a prononc&#233; tant de conf&#233;rences, accord&#233; tant d'entrevues, aussi bien &#224; titre de scientifique qu'&#224; titre de militant, que devant l'immensit&#233; et la diversit&#233; de l'&#339;uvre, cette erreur est compr&#233;hensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, et nous nous en sommes aper&#231;us en pr&#233;parant ce dossier en hommage &#224; Chomsky &#224; l'occasion de son 85e anniversaire, on pourrait m&#234;me dire qu'il n'y a pas deux, mais bien cinq, six, Chomsky, voire plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pr&#233;tendons pas, bien entendu, survoler l'immense territoire couvert par les &#233;crits de Chomsky. Nous voulons plut&#244;t, ici, modestement, donner aux militantes et militants un aper&#231;u de son &#339;uvre scientifique et philosophique, souvent moins connue, et aux philosophes et scientifiques une id&#233;e de l'&#339;uvre du penseur libertaire et du militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ouverture de dossier, Fran&#231;ois Doyon dresse un portrait du parcours de ce militant pour la libert&#233;, un portrait qui permet de tracer les contours de l'immense territoire couvert par l'&#339;uvre scientifique et militante de celui qui se d&#233;crit comme un &#171; enfant du si&#232;cle des Lumi&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chomsky, bien entendu, est d'abord un linguiste : plus exactement, il a provoqu&#233; un changement de paradigme dans cette discipline, comme l'explique ici la linguiste Anne-Marie Di Sculio : on parle &#224; ce propos de &#171; r&#233;volution chomskyenne &#187;. Di Sculio permet au n&#233;ophyte de comprendre en quoi a consist&#233; cette importante r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces travaux ont eu aussi, et continuent d'avoir, de profondes r&#233;percussions sur d'autres disciplines, en particulier dans les sciences cognitives et en philosophie, comme le rappelle James McGivray, qui montre comment Chomsky invite &#224; penser la question de la libert&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;j&#224; compter ici trois Chomsky : un linguiste, un influent penseur des sciences cognitives (et m&#234;me l'un de ses fondateurs) et un philosophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Chomsky, on l'a vu, est aussi un mililitant et un th&#233;oricien libertaire et Alison Edgley rappelle quelques grands th&#232;mes de sa pens&#233;e sociale et politique, son &#171; socialisme sans Marx &#187;, comme elle le dit et son inspiration libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chomsky a encore &#233;t&#233; un th&#233;oricien des m&#233;dias et de leur r&#244;le dans nos soci&#233;t&#233;s : un texte de Normand Baillargeon rappelle &#224; ce propos en quoi consiste ce fameux mod&#232;le propagandiste des m&#233;dias qu'il a propos&#233; avec Edward Herman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baillargeon rappelle enfin l'id&#233;e que Chomsky se fait et d&#233;fend de l'universit&#233;, un r&#233;flexion particuli&#232;rement pertinente en ces heures o&#249; cette institution est en proie &#224; des transformations dont on peut penser qu'elles ne sont pas toujours consenties ou comprises dans toutes leurs implications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici donc avec trois autres Chomsky : un th&#233;oricien de l'anarchisme, un penseur de l'universit&#233; et de l'&#233;ducation et un analyste des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas du tout exag&#233;r&#233; de dire que Chomsky est un des penseurs les plus importants de notre temps. Et dire que le pr&#233;sent dossier n'a pas pu tout couvrir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun des textes de ce dossier est accompagn&#233; par une question que l'auteur.e a adress&#233;e &#224; Chomsky, qui a eu la gentillesse de r&#233;pondre &#224; chacun.e : on lira ici ses r&#233;ponses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La vie en rose ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-vie-en-rose</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/La-vie-en-rose</guid>
		<dc:date>2013-10-31T01:35:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon, Tommy Guignard</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Diversit&#233; sexuelle et de genre</dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Guignard, Tommy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans un club gai comme le Unity, on peut se retrouver tous les vendredis et samedis entour&#233; de beaux jeunes hommes qui s'amusent durant des heures et des heures dans une ambiance des plus festives. On peut se demander pourquoi le taux de suicide est si &#233;lev&#233; chez les jeunes homosexuels alors qu'ils semblent tellement s'amuser &#224; passer des nuits qui font sans doute l'envie de leurs cong&#233;n&#232;res h&#233;t&#233;rosexuels. Pour les gais, cette vie de plaisir n'est possible que dans un ghetto. Ou, pour &#234;tre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-49-avril-mai-2013-" rel="directory"&gt;No 049 - avril / mai 2013&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Guignard-Tommy-+" rel="tag"&gt;Guignard, Tommy&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1732.gif?1642092150' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;488&#034; height=&#034;567&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans un club gai comme le Unity, on peut se retrouver tous les vendredis et samedis entour&#233; de beaux jeunes hommes qui s'amusent durant des heures et des heures dans une ambiance des plus festives. On peut se demander pourquoi le taux de suicide est si &#233;lev&#233; chez les jeunes homosexuels alors qu'ils semblent tellement s'amuser &#224; passer des nuits qui font sans doute l'envie de leurs cong&#233;n&#232;res h&#233;t&#233;rosexuels. Pour les gais, cette vie de plaisir n'est possible que dans un ghetto. Ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, une enclave o&#249; l'on exploite l'argent rose. Comment un quartier comme le Village gai de Montr&#233;al est-il devenu un espace o&#249; l'on exploite la discrimination ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le concept d'&#171; argent rose &#187; d&#233;signe l'exploitation de l'immense pouvoir d'achat des homo&#173;sexuelLEs. D'apr&#232;s une &#233;tude de la Chambre de commerce gaie du Qu&#233;bec et de L&#233;ger marketing r&#233;alis&#233;e en 2010, le pouvoir d'achat des homosexuelles du Qu&#233;bec repr&#233;sente 13 milliards de dollars par ann&#233;e, ce qui donne un poids &#233;conomique consid&#233;rable &#224; la communaut&#233; gaie du Qu&#233;bec. Elle comprend environ 450 000 consommateurs et consommatrices adultes. Si on ajoute &#224; cela le fait que les personnes LGBT au Qu&#233;bec disposent d'un pouvoir d'achat de 20 % sup&#233;rieur &#224; celui du Qu&#233;b&#233;cois moyen, on voit que l'industrie de l'argent rose est florissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Village gai de Montr&#233;al est d'ailleurs plus un lieu de consommation qu'un lieu de r&#233;sidence. Les &#233;tablissements offrant des services destin&#233;s sp&#233;cifiquement &#224; une client&#232;le homosexuelle y font de bonnes affaires. La demande de ces services est principalement engendr&#233;e par la perception qu'ont les gais d'une discrimination homophobe de la part des entreprises traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les quartiers gais, un produit du capitalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-on dire que le Village gai de Montr&#233;al a succomb&#233; &#224; la logique marchande qui domine partout ? Selon nous, puisque l'identit&#233; homosexuelle est elle-m&#234;me un produit du capitalisme, le Village est en soi un ph&#233;nom&#232;ne commercial, et son &#233;tat actuel n'est que le d&#233;ploiement de sa logique interne. Pour comprendre cela, il faut porter attention &#224; certaines cons&#233;quences sociales du passage d'une &#233;conomie agricole &#224; une &#233;conomie industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au milieu du XIXe si&#232;cle, la famille traditionnelle &#233;tait une unit&#233; de production. Le p&#232;re et ses fils cultivaient la terre pendant que la m&#232;re pr&#233;pa&#173;rait le pain et confectionnait les v&#234;tements. Les r&#244;les sexuels &#233;taient assez strictement d&#233;finis. Le travail salari&#233; qui est apparu avec le d&#233;veloppement du capitalisme industriel a graduellement mis un terme, &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, au r&#244;le d'unit&#233; de production &#233;conomique de la famille. Le travail salari&#233; en manufacture permet &#224; une personne de s'acheter du pain et des v&#234;te&#173;ments d&#233;j&#224; tout fait. Le capitalisme rend ainsi possible la vie d'une personne en dehors d'une cellule familiale traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc penser que l'identit&#233; homosexuelle est apparue avec le capitalisme. Il y avait bien &#233;videmment des comportements homosexuels avant l'&#232;re industrielle, mais il n'existait pas d'identit&#233; homosexuelle en tant que telle. On n'aurait pas pu d&#233;crire en quoi consiste le mode de vie homosexuel &#224; l'&#233;poque, tandis que les sociologues parlent aujourd'hui de la culture gaie. En effet, la possibilit&#233; d'une identit&#233; homosexuelle d&#233;pend de la possibilit&#233; &#233;conomique de vivre &#224; l'ext&#233;rieur de la famille h&#233;t&#233;rosexuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#224;-dessus, voir John D'Emilio, &#171; Capitalism and Gay Identity &#187; in Ann Snitow (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La possibilit&#233; de vivre en dehors d'une famille traditionnelle n'existait pas avant l'av&#232;nement du capitalisme industriel, sauf pour ceux qui se consacraient &#224; une vie religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Village gai de Montr&#233;al est donc un produit du capitalisme. Mais ce n'est pas seulement un produit du capitalisme, c'est aussi un produit de l'homophobie. Le Village existe parce que la soci&#233;t&#233; est encore suffisamment homophobe pour que des homosexuelLEs sentent le besoin de fr&#233;quenter des endroits o&#249; ils se sentent clairement les bienvenus tels qu'ils sont.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La marchandisation de l'homophobie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui font des affaires dans le Village tentent &#233;videmment de profiter au maximum de l'argent rose. Les propri&#233;taires des bars sont souvent des h&#233;t&#233;rosexuels nullement impliqu&#233;s dans la lutte contre l'homophobie, ils ne sont l&#224; que pour profiter de l'argent rose. Les propri&#233;taires de commerce demandent d'ailleurs &#224; la Ville de chasser les itin&#233;rants, qui pourraient nuire &#224; leur n&#233;goce. L'&#339;uvre d'art install&#233;e sur le terrain en face du Caba&#173;ret &#224; Mado est une publicit&#233; pour la Banque Nationale. L'&#233;t&#233; dernier, le drapeau arc-en-ciel servait de toile de fond &#224; une publicit&#233; de Viagra qu'on pouvait voir &#224; tous les coins de rue du Village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propri&#233;taires des &#233;tablissements fr&#233;quent&#233;s par les adeptes de la vie nocturne utilisent la sexualit&#233; comme moyen de s'enrichir avec l'argent rose. En effet, les activit&#233;s commerciales sont ax&#233;es en grande partie sur ce style de vie ainsi que sur les rela&#173;tions sexuelles. Sur la carte de la Soci&#233;t&#233; de d&#233;ve&#173;loppement commercial du Village, on d&#233;&#173;&#173;nombre pas moins de quinze bars ou clubs, quatre bars d'effeuilleurs, trois saunas, quatre boutiques &#233;rotiques et deux clubs de pleine nuit (after-hours)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme fran&#231;ais pour after-hour est bar clandestin, mais il ne correspond (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur Sainte-Catherine Est, seulement entre les rues Saint-Andr&#233; et Cartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de succomber &#224; la tentation de condamner la turpitude morale de ceux qui fr&#233;quentent ces endroits, n'oublions pas que c'est le capitalisme qui a rendu possible ce mode de vie. Le niveau de r&#233;flexion politique que l'on peut constater dans la communaut&#233; du Village gai de Montr&#233;al refl&#232;te d'ailleurs son origine capitaliste. Le type d'&#233;tablissement que l'on y trouve, majoritairement ax&#233; sur la recherche &#233;go&#239;ste du plaisir, les relations jetables et la marchandisation du corps et de la sexualit&#233; inspirent un individualisme qui rel&#232;ve bien plus du libertarianisme que de la volont&#233; de d&#233;fendre l'int&#233;r&#234;t commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le Village ayant vu le jour en tant qu'espace de revendication de la libert&#233; sexuelle, il est logique qu'une grande partie de son &#233;conomie repose sur la sexualit&#233;. Malheureusement, le Village reste encore le seul espace o&#249; les homosexuelLEs peuvent manifester leur orientation sexuelle sans malaise. Et c'est justement l&#224; o&#249; la relation que nous avons tent&#233; d'&#233;tablir entre le capitalisme et le Village gai se manifeste dans toute sa perversit&#233;.&#173;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tirer profit de l'oppression&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Village, en tant que produit du capitalisme et de l'homophobie, est le lieu o&#249; l'on exploite l'argent rose. Consciemment ou non, ce &#171; capitalisme gai &#187; a int&#233;r&#234;t &#224; ce que perdure l'homophobie dans la soci&#233;t&#233; afin de continuer &#224; exploiter tout cet argent qui se concentre dans le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui luttent honn&#234;tement contre l'homophobie ne peuvent que souhaiter la disparition des quartiers gais. Ils esp&#232;rent qu'un jour l'orientation sexuelle ne soit pas plus un motif de discrimination que l'est aujourd'hui le fait d'&#233;crire de la main gauche. Or, les propri&#233;taires d'&#233;tablissements ou les fournisseurs de services (taxis, notaires, agents immobiliers, etc.) sp&#233;cifiquement destin&#233;s &#224; une client&#232;le homosexuelle, eux qui se disent ouverts &#224; la diversit&#233; sexuelle, ont besoin que se maintienne cette discrimination afin de conserver leur client&#232;le. Cela explique peut-&#234;tre en partie pourquoi les magazines gais que l'on retrouve dans le Village sont si peu revendicateurs en ce qui concerne la reconnaissance de nos droits et la lutte contre l'homophobie. Ils sont tous gratuits, c'est-&#224;-dire qu'ils d&#233;pendent enti&#232;rement des revenus publicitaires. Ceux qui annoncent leurs produits et services &lt;i&gt;gay-friendly &lt;/i&gt; n'ont pas int&#233;r&#234;t &#224; ce que disparaisse la cause de l'existence d'un Village. Les journalistes et les r&#233;dacteurs &#233;vitent donc d'appara&#238;tre trop militants et de traiter de sujets qui portent &#224; controverse pour ne pas froisser les annonceurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironiquement, ceux qui profitent ainsi de l'homophobie en sont souvent eux-m&#234;mes victimes. L'avidit&#233; fait en sorte que les opprim&#233;s deviennent leur propre oppresseur : un capitaliste est toujours pr&#234;t &#224; vendre la corde qui va servir &#224; le pendre. Le Village gai de Montr&#233;al est une triste preuve de cette v&#233;rit&#233; ; encourager les &#233;tablissements du Village, c'est, sans m&#234;me le savoir, d&#233;courager la lutte contre l'homophobie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#224;-dessus, voir John D'Emilio, &#171; Capitalism and Gay Identity &#187; in Ann Snitow et al. (&#233;d.), &lt;i&gt;Powers of Desire : The Politics of Sexuality&lt;/i&gt;, Monthly Rewiew Press, New York, 1983, p. 100-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme fran&#231;ais pour after-hour est bar clandestin, mais il ne correspond pas selon nous &#224; la r&#233;alit&#233;. Nous lui avons pr&#233;f&#233;r&#233; le plus lourd mais plus juste terme club de pleine nuit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'int&#233;r&#234;t public ou l'enveloppe ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-interet-public-ou-l-enveloppe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/L-interet-public-ou-l-enveloppe</guid>
		<dc:date>2013-09-02T21:03:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Posez-vous la question : si vous &#233;tiez absolument certain de pouvoir accepter une grosse enveloppe brune pleine de billets de cent dollars sans que personne ne le sache jamais, l'accepteriez-vous en &#233;change d'un service contraire aux r&#232;gles ? J'ai pos&#233; la question en classe &#224; mes &#233;tudiantEs du niveau coll&#233;gial et la tr&#232;s grande majorit&#233; a avou&#233; qu'elle serait pr&#234;te &#224; se laisser corrompre sans h&#233;siter. C'est l&#224; un triste constat, mais c'est peut-&#234;tre un signe que la croyance en la capacit&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-48-fevrier-mars-2013-" rel="directory"&gt;No 048 - f&#233;vrier / mars 2013&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Doyon-Francois-+" rel="tag"&gt;Doyon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1663.jpg?1642092146' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;732&#034; height=&#034;489&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Posez-vous la question : si vous &#233;tiez absolument certain de pouvoir accepter une grosse enveloppe brune pleine de billets de cent dollars sans que personne ne le sache jamais, l'accepteriez-vous en &#233;change d'un service contraire aux r&#232;gles ? J'ai pos&#233; la question en classe &#224; mes &#233;tudiantEs du niveau coll&#233;gial et la tr&#232;s grande majorit&#233; a avou&#233; qu'elle serait pr&#234;te &#224; se laisser corrompre sans h&#233;siter. C'est l&#224; un triste constat, mais c'est peut-&#234;tre un signe que la croyance en la capacit&#233; de l'&#234;tre humain d'&#234;tre d&#233;sint&#233;ress&#233; rel&#232;ve de la chim&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il faut &#234;tre dupe pour ne pas voir que nos dirigeants sont eux-m&#234;mes esclaves d'une soif de pouvoir et de richesse inextinguible qui les rend inaptes &#224; faire passer l'int&#233;r&#234;t public devant le leur. Les anciens maires de Montr&#233;al et de Laval en sont des exemples et bien d'autres encore seront r&#233;v&#233;l&#233;s par la Commission d'enqu&#234;te sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction. En des temps o&#249; le Qu&#233;bec semble rong&#233; de toutes parts par la corruption de sa classe politique, &#224; qui jeter la premi&#232;re pierre ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'analyse individualiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aux crapules, r&#233;pondrez-vous d'instinct. En effet, le premier r&#233;flexe est de mettre le bl&#226;me sur les personnes d&#233;nonc&#233;es dans le cadre de la Commission, ce qui, dans une certaine mesure, n'est pas une totale aberration. La malhonn&#234;tet&#233; existe bel et bien ! On pourrait donc croire que si nous &#233;liminons les pommes pourries et valorisons l'honn&#234;tet&#233;, la corruption sera &#233;radiqu&#233;e autant que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; ce qu'on pourrait appeler l'analyse individualiste du probl&#232;me de la corruption : on rep&#232;re la personne corrompue, on l'&#233;limine et le probl&#232;me est cens&#233; se r&#233;soudre. Pour &#233;viter que les pommes ne pourrissent &#224; nouveau, il faudrait que la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re valorise l'honn&#234;tet&#233; et qu'on enseigne aux jeunes &#224; croire que la justice est un bien en soi. Un bon citoyen ou une bonne citoyenne devrait vouloir &#234;tre juste sans devoir &#234;tre motiv&#233; par autre chose que la volont&#233; de bien faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'analyse institutionnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il suffirait alors de nous d&#233;barrasser des pommes pourries et de donner des cours d'&#233;thique ? L'analyse individualiste est incompl&#232;te. Il faut aussi tenir compte des incitatifs engendr&#233;s par la structure m&#234;me de nos institutions politiques, incitatifs qui sont &#224; l'origine de tentations plus fortes que la volon&#173;t&#233; du commun des mortels. C'est peut-&#234;tre le panier lui-m&#234;me qui fait pourrir les pommes, au fur et &#224; mesure qu'elles sont d&#233;pos&#233;es dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre comportement est en grande partie influenc&#233; par les circonstances. Par exemple, c'est l'exigence de comp&#233;titivit&#233; inh&#233;rente &#224; notre syst&#232;me &#233;conomique qui pousse les dirigeants d'entreprises &#224; agir de fa&#231;on monstrueuse. C'est ce qui incite les gestionnaires &#224; consid&#233;rer chaque poste comme une bo&#238;te, sans penser &#224; la personne qui s'y trouve ni aux enfants qu'elle doit nourrir : si l'entreprise n'a plus besoin de la bo&#238;te, le gestionnaire l'envoie au recyclage. Le gestionnaire n'est pas n&#233;cessairement une mauvaise personne pour autant ; c'est peut-&#234;tre m&#234;me un bon parent ou un ami loyal. Cependant, il fait partie d'un syst&#232;me qui exige de lui qu'il se comporte froidement au travail, sinon il va perdre sa place avantageuse. Les bien-pensants diront que sa conscience devrait le rendre incapable de faire ce genre de travail et le pousser &#224; d&#233;missionner pour faire autre chose dans la vie. Mais sa position dans le syst&#232;me lui offre assez d'avantages pour &#233;touffer la voix de sa conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour les hommes politiques qui &#233;voluent, comme c'est le cas au Qu&#233;bec, au sein d'institutions o&#249; il est possible de se faire r&#233;&#233;lire ind&#233;finiment, o&#249; la limite permise de dons &#224; une formation politique est &#233;lev&#233;e et o&#249; les campagnes &#233;lectorales sont extr&#234;mement co&#251;teuses. La structure de nos institutions accro&#238;t leur soif de pouvoir et les incite &#224; accepter de l'argent quelle qu'en soit la provenance. Ils en ont tant besoin pour se faire r&#233;&#233;lire et ils esp&#232;rent se faire r&#233;&#233;lire tellement de fois&#8230; La corruption a trouv&#233; son point d'entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De nouvelles institutions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un l&#233;gislateur prudent devrait se fonder sur le principe selon lequel les humains ne font jamais rien de fa&#231;on purement d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Il ne faut pas esp&#233;rer trouver un politicien qui s'est lanc&#233; en politique sans aucun motif &#233;go&#239;ste. Une fois qu'une personne a go&#251;t&#233; au pouvoir, il lui devient tr&#232;s difficile de s'en passer. De bonnes institutions politiques devraient &#234;tre capables de contenir les tendances &#233;go&#239;stes de l'&#234;tre humain en &#233;liminant la possibilit&#233; m&#234;me de s'accrocher au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les meilleures intentions peuvent &#234;tre noy&#233;es dans un pot-de-vin. Ce sont parfois les lois qui font les criminels : la loi &#233;lectorale du Qu&#233;bec en a d&#233;j&#224; fait plusieurs. Le co&#251;t faramineux des campagnes &#233;lectorales est en effet un puissant incitatif &#224; la malhonn&#234;tet&#233;. Les partis n'ont pas le choix de se tourner vers le monde des affaires pour trouver du financement. Les groupes criminalis&#233;s l'ont compris et se font facilement passer pour d'honorables et surtout g&#233;n&#233;reux entrepreneurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, quels changements devrions-nous apporter &#224; la structure de nos insti&#173;tutions politiques ? Il nous faut neutraliser la cupi&#173;dit&#233; des hommes politiques en &#233;liminant &#224; la racine la possibilit&#233; de s'accrocher au pouvoir comme l'ont fait un Jean Charest ou un Gilles Vaillancourt. Pour ce faire, avant m&#234;me de limiter les dons aux partis politiques ou de r&#233;duire les d&#233;penses &#233;lectorales, nous devons absolument r&#233;duire drastiquement la dur&#233;e et le nombre des mandats de tous les postes &#233;lus du Qu&#233;bec. R&#233;p&#233;tons-le, ce sont les institutions, autrement dit le panier, qui font pourrir les pommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certes important de rep&#233;rer, de juger et de condamner les corrompus, mais ce n'est qu'une partie de la solution. Si l'on s'en tient &#224; cela et que l'on n'am&#233;liore pas les structures de nos insti&#173;tutions, les politiciens v&#233;reux seront ind&#233;finiment remplac&#233;s par d'autres, exactement de la m&#234;me mani&#232;re que les petits revendeurs de drogue se font remplacer dans les bars d'une semaine &#224; l'autre : c'est vider le pus d'une plaie sans jamais la d&#233;sinfecter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Casser le syst&#232;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut de bonnes lois pour inspirer la volont&#233; politique n&#233;cessaire &#224; une r&#233;forme des institutions, mais il faut de la volont&#233; politique pour avoir de bonnes lois. Il est en effet difficile d'imaginer un gouvernement d&#233;poser un projet de loi interdisant sa r&#233;&#233;lection. On peine &#224; croire qu'un politicien puisse vouloir une loi r&#233;duisant la dur&#233;e de son mandat et diminuant la probabilit&#233; que son parti conserve le pouvoir aux prochaines &#233;lections. Les mercenaires que nous payons pour faire la politique &#224; notre place tiennent &#224; garder leur emploi aussi longtemps que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction de ce cercle vicieux va sans doute n&#233;cessiter une crise politique majeure, comme celle qui a secou&#233; l'Islande en 2009. Les citoyenNEs devront mettre une pression &#233;norme pour exiger une r&#233;forme de nos institutions politiques. &#192; elles seules, les commissions d'enqu&#234;te et la police ne risquent pas de perturber l'avenir des partis politiques qui font les lois &#224; notre place. Quoi qu'il en soit, si l'on ne s'en tient qu'&#224; une analyse individualiste du probl&#232;me de la corruption sans am&#233;liorer nos institutions, il faudrait, pour pr&#233;venir les crimes, faire na&#238;tre les citoyennes en prison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Pierre Cr&#233;p&#244;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'auteur d'un manuel scolaire falsifie des citations pour pr&#233;senter Richard Dawkins comme un misogyne</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-auteur-d-un-manuel-scolaire</link>
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		<dc:date>2013-08-04T15:02:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec le mois d'ao&#251;t qui commence, vient le temps pour les professeurs de commencer &#224; pr&#233;parer la session qui approche &#224; grands pas. Ce temps est celui du choix des lectures que nous proposerons &#224; nos &#233;tudiants. Malheureusement, l'ivraie prolif&#232;re et cro&#238;t en popularit&#233;. D'apr&#232;s un repr&#233;sentant aux ventes des &#201;ditions Cheneli&#232;re &#201;ducation, La condition humaine de Jean-Claude St-Onge est l'un des manuels destin&#233;s &#224; l'enseignement du deuxi&#232;me cours de philosophie au coll&#233;gial les plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Le-blogue-de-la-Redac-" rel="directory"&gt;Le blogue de la R&#233;dac&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1662.jpg?1642092146' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;235&#034; height=&#034;299&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec le mois d'ao&#251;t qui commence, vient le temps pour les professeurs de commencer &#224; pr&#233;parer la session qui approche &#224; grands pas. Ce temps est celui du choix des lectures que nous proposerons &#224; nos &#233;tudiants. Malheureusement, l'ivraie prolif&#232;re et cro&#238;t en popularit&#233;. D'apr&#232;s un repr&#233;sentant aux ventes des &#201;ditions Cheneli&#232;re &#201;ducation, &lt;i&gt;La condition humaine&lt;/i&gt; de Jean-Claude St-Onge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude St-Onge, La condition humaine. Quelques conceptions de l'&#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est l'un des manuels destin&#233;s &#224; l'enseignement du deuxi&#232;me cours de philosophie au coll&#233;gial les plus populaires aupr&#232;s des enseignants. Cela est tout &#224; fait d&#233;solant, car, ce manuel fait une pr&#233;sentation caricaturale et trompeuse des auteurs, particuli&#232;rement en ce qui concerne le chapitre sur l'&#233;volutionnisme. &#192; l'aide de citations falsifi&#233;es, St-Onge pr&#233;sente le biologiste Richard Dawkins comme un d&#233;terministe g&#233;n&#233;tique &#224; tendances misogynes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici les preuves de ce que j'avance. &#192; la page 6, on trouve cette citation de Dawkins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;We are survival machines &#8212; robot vehicles blindly programmed to preserve the selfish molecules known as genes.&lt;/i&gt; &#187; (Dawkins, &lt;i&gt;The Selfish Gene&lt;/i&gt;, pr&#233;face &#224; l'&#233;dition de 1976).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;St-Onge traduit la phrase ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous sommes des &#8220;robots aveugles&#8221; contenant des g&#232;nes qui nous contr&#244;lent corps et esprit &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une tr&#232;s mauvaise traduction. Il s'agit &#224; la fois d'une sous-traduction, car des &#233;l&#233;ments ont &#233;t&#233; omis, et d'une surtraduction, car St-Onge y ajoute quelque chose que Dawkins ne dit pas. Dawkins ne dit nulle part que les g&#232;nes nous contr&#244;lent corps et esprit. Il aurait plut&#244;t fallu traduire ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous ne sommes que des machines dont le seul but est de survivre, des esp&#232;ces de robots programm&#233;s &#224; l'aveuglette pour perp&#233;tuer les mol&#233;cules &#233;go&#239;stes que sont les g&#232;nes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons par souci de rigueur que dans la 3e &#233;dition, il y avait des guillemets &#224; &#171; nous contr&#244;lent corps et esprit &#187;, mais ils ont disparu dans la pr&#233;sente &#233;dition, laissant ainsi entendre qu'il s'agit d'une citation de Dawkins alors que la 3e &#233;dition avait l'avantage de laisser planer le doute (bien que cette ambigu&#239;t&#233; pose d&#233;j&#224; un probl&#232;me en soi). Avec sa traduction trafiqu&#233;e, St-Onge pr&#233;sente la pens&#233;e de Dawkins de fa&#231;on tr&#232;s tordue. Ce n'est pas ainsi qu'on va d&#233;montrer que Dawkins est un d&#233;terministe g&#233;n&#233;tique ! Au contraire, dans le G&#232;ne &#233;go&#239;ste, chapitre 1, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De tous les animaux, seul l'homme est domin&#233; par la culture, les influences qu'il a subies et apprises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire de Dawkins un d&#233;terministe g&#233;n&#233;tique devient particuli&#232;rement probl&#233;matique lorsque St-Onge aborde la condition f&#233;minine. &#192; la page 18, on peut lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dawkins pense que la diff&#233;rence entre les sexes &#8220;provient de cette diff&#233;rence fondamentale&#8221;&lt;/i&gt; [de la diff&#233;rence entre les ovaires et les spermatozo&#239;des, Dawkins, &lt;i&gt;The Selfish Gene&lt;/i&gt;, p. 152].&lt;i&gt; Quelle est-elle ? Dans toutes les esp&#232;ces, la femelle produit peu d'ovules (la femme en produit environ 450 au cours de sa vie) ; l'homme, lui, produit des millions de milliards de spermatozo&#239;des (de 300 &#224; 400 millions par &#233;jaculation). &#192; partir de ce constat, on d&#233;duit les traits pr&#233;tendument inn&#233;s de chacun des deux sexes. Pour Dawkins, &#8220;c'est ici que l'exploitation des femelles commence&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; [Dawkins, &lt;i&gt;The Selfish Gene&lt;/i&gt;, p. 153].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, St-Onge ne dit pas que Dawkins ajoute que &#171; &lt;i&gt;The ecological circumstances of a species will determine whether the females are biased towards one or the other of these counter-ploys, and will also determine how the males respond. &lt;/i&gt; &#187; Si St&#8209;Onge s'&#233;tait donn&#233; la peine de bien lire, il aurait sans doute compris que Dawkins n'est pas un d&#233;terministe g&#233;n&#233;tique. L'argumentation de St-Onge est, par ailleurs, une tentative d'appliquer abusivement &#224; l'humain l'ensemble du comportement animal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la page 19 se trouve une autre citation de Dawkins trafiqu&#233;e par St-Onge. Dawkins &#233;crit ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Another common sexual difference is that females are more fussy than males about whom they mate with. One of the reasons for fussiness by an individual of either sex is the need to avoid mating with a member of another species.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que St-Onge explique en &#233;crivant cela :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;les femelles sont maternelles, tatillonnes &#8212; fussy selon l'expression de Dawkins &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dawkins souligne pourtant clairement que ce m&#233;canisme a d'abord comme origine le besoin de ne pas se reproduire avec un membre d'une autre esp&#232;ce ! Dans le cas d'une hybridation, la femelle investirait alors des ressources biologiques &#224; produire un rejeton qui, s'il vit, sera &#224; son tour infertile. St-Onge donne par ailleurs l'&#233;trange impression de parler des femmes alors que Dawkins ne parle nullement du comportement de l'&#234;tre humain dans ces pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble donc justifi&#233; de conclure que la pr&#233;sentation que fait St-Onge de la th&#233;orie de Dawkins est gravement erron&#233;e. Les d&#233;fauts de cette pr&#233;sentation peuvent-ils s'expliquer autrement que par la volont&#233; de falsifier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va me r&#233;pondre que dire que Dawkins est misogyne est une opinion partag&#233;e et justifi&#233;e. Cette opinion n'est s&#251;rement pas justifi&#233;e dans le texte de St-Onge. Le manuel pr&#233;sente Dawkins comme un misogyne en se basant sur une citation invent&#233;e du G&#232;ne &#233;go&#239;ste. On a accus&#233; Dawkins de toutes sortes de choses dans la foul&#233;e de la saga Watson, &#224; cause d'un commentaire fait sur un forum de discussion, o&#249; Dawkins exprimait rudement son refus d'admettre qu'un homme qui respecte les femmes doit accepter d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un violeur potentiel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La valeur du commentaire se discute peut-&#234;tre, mais ce n'est pas ce qui est mis de l'avant dans le manuel, cette affaire s'&#233;tant produite apr&#232;s la publication du manuel. De toute fa&#231;on, la premi&#232;re chose qu'on doit apprendre en philosophie, c'est d'&#233;valuer les arguments, pas la conclusion. Dawkins est peut-&#234;tre misogyne, mais St-Onge n'arrive pas &#224; le prouver en trafiquant des citations. Autrement dit, le fait que la conclusion soit vraie ne justifie pas un argument invalide, dans ce cas-ci le fait d'inventer une citation, surtout dans un contexte acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va peut-&#234;tre aussi penser que je suis encore une fois trop s&#233;v&#232;re et que l'auteur d'un manuel scolaire n'a pas vraiment le choix d'interpr&#233;ter et de vulgariser. Je r&#233;pondrai qu'une mauvaise traduction reste une mauvaise traduction et qu'il est possible de vulgariser sans d&#233;former.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;minisme est une tr&#232;s noble cause. Mais &#224; mes yeux, le manuel de St-Onge est la preuve que la fronti&#232;re entre la p&#233;dagogie et la d&#233;magogie est parfois tr&#232;s facile &#224; franchir pour certains militants. La gauche doit condamner sans compromis l'intoxication intellectuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude St-Onge, &lt;i&gt;La condition humaine. Quelques conceptions de l'&#234;tre humain&lt;/i&gt;, 4e &#233;dition, Ga&#235;tan Morin &#233;diteur, Montr&#233;al, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://blogs.discovermagazine.com/badastronomy/2011/07/05/richard-dawkins-and-male-privilege/#.UfvSRqyJnTp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://blogs.discovermagazine.com/badastronomy/2011/07/05/richard-dawkins-and-male-privilege/#.UfvSRqyJnTp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le &#171; chatongate &#187; : la cruaut&#233; envers les animaux est-elle plus scandaleuse que le racisme, l'homophobie et le sexisme ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-chatongate-la-cruaute-envers</link>
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		<dc:date>2013-07-17T19:40:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Doyon</dc:creator>


		<dc:subject>Doyon, Fran&#231;ois</dc:subject>

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&lt;p&gt;St&#233;phane Gendron, en avouant peut-&#234;tre &#224; la blague avoir tu&#233; des chatons, en a choqu&#233; plusieurs et avec raison. Mais comment se fait-il que cette histoire de chatons tu&#233;s fasse le tour du pays et scandalise bien davantage la population que le flot de propos racistes, sexistes et homophobes qui d&#233;ferle chaque jour sur les ondes de certaines stations de radio ? Je trouve &#233;trange de voir les droits des animaux plus &#226;prement d&#233;fendus que les droits de la personne. Sommes-nous en train de devenir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;St&#233;phane Gendron, en avouant peut-&#234;tre &#224; la blague avoir tu&#233; des chatons, en a choqu&#233; plusieurs et avec raison. Mais comment se fait-il que cette histoire de chatons tu&#233;s fasse le tour du pays et scandalise bien davantage la population que le flot de propos racistes, sexistes et homophobes qui d&#233;ferle chaque jour sur les ondes de certaines stations de radio ? Je trouve &#233;trange de voir les droits des animaux plus &#226;prement d&#233;fendus que les droits de la personne. Sommes-nous en train de devenir antihumanistes ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La lutte contre la cruaut&#233; envers les animaux est une bonne chose. Mais nous aurions pu esp&#233;rer que le militantisme pour la reconnaissance de droits aux animaux s'accompagne d'une plus grande sollicitude &#224; l'&#233;gard des humains. On observe malheureusement que l'humanisation des animaux s'accompagne d'une inqui&#233;tante animalisation de l'&#234;tre humain. Nous sommes devenus mat&#233;rialistes, le but de la vie semble &#234;tre la poursuite de tous les plaisirs possibles, et notre syst&#232;me &#233;conomique nous consid&#232;re comme des ressources plus exploitables qu'humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de cette soci&#233;t&#233;, plusieurs intellectuels se croient progressistes en militant pour l'abandon de la consommation de viande et l'abolition de toute forme d'exploitation animale. La cause est noble, mais comment se fait-il qu'il n'y ait pas un plus grand empressement &#224; mettre un terme une fois pour toutes &#224; l'exploitation humaine ? Je pense &#224; tous ces &#171; bobos-&#233;colos &#187;, les vegans avec iPhones et iPad. Auraient-ils int&#233;rioris&#233; l'&#233;thique mat&#233;rialiste de l'id&#233;ologie capitaliste ? Ils d&#233;noncent St&#233;phane Gendron sur les m&#233;dias sociaux avec des appareils dont les &#233;crans tactiles sont fabriqu&#233;s avec des minerais extraits par des enfants esclaves sans m&#234;me savoir que les profits r&#233;alis&#233;s par l'exploitation de ces minerais financent des guerres sanglantes en Afrique, des guerres dont les femmes et les enfants sont les premi&#232;res victimes. Pourquoi l'opinion publique ne se soul&#232;ve-t-elle pas contre cette situation ? Pourquoi les m&#233;dias n'en parlent-ils pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que les m&#233;dias pr&#233;f&#232;rent parler de la violation des droits des animaux que de la violation des droits de la personne. Peut-&#234;tre que notre d&#233;pendance &#224; la technologie et &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation en g&#233;n&#233;ral nous a rendus plus indiff&#233;rents aux souffrances humaines caus&#233;es par notre mode de vie qu'aux souffrances qu'un sadique peut infliger &#224; des animaux domestiques. La d&#233;fense des animaux nous offre une fa&#231;on commode de soulager notre conscience sans remettre en question les fondements de notre dysfonctionnel syst&#232;me &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va me dire que la lutte pour la reconnaissance des droits des animaux conduira &#224; une meilleure d&#233;fense des droits humains, qu'il s'agit du m&#234;me combat et que l'&#234;tre humain doit cesser de se croire sup&#233;rieur au reste de la nature. Et si c'&#233;tait l'inverse qui &#233;tait vrai ? Et si c'&#233;tait l'exploitation de l'homme par l'homme qui nous avait conduit &#224; nous croire ma&#238;tre et possesseurs de la nature ? Comme l'&#233;crit Murray Bookchin, &#171; La domination de l'humain par l'humain a pr&#233;c&#233;d&#233; l'id&#233;e de dominer la nature. [&#8230;] Les hi&#233;rarchies, les classes, les formes de propri&#233;t&#233; et les institutions &#233;tatistes qui ont &#233;merg&#233; avec la domination sociale ont &#233;t&#233; transpos&#233;es dans les relations de l'humanit&#233; avec la nature. Celle-ci tendit d&#232;s lors &#224; n'&#234;tre plus consid&#233;r&#233;e que comme une simple ressource, un mat&#233;riel brut &#224; exploiter &#224; volont&#233;. &#187; J'ai l'impression que notre rapport avec les animaux ne sera jamais juste tant que nous tol&#232;rerons l'injustice sociale et l'oppression de nos fr&#232;res et s&#339;urs humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire qu'il faille abandonner la d&#233;fense des animaux. Je ne suis pas contre la d&#233;fense des animaux, mais je pense important de souligner qu'une soci&#233;t&#233; dont les m&#233;dias jugent la souffrance animale plus scandaleuse que la souffrance humaine est une soci&#233;t&#233; qui a un &#233;norme probl&#232;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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