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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Marie-Claire Blais, et le reste</title>
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		<dc:date>2012-09-07T02:42:14Z</dc:date>
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		<dc:creator>Lise Bissonnette</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Bissonnette, Lise</dc:subject>

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&lt;p&gt;Faisons un test, je vous le propose. Allons en lire quelques pages sur un banc de la gare centrale de Montr&#233;al, vers dix-huit heures, quand se croisent tous les &#233;tages d'une ville, et toutes les directions qui s'offrent pour s'en &#233;loigner. Nous serons chez elle, elle n'a pas besoin de nommer ce pays pour l'arpenter dans ce qu'il est devenu. &lt;br class='autobr' /&gt; Hier encore je me suis irrit&#233;e en lisant un analyste par ailleurs intelligent qui, ayant r&#233;ussi &#224; aller au c&#339;ur de son propos critique, croyait utile (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bissonnette-Lise-+" rel="tag"&gt;Bissonnette, Lise&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1458.jpg?1642092138' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;491&#034; height=&#034;299&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faisons un test, je vous le propose. Allons en lire quelques pages sur un banc de la gare centrale de Montr&#233;al, vers dix-huit heures, quand se croisent tous les &#233;tages d'une ville, et toutes les directions qui s'offrent pour s'en &#233;loigner. Nous serons chez elle, elle n'a pas besoin de nommer ce pays pour l'arpenter dans ce qu'il est devenu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Hier encore je me suis irrit&#233;e en lisant un analyste par ailleurs intelligent qui, ayant r&#233;ussi &#224; aller au c&#339;ur de son propos critique, croyait utile d'assener un point final en forme de balayage : &#171; &lt;i&gt;tout le reste est litt&#233;rature.&lt;/i&gt; &#187; C'est-&#224;-dire poussi&#232;re, l&#233;g&#232;ret&#233;, au pire un encombrement et au mieux une dentelle. Si la litt&#233;rature n'avait pas &#233;t&#233; au c&#339;ur des propos sur la vie, de la naissance de l'alphabet jusqu'&#224; nos jours num&#233;ris&#233;s, le monde ne serait pourtant qu'ignorance et barbarie. Mais le clich&#233; s&#233;vit toujours, m&#234;me chez les beaux esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il s&#233;vit partout, au Qu&#233;bec comme ailleurs, mais je veux en ce moment m'en tenir au Qu&#233;bec, aux fins de t&#233;moigner de mon estime pour Marie-Claire Blais, femme inspir&#233;e et inspirante, qui incarne &#224; elle seule le &#171; reste &#187; immense et essentiel qu'est la litt&#233;rature. Je la connais tr&#232;s peu, je l'ai crois&#233;e de temps &#224; autre sans d&#233;sir d'entamer sa r&#233;serve, je pr&#233;f&#232;re rencontrer les auteurs dans leurs livres, la question met les meilleurs &#224; la torture et Marie-Claire Blais est r&#233;ticente &#224; la confidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par l'objet-livre qu'elle m'a d'abord touch&#233;e. Au milieu des ann&#233;es soixante, j'&#233;tais pensionnaire dans un lieu gris o&#249; de tristes jeunes femmes conscrites en religion livraient maladroitement les derni&#232;res batailles d'une &#201;glise en d&#233;route, qu'elles allaient bient&#244;t quitter elles-m&#234;mes. Elles nous interdisaient de lire Jean-Jacques Rousseau, George Sand, mais tout autant &#171; l'existentialiste &#187; Marie-Claire Blais. Nous comprenions ainsi qu'il fallait les lire, ce fut autant de pris contre les &#233;teignoirs, je suis donc entr&#233;e en litt&#233;rature qu&#233;b&#233;coise par la grande porte, celle d'une saison dans la vie d'Emmanuel plut&#244;t que celle des grands airs de Menaud. Le contenu m&#234;me de ces livres, je m'en souviens vaguement, mais je revis avec bonheur la lib&#233;ration du geste, celui de l'emprunt dans une biblioth&#232;que d'Ottawa, du transport interprovincial clandestin jusqu'&#224; Hull, de la cache sous le matelas dans un dortoir de moins en moins surveill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'elle racontait m'est aujourd'hui un souvenir embrum&#233;, mais ce qu'elle disait me revient avec force. Je lisais des niaiseries depuis que j'avais appris &#224; lire, je m'en accommodais bien, et soudain, une &#233;crivaine &#224; peine plus &#226;g&#233;e que moi m'apprenait que notre monde, le mien, le sien, &#233;tait non pas une suite d'&#233;v&#233;nements quotidiens petits et grands o&#249; se tissaient des histoires petites et grandes, mais un magma o&#249; la t&#234;te, &lt;i&gt;blanche&lt;/i&gt;, se heurtait aux mis&#232;res, noires, dans un chant qui n'&#233;tait pas enti&#232;rement d&#233;ses&#173;p&#233;r&#233;. J'ai grandi en Abitibi &#224; l'ombre d'une mine dont les d&#233;chets avaient transform&#233; les abords d'un superbe lac en mar&#233;cage aux surfaces mordor&#233;es, on pouvait r&#234;ver de s'y enliser pour y mourir doucement ou y imaginer un vivier pour oiseaux de feu, c'&#233;tait selon ce qu'on pouvait en comprendre ou deviner. Telle est l'image qui me vient encore en me rem&#233;morant mes premi&#232;res lectures de Marie-Claire Blais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aurait pu, le succ&#232;s imm&#233;diat aidant, devenir une &#233;crivaine filante, comme tant d'autres que les lendemains de la R&#233;volution tranquille ont d&#233;tourn&#233;s vers des occupations par ailleurs vaillantes. Elle est demeur&#233;e en litt&#233;rature, son &#233;criture a mu&#233; sans changer vraiment, l'ampleur du phras&#233; a d&#251; se d&#233;velopper pour accueillir plus r&#233;cemment l'immensit&#233; de la fresque dont &lt;i&gt;Soifs&lt;/i&gt; est l'origine, mais elle est rest&#233;e imperm&#233;able aux tendances litt&#233;raires, aux saisons de l'intime qui ont succ&#233;d&#233; aux saisons du formalisme qui ont succ&#233;d&#233; aux saisons du politique. Et elle dit toujours le mar&#233;cage mordor&#233;, sans y voir une impasse. Je l'ai entendue expliquer cela lors d'un entretien &#224; la Grande Biblioth&#232;que, elle insistait sur ce qui bouge et avance sous la surface des &#234;tres et des choses qu'elle met en sc&#232;ne, mais qu'elle n'enlise pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son affirmation d'un futur est re&#231;ue avec scepticisme, on la pr&#233;sente aux jeunes comme une &#233;crivaine aux id&#233;es plut&#244;t sombres et de tr&#232;s (trop) haute expression, on les intimide. Lire Marie-Claire Blais ce serait comme lire Marcel Proust, un marathon pour intellectuels &#233;l&#233;gants et d&#233;tach&#233;s du monde. D'autant que son monde, justement, n'est pas pr&#233;cis&#233;ment le Qu&#233;bec, qu'il se tient dans toute l'Am&#233;rique et souvent au-del&#224;. Faisons un test, je vous le propose. Allons en lire quelques pages sur un banc de la gare centrale de Montr&#233;al, vers dix-huit heures, quand se croisent tous les &#233;tages d'une ville, et toutes les directions qui s'offrent pour s'en &#233;loigner. Nous serons chez elle, elle n'a pas besoin de nommer ce pays pour l'arpenter dans ce qu'il est devenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la gauche du Qu&#233;bec, parfaitement d'accord avec la droite pour confondre la litt&#233;rature avec un &#171; reste &#187;, s'avisait un jour d'entrer en culture, elle rencontrerait certainement Marie-Claire Blais sur les traces de l'essentiel. Encore faudrait-il pour y arriver qu'elle commen&#173;ce par s'extirper des id&#233;es re&#231;ues au sein de son pensionnat. Mon esp&#233;rance, pour le coup, est tr&#232;s mince.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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