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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>L'aide sociale et la pauvret&#233;. Une lutte inachev&#233;e</title>
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		<dc:date>2021-03-21T15:03:23Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fran&#231;oise David, Fran&#231;ois Saillant</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Saillant, Fran&#231;ois </dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>David, Fran&#231;oise</dc:subject>

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&lt;p&gt;La marche &#171; Du pain et des roses &#187; s'&#233;branle le 26 mai 1995 en trois contingents. De Montr&#233;al, de Longueuil et de Rivi&#232;re-du-Loup, des centaines de femmes marcheront durant 10 jours pour se rendre devant l'Assembl&#233;e nationale. Le th&#232;me central de cette longue caravane est la lutte &#224; la pauvret&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; cette &#233;poque, pr&#232;s de 20 % de la population qu&#233;b&#233;coise vit sous le seuil de faible revenu : des b&#233;n&#233;ficiaires de l'aide sociale, des a&#238;n&#233;s&#183;e&#183;s, des jeunes sans emploi, et dans cette foule de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-82-janvier-2020-" rel="directory"&gt;No 082 - janvier 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-David-Francoise-+" rel="tag"&gt;David, Fran&#231;oise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La marche &#171; Du pain et des roses &#187; s'&#233;branle le 26 mai 1995 en trois contingents. De Montr&#233;al, de Longueuil et de Rivi&#232;re-du-Loup, des centaines de femmes marcheront durant 10 jours pour se rendre devant l'Assembl&#233;e nationale. Le th&#232;me central de cette longue caravane est la lutte &#224; la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &#192; cette &#233;poque, pr&#232;s de 20 % de la population qu&#233;b&#233;coise vit sous le seuil de faible revenu : des b&#233;n&#233;ficiaires de l'aide sociale, des a&#238;n&#233;s&#183;e&#183;s, des jeunes sans emploi, et dans cette foule de gens pauvres, on compte beaucoup de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question du logement est au c&#339;ur des revendications de la marche. Le Front d'action population en r&#233;am&#233;nagement urbain (FRAPRU) devient donc un alli&#233; proche, un partenaire actif de la F&#233;d&#233;ration des femmes du Qu&#233;bec (FFQ). Fran&#231;oise et Fran&#231;ois font la paire ! Et cela nous am&#232;nera &#224; militer ensemble durant de nombreuses ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH316/b23133ec0310822ddc93e652a0470786-e1333.jpg?1729027777' width='500' height='316' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 4 juin 1995, Jacques Parizeau vient lui-m&#234;me devant une foule estim&#233;e &#224; 18 000 personnes annoncer que, oui, il construira des logements sociaux avec soutien communautaire. Oui, il augmentera le salaire minimum de 45 &#162; de l'heure. Oui, nous aurons une loi sur l'&#233;quit&#233; salariale. Nous sommes alors &#224; quelques mois d'un r&#233;f&#233;rendum crucial. Cela a-t-il contribu&#233; &#224; ses r&#233;ponses satisfaisantes aux revendications des femmes ? Bien s&#251;r que oui. Sans oublier que le gouvernement p&#233;quiste de l'&#233;poque comprenait des f&#233;ministes convaincues. La suite accord&#233;e &#224; ces engagements du premier ministre sera cependant moins rose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le r&#233;f&#233;rendum a lieu le 30 octobre suivant. C'est non au pays. Et nous assistons en direct &#224; un discours qui cible injustement les minorit&#233;s ethniques du Qu&#233;bec. Jacques Parizeau d&#233;missionne et Lucien Bouchard lui succ&#232;de comme premier ministre. Cela change tout. La lutte &#224; la pauvret&#233; ne sera plus une priorit&#233; pour un gouvernement qui met l'atteinte de l'&#233;quilibre budg&#233;taire en t&#234;te de ses pr&#233;occupations et de ses politiques publiques et fiscales.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La pauvret&#233; sacrifi&#233;e au d&#233;ficit z&#233;ro&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Nous avons un avant-go&#251;t des batailles qui nous attendent d&#232;s le 24 novembre 1995 : Jeanne Blackburn, ministre de la Solidarit&#233; sociale, annonce des coupes de 186 millions &#224; l'aide sociale. Stupeur. Le r&#233;veil est brutal. Nous ne savons pas encore que ces premi&#232;res coupes seront suivies de plusieurs autres en quelques ann&#233;es seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s la fin-janvier, Louise Harel devient ministre de la Solidarit&#233; sociale. Elle a bonne r&#233;putation dans le milieu communautaire, car elle fait partie de l'aile progressiste et f&#233;ministe du PQ. Et pourtant&#8230; Comme les autres ministres du gouvernement Bouchard, madame Harel se plie &#224; l'objectif du d&#233;ficit z&#233;ro : il y aura des coupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Du 18 au 20 mars 1996 se tient &#224; Qu&#233;bec un Sommet sur l'avenir &#233;conomique du Qu&#233;bec. Il r&#233;unit tous les principaux acteurs &#8211; et quelques actrices &#8211; des mondes politiques, &#233;conomiques, sociaux, syndicaux, municipaux, institutionnels et autres. L'objectif est de cr&#233;er un consensus sur la situation &#233;conomique du Qu&#233;bec, en particulier sur le d&#233;ficit des finances publiques, et de trouver des solutions. D&#232;s le d&#233;but, nous demandons, avec les organismes communautaires, la suspension d'une coupe de 72 millions &#224; l'aide sociale qui doit entrer en vigueur le 1er avril. La demande est rejet&#233;e par le premier ministre. Et c'est dans un silence de mort que nous demandons &#224; l'ensemble des personnalit&#233;s rassembl&#233;es : quelqu'un peut-il faire quelque chose ? La salle demeure silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autres coupes sont annonc&#233;es dans les mois qui suivent : allocation logement diminu&#233;e pour les familles avec enfants mineurs, perte de l'indexation des ch&#232;ques pour les b&#233;n&#233;ficiaires de l'aide sociale ayant des contraintes s&#233;v&#232;res &#224; l'emploi alors que celles qui sont cens&#233;es ne pas avoir ces contraintes sont d&#233;j&#224; priv&#233;es d'indexation depuis 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous sommes scandalis&#233;s. Mais nous r&#233;alisons aussi que nous &#233;tions fort mal pr&#233;par&#233;s &#224; ce premier Sommet qui &#233;tait tout &#224; fait nouveau pour nous. C'est tout de m&#234;me d&#233;routant de se retrouver dans une immense salle remplie de personnes habitu&#233;es &#224; naviguer dans des n&#233;gociations plus ou moins secr&#232;tes, n'en d&#233;voilant publiquement que ce qu'ils jugent utile. Nous apprenons que plusieurs participant&#183;e&#183;s s'&#233;taient concert&#233;&#183;e&#183;s avant le Sommet. Les d&#233;cisions &#233;taient d&#233;j&#224; prises. Nous, nous &#233;tions les maringouins fatigants qu'il faut endurer, mais auxquels on ne donne rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On d&#233;cide alors de s'organiser en vue du sommet suivant qui aura lieu en octobre 1996. Une dizaine d'organismes appel&#233;s sociocommunautaires par le gouvernement se r&#233;unissent &#224; notre initiative. Cette toute nouvelle coalition rassemble des membres aussi diversifi&#233;s que la FFQ, Solidarit&#233; populaire Qu&#233;bec, l'Assembl&#233;e des &#233;v&#234;ques du Qu&#233;bec (eh oui !), Solidarit&#233; rurale, les f&#233;d&#233;rations &#233;tudiantes, un regroupement d'a&#238;n&#233;s&#183;e&#183;s. Vivian Labrie, qui accompagne la FFQ, a une id&#233;e g&#233;niale : nous irons &#224; ce Sommet r&#233;clamer une clause d'appauvrissement z&#233;ro. Ce que &#231;a veut dire : le gouvernement s'engagerait &#224; ne prendre aucune mesure, &#224; n'adopter aucune politique, &#224; n'effectuer aucune compression qui r&#233;duise encore le niveau de vie des 20 % les plus pauvres de la population. Peut-on imaginer revendication plus raisonnable ? Et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH575/90906c7c99445fa7d1c0ea87092a38cf-9ce1f.png?1729027777' width='500' height='575' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faudra un sondage SOM dans &lt;em&gt;La Presse&lt;/em&gt; du 1er novembre indiquant que 69 % des gens appuient cette demande pour que le premier ministre consente &#224; y souscrire&#8230; mais seulement pour les b&#233;n&#233;ficiaires de l'aide sociale ayant des contraintes s&#233;v&#232;res &#224; l'emploi. Il r&#233;pond aussi favorablement &#224; une demande pressante de Nancy Neamtan &#224; l'effet de cr&#233;er un Fonds de lutte &#224; la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est trop peu, trop tard. Forts de l'appui populaire, convaincus de la justesse de notre demande pour les 20 % les plus pauvres et non seulement pour une partie d'entre elles et eux, nous quittons le sommet avec Th&#233;r&#232;se Sainte-Marie, qui repr&#233;sente la Coalition des femmes contre la pauvret&#233;. Encore une fois, dans un silence assourdissant. Il n'est pas inutile de r&#233;affirmer aujourd'hui que nous avons eu mille fois raison de ne pas plier devant l'inacceptable : appauvrir la plus grande partie des plus pauvres au nom du d&#233;ficit z&#233;ro !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Le combat se poursuit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &#192; peine remis de nos &#233;motions, nous devons faire face encore une fois &#224; de nouvelles compressions et au d&#233;p&#244;t d'un Livre vert sur la s&#233;curit&#233; du revenu par Louise Harel. En gros, ce document pr&#233;figure ce que d&#233;posera le gouvernement Couillard bien des ann&#233;es plus tard : il faut contraindre les jeunes &#224; l'aide sociale &#224; accepter un parcours d'insertion sous peine de coupes importantes dans leurs ch&#232;ques. Le PQ veut aussi saisir les ch&#232;ques d'aide sociale en cas de non-paiement de loyer. M&#234;me si elle est adopt&#233;e, cette mesure inique ne sera jamais mise en application, &#224; la suite de pressions continues exerc&#233;es par les groupes communautaires et d'une condamnation par un comit&#233; de l'ONU. Nous mettons imm&#233;diatement sur pied une Coalition nationale sur l'aide sociale. Nous organisons des manifestations, dont une &#224; Westmount, qui n'y est pas vraiment habitu&#233;e&#8230; Graduellement, nous rempla&#231;ons le vocable appauvrissement z&#233;ro par celui de pauvret&#233; z&#233;ro, qui devient notre v&#233;ritable objectif. Une p&#233;tition est sign&#233;e par 46 000 personnes et nous d&#233;non&#231;ons le Livre vert et les coupes sur toutes les tribunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH303/b949b73a091dff0c1b64b42635851331-6eeb7.jpg?1729027777' width='500' height='303' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; l'automne 1997, le Carrefour de pastorale en monde ouvrier, anim&#233; par Vivian Labrie, pr&#233;sente un projet de loi pour l'&#233;limination de la pauvret&#233;. La Coalition Droits de Qu&#233;bec organise un Parlement de la rue &#224; proximit&#233; de l'Assembl&#233;e nationale. Ce parlement parall&#232;le dure un mois et des milliers de personnes s'y joignent. L'id&#233;e d'une loi-cadre pour &#233;liminer la pauvret&#233; fait son chemin dans nos rangs. La situation n'est pas simple. Le gouvernement p&#233;quiste joue avec nos nerfs. Il annonce la construction de logements sociaux&#8230; mais coupe maintenant dans l'allocation-logement pour les personnes seules et les couples &#224; faible revenu de 59 ans et plus. En 1998, devant des pressions r&#233;p&#233;t&#233;es, il d&#233;cide que la coupe pour partage de logement ne s'appliquera plus aux familles monoparentales. Notre combat est complexe et l'id&#233;e de la loi-cadre vient lui donner un nouveau souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De plus en plus de groupes se joignent au Collectif pour un Qu&#233;bec sans pauvret&#233;. Un travail colossal d'&#233;ducation populaire et de mobilisation est accompli. 215 000 personnes signeront ainsi une p&#233;tition appuyant le projet de loi pr&#233;par&#233; longuement par le Collectif. Cela n'emp&#234;che pas le gouvernement p&#233;quiste de refuser en octobre 2000 presque toutes les revendications des femmes regroup&#233;es au sein de la Marche mondiale des femmes. L'une de ces revendications &#233;tait l'adoption d'une loi-cadre pour mettre fin &#224; la pauvret&#233; et &#224; l'exclusion. Une autre portait sur la construction de logements sociaux. La ministre responsable du logement nous a plut&#244;t parl&#233; d'acc&#232;s &#224; la propri&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est un dur coup pour le mouvement des femmes et ses alli&#233;s, le Collectif pour un Qu&#233;bec sans pauvret&#233;, le FRAPRU et bien d'autres organismes communautaires et syndicaux. Cette rebuffade provoquera un effet inattendu quelques ann&#233;es plus tard : l'implication acharn&#233;e de plusieurs militantes et militants engag&#233;s dans les luttes sociales dans la fondation d'un parti politique f&#233;ministe et de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deux ans avant l'&#233;lection o&#249; le PQ perdra le pouvoir, le nouveau premier ministre, Bernard Landry, annonce que la lutte &#224; la pauvret&#233; sera une v&#233;ritable obsession. Mesure-t-il enfin la col&#232;re des femmes et de leurs alli&#233;s ? La ministre des Finances, Pauline Marois, annonce vers la fin de 2001 la construction de 13 000 logements sociaux en cinq ans. Et le 13 d&#233;cembre 2002, le projet de loi 112 visant &#224; lutter contre la pauvret&#233; et l'exclusion sociale est adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e nationale. Cela a &#233;t&#233; rendu possible par l'extraordinaire mobilisation de tous les milieux, partout au Qu&#233;bec, pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, car il y a un &lt;em&gt;mais&lt;/em&gt;&#8230; la loi adopt&#233;e est loin d'&#234;tre satisfaisante si l'on porte le r&#234;ve d'&#233;liminer vraiment la pauvret&#233;. C'est une loi-cadre sans caract&#232;re contraignant. Une fois adopt&#233;e, la loi a aussi pour effet d'&#233;teindre la mobilisation g&#233;n&#233;rale. Tout se passe un peu comme si plusieurs s'imaginaient que l'on pouvait d&#233;sormais passer &#224; autre chose. &#199;a fait sept ans qu'on parle de pauvret&#233;, on pourrait changer de disque ? La lassitude se fait sentir m&#234;me chez les plus militants. Les lib&#233;raux prennent le pouvoir en 2003 et gouvernent presque sans discontinuer jusqu'en 2014. Durant toutes ces ann&#233;es, les groupes repr&#233;sentant les b&#233;n&#233;ficiaires de l'aide sociale s'affaiblissent, certains n'existent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'histoire se chargera de nous dire si nous avons eu raison d'utiliser cette strat&#233;gie : manifester, p&#233;titionner, revendiquer haut et fort et, en m&#234;me temps, n&#233;gocier pied &#224; pied le texte d'une loi-cadre. Soyons clairs cependant : jamais au Qu&#233;bec n'a-t-on autant parl&#233; de pauvret&#233;, de justice, d'in&#233;galit&#233;s qu'entre 1995 et 2002. Ce discours est bien moins pr&#233;sent dans l'espace public en 2019. D'autres enjeux, et pas les moindres, ont pris le dessus : environnement, droits des minorit&#233;s, maintien des services publics, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Et maintenant ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Plusieurs animateurs et animatrices des luttes anti-pauvret&#233; ont pris leur retraite. Des dizaines d'organismes communautaires continuent d'&#339;uvrer &#224; l'am&#233;lioration du sort des personnes pauvres et exclues. Car malgr&#233; un taux de ch&#244;mage tr&#232;s bas, les banques alimentaires sont d&#233;bord&#233;es et font r&#233;guli&#232;rement appel &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; du public. Pourquoi ? Parce que les pauvres sont plus pauvres qu'auparavant. Le salaire minimum est trop bas, l'aide sociale d&#233;risoire (surtout pour les personnes dites sans contraintes &#224; l'emploi), les loyers sont &#233;lev&#233;s, la nourriture ch&#232;re. On vit aujourd'hui dans un Qu&#233;bec o&#249; la plupart des gens arrivent &#224; vivre d&#233;cemment (ou en s'endettant !), mais o&#249; environ 10 % des personnes ont un faible revenu. Beaucoup moins qu'en 1995. Sauf pour les personnes itin&#233;rantes &#8211; dont le nombre grossit &#8211;, on ne les voit plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En 2016, le gouvernement Couillard a fait adopter une loi qui oblige les jeunes b&#233;n&#233;ficiaires de l'aide sociale &#224; entrer dans un parcours d'insertion sous peine de coupe importante dans leurs ch&#232;ques. Seuls deux d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s ont men&#233; bataille : Fran&#231;oise David de Qu&#233;bec solidaire et Dave Turcotte du Parti qu&#233;b&#233;cois. De nombreux organismes sont venus plaider contre cette mesure en commission parlementaire. Mais force est de constater que la mobilisation populaire n'a pas &#233;t&#233; au rendez-vous. Est-ce un signe des temps ? Devons-nous y voir simplement de la fatigue, un manque de ressources, ou bien devons-nous convenir que l'aide sociale n'est plus un enjeu qui mobilise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour nous qui avons &#233;t&#233; de toutes les luttes pour combattre le m&#233;pris envers les personnes pauvres et le sort qui leur est fait, cette situation est un peu cr&#232;ve-c&#339;ur. Nous ne pr&#233;tendons cependant pas avoir de recette toute faite pour remobiliser les progressistes face au scandale d'une pauvret&#233; persistante au Qu&#233;bec, m&#234;me si num&#233;riquement moins importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pouvons-nous simplement rappeler que les personnes pauvres sont, chez nous et dans le monde, celles qui subissent le plus durement les effets des changements climatiques ? Que ce sont ces personnes qui souffrent le plus des manques criants de services dans les services publics ? Que les enfants pauvres, souvent racis&#233;s, sont loin d'avoir tout le soutien n&#233;cessaire &#224; leur plein &#233;panouissement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faudra bien en reparler un jour !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Fran&#231;oise David est ex-pr&#233;sidente de la FFQ et Fran&#231;ois Saillant est ex-coordonnateur du FRAPRU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photos : Marche &#171; Du pain et des roses &#187;, d&#233;part du contingent de Montr&#233;al le 26 mai 1995 ; Marche &#171; Du pain et des roses &#187;, pr&#233;sence de Jacques Parizeau au rassemblement &#224; Qu&#233;bec le 4 juin 1995 ; Marche &#171; Du pain et des roses &#187;, contingent de Montr&#233;al en direction de Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Madeleine Parent</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;oise David</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>David, Fran&#231;oise</dc:subject>

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&lt;p&gt;Je l'ai aim&#233;e et admir&#233;e tout de suite. &lt;br class='autobr' /&gt; C' est ainsi que je titrais un article paru dans le livre Madeleine Parent, militante, paru en 2003 aux &#201;ditions du remue-m&#233;nage sous la direction d'Andr&#233;e L&#233;vesque, historienne f&#233;ministe. De dire d'une dame &#226;g&#233;e qu'elle est &#171; indigne &#187; n'a rien de p&#233;joratif &#224; mes yeux, bien au contraire. J'adore les vieilles et vieux turbulents, d&#233;linquants, qui ne se g&#234;nent pas pour parler et agir en dehors de la pens&#233;e dominante. Ils ont tout vu, tant appris, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je l'ai aim&#233;e et admir&#233;e tout de suite. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C' est ainsi que je titrais un article paru dans le livre &lt;i&gt;Madeleine Parent, militante&lt;/i&gt;, paru en 2003 aux &#201;ditions du remue-m&#233;nage sous la direction d'Andr&#233;e L&#233;vesque, historienne f&#233;ministe. De dire d'une dame &#226;g&#233;e qu'elle est &#171; indigne &#187; n'a rien de p&#233;joratif &#224; mes yeux, bien au contraire. J'adore les vieilles et vieux turbulents, d&#233;linquants, qui ne se g&#234;nent pas pour parler et agir en dehors de la pens&#233;e dominante. Ils ont tout vu, tant appris, tant v&#233;cu que plus rien ne les &#233;tonne. Plus rien ne leur fait peur et donc, ils osent dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madeleine Parent n'est plus. J'ai choisi de parler d'elle parce qu'elle fait partie des femmes qui m'ont le plus inspir&#233;e dans ma vie. Apr&#232;s ma m&#232;re et avec L&#233;a Roback, une autre femme merveilleuse, f&#233;ministe et syndicaliste m&#233;connue aujourd'hui. &#171; &lt;i&gt;J'aime Madeleine quand elle a raison et quand elle se trompe, quand elle approuve et quand elle s'indigne. J'aime sa pudeur, ses paroles radicales et sa voix douce, son immense g&#233;n&#233;rosit&#233;. Je ne peux rien lui refuser&#8230; ou alors si rarement &lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivais-je dans le m&#234;me article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madeleine Parent fut une infatigable syndicaliste, particuli&#232;rement aupr&#232;s des travailleuses du textile. Elle a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e plusieurs fois par la police de Duplessis, ce premier ministre autoritaire que certains tentent de r&#233;habiliter aujourd'hui. Pour Duplessis, syndicalisme rimait avec communisme. Madeleine a &#233;t&#233; accus&#233;e de conspiration s&#233;ditieuse, reconnue coupable en premi&#232;re instance puis acquitt&#233;e en appel. Avec son mari, Kent Rowley, aussi organisateur syndical, elle a jet&#233; les bases du syndicalisme canadien en opposition aux syndicats internationaux (entendre &#233;tats-uniens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai connue vers la fin des ann&#233;es 1980, alors que je commen&#231;ais &#224; travailler et militer activement dans le mouvement des femmes. Je&#8200;l'ai aim&#233;e et admir&#233;e tout de suite. Imaginez :&#8200;une dame d'&#226;ge respectable qui pourfend les n&#233;olib&#233;raux en n'&#233;levant jamais la voix. Une femme qui pourrait bien se reposer &#8211; elle s'approche alors de ses 70 ans &#8211;, mais qui continue d'agir en faveur des femmes, des immigr&#233;Es, des Autochtones. Une militante qui agit alors au sein du mouvement des femmes canadien et joindra bient&#244;t les rangs de la F&#233;d&#233;ration des femmes du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est au premier rang de la marche Du pain et des roses en 1995. Elle participe au virage de la FFQ vers les femmes sans voix. Elle &#339;uvre au rapprochement des groupes de femmes immigrantes et de la FFQ. &#192; cet &#233;gard, son apport sera d&#233;terminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; diff&#233;rents moments, j'ai pu discuter avec elle des combats f&#233;ministes. Son optimisme &#233;tait contagieux. Elle me disait : &#171; &lt;i&gt;&#8200;Tu sais, dans l'histoire, il y a des avanc&#233;es, des reculs, des moments difficiles et m&#234;me d&#233;courageants. Mais il faut pers&#233;v&#233;rer, car l'humanit&#233; avance tout de m&#234;me. Vois tout le chemin parcouru par les femmes au vingti&#232;me si&#232;cle !&lt;/i&gt; &#187; Je lui donnais raison. Et aujourd'hui, les jours o&#249; l'incertitude et la lassitude surgissent parce que les luttes pi&#233;tinent ou que les attaques gouvernementales se font brutales, je repense &#224; cette grande dame courageuse et tenace et je me dis que nous n'avons pas le droit de nous laisser aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madeleine Parent demeure ch&#232;re &#224; mon c&#339;ur. J'admirerai toujours sa constance, la force de ses convictions et sa capacit&#233; &#224; rassembler. Radicale, elle a toujours su travailler avec des femmes de milieux diversifi&#233;s. Elle m'inspire dans mon propre combat pour un Qu&#233;bec &#224; la fois solidaire et f&#233;ministe, souverainiste et respectueux des minorit&#233;s, &#233;cologiste et cr&#233;ateur d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand merci, Madeleine !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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