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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Hull, champs de bataille !</title>
		<link>https://www.ababord.org/Hull-champs-de-bataille</link>
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		<dc:date>2012-09-04T00:54:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roger Blanchette</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
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		<dc:subject>Politique municipale et r&#233;gionale</dc:subject>
		<dc:subject>Blanchette, Roger</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1960, le nationalisme qu&#233;b&#233;cois est port&#233; par toute une g&#233;n&#233;ration et fait des avanc&#233;es rapides : le discours de Charles De Gaulle, la cr&#233;ation du Parti qu&#233;b&#233;cois, la campagne &#171; &#201;galit&#233; ou ind&#233;pendance &#187; de l'Union nationale dirig&#233;e par Daniel Johnson, les actions du FLQ, l'engagement des artistes et des intellectuels provoquent un vent de panique &#224; Ottawa. Les f&#233;d&#233;ralistes se cherchent un chef de guerre : il s'appellera Pierre-Elliott Trudeau et arrive &#224; Ottawa avec ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Hull-ville-assiegee-" rel="directory"&gt;Dossier : Hull, ville assi&#233;g&#233;e&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1435.gif?1642092137' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;462&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1960, le nationalisme qu&#233;b&#233;cois est port&#233; par toute une g&#233;n&#233;ration et fait des avanc&#233;es rapides : le discours de Charles De Gaulle, la cr&#233;ation du Parti qu&#233;b&#233;cois, la campagne &#171; &#201;galit&#233; ou ind&#233;pendance &#187; de l'Union nationale dirig&#233;e par Daniel Johnson, les actions du FLQ, l'engagement des artistes et des intellectuels provoquent un vent de panique &#224; Ottawa. Les f&#233;d&#233;ralistes se cherchent un chef de guerre : il s'appellera Pierre-Elliott Trudeau et arrive &#224; Ottawa avec ses deux acolytes, Marchand et Pelletier, en 1967. Trudeau, avec la complicit&#233; des &#233;lites locales, choisit rapidement son champ de bataille, l'&#206;le de Hull. Les armes seront des bulldozers, et des milliers de victimes y laisseront, non pas leur vie, mais souvent leur raison de vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La strat&#233;gie de Trudeau est claire : prendre pied sur le sol qu&#233;b&#233;cois pour y afficher lourdement la pr&#233;sence du f&#233;d&#233;ral. La capitale f&#233;d&#233;rale change de nom : elle s'appellera maintenant Ottawa-Hull. Le fid&#232;le lieutenant, Jean Marchand, dirigera la troupe d'assaut : la Commission de la capitale nationale (CCN). L'attaque sera soudaine, violente et implacable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'assaut&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#206;le de Hull est alors un quartier ouvrier typique d'une ville industrielle : Hull est m&#234;me la troisi&#232;me ville industrielle du Qu&#233;bec. La plupart des familles habitent des petites maisons, simples mais chaleureuses, dont ils sont g&#233;n&#233;ralement propri&#233;taires, souvent depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations. Tous les voisins se connaissent, et la vie de quartier est riche et anim&#233;e. Les rues et les parcs grouillent d'enfants : les familles de cinq ou six enfants ne sont pas rares. Sur la rue Principale, on trouve une grande vari&#233;t&#233; de petits commerces qui font de cette art&#232;re un lieu de socialisation tr&#232;s anim&#233;. La plupart des travailleurs se rendent chaque matin &#224; pied dans leurs usines qui s'&#233;talent le long de la rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, depuis 1945, la situation socio-&#233;conomique du quartier s'est d&#233;t&#233;rior&#233;e : manque de logements, fermeture d'usines viennent s'ajouter aux lacunes criantes en sant&#233;, en &#233;ducation et en services sociaux. Les autorit&#233;s municipales et provinciales se d&#233;sint&#233;ressent totalement du sort de ces familles d'ouvriers. Mais la population a commenc&#233; &#224; se prendre en main : sur l'instigation de Mgr Charbon&#173;neau, premier &#233;v&#234;que du nouveau dioc&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusqu'en 1963, l'Outaouais qu&#233;b&#233;cois &#233;tait rattach&#233; au dioc&#232;se d'Ottawa, ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de Hull, fond&#233; en 1963, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'&#206;le de Hull a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e. Une enqu&#234;te participative a &#233;t&#233; men&#233;e et des pistes de solution ont &#233;t&#233; avanc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que la bombe &#233;clate dans le ciel de Hull. Sans qu'il n'y ait eu aucun signe pr&#233;curseur, on apprend que la CCN s'appr&#234;te &#224; exproprier des centaines de familles pour faire place &#224; des tours &#224; bureau pour les fonctionnaires f&#233;d&#233;raux. En quelques ann&#233;es, entre 1970 et 1977, les bulldozers entrent en action : 1 500 habitations sont d&#233;molies, 6 000 personnes sont chass&#233;es de chez elles, les usines de E.B. Eddy sont ferm&#233;es, d&#233;truites ou d&#233;m&#233;nag&#233;es. En quelques mois, les ouvriers se retrouvent sans maison et sans emploi. Les emplois de fonctionnaires qu'on leur promet seront en fait accapar&#233;s par une population venue de partout au pays, puisque la majorit&#233; des habitants du quartier sont sous-scolaris&#233;s. Bien s&#251;r, une poign&#233;e de sp&#233;culateurs, des vautours familiers des officines du Parti lib&#233;ral, flairent la bonne affaire et s'engraissent sur le dos des ouvriers. Parmi ces sp&#233;culateurs ayant particip&#233; &#224; la cur&#233;e, mentionnons Cadillac-Fairview, Laleri, Campeau, mais aussi des hommes d'affaires locaux dont la fortune s'est b&#226;tie &#224; cette &#233;poque : Roger Lachapelle, Maurice Marois ou encore Marcel Beaudry ; ce dernier &#233;tait d'ailleurs le principal organisateur politique d'Oswald Parent, d&#233;put&#233; lib&#233;ral de Hull, qu'on surnommait &#171; le Parrain &#187;. Comme par hasard, des incendies viendront aussi raser, opportun&#233;ment, quelques &#233;difices dont les propri&#233;taires r&#233;sistaient &#224; l'expropriation. Tour &#224; tour, l'&#233;glise Notre-Dame de Hull en 1971, une usine de E.B. Eddy en 1972, l'&#233;cole Saint-Thomas en 1975 et l'h&#244;tel Duvernay en 1976 seront la proie des flammes. Tous ces incendies feront l'objet d'enqu&#234;tes, qui seront abandonn&#233;es en cours de route sans avoir &#233;t&#233; &#233;lucid&#233;es, m&#234;me si les rumeurs donnaient &#224; penser qu'on en connaissait tr&#232;s bien les auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La riposte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette invasion du f&#233;d&#233;ral provoque aussit&#244;t une contre-attaque du gouvernement provincial. Dans la foul&#233;e du Rapport Dorion sur l'int&#233;grit&#233; du territoire, Qu&#233;bec entre aussi dans la bataille, avec les m&#234;mes armes qu'Ottawa, et avec les m&#234;mes r&#233;sultats. Entre les bulldozers du provincial et ceux du f&#233;d&#233;ral, les habitants sont pris en otage et consid&#233;r&#233;s par les politiciens comme de simples &#171; dommages collat&#233;raux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce saccage organis&#233; laissera &#233;videmment des cicatrices et des blessures tr&#232;s profondes qui ne sont pas encore gu&#233;ries, 40 ans plus tard. Au-del&#224; des habitations et des usines, c'est tout un tissu social et un milieu de vie qui sont d&#233;truits. Le quartier se transforme en une &#171; morne plaine &#187;, o&#249; on voit chaque matin des milliers de fonctionnaires qui arrivent d'Ottawa et de la grande banlieue pour s'engouffrer dans leur tour grise, pour en repartir et retraverser les ponts &#224; toute vitesse en fin d'apr&#232;s-midi. Les rues sont d&#233;sertes, il n'y a pratiquement plus de commerces, ceux qui restent vivotent. Les derniers habitants du quartier sont, pour la plupart, des gens d&#233;munis ou marginalis&#233;s, &#224; qui les propri&#233;taires louent des logements insalubres qu'ils laissent d&#233;p&#233;rir, en attendant de les d&#233;molir pour faire place &#224; des condos de luxe ou &#224; de nouvelles tours &#224; bureaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les le&#231;ons d'un combat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais, 40 ans apr&#232;s, on peut dire que cette bataille n'aura pas servi &#224; rien. Dans ce combat in&#233;gal, la population de Hull a su montrer sa force et son courage. Plusieurs associations et groupes de d&#233;fense des citoyens, qui existent encore, sont n&#233;s de ces luttes. Prenons pour exemple la cr&#233;ation de la premi&#232;re t&#233;l&#233;vision coop&#233;rative au Canada, cr&#233;&#233;e &#224; la suite de la censure de Radio-Canada qui avait retir&#233; des ondes un reportage qui d&#233;non&#231;ait les expropriations sauvages. Plusieurs coop&#233;ratives d'habitations, parmi les premi&#232;res au Qu&#233;bec, ont vu le jour &#224; Hull. Les locataires, les ch&#244;meurs, les assist&#233;s sociaux se sont dot&#233;s d'associations pour se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dures le&#231;ons de ces combats servent encore aujourd'hui, &#224; la population de Hull bien s&#251;r, mais tout le monde peut les prendre pour mod&#232;le.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jusqu'en 1963, l'Outaouais qu&#233;b&#233;cois &#233;tait rattach&#233; au dioc&#232;se d'Ottawa, ce qui eut une grande incidence sur l'assimilation des francophones.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Histoires et populations expropri&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1969, les agriculteurs de Mirabel ont subi l'expropriation pour laisser place au r&#234;ve d&#233;chu du plus gros a&#233;roport en Am&#233;rique du Nord. Un an plus tard, 225 familles gasp&#233;siennes devaient quitter leur maison pour permettre l'am&#233;nagement du premier parc f&#233;d&#233;ral au Qu&#233;bec, le parc Forillon. Au m&#234;me moment, dans l'ouest de la province, &#224; l'ombre du Parlement canadien, les travaux de d&#233;molition battent leur plein : le Vieux-Hull est pris d'assaut par les bulldozers et sera dor&#233;navant &#233;ventr&#233; par deux boulevards majeurs pour permettre un acc&#232;s rapide au centre-ville. Le f&#233;d&#233;ral voit Hull dans sa mire dans le but de construire un important complexe d'&#233;difices gouvernementaux. Il n'est cependant pas le seul &#224; vouloir sa part du g&#226;teau. Le gouvernement du Qu&#233;bec annonce son intention d'y &#233;riger un centre administratif. La Ville de Hull proc&#233;dera aussi &#224; des expropriations. En tout, pas moins de 6 000 personnes seront forc&#233;es de quitter leur logement ou leur maison. &#192; l'&#233;poque, c'est l'occasion pour les autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales de tenter de r&#233;&#233;quilibrer la r&#233;partition des emplois entre les deux rives. L'objectif fix&#233; &#224; 25 % des emplois f&#233;d&#233;raux en sol qu&#233;b&#233;cois, comparativement &#224; 75 % en territoire ontarien, n'est toujours pas atteint 40 ans plus tard. La construction de trois nouvelles tours entreprise l'an dernier laisse poindre le respect de cet engagement avec la venue de 6 000 nouveaux fonctionnaires d'ici juin 2013. Le maire de la Ville de Gatineau, Marc Bureau, affirme que les 6 millions de dollars vers&#233;s en taxes fonci&#232;res chaque ann&#233;e seront r&#233;investis dans le centre-ville. Les acteurs du quartier sont toutefois divis&#233;s entre les int&#233;r&#234;ts des r&#233;sidantEs, des commer&#231;antEs et de la fonction publique f&#233;d&#233;rale sur une &#238;le qui aujourd'hui compte moins de la moiti&#233; des 22 000 habitants qui la peuplaient avant les expropriations&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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