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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Souvenirs du Bank Hotel</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Mercure</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
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		<dc:subject>Mercure, Fr&#233;d&#233;ric</dc:subject>

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&lt;p&gt;Tandis que les classes sup&#233;rieures disparaissent derri&#232;re les murs des immeubles et des autos, les gens modestes, eux, poussent n'importe o&#249;, sauf dans les habitations. Siegfried Kracauer, 1927. &lt;br class='autobr' /&gt; Le mythique Bank Hotel, situ&#233; dans l'un des plus anciens b&#226;timents de la rue Eddy, a abrit&#233; toutes sortes de sc&#232;nes bizarres et incongrues. L'ambiance y &#233;tait digne d'un film d'Andr&#233; Forcier : le bar-salon dans toute sa splendeur. On y buvait habituellement une mug glac&#233;e ou une grosse 50. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mercure-Frederic-+" rel="tag"&gt;Mercure, Fr&#233;d&#233;ric&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tandis que les classes sup&#233;rieures disparaissent derri&#232;re les murs des immeubles et des autos, les gens modestes, eux, poussent n'importe o&#249;, sauf dans les habitations.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Siegfried Kracauer, 1927.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mythique Bank Hotel, situ&#233; dans l'un des plus anciens b&#226;timents de la rue Eddy, a abrit&#233; toutes sortes de sc&#232;nes bizarres et incongrues. L'ambiance y &#233;tait digne d'un film d'Andr&#233; Forcier : le bar-salon dans toute sa splendeur. On y buvait habituellement une mug glac&#233;e ou une grosse 50. L'ameu&#173;blement de bois et les boiseries recouvrant une partie des murs et les r&#233;frig&#233;rateurs rendaient l'endroit plut&#244;t chaleureux malgr&#233; un &#233;clairage fluorescent incompatible avec l'intimit&#233; ou la drague. La d&#233;coration semblait dater d'une autre &#233;poque : les t&#234;tes de cervid&#233;s empaill&#233;es, les cadres illumin&#233;s contenant des paysages exotiques et les affiches des S&#233;nateurs d'Ottawa accroch&#233;es ici et l&#224; &#233;taient consid&#233;rablement d&#233;fra&#238;chis, tout comme les pittoresques urinoirs encastr&#233;s. Et que dire de la vieille horloge de plastique Labatt bleue au-dessus du passage menant &#224; la cour arri&#232;re, juste &#224; c&#244;t&#233; d'une affiche sugg&#233;rant &#224; la client&#232;le de dire non &#224; la drogue ! Le lieu suintait l'usure, mais certains pouvaient y trouver une certaine forme d'honn&#234;tet&#233;, voire une certaine beaut&#233;. Ici, un pauvre homme pouvait venir meubler sa solitude sans avoir &#224; la nier. L'atmosph&#232;re impliquait une reconnaissance du path&#233;tisme inh&#233;rent &#224; la condition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu achaland&#233; le soir, on ne veillait pas tard au Bank. Par contre, le midi, l'&#233;tablissement prenait vie. On pouvait y manger un repas gratuit, par exemple un macaroni beans, &#224; l'achat d'une consommation, et ce, quatre jours par semaine. &lt;i&gt;Self-service&lt;/i&gt; dans une assiette en &lt;i&gt;cartron&lt;/i&gt;, le client n'avait qu'&#224; payer sa consommation pour ensuite aller plonger une grosse cuill&#232;re de m&#233;tal dans un repas collectif qu'il pouvait &#224; sa guise accompagner d'une tranche de pain blanc avec margarine. La foule qui se r&#233;unissait dans un tel &#233;tablissement &#233;tait improbable : quelques badauds du quartier, des ivrognes, quelques bons vivants, des fonctionnaires radins travaillant en face, des &#233;tudiants perplexes&#8230; Engloutie dans le complexe f&#233;d&#233;ral Les Terrasses de la Chaudi&#232;re, on verra probablement &#224; ce que la foule qui se r&#233;unira dans les restes du Bank Hotel soit moins &#233;clectique et plus disciplin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, les tavernes ont &#233;t&#233; des lieux de rencontre pour les gens modestes, non pas parce que seuls des pauvres s'y r&#233;unissaient, mais plut&#244;t parce que ces lieux ne laissent pas beaucoup de place &#224; la pr&#233;tention et au tape-&#224;-l'&#339;il. La taverne est un lieu dans lequel il ne faut pas se laver et se raser avant d'entrer ; elle laisse la bizarrerie du monde s'exprimer et symbolise le d&#233;s&#339;uvrement. Certains diraient que le Bank Hotel &#233;tait crade et encourageait l'alcoolisme et les comportements grivois. Dans le discours tarabiscot&#233; de l'urbanisme moderne, les consid&#233;rations concernant l'hygi&#232;ne et la sant&#233; publique en g&#233;n&#233;ral se sont av&#233;r&#233;es une arme redoutable contre l'impr&#233;visibilit&#233;, l'incertitude et le d&#233;sordre, pourtant caract&#233;ristiques de toute forme de vie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut certes se r&#233;jouir de constater que le Bank Hotel ne subira pas le sort de trop d'emplacements populaires du Vieux-Hull, soit de tomber sous l'assaut des flammes, comme la P'tite Cuisine de Tony, cet autre petit boui-boui de la rue Eddy incendi&#233; l'an dernier. Mais si l'on salue la survie de la charpente du Bank Hotel, nous sommes en droit de nous questionner sur son devenir. Cet &#233;tablissement est-il condamn&#233; &#224; devenir un artefact mort dans une tour &#224; bureaux voulant froidement int&#233;grer le pass&#233; afin de se donner bonne conscience ? Certains diront qu'au moins le Bank Hotel ne finira pas comme son voisin, l'&#233;difice Scott, qui, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; un des plus importants points de rep&#232;re du paysage hullois, a &#233;t&#233; enti&#232;rement d&#233;moli et est devenu un affreux terrain vague pendant plus de dix ans, avant que l'on d&#233;cide, finalement, dans un &#233;lan d'originalit&#233; incomparable, d'y construire un complexe &#224; bureaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le d&#233;bat se fasse maintenant sur l'int&#233;grit&#233; physique du b&#226;timent, comme ce fut le cas pour Chez Henri&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Embl&#233;matique de ce qui se produit avec le patrimoine hullois, Chez Henri, un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en s&#233;parant totalement celle-ci de son usage montre &#224; quel niveau d'agonie en est rendue notre m&#233;moire collective. Comment parler de l'int&#233;grit&#233; du Bank Hotel sans faire r&#233;f&#233;rence &#224; l'usage qui en est fait ? L'int&#233;gration des restes moribonds du Bank Hotel dans un &#233;difice &#224; bureaux ne peut que manifester l'&#233;ternel retour de la destruction et de l'expropriation pour les habitants de l'&#206;le de Hull. O&#249; iront se rencontrer les gens modestes socialisant par la m&#233;diation des grosses 50, quand m&#234;me le Bank Hotel sera devenu un immeuble &#224; bureaux accueillant des fonctionnaires f&#233;d&#233;raux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant qu'il ne soit trop tard, des travailleurs ont fait du Bank Hotel expirant leur aire de repos. Celui-ci fut un lieu de rassemblement et de d&#233;lassement et m&#234;me les ouvriers &#339;uvrant &#224; le d&#233;naturer n'ont pu s'emp&#234;cher de le reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Embl&#233;matique de ce qui se produit avec le patrimoine hullois, &lt;i&gt;Chez Henri&lt;/i&gt;, un autre vieil h&#244;tel, restaurant et maison de divertissement datant du d&#233;but du si&#232;cle, a d'abord &#233;t&#233; laiss&#233; &#224; l'abandon dans les ann&#233;es 1990 quand on a voulu assainir le paysage nocturne de Hull. Puis, il a obtenu une citation historique au d&#233;but des ann&#233;es 2000 en partie pour sa pittoresque tourelle. Enfin, r&#233;cemment, une partie du toit et un mur du second &#233;tage ont &#233;t&#233; d&#233;truits sans le consentement de la municipalit&#233; par le promoteur qui est en train de le reconvertir en &#233;difice &#224; bureaux. Pour certains, &lt;i&gt;Chez Henri &lt;/i&gt; a tout simplement &#233;t&#233; mutil&#233; et devrait se faire retirer sa citation historique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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