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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le ph&#233;nom&#232;ne Occupons</title>
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		<dc:date>2012-09-02T21:13:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dan Furukawa Marques</dc:creator>


		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Furukawa Marques, Dan</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne Occupons est un &#171; esprit dont le temps est venu &#187; affirmait le r&#233;v&#233;rend Jesse Jackson &#224; Occupy London au d&#233;but d&#233;cembre, voulant dire par l&#224; que l'absurdit&#233; du monde actuel devait enfin faire &#233;clore un brin d'espoir. Quelques remarques sur l'origine et la port&#233;e de ce ph&#233;nom&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt; Tout comme les r&#233;volutions arabes et le mouvement des &#171; indignados &#187; europ&#233;ens, le ph&#233;nom&#232;ne Occupons repr&#233;sente, dans un premier temps, l'expression sponta&#173;n&#233;e d'un cri de d&#233;sarroi de la part de ceux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Furukawa-Marques-Dan-+" rel="tag"&gt;Furukawa Marques, Dan&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne Occupons est un &#171; &lt;i&gt;esprit dont le temps est venu &lt;/i&gt; &#187; affirmait le r&#233;v&#233;rend Jesse Jackson &#224; Occupy London au d&#233;but d&#233;cembre, voulant dire par l&#224; que l'absurdit&#233; du monde actuel devait enfin faire &#233;clore un brin d'espoir. Quelques remarques sur l'origine et la port&#233;e de ce ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout comme les r&#233;volutions arabes et le mouvement des &#171; &lt;i&gt;indignados &lt;/i&gt; &#187; europ&#233;ens, le ph&#233;nom&#232;ne Occupons repr&#233;sente, dans un premier temps, l'expression sponta&#173;n&#233;e d'un cri de d&#233;sarroi de la part de ceux et celles qui refusent d'&#234;tre de simples victimes, en l'occurrence, de la d&#233;mocratie lib&#233;rale capitaliste. S'il est vrai qu'il existe toujours des instigateurs derri&#232;re des mouvements de masse, ceux-ci ne mobiliseront jamais assez si un puissant sentiment d'indignation ne circule pas d&#233;j&#224; chez une large frange de la population. Profond&#233;ment heurt&#233;s mat&#233;riellement et psychiquement, mus par l'angoisse et la col&#232;re, des gens d&#233;bordent dans les rues, versent l&#224; o&#249; il reste un semblant d'espace public, autrefois lieu de v&#233;ritable d&#233;lib&#233;ration politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc un premier fait d'ensemble : une souffrance collective, un &#233;tat d'esprit d'injustice g&#233;n&#233;ralis&#233; qui se r&#233;pand en instituant une sorte de subjectivit&#233; commune. Ce sentiment interpelle une masse critique faisant &#233;merger une posture conjointe qui incite &#224; l'action. En ce sens, souffrir ensemble repr&#233;sente le premier pas vers une subjectivation politique. C'est une exp&#233;rience collective fondatrice qui permet de questionner le r&#233;el, de remettre en question les possibles politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;volte spontan&#233;e sous ses formes multiples se canalise dans le symbole du contr&#244;le du pouvoir par la &#171; haute finance &#187; que repr&#233;sente Wall Street. Ce symbole, deuxi&#232;me d&#233;nominateur commun, rassemble n&#233;gativement &#224; travers une m&#234;me cible per&#231;ue comme l'origine syst&#233;mique des probl&#232;mes sociaux des 99 %. Ce regroupement n&#233;gatif, s'il est mobilisateur par sa port&#233;e, court toutefois le risque de glisser dans l'illusion de l'apolitisme, comme si, soudainement, l'id&#233;ologie s'&#233;vaporait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'apparaissent des discours se pr&#233;sentant comme &#171; neutres &#187;, transcendant le clivage gauche-droite. Cette suppos&#233;e neutralit&#233; normative n'incarne rien d'autre que l'id&#233;al philosophique lib&#233;ral repr&#233;sent&#233; par John Rawls : une coexistence passive d'opinions politiques incommensurables devant donc &#234;tre g&#233;r&#233;es par des institutions pr&#233;tendument neutres, mais en r&#233;alit&#233; fonci&#232;rement lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; la recherche d'&#233;l&#233;ments rassembleurs positifs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ralis&#233; d'injustice structurelle nous invite &#224; une r&#233;flexion plus profonde sur les valeurs m&#234;mes qui r&#233;gissent nos soci&#233;t&#233;s, sur les normes internalis&#233;es devenues invisibles car profond&#233;ment enracin&#233;es dans le quotidien des gens. Des conduites normalis&#233;es comme le d&#233;passement de soi, le bien-&#234;tre personnel, le bonheur individuel se r&#233;v&#232;lent alors pour ce qu'ils sont : des principes normatifs r&#233;gissant nos vies, mais aucunement naturels ou incontestables. Des id&#233;es comme le sacrifice personnel au nom d'une cause qui nous d&#233;passe gagnent en valeur et deviennent l&#233;gitimes d'&#234;tre pens&#233;es et suivies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, les campements repr&#233;sentent l'investissement d'un espace public par l'&#233;dification d'une microsoci&#233;t&#233; qui, guid&#233;e par l'id&#233;e de justice, interroge les normes et les valeurs sur lesquelles reposent les rapports sociaux actuels. Autrement dit, par-del&#224; leurs divergences, pour une grande partie des occupants et occupantes, l'important est d'essayer de mettre un nouveau type de communaut&#233; en mouvement : une communaut&#233; qui r&#233;fl&#233;chit sur elle-m&#234;me, qui questionne ses principes, ses valeurs et ses institutions et propose d'autres mani&#232;res de fonder un commun, de faire soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, des difficult&#233;s surgissent lorsque vient le temps de regrouper positivement les mobilis&#233;s. Divis&#233; sur les diff&#233;rentes fa&#231;ons de penser une soci&#233;t&#233; juste, chaque occupant exprime son opinion propre qui ne co&#239;ncide pas toujours avec celle des autres. Des consensus sont n&#233;anmoins atteints et se sont traduits par la mise en place d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, d'actions cibl&#233;es, de formations sur la finance et l'&#233;conomie et, dans certains cas, d'&#233;nonciation de valeurs fondatrices retrouv&#233;es notamment dans la D&#233;claration de l'occupation de la ville de New York. L'&#233;vincement de la plupart des campements, au lieu de diminuer la fougue des occupants, a eu pour effet de dynamiser davantage l'aspect cr&#233;ateur du mouvement. Des actions telles qu'&#171; Occupy Our Homes &#187;, consistant &#224; r&#233;occuper des maisons par les propri&#233;taires pr&#233;c&#233;demment expuls&#233;s pour non-remboursement d'hypoth&#232;que, ont &#233;t&#233; couronn&#233;es de succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cet exercice est des plus laborieux, cacophonique et frustrant, menant parfois &#224; des divergences politiques difficilement r&#233;conciliables. Il reste que ce processus d'appropriation d'un espace public afin de le transformer en v&#233;ritable agora grecque &#8211; une place ouverte d'assembl&#233;e pour s'exprimer publiquement &#8211; infuse au ph&#233;nom&#232;ne un sens politique profond. Il attire l'attention m&#233;diatique sur des probl&#232;mes jusque-l&#224; invisibles et force un d&#233;bat sur ce qui &#233;tait autrefois inimaginable. &#192; travers une remise en question des r&#232;gles du jeu actuelles, il permet une interrogation s&#233;rieuse et plus large sur nos modes de vie et nos comportements individuels. Cette exp&#233;rience en soi est d&#233;j&#224; un accomplissement consid&#233;rable du ph&#233;nom&#232;ne Occupons. Maurice Merleau-Ponty &#233;crivait que &#171; &lt;i&gt;l'on ne voit que ce que l'on regarde.&lt;/i&gt; &#187; Le ph&#233;nom&#232;ne Occupons a alors eu le m&#233;rite de nous faire voir autrement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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