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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>&#201;thique animale 101</title>
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		<dc:date>2012-09-01T17:22:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Martin Gibert</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Gibert, Martin</dc:subject>
		<dc:subject>Droits des animaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quel rapport devrions-nous entretenir avec les animaux ? Qu'est-ce que le sp&#233;cisme ? Est-il acceptable de consommer des produits d'origine animale ? Faut-il agrandir les cages ou, plus radicalement, abolir toute forme d'exploitation des animaux, comme on a aboli l'escla&#173;vage humain ? Avons-nous des devoirs envers les animaux ? Ont-ils des droits ? &lt;br class='autobr' /&gt; Toutes ces questions rel&#232;vent de l'&#233;thique animale. Cette discipline, relativement r&#233;cente, r&#233;fl&#233;chit &#224; &#171; la responsabilit&#233; morale des hommes &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gilbert-Martin-+" rel="tag"&gt;Gibert, Martin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Droits-des-animaux-+" rel="tag"&gt;Droits des animaux&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1383.gif?1642092134' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;188&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quel rapport devrions-nous entretenir avec les animaux ? Qu'est-ce que le sp&#233;cisme ? Est-il acceptable de consommer des produits d'origine animale ? Faut-il agrandir les cages ou, plus radicalement, abolir toute forme d'exploitation des animaux, comme on a aboli l'escla&#173;vage humain ? Avons-nous des devoirs envers les animaux ? Ont-ils des droits ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Toutes ces questions rel&#232;vent de l'&#233;thique animale. Cette discipline, relativement r&#233;cente, r&#233;fl&#233;chit &#224; &#171; &lt;i&gt;la responsabilit&#233; morale des hommes &#224; l'&#233;gard des animaux pris individuellement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Baptiste Jeang&#232;ne-Vilmer, L'&#233;thique animale, Paris, PUF, coll. Que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La pr&#233;cision est importante : en effet, l'&#233;thique animale ne s'int&#233;resse pas directement &#224; la pr&#233;servation des esp&#232;ces ou de la biodiversit&#233;. Ces questions rel&#232;vent de &lt;i&gt;l'&#233;thique environnementale&lt;/i&gt; &#8211; qui a aussi son mot &#224; dire sur nos pratiques alimentaires puisque l'industrie de la viande, par exemple, produirait autant de gaz &#224; effet de serre que l'ensemble des transports. L'&lt;i&gt;&#233;thique alimentaire&lt;/i&gt;, enfin, est un troisi&#232;me domaine d'&#233;thique appliqu&#233;e qui recoupe en partie les deux pr&#233;c&#233;dents, mais examine par ailleurs l'impact de la nourriture sur la vie des humains (comme les cons&#233;quences des pesticides sur les travailleurs agricoles).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;thiciens de la vertu, d&#233;ontologues et cons&#233;quentialistes
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes qui travaillent sur ces th&#232;mes ne sont &#233;videmment pas toujours d'accord entre eux (c'est bien le minimum pour des philosophes !). Comprendre les d&#233;bats en &#233;thique animale suppose de revenir &#224; la question de base : qu'est-ce qu'une action moralement acceptable ? Dans la philosophie anglo-saxonne, on distingue habituellement trois grandes familles de r&#233;ponses : l'&lt;i&gt;&#233;thique des vertus&lt;/i&gt; qui nous vient d'Aristote, le &lt;i&gt;d&#233;ontologisme&lt;/i&gt; qu'on peut associer &#224; Kant et le &lt;i&gt;cons&#233;quentialisme &lt;/i&gt; dont l'utilitarisme de Bentham est la version la plus connue. L'&#233;thique des vertus se concentre sur l'agent (c'est-&#224;-dire celui qui agit) et soutient qu'une action est acceptable si cet agent est vertueux ou s'il agit comme le ferait une personne vertueuse. Le d&#233;ontologisme se concentre sur l'action et affirme qu'elle est acceptable si elle respecte certaines normes morales. Le cons&#233;quentialisme, enfin, envisage les cons&#233;quences de l'action et pense qu'elles doivent promouvoir certaines valeurs morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux d&#233;bats, parfois tr&#232;s sophistiqu&#233;s, opposent les tenants de ces trois th&#233;ories. Ainsi, beaucoup de dilemmes moraux viennent de situations o&#249; l'on se demande si on doit respecter une norme (d&#233;ontologique) quelles qu'en soient les cons&#233;quences. Par ailleurs, au sein m&#234;me de chaque th&#233;orie, tous ne s'entendent pas sur le contenu exact des vertus, des normes ou des valeurs morales. Voil&#224;, en r&#233;sum&#233;, la trame de base d'un cours d'&#233;thique 101 aujourd'hui. Mais comment l'&#233;thique animale s'empare-t-elle de ces th&#233;ories ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;thicien des vertus&lt;/i&gt; se demandera comment une bonne personne devrait traiter les animaux. Celui qui torture un chat pour le plaisir est habituellement consid&#233;r&#233; comme une brute sans coeur, le contraire d'un mod&#232;le &#224; imiter. On a parfois soutenu que la cruaut&#233; envers les animaux &#233;tait condamnable parce qu'elle m&#232;nerait &#224; la cruaut&#233; envers les humains. Mais on peut aller plus loin que cet argument somme toute indirect &#8211; puisque la cruaut&#233; n'est ici un vice que parce qu'elle nuit aux humains. En effet, l'&#233;thique des vertus peut aussi soutenir, plus directement, que les vertus de justice ou de compassion, bien comprises, ne devraient pas se limiter aux humains. Toutefois, m&#234;me si une philosophe comme Martha Nussbaum sugg&#232;re des pistes int&#233;ressantes avec son approche des capabilit&#233;s, force est de constater que l'&#233;thique des vertus est encore marginale en &#233;thique animale. L'essentiel des d&#233;bats oppose les d&#233;ontologues aux cons&#233;quentialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;d&#233;ontologue&lt;/i&gt;, quant &#224; lui, consid&#232;re que certains actes sont absolument immoraux : par exemple, traiter autrui comme un pur moyen. Si l'esclavage est fonci&#232;rement immoral, disait Kant, c'est parce qu'il ne reconna&#238;t pas la valeur intrins&#232;que des esclaves, leur dignit&#233;, leur droit d'&#234;tre libre (les droits de l'homme sont d'ailleurs largement redevables &#224; l'esprit des Lumi&#232;res dont Kant est une figure embl&#233;matique). En &#233;thique animale, l'approche d&#233;ontologique d'un Tom Regan (on lira un texte de lui plus loin dans ce dossier), par exemple, s'inspire largement de cette intuition kantienne et consiste &#224; demander : mais pourquoi pas les animaux ? N'est-il pas aussi immoral de traiter des &#234;tres sensibles&lt;i&gt; comme de purs moyens &lt;/i&gt; sous pr&#233;texte qu'ils n'appartiennent pas &#224; l'esp&#232;ce humaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, si le d&#233;ontologisme consiste &#224; respecter des normes, en &#233;thique animale, cela revient le plus souvent &#224; &lt;i&gt;d&#233;fendre les droits des animaux&lt;/i&gt;. On ne parle &#233;videmment pas du droit &#224; une &#233;ducation gratuite ou &#224; voter au f&#233;d&#233;ral ! Mais plut&#244;t du droit de ne pas &#234;tre tortur&#233;, enferm&#233;, utilis&#233; comme une simple ressource. Et puisque nous avons l'habitude (notamment juridique) de r&#233;partir les &#234;tres en deux cat&#233;gories de base, les &lt;i&gt;personnes&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;choses&lt;/i&gt;, plusieurs d&#233;ontologues revendiquent le statut de personnes pour les animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela revient aussi &#224; d&#233;noncer le &lt;i&gt;sp&#233;cisme &lt;/i&gt; : ce terme, construit par analogie avec le racisme ou le sexisme, qualifie une discrimination (moralement arbitraire) qui serait fond&#233;e sur l'esp&#232;ce. Et notre sp&#233;cisme, note un d&#233;ontologue comme Gary Francione, s'accompagne bien souvent d'une sorte de schizophr&#233;nie morale puisque nous nous pr&#233;occupons des chiens et des chats tout en mangeant des cochons et des poulets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi par antisp&#233;cisme que les &lt;i&gt;cons&#233;quentialistes&lt;/i&gt; soutiennent que nos actions devraient non seulement chercher &#224; promouvoir le bien-&#234;tre des humains, mais aussi celui des animaux. Historiquement, Jeremy Bentham fut, au XIXe si&#232;cle, l'un des premiers philosophes &#224; plaider la cause animale. En 1975, c'est un autre utilitariste, Peter Singer, qui r&#233;activa la flamme avec son fameux livre, &lt;i&gt;La lib&#233;ration animale &lt;/i&gt; (on trouvera aussi un texte de lui plus loin dans ce dossier). Contrairement aux d&#233;ontologues qui sont dans une logique du tout ou rien (soit on respecte les droits des animaux, soit pas), les cons&#233;quen&#173;tialistes consid&#232;rent qu'on peut plus ou moins maximiser le bien-&#234;tre animal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que sacrifier des animaux dans la recherche m&#233;dicale, par exemple, peut &#234;tre d&#233;fendable s'il en r&#233;sulte un grand bien-&#234;tre global (l'&#233;radication d'une maladie mortelle, par exemple). De plus, dans cette perspective, il est &#171; moins pire &#187; de consommer de la viande une fois par semaine qu'&#224; chaque jour. Enfin, si l'on identifie le bien-&#234;tre &#224; la satisfaction des pr&#233;f&#233;rences subjectives (ce qui est contestable : l'int&#233;r&#234;t objectif &#224; continuer de vivre para&#238;t aussi pertinent), il devient th&#233;oriquement acceptable de manger de la viande &#171; heureuse &#187;, c'est-&#224;-dire d'un animal n'ayant pas souffert durant sa vie ou son abattage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la th&#233;orie &#224; la pratique &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233;, h&#233;las, surtout depuis l'av&#232;nement de l'&#233;levage industriel au milieu du XXe si&#232;cle, est loin de s'accorder aux vertus, normes et valeurs morales promues par l'&#233;thique animale. Le consensus est quasiment unanime : m&#234;me un conservateur comme le philosophe Roger Scruton, carnivore revendiqu&#233; et militant pour la chasse &#224; courre, d&#233;nonce les usines &#224; viandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plupart des auteurs vont plus loin et pr&#244;nent le &lt;i&gt;v&#233;ganisme&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire une consommation sans produits d'origine animale (viande, lait, &#339;uf, cuir, fourrure, etc.). En effet, le seul &lt;i&gt;v&#233;g&#233;tarisme&lt;/i&gt;, s'il constitue assur&#233;ment un progr&#232;s louable, demeure difficile &#224; d&#233;fendre th&#233;oriquement : les droits ou le bien-&#234;tre de la vache laiti&#232;re et de la poule pondeuse ne paraissent pas moins importants que ceux du b ?uf et du poulet de chair. D&#232;s lors, diff&#233;rentes approches &#8211; pas n&#233;cessairement exclusives &#8211; sont envisageables pour changer nos pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;welfaristes&lt;/i&gt; &#8211; qui sont habituellement cons&#233;quentialistes &#8211; entendent r&#233;former &lt;i&gt;la mani&#232;re&lt;/i&gt; dont nous exploitons les animaux afin d'am&#233;lio&#173;rer leur bien-&#234;tre (&lt;i&gt;welfare&lt;/i&gt;). Si l'objectif demeure la fin de toutes souffrances inutiles, r&#233;glementer l'industrie ou soutenir la campagne des lundis sans viande, par exemple, semblent n&#233;anmoins des progr&#232;s substantiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;abolitionnistes&lt;/i&gt; &#8211; qui sont habituellement d&#233;ontologues &#8211; soutiennent une position plus radicale. Ils militent pour abolir &lt;i&gt;le fait&lt;/i&gt; de l'exploitation animale et consid&#232;rent que la racine du probl&#232;me vient de ce que les animaux sont des marchandises (comme, autrefois, les esclaves). En effet, notre syst&#232;me repose enti&#232;rement sur l'appropriation des animaux qu'on peut acheter et vendre. Morts ou vifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier d&#233;bat vaut la peine d'&#234;tre mentionn&#233; : c'est celui des limites du &#171; cercle de la moralit&#233; &#187;. Concr&#232;tement, est-il moralement acceptable d'utiliser ou de consommer certains animaux ? Entre les grands singes, nos plus proches cousins du point de vue de l'&#233;volution, et les insectes ou les bact&#233;ries, o&#249; situer &lt;i&gt;la ligne de partage&lt;/i&gt; ? Si l'on s'accorde pour voir la capacit&#233; &#224; ressentir la douleur comme un crit&#232;re pertinent, tous les vert&#233;br&#233;s (mammif&#232;res, oiseaux, poissons) devraient &#234;tre inclus dans le cercle de moralit&#233;. Les choses sont moins claires pour les crustac&#233;s (crevettes, homards) et les poulpes. En revanche, les mollusques et les insectes semblent incapables de souffrir. C'est pourquoi certains v&#233;gans consommeront du miel, de la soie, des moules ou des hu&#238;tres. D'autres, invoquant le b&#233;n&#233;fice du doute, s'abstiendront.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Baptiste Jeang&#232;ne-Vilmer, L'&#233;thique animale, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#192; lire : Jonathan Safran Foer, &lt;i&gt;Faut-il manger des animaux &lt;/i&gt; ?, Paris, &#201;d. de l'Olivier, 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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