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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>L'or des Indes</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nareau</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Nareau, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pierre G&#233;linas, L'or des Indes, Montr&#233;al, Alias, 2020, 288 pages. &lt;br class='autobr' /&gt;
Journaliste, &#233;crivain, communiste, spectre des lettres pendant 30 ans, Pierre G&#233;linas est un personnage singulier et m&#233;connu de la litt&#233;rature qu&#233;b&#233;coise. Depuis quelques ann&#233;es, gr&#226;ce au travail acharn&#233; de Jacques Pelletier, il trouve enfin une place dans l'histoire litt&#233;raire, ce qui nous permet de mesurer la profonde modernit&#233; d'un auteur ayant d&#233;but&#233; son oeuvre &#224; la fin des ann&#233;es 1950. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;ditions Alias viennent tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-86-Decembre-2020-" rel="directory"&gt;No 086 - d&#233;cembre 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nareau-Michel-+" rel="tag"&gt;Nareau, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3223.jpg?1642092266' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;311&#034; height=&#034;512&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pierre G&#233;linas, &lt;i&gt;L'or des Indes&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Alias, 2020, 288 pages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Journaliste, &#233;crivain, communiste, spectre des lettres pendant 30 ans, Pierre G&#233;linas est un personnage singulier et m&#233;connu de la litt&#233;rature qu&#233;b&#233;coise. Depuis quelques ann&#233;es, gr&#226;ce au travail acharn&#233; de Jacques Pelletier, il trouve enfin une place dans l'histoire litt&#233;raire, ce qui nous permet de mesurer la profonde modernit&#233; d'un auteur ayant d&#233;but&#233; son oeuvre &#224; la fin des ann&#233;es 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;ditions Alias viennent tout juste de faire para&#238;tre la r&#233;&#233;dition du roman &lt;em&gt;L'or des Indes&lt;/em&gt;, qui a initialement &#233;t&#233; publi&#233; en 1962 au Cercle du livre de France. C'est l'occasion r&#234;v&#233;e de plonger dans un rare roman de l'&#233;poque &#224; se situer dans les Cara&#239;bes, plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; Trinidad et Tobago, sans que le recours &#224; l'&#233;tranger serve &#224; lire exclusivement la situation qu&#233;b&#233;coise, signalant un r&#233;el d&#233;sir de comprendre pour lui-m&#234;me l'espace antillais d&#233;crit.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la publication de &lt;em&gt;Les vivants, les morts et les autres&lt;/em&gt; en 1959, roman sur les luttes syndicales montr&#233;alaises inspir&#233; du r&#233;alisme critique et de son adh&#233;sion au communisme, G&#233;linas change radicalement d'approche narrative, en optant pour le t&#233;moignage et la rem&#233;moration fragment&#233;e afin de raconter les m&#233;saventures commerciales et amoureuses d'un h&#233;ros-narrateur qu&#233;b&#233;cois parti &#224; Trinidad dans l'espoir de faire fortune &#224; un moment o&#249; le pays est travers&#233; par des conflits coloniaux, sociaux et raciaux.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les clivages d'une ville&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le narrateur et ses deux acolytes, Sid et Milton, expatri&#233;s montr&#233;alais comme lui, mais anglophones et entretenant des liens avec l'&#238;le carib&#233;enne, se lancent dans un projet de cimenterie pour alimenter les chantiers de construction de Port-of-Spain, la capitale. Pour obtenir du financement et les autorisations n&#233;cessaires pour leur entreprise, ils doivent se frotter au pouvoir &#233;conomique et politique et composer avec les rapports de force coloniaux, notamment entre Britanniques et Trinidadiens, eux-m&#234;mes divis&#233;s entre plusieurs communaut&#233;s rivales, de m&#234;me qu'avec les pr&#233;jug&#233;s raciaux, les in&#233;galit&#233;s sociales, la pauvret&#233; qui en d&#233;coulent. Dans cette course pour lancer l'entreprise, le narrateur arpente la ville et il semble davantage int&#233;ress&#233; &#224; la d&#233;crire, &#224; faire vivre son pouls intense, ses douleurs et ses r&#233;voltes, que de se complaire dans la bourgeoisie qu'il doit fr&#233;quenter afin de r&#233;ussir &#233;conomiquement. G&#233;linas excelle &#224; brosser l'&#233;cart entre l'effervescence et la sensualit&#233; de la vie populaire et le conformisme &#233;crasant d'un pouvoir qui veut se perp&#233;tuer dans le brouhaha d'une lib&#233;ration nationale qui &#233;merge. Le narrateur est happ&#233;, puis transform&#233;, par la d&#233;couverte de cette sensualit&#233; exub&#233;rante.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La sexualit&#233; trouble&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si les d&#233;marches commerciales achoppent et butent sur les tensions sociales &#8211; que le narrateur &#233;voque sans souci chronologique, un peu &#224; regret &#8211;, l'int&#233;r&#234;t de la rem&#233;moration tient surtout dans la d&#233;couverte d'une nouvelle forme d'intimit&#233; trouble, celle du corps amoureux, de la sexualit&#233;, de la d&#233;couverte de l'autre. Asha et Scheherazade, prostitu&#233;es d'origine indienne, deviennent les compagnes de Milton et du narrateur. Dans ces rapports in&#233;gaux et vici&#233;s par la composante &#233;conomique, ce dernier d&#233;couvre quand m&#234;me une fascination pour l'ind&#233;pendance, le d&#233;tachement, la libert&#233; et la fluidit&#233; de sa flamme. Toujours entre l'analyse de soi et la description fi&#233;vreuse de ses d&#233;sirs, qui lie la ville et l'amoureuse, le narrateur d&#233;crit les &#233;tapes d&#233;sordonn&#233;es d'un rapport d'affranchissement de la morale dominante de l'&#233;poque dans laquelle il a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir li&#233; la ville cosmopolite assi&#233;g&#233;e par le racisme et les strates de pouvoir &#224; des relations humaines qui &#233;chappent tant bien que mal &#224; la morale catholique, G&#233;linas a particip&#233; &#224; remettre en cause les formes stables du r&#233;cit psychologique pratiqu&#233; de son temps, en misant sur la rem&#233;moration, le trembl&#233; du temps et la lucidit&#233;. Si parfois ce regard r&#233;trospectif a tendance &#224; trop intellectualiser les affects et les souvenirs troubles du narrateur, il porte n&#233;anmoins un regard original sur un d&#233;sir d'&#233;mancipation individuel et collectif, sans que celui-ci soit rapport&#233; directement &#224; la province de Qu&#233;bec, &#224; l'or&#233;e d'une grande p&#233;riode de transformation de notre litt&#233;rature &#224; laquelle il participe &#224; sa mani&#232;re singuli&#232;re.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le corps de la lettre</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-corps-de-la-lettre</link>
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		<dc:date>2021-01-04T19:50:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nareau</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Nareau, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les narratrices de Karine Rosso, de Catherine Mavrikakis et de Lucille Ryckebusch sont contraintes dans leur corps (par les injonctions &#224; la beaut&#233;, par l'enfermement, par la maladie). Elles cherchent cependant &#224; reprendre possession d'elles-m&#234;mes en dialoguant chacune avec des autrices lib&#233;ratrices (Nelly Arcan, Anne Frank, Virginia Woolf). Il en r&#233;sulte des &#339;uvres capables d'exprimer une vuln&#233;rabilit&#233; &#233;mancipatrice. &lt;br class='autobr' /&gt; Le priv&#233; est politique. Ce slogan a une longue vie dans l'histoire de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nareau-Michel-+" rel="tag"&gt;Nareau, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les narratrices de Karine Rosso, de Catherine Mavrikakis et de Lucille Ryckebusch sont contraintes dans leur corps (par les injonctions &#224; la beaut&#233;, par l'enfermement, par la maladie). Elles cherchent cependant &#224; reprendre possession d'elles-m&#234;mes en dialoguant chacune avec des autrices lib&#233;ratrices (Nelly Arcan, Anne Frank, Virginia Woolf). Il en r&#233;sulte des &#339;uvres capables d'exprimer une vuln&#233;rabilit&#233; &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Le priv&#233; est politique. Ce slogan a une longue vie dans l'histoire de l'&#233;mancipation des femmes. Pourtant, l'&#233;criture du corps, qui questionne justement la port&#233;e sociale de l'intime, du priv&#233;, est souvent associ&#233;e, h&#233;las de mani&#232;re p&#233;jorative, au mineur, &#224; l'anecdotique, au t&#233;moignage, &#224; l'individualisme. Le fait de camper des personnages confront&#233;s aux regards des autres, limit&#233;s dans leurs gestes ou diminu&#233;s par un corps d&#233;faillant semble trop souvent avoir pour effet de restreindre la valeur ou la port&#233;e de la perspective pos&#233;e. Ces trois &#233;crivaines, de par la richesse du lien qu'elles &#233;tablissent justement entre l'exp&#233;rience pr&#233;caire de leur narratrice et leur d&#233;sir de s'&#233;manciper avec l'autre, r&#233;ussissent &#224; donner une ampleur &#224; ces corps souffrants, une certaine solidarit&#233; &#233;nonciative de la vuln&#233;rabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; S'adresser &#224; l'a&#238;n&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Karine Rosso, dans &lt;em&gt;Mon ennemi Nelly &lt;/em&gt;(Hamac, 2019), n'&#233;crit pas un livre sur Nelly Arcan ; sa narratrice s'adresse plut&#244;t &#224; elle, en la mettant &#224; distance et &#224; t&#233;moin, pour se dire, pour lui avouer sa fascination certes, mais surtout ce qui s'agite en elle, les clivages qui la travaillent, qui lui lancent des injonctions contradictoires. S'adresser &#224; l'a&#238;n&#233;e, celle qui a ouvert une voix dans la confession, sans tabous, c'est acc&#233;der aux mots de l'autre et les ajouter &#224; sa voix, pour que celle-ci puisse sourdre, dans ses rages, ses doutes et ses secrets. Nelly est l&#224; pour faire parler, dans une familiarit&#233; obs&#233;dante, presque dangereuse par moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH280/063ecc4e94ace20fd42439f96b63bece-370b4.png?1729023563' width='500' height='280' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La narratrice de Rosso revient d'un s&#233;jour de quatre ans en Am&#233;rique latine dans lequel la vie sur la route, les rencontres fortuites et les d&#233;couvertes ont chang&#233; radicalement son regard sur son h&#233;ritage latino. R&#233;install&#233;e &#224; Montr&#233;al, ballot&#233;e entre sa famille colombienne qui r&#233;it&#232;re pour elle des canons de beaut&#233; et l'existence libre qu'elle s'est construite avec Leo, elle red&#233;couvre sa ville natale &#224; partir d'un h&#233;ritage cliv&#233;. Nelly &#8211; sa pr&#233;sence obs&#233;dante, les &#233;chos qu'elle en entend lors de f&#234;tes, d'&#233;v&#233;nements publics &#8211; viendra se loger dans cette faille. Si la s&#233;duction, le regard des hommes, les jeux de pouvoir li&#233;s &#224; la sexualit&#233; participaient du pi&#232;ge qui se refermait sur Arcan, c'est autant cette injonction &#224; une beaut&#233; norm&#233;e qui assaille la narratrice que ce que ces normes r&#233;v&#232;lent de ses origines culturelles. C'est en t&#233;moignant de ce mal qui la ronge que celle-ci parvient &#224; analyser sa place dans le bunker (l'UQAM) o&#249; elle a l'impression de sombrer, de se perdre dans les d&#233;dales d'un savoir qui lui &#233;chappe. &#192; la figure tut&#233;laire d'Arcan, elle ajoutera un deuxi&#232;me rep&#232;re, Ernesto Sabato, &#233;crivain argentin qui lui fournit une lucidit&#233; pour affronter son Minotaure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La narratrice est souvent dans une position de retrait. Elle regarde, commente, analyse, est s&#233;duite, mais elle n'agit pas d'embl&#233;e. Cette position est soulign&#233;e aussi par les prolepses qui anticipent les drames &#224; venir, les chutes d&#233;termin&#233;es d'avance. Les d&#233;tails prennent alors force d'oracles, o&#249; une menace p&#232;se constamment sur la narratrice. L'&#233;criture tisse la toile de cette difficult&#233; &#224; vivre cliv&#233;e, avec une r&#233;elle pr&#233;cision qui se d&#233;double dans l'entreprise d'autoanalyse de la narratrice d'Arcan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rosso &#233;crit la cassure, le corps amenuis&#233; par un esprit qui perd pied parce que les injonctions de la mode et des regards enfouissent la narratrice dans les combles du bunker, dans l'obsession qu'elle partage avec Sabato, Victor-L&#233;vy Beaulieu et Arcan, comme examen du mal en elle et en sa soci&#233;t&#233; (de la consommation du corps comme du reste). Cette cassure est anticip&#233;e, pr&#233;sent&#233;e comme une fatalit&#233;, voire un ch&#226;timent, et le r&#233;cit de l'&#233;tudiante consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; faire advenir ce dernier par les mots, en liant son exp&#233;rience (maternit&#233;, relation amoureuse, faim infinie, perte d'&#234;tres chers) &#224; la parole d'autrui, lue comme un &#201;vangile en n&#233;gatif. Une suite de hasards trame les d&#233;tails de cette chute annonc&#233;e, comme si la structure du texte consistait en somme &#224; r&#233;v&#233;ler ce qui est d&#233;j&#224; entendu en soi, mais repouss&#233; par les artifices de la vie ordinaire : le vide qui sommeille en soi, qu'on retrouve chez l'autre, qui fascine et d&#233;fait en m&#234;me temps. Il n'y a pas de grande sortie du drame dans ce roman, si ce n'est dans la capacit&#233; &#224; d&#233;tailler la chute, comme un temps &#224; repousser par l'effort de l'adresse &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Habiter l'enfermement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Dans &lt;em&gt;L'annexe&lt;/em&gt; (H&#233;liotrope, 2019), Anna, la narratrice de Mavrikakis, est une tueuse &#224; gages qui travaille pour une organisation nomm&#233;e l'Agathos. Apr&#232;s une longue et difficile mission qui lui a demand&#233; de vivre quelques ann&#233;es aupr&#232;s de ses cibles, elle effectue son p&#233;riple annuel au mus&#233;e d'Anne Frank, situ&#233; &#224; Amsterdam, dans l'annexe o&#249; la jeune adolescente a d&#251; se cacher et dont elle rapporte le quotidien dans son journal. &#192; sa sortie, Anna est suivie : elle a donc &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;e. Elle devra se cacher, et l'organisation met en place un plan d'exfiltration isolant la narratrice dans un bunker qu'elle suppose &#224; Montr&#233;al, ville de souvenirs li&#233;s &#224; ses grands-parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;img alt=&#034;&#034; src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L500xH290/9795bf21485297eb57b1feda06cc2bec-900b9.jpg?1729023564' width='500' height='290' /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'essentiel du r&#233;cit se situe dans cette annexe qui lui sauve momentan&#233;ment la vie (le temps o&#249; elle appara&#238;tra encore utile &#224; l'Agathos), tout en l'enfermant avec d'autres employ&#233;s probl&#233;matiques. Elle est accueillie par C&#233;lestino qui r&#233;veille en elle, par son bavardage cultiv&#233;, une vieille passion pour la litt&#233;rature. Confin&#233;e &#224; un espace clos, labyrinthique, entour&#233;e d'individus p&#233;dants, inapte &#224; la vie impos&#233;e par cette r&#233;clusion forc&#233;e, Anna cherche son identit&#233; en ce lieu, gr&#226;ce &#224; la litt&#233;rature. Celle qui devait se mouvoir entre plusieurs identit&#233;s pour approcher ses victimes, celle qui avait compris une le&#231;on en lisant Anne Frank (&#171; &lt;em&gt;Et j'en &#233;tais arriv&#233;e &#224; une conclusion absurde qui entretient peu de liens avec la vie des Frank : il reste terrible d'avoir un lieu &#224; soi&#8230; On finit par y &#233;touffer. Quoi qu'il arrive, l'appartenance &#224; un espace, &#224; un bout de terre ou &#224; un petit appartement est n&#233;faste&lt;/em&gt; &#187;), en viendra &#224; se cerner en cherchant quel personnage elle joue dans cette fable/farce dont elle ne tire aucune ficelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Anna est une narratrice lucide, aux aguets, qui filtre la vie bancale de l'annexe par le biais de la litt&#233;rature, les autres employ&#233;s devenant des personnages de fiction, en vertu de leurs comportements, de leurs paroles ou de leurs postures qui lui rappellent tels protagonistes d'Igor Tourgueniev, de Gustave Flaubert, de Marcel Proust, etc. Avec cette &#233;criture qui ma&#238;trise la r&#233;p&#233;tition, la reprise d'une id&#233;e fixe, ses d&#233;veloppements, ses pr&#233;cisions et rectifications, Mavrikakis propose une narratrice capable de jouer avec la situation d'enfermement tout en &#233;tant sur le qui-vive, susceptible d&#232;s lors de d&#233;jouer les intrigues qui pourraient la tuer. C'est surtout en r&#233;f&#233;rant &#224; sa propre situation par le biais du puissant roman &lt;em&gt;Le baiser de la femme-araign&#233;e&lt;/em&gt; de l'Argentin Manuel Puig (o&#249; deux d&#233;tenus partagent une cellule alors que l'un se sert de leur amiti&#233; pour soutirer une confession au second) qu'elle comprend la force d'analogie de la litt&#233;rature : le r&#233;cit comme puissance de sc&#233;narios potentiels auxquels se r&#233;f&#233;rer afin d'&#233;viter la mort, comme option pour valider son propre rayon d'action, comme imagination pour sortir de l'enfermement physique, mais aussi, le r&#233;cit comme menace, quand on se soumet &#224; la fatalit&#233; d'une histoire &#224; la conclusion fig&#233;e. &lt;em&gt;L'annexe&lt;/em&gt;, en ce sens, est un roman habile pour ouvrir un autre cadre r&#233;f&#233;rentiel, avec Frank, avec Puig, qui assure &#224; la narratrice des strat&#233;gies de contournement de la stase qu'est l'enfermement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Ouvrir de l'int&#233;rieur le temps de la perte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Comme chez Rosso, la narratrice de Lucille Ryckebusch structure son roman, &lt;em&gt;Le sang des pierres&lt;/em&gt; (Le Quartanier, 2019), autour de l'adresse : cette fois, Jeanne &#233;crit &#224; l'ancien amoureux, moins pour se situer par rapport &#224; lui que pour sortir son histoire de la solitude, pour dire la maladie qu'elle a subie. Il en r&#233;sulte une voix forte, un roman ma&#238;tris&#233;, &#224; la structure originale en panneaux, o&#249; de courtes sections encadrent deux &#233;v&#233;nements plus longuement d&#233;crits (une op&#233;ration d'urgence et un s&#233;jour &#224; Cape Cod avec l'ex) dont la rem&#233;moration permet de nommer autant une col&#232;re qu'une perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s une premi&#232;re rupture avec l'ex, Jeanne commence &#224; avoir des h&#233;morragies ut&#233;rines &#224; r&#233;p&#233;tition, qui la m&#232;nent, affaiblie et angoiss&#233;e, aux urgences. En d&#233;crivant comment Jeanne, l'enseignante de litt&#233;rature, m&#232;re de deux enfants, compose avec ce corps malade, avec les crises, puis l'op&#233;ration qu'il provoque, en racontant la place que l'amoureux reprend dans son existence, et la solitude qui l'accompagne, Ryckebusch d&#233;voile une exp&#233;rience autant de la perte qui concerne l'intimit&#233; du corps, de la sexualit&#233;, avec les doutes que la maladie soul&#232;ve quant &#224; la maternit&#233;, qu'une autre de l'exp&#233;rience m&#233;dicale violente, o&#249; les organes g&#233;nitaux n'appartiennent plus tout &#224; fait &#224; la narratrice lors des interventions et des visites des professionnels de la sant&#233;. Si le r&#233;cit n'&#233;tait que cette description pr&#233;cise, magnifiquement &#233;crite, d'un drame intime, il serait d&#233;j&#224; &#233;mouvant, mais l'essentiel tient &#224; la recomposition d'une histoire personnelle &#224; partir de la perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La narratrice enseigne la litt&#233;rature, et tout le r&#233;cit durant, la figure de Virginia Woolf accompagne Jeanne. Les allusions aux noyades, la rem&#233;moration woolfienne, l'ampleur de l'&#233;motion intime comme lien social, l'int&#233;r&#234;t pour l'univers maritime, le rapport &#224; la m&#232;re, la promenade au phare &#224; Cape Cod qui &#233;voque le titre &#233;ponyme de l'&#233;crivaine anglaise, tous ces &#233;l&#233;ments font en sorte que Jeanne raconte en maillant son histoire au parcours de la romanci&#232;re, afin de se donner un temps de consolation possible, un chalet (lieu d'o&#249; elle &#233;crit la lettre &#224; l'ex) &#224; soi. Lors de la belle sc&#232;ne de Cape Cod, la narratrice se retrouve pr&#232;s d'une carcasse de phoque et elle parvient, au fil de ses rem&#233;morations qui sont autant de r&#233;cits durs, &#224; se les approprier pour se sentir pr&#233;sente en elle de mani&#232;re nouvelle. De la vuln&#233;rabilit&#233; ressentie, Jeanne en vient &#224; se lier aux &#233;l&#233;ments, notamment la mer, et aux autres, &#224; retrouver avec ses enfants, et hors d'eux, un espace pour se dire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Un contrepoint&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Une autre autrice, Marie-Pier Lafontaine, a fait para&#238;tre r&#233;cemment un court mais poignant texte, &lt;em&gt;Chienne&lt;/em&gt; (H&#233;liotrope, 2019), sur la violence familiale et l'inceste. &#338;uvre sans compromis, toute enti&#232;re d&#233;di&#233;e &#224; faire vivre aux lecteurs et aux lectrices, de l'int&#233;rieur, l'outrageante dur&#233;e r&#233;p&#233;titive des abus, du contr&#244;le et des blessures subies, &lt;em&gt;Chienne&lt;/em&gt; choisit d&#233;lib&#233;r&#233;ment, par sa structure par fragments, sans progression notable, de faire vivre la dur&#233;e &#233;tale, voire l&#233;tale, de la violence. En ce sens, la narration reste dans le cloaque, le nomme. Lafontaine valorise alors l'agentivit&#233; de la prise de parole et la force transformatrice de l'interpellation, sans la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tablir d'embl&#233;e une voie de traverse, qui est d'&#234;tre positivement travers&#233;e par d'autres voix, celles d'&#233;crivaines ayant arrach&#233; une parole au trauma. Les &#339;uvres de Rosso, de Mavrikakis et de Ryckebusch s'&#233;laborent en misant non seulement sur une &#233;criture subjective, mais aussi sur un partage du sensible, de l'autorit&#233; de l'exp&#233;rience en convoquant des voix dans lesquelles retrouver une humanit&#233; vuln&#233;rable partag&#233;e qui devient une force politique &#224; m&#234;me de sortir de soi la charge de la contrainte. &#201;crire (et lire) pour se placer &#224; l'ext&#233;rieur de sa prison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Pixabay (Artiste : Okuda San Miguel).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'extr&#234;me droite au pouvoir. Stupeurs et tremblements au Br&#233;sil</title>
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		<dc:date>2020-05-09T19:05:31Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michel Nareau</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Nareau, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec pr&#232;s de 58 millions de votes, le candidat de l'extr&#234;me droite Jair Bolsonaro a gagn&#233; le deuxi&#232;me tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle br&#233;silienne. Comment expliquer le succ&#232;s d'un politicien ouvertement raciste, homophobe, misogyne et nostalgique de la dictature ? Surtout, qu'est-ce que cela indique pour les luttes &#224; venir au Br&#233;sil ? &lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;ant de l'Am&#233;rique du Sud, le Br&#233;sil a exerc&#233; durant les d&#233;cennies 2000 et 2010 un important leadership dans l'altermondialisme (le Forum social mondial), (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-77-dec-2018-janv-2019-" rel="directory"&gt;No 077 - d&#233;c. 2018 / janv. 2019&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nareau-Michel-+" rel="tag"&gt;Nareau, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2895.png?1642092241' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;556&#034; height=&#034;834&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec pr&#232;s de 58 millions de votes, le candidat de l'extr&#234;me droite Jair Bolsonaro a gagn&#233; le deuxi&#232;me tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle br&#233;silienne. Comment expliquer le succ&#232;s d'un politicien ouvertement raciste, homophobe, misogyne et nostalgique de la dictature ? Surtout, qu'est-ce que cela indique pour les luttes &#224; venir au Br&#233;sil ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;G&#233;ant de l'Am&#233;rique du Sud, le Br&#233;sil a exerc&#233; durant les d&#233;cennies 2000 et 2010 un important leadership dans l'altermondialisme (le Forum social mondial), dans des ententes multilat&#233;rales (notamment sur les droits autochtones) et a facilit&#233; la collaboration entre les &#201;tats gouvern&#233;s par la gauche sur le continent. Que ce pays passe, en l'espace de deux ans, d'un gouvernement du Parti des travailleurs (PT) &#224; un parti de droite, celui de Michel Temer, puis &#224; ce nouveau gouvernement d'un populisme d'extr&#234;me droite, a pour effet de reconfigurer l'ensemble des politiques en Am&#233;rique du Sud et de confirmer un changement de cap radical et dangereux dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliquer l'impensable&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ancien militaire, Bolsonaro est d&#233;put&#233; au f&#233;d&#233;ral pour la ville de Rio de Janeiro depuis 1990 et il appartenait jusqu'&#224; r&#233;cemment &#224; la marge folklorique de la politique locale : passant d'un parti &#224; l'autre, peu actif dans les d&#233;bats et aux propositions l&#233;gislatives toujours rejet&#233;es (plus de 200 taill&#233;es en pi&#232;ces), il &#233;tait reconnu pour ses sorties fracassantes, ses propos orduriers, sa d&#233;fense de l'ordre et sa c&#233;l&#233;bration de l'action des militaires durant la dictature de 1964 &#224; 1985. Or, en moins de deux ans, il est parvenu &#224; se hisser au rang de seule alternative au PT. Comment expliquer cette ascension ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle tient dans une large part &#224; la profonde polarisation de la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne, marqu&#233;e par une radicale volont&#233; d'&#233;quit&#233; et de justice et un important d&#233;sir de conserver les privil&#232;ges d'une soci&#233;t&#233; classiste install&#233;e dans son pouvoir blanc depuis les temps de l'esclavage. Cette polarisation a &#233;t&#233; exacerb&#233;e par la pr&#233;sence d'un gouvernement ayant tent&#233; de diminuer les in&#233;galit&#233;s, celui du PT de 2003 &#224; 2016, sous les pr&#233;sidences de Lula da Silva et de Dilma Rousseff, et surtout par la campagne r&#233;ussie d'&lt;em&gt;impeachment&lt;/em&gt; contre Rousseff, v&#233;ritable &#171; coup d'&#201;tat l&#233;gal &#187; qui a permis &#224; la droite de reprendre le pouvoir dans un climat tendu de confrontation.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corruption, plaie end&#233;mique du pays, a &#233;t&#233; au c&#339;ur de l'&#233;viction du pouvoir du PT. Une vaste enqu&#234;te (Lava Jato) sur la corruption politique en lien avec la p&#233;troli&#232;re Petrobras, n&#233;cessaire et bien vue au d&#233;part, a &#233;t&#233; rapidement un cheval de Troie pour d&#233;stabiliser le parti de Rousseff. Son r&#233;sultat a &#233;t&#233; d'associer le PT &#224; un ph&#233;nom&#232;ne qui entrave les possibles mesures de justice et favorise les riches qui profitent de ce fonctionnement parall&#232;le du pouvoir. Bolsanaro est parvenu &#224; se pr&#233;senter comme le candidat anticorruption, sa marginalit&#233; initiale au parlement &#233;tant per&#231;ue, &#224; cet &#233;gard, comme un gage de probit&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contexte de polarisation, autour des enqu&#234;tes contre la corruption, a men&#233; &#224; une diabolisation du PT, auquel sont ramen&#233;s les maux du pays. D'une part, le PT n'est pas parvenu durant ses nombreuses ann&#233;es au pouvoir &#224; imposer un changement dans la structure &#233;conomique tr&#232;s in&#233;galitaire de la soci&#233;t&#233;, ce qui a d&#233;&#231;u les nombreux espoirs plac&#233;s en lui. D'autre part, les mesures sociales progressistes adopt&#233;es (droit des homosexuel&#183;le&#183;s, des Autochtones, protection environnementale, etc.) ont bouscul&#233; des espaces de privil&#232;ges, suscitant le m&#233;contentement d'une portion de la population capable de faire entendre sa voix et appuy&#233;e par des institutions importantes comme l'&#201;glise &#233;vang&#233;lique. Bolsonaro a profit&#233; de l'insatisfaction chez les conservateurs d&#233;j&#224; oppos&#233;s au PT et de celle, nouvelle, aupr&#232;s de l'ancienne base PT, chez les ouvriers abandonn&#233;s par l'ancien parti de Lula, inapte &#224; changer l'iniquit&#233; classiste tr&#232;s forte du pays. &#192; la faveur de &lt;em&gt;fake news&lt;/em&gt; horribles, relay&#233;es par l'application WhatsApp, d'un discours favorisant l'ordre (dans une soci&#233;t&#233; &#224; la violence end&#233;mique), Bolsonaro est parvenu &#224; s'imposer comme un rempart au retour du PT, vu comme la voie royale, on n'invente rien, vers la p&#233;dophilie, le communisme, la propagande homosexuelle, alouette. Plus le discours outrancier de Bolsanaro inqui&#233;tait, plus il parvenait &#224; nommer (et &#224; cr&#233;er) des peurs li&#233;es &#224; la violence du syst&#232;me in&#233;galitaire br&#233;silien et &#224; les asservir &#224; ses desseins antid&#233;mocratiques.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans un &#201;tat au multipartisme si pr&#233;gnant, o&#249; les alliances sont n&#233;cessaires et mouvantes, Bolsonaro et son Parti social-lib&#233;ral (PSL) ont d&#251; miser sur la collaboration des autres formations de droite, plus inqui&#232;tent par le retour de la gauche que par l'homophobie, par le racisme anti-noir et anti-autochtone, par la misogynie, par le culte des militaires et par la nostalgie de la dictature qu'incarnait l'ex-militaire. C'est au final le soutien du capital br&#233;silien qui a &#233;t&#233; l'&#233;l&#233;ment le plus structurant de sa mont&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;France inter, &#171; Au Br&#233;sil les march&#233;s choisissent l'extr&#234;me droite &#187;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De la m&#234;me fa&#231;on, il ne faudra jamais oublier que le soutien ind&#233;fectible de Wall Street &#224; Donald Trump (et les renvois d'ascenseur sous forme de baisses d'imp&#244;ts) est ce qui lui donne les coud&#233;es franches pour maintenir le reste de son programme conservateur (immigration, environnement, justice). D'ailleurs, la mont&#233;e et l'&#233;lection de Bolsonaro ont &#233;t&#233; salu&#233;es par des hausses du march&#233; importantes &#224; S&#227;o Paulo et par des perspectives all&#233;chantes pour les investisseurs &#233;trangers. C'&#233;tait d'ailleurs sous cet angle que CBC &#233;voquait la victoire &#233;lectorale du PSL : il y aura des occasions d'affaires en or pour les entrepreneurs &#233;trangers, puisqu'un &#171; beau &#187; programme de privatisation des soci&#233;t&#233;s d'&#201;tat est dans les plans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CBC, &#171; What a far-right Bolsonaro presidency in Brazil means for Canadian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Inqui&#233;tudes et ripostes&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si la victoire de Bolsonaro signale &#224; quel point le discours de l'espace public est structur&#233; par une parole conservatrice &#8212; &#224; qui profitent les formulations qui d&#233;cr&#233;ditent l'&#201;tat, la presse &#233;crite, le bien commun &#8212; et financ&#233; par une &#233;lite n&#233;o-lib&#233;rale, elle se traduit par une s&#233;rie d'inqui&#233;tudes tr&#232;s tangibles, tant l'acrimonie et la haine ont caract&#233;ris&#233; sa campagne &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nominations imm&#233;diates de Bolsonaro (m&#234;me s'il prendra le pouvoir qu'en janvier) indiquent d&#233;j&#224; deux angles d'attaque de sa politique d'extr&#234;me droite. D'une part, il a nomm&#233; un ministre pl&#233;nipotentiaire &#224; l'&#233;conomie, Paulo Guedes, qui est un disciple orthodoxe de l'&#201;cole de Chicago et qui aura pour mandat de privatiser les soci&#233;t&#233;s d'&#201;tat et de d&#233;manteler les r&#232;glementations (notamment environnementales) qui restreignaient l'agriculture extensive et l'essor des grandes entreprises. D'autre part, le responsable &#224; la justice sera S&#233;rgio Moro, le juge qui a condamn&#233; Lula da Silva &#224; la prison, ce qui signale une prise de contr&#244;le potentielle du judiciaire par l'ex&#233;cutif, avec les risques qui s'en suivent pour la jeune d&#233;mocratie br&#233;silienne, surtout que la presse est d&#233;j&#224; attaqu&#233;e de toutes parts, tout comme l'universit&#233;, tax&#233;e de propagande gauchiste.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les groupes d&#233;j&#224; marginalis&#233;s au Br&#233;sil (Autochtones, Noirs, femmes, LGBT+), ceux qui ont fait les frais des attaques verbales de Bolsonaro et physiques de ses partisans, qui se sentaient l&#233;gitim&#233;s d'agir ainsi, qui risquent de subir concr&#232;tement la radicalisation conservatrice de l'espace public. Il est &#224; souhaiter que la r&#233;sistance &#224; la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite qui a caract&#233;ris&#233; les derni&#232;res semaines de la course &#233;lectorale au second tour m&#232;ne &#224; une mobilisation forte et continue de la soci&#233;t&#233; civile br&#233;silienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le PSL de Bolsonaro doit &#233;tablir des alliances, comme sa base est friable et pas n&#233;cessairement acquise &#224; long terme, comme la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne est bien politis&#233;e et que les souvenirs amers et douloureux de la dictature militaire sont encore frais pour une large portion de la population qui conna&#238;t directement ses effets pour l'avoir subie, il est &#224; parier que la r&#233;sistance sera vive, bien qu'elle n&#233;cessitera des appuis &#233;trangers et une mobilisation constante. La lutte devrait passer par le droit au territoire des Autochtones, par le biais &#233;cologique et par la d&#233;fense de la presse, attaqu&#233;e de toutes parts par Bolsonaro. Le risque est grand d'un glissement vers une forme de contr&#244;le militaire sur le pays, mais les mobilisations des derni&#232;res d&#233;cennies pour une plus grande justice sociale et les organisations tr&#232;s fortes de la soci&#233;t&#233; civile devraient servir &#224; riposter aux tentatives de mainmise de Bolsonaro sur l'&#201;tat br&#233;silien.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;France inter, &#171; Au Br&#233;sil les march&#233;s choisissent l'extr&#234;me droite &#187;. &lt;a data-cke-saved- href='http://bit.ly/2PZmxyY' href=&#034;http://bit.ly/2PZmxyY&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CBC, &#171; What a far-right Bolsonaro presidency in Brazil means for Canadian business &#187;. &lt;a data-cke-saved- href='http://bit.ly/2AwDkRG' href=&#034;http://bit.ly/2AwDkRG&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : &#171; Pas lui ! &#187;, manifestation des Femmes unies contre Bolsonara (Edras Beleza, CC BY-ND 2.0).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les laiss&#233;s-pour-compte du baseball</title>
		<link>https://www.ababord.org/Les-laisses-pour-compte-du</link>
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		<dc:date>2012-12-06T04:24:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nareau</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Nareau, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;cemment, Moneyball a &#233;t&#233; mis en nomination pour six Oscars, ph&#233;nom&#232;ne plut&#244;t rare pour un film portant sur le baseball. C'est qu'au lieu de s'attarder &#224; la grandeur et aux mis&#232;res d'une &#233;quipe n&#233;glig&#233;e qui ferait fi des divergences internes pour cimenter son esprit de corps et triompher dans un match ultime contre des favoris arrogants, Moneyball est une fable &#233;conomique portant sur le fonctionnement d&#233;cisionnel des propri&#233;taires d'un club. En prenant appui sur les As d'Oakland de 2002, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-sport-en-ville-une-" rel="directory"&gt;Dossier : Le sport en ville - une appropriation citoyenne&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nareau-Michel-+" rel="tag"&gt;Nareau, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1498.gif?1642092139' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;253&#034; height=&#034;375&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;cemment, &lt;i&gt;Moneyball &lt;/i&gt; a &#233;t&#233; mis en nomination pour six Oscars, ph&#233;nom&#232;ne plut&#244;t rare pour un film portant sur le baseball. C'est qu'au lieu de s'attarder &#224; la grandeur et aux mis&#232;res d'une &#233;quipe n&#233;glig&#233;e qui ferait fi des divergences internes pour cimenter son esprit de corps et triompher dans un match ultime contre des favoris arrogants, &lt;i&gt;Moneyball&lt;/i&gt; est une fable &#233;conomique portant sur le fonctionnement d&#233;cisionnel des propri&#233;taires d'un club. En prenant appui sur les As d'Oakland de 2002, &#233;quipe qui a remport&#233; le championnat de sa division malgr&#233; une tr&#232;s faible masse salariale et la perte de trois de ses meilleurs joueurs sur le march&#233; des joueurs autonomes, le film plaide pour l'innovation dans un univers capitaliste f&#233;roce et &#233;videmment in&#233;quitable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'invention d'un nouveau paradigme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Construit &#224; partir d'un essai &#233;ponyme, publi&#233; en 2003 par Michael Lewis, sp&#233;cialiste de la finance et de Wall Street, Moneyball suit les tribulations du directeur-g&#233;rant des As, Billy Beane, qui modifie son mod&#232;le d'affaires pour r&#233;pondre &#224; la situation &#233;conomique difficile dans laquelle se retrouve son &#233;quipe. En misant sur de nouvelles statistiques, appel&#233;es &#171; saberm&#233;trique &#187;, Beane d&#233;niche des joueurs peu en demande qui apportent beaucoup parce que leur plus-value correspond &#224; des habilit&#233;s n&#233;glig&#233;es par ses adversaires. Il en r&#233;sulte un avantage certain pour Oakland, qui rivalise ainsi avec des &#233;quipes plus riches. Bien que le film, par son insistance sur la &#171; saberm&#233;trique &#187;, se distingue de la tonalit&#233; usuelle des &#339;uvres cin&#233;matographiques et litt&#233;raires du baseball centr&#233;e sur le conservatisme nostalgique d'un &#226;ge d'or pourtant fond&#233; sur l'exclusion, il s'appuie n&#233;anmoins sur l'id&#233;e que ce syst&#232;me d'iniquit&#233;s n'a pas &#224; &#234;tre transform&#233; en profondeur. Jamais en effet n'est remise en cause la disparit&#233; entre les masses salariales et les revenus ; tout se passe plut&#244;t dans ce r&#233;cit comme si l'innovation propre &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste du savoir permettait aux &#171; petits &#187; de niveler le cadre de comp&#233;tition avec les &#171; gros &#187; sans avoir &#224; le changer. C'est ce qui explique la r&#233;ception enthousiaste de ce film aux Oscars, dans la mesure o&#249;, d'une part, il montre que le succ&#232;s est possible malgr&#233; une structure in&#233;galitaire et, d'autre part, que l'&#233;chec repose sur la seule responsabilit&#233; des petites organisations incapables d'innover, peu importe le contexte dans lequel elles se situent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'empreinte de la marchandisation &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Le film permet certes de comprendre comment la m&#233;ritocratie est intimement li&#233;e au sport en g&#233;n&#233;ral, et au baseball en particulier, puisqu'une large part du discours culturel &#233;tats-unien s'appuie sur ce jeu pour favoriser l'int&#233;gration sociale au mod&#232;le national et pour assurer le d&#233;veloppement du syst&#232;me &#233;conomique capitaliste. Mais il reconduit surtout une marchandisation de l'&#234;tre humain : les &#233;changes de joueurs et l'acquisition du personnel sportif sont au c&#339;ur du film, dans une logique fonctionnelle qui fait de chaque joueur un num&#233;ro parmi d'autres d'une machine &#224; victoires et &#224; profits. Ainsi, une des plus vives sc&#232;nes du film concerne un &#233;change o&#249; Beane fait des pieds et des mains pour acqu&#233;rir un certain Rincon, proc&#233;dant &#224; de vastes mouvements de personnel, sans que les individus soient consid&#233;r&#233;s autrement que comme des pantins de l'organisation. D'ailleurs, la t&#226;che des dirigeants du club est de d&#233;shumaniser leurs relations avec les joueurs afin de les percevoir, selon l'euph&#233;misme employ&#233;, comme des pros, et donc facilement &#233;changeables, rempla&#231;ables, cong&#233;diables. Or, un autre film, paru en 2008, Sugar, pose au contraire un regard critique sur les iniquit&#233;s du syst&#232;me du baseball majeur, en montrant justement les contraintes et les injustices avec lesquelles doivent composer les joueurs dominicains de baseball, soumis &#224; ce processus de r&#233;ification qui en fait des pions dans un syst&#232;me de profits et de triomphes qui les d&#233;passe. Les pr&#233;misses du film d'Anna Boden et de Ryan Fleck sont n&#233;o-r&#233;alistes ; il s'agit d'offrir un portrait de Miguel Santos, surnomm&#233; Sugar, lanceur de 19 ans, qui r&#234;ve d'obtenir un contrat, puis de se rendre aux &#201;tats-Unis pour jouer dans les ligues mineures avant d'acc&#233;der au baseball majeur. La trajectoire de Santos est n&#233;cessairement sem&#233;e d'embuches, mais le film ne vise pas &#224; rendre compte d'une r&#233;ussite individuelle en c&#233;l&#233;brant les vertus du travail, du sacrifice, de l'effort, de la confiance en soi, etc. Au contraire, ce qui est r&#233;v&#233;l&#233;, c'est d'une part l'isolement d'un joueur dominicain trait&#233; comme une marchandise bon march&#233;, ballott&#233; entre les cultures, ais&#233;ment rempla&#231;able, tenu de faire vivre sa famille demeur&#233;e &#224; San Pedro de Macoris et de r&#233;pondre &#224; ses attentes, car la situation du clan familial est tributaire des performances du lanceur. D'ailleurs, la premi&#232;re partie du film d&#233;crit ce vaste r&#233;seau d'attentes qui place le baseball au c&#339;ur de la vie culturelle de la R&#233;publique dominicaine en faisant de ce sport le principal moteur d'une mobilit&#233; sociale et &#233;conomique &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur du pays. Apr&#232;s avoir appris un nouveau tir, sous l' ?il scrutateur et froid d'un recruteur de l'&#233;quipe professionnelle de Kansas City, Santos profite d'une fin de semaine de cong&#233; pour visiter sa famille, qui organise une f&#234;te pour c&#233;l&#233;brer le retour du h&#233;ros. Devenu un centre d'attention, Sugar doit composer avec les pressions d&#233;coulant de son nouveau statut, puisque la survie de la famille repose sur sa r&#233;ussite sportive et financi&#232;re, les contrats consentis par les &#233;quipes professionnelles n'ayant aucune commune mesure avec le niveau de vie de la soci&#233;t&#233; dominicaine, cr&#233;ant du coup un clivage entre la vie productive des paysans coupeurs de canne &#224; sucre et l'&#233;conomie globalis&#233;e du baseball, qui forme l'&#233;lite locale. D'autre part, le film d&#233;crit la structure &#233;conomique du baseball, &#224; travers l'&#233;vocation des acad&#233;mies dominicaines, des n&#233;gociations contractuelles, du mode de vie dans les &#233;quipes mineures et des possibilit&#233;s d'avancement des joueurs en fonction d'&#233;l&#233;ments ind&#233;pendants de leurs talents en tant qu'athl&#232;tes. Sans jamais pr&#233;senter un univers dichotomique qui opposerait les Dominicains &#224; une structure uniquement raciste et ferm&#233;e, le film souligne n&#233;anmoins toutes les embuches qui compliquent la trajectoire des Dominicains qui se mesurent &#224; des jeunes sportifs issus des coll&#232;ges &#233;tats-uniens, pay&#233;s, eux, &#224; fort prix, et donc mieux trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Un syst&#232;me d'exploitation : les acad&#233;mies de baseball&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces difficult&#233;s sont de plusieurs ordres, mais elles prennent appui sur un syst&#232;me &#233;conomique d'exploitation, l'acad&#233;mie de baseball, dont le mod&#232;le, depuis g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; l'Am&#233;rique latine, a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; en R&#233;publique dominicaine. Ces acad&#233;mies ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;es par Alan M. Klein dans son essai &lt;i&gt;Sugarball. The American Game, the Dominican Dream&lt;/i&gt;, o&#249; l'essayiste montre que le fait de retirer de la vie sociale dominicaine de tr&#232;s jeunes joueurs (de 14 &#224; 20 ans) talentueux pour les inscrire dans des &#233;coles sportives, propri&#233;t&#233;s d'&#233;quipes professionnelles puisant dans le bassin de talents &#233;trangers pour alimenter les &#233;quipes du baseball majeur et leurs filiales, d&#233;structurait la vie nationale et sociale. &#192; partir de cet essai, et de la transposition cin&#233;matographique qu'en font les r&#233;alisateurs, on saisit mieux les obstacles qu'affronte Sugar en &#233;tant au c&#339;ur de cette logique d'exploitation capitaliste. Ainsi, les joueurs sont retir&#233;s de la vie productive dominicaine et de son syst&#232;me d'&#233;ducation au nom de la valorisation de leur talent sportif et forc&#233;s &#224; l'apprentissage de l'anglais, n&#233;cessaire pour s'acclimater aux exigences du baseball. La sc&#232;ne initiale du film montre d'ailleurs un de ces cours d'anglais adapt&#233; &#224; la vie sportive. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les joueurs dominicains, dans la logique de la marchandisation du sport, sont par ailleurs constamment d&#233;favoris&#233;s parce qu'ils ne ma&#238;trisent pas les codes culturels tenus pour acquis par les &#233;quipes. Malgr&#233; la bonne volont&#233; des intervenants, l'effort d'adaptation demeure la responsabilit&#233; du joueur hispanophone, s&#233;cr&#233;tant de l'isolement et de l'anxi&#233;t&#233;, surtout lorsque des athl&#232;tes progressent dans le r&#233;seau des filiales et se retrouvent dans de petites communaut&#233;s repli&#233;es. C'est le cas de Santos. Apr&#232;s avoir impressionn&#233; l'organisation de Kansas City, il est exp&#233;di&#233; &#224; Davenport en Iowa, o&#249; il est h&#233;berg&#233; par la famille Higging dont aucun membre ne parle espagnol. Malgr&#233; l'hospitalit&#233; et la gentillesse du couple &#226;g&#233;, Santos est laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me et doit am&#233;nager sa vie, partag&#233; entre ses mod&#232;les culturels d'origine et les r&#232;gles diffuses de la soci&#233;t&#233; d'accueil. Le film s'attarde en d&#233;tail sur ses accrocs au code, sur des moments de communication difficile, notamment dans les soupers familiaux &#233;largis, si bien que cela complique sa vie, notamment dans ses dimensions non athl&#233;tiques. Santos est toujours ainsi saisi dans son individualit&#233;, socialement et culturellement situ&#233;e dans un cadre &#233;conomique et sportif qui nie son humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;chapper &#224; l'exploitation par la red&#233;couverte du jeu &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; De fait, le film met en &#233;vidence cette atomisation d&#233;coulant du mod&#232;le &#233;conomique et du clivage culturel, faisant bien voir que Santos &#233;touffe dans ce lieu, dans cette &#233;quipe, qu'il finit par abandonner, malgr&#233; son talent et son amour du jeu. Il part alors pour New York, o&#249; il va conna&#238;tre une vie quotidienne d'immigrant : la pauvret&#233;, la recherche de travail, la qu&#234;te de r&#233;f&#233;rences partag&#233;es jusqu'au jour o&#249; il d&#233;couvre une ligue amicale de baseball. En effet, des Latino-Am&#233;ricains recal&#233;s des &#233;quipes professionnelles se retrouvent sur un terrain d&#233;labr&#233; pour r&#233;apprendre la joie enfantine du jeu hors des orni&#232;res de l'exploitation et de la marchandisation. Ils jouent avec plaisir et abandon, en recr&#233;ant une vie communautaire autour du baseball. Le film se termine sur cette sc&#232;ne de r&#233;appropriation du jeu, signalant du coup que la logique de r&#233;ification &#233;conomique par le baseball professionnel, c&#233;l&#233;br&#233;e dans &lt;i&gt;Moneyball&lt;/i&gt; et expos&#233;e de mani&#232;re critique dans &lt;i&gt;Sugar&lt;/i&gt;, n'est pas in&#233;luctable et qu'une autre appr&#233;hension du jeu, plus informelle et transgressive, demeure possible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'engagement au pr&#233;sent chez Francine No&#235;l</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-engagement-au-present-chez</link>
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		<dc:date>2012-08-26T19:17:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Nareau</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Nareau, Michel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Francine No&#235;l s'est d&#233;j&#224; d&#233;finie comme une femme habitant un pays, ce qui &#233;tait une mani&#232;re de dire que son &#233;criture &#233;tait inform&#233;e par sa position de citoyenne qu&#233;b&#233;coise et que ses pr&#233;occupations s'inscrivent, de mani&#232;re critique, ludique ou parodique, dans son &#339;uvre. Les quatre romans qui forment la t&#233;tralogie consacr&#233;e &#224; la Tribu des Ladouceur &#233;voquent en effet les enjeux de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise depuis la R&#233;volution tranquille. Si La conjuration des b&#226;tards, le troisi&#232;me opus de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Litterature-fuite-et-" rel="directory"&gt;Dossier : Litt&#233;rature, fuite et r&#233;sistance&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nareau-Michel-+" rel="tag"&gt;Nareau, Michel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1354.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;195&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Francine No&#235;l s'est d&#233;j&#224; d&#233;finie comme une femme habitant un pays, ce qui &#233;tait une mani&#232;re de dire que son &#233;criture &#233;tait inform&#233;e par sa position de citoyenne qu&#233;b&#233;coise et que ses pr&#233;occupations s'inscrivent, de mani&#232;re critique, ludique ou parodique, dans son &#339;uvre. Les quatre romans qui forment la t&#233;tralogie consacr&#233;e &#224; la Tribu des Ladouceur &#233;voquent en effet les enjeux de la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise depuis la R&#233;volution tranquille. Si &lt;i&gt;La conjuration des b&#226;tards&lt;/i&gt;, le troisi&#232;me opus de la s&#233;rie, est le plus politique, proposant une intervention socioculturelle &#224; partir des principes depuis endoss&#233;s par les altermondialistes, l'addenda qu'est &lt;i&gt;J'ai l'angoisse l&#233;g&#232;re&lt;/i&gt; a quant lui &#233;t&#233; lu comme un recul de la question de l'engagement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'engagement au quotidien &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le changement de tonalit&#233; entre ces deux romans, je postule que &lt;i&gt;J'ai l'angoisse l&#233;g&#232;re&lt;/i&gt; propose une perspective critique et engag&#233;e sur la situation qu&#233;b&#233;coise actuelle, en centrant son discours sur le mode de vie relationnel plut&#244;t que familial de ses protagonistes et sur un engagement socioculturel concret. Ces discours sont entrelac&#233;s &#224; partir de trois p&#244;les qui orientent les personnages : une politique de la d&#233;faite, qui revalorise les M&#233;tis, et du coup le m&#233;tissage ; la performance, col&#233;rique ou ludique, comme forme de contestation ; la mise en place d'une action directe et locale sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roman de Francine No&#235;l reconduit l'un des deux p&#244;les de son &#233;criture. Si &lt;i&gt;Maryse&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La conjuration des b&#226;tards&lt;/i&gt; appartiennent &#224; l'axe effervescent, voire utopique, de l'&#339;uvre, &lt;i&gt;Myriam premi&#232;re&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;J'ai l'angoisse l&#233;g&#232;re&lt;/i&gt; s'attardent au d&#233;senchantement, sans c&#233;der aux d&#233;mons de la d&#233;saf&#173;fection. Or, il se trouve que No&#235;l, qui fait de l'Am&#233;rique latine un tiers-inclus pour refonder le Qu&#233;bec, partage, dans ce deuxi&#232;me axe, la m&#234;me perspective que les romanciers latino-am&#233;ricains de la p&#233;riode dite postboom&#8194;d&#233;termin&#233;e par une politique de la d&#233;faite. En effet, Luis Sep&#250;lveda, Leonardo Padura, Daniel Chavarria et d'autres auteurs hispanophones d&#233;crivent, &#224; partir de narrateurs militants d&#233;boussol&#233;s, l'exigence d'une solidarit&#233; et d'une mobilisation citoyennes malgr&#233; la crise de l'utopie socialiste. Il m'appara&#238;t que No&#235;l s'ins&#232;re dans cette logique, o&#249; la d&#233;faite n'est pas vue comme une raison pour baisser les bras, mais bien comme un temps pour imposer de nouvelles exigences &#224; nos actions et &#224; nos principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La politique de la d&#233;faite, dans le cas de No&#235;l, s'articule autour de la figure du M&#233;tis, de Gabriel Dumont en particulier, et r&#233;inscrit une utopie m&#233;tisse dans laquelle le caract&#232;re souterrain de l'alliance entre les communaut&#233;s provoque de la dissidence, de la r&#233;sistance et de nouveaux mod&#232;les sociaux excluant une hi&#233;rarchie conqu&#233;rante. Dans &lt;i&gt;J'ai l'angoisse l&#233;g&#232;re&lt;/i&gt;, une part de ce discours de la d&#233;faite est formul&#233;e par Fran&#231;ois Ladouceur, l'auteur &#224; succ&#232;s de &lt;i&gt;La saga des survivants&lt;/i&gt;, qui r&#234;ve d'&#233;crire un &#171; &lt;i&gt;essai sur l'&#233;chec &lt;/i&gt; &#187; (p. 45), pour saluer ceux qui ont combattu sans triompher, et qui travaille aussi sur Dumont. Ce dernier, bras droit de Louis Riel lors des soul&#232;vements m&#233;tis au Manitoba, devient ainsi, dans la perspective de Ladouceur, un mod&#232;le de lutte et de r&#233;sistance (p. 22 et 33), tout en incarnant la voie royale de No&#235;l pour transformer la plan&#232;te : la conjuration de tous les b&#226;tards du monde autour d'une c&#233;l&#233;bration de cette force souterraine qu'est le m&#233;tissage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La promesse du m&#233;tissage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tissage est revaloris&#233; par No&#235;l parce que cette r&#233;alit&#233; est porteuse d'un rapport non hi&#233;rarchique entre les peuples et les individus, comme si la rencontre culturelle inaugurale qui donnait naissance &#224; un &#234;tre hybride faisait tomber les pr&#233;tentions &#224; la domination. Il y a l&#224; un v&#339;u pieux, mais qui explique une autre constance dans son &#339;uvre : la volont&#233; de s'ouvrir aux autres, mais en posant l'exigence d'une &#233;galit&#233; entre les &#234;tres. Il en r&#233;sulte aussi des &#171; attaques &#187; contre les replis identitaires, le machisme, les postures de sup&#233;riorit&#233;, les int&#233;grismes, principalement religieux. La critique du recours &#224; l'identique prend plusieurs formes. Ainsi, Garance Lemieux, ancienne amante de Fran&#231;ois Ladouceur, con&#231;oit plusieurs performances et installations publiques dans lesquelles elle exprime ses pr&#233;occupations sociales pour le regard, le v&#234;tement, le corps humain et sexu&#233;, les masques sociaux, &#192; travers six mises en sc&#232;ne collectives (longuement d&#233;crites), dans des lieux publics (h&#244;tel de ville, mus&#233;e des beaux-arts, parc Lafontaine, basilique Notre-Dame), Garance r&#233;v&#232;le d'une part le corps oubli&#233; des sans-abri, puis les logiques agressives des religions institu&#233;es. Si une part de son travail artistique s'inscrit dans le cadre des interventions publiques d'organismes comme le RASI, &lt;i&gt;Rassemblement des artistes socialement inquiets&lt;/i&gt; (p. 51) (jeu de mots &#233;voquant l'organisme montr&#233;alais &lt;i&gt;Action terroriste socialement acceptable&lt;/i&gt;, ATSA), ses gestes d'&#233;clat concernent ses interventions individuelles alors qu'elle se prom&#232;ne dans la ville avec un hidjab pour en forer les tabous. Le roman engage ainsi une r&#233;flexion qui tord les accommodements raisonnables, en tant qu'intervention critique et pond&#233;r&#233;e sur un n&#339;ud du discours social qu&#233;b&#233;cois, et comme critique du r&#244;le d&#233;volu aux femmes dans cette logique de la surveillance du corps sexu&#233; (p. 69).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Une politique en acte
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;flexion sur la d&#233;faite et l'abondance de performances culturelles dictent un regard critique sur la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, c'est par le recours &#224; l'action civique que No&#235;l se d&#233;gage le plus compl&#232;tement de la d&#233;saffection. En effet, le motif de l'action est central dans le roman. Tous les personnages positivement connot&#233;s agissent dans le pr&#233;sent et dans leur milieu, tout en tissant des liens avec des individus des classes d&#233;favoris&#233;es. Par le b&#233;n&#233;volat (aupr&#232;s des immigrants, des personnes &#226;g&#233;es et seules) et les lettres aux journaux, dans des collectifs comme &#201;chec &#224; la guerre ou &#224; l'&#233;tranger (au sein de M&#233;decins sans fronti&#232;re), Garance, Fran&#231;ois, Elvire, Gabriel et les autres prennent fait et cause dans les luttes actuelles en tentant de se d&#233;gager des discours creux pour valoriser au contraire l'efficacit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ils n'aimaient pas le pouvoir, mais l'action&lt;/i&gt; &#187; (p. 71).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte un roman ancr&#233; dans le pr&#233;sent, dans lequel la nostalgie est tangible, mais mise &#224; l'&#233;cart, dans une volont&#233; de faire le deuil de certaines utopies pour mieux r&#233;affirmer ce besoin de refaire le monde concr&#232;tement, de le rendre plus sensible. Dans cette vision volontariste, le temps des slogans est termin&#233;, celui de l'action commence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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