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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le peuple de Chartrand</title>
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		<dc:date>2021-03-11T20:26:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc-Andr&#233; Cyr</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Cyr, Marc-Andr&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Mes tr&#232;s chers fr&#232;res, mes tr&#232;s ch&#232;res s&#339;urs&#8230; &#187; C'est ainsi que Michel Chartrand commen&#231;ait la grande majorit&#233; de ses discours. D&#232;s ses premiers mots, on ne pouvait qu'&#234;tre impressionn&#233; par le charisme et l'&#233;nergie de cet homme. Le peuple de Chartrand, c'&#233;tait en fait toute l'humanit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Et pour &#234;tre certain qu'on comprenne bien la port&#233;e de ses propos, Chartrand encha&#238;nait g&#233;n&#233;ralement ses discours avec un extrait de la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme : &#171; Tous les &#234;tres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-populisme-de-gauche-A-tort-ou-a-raison-" rel="directory"&gt;Dossier : Le populisme de gauche. &#192; tort ou &#224; raison ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cyr-Marc-Andre-+" rel="tag"&gt;Cyr, Marc-Andr&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3087.png?1642092256' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;526&#034; height=&#034;744&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Mes tr&#232;s chers fr&#232;res, mes tr&#232;s ch&#232;res s&#339;urs&#8230; &#187; C'est ainsi que Michel Chartrand commen&#231;ait la grande majorit&#233; de ses discours. D&#232;s ses premiers mots, on ne pouvait qu'&#234;tre impressionn&#233; par le charisme et l'&#233;nergie de cet homme. Le peuple de Chartrand, c'&#233;tait en fait toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Et pour &#234;tre certain qu'on comprenne bien la port&#233;e de ses propos, Chartrand encha&#238;nait g&#233;n&#233;ralement ses discours avec un extrait de la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme : &#171; &lt;em&gt;Tous les &#234;tres humains naissent libres et &#233;gaux en dignit&#233; et en droits.&lt;/em&gt; &#187; Il d&#233;clarait ces lignes d'une telle mani&#232;re qu'on avait l'impression de les entendre pour la premi&#232;re fois de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si ce n'&#233;tait du ton fulminant et du regard enflamm&#233; l'accompagnant, cette ouverture pourrait laisser croire que Chartrand &#233;tait un lib&#233;ral &#171; de gauche &#187; tout aussi banal que les autres, un de ceux qui, comme il le d&#233;non&#231;ait, &#171; &lt;em&gt; collaborent avec le pouvoir &lt;/em&gt; &#187;. Tout progressiste cons&#233;quent soutient effectivement les droits de la personne, quitte &#224; en faire une simple question de principe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Le peuple humain&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Pour Chartrand, les droits de la personne et l'&#233;galit&#233; doivent s'incarner dans la r&#233;alit&#233; de tous les jours. Chartrand &#233;tait chr&#233;tien &#8211; il trouvait le Christ &#171; &lt;em&gt;sympathique&lt;/em&gt; &#187; &#8211; et n'aimait pas que les marxistes veuillent en finir avec la religion. Mais l'humanit&#233;, m&#234;me unie sous la gouverne de Dieu, se divise en classes sociales. Ainsi, Chartrand s'opposait tout autant &#224; l'universalisme abstrait des chr&#233;tiens qu'&#224; celui des bourgeois lib&#233;raux : &#171; &lt;em&gt; Comme si l'exploiteur et l'exploit&#233; avaient tous deux le m&#234;me c&#339;ur.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pourquoi il a &#233;t&#233; des luttes syndicales, populaires, internationales, humanitaires, f&#233;ministes, autochtones, ind&#233;pendantistes tout au long de sa vie. Il voyait le capitalisme comme un &#171; &lt;em&gt;march&#233; des esclaves&lt;/em&gt; &#187; et un syst&#232;me &#171; &lt;em&gt; amoral, asocial et apatride&lt;/em&gt; &#187;. Il faut se battre, disait-il, chaque jour et en permanence afin de pr&#233;server le peu de dignit&#233; et de libert&#233; qui nous restent. Et s'il faut &#224; l'occasion &#171; &lt;em&gt;&#233;tamper &lt;/em&gt; &#187; ou &#171; &lt;em&gt;botter le cul &lt;/em&gt; &#187; de ses adversaires, braver la loi, passer &#224; l'action directe, voire, dans le contexte des r&#233;gimes dictatoriaux, prendre le maquis, Chartrand ne s'y opposera pas, bien au contraire : &#171; &lt;em&gt;Jamais on ne me fera cracher sur les gars qui posent des bombes. Ils ont le droit de ne pas &#234;tre contents, ces gens-l&#224;. Le syst&#232;me capitaliste est fond&#233; sur la violence et il engendre n&#233;cessairement la violence.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le peuple est domin&#233; par la classe politique et les &#233;lites financi&#232;res. Le peuple &#171; r&#233;ellement existant &#187; (pour paraphraser la formule consacr&#233;e) doit s'&#233;manciper du syst&#232;me capitaliste, mais aussi de lui-m&#234;me. Il n'est pas une entit&#233; &#224; prot&#233;ger ou &#224; conserver telle quelle parce qu'elle aurait une quelconque valeur &#171; en soi &#187;. Il est en devenir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Par et pour le peuple&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Contrairement aux populistes de droite, Chartrand n'instrumentalise donc pas la culture ou le sens commun populaire afin de se donner raison. Cette culture populaire est aussi celle de la servitude, et le &#171; gros bon sens &#187; est corrompu par la pens&#233;e &#233;go&#239;ste et comp&#233;titive. Le sophisme de l'&lt;em&gt;argumentum ad populum&lt;/em&gt; lui est &#233;tranger (ou presque). Il n'appelle pas la majorit&#233; pour soutenir ses raisonnements. En fait, c'est plut&#244;t l'inverse qui est vrai. Chartrand d&#233;testait les consensus. La d&#233;mocratie, c'est le d&#233;bat. Il a d&#233;nonc&#233; toute sa vie le peuple qu&#233;b&#233;cois &#171; &lt;em&gt;peureux et colonis&#233;&lt;/em&gt; &#187;, lui reprochant son individualisme, son manque de courage, son mauvais traitement des minorit&#233;s, son machisme, son manque de solidarit&#233; et de conscience internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui l'int&#233;resse dans le peuple, c'est la possibilit&#233; d'y trouver l'outil du changement : la classe ouvri&#232;re. Chartrand ne s'identifie donc pas &#224; l'ensemble de la nation qu&#233;b&#233;coise, de bas en haut sans plus de nuance. Il s'inscrit, comme dirait Walter Benjamin, dans la m&#233;moire des vaincus : les Autochtones spoli&#233;s, les colons exploit&#233;s, les travailleurs en gr&#232;ve, les d&#233;serteurs, les pauvres, les femmes et les immigrants. Il s'identifie &#224; cette partie du peuple qui est victime de la hi&#233;rarchie et qui refuse sa condition. Le pass&#233; qui l'inspire, ce n'est pas celui des &#171; grands &#187;. Le Qu&#233;bec a d'ailleurs selon lui une part d'ombre dans son pass&#233; : &#171; &lt;em&gt;C'est cela notre civilisation, c'est cela la base de notre civilisation. Ce n'est pas une civilisation chr&#233;tienne mais une civilisation de barbares blancs qui ont conquis des peuples plus faibles et qui les ont vol&#233;s par la force d'arme, avec une fa&#231;ade de christianisme comme on a encore une fa&#231;ade de d&#233;mocratie.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le peuple &#171; &lt;em&gt;tel-qu'il-est&lt;/em&gt; &#187; doit se renier puis se transformer afin de devenir &#171; &lt;em&gt;tel-qu'il-devrait-&#234;tre &lt;/em&gt; &#187;. Il doit s'arracher &#224; lui-m&#234;me par une lib&#233;ration &#233;conomique, sociale et politique qui le transformera radicalement. Ce changement ne viendra pas d'en haut : &#171; &lt;em&gt;L'&#233;mancipation des travailleurs&lt;/em&gt;, comme disait Marx, sera &lt;em&gt;l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes&lt;/em&gt;. &#187; Chartrand ne d&#233;sire pas seulement l'&#233;lection d'un parti de gauche qui ferait quelques changements le temps de son mandat, il aspire &#224; un r&#233;el changement social et politique : &#171; &lt;em&gt;Pas surveiller le pouvoir, exercer le pouvoir &#187;, car &#171; on ne s'en sortirait m&#234;me pas avec un parti socialiste&lt;/em&gt; &#187;. Il faut que ce soit le peuple lui-m&#234;me qui &#171; brasse &#231;a &#187;. La d&#233;mocratie radicale semble &#234;tre ici l'avenue pour le futur &#8211; &#171; &lt;em&gt;toute vraie d&#233;mocratie est socialiste ; tout vrai socialisme est d&#233;mocratique&lt;/em&gt; &#187;. La classe ouvri&#232;re doit mettre en place une &#171; &lt;em&gt;machine &#233;lectorale &lt;/em&gt; &#187; permettant aux travailleurs et travailleuses de prendre le pouvoir via diff&#233;rents comit&#233;s (ch&#244;meurs, locataires, populaires, communautaires, syndicats) et de reprendre possession des entreprises via les comit&#233;s de travailleurs&#183;euses et l'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Une &#233;mancipation sans fronti&#232;res&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Chartrand est bien s&#251;r particuli&#232;rement concern&#233; par le sort du peuple qu&#233;b&#233;cois. Celui-ci doit s'&#233;manciper du colonialisme canadien. Le nationalisme de Chartrand n'est toutefois pas bourgeois. Pendant toute sa vie, il va critiquer le Parti qu&#233;b&#233;cois et son souverainisme sans r&#233;elle &#233;mancipation &#233;conomique et sociale. Le pays de Chartrand est concret, mat&#233;riel et vivant. Il est, pour reprendre les mots d'&#201;lis&#233;e Reclus, la &#171; &lt;em&gt;terre qui nous a nourris &#187; et le langage &#171; qui nous a berc&#233;s &lt;/em&gt; &#187;. Il ne s'agit donc pas de se donner un &#201;tat &#171; comme les autres &#187;, comme le disent les nationalistes, mais d'arracher le pays r&#233;el aux colonisateurs et aux exploiteurs pour le mettre entre les mains du peuple qui l'habite. Les exploiteurs &#8211; les &#171; &lt;em&gt;pourris&lt;/em&gt; &#187; et les &#171; &lt;em&gt;fascistes&lt;/em&gt; &#187; &#8211; sont aussi qu&#233;b&#233;cois. L'&#233;mancipation du peuple repose donc sur le prol&#233;tariat, elle est une division &#224; d&#233;passer au sein m&#234;me de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La lib&#233;ration doit se faire &#224; la fois &#224; l'&#233;chelle nationale et internationale. Fid&#232;le &#224; la pens&#233;e anticoloniale, elle est li&#233;e aux autres peuples du monde. &#171; &lt;em&gt;Des commandos viennent de partout. J'ai dit &#224; quelques-uns de ces volontaires : &#8220;En aidant les Palestiniens, c'est le Qu&#233;bec que vous aidez aussi &#224; se lib&#233;rer !&#8221;&lt;/em&gt; &#187; Chartrand va appuyer les combats des Vietnamiens, des Chiliens, des Irlandais, des Mohawks et des travailleurs et travailleuses du monde entier. Il va m&#234;me affirmer que les combattants de l'op&#233;ration de Munich, qui ont tu&#233; cinq athl&#232;tes olympiques isra&#233;liens en 1972, sont des &#171; &lt;em&gt;patriotes et des h&#233;ros&lt;/em&gt; &#187; qui avaient des intentions &#171; &lt;em&gt; hautement humanitaires &lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Derri&#232;re la nation, le peuple ; derri&#232;re le peuple, la classe sociale ; et par-del&#224; la classe, l'humanit&#233; retrouv&#233;e. Et &#224; chacune de ces &#233;tapes, Michel Chartrand nous crie &#224; tue-t&#234;te de ne pas &#233;couter les &#171; &lt;em&gt;petits messieurs &#233;duqu&#233;s tout croche &lt;/em&gt; &#187;, les &#171; &lt;em&gt;pouilleux &lt;/em&gt; &#187;, les &#171; &lt;em&gt; complices &lt;/em&gt; &#187; et les &#171; &lt;em&gt;commis de compagnie&lt;/em&gt; &#187;&#8230; Radical, anti-&#233;lite, anticapitaliste, anti-imp&#233;rialiste, nationaliste : Chartrand, populiste de gauche ? Sans doute. Populaire ? Assur&#233;ment. Mais il &#233;tait surtout socialiste et ind&#233;pendantiste. Et d&#233;testait les &#233;tiquettes. Il a constat&#233;, de l'int&#233;rieur du peuple, que l'injustice r&#233;gnait. Il a compris que la classe ouvri&#232;re organis&#233;e pouvait mettre fin &#224; la domination des puissants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Marc-Andr&#233; Cyr est historien des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : S&#233;bastien Marchal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le champ gauche</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-champ-gauche</link>
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		<dc:date>2020-11-22T19:58:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc-Andr&#233; Cyr</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Cyr, Marc-Andr&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il devient de plus en plus urgent de critiquer les d&#233;rives identitaires et individualistes de la gauche contemporaine, mais comment y arriver sans tomber dans le pi&#232;ge de la r&#233;action ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Par-del&#224; la d&#233;nonciation de la &#171; rectitude politique progressiste &#187;, il faut lier les causes de cette mont&#233;e du discours identitaire au contexte historique qui lui a permis de voir le jour. Il faut refuser de consid&#233;rer le combat politique comme une joute sportive. Les forces de gauche et de droite (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Mini-dossier-La-rectitude-politique-en-debat-" rel="directory"&gt;Mini-dossier : La rectitude politique en d&#233;bat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cyr-Marc-Andre-+" rel="tag"&gt;Cyr, Marc-Andr&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3011.jpg?1642092251' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;938&#034; height=&#034;1406&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il devient de plus en plus urgent de critiquer les d&#233;rives identitaires et individualistes de la gauche contemporaine, mais comment y arriver sans tomber dans le pi&#232;ge de la r&#233;action ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Par-del&#224; la d&#233;nonciation de la &#171; rectitude politique progressiste &#187;, il faut lier les causes de cette mont&#233;e du discours identitaire au contexte historique qui lui a permis de voir le jour. Il faut refuser de consid&#233;rer le combat politique comme une joute sportive. Les forces de gauche et de droite d'aujourd'hui ne se font pas face. La droite domine la gauche, c'est en surplomb qu'elle ordonne les fronti&#232;res du d&#233;bat, &#224; un tel point que les progressistes adh&#232;rent en partie et inconsciemment aux dogmes &#233;conomiques du n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : notre &#233;poque connait plus d'id&#233;al commun. Le lib&#233;ralisme n'a pas rempli ses promesses, le socialisme est mort et l'anarchisme, &#224; la marge. Ne reste que les lubies nationalistes, l'&#201;tat s&#233;curitaire et le &lt;em&gt;statu quo&lt;/em&gt; &#224; pr&#233;server. L'enfermement est total. Les d&#233;bats politiques ne concernent plus les fondements de notre vivre-ensemble, les orientations globales que nous voulons donner &#224; nos institutions ou m&#234;me les &#171; grands &#187; projets &#224; mettre en marche. Le seul ersatz de d&#233;bat toujours possible concerne les diff&#233;rents changements &#224; op&#233;rer afin que les soci&#233;t&#233;s r&#233;pondent &lt;em&gt;mieux&lt;/em&gt; aux imp&#233;ratifs de la croissance. M&#234;me l'ind&#233;pendance nationale, bien qu'elle soit conforme aux principes l&#233;gaux r&#233;gissant l'existence actuelle des &#201;tats, semble d&#233;sormais impossible &#8211; le cas de la Catalogne est en ce sens probant, mais &#233;galement celui du Qu&#233;bec.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre culturelle&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; son propre triomphe, la droite s'est radicalis&#233;e (&#171; d&#233;complex&#233;e &#187; comme elle aime le dire). Renouvelant sa rh&#233;torique pour la faire co&#239;ncider avec les int&#233;r&#234;ts du moment, elle a recadr&#233; le d&#233;bat afin qu'il prenne les apparences d'une &#171; guerre culturelle &#187;. Comme l'a analys&#233; le sociologue Thomas Frank&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent &#224; droite, Paris, Agone, 2008, 448 p.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette guerre a d&#233;plac&#233; la division entre les riches et les pauvres pour qu'elle recoupe d&#233;sormais l'&#171; &#233;lite &#187; et le &#171; peuple &#187;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires du peuple ne sont d&#233;sormais plus les riches et les exploiteurs, mais bien les intellectuel&#183;le&#183;s, les artistes, les bien-pensant&#183;e&#183;s, les &#171; gauchistes &#187; petits-bourgeois&#8230; La crise &#233;cologique et les progressions fulgurantes de la pauvret&#233; rendant difficile la d&#233;fense de la hi&#233;rarchie actuelle, il fallait gommer les rapports de force, les renverser dans les esprits afin que la population continue de s'identifier &#224; ses dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, pour prot&#233;ger l'&#233;lite &#233;conomique, la droite a fait d&#233;vier le regard vers l'&#233;lite culturelle (par exemple : la &#171; clique du Plateau &#187;). Ce recadrage lui permet de cr&#233;er des solidarit&#233;s verticales : le peuple peut d&#233;sormais &#233;lire des multimillionnaires qui vont objectivement participer &#224; son appauvrissement dans la mesure o&#249; ceux-ci d&#233;fendent ses &#171; valeurs &#187; &#8211; le sens commun, le conservatisme, la famille, la nation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation du d&#233;bat politique n'aurait toutefois pas &#233;t&#233; un tel succ&#232;s sans l'apport inestimable de la gauche lib&#233;rale. Soumise aux al&#233;as de la machine automate capitaliste &#8211; une soumission in&#233;vitable sans luttes ni r&#233;sistances &#8211; cette gauche parlementaire a mis de l'avant des politiques n&#233;olib&#233;rales tout aussi dogmatiques que ses adversaires de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernants progressistes ont ainsi laiss&#233; de c&#244;t&#233; la d&#233;fense des pauvres et des travailleur&#183;euse&#183;s au profit d'une approche moralisante et symbolique de la politique. La lutte pour la reconnaissance a supplant&#233; celle de l'&#233;galit&#233;. Cette derni&#232;re a &#233;t&#233; mise de c&#244;t&#233; au profit de la seule revendication &#171; r&#233;aliste &#187; en r&#233;gime lib&#233;ral : la reconnaissance symbolique. Les progressistes revendiquent d&#233;sormais une hi&#233;rarchie plurielle et repr&#233;sentative des minorit&#233;s : plus de cheffes d'entreprise, plus de politiciens noirs, plus de g&#233;n&#233;raux transgenres, plus de minorit&#233;s dans le monde du spectacle... Le premier ministre Trudeau est l'arch&#233;type de cette id&#233;ologie. Il pleure sur le sort des minorit&#233;s tout en laissant intactes les structures sociales qui reproduisent leur domination.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Position de repli&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce recadrage du d&#233;bat n'appara&#238;t pas par hasard : c'est la chute de l'id&#233;al socialiste qui, du moins en partie, l'explique. La fin des utopies fait appara&#238;tre les formes actuelles de l'&#233;conomie comme &#233;ternelles, sans possibilit&#233; de d&#233;passement. Il ne s'agit plus seulement de critiquer les &#171; trahisons &#187; ou les &#171; d&#233;missions &#187; de la gauche, mais bien de saisir comment cette subjectivit&#233; r&#233;p&#233;t&#233;e a men&#233; &#224; une condition objective : la mort d'un sujet r&#233;volutionnaire. Un sujet qui n'existe pas seulement &#171; en soi &#187; &#8211; mat&#233;riellement &#8211; mais qui, &lt;em&gt;pour exister&lt;/em&gt;, doit lutter pour son auto&#233;mancipation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E.P. Thomson, La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise, Paris, Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche est donc en position de repli. Alors que la droite danse sur la tombe du prol&#233;tariat pour c&#233;l&#233;brer la nation, la gauche se dispute les derniers morceaux de son cadavre. Elle se pr&#233;tend toujours du c&#244;t&#233; des pauvres et des &#171; damn&#233;&#183;e&#183;s de la terre &#187;, mais l'impossibilit&#233; de d&#233;passer les formes actuelles de la soci&#233;t&#233; la m&#232;ne &#224; jouer sur le terrain du &lt;em&gt;statu quo&lt;/em&gt;. L'identit&#233; prol&#233;tarienne &#233;tant en d&#233;composition, la gauche prend d&#233;sormais le parti des nombreuses identit&#233;s qu'elle recouvrait (sexuelles, raciales, ethniques&#8230;).&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus qu'elle n'est une contradiction secondaire ou petite-bourgeoise, cette lutte pour la reconnaissance n'est pas nouvelle. Il ne s'agit pas de critiquer sa l&#233;gitimit&#233;, mais bien la mani&#232;re dont elle est men&#233;e. En phase avec la guerre culturelle, ce qui lui manque d&#233;sormais, c'est la dialectique la raccordant &#224; l'&#233;conomie. Sans cette mise en relation, la lutte identitaire reste strictement formelle : elle ne revendique aucun changement radical et se condamne &#224; une reconnaissance abstraite, sans contenu concret. &#192; l'inverse, une lutte strictement &#233;conomique serait elle aussi abstraite puisqu'elle laisserait de c&#244;t&#233; les modalit&#233;s concr&#232;tes permettant aux in&#233;galit&#233;s de se reproduire. L'&#233;conomie vient donc lier entre elles les diff&#233;rentes luttes. Elle appelle &#224; f&#233;d&#233;rer les particularit&#233;s pour viser le d&#233;passement, non seulement de l'&#233;conomie capitaliste, mais de toutes les oppressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En n&#233;gligeant l'&#233;conomie et la lutte des classes, la gauche cadre ainsi parfaitement son discours &#224; l'int&#233;rieur de la guerre culturelle d&#233;clar&#233;e par la droite. Alors que cette derni&#232;re se targue de d&#233;fendre le peuple &#171; ordinaire &#187; face &#224; l'&#233;lite intellectuelle progressiste, la gauche r&#233;plique que ce peuple est en fait porteur de sexisme et de racisme &#8211; sans oublier l'homophobie, la transphobie, le capacitisme, la grossophobie, l'anthropocentrisme&#8230; &#8211; et qu'il est divis&#233; entre plusieurs identit&#233;s en conflit les unes avec les autres. Aucune identit&#233; &#233;mancipatrice &lt;em&gt;collective&lt;/em&gt; n'est consid&#233;r&#233;e&#8230;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Privil&#232;ge ou justice&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;H&#233;g&#233;monique, le concept de &#171; privil&#232;ge blanc &#187;, que l'on retrouve dans les pages des journaux &#224; grand tirage, &#224; Hollywood et dans les s&#233;ries t&#233;l&#233; &#224; grand d&#233;ploiement, vient &#233;galement confirmer l'enfermement id&#233;ologique de cette gauche. Peggy McIntosh, qui fut parmi les premi&#232;res &#224; donner forme au concept, consid&#232;re que la non-discrimination est un privil&#232;ge. Preuve que le d&#233;passement du &lt;em&gt;statu quo &lt;/em&gt;est consid&#233;r&#233; comme impossible, l'absence d'injustice en vient &#224; &#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme une chance. Si le privil&#233;gi&#233; est toujours celui qui domine, exploite, tire les ficelles du pouvoir ou est propri&#233;taire des moyens de production, ce n'est pourtant pas lui qui est vis&#233; par cette rh&#233;torique, mais bien le citoyen ordinaire, celui qui &lt;em&gt;n'est pas&lt;/em&gt; harcel&#233; par la police, qui n'a pas peur de marcher dans la rue la nuit et qui &lt;em&gt;n'est pas&lt;/em&gt; discrimin&#233; &#224; l'emploi&#8230;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dignit&#233; et la justice n'apparaissent donc plus comme un id&#233;al &#224; conqu&#233;rir &#224; travers la transformation plus ou moins radicale des institutions, mais comme un &#233;tat de sup&#233;riorit&#233; li&#233; &#224; son sexe, &#224; son genre, &#224; sa race et (parfois, quoique rarement) &#224; sa classe. Comme aucune alternative ne permettant l'&#233;mancipation et l'&#233;galit&#233; pour tou&#183;te&#183;s n'est &#224; l'ordre du jour, on demande ainsi aux d&#233;class&#233;&#183;e&#183;s de reconnaitre que certain&#183;e&#183;s vivent une situation encore pire que la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la solidarit&#233; verticale propos&#233;e par les conservateurs, la gauche r&#233;plique ainsi de mani&#232;re beaucoup trop sym&#233;trique. Les deux performances se rench&#233;rissent l'une et l'autre. La droite affirme qu'il n'y a pas de honte (entendre : &#171; on peut &#234;tre fier &#187;) d'&#234;tre un homme ou une femme &#171; ordinaire &#187;, &#171; majoritaire &#187; ; la gauche r&#233;plique que cet homme ou cette femme &#171; ordinaire &#187; est privil&#233;gi&#233;&#183;e et doit faire son examen de conscience. L'objet est vu sous diff&#233;rents angles, mais le d&#233;passement des cat&#233;gories qui permettent sa reproduction n'est jamais consid&#233;r&#233;. Incapable de penser par-del&#224; la nation, la gauche se replie en de&#231;&#224;, dans les multiples tensions se trouvant en son sein : race et minorit&#233;, sexe et genre, des cat&#233;gories qu'elle r&#233;ifie et essentialise de la m&#234;me mani&#232;re que ses adversaires. Elle laisse ainsi intacts les privil&#232;ges des classes dirigeantes, les structures patriarcales et racistes de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Frank, &lt;em&gt;Pourquoi les pauvres votent &#224; droite&lt;/em&gt;, Paris, Agone, 2008, 448 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E.P. Thomson, &lt;em&gt;La formation de la classe ouvri&#232;re anglaise&lt;/em&gt;, Paris, Seuil, 2012 [1963], 1216 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Ana Carolina&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Les murmures de l'anti-pouvoir</title>
		<link>https://www.ababord.org/Les-murmures-de-l-anti-pouvoir</link>
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		<dc:date>2011-08-19T00:28:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc-Andr&#233; Cyr</dc:creator>


		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Cyr, Marc-Andr&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lorsqu'il analysait la Nouvelle gauche des anne&#769;es 1960, Herbert Marcuse ne tarissait pas d'e&#769;loges a&#768; son endroit. Ce mouvement e&#769;tait a&#768; la conque&#770;te de notre sensibilite&#769; lamine&#769;e par la rationalite&#769; bourgeoise instrumentale, il voulait transformer jusqu'a&#768; notre conception de l'a&#770;me qui devenait, gra&#770;ce au mouvement de libe&#769;ration afro-ame&#769;ricain, &#171; noire, violente et Lorgiaque &#187;. Bien entendu, s'il e&#769;tait since&#768;re dans sa volonte&#769; de renverser le monde pour le rendre conforme a&#768; notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-36-oct-nov-2010-" rel="directory"&gt;No 036 - oct. / nov. 2010&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Altermondialisme-+" rel="tag"&gt;Altermondialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cyr-Marc-Andre-+" rel="tag"&gt;Cyr, Marc-Andr&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1111.gif?1642092120' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;864&#034; height=&#034;1296&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'il analysait la Nouvelle gauche des anne&#769;es 1960, Herbert Marcuse ne tarissait pas d'e&#769;loges a&#768; son endroit. Ce mouvement e&#769;tait a&#768; la conque&#770;te de notre sensibilite&#769; lamine&#769;e par la rationalite&#769; bourgeoise instrumentale, il voulait transformer jusqu'a&#768; notre conception de l'a&#770;me qui devenait, gra&#770;ce au mouvement de libe&#769;ration afro-ame&#769;ricain, &#171; noire, violente et&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorgiaque &#187;. Bien entendu, s'il e&#769;tait since&#768;re dans sa volonte&#769; de renverser le monde pour le rendre conforme a&#768; notre sensibilite&#769; et a&#768; nos de&#769;sirs, ce mouvement se devait d'opter pour l'ille&#769;galisme, pour &#171; l'indispensable &#187; de&#769;sobe&#769;issance civile et l'action directe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le moins que l'on puisse dire, et le traitement re&#769;serve&#769; aux militants radicaux qui se sont rendus a&#768; Toronto en juin dernier en te&#769;moigne une fois de plus, c'est que la gauche radicale contemporaine n'est pas pre&#769;sente&#769;e en ces termes dans l'espace public. Si la re&#769;pression subie par les manifestantEs a provoque&#769; une certaine sympathie, me&#770;me de la part de la droite libe&#769;rale, ce soutien a e&#769;te&#769; re&#769;serve&#769; aux &#171; bons militants &#187; qui ont respecte&#769; l'encadrement policier. Les radi- caux, principalement mobilise&#769;s par la CLAC- 2010 (Convergence des luttes anticapitalistes) n'ont pas eu droit a&#768; cette sympathie, bien au contraire : a&#768; peu pre&#768;s toutes les de&#769;clarations de&#769;nonc&#807;ant la brutalite&#769; et l'arbitraire policier e&#769;taient accompagne&#769;es d'une distanciation, voire d'une condamnation, de la tendance radicale du mouvement. Une chroniqueuse de &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt;, dans le portrait qu'elle fait de deux jeunes citoyennes arre&#770;te&#769;es dans un dortoir de l'Universite&#769; de Toronto, affirme que ces dernie&#768;res ont pris l'autobus de la CLAC par &#171; le hasard le plus pur &#187; ; comme si leur militantisme actif dans un groupe anticapitaliste avait justifie&#769; leur arrestation, par ailleurs ille&#769;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette condamnation de l'action directe trouve me&#770;me des e&#769;chos au c&#339;ur de la tendance re&#769;formiste du mouvement altermondialiste &#8211; on pense ici a&#768; Greenpeace, a&#768; certains syndicats, a&#768; certaines personnalite&#769;s du mouvement comme l'auteure Naomi Klein... Me&#770;me le de&#769;pute&#769; Amir Khadir a tenu a&#768; se distancer des activite&#769;s de Jaggi Singh lorsqu'il a assure&#769; une partie de sa caution de libe&#769;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas seulement l'action directe &#8211; vectrice d'une violence minime et symbolique &#8211; qui est conside&#769;re&#769;e comme une de&#769;viance. Le consensus, plus herme&#769;tique, se trouve en amont, c'est le &lt;i&gt;refus de la condamner&lt;/i&gt; qui vous rend socialement peu fre&#769;quentable. La question pose&#769;e publiquement n'est pas : &#171; est-ce que l'action directe est le&#769;gitime ? &#187; ou encore &#171; pourquoi des gens utilisent-ils ce mode d'action ? &#187;, mais bien, et plus simplement, &#171; pourquoi vous ne de&#769;noncez pas cette &#171; violence &#187; ? &#187; Ainsi, les hommes les plus puissants du monde &#8211; ceux qui provoquent et de&#769;clenchent nombre de guerres &#8211; se rencontrent a&#768; Toronto barricade&#769;s par le plus grand de&#769;ploiement se&#769;curitaire des dernie&#768;res de&#769;cennies, les forces de l'ordre muse&#768;lent brutalement toute dissidence &#8211;l'amour que porte notre socie&#769;te&#769; a&#768; ce fe&#769;tiche moderne qu'est la marchandise ; cela nous en apprend e&#769;galement sur l'e&#769;tat des rapports de force dans notre bien heureuse socie&#769;te&#769; du spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De&#769;sormais, vouloir vivre hors des structures institue&#769;es par la socie&#769;te&#769; marchande est conside&#769;re&#769; comme pure folie, toute dissidence pratique ou the&#769;orique est vastement discre&#769;dite&#769;e. Les proble&#768;mes identifie&#769;s, les mots utilise&#769;s pour les de&#769;crire et les solutions a&#768; y apporter sont tous inte&#769;gralement et essentiellement capitalistes. En dehors de ce cadre, il n'y a qu'absence de pragmatisme, irratio- nalite&#769; et fables gauchistes. Malgre&#769; la crise e&#769;colo- gique, la concentration obsce&#768;ne de la richesse, les guerres impe&#769;rialistes, les crises e&#769;conomiques et la corruption de nos gouvernements, la dissidence radicale, celle qui propose analyses et solutions globales a&#768; ces proble&#768;mes dont le caracte&#768;re chroni- que est de plus en plus maladroitement cache&#769;, reste le plus souvent inconnue, nie&#769;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement libertaire, socialiste et fe&#769;mi- niste, malgre&#769; tout, semble anime&#769; d'une irre&#769;ducti- ble et historique de&#769;termination. Poursuivant dans la joie, comme aurait dit Paul-E&#769;mile Borduas dans Refus global, son &#171; sauvage besoin de libe&#769;ration &#187;, il agit comme une e&#769;pine dans le pied de cette socie&#769;te&#769; marchant au pas vers la reproduction per- pe&#769;tuelle de l'exploitation, de la domination et de la destruction. Il a appris, parfois a&#768; grands coups de matraque, a&#768; ne rien attendre de cette socie&#769;te&#769;. Sans cadre ni parti, loin des bureaucraties syndicales et du spectacle parlementaire, il participe a&#768; cette ne&#769;gation de la totalite&#769; capitaliste, a&#768; ce mouvement du ne&#769;gatif qui veut mettre un terme au processus d'accumulation des profits, processus qui me&#768;ne lentement mais ine&#769;vitablement l'humanite&#769; vers son autodestruction. Ce cri d'&#171; horreur-et- d'espe&#769;rance &#187;, pour reprendre l'expression du penseur John Holloway, est bien celui de la liberte&#769; et de la dignite&#769;. Et c'est pre&#769;cise&#769;ment pour cette raison qu'on tente de lui soutirer toute signification et de le calomnier... &#8902;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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