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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Que signifie la financiarisation du logement ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Que-signifie-la-financiarisation-du-logement</link>
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		<dc:date>2024-08-04T16:19:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Gaudreau</dc:creator>


		<dc:subject>Gaudreau, Louis </dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Logement, transports et &#233;cologie urbaine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les t&#233;nors de l'industrie immobili&#232;re nous disent que l'actuelle crise du logement r&#233;sulterait d'une r&#233;glementation trop restrictive qui aurait longtemps d&#233;courag&#233; l'investissement priv&#233; dans le march&#233; r&#233;sidentiel et cr&#233;&#233; un probl&#232;me &#171; d'offre &#187;. Pourtant, il n'y a jamais eu autant d'argent circulant dans ce secteur que depuis vingt ans. Pourquoi sommes-nous donc confront&#233;&#183;es &#224; une aussi importante crise du logement ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'afflux sans pr&#233;c&#233;dent de capitaux dans le secteur de l'immobilier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Financiarisation-du-logement-Champ-libre-au-prive-" rel="directory"&gt;Dossier : Financiarisation du logement. Champ libre au priv&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gaudreau-Louis-+" rel="tag"&gt;Gaudreau, Louis &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Logement-transports-et-ecologie-+" rel="tag"&gt;Logement, transports et &#233;cologie urbaine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/234234-10.png?1722788220' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;833&#034; height=&#034;1105&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les t&#233;nors de l'industrie immobili&#232;re nous disent que l'actuelle crise du logement r&#233;sulterait d'une r&#233;glementation trop restrictive qui aurait longtemps d&#233;courag&#233; l'investissement priv&#233; dans le march&#233; r&#233;sidentiel et cr&#233;&#233; un probl&#232;me &#171; d'offre &#187;. Pourtant, il n'y a jamais eu autant d'argent circulant dans ce secteur que depuis vingt ans. Pourquoi sommes-nous donc confront&#233;&#183;es &#224; une aussi importante crise du logement ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'afflux sans pr&#233;c&#233;dent de capitaux dans le secteur de l'immobilier provient en grande partie d'acteurs financiers dont les investissements, par ailleurs activement soutenus par les pouvoirs publics, ont pouss&#233; les prix &#224; la hausse et ont contribu&#233; &#224; la quasi-disparition du logement financi&#232;rement accessible. La crise dans laquelle est plong&#233; le Qu&#233;bec depuis plusieurs ann&#233;es est donc &#233;troitement li&#233;e &#224; cette vague d'investissements qui a profond&#233;ment transform&#233; le fonctionnement du march&#233; r&#233;sidentiel. Ce ph&#233;nom&#232;ne, que l'on nomme financiarisation, n'est pas que local. Il se d&#233;ploie &#224; grande vitesse dans plusieurs r&#233;gions du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La financiarisation est au c&#339;ur de l'&#233;volution du capitalisme depuis les ann&#233;es 1990. Elle d&#233;signe le processus par lequel la finance (ses institutions, ses acteurs) parvient &#224; exercer une emprise grandissante sur l'activit&#233; &#233;conomique et sociale. La financiarisation se traduit par la mont&#233;e en puissance d'acteurs financiers (des fonds d'investissement et des banques en particulier) et, plus fondamentalement, par leur capacit&#233; &#224; soumettre des domaines essentiels de la vie sociale &#224; leur logique et &#224; leurs exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; du logement n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; ce processus. Il a m&#234;me activement particip&#233; &#224; sa diffusion et sa normalisation. Aujourd'hui, les activit&#233;s qui sont au c&#339;ur de son fonctionnement, soit le financement hypoth&#233;caire, la production et la d&#233;tention-gestion d'immeubles r&#233;sidentiels, sont domin&#233;es par des pratiques et imp&#233;ratifs financiers ou en voie de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Financement hypoth&#233;caire et titrisation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le financement hypoth&#233;caire est sans contredit l'activit&#233; dans laquelle la financiarisation du logement s'est le plus d&#233;velopp&#233;e et par laquelle ses effets se font sentir de fa&#231;on plus marqu&#233;e. Les pr&#234;ts hypoth&#233;caires jouent depuis longtemps un r&#244;le central dans le fonctionnement du march&#233; du logement, car ils rendent possible la tr&#232;s vaste majorit&#233; des transactions immobili&#232;res et des projets de construction r&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Canada, les banques (avec les Caisses Desjardins au Qu&#233;bec) r&#232;gnent presque sans partage sur ce secteur d'activit&#233;. Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, elles y ont consid&#233;rablement accru leur participation en ayant recours &#224; la technique de la titrisation, qui leur permet de transformer les pr&#234;ts qu'elles accordent en titres financiers. Elles peuvent par la suite vendre ces titres &#224; d'autres investisseurs qui re&#231;oivent en &#233;change les remboursements mensuels auxquels donnent droit les hypoth&#232;ques &#224; l'origine de l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau march&#233; des titres hypoth&#233;caires, cr&#233;&#233; pour l'industrie financi&#232;re, a connu un essor consid&#233;rable au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies. Les banques y ont vendu pour plusieurs centaines de milliards de dollars de pr&#234;ts hypoth&#233;caires &#224; des fonds d'investissement ou &#224; d'autres banques et ont pu r&#233;investir ces sommes dans de nouveaux pr&#234;ts&#8230; &#233;galement &#171; titirisables &#187;. La forte demande des investisseurs pour les titres hypoth&#233;caires a par cons&#233;quent donn&#233; aux institutions financi&#232;res les moyens de financer dans des proportions enti&#232;rement nouvelles la construction, la r&#233;novation ou la vente de logements et de parier sur la hausse des prix qui allait en r&#233;sulter pour attirer de nouveaux investissements. En effet, la croissance importante du prix des propri&#233;t&#233;s enregistr&#233;e dans plusieurs villes, de m&#234;me que celle des loyers qui s'en est suivie, n'aurait tout simplement pas pu &#234;tre possible si elle n'avait pas d'abord &#233;t&#233; valid&#233;e par des institutions financi&#232;res dispos&#233;es &#224; pr&#234;ter et encourag&#233;es &#224; le faire par les march&#233;s financiers. En d'autres termes, c'est sur le march&#233; financiaris&#233; des pr&#234;ts hypoth&#233;caires qu'ont &#233;t&#233; puis&#233;es les sommes n&#233;cessaires &#224; la sp&#233;culation, les surench&#232;res et les conversions d'immeubles qui ont conduit aux importants probl&#232;mes d'acc&#232;s au logement que l'on conna&#238;t depuis plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les promoteurs et leurs nouveaux partenaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que ces pratiques ont fortement &#233;t&#233; encourag&#233;es par les pouvoirs publics et les autorit&#233;s mon&#233;taires du pays. La tr&#232;s grande majorit&#233; des op&#233;rations de titrisation sont assur&#233;es par la Soci&#233;t&#233; canadienne d'hypoth&#232;ques et de logement (donc de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral) qui se porte garante de toute perte que les d&#233;tenteurs de titres pourraient &#233;ventuellement subir. Les banques, les fonds et autres investisseurs ne courent donc aucun risque &#224; s'y engager. De plus, pendant la crise financi&#232;re mondiale de 2008, puis la pand&#233;mie de COVID-19 en 2020, le gouvernement f&#233;d&#233;ral n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; injecter plusieurs dizaines de milliards de dollars dans des acquisitions de titres afin de prot&#233;ger le march&#233; hypoth&#233;caire des cons&#233;quences d'un possible ralentissement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2008, le Gouvernement du Canada a cr&#233;&#233; le Programme d'achat de pr&#234;ts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chaque fois, ces interventions publiques ont eu pour effet de nourrir l'effervescence immobili&#232;re. Enfin, la politique d'assouplissement quantitatif men&#233;e par la Banque centrale du Canada jusqu'en 2021 a permis de maintenir les taux hypoth&#233;caires &#224; des niveaux tr&#232;s bas et de nourrir les march&#233;s financiers de liquidit&#233;s dont une partie a tr&#232;s certainement &#233;t&#233; r&#233;investie dans l'immobilier r&#233;sidentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de financiarisation est aussi bien amorc&#233; dans le domaine du d&#233;veloppement r&#233;sidentiel, en particulier dans la grande r&#233;gion de Montr&#233;al et dans d'autres grandes villes comme Toronto et Vancouver. Au cours des 15 derni&#232;res ann&#233;es, l'industrie montr&#233;alaise de la promotion immobili&#232;re a elle aussi attir&#233; d'importants investissements en provenance de fonds priv&#233;s ou cot&#233;s en bourse, comme Fiera Capital, ou encore de fonds de travailleur&#183;euses tels que le Fonds immobilier de solidarit&#233; de la FTQ ou Fondaction-CSN. Malgr&#233; les origines syndicales de certaines d'entre elles, ces entreprises ont pour vocation premi&#232;re de g&#233;n&#233;rer des revenus pour leurs actionnaires ou leurs cotisants, ce qui les conduit &#224; privil&#233;gier des projets r&#233;sidentiels &#224; forts rendements. On leur doit notamment les grandes tours de condominiums haut de gamme qui ont &#233;t&#233; &#233;rig&#233;es en grand nombre dans plusieurs quartiers centraux de Montr&#233;al ou qui sont construites aux abords des futures stations du REM (voir l'article de Marc-Andr&#233; Houle dans ce dossier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fonds ont pour habitude de s'adjoindre de grandes entreprises de promotion immobili&#232;re. Ceux-ci ne se limitent pas seulement &#224; financer les op&#233;rations, comme le faisaient les investisseurs priv&#233;s ou les particuliers auxquels les promoteurs s'associaient fr&#233;quemment pour compl&#233;ter leurs montages financiers. Ils prennent aussi une part active &#224; la r&#233;alisation des projets. Afin de s'assurer que les rendements &#233;lev&#233;s promis &#224; leurs actionnaires soient atteints, ils exercent un droit de regard sur les produits r&#233;sidentiels &#224; privil&#233;gier, sur le prix de vente ou de location des unit&#233;s r&#233;sidentielles ainsi que sur les strat&#233;gies de mise en march&#233;. Leur mod&#232;le d'affaires laisse assez peu de place &#224; des logements &#224; faible rendement, ce qui explique sans doute leur opposition &#224; la r&#233;cente &lt;em&gt;Politique pour une m&#233;tropole mixte&lt;/em&gt; (dite du 20-20-20) qui impose l'inclusion de logements abordables et sociaux &#224; tous les grands projets r&#233;sidentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, en raison des sommes importantes qu'ils ont &#224; investir, les fonds ne participent qu'&#224; des op&#233;rations d'envergure qui ont un impact sur l'ensemble du march&#233;, notamment sur le prix des terrains avoisinants, et donc sur le type de logements que d'autres d&#233;veloppeurs, qu'ils soient priv&#233;s ou &#224; but non lucratif, seront en mesure d'y construire. Ainsi, l&#224; o&#249; ils interviennent, les fonds d'investissement ne se contentent pas de mettre leur argent &#224; la disposition des promoteurs. Ils agissent sur leurs pratiques de m&#234;me que sur les conditions et tendances g&#233;n&#233;rales du d&#233;veloppement r&#233;sidentiel. C'est de cette mani&#232;re qu'ils contribuent &#224; sa financiarisation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le logement locatif dans le collimateur&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la finance a &#233;galement fait son nid dans le march&#233; du logement locatif. Au milieu des ann&#233;es 1990, le gouvernement f&#233;d&#233;ral s'est enti&#232;rement retir&#233; du financement du logement social en justifiant cette d&#233;cision par son d&#233;sir d'encourager l'investissement priv&#233; dans le march&#233; locatif et d'y attirer de nouveaux capitaux provenant des march&#233;s financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, il a mis en place diff&#233;rents incitatifs &#224; la cr&#233;ation d'entreprises financi&#232;res sp&#233;cialis&#233;es dans l'acquisition d'immeubles locatifs, dont les plus importantes sont les fiducies de placement immobilier (FPI), mieux connues sous leur appellation anglaise de &lt;em&gt;Real Estate Investment Trust&lt;/em&gt; (REIT). Les FPI sont des fonds d'investissement cot&#233;s en bourse qui se financent en vendant des actions et en promettant &#224; leurs actionnaires des dividendes stables et croissants. Selon la chercheure Martine August, ces fonds ont &#224; eux seuls achet&#233; plus de 200 000 unit&#233;s locatives depuis la fin des ann&#233;es 1990 au Canada et 17 entreprises financi&#232;res comptent d&#233;sormais parmi les 25 plus gros propri&#233;taires r&#233;sidentiels du pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;August, Martine (2022) La financiarisation du logement multifamilial au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces entreprises sont plus pr&#233;sentes &#224; l'ext&#233;rieur du Qu&#233;bec o&#249; les loyers sont encore moins bien r&#233;glement&#233;s. &#192; Toronto, elles ont achet&#233; la quasi-totalit&#233; des immeubles multifamiliaux mis en vente au cours de l'ann&#233;e 2020, tandis qu'&#224; Yellowknife, un seul fonds, Northview REIT, poss&#233;dait &#224; lui seul 74 % des logements locatifs priv&#233;s en 2017. Au Qu&#233;bec, leur pr&#233;sence est pour l'instant moins importante et se concentre dans les grands ensembles locatifs de plus de 100 logements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend ais&#233;ment que de tels fonds, dont les investissements se chiffrent en milliards de dollars, soient moins int&#233;ress&#233;s par les rendements n&#233;cessairement plus faibles d'un duplex ou d'un triplex, car ce sont bel et bien les rendements d'&#233;chelle que visent ces entreprises. Les travaux de Martine August montrent &#233;galement que, dans les immeubles dont ils sont propri&#233;taires, les fonds mettent en &#339;uvre des pratiques de gestion orient&#233;es vers la maximisation des b&#233;n&#233;fices pour leurs actionnaires, au d&#233;triment de l'abordabilit&#233; des logements, de la qualit&#233; de vie et m&#234;me de la s&#233;curit&#233; des locataires. Leur engagement &#224; maintenir des niveaux de rendements croissants les incite &#224; d&#233;ployer d'agressives strat&#233;gies visant &#224; extraire le maximum de valeur de leurs immeubles, par exemple en augmentant syst&#233;matiquement les loyers, en recourant aux expulsions ou &#224; diverses formes de pression afin de favoriser les changements rapides de locataires, ou encore en investissant minimalement dans l'entretien et la r&#233;novation. En raison de la structure de financement de ces entreprises et de leur raison d'&#234;tre, le logement y est d'abord con&#231;u comme un actif &#224; valoriser, comme le serait n'importe quel autre produit financier. Avec la mont&#233;e des fonds d'investissement dans le march&#233; locatif, qui est encore tr&#232;s in&#233;gale selon les r&#233;gions et les provinces, c'est la propri&#233;t&#233; du logement qui tend alors &#224; se financiariser.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les cons&#233;quences de la financiarisation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il n'est pas enti&#232;rement achev&#233;, le processus de financiarisation a jusqu'ici, sous ses diverses formes, contribu&#233; de mani&#232;re importante au d&#233;clenchement de l'actuelle crise du logement. Il a cr&#233;&#233; une pression &#224; la hausse sur les prix et surstimul&#233; la construction et les acquisitions d'immeubles destin&#233;s aux segments les plus rentables du march&#233;. La masse de capitaux qui a afflu&#233; vers ce secteur a cr&#233;&#233; un d&#233;s&#233;quilibre important entre, d'une part, les besoins sociaux grandissants pour du logement de qualit&#233; et accessible financi&#232;rement et, d'autre part, les exigences de rendement d'acteurs financiers qui sont devenus incontournables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la th&#232;se de la financiarisation, qui est de plus en plus souvent &#233;voqu&#233;e pour expliquer la crise du logement &#224; laquelle sont confront&#233;es de nombreuses villes du monde, ne se r&#233;sume pas au seul constat de l'arriv&#233;e de nouveaux acteurs dans le march&#233; r&#233;sidentiel. Elle renvoie d'abord et avant tout &#224; une transformation de son mode de r&#233;gulation, c'est-&#224;-dire de la logique et des rapports sociaux qui pr&#233;sident &#224; son fonctionnement. La financiarisation n'a &#233;videmment rien chang&#233; au fait que le logement est depuis longtemps une marchandise dont la production et le commerce sont motiv&#233;s par la recherche de profit. Cependant, elle a radicalis&#233; ce principe fondateur du march&#233; du logement en cr&#233;ant des conditions dans lesquelles le profit peut se r&#233;aliser beaucoup plus rapidement, dans des proportions consid&#233;rablement plus grandes et de fa&#231;on encore plus d&#233;connect&#233;e des besoins r&#233;sidentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La financiarisation fait aussi appara&#238;tre des acteurs jusqu'ici m&#233;connus, comme les banques, les fonds d'investissement et les fonds de pension g&#233;rant l'&#233;pargne-retraite des travailleur&#183;euses, devant lesquels les &#201;tats se sont pratiquement effac&#233;s et qui jouissent d'un pouvoir d'intervention de loin sup&#233;rieur &#224; celui des propri&#233;taires et des investisseurs-sp&#233;culateurs qui dominaient auparavant le march&#233; du logement. Pour les citoyen&#183;nes et les groupes engag&#233;s dans la lutte pour le droit au logement, la financiarisation red&#233;finit ainsi le cadre dans lequel ce combat doit &#234;tre pens&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2008, le Gouvernement du Canada a cr&#233;&#233; le Programme d'achat de pr&#234;ts hypoth&#233;caires assur&#233;s dans le cadre duquel il a achet&#233; aux institutions financi&#232;res pour 69 milliards de dollars de titres hypoth&#233;caires. Il a r&#233;p&#233;t&#233; l'exp&#233;rience en 2020 en dotant ce programme d'un nouveau budget de 150 milliards de dollars, dont il n'a cependant d&#233;pens&#233; qu'une petite partie (5,8 G$) en raison de la vigueur affich&#233;e par le march&#233; de l'immobilier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;August, Martine (2022) &lt;em&gt;La financiarisation du logement multifamilial au Canada. Un rapport pour le Bureau du d&#233;fenseur f&#233;d&#233;ral du logement&lt;/em&gt;, Commission canadienne des droits de la personne, 39 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Louis Gaudreau est membre du collectif de recherche et d'action sur l'habitat (CRACH).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : R&#233;mi Leroux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Les angles morts du n&#233;olib&#233;ralisme</title>
		<link>https://www.ababord.org/Les-angles-morts-du-neoliberalisme</link>
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		<dc:date>2012-01-13T01:25:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Gaudreau</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gaudreau, Louis </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'arsenal de mesures n&#233;olib&#233;rales mis en &#339;uvre un peu partout sur la plan&#232;te depuis quelques d&#233;cennies a &#233;chou&#233; &#224; construire la soci&#233;t&#233; plus &#233;galitaire qu'avaient pourtant annonc&#233;e ses promoteurs. Cet &#233;chec tient en grande partie au fait que le monde dont le projet n&#233;olib&#233;ral est suppos&#233; permettre le plein d&#233;veloppement n'existe que dans les mythes o&#249; l'&#233;conomie classique puise ses pr&#233;suppos&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde imaginaire qui sert de support au projet n&#233;olib&#233;ral serait constitu&#233; par un agr&#233;gat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'arsenal de mesures n&#233;olib&#233;rales mis en &#339;uvre un peu partout sur la plan&#232;te depuis quelques d&#233;cennies a &#233;chou&#233; &#224; construire la soci&#233;t&#233; plus &#233;galitaire qu'avaient pourtant annonc&#233;e ses promoteurs. Cet &#233;chec tient en grande partie au fait que le monde dont le projet n&#233;olib&#233;ral est suppos&#233; permettre le plein d&#233;veloppement n'existe que dans les mythes o&#249; l'&#233;conomie classique puise ses pr&#233;suppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde imaginaire qui sert de support au projet n&#233;olib&#233;ral serait constitu&#233; par un agr&#233;gat d'individus rationnels, ind&#233;pendants, libres de faire des choix et mus par la poursuite de leur seul int&#233;r&#234;t personnel. Cet objectif les pousserait &#224; entrer en contact les uns avec les autres et ainsi &#224; former un vaste march&#233; dont la principale fonction serait de r&#233;aliser l'arbitrage entre les diff&#233;rents besoins particuliers. Selon cette conception particuli&#232;re du monde, ce march&#233; ne rev&#234;tirait sa forme la plus pure et la plus profitable pour tous qu'une fois d&#233;pouill&#233; de toute interf&#233;rence ext&#233;rieure (d'un &#201;tat par exemple) biaisant l'expression des int&#233;r&#234;ts individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit, faisant l'&#233;loge de l'individu isol&#233; et ma&#238;tre de sa destin&#233;e, a d'abord de quoi surprendre. Ne vit-on pas au contraire dans un monde o&#249; les individus n'ont jamais &#233;t&#233; aussi d&#233;pendants les uns des autres, o&#249; la subsistance et le quotidien de chacun n'ont jamais &#233;t&#233; aussi tributaires de ce que l'ensemble de la soci&#233;t&#233; peut produire, ne serait-ce que la moindre livre de beurre ou pi&#232;ce de v&#234;tement ? De plus, si le march&#233; capitaliste existe bel et bien, c'est sous une forme assez diff&#233;rente de celle que nous pr&#233;sente la fable n&#233;olib&#233;rale. Ce march&#233; est fa&#231;onn&#233; par des interventions de nature politique et juridique. Celles-ci donnent naissance &#224; des institutions qui, loin de nuire &#224; son fonctionnement, en sont plut&#244;t la condition pr&#233;alable. La monnaie en est certainement l'une des plus importantes. Elle rend possible les &#233;changes commerciaux et ne remplit cette exigence qu'&#224; condition d'&#234;tre &#233;mise et garantie par les autorit&#233;s publiques. Le r&#244;le des gouvernements et des banques centrales n'est-il pas d'ailleurs de veiller &#224; la stabilit&#233; des syst&#232;mes mon&#233;taires nationaux et de pallier l'incapacit&#233; des banques priv&#233;es &#224; s'acquitter de cette t&#226;che, trop pr&#233;occup&#233;es qu'elles sont justement par la sauvegarde de leurs int&#233;r&#234;ts ? Aussi, comment imaginer la moindre transaction financi&#232;re, m&#234;me la plus lib&#233;ralis&#233;e, sans l'existence de r&#232;gles encadrant les pratiques, punissant les d&#233;lits et, par cons&#233;quent, lui permettant de se r&#233;aliser en toute confiance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie n'est donc pas uniquement ce mal dont on affuble les opposants au n&#233;olib&#233;ralisme, mais surtout la propri&#233;t&#233; fondamentale de l'id&#233;ologie qui domine aujourd'hui les d&#233;bats politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La stabilit&#233; artificielle des banques canadiennes</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-stabilite-artificielle-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/La-stabilite-artificielle-des</guid>
		<dc:date>2010-11-27T19:43:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Louis Gaudreau</dc:creator>


		<dc:subject>Economie et finances publiques</dc:subject>
		<dc:subject>Politique canadienne</dc:subject>
		<dc:subject>Gaudreau, Louis </dc:subject>

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&lt;p&gt;Depuis le d&#233;clenchement de la r&#233;cente crise &#233;conomique et financi&#232;re, le gouvernement de Stephen Harper manque rarement les occasions qui lui sont offertes de vanter, sur la sc&#232;ne internationale, les m&#233;rites et la solidit&#233; du syst&#232;me bancaire canadien. Il est vrai que, contrairement &#224; d'autres pays du G8, le gouvernement f&#233;d&#233;ral n'a finalement pas eu besoin d'avoir recours aux moyens qu'il s'&#233;tait donn&#233;s pour acheter des actions de banques canadiennes. En revanche, celui-ci est beaucoup plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1085.gif?1642092119' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;840&#034; height=&#034;600&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;clenchement de la r&#233;cente crise &#233;conomique et financi&#232;re, le gouvernement de Stephen Harper manque rarement les occasions qui lui sont offertes de vanter, sur la sc&#232;ne internationale, les m&#233;rites et la solidit&#233; du syst&#232;me bancaire canadien. Il est vrai que, contrairement &#224; d'autres pays du G8, le gouvernement f&#233;d&#233;ral n'a finalement pas eu besoin d'avoir recours aux moyens qu'il s'&#233;tait donn&#233;s pour acheter des actions de banques canadiennes. En revanche, celui-ci est beaucoup plus discret sur les raisons de cette stabilit&#233;, laquelle est en grande partie attribuable aux sommes colossales qu'il a lui-m&#234;me inject&#233;es dans les coffres des banques pour leur permettre de poursuivre leur croissance. Ces sommes qui, &lt;i&gt;per capita&lt;/i&gt;, sont d'ailleurs du m&#234;me ordre que celles accord&#233;es par d'autres pays industrialis&#233;s en soutien &#224; leurs banques, ont &#233;galement engag&#233; le syst&#232;me financier canadien dans un nouveau cycle de croissance qui, toutefois, repose sur des m&#233;canismes semblables &#224; ceux qui ont provoqu&#233; la r&#233;cente crise mondiale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &lt;i&gt;Cadre de financement exceptionnel&lt;/i&gt; du gouvernement du Canada&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parmi les diff&#233;rentes mesures que contient son &lt;i&gt;Plan d'action &#233;conomique&lt;/i&gt;, le gouvernement du Canada a accord&#233; une importance m&#233;diatique toute particuli&#232;re aux investissements qu'il consentait &#224; la modernisation des infrastructures (environ 16 milliards $) et aux baisses d'imp&#244;ts (environ 20 milliards $). Par contre, loin de se limiter &#224; de tels engagements, ce plan pr&#233;voyait &#233;galement la cr&#233;ation d'un &lt;i&gt;Cadre de financement exceptionnel&lt;/i&gt; de loin plus substantiel, pouvant atteindre 200 milliards $, pour &#171; &lt;i&gt;am&#233;liorer l'acc&#232;s au financement et renforcer le syst&#232;me financier canadien&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plan d'action &#233;conomique du Canada,&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces sommes, qui n'ont finalement pas toutes &#233;t&#233; d&#233;pens&#233;es, ont en grande partie &#233;t&#233; employ&#233;es &#224; soutenir directement les activit&#233;s des grandes banques canadiennes. En effet, 127 des 135 milliards $ effectivement d&#233;bours&#233;s dans le cadre de ce programme sp&#233;cial ont servi &#224; diff&#233;rentes op&#233;rations publiques de rachat de cr&#233;ances bancaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement et la Banque centrale du Canada ont plus pr&#233;cis&#233;ment utilis&#233; cet argent &#8211; d'ailleurs emprunt&#233; sur les march&#233;s financiers &#8211; pour acheter aux banques les pr&#234;ts qu'elles octroient &#224; leurs clients. Ces transactions permettaient ainsi de lib&#233;rer ces derni&#232;res du risque de non-remboursement que comportaient leurs cr&#233;ances en les &#233;changeant contre de l'argent liquide, qu'elles pouvaient par la suite r&#233;investir &#224; leur guise. Ces rachats n'ont &#233;t&#233; possibles que parce que les pr&#234;ts en question avaient d'abord fait l'objet d'une titrisation, c'est-&#224;-dire d'une op&#233;ration qui consiste &#224; transformer les dettes des clients des banques en titres financiers &#233;changeables. La titrisation des cr&#233;ances bancaires offrait alors la possibilit&#233; aux banques de se d&#233;barrasser des risques qu'elles encouraient dans leurs activit&#233;s r&#233;guli&#232;res de pr&#234;t et d'obtenir en retour des capitaux beaucoup plus s&#251;rs. &#201;videmment, ces acquisitions de titres de cr&#233;ance n'entra&#238;naient pas la disparition du risque de d&#233;faut de paiement qui leur &#233;tait associ&#233;, mais elles le faisaient d&#233;sormais porter par leurs nouveaux acheteurs, les pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une part importante du &lt;i&gt;Cadre de financement exceptionnel&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; consacr&#233;e au &lt;i&gt;Programme d'achat de pr&#234;ts hypoth&#233;caires assur&#233;s&lt;/i&gt; (PAPHA). Entre octobre 2008 et mars 2010, ce programme a permis au gouvernement canadien d'engager, par l'entremise de la Soci&#233;t&#233; canadienne d'hypoth&#232;ques et de logement (SCHL), 66 milliards $ dans l'acquisition de pr&#234;ts hypoth&#233;caires d&#233;tenus par les diff&#233;rentes institutions financi&#232;res du pays. En contrepartie de ces liquidit&#233;s, la SCHL obtenait des hypoth&#232;ques b&#233;n&#233;ficiant d'une assurance qu'elle offre, dans le cadre d'un autre programme f&#233;d&#233;ral, aux m&#233;nages &#224; faible revenu d&#233;sirant acc&#233;der &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. En d'autres termes, le PAPHA visait essentiellement des cr&#233;ances comportant un risque plus &#233;lev&#233; de non-remboursement, mais dont le paiement &#233;tait garanti par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fonds publics en support &#224; l'expansion des banques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En achetant aux banques des cr&#233;ances titris&#233;es, le gouvernement f&#233;d&#233;ral esp&#233;rait que les banques se servent des nouvelles liquidit&#233;s mises &#224; leur disposition pour relancer l'&#233;conomie canadienne, notamment en investissant dans le d&#233;veloppement des entreprises et dans le soutien &#224; la consommation des m&#233;nages. Toutefois, cette aide publique semble d'abord avoir b&#233;n&#233;fici&#233; au secteur bancaire lui-m&#234;me, qui a profit&#233; de ces nouvelles entr&#233;es d'argent pour renforcer sa propre position sur la sc&#232;ne internationale. Au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es, plusieurs d'entre elles sont d'ailleurs parvenues &#224; se hisser au rang des 10 institutions financi&#232;res les plus importantes d'Am&#233;rique du Nord, en proc&#233;dant &#224; des acquisitions de concurrentes &#233;trang&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Canadian banks climb in rankings &#187;, Financial Post, 16 mars 2009 ; &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La plus r&#233;cente de ces transactions a entre autres permis &#224; la Banque Scotia de mettre la main sur les activit&#233;s bancaires priv&#233;es de la fran&#231;aise BNP Paribas aux Bahamas, &#224; Panama et aux &#238;les Ca&#239;mans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La Scotia fait des acquisitions aux Bahamas et au Panama &#187;, Le Devoir, 3 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets du programme f&#233;d&#233;ral d'aide aux banques se sont &#233;galement fait sentir dans la forte croissance des profits enregistr&#233;s r&#233;cemment par celles-ci et qui sont sans commune mesure avec le rythme de la reprise dans les autres secteurs de l'&#233;conomie. Alors que l'OCDE pr&#233;voit pour le Canada une croissance &#233;conomique de l'ordre de 6,2 % pour le d&#233;but de 2010&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Canada's growth to lead G7 : OECD &#187;, Globe and Mail, 7 avril 2010.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les banques ont quant &#224; elles r&#233;alis&#233;, pour l'unique premier trimestre de cette m&#234;me ann&#233;e, des b&#233;n&#233;fices de plus 5 milliards $. Pour certaines d'entre elles, ces rendements repr&#233;sentent des hausses de revenu de 444 % (CIBC) et de 292 % (Banque de Montr&#233;al) par rapport &#224; la m&#234;me p&#233;riode en 2009. Apr&#232;s avoir largement subventionn&#233; cette forte expansion du secteur bancaire canadien, le gouvernement nous annonce maintenant qu'il devra faire preuve de plus de mod&#233;ration et que, afin de rembourser la dette qu'il a contract&#233;e pour mener &#224; terme son plan de relance &#233;conomique, il devra imposer des mesures d'aust&#233;rit&#233; &#224; une population qui n'a jusqu'ici pas joui d'un support &#233;quivalent de la part de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; de l'immobilier constitue un autre secteur de l'&#233;conomie o&#249; les op&#233;rations publiques de rachat de titres semblent avoir eu un impact significatif. Ce march&#233; &#233;tait d'ailleurs directement vis&#233; par le PAPHA dont l'objectif avou&#233; &#233;tait de fournir aux banques des liquidit&#233;s afin qu'elles puissent soutenir de nouvelles transactions immobili&#232;res. En d'autres termes, ce programme permettait de donner un nouvel &#233;lan aux activit&#233;s traditionnelles de cr&#233;dit des banques en sortant de leur bilan des pr&#234;ts hypoth&#233;caires, c'est-&#224;-dire des investissements immobilis&#233;s pour une dur&#233;e fixe, et en les rempla&#231;ant par de l'argent destin&#233; &#224; cr&#233;er de nouvelles occasions d'endettement. Conjugu&#233;e au faible niveau des taux d'int&#233;r&#234;t, cette politique cibl&#233;e d'octroi de liquidit&#233;s n'est certainement pas &#233;trang&#232;re &#224; la forte hausse du prix de l'immobilier au Canada qui, apr&#232;s avoir plong&#233; de 13 % entre 2007 et 2009, est remont&#233; de 20 % au cours de la derni&#232;re ann&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Desjardins, Point de vue &#233;conomique, 10 mars 2010.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette augmentation est attribuable &#224; une hausse de la demande pour les propri&#233;t&#233;s immobili&#232;res qui, &#224; son tour, trouve son origine dans les conditions d'acc&#232;s au cr&#233;dit facilit&#233;es par ces mesures du gouvernement du Canada. La reprise de l'immobilier a donc &#233;t&#233; stimul&#233;e par les nouvelles opportunit&#233;s offertes aux banques de g&#233;n&#233;rer des pr&#234;ts et d'en &#233;largir l'accessibilit&#233; &#224; des m&#233;nages aux conditions de vie de plus en plus pr&#233;caires. Par exemple, jusqu'&#224; tout r&#233;cemment, la majorit&#233; d'entre elles proposait &#224; ceux qui &#233;taient incapables de fournir la mise de fonds exig&#233;e pour l'achat d'une propri&#233;t&#233; de financer cette derni&#232;re en contractant une marge de cr&#233;dit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Acheter sans comptant ? Pas de probl&#232;me ! &#187;, La Presse, 27 mars 2010.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette op&#233;ration comporte assez peu de risque imm&#233;diat pour les banques puisque les hypoth&#232;ques &#233;mises aux m&#233;nages &#224; faible revenu sont assur&#233;es par la SCHL et qu'une fois titris&#233;es, elles peuvent &#234;tre revendues &#224; ce m&#234;me organisme public ou &#224; d'autres investisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il y a lieu de se questionner sur la viabilit&#233; &#224; long terme d'un r&#233;gime de croissance &#233;conomique fond&#233; sur l'extension de l'endettement des m&#233;nages. De plus, l'augmentation de la valeur de l'immobilier dont ce r&#233;gime se nourrit a &#233;galement des cons&#233;quences sur la capacit&#233; d'une large partie de la population &#224; se loger convenablement. Parce que la hausse de la valeur des immeubles a aussi une incidence sur le prix des loyers, ce n'est pas seulement l'accession &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e qui, dans ce contexte, est compromise, mais bien l'acc&#232;s au logement en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;cents efforts du gouvernement du Canada qui ont largement profit&#233; aux banques ont certainement contribu&#233; &#224; sortir le pays de la r&#233;cession. Cependant, en soutenant activement un r&#233;gime de croissance qui s'alimente des nouvelles occasions d'endettement cr&#233;&#233;es par la titrisation, celui-ci a du m&#234;me coup particip&#233; &#224; la consolidation des m&#233;canismes &#224; l'origine de la crise des pr&#234;ts hypoth&#233;caires &lt;i&gt;subprime&lt;/i&gt; aux &#201;tats-Unis. Ainsi, gr&#226;ce &#224; l'aide de l'&#201;tat, les banques ont progressivement repris leurs activit&#233;s d'avant la crise. En fait, elles ne semblent avoir rien retenu de cet &#233;pisode, encourag&#233;es par la certitude qu'elles ont d&#233;sormais que les pouvoirs publics sont dispos&#233;s &#224; mettre en &#339;uvre d'impressionnants moyens pour leur venir en aide.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Plan d'action &#233;conomique du Canada,&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.actionplan.gc.ca/fra/index.asp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.actionplan.gc.ca/fra/index.asp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Canadian banks climb in rankings &#187;, Financial Post, 16 mars 2009 ; &#171; &lt;i&gt;Canada : Op&#233;ration &#171; Relance &#233;conomique &#187;, 200 milliards $ pour les banques. La face cach&#233;e du budget Flaherty&lt;/i&gt; &#187;, Michel Chossudovsky, &lt;a href=&#034;http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&amp;aid=12076&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&amp;aid=12076&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La Scotia fait des acquisitions aux Bahamas et au Panama &#187;, &lt;i&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;, 3 avril 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Canada's growth to lead G7 : OECD &#187;, &lt;i&gt;Globe and Mail&lt;/i&gt;, 7 avril 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Desjardins, &lt;i&gt;Point de vue &#233;conomique&lt;/i&gt;, 10 mars 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Acheter sans comptant ? Pas de probl&#232;me ! &#187;, &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt;, 27 mars 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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