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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Les innocentes</title>
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		<dc:date>2017-09-05T00:30:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Coproduction franco-polonaise, le dernier long m&#233;trage de la cin&#233;aste Anne Fontaine met en sc&#232;ne avec brio un drame m&#233;connu de la Pologne occup&#233;e par les Sovi&#233;tiques. &lt;br class='autobr' /&gt; On ne saurait contester qu'Anne Fontaine a emprunt&#233; un chemin inhabituel pour devenir cin&#233;aste. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; tour &#224; tour danseuse et actrice de seconds r&#244;les, la Franco-Luxembourgeoise s'est lanc&#233;e dans la mise en sc&#232;ne th&#233;&#226;trale, d&#232;s 1986, en codirigeant une audacieuse adaptation du c&#233;l&#232;bre Voyage au bout de la nuit de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaucage-Paul-+" rel="tag"&gt;Beaucage, Paul &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2439.jpg?1642092197' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;867&#034; height=&#034;852&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Coproduction franco-polonaise, le dernier long m&#233;trage de la cin&#233;aste Anne Fontaine met en sc&#232;ne avec brio un drame m&#233;connu de la Pologne occup&#233;e par les Sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne saurait contester qu'Anne Fontaine a emprunt&#233; un chemin inhabituel pour devenir cin&#233;aste. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; tour &#224; tour danseuse et actrice de seconds r&#244;les, la Franco-Luxembourgeoise s'est lanc&#233;e dans la mise en sc&#232;ne th&#233;&#226;trale, d&#232;s 1986, en codirigeant une audacieuse adaptation du c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; de Louis-Ferdinand C&#233;line, avec Fabrice Luchini, son conjoint de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ult&#233;rieurement, elle r&#233;alise deux films &#224; petit budget qui attirent l'attention de certains observateurs avertis :&lt;i&gt; Les histoires d'amour finissent mal&#8230; en g&#233;n&#233;ral &lt;/i&gt; (1992) et &lt;i&gt;Augustin&lt;/i&gt; (1994). Pourtant, c'est gr&#226;ce &#224; la r&#233;alisation du subtil et p&#233;n&#233;trant &lt;i&gt;Nettoyage &#224; sec&lt;/i&gt; (1997) qu'Anne Fontaine r&#233;ussit &#224; s&#233;duire le grand public tout en remportant son plus important succ&#232;s d'estime des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, la r&#233;alisatrice ne parvient pas &#224; s'imposer comme par le pass&#233;. Cela explique qu'elle signe des longs m&#233;trages sans originalit&#233; comme &lt;i&gt;Nathalie&lt;/i&gt;&#8230; (2003) et &lt;i&gt;La fille de Monaco&lt;/i&gt; (2008). &#192; travers ces &#339;uvres ainsi que dans le complaisant drame biographique Coco avant Chanel (2009), la cin&#233;aste se d&#233;tourne de l'&#233;tude de m&#339;urs et de l'exploration psychosociologique approfondie afin d'obtenir des succ&#232;s commerciaux. N&#233;anmoins, de fa&#231;on surprenante, Fontaine r&#233;ussit &#224; reconqu&#233;rir des cin&#233;philes exigeants gr&#226;ce &#224; sa cr&#233;ation &lt;i&gt;Gemma Bovery&lt;/i&gt; (2014), une adaptation assez fid&#232;le d'un roman graphique homonyme de Posy Simmonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si cette &#339;uvre cin&#233;matographique n'a pas touch&#233; le grand public comme elle l'aurait souhait&#233;, Anne Fontaine n'h&#233;site pas &#224; traiter derechef d'un sujet difficile dans le drame de m&#339;urs &#224; dimension historique &lt;i&gt;Les innocentes&lt;/i&gt; (2016). &#192; travers ce long m&#233;trage, la r&#233;alisatrice met en relief un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;connu du pass&#233; guerrier occidental : celui des viols de religieuses polonaises commis par des soldats de l'arm&#233;e sovi&#233;tique vers la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un r&#233;sum&#233; du film&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En Pologne, durant l'hiver de 1945, une religieuse b&#233;n&#233;dictine sollicite l'aide de Mathilde Beaulieu, une femme m&#233;decin de la Croix-Rouge fran&#231;aise, pour proc&#233;der &#224; l'accouchement d'une s&#339;ur de son couvent, qui a &#233;t&#233; viol&#233;e par un soldat sovi&#233;tique plusieurs mois auparavant. Nonobstant quelques h&#233;sitations, Mathilde se rend au monast&#232;re des b&#233;n&#233;dictines pour pr&#234;ter main-forte &#224; la religieuse dont l'accouchement pourrait se r&#233;v&#233;ler difficile. Apr&#232;s avoir permis &#224; cette jeune femme de donner naissance &#224; son enfant, Mathilde d&#233;couvre que d'autres nonnes du couvent ont subi des viols et qu'elles sont elles-m&#234;mes enceintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la femme m&#233;decin tente de convaincre la m&#232;re sup&#233;rieure de l'ordre de solliciter l'aide de la Croix-Rouge polonaise afin de s'assurer que les accouchements des religieuses concern&#233;es auront lieu dans des conditions ad&#233;quates. Toutefois, la vieille femme refuse d'acc&#233;der &#224; cette demande de peur que cela ne suscite un scandale, qui affecterait consid&#233;rablement sa communaut&#233;. Elle consent cependant, &#224; contrec&#339;ur, &#224; ce que Mathilde aide des b&#233;n&#233;dictines &#224; donner naissance &#224; leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;alisation exceptionnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re fort judicieuse, Anne Fontaine cr&#233;e ici une mise en sc&#232;ne hybride, qui lui permet d'identifier le caract&#232;re polymorphe de l'univers fictionnel qu'elle repr&#233;sente. Dans cette perspective, on remarquera l'&#233;clectisme stylistique de la cin&#233;aste, qui marie une esth&#233;tique contemplative avec un r&#233;alisme critique, tout en incorporant des touches subtiles de surr&#233;alisme &#224; travers son film. La combinaison de ces &#233;l&#233;ments aurait pu s'av&#233;rer hasardeuse, voire maladroite. Cependant, Fontaine &#233;vite constamment de se complaire dans le formalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi elle parvient &#224; &#233;tablir un bel &#233;quilibre entre la forme et le contenu de sa narration. Dans ces circonstances, le spectateur pourra appr&#233;cier la syntaxe tr&#232;s &#233;labor&#233;e dont se sert Anne Fontaine pour relater son r&#233;cit. T&#233;moignant d'un sens magistral du cadrage, des &#233;clairages, des couleurs et du d&#233;cor, la cin&#233;aste d&#233;peint ses personnages &#224; hauteur d'&#234;tre humain et r&#233;ussit &#224; traduire leur &#233;volution psychologique dans un contexte pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il convient de souligner qu'Anne Fontaine a recours &#224; des travellings tr&#232;s pertinents et &#224; un montage audacieux afin de saisir ad&#233;quatement les mouvements &#233;quivoques de ses principaux personnages. Globalement, cela lui permet de d&#233;peindre avec brio deux mondes qui se r&#233;v&#232;lent plus proches qu'on pourrait le croire a priori : celui des profanes et celui des religieux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La solidarit&#233; de Mathilde envers les religieuses polonaises&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans ambages, on peut affirmer que deux ruptures narratives des&lt;i&gt; Innocentes &lt;/i&gt; donnent l'occasion au spectateur de comprendre pourquoi Mathilde et les s&#339;urs b&#233;n&#233;dictines qu'elle c&#244;toie en viennent &#224; se rapprocher grandement, malgr&#233; leurs diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la tentative de viol dont Mathilde a &#233;t&#233; victime alors qu'elle cherchait &#224; regagner les quartiers de la Croix-Rouge fran&#231;aise lui permet d'&#233;prouver une vive et durable empathie pour les religieuses, qui ont subi de tr&#232;s graves agressions sexuelles alors que la guerre s&#233;vissait encore en Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subs&#233;quemment, ce sentiment de compassion poussera Mathilde &#224; utiliser, avec cran, un stratag&#232;me afin d'&#233;viter que les religieuses ne soient victimes d'autres mauvais traitements que pourraient leur infliger les membres de l'arm&#233;e sovi&#233;tique. La femme m&#233;decin a recours &#224; la ruse lors de la sc&#232;ne o&#249; on voit des soldats de l'URSS faire irruption dans le couvent des b&#233;n&#233;dictines sous pr&#233;texte qu'elles y cacheraient certains de leurs ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que ces militaires s'appr&#234;tent &#224; fouiller de fond en comble les lieux, l'h&#233;ro&#239;ne leur signale spontan&#233;ment que le monast&#232;re a &#233;t&#233; plac&#233; en quarantaine en raison d'une &#233;pid&#233;mie de typhus, qui touche les membres de la congr&#233;gation religieuse. M&#234;me s'ils ne sont pas convaincus de la v&#233;racit&#233; des propos tenus par la femme m&#233;decin, les soldats sovi&#233;tiques pr&#233;f&#232;rent quitter le couvent promptement plut&#244;t que de courir le risque d'&#234;tre victimes de la maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes syntaxiques, par le biais d'un plan rapproch&#233; fort ma&#238;tris&#233;, Anne Fontaine r&#233;v&#232;le au spectateur la reconnaissance qu'&#233;prouvent les membres de la communaut&#233; religieuse envers leur bienfaitrice qui, gr&#226;ce &#224; un &#171; pieux mensonge &#187;, les a tir&#233;es d'une situation particuli&#232;rement p&#233;rilleuse. Dans ces circonstances, il appara&#238;t coh&#233;rent que plusieurs nonnes per&#231;oivent Mathilde comme &#171; une envoy&#233;e de Dieu &#187; et qu'elles soient vivement rassur&#233;es par sa pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un humanisme n&#233;cessaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; certains &#233;gards, l'&#339;uvre cin&#233;matographique de Fontaine rappelle des drames religieux comme &lt;i&gt;Les anges du p&#233;ch&#233;&lt;/i&gt; (1943) de Robert Bresson et&lt;i&gt; Le dialogue des Carm&#233;lites&lt;/i&gt; (1959) de Philippe Agostini. Cependant, il appara&#238;t clair que&lt;i&gt; Les Innocentes &lt;/i&gt; &#233;tablit une dialectique plus pouss&#233;e que les deux longs m&#233;trages pr&#233;cit&#233;s au sujet des rapports qui unissent le monde la&#239;que et le monde sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somme toute, la r&#233;alisatrice nous sugg&#232;re avec finesse que l'&#234;tre humain doit constamment &#233;viter les &#233;cueils du repli sur soi et de l'ignorance de l'autre puisque c'est &#224; travers des actions altruistes, d&#233;sint&#233;ress&#233;es qu'il manifeste sa grandeur et donne &#224; la vie tout son sens. Voil&#224; une le&#231;on des plus opportunes, pour chacun d'entre nous, compte tenu de la mont&#233;e des sectarismes, qui se manifestent actuellement dans diff&#233;rentes parties du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des subversifs &#224; Perc&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Des-subversifs-a-Perce</link>
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		<dc:date>2017-02-23T00:58:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1971, Alain Chartrand profite de la cr&#233;ation de l'Association coop&#233;rative de productions audio-visuelles (ACPAV) pour s'y impliquer et y achever le long m&#233;trage Isis au 8 (1972). De 1976 &#224; 1983, Chartrand r&#233;alise des m&#233;trages comme La piastre (1976) et On n'est pas sorti du bois (1982), dans lesquels il traite, avec originalit&#233;, du rapport que le Qu&#233;b&#233;cois entretient avec la nature. &lt;br class='autobr' /&gt; Durant les ann&#233;es 1980, le cin&#233;aste tourne peu de films. Cependant, il attire derechef l'attention des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-65-ete-2016-" rel="directory"&gt;No 065 - &#233;t&#233; 2016&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cinema-+" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaucage-Paul-+" rel="tag"&gt;Beaucage, Paul &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2338.jpg?1642092189' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;576&#034; height=&#034;832&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1971, Alain Chartrand profite de la cr&#233;ation de l'Association coop&#233;rative de productions audio-visuelles (ACPAV) pour s'y impliquer et y achever le long m&#233;trage &lt;i&gt;Isis au 8&lt;/i&gt; (1972). De 1976 &#224; 1983, Chartrand r&#233;alise des m&#233;trages comme &lt;i&gt;La piastre&lt;/i&gt; (1976) et &lt;i&gt;On n'est pas sorti du bois&lt;/i&gt; (1982), dans lesquels il traite, avec originalit&#233;, du rapport que le Qu&#233;b&#233;cois entretient avec la nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es 1980, le cin&#233;aste tourne peu de films. Cependant, il attire derechef l'attention des cin&#233;philes en r&#233;alisant l'ambitieux documentaire &lt;i&gt;Un homme de parole&lt;/i&gt; (1991), lequel porte sur l'engagement politique de Michel Chartrand. Inspir&#233; par le succ&#232;s d'estime que lui a valu ce film, Alain signe deux t&#233;l&#233;s&#233;ries : &lt;i&gt;Chartrand&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Simonne&lt;/i&gt; (2000) ainsi que &lt;i&gt;Simonne et Chartrand&lt;/i&gt; (2003), qui traitent de la vie de ses c&#233;l&#232;&#173;bres parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; une dizaine d'ann&#233;es d'inactivit&#233;, Alain Chartrand tente de renouer avec un art politiquement engag&#233; en signant &lt;i&gt;La Maison du p&#234;cheur&lt;/i&gt; (2013), une &#339;uvre fictionnelle qui relate un &#233;pisode m&#233;connu de la vie des anciens membres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous r&#233;f&#233;rons ici &#224; Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard et Bernard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la cellule Ch&#233;nier du Front de lib&#233;ration du Qu&#233;bec (FLQ).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un r&#233;sum&#233; de l'intrigue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme bien des sexag&#233;naires et des septuag&#233;naires qu&#233;b&#233;cois d'aujourd'hui, Alain Chartrand a &#233;t&#233; marqu&#233; par la crise d'Octobre. &#192; l'instar d'un Pierre Falardeau, il a tent&#233; de comprendre ce qui a pu pousser des jeunes gens id&#233;alistes &#224; verser dans l'action terroriste et &#224; commettre l'irr&#233;parable. Conscient que Falardeau a propos&#233; un point de vue pertinent dans &lt;i&gt;Octobre&lt;/i&gt; (1994), Chartrand cherche &#224; s'en d&#233;marquer en r&#233;alisant un drame sociopolitique novateur. Apr&#232;s s'&#234;tre longtemps interrog&#233; au sujet du cheminement des membres du FLQ, le cin&#233;aste s'est librement inspir&#233; des souvenirs de Paul Rose pour cr&#233;er &lt;i&gt;La Maison du p&#234;cheur&lt;/i&gt;. On peut r&#233;sumer l'intrigue du film de cette fa&#231;on : tandis que des policiers arr&#234;tent Bernard Lortie pour l'enl&#232;vement et l'assassinat de l'ex-ministre lib&#233;ral Pierre Laporte, &#224; Montr&#233;al, au cours de l'automne 1970, le jeune Gasp&#233;sien se souvient de son pass&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il se rem&#233;more l'arriv&#233;e &#224; Perc&#233; des fr&#232;res Paul et Jacques Rose, ainsi que celle de Francis Simard, durant l'&#233;t&#233; 1969 (plusieurs mois avant que ceux-ci ne se joignent au FLQ, en compagnie de Lortie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, ces militants de la cause nationaliste qu&#233;b&#233;coise ont lou&#233; le b&#226;timent d'un ancien restaurant, que l'on nommait la Maison du p&#234;cheur, pour y accueillir des Gasp&#233;siens d&#233;munis. Dans cette perspective, ils souhaitaient convaincre un grand nombre d'habitants de la Gasp&#233;sie de se joindre &#224; leur mouvement sociopolitique afin de transformer le Qu&#233;bec. Dans quelle mesure les contestataires de Montr&#233;al ont-ils atteint leur objectif ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un style narratif fort &#233;l&#233;gant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;La Maison du p&#234;cheur&lt;/i&gt; n'est pas exempt de quelques faiblesses sc&#233;naristiques, il faut reconna&#238;tre que ce film est particuli&#232;rement &#233;labor&#233; sur le plan esth&#233;tique. Refusant de sombrer dans les facilit&#233;s de l'&#233;criture t&#233;l&#233;visuelle ou de l'acad&#233;misme cin&#233;matographique, Alain Chartrand s'est servi de mani&#232;re adroite, personnelle des moyens plastiques et sonores dont il disposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'inspirant volontiers de la d&#233;marche de Gilles Groulx dans des &#339;uvres engag&#233;es comme &lt;i&gt;O&#249; &#234;tes-vous donc ?&lt;/i&gt; (1968) et &lt;i&gt;24 heures ou plus&lt;/i&gt; (1976), Alain Chartrand proc&#232;de &#224; des variations int&#233;ressantes en ce qui a trait aux couleurs de son film. Pour traduire le contraste qu'il &#233;tablit entre le pass&#233; et le pr&#233;sent narratifs, le cin&#233;aste a choisi de filmer le premier temps en noir et blanc et le second en couleurs. Avec la collaboration de l'excellent op&#233;rateur Pierre Mignot, le r&#233;alisateur repr&#233;&#173;sente la nature de Perc&#233;, sa morphologie singuli&#232;re, son fameux rocher de mani&#232;re tr&#232;s ma&#238;tris&#233;e. Gr&#226;ce &#224; un sens pr&#233;cis des cadrages et des &#233;clairages, les deux hommes ont su appr&#233;hender des paysages d'une beaut&#233; majestueuse. Chartrand et Mignot &#233;vitent cependant constamment de figer leurs images dans la photog&#233;nie. Ils nous montrent clairement que le Perc&#233; de 1969 constitue une r&#233;alit&#233; spatiotemporelle qui contraste avec celle de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne nous leurrons pas : lors de sa sortie publi&#173;que, en septembre 2013, &lt;i&gt;La Maison du p&#234;cheur&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; mal accueilli par plusieurs observateurs du cin&#233;&#173;ma qu&#233;b&#233;cois. &#201;videmment, les cr&#233;ations touchant &#224; une p&#233;riode aussi controvers&#233;e de l'histoire du Qu&#233;bec peuvent difficilement faire l'unanimit&#233;. Toutefois, il est frappant de constater jusqu'&#224; quel point certains journalistes et une bonne partie du public ont sous-estim&#233; la port&#233;e de ce film. Certes, des lacunes sc&#233;naristiques ainsi que quelques maladresses narratives ne l'ont pas aid&#233; &#224; trouver gr&#226;ce aux yeux d'une partie de la critique. Pourtant, ce long m&#233;trage porte, avec &#233;clat, la griffe d'Alain Chartrand sur le plan stylistique tout en d&#233;veloppant des th&#232;mes ind&#233;modables. En outre, l'un des m&#233;rites du film de Chartrand est de brosser un portrait significatif de la vie des Gasp&#233;siens, qui apparaissaient alors, comme c'est le cas aujourd'hui, partag&#233;s entre un vif attachement pour leur r&#233;gion et une volont&#233; tangible d'am&#233;liorer leur sort, quitte &#224; s'exiler. De sorte qu'il faut souhaiter qu'un certain recul par rapport au drame sociopolitique d'Alain Chartrand permette au cin&#233;phile, dans un avenir relativement rapproch&#233;, d'en appr&#233;cier les qualit&#233;s, sans pour autant en ignorer les d&#233;fauts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous r&#233;f&#233;rons ici &#224; Paul Rose, Jacques Rose, Francis Simard et Bernard Lortie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fennario persiste et signe</title>
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		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au fil du temps, Martin Duckworth s'est impos&#233; comme un solide directeur de la photographie et un cin&#233;aste ind&#233;pendant appr&#233;ciable aux yeux de diff&#233;rents observateurs du septi&#232;me art qu&#233;b&#233;cois. D&#232;s lors, son plus r&#233;cent documentaire allait-il lui permettre de repr&#233;senter ad&#233;quatement une figure controvers&#233;e du th&#233;&#226;tre national ? &lt;br class='autobr' /&gt; Duckworth a ex&#233;cut&#233; la photographie d'une centaine de films et a r&#233;alis&#233; lui-m&#234;me une trentaine de m&#233;trages documentaires, qui portent ind&#233;niablement sa griffe. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2299.png?1642092185' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;260&#034; height=&#034;344&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au fil du temps, Martin Duckworth s'est impos&#233; comme un solide directeur de la photographie et un cin&#233;aste ind&#233;pendant appr&#233;ciable aux yeux de diff&#233;rents observateurs du septi&#232;me art qu&#233;b&#233;cois. D&#232;s lors, son plus r&#233;cent documentaire allait-il lui permettre de repr&#233;senter ad&#233;quatement une figure controvers&#233;e du th&#233;&#226;tre national ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Duckworth a ex&#233;cut&#233; la photographie d'une centaine de films et a r&#233;alis&#233; lui-m&#234;me une trentaine de m&#233;trages documentaires, qui portent ind&#233;niablement sa griffe. Soulignons particuli&#232;rement les documentaires engag&#233;s qu'il a sign&#233;s, tels &lt;i&gt;Une histoire de femmes&lt;/i&gt; (en collaboration avec Sophie Bissonnette et Joyce Rock [1980]) et &lt;i&gt;Riel Country&lt;/i&gt; (1996).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui octog&#233;naire, &#233;minemment fid&#232;le &#224; ses convictions &#233;thiques et esth&#233;tiques, le r&#233;alisateur profite de l'ach&#232;vement de la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre &lt;i&gt;Motherhouse&lt;/i&gt; (2014) par David Fennario pour brosser un portrait de ce dramaturge anticonformiste m&#233;connu. Ainsi que le sugg&#232;re le titre du long m&#233;trage de Duckworth, &lt;i&gt;Fennario persiste et signe&lt;/i&gt; (2015) relate le cheminement artistique et personnel de l'auteur de &lt;i&gt;Balconville&lt;/i&gt; (1979), de son enfance difficile &#224; nos jours, en passant par l'atteinte d'un certain succ&#232;s th&#233;&#226;tral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duckworth et Fennario ont ainsi en commun de nombreuses id&#233;es progressistes. Aussi, le principal d&#233;fi que le cin&#233;aste devait relever consistait-il &#224; atteindre un n&#233;cessaire &#233;quilibre entre la sympathie naturelle que cet homme ressentait pour Fennario et le regard critique qu'il devait poser sur la vie et l'&#339;uvre de son sujet filmique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le contexte de la Premi&#232;re Guerre mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers &lt;i&gt;Fennario persiste et signe&lt;/i&gt;, Martin Duckworth accorde une place pr&#233;pond&#233;rante au t&#233;moignage que lui livre le dramaturge anglo-montr&#233;alais auquel il s'int&#233;resse. De fa&#231;on naturelle, le cin&#233;aste suit Fennario dans diff&#233;rentes parties de la m&#233;tropole et lui donne l'occasion d'expliquer la d&#233;marche qu'il a adopt&#233;e pour r&#233;diger sa plus r&#233;cente &#339;uvre dramatique tout en relatant une partie de son v&#233;cu. En outre, Martin Duckworth utilise une cam&#233;ra particuli&#232;rement souple pour r&#233;v&#233;ler au spectateur certaines des activit&#233;s quotidiennes auxquelles Fennario a pris part r&#233;cemment. D&#232;s lors, le documentariste met en relief la collaboration de l'&#233;crivain &#224; la mise en sc&#232;ne de sa pi&#232;ce pacifiste &lt;i&gt;Motherhouse&lt;/i&gt;, que l'on a pr&#233;sent&#233;e au th&#233;&#226;tre Centaur au d&#233;but de l'ann&#233;e 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Issu d'un milieu d&#233;favoris&#233;, David Wiper, alias David Fennario, a graduellement manifest&#233; son originalit&#233; dans le monde th&#233;&#226;tral de Montr&#233;al, durant les ann&#233;es 1970. En cr&#233;ant des &#339;uvres dramatiques qui se nourrissaient grandement de ses exp&#233;riences personnelles, Fennario a toujours eu soin de proc&#233;der &#224; une critique sociopolitique de l'univers dans lequel il se mouvait. &lt;i&gt;Motherhouse&lt;/i&gt; s'inscrit dans cette veine narrative puisque le dramaturge y traite de l'existence d'une ouvri&#232;re travaillant dans une usine de munitions de Verdun, au Qu&#233;bec, durant la Premi&#232;re Guerre mondiale. Par le biais de cette cr&#233;ation, Fennario d&#233;nonce l'attitude qu'ont adopt&#233;e les gouvernements britannique et canadien de l'&#233;poque, lesquels ont envoy&#233; des soldats du Canada au front afin de pr&#233;server l'int&#233;grit&#233; des territoires qui composaient l'Empire britannique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'id&#233;alisation d'un auteur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le principal d&#233;faut du film de Martin Duckworth consiste &#224; d&#233;peindre David Fennario de fa&#231;on trop favorable pour &#234;tre convaincante. Sans craindre les hyperboles, le cin&#233;aste &#233;l&#232;ve Fennario au rang des plus grands dramaturges canadiens et fait entendre un t&#233;moin qui le d&#233;crit comme l'auteur de pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre &#171; le plus reconnu du Canada &#187;. Dans cette perspective, le r&#233;alisateur repr&#233;sente l'&#233;crivain comme l'esp&#232;ce de d&#233;tenteur d'une v&#233;rit&#233; transcendante qu'on ne remet jamais en question. De plus, les diff&#233;rents intervenants du documentaire louent la constance, le courage et la lucidit&#233; de Fennario, mais ils n'&#233;mettent gu&#232;re de r&#233;serves significatives par rapport &#224; son itin&#233;raire artistique, personnel et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, Martin Duckworth ne donne pas la parole &#224; des t&#233;moins qui contestent la vision du monde du dramaturge ou ne partagent pas son point de vue par rapport &#224; diff&#233;rents sujets. Bien s&#251;r, l'ancien directeur artistique du th&#233;&#226;tre Centaur, Maurice Podbrey, soulignera clairement que Fennario a parfois vex&#233; des employ&#233;s de son th&#233;&#226;tre en affirmant qu'il ne souhaitait plus travailler dans cette enceinte dramatique &#171; bourgeoise &#187;. N&#233;anmoins, sa r&#233;crimination aura une port&#233;e fort limit&#233;e dans la narration, parce que Fennario et Podbrey entretiennent une relation tr&#232;s &#233;troite, voire parce que l'&#233;crivain n'a pas tenu parole, en termes de boycottage des activit&#233;s du Centaur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, comme de (trop) nombreuses autres &#339;uvres cin&#233;matographiques de cette tendance, &lt;i&gt;Fennario persiste et signe &lt;/i&gt; de Martin Duckworth repr&#233;sente un documentaire biographique d&#233;cevant en raison de l'incapacit&#233; du cin&#233;aste &#224; poser un regard critique sur la personnalit&#233; qu'il d&#233;peint, et ce, malgr&#233; une belle allure stylistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'occurrence, si Duckworth avait cherch&#233; &#224; faire intervenir des sp&#233;cialistes traitant de l'&#339;uvre de Fennario, de son itin&#233;raire individuel, sans verser dans le verbiage, il aurait pu brosser un portrait particuli&#232;rement significatif de cet homme paradoxal, embl&#233;matique des conflits qui ont oppos&#233; les francophones aux anglophones, les gens de gauche aux gens de droite du Qu&#233;bec, au cours des 40 derni&#232;res ann&#233;es. Cependant, en vertu de la vive affection qu'il ressentait pour David Fennario, Martin Duckworth a donn&#233; libre cours &#224; un subjectivisme d&#233;brid&#233; pour d&#233;crire l'auteur de mani&#232;re outranci&#232;rement avantageuse. Il en r&#233;sulte une &#339;uvre au propos succinct, tant sur le plan artistique que sur le plan sociopolitique, qui laissera le spectateur exigeant sur sa faim.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'urgence de r&#233;agir</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-urgence-de-reagir</link>
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		<dc:date>2016-09-26T17:32:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Mondialisation et &#171; libre-&#233;change &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Naomi Klein est sans contredit l'une des figures les plus connues de la gauche altermondialiste occidentale depuis trois lustres. Cette intellectuelle engag&#233;e a r&#233;ussi &#224; attirer l'attention des journalistes et d'un certain public en &#233;crivant des essais percutants tels No Logo (1999), Fences and Windows (2002), The Shock Doctrine (2009) et This Changes Everything (2014). De plus, Klein a donn&#233; une forme de prolongement &#224; ses &#339;uvres litt&#233;raires en les adaptant pour le septi&#232;me art. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaucage-Paul-+" rel="tag"&gt;Beaucage, Paul &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2267.jpg?1642092184' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;405&#034; height=&#034;600&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Naomi Klein est sans contredit l'une des figures les plus connues de la gauche altermondialiste occidentale depuis trois lustres. Cette intellectuelle engag&#233;e a r&#233;ussi &#224; attirer l'attention des journalistes et d'un certain public en &#233;crivant des essais percutants tels &lt;i&gt;No Logo&lt;/i&gt; (1999), &lt;i&gt;Fences and Windows&lt;/i&gt; (2002), &lt;i&gt;The Shock Doctrine&lt;/i&gt; (2009) et &lt;i&gt;This Changes Everything&lt;/i&gt; (2014). De plus, Klein a donn&#233; une forme de prolongement &#224; ses &#339;uvres litt&#233;raires en les adaptant pour le septi&#232;me art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans cette perspective, soulignons que le mari de Naomi Klein, Avi Lewis, a &#233;troitement collabor&#233; au travail cin&#233;matographique de celle-ci en r&#233;alisant ou en produisant les films dont elle a &#233;crit les sc&#233;narios. Incontestablement, &lt;i&gt;The Take&lt;/i&gt; (2004) de Lewis ainsi que &lt;i&gt;The Shock Doctrine&lt;/i&gt; (2009) de Michael Winterbottom et Mat Whitecross ont permis &#224; l'&#233;crivaine d'&#233;largir son public puisqu'ils ont vulgaris&#233; certains de ses th&#232;mes de pr&#233;dilection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souhaitant mobiliser le plus de gens possible pour lutter contre le r&#233;chauffement de la plan&#232;te, Naomi Klein et Avi Lewis joignent de nouveau leurs efforts afin que ce dernier r&#233;alise &lt;i&gt;This Changes Everything&lt;/i&gt; (2015), un documentaire &#233;cologiste et politique qui met en relief les dangers se rattachant au mode de consommation mondial des &#233;nergies polluantes. &#192; travers ce long m&#233;trage, Lewis et Klein s'opposent courageusement aux dogmes des tenants de la pens&#233;e mondialiste, n&#233;olib&#233;rale et productiviste, en incitant les citoyen&#183;ne&#183;s de la plan&#232;te &#224; combattre ardemment pour la pr&#233;servation de l'environnement dans lequel ils se meuvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le duo de cr&#233;ateurs, nous en sommes arriv&#233;s &#224; un tournant de notre histoire. Par cons&#233;quent, il faut absolument que nous renoncions &#224; utiliser des &#233;nergies fossiles pour r&#233;pondre &#224; nos diff&#233;rents besoins et que nous les remplacions par des &#233;nergies renouvelables &#8211; sans quoi nous courons &#224; notre perte. Dans ces circonstances, il appara&#238;t coh&#233;rent que l'&#339;uvre de Lewis et Klein d&#233;peigne au spectateur les luttes que m&#232;nent diff&#233;rentes populations du globe afin d'&#233;viter la d&#233;gradation de leurs milieux respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La confrontation des &#233;cologistes et des productivistes &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans ambages, le r&#233;alisateur et sa sc&#233;nariste-narratrice &#233;voquent une responsabilit&#233; collective pour expliquer comment l'&#234;tre humain en est venu &#224; commettre des d&#233;pr&#233;dations aux d&#233;pens de l'environnement. Ainsi, Lewis et Klein consid&#232;rent-ils que de tels agissements d&#233;coulent de l'influence n&#233;faste exerc&#233;e par certains scientifiques europ&#233;ens qui, d&#232;s le 17e si&#232;cle, ont pr&#233;tendu que l'on pouvait exploiter la terre afin d'en tirer des ressources plut&#244;t que de chercher &#224; vivre en harmonie avec celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;This Changes Everything&lt;/i&gt; trace une antith&#232;se pr&#233;gnante entre les adeptes d'un mode d'existence qui consiste &#224; exploiter sans vergogne les ressources naturelles de notre plan&#232;te et les gens qui aspirent &#224; vivre en accord avec la nature. Certes, Lewis et Klein n'&#233;vitent pas toujours le manich&#233;isme lorsqu'ils d&#233;crivent les comportements de ces deux cat&#233;gories de personnes. Leur film repr&#233;sente les gens qui &#233;pousent la cause environnementale comme des &#234;tres magnanimes et ceux qui s'y opposent comme des &#234;tres &#233;go&#239;stes. Le tandem parvient cependant &#224; att&#233;nuer un peu la port&#233;e de cette dichotomie en soulignant au spectateur que l'homme a trop longtemps &#233;t&#233; le dupe d'une habile narration que des scientifiques ont construite pour le convaincre que l'on pouvait extraire les ressources de la terre ind&#233;finiment. Du reste, il faut admettre que de nouveaux ph&#233;nom&#232;nes climatiques mondiaux nous signalent clairement que nous devons transformer nos habitudes de consommation &#233;nerg&#233;tique afin de diminuer consid&#233;rablement la pollution atmosph&#233;rique, qui menace les nombreuses esp&#232;ces de vie sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;alisation d&#233;cevante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan formel, Avi Lewis s'appuie constamment sur la narration en voix hors champ de Naomi Klein pour traduire la vision du monde de l'essayiste. Malheureusement, le choix de ce proc&#233;d&#233; grammatical ne s'av&#232;re pas pertinent en raison du fait que Naomi Klein cherche &#224; imposer au spectateur sa propre fiction plut&#244;t que de d&#233;mystifier celle qui met en valeur le credo des productivistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au lieu d'opposer les connaissances scientifiques actuelles aux croyances d&#233;pass&#233;es du 17e si&#232;cle, Naomi Klein substitue une certaine mythologie animiste &#224; &#171; la mythologie scientiste &#187; que d&#233;fendaient les savants de cette &#233;poque. Cependant, le propos de la sc&#233;nariste ne repose pas sur des arguments assez rationnels pour justifier la position qu'elle adopte. Bien s&#251;r, l'image que promeut Klein de l'&#234;tre humain vivant en harmonie avec la nature appara&#238;t autrement plus s&#233;duisante que celle de l'individu exploitant &#233;hont&#233;ment la terre. Cela ne nous r&#233;v&#232;le toutefois rien des dangers qui sont inh&#233;rents &#224; la pollution atmosph&#233;rique et au r&#233;chauffement de la plan&#232;te. Or, &#224; cet &#233;gard, Avi Lewis et Naomi Klein auraient d&#251; expliquer au spectateur de quelle fa&#231;on notre mode de consommation &#233;nerg&#233;tique met en p&#233;ril l'univers dans lequel nous vivons. Assur&#233;ment, en refusant d'utiliser des t&#233;moignages de scientifiques comp&#233;tents pour confirmer leurs assertions, Lewis et Klein ont dilu&#233; grandement la port&#233;e de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes plastiques et sonores, Avi Lewis a recours &#224; une esth&#233;tique r&#233;aliste, qui lui permet de donner une forme concr&#232;te au propos de Naomi Klein. Pourtant, la r&#233;alisation de Lewis ne transcende pas la doctrine que pr&#244;ne l'auteure de &lt;i&gt;No Logo&lt;/i&gt;. De sorte que leur film ne se r&#233;v&#232;le pas convaincant aux yeux du spectateur exigeant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'exploitation p&#233;troli&#232;re albertaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des ind&#233;niables faiblesses qu'il comporte, le long m&#233;trage d'Avi Lewis et Naomi Klein a le m&#233;rite de traiter explicitement de questions environnementales cruciales. Conscient que ces consid&#233;rations sont universelles, le tandem de cr&#233;ateurs souligne que d'importants conflits opposent les &#233;cologistes et les productivistes, dans diff&#233;rentes parties du monde. Afin de saisir le sens de ces confrontations, Lewis et Klein choisissent de se pencher sur quatre cas distincts qui leur apparaissent embl&#233;matiques de la complexit&#233; de la r&#233;alit&#233; : il s'agit de ceux du Canada, de la Gr&#232;ce, de l'Inde et de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui a trait au Canada, le cin&#233;aste et la sc&#233;nariste d&#233;crivent limpidement les principales caract&#233;ristiques du diff&#233;rend qui oppose les agents de l'industrie p&#233;troli&#232;re albertaine aux Autochtones r&#233;sidant &#224; proximit&#233; de la ville de Fort McMurray. Les premiers r&#233;ussissent &#224; imposer leurs activit&#233;s commerciales au d&#233;triment de la qualit&#233; de vie des seconds. &#201;videmment, la lutte que les Am&#233;rindiens livrent aux grandes entreprises p&#233;troli&#232;res a un caract&#232;re des plus in&#233;gaux parce que ces derni&#232;res, contrairement &#224; leurs adversaires, b&#233;n&#233;ficient de tr&#232;s importants moyens financiers et d'un r&#233;seau d'influence politique fort puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le fait que les Cris et les Chipewyan de la r&#233;gion de Fort McMurray &#233;voquent leurs droits ancestraux pour justifier leur exigence de vivre dans un environnement sain, les repr&#233;sentants de l'industrie des sables bitumineux se montrent indiff&#233;rents &#224; leurs revendications. Sachant pertinemment que les gouvernements f&#233;d&#233;ral et provinciaux du Canada leur permettent de saccager la nature sans &#233;gard pour les communaut&#233;s autochtones, les dirigeants des compagnies p&#233;troli&#232;res ne d&#233;voilent pas la teneur de leurs op&#233;rations aux membres des Premi&#232;res Nations. Ceux-ci constatent que leurs territoires sont pollu&#233;s, mais demeurent dans l'incapacit&#233; de freiner les activit&#233;s des entreprises p&#233;troli&#232;res albertaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incontestablement, Avi Lewis et Naomi Klein nous donnent un aper&#231;u significatif des difficult&#233;s quotidiennes que connaissent ces Autochtones en raison de l'insupportable pollution atmosph&#233;rique avec laquelle ils doivent composer. Cependant, on pourra reprocher au tandem de cr&#233;ateurs de consid&#233;rer presque exclusivement les Autochtones comme les porte-parole de la cause environnementale pancanadienne et d'&#233;pouser inconditionnellement leur discours mythologique et traditionnel touchant &#224; la relation que l'&#234;tre humain doit entretenir avec la Terre-M&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La menace de la compagnie Eldorado Gold, en Gr&#232;ce &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On sait que la Gr&#232;ce se trouve dans une situation &#233;conomique tr&#232;s pr&#233;caire depuis plusieurs ann&#233;es. Dans ces circonstances, il n'est gu&#232;re surprenant que des politicien&#183;ne&#183;s opportunistes de ce pays aient choisi de favoriser les investissements &#233;trangers au d&#233;triment de la pr&#233;servation de l'environnement qui les entoure. Cela explique que les autorit&#233;s hell&#233;niques ont c&#233;d&#233;, il y a quelques ann&#233;es, &#224; la compagnie mini&#232;re canadienne Eldorado Gold&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le si&#232;ge social de l'Eldorado Gold Corporation est situ&#233; &#224; Vancouver, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les droits d'exploitation de pr&#232;s de 32 000 hectares de terres dans la r&#233;gion d'Halkidiki.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les dirigeants de cette entreprise esp&#233;raient pouvoir extraire une extraordinaire quantit&#233; d'or de l'entit&#233; territoriale concern&#233;e. Toutefois, les &#233;cologistes se sont oppos&#233;s au saccage du milieu naturel que planifiaient les d&#233;cisionnaires de la compagnie mini&#232;re canadienne. Gr&#226;ce &#224; des t&#233;moignages &#233;loquents d'adversaires et de partisans de l'entreprise, gr&#226;ce &#224; une repr&#233;sentation spatiotemporelle ad&#233;quate, Avi Lewis et Naomi Klein donnent l'occasion au spectateur de jauger la menace que repr&#233;sente l'activit&#233; d'une mine &#224; ciel ouvert pour l'&#233;cosyst&#232;me du nord-est de la Gr&#232;ce. En revanche, le duo d'auteurs ne proc&#232;de pas &#224; une analyse sociopolitique approfondie du litige dont il est t&#233;moin. Or, le spectateur averti pouvait l&#233;gitimement souhaiter que Lewis et Klein effectuent une comparaison circonstanci&#233;e entre les attitudes des gouvernements de Antonis Samaras (2012-2015) et de Alexis Tsipras (2015- ?), face aux dirigeants de l'Union europ&#233;enne et aux investisseurs &#233;trangers. &#192; d&#233;faut de quoi, &lt;i&gt;This Changes Everything&lt;/i&gt; ne nous permet pas de d&#233;mystifier, comme il se doit, les m&#233;canismes du pouvoir politique qui se manifestent inexorablement dans l'&#201;tat grec contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volte des habitant&#183;e&#183;s de Sompeta&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme dans &lt;i&gt;The Take&lt;/i&gt;, Avi Lewis et Naomi Klein nous montrent, dans leur dernier documentaire, que d'importantes contestations citoyennes peuvent contrecarrer des projets nationaux iniques que cherchent &#224; implanter des gouvernements de divers pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; Sompeta, au sein de l'&#201;tat d'Andhra Pradesh, dans le sud de l'Inde, les autorit&#233;s politiques ont tent&#233; de faire construire une imposante centrale thermique au charbon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le gouvernement de l'&#201;tat d'Andhra Pradesh a confi&#233; &#224; la Nagarjuna (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sans tenir compte des effets environnementaux d&#233;sastreux que cela pourrait entra&#238;ner sur la vie de l'ensemble de la population de cette r&#233;gion. En cons&#233;quence, de nombreux r&#233;sidants de celle-ci se sont r&#233;volt&#233;s contre les autorit&#233;s locales afin d'emp&#234;cher la mise en marche de la centrale thermique. Face &#224; la r&#233;bellion, le gouvernement d'Andhra Pradesh a d'abord choisi de recourir &#224; une r&#233;pression polici&#232;re tr&#232;s violente, de mani&#232;re &#224; r&#233;duire ces opposant&#183;e&#183;s au silence. Toutefois, cette m&#233;thode s'est av&#233;r&#233;e totalement inefficace : elle a suscit&#233; une r&#233;volte encore plus significative de la population contre ses dirigeants politiques et les forces polici&#232;res auxquelles celle-ci &#233;tait confront&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ult&#233;rieurement, suite aux contestations judiciaires de citoyen&#183;ne&#183;s de Sompeta, les tribunaux indiens r&#233;voqueront le permis de construction que l'on avait accord&#233; &#224; la NCC Limited. &#201;videmment, il est r&#233;jouissant de constater que, m&#234;me dans un pays aussi in&#233;galitaire, aussi discriminatoire que l'Inde, un mouvement insurrectionnel peut obliger des dirigeants politiques &#224; abroger un projet d'envergure auquel ils avaient pr&#233;alablement souscrit de fa&#231;on particuli&#232;rement tangible. N'emp&#234;che qu'il s'agit l&#224; d'un cas d'exception qui confirme la r&#232;gle. Et pourtant, de fa&#231;on erron&#233;e, Avi Lewis et Naomi Klein donnent l'impression au spectateur que le peuple indien dispose de beaucoup plus de pouvoir qu'il n'en a r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;mergence des &#233;nergies renouvelables en Allemagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, on ne saurait nier que, depuis quelques ann&#233;es, les autorit&#233;s politiques allemandes ont graduellement favoris&#233; le d&#233;veloppement des &#233;nergies renouvelables au d&#233;triment de la production &#233;nerg&#233;tique nucl&#233;aire. Dans cette perspective, on constate qu'un tiers des ressources naturelles qu'utilisent actuellement les Allemands constituent des &#233;nergies non polluantes. Ind&#233;niablement, on peut affirmer que les dirigeant&#183;e&#183;s du pays, avec l'indispensable collaboration de la population, ont r&#233;ussi &#224; op&#233;rer un remarquable virage vert. Selon Lewis et Klein, ce ph&#233;nom&#232;ne s'explique surtout par le fait que le peuple allemand, &#233;tant plus sensible &#224; la protection environnementale que d'autres peuples, a incit&#233; les autorit&#233;s municipales de la nation &#224; intervenir et &#224; faciliter l'utilisation d'&#233;nergies vertes dans l'ensemble du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les pr&#233;occupations &#233;cologistes d'un grand nombre d'Allemand.e.s ont pouss&#233; leurs repr&#233;sentants municipaux &#224; adopter des mesures assurant la pr&#233;servation du milieu dans lequel ils et elles vivent. Cependant, Lewis et Klein ne tiennent pas compte du r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant qu'a jou&#233; la chanceli&#232;re Angela Merkel dans la volte-face des autorit&#233;s politiques allemandes envers les choix &#233;nerg&#233;tiques nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord convaincue des bienfaits propres &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire, cette scientifique de formation a command&#233; l'&#233;tude KIKK qui devait, a priori, rassurer l'opinion publique au sujet de l'activit&#233; des centrales nucl&#233;aires. Or, l'enqu&#234;te que l'on a men&#233;e a plut&#244;t d&#233;montr&#233;, a posteriori, que ce type de production &#233;tait dangereux pour les Allemands. Prenant acte, Angela Merkel a alors pouss&#233; son pays &#224; se retirer progressivement du domaine &#233;nerg&#233;tique nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, m&#234;me si l'Allemagne a eu recours au charbon durant un long laps de temps, Merkel s'est assur&#233;e que le pays d&#233;laisse peu &#224; peu ce combustible &#233;minemment polluant pour se lancer dans la production intensive d'&#233;nergies vertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire qu'Angela Merkel a agi davantage par pragmatisme politique que par grandeur d'&#226;me. Toutefois, les changements majeurs qui ont eu lieu en Allemagne en mati&#232;re environnementale au cours des derni&#232;res ann&#233;es sont surtout attribuables aux politiques adopt&#233;es par les diff&#233;rents gouvernements de coalitions qu'a dirig&#233;s la chanceli&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Angela Merkel a &#233;t&#233; nomm&#233;e chef de trois gouvernements de coalitions jusqu'&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En cherchant paradoxalement &#224; minimiser le r&#244;le des gouvernements nationaux dans les choix &#233;nerg&#233;tiques propres &#224; certains pays, Lewis et Klein ont tendance &#224; surestimer le pouvoir qu'y exercent les instances municipales et le citoyen ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* * *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Attendu qu'un grand nombre de scientifiques &#233;tablis s'accordent pour dire que le r&#233;chauffement de la plan&#232;te constitue un probl&#232;me majeur, qui risque de mettre en p&#233;ril l'existence de l'ensemble de l'humanit&#233;, il appara&#238;t incontestable que les auteur&#183;e&#183;s de &lt;i&gt;This Changes Everything&lt;/i&gt; ont le m&#233;rite de favoriser une prise de conscience du spectateur contemporain. Toutefois, de mani&#232;re regrettable, Avi Lewis et Naomi Klein ne parviennent pas &#224; trouver le ton juste ni &#224; utiliser des arguments rigoureux pour &#233;tayer leur th&#232;se. &#192; trop vouloir se servir de m&#233;taphores percutantes, le cin&#233;aste et la sc&#233;nariste sous-estiment la n&#233;cessit&#233; de proc&#233;der &#224; une d&#233;monstration &#224; la logique irr&#233;prochable afin de convaincre le public de la v&#233;racit&#233; de leur discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, lorsqu'il cherche &#224; cr&#233;er une forme de consensus tr&#232;s large &#224; travers le monde, le tandem Lewis-Klein minimise les effets pernicieux de la mondialisation et n&#233;glige le pouvoir dont peuvent disposer les diff&#233;rents &#201;tats-nations pour lutter, avec efficacit&#233;, contre le r&#233;chauffement de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il faut d&#233;plorer qu'Avi Lewis et Naomi Klein ne relient pas davantage la volont&#233; d'exploitation des ressources terrestres &#224; la qu&#234;te effr&#233;n&#233;e de profits guidant les requins de la finance, lesquels font la pluie et le beau temps aux quatre coins de l'univers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somme toute, en n&#233;gligeant d'analyser convenablement les probl&#232;mes sociopolitiques qui se rattachent aux questions &#233;cologiques mondiales, les auteurs n'ont pas su cr&#233;er un long m&#233;trage apte &#224; nous r&#233;v&#233;ler pourquoi il est si difficile d'&#233;carter les p&#233;rils environnementaux auxquels nous sommes tous confront&#233;s. C'est dommage puisque Lewis et Klein ont parfaitement saisi qu'il faut juguler le r&#233;chauffement de la plan&#232;te d&#232;s maintenant. Dans ces circonstances, souhaitons vivement que les deux collaborateurs proc&#232;dent &#224; une b&#233;n&#233;fique autocritique. Sans quoi, leurs futures &#339;uvres cin&#233;matographiques risquent de ne toucher qu'un cercle restreint d'admirateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le si&#232;ge social de l'Eldorado Gold Corporation est situ&#233; &#224; Vancouver, en Colombie-Britannique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le gouvernement de l'&#201;tat d'Andhra Pradesh a confi&#233; &#224; la Nagarjuna Construction Company (NCC Limited) la responsabilit&#233; de b&#226;tir cette centrale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Angela Merkel a &#233;t&#233; nomm&#233;e chef de trois gouvernements de coalitions jusqu'&#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Corbo. Un portrait &#233;loquent</title>
		<link>https://www.ababord.org/Corbo-Un-portrait-eloquent</link>
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		<dc:date>2016-08-31T15:58:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
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		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

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&lt;p&gt;Si plusieurs cin&#233;astes qu&#233;b&#233;cois ont trait&#233; la crise d'Octobre &#224; travers des &#339;uvres de fiction ou des documentaires, rares sont les r&#233;alisateurs qui ont choisi de se pencher sur les ph&#233;nom&#232;nes sociaux annonciateurs de cet &#233;v&#233;nement politique d&#233;terminant. &lt;br class='autobr' /&gt; Alain Chartrand s'est aventur&#233; dans cette voie p&#233;rilleuse en r&#233;alisant La maison du p&#234;cheur (2013). Il s'agissait d'un film engag&#233; qui, malgr&#233; ses importantes lacunes, a eu le m&#233;rite de susciter des interrogations pertinentes sur la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-63-fevrier-mars-2016-" rel="directory"&gt;No 063 - f&#233;vrier / mars 2016&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cinema-+" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2244.png?1642092182' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;263&#034; height=&#034;391&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si plusieurs cin&#233;astes qu&#233;b&#233;cois ont trait&#233; la crise d'Octobre &#224; travers des &#339;uvres de fiction ou des documentaires, rares sont les r&#233;alisateurs qui ont choisi de se pencher sur les ph&#233;nom&#232;nes sociaux annonciateurs de cet &#233;v&#233;nement politique d&#233;terminant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alain Chartrand s'est aventur&#233; dans cette voie p&#233;rilleuse en r&#233;alisant &lt;i&gt;La maison du p&#234;cheur&lt;/i&gt; (2013). Il s'agissait d'un film engag&#233; qui, malgr&#233; ses importantes lacunes, a eu le m&#233;rite de susciter des interrogations pertinentes sur la r&#233;volte du peuple qu&#233;b&#233;cois par rapport aux injustices dont il &#233;tait victime, un an avant l'adoption de la Loi sur les mesures de guerre par le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mathieu Denis s'inspire tr&#232;s librement d'un fait divers troublant survenu &#224; la fin de la R&#233;volution tranquille pour sc&#233;nariser, puis r&#233;aliser le long m&#233;trage &lt;i&gt;Corbo&lt;/i&gt; (2015). &#192; travers ce drame &#224; dimension sociopolitique, Denis relate les derniers mois de l'existence de Jean Corbo, un jeune militant felquiste dont les &#233;lans activistes entra&#238;neront des cons&#233;quences tragiques pour lui-m&#234;me et ses proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re &#224; d&#233;peindre ad&#233;quatement son protagoniste ainsi que la p&#233;riode durant laquelle il a v&#233;cu, l'auteur a effectu&#233; une recherche fort minutieuse portant sur la famille de Jean Corbo et sur l'histoire du Qu&#233;bec moderne. Apr&#232;s quoi, il a tent&#233; de traduire, en termes cin&#233;matographiques et fictionnels, ce qui a pouss&#233; un gar&#231;on de 16 ans, issu d'une famille ais&#233;e de Mont-Royal, &#224; s'engager dans une cellule du Front de lib&#233;ration du Qu&#233;bec (FLQ). Par cons&#233;quent, l'&#339;uvre de Mathieu Denis permet au spectateur de composer ou de renouer avec un pass&#233; relativement r&#233;cent durant lequel les Qu&#233;b&#233;cois&#183;es francophones tentaient de mettre fin &#224; l'oppression qu'ils subissaient, dans leur propre province, m&#234;me s'ils en constituaient plus de 80 % de la popu&#173;lation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une vision du monde p&#233;n&#233;trante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du film, on peut constater que le r&#233;alisateur affirme un style tr&#232;s personnel, qui carac&#173;t&#233;risera l'ensemble de sa narration. Certes, le travail qu'il a effectu&#233; &#224; titre de monteur et de r&#233;alisateur dans son premier long m&#233;trage, &lt;i&gt;Laurentie&lt;/i&gt; (2011, cor&#233;alis&#233; avec Simon Lavoie), lui permet d'utiliser ici une syntaxe bien mesur&#233;e. &#192; cet &#233;gard, mentionnons que Denis se sert avec doigt&#233; de proc&#233;d&#233;s grammaticaux comme le contrepoint sonore, le ralenti et le travelling lat&#233;ral. Cela dit, le spectateur attentif n'entretient jamais l'impression que le cin&#233;aste verse dans la photog&#233;nie ou l'euphonie gratuites. Pourquoi ? Parce que Mathieu Denis pose constamment sur ses personnages un regard d'humaniste. Gr&#226;ce &#224; une habile disposition des images et des sons du film, Denis parvient &#224; rendre particuli&#232;rement significative sa repr&#233;sentation d'une r&#233;alit&#233; m&#233;connue. En d'autres termes, il organise l'espace et le temps narratifs de mani&#232;re &#224; recr&#233;er, avec pr&#233;cision, un monde dont l'atmosph&#232;re et les contours auraient ais&#233;ment pu para&#238;tre flous aux yeux du spectateur. Sa d&#233;marche attentive, voire minimaliste, rappelle celle ayant caract&#233;ris&#233; Jim Jarmusch dans ses premi&#232;res r&#233;alisations professionnelles (&lt;i&gt;Stranger Than Paradise&lt;/i&gt; [1983], &lt;i&gt;Down by Law&lt;/i&gt; [1986]). N&#233;anmoins, &#224; l'oppos&#233; de Jarmusch, Denis n'utilise gu&#232;re l'humour de l'absurde en raison de la gravit&#233; du sujet qu'il traite.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ampleur de la r&#233;volte du personnage principal&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan structurel, Mathieu Denis a &#233;labor&#233; un sc&#233;nario qui lui permet de proc&#233;der &#224; une mise en sc&#232;ne reposant sur le principe de la double binarit&#233; narrative. Ainsi, le cin&#233;aste trace un parall&#232;le entre la r&#233;volte des jeunes felquistes face &#224; la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils vivent et l'insubordination de Jean Corbo contre le milieu auquel il est confront&#233;. Il suffira d'un concours de circonstances singulier pour que le cheminement du protagoniste et celui de felquistes convaincus convergent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des sc&#232;nes du film t&#233;moignant le mieux de la teneur de l'opposition de Jean Corbo par rapport &#224; son milieu &#233;ducationnel reste celle o&#249;, au grand dam de son professeur de coll&#232;ge, le jeune gar&#231;on se livre &#224; un expos&#233; oral, en classe, ayant pour th&#232;me l'hypocrisie du gouvernement f&#233;d&#233;ral canadien durant la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Dans cet esprit, Jean affirme que ledit gouvernement pr&#233;tendait se battre du c&#244;t&#233; des Alli&#233;s afin de faire pr&#233;valoir des valeurs d&#233;mocratiques, comme la libert&#233;, alors qu'il ordonnait l'emprisonnement inique de citoyens canadiens d'origines allemande, italienne et japonaise sous pr&#233;texte qu'ils pouvaient &#234;tre des espions &#224; la solde des Forces de l'Axe. De plus, l'adolescent souligne que son p&#232;re et son grand-p&#232;re, deux hommes d'origine italienne, comptaient parmi les personnes arbitrairement d&#233;tenues en vertu de l'application de la loi d'exception canadienne. Lorsque le professeur ordonne &#224; Jean de choisir spontan&#233;ment un autre sujet de pr&#233;sentation plut&#244;t que d'&#171; humilier &#187; son p&#232;re et son grand-p&#232;re, le jeune gar&#231;on refuse d'obtemp&#233;rer : aussi, l'expulse-t-on du cours, devant ses condisciples m&#233;dus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de quelques faiblesses mineures touchant &#224; la dramaturgie de l'&#339;uvre, &lt;i&gt;Corbo&lt;/i&gt; de Mathieu Denis constitue, &#224; notre avis, un film d'auteur de premier plan. Approfondissant la r&#233;flexion sur l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise qu'il avait entam&#233;e dans &lt;i&gt;Laurentie&lt;/i&gt;, Denis nous d&#233;voile ici, avec sagacit&#233; et subtilit&#233;, comment de jeunes gens peuvent en venir &#224; se radicaliser en raison du sentiment d'exclusion, de rejet qu'ils &#233;prouvent au sein de la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils vivent. Gr&#226;ce &#224; sa d&#233;marche distanci&#233;e, le r&#233;alisateur permet &#224; l'observateur attentif d'&#233;tablir, entre le pass&#233; et le pr&#233;sent, les correspondances qui s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment, le propos du film se r&#233;v&#232;le d'une br&#251;lante actualit&#233; lorsqu'on consid&#232;re la volont&#233; de certains jeunes Qu&#233;b&#233;cois, en 2015, de perp&#233;trer des attentats terroristes chez nous ou &#224; l'&#233;tranger. Sans verser dans l'ang&#233;lisme ou le moralisme r&#233;ducteur, le cin&#233;aste laisse clairement entendre au spectateur que le refus de reconna&#238;tre diverses formes de droit &#224; la diff&#233;rence, qui est inh&#233;rent aux soci&#233;t&#233;s capitalistes, contribue consid&#233;rablement &#224; engendrer un sentiment de frustration disproportionn&#233; chez certains individus. En outre, cette absence d'ouverture, cette manifestation d'intol&#233;rance par rapport &#224; l'alt&#233;rit&#233; favorise l'endoctrinement id&#233;ologique et la formation de futurs terroristes. Par cons&#233;quent, la narration transcendante de Mathieu Denis nous signifie que c'est en cr&#233;ant des syst&#232;mes poli&#173;tiques plus &#233;galitaires, plus &#233;quitables &#8211; et non pas en agissant de fa&#231;on r&#233;pressive contre des individus &#8211; que l'on pourra combattre efficacement la probl&#233;matique du terrorisme. Voil&#224; une conception politique qui se situe aux antipodes des valeurs n&#233;olib&#233;rales d&#233;fendues avec v&#233;h&#233;mence par les gouvernements de Stephen Harper et de Philippe Couillard !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>God Save Justin Trudeau</title>
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		<dc:date>2016-06-10T15:08:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Politique canadienne</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

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&lt;p&gt;Suite &#224; l'&#233;chec critique cuisant qu'a subi le long m&#233;trage sensationnaliste Les &#201;tats-D&#233;sunis du Canada (2012), nous avons formul&#233; le souhait que les cor&#233;alisateurs Guylaine Maroist et &#201;ric Ruel d&#233;laissent le domaine du documentaire sociopolitique, dans lequel ils ne parvenaient pas &#224; se montrer perspicaces, pour renouer avec celui du reportage environnemental, au sein duquel ils avaient manifest&#233; un appr&#233;ciable savoir-faire aupa&#173;ravant. &lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi, sans constituer des chefs-d'&#339;uvre, des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-62-dec-2015-janv-2016-" rel="directory"&gt;No 062 - d&#233;c. 2015 / janv. 2016&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-canadienne-+" rel="tag"&gt;Politique canadienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaucage-Paul-+" rel="tag"&gt;Beaucage, Paul &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2213.png?1642092180' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;181&#034; height=&#034;280&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite &#224; l'&#233;chec critique cuisant qu'a subi le long m&#233;trage sensationnaliste &lt;i&gt;Les &#201;tats-D&#233;sunis du Canada&lt;/i&gt; (2012), nous avons formul&#233; le souhait que les cor&#233;alisateurs Guylaine Maroist et &#201;ric Ruel d&#233;laissent le domaine du documentaire sociopolitique, dans lequel ils ne parvenaient pas &#224; se montrer perspicaces, pour renouer avec celui du reportage environnemental, au sein duquel ils avaient manifest&#233; un appr&#233;ciable savoir-faire aupa&#173;ravant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ainsi, sans constituer des chefs-d'&#339;uvre, des moyens m&#233;trages comme &lt;i&gt;Bombes &#224; retardement&lt;/i&gt; (2007), &lt;i&gt;Gentilly or Not To Be&lt;/i&gt; (2012) ont obtenu un succ&#232;s d'estime m&#233;rit&#233; en raison de leur pertinence th&#233;matique et de la solidit&#233; du propos scientifique qu'y ont d&#233;velopp&#233; Maroist et Ruel. Sans doute d&#233;sireux de prouver sa capacit&#233; de faire un documentaire &#224; dimension politique probante et de toucher un assez large public, le tandem de cin&#233;astes a choisi de se pencher sur un &#233;v&#233;nement caract&#233;ristique de la politique spectacle dans &lt;i&gt;God Save Justin Trudeau&lt;/i&gt; (2015). Cette &#339;uvre met en relief le combat de boxe public qui a oppos&#233;, en mars 2012, le d&#233;put&#233; lib&#233;ral f&#233;d&#233;ral de la circonscription de Papineau, Justin Trudeau, au s&#233;nateur conservateur Patrick Brazeau. Comme on le sait, Trudeau a remport&#233; cette confrontation haut la main, d&#233;jouant ainsi les pronostics de pseudo-connaisseurs et de partisans du Parti conservateur du Canada (PCC). Pour leur part, Guylaine Maroist et &#201;ric Ruel tentent, avec des moyens relativement modestes, de d&#233;voiler la signification latente du pugilat que se sont livr&#233; deux personnalit&#233;s tentant de briller exceptionnellement sous les feux de la rampe. Les documentaristes r&#233;pondront-ils aux attentes du spectateur ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une repr&#233;sentation hagiographique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Guylaine Maroist et &#201;ric Ruel ont r&#233;alis&#233; &lt;i&gt;God Save Justin Trudeau&lt;/i&gt;, le fils de l'ancien premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau et le Parti lib&#233;ral du Canada (PLC) leur apparaissaient comme l'alternative politique souhaitable par rapport &#224; une r&#233;&#233;lection potentielle du Parti conservateur en 2015. Pourquoi ? Parce que, m&#234;me s'ils repr&#233;sentaient alors l'opposition officielle &#224; Ottawa, les d&#233;put&#233;&#183;e&#183;s du Nouveau Parti d&#233;mocratique (NPD) semblaient assez &#233;loign&#233;s du pouvoir &#233;tant donn&#233; que, depuis que cette formation est n&#233;e en 1961, elle n'a jamais pu composer un gouvernement au niveau f&#233;d&#233;ral. Par ailleurs, on a assist&#233; en 2012 &#224; la mont&#233;e m&#233;diatique de Justin Trudeau, que des journalistes ont promptement per&#231;u comme le successeur potentiel de Michael Ignatieff en tant que chef du Parti lib&#233;ral et principal aspirant &#224; la fonction de premier ministre du pays, qu'il occupe aujourd'hui. Dans ces circonstances, Guylaine Maroist et &#201;ric Ruel choisissent de cr&#233;er un film promouvant la personnalit&#233; de Justin Trudeau et favorisant, par ricochet, le PLC. Afin de l&#233;gitimer leur d&#233;marche, les cor&#233;alisateurs s'appuient constamment sur les &#171; confidences r&#233;v&#233;latrices &#187; que leur fait Trudeau avant le combat et ils misent sur son triomphe sportif. Toutefois, ils n&#233;gligent de s'interroger sur les consid&#233;rations sociopolitiques du boxeur amateur et sur les orientations id&#233;ologiques actuelles du PLC. Selon les deux cin&#233;astes, il importe essentiellement de renverser le gouvernement de Stephen Harper en soutenant le PLC, m&#234;me si cette formation d&#233;fend des valeurs politiques qui, &#224; bien des &#233;gards, s'apparentent &#224; celles du PCC. De sorte que, plut&#244;t que de proposer au spectateur un film analytique, ils sombrent lamentablement dans le cin&#233;ma de propagande pro-Justin Trudeau et pro-lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un manich&#233;isme d&#233;plorable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de la d&#233;marche qu'ils ont adopt&#233;e pour r&#233;aliser &lt;i&gt;Les &#201;tats-D&#233;sunis du Canada&lt;/i&gt;, Guylaine Marois et &#201;ric Ruel nous proposent un film &#224; la vision du monde singuli&#232;rement r&#233;ductrice, manich&#233;enne. Bien s&#251;r, ils d&#233;peignent d'un c&#244;t&#233; le &#171; fort sympathique &#187; Justin Trudeau et de l'autre c&#244;t&#233;, le &#171; tr&#232;s antipathique &#187; Patrick Brazeau. Maroist et Ruel ont s&#233;lectionn&#233; des extraits filmiques de fa&#231;on tendancieuse pour tracer une opposition simpliste entre Patrick Brazeau et Justin Trudeau, plut&#244;t que de chercher &#224; porter un regard critique sur le combat de boxe que les deux hommes se livrent, sur l'univers politico-m&#233;diatique ainsi que sur l'opportunisme politique qui caract&#233;rise ces personnalit&#233;s. Cela dit, lorsque Brazeau ne suffit pas &#224; jouer le r&#244;le du m&#233;chant de service de la narration, ils utilisent sans retenue les reporters du d&#233;funt r&#233;seau t&#233;l&#233;visuel Sun News Network pour servir de repoussoir &#224; la pr&#233;tendue vedette montante du monde politique canadien. Ceux-ci n'ont pas cach&#233; leur d&#233;bilitant conservatisme et leur pitoyable populisme durant la p&#233;riode au cours de laquelle ils ont pu se manifester sur les ondes canadiennes-anglaises. Malheureusement, Guylaine Maroist et &#201;ric Ruel accordent une importance disproportionn&#233;e aux propos diffamatoires de ces folliculaires, plut&#244;t que de chercher &#224; analyser la signification profonde du combat que se livrent les deux pugilistes et le ph&#233;nom&#232;ne de la politique spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon nous, Guylaine Maroist et &#201;ric Ruel se sont compl&#232;tement fourvoy&#233;s en r&#233;alisant un long m&#233;trage consternant, par l'interm&#233;diaire duquel ils cherchent &#224; endoctriner le spectateur plut&#244;t qu'&#224; l'&#233;clairer. Aussi, faut-il souhaiter que des cin&#233;astes ayant une v&#233;ritable disposition pour le documentaire politique puissent trouver leur public et l'instruire ad&#233;quatement. Quant &#224; Maroist et Ruel, ces chantres poussifs du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; constitutionnel pancanadien, ces ap&#244;tres z&#233;l&#233;s de Justin Trudeau, du PLC et de l'unit&#233; canadienne, il ne nous reste plus qu'&#224; leur souhaiter de tirer de ce nouvel &#233;chec une le&#231;on minimale...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La modestie et la t&#233;nacit&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-modestie-et-la-tenacite</link>
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		<dc:date>2016-05-22T21:25:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage, Bernard &#201;mond</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>
		<dc:subject>&#201;mond, Bernard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le cheminement artistique et intellectuel de Bernard &#201;mond frappe par sa singularit&#233; et sa constance. Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; l'anthropologie et travaill&#233; &#224; titre d'animateur, voire sp&#233;cialiste de l'audiovisuel pour la t&#233;l&#233;vision communautaire inuite durant quelques ann&#233;es, &#201;mond a d&#233;cid&#233;, durant les ann&#233;es 1990, de r&#233;aliser des documentaires. Assez promptement, comme documentariste, il attire l'attention des cin&#233;philes en cr&#233;ant des m&#233;trages de qualit&#233;, qui t&#233;moignent d'une vision du monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-61-oct-nov-2015-" rel="directory"&gt;No 061 - oct. / nov. 2015&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cinema-+" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaucage-Paul-+" rel="tag"&gt;Beaucage, Paul &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emond-Bernard-+" rel="tag"&gt;&#201;mond, Bernard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2175.png?1642092177' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;178&#034; height=&#034;226&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le cheminement artistique et intellectuel de Bernard &#201;mond frappe par sa singularit&#233; et sa constance. Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; l'anthropologie et travaill&#233; &#224; titre d'animateur, voire sp&#233;cialiste de l'audiovisuel pour la t&#233;l&#233;vision communautaire inuite durant quelques ann&#233;es, &#201;mond a d&#233;cid&#233;, durant les ann&#233;es 1990, de r&#233;aliser des documentaires. Assez promptement, comme documentariste, il attire l'attention des cin&#233;philes en cr&#233;ant des m&#233;trages de qualit&#233;, qui t&#233;moignent d'une vision du monde personnelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peu de temps apr&#232;s que nous ayons assist&#233; &#224; son dernier long m&#233;trage, &lt;i&gt;Le journal d'un vieil homme&lt;/i&gt; (2015) en projection de presse, Bernard &#201;mond nous a accord&#233; une longue entrevue &#224; ce sujet. De plus, nous avons abord&#233; avec le cin&#233;aste des questions qui se rattachent &#224; l'ensemble de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord ! &lt;/i&gt; : Pourquoi avez-vous choisi d'adapter Une banale histoire d'Anton Tchekhov ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bernard &#201;mond : &lt;/strong&gt; Pour diff&#233;rentes raisons. D'abord parce que j'ai eu un v&#233;ritable coup de foudre pour la nouvelle de Tchekhov, que j'ai d&#233;couverte il y a d&#233;j&#224; environ 25 ans. Malheureusement, je n'ai pas pu concr&#233;tiser mon dessein d'adaptation cin&#233;matographique de cette &#339;uvre, &#224; l'&#233;poque. Je suis tr&#232;s content aujourd'hui d'avoir pu finalement mener ce projet &#224; terme. Ce que j'appr&#233;cie particuli&#232;rement chez Tchekhov, c'est qu'il nous d&#233;crit des personnes plut&#244;t que des personnages. Dans ses &#339;uvres les plus accomplies, il ne r&#233;duit jamais les &#234;tres humains &#224; de simples st&#233;r&#233;otypes ou &#224; des vecteurs d'id&#233;es. &#192; ses yeux, l'id&#233;al consiste &#224; brosser le portrait de l'&#234;tre humain dans toute sa complexit&#233;. Cela dit, l'&#233;poque de la Russie tsariste que l'auteur d&#233;peint avec acuit&#233; dans &lt;i&gt;Une banale histoire&lt;/i&gt; comporte, &#224; mon sens, diverses similitudes avec le Qu&#233;bec d'aujourd'hui. Un tel parall&#232;le t&#233;moigne avec &#233;loquence de l'universalit&#233; et de la modernit&#233; de l'&#339;uvre tch&#233;khovienne. &#201;videmment, compte tenu des moyens dont je disposais, je savais que je ne pourrais pas faire un &#171; film &#224; costumes &#187; ou un drame &#224; dimension historique. Cependant, pour moi, cela n'a pas repr&#233;sent&#233; un probl&#232;me puisque j'ai identifi&#233; dans le r&#233;cit de Tchekhov des &#233;l&#233;ments qui touchent, de mani&#232;re significative, les gens de notre &#233;poque. Or, &#224; mes yeux, ce rapport entre le pass&#233; et le pr&#233;sent s'av&#232;re beaucoup plus int&#233;ressant, plus instructif qu'une reconstitution historique impeccable, mais qui accentuerait le sentiment d'&#233;loignement que l'on peut ressentir face au pass&#233;. Par ailleurs, j'appr&#233;cie grandement les qualit&#233;s d'&#233;criture, la chaleur, l'humour et le ton des &#339;uvres litt&#233;raires d'Anton Tchekhov. Aussi, je peux vous affirmer sans ambages qu'&lt;i&gt;Une banale histoire&lt;/i&gt; m'appara&#238;t comme &#171; la nouvelle totale &#187; et que j'ai consid&#233;r&#233; le fait de transposer l'action de ce r&#233;cit dans le Qu&#233;bec contemporain comme un d&#233;fi des plus stimulants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Je vois. Lorsque vous avez &#233;labor&#233; la mise en sc&#232;ne de votre film, dans quelle perspective avez-vous travaill&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.&#201;. : &lt;/strong&gt; J'ai essay&#233;, comme dans l'ensemble de mon &#339;uvre, d'&#233;viter de verser dans la facilit&#233; narrative, dans l'esbroufe. D&#232;s lors, je me suis efforc&#233; d'adopter un style empreint de sobri&#233;t&#233;. Voyez-vous, un peu comme je le soulignais dans mon recueil &lt;i&gt;Il y a trop d'images&lt;/i&gt; [Lux &#233;diteur, 2011], je tente constamment de m'&#233;loigner du cin&#233;ma en tant que machine &#224; &#233;motions artificielles. Je crois plut&#244;t &#224; des notions comme celle de traduire les vraies &#233;motions des &#234;tres humains au public sans jamais le manipuler. En outre, j'essaie de communiquer au spectateur des sentiments, des pens&#233;es, des moments de vie authentiques afin de favoriser une r&#233;flexion personnelle de sa part. Pour paraphraser Tchekhov, je dirais que je cherche &#224; repr&#233;senter le r&#233;el sans avoir recours &#224; &#171; des effets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Dans &lt;i&gt;Le journal d'un vieil homme&lt;/i&gt;, les principaux interpr&#232;tes incarnent leurs personnages respectifs de mani&#232;re tr&#232;s probante. Comment les avez-vous choisis et dirig&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.&#201;. : &lt;/strong&gt; Dans le cas de Paul Savoie, qui campe Nicolas, il est essentiellement un com&#233;dien de th&#233;&#226;tre reconnu. Cependant, j'ai pens&#233; &#224; lui tr&#232;s rapidement pour jouer le r&#244;le du protagoniste de mon long m&#233;trage. &#201;videmment, j'&#233;tais conscient du potentiel dramatique extraordinaire dont dispose cet acteur et je savais qu'il entretenait une affection exceptionnelle pour la dramaturgie de Tchekhov. Pour ce qui est de Marie-&#200;ve Pelletier, qui incarne Katia, son nom m'a &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233; par une ex-directrice de distribution : celle-ci avait remarqu&#233; les aptitudes de la jeune femme. Or, je dois vous dire que je n'ai pas &#233;t&#233; d&#233;&#231;u. Comme je l'ai fait pour Paul Savoie, j'ai donn&#233; beaucoup de latitude &#224; Marie-&#200;ve et elle a admirablement r&#233;pondu &#224; mes attentes. Ainsi que vous le devinez, il n'est pas facile d'atteindre une qualit&#233; de jeu comparable &#224; celle de Paul Savoie. Et pourtant, elle parvient incontestablement &#224; se hausser au niveau de Savoie dans le film. J'ose esp&#233;rer que j'aurai l'occasion de travailler &#224; nouveau avec elle dans un avenir rapproch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : De quelle fa&#231;on avez-vous collabor&#233; avec votre directeur de la photographie ? Aviez-vous des attentes tr&#232;s pr&#233;cises par rapport &#224; son travail et lui avez-vous permis de faire preuve d'originalit&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.&#201;. : &lt;/strong&gt; Dans le cas de mon op&#233;rateur, Jean-Pierre Saint-Louis, je vous avoue que j'ai &#233;prouv&#233; un plaisir exquis &#224; renouer avec lui pour la r&#233;alisation du &lt;i&gt;Journal d'un vieil homme&lt;/i&gt;. Cet homme remarquable a collabor&#233; &#224; la cr&#233;ation de quatre de mes documentaires. Pourtant, il y avait d&#233;j&#224; plusieurs ann&#233;es que je n'avais pas travaill&#233; avec lui avant de r&#233;aliser ce film. Notre pr&#233;c&#233;dente collaboration avait eu lieu lorsqu'il avait assum&#233; les fonctions de directeur de la photographie dans &lt;i&gt;20h17 rue Darling&lt;/i&gt;. Apr&#232;s coup, nos chemins se sont s&#233;par&#233;s. N&#233;anmoins, j'ai suivi avec int&#233;r&#234;t le cheminement de Jean-Pierre aupr&#232;s d'autres cin&#233;astes. Ce que j'appr&#233;cie particuli&#232;rement chez lui, c'est sa capacit&#233; &#224; composer avec la lumi&#232;re naturelle. &#192; plusieurs reprises, j'avais pu observer son travail dans les films de Robert Morin. Ainsi, peu de temps avant de former mon &#233;quipe de tournage, j'ai visionn&#233; &lt;i&gt;Les quatre soldats &lt;/i&gt; [2013] de Morin et j'en ai tant go&#251;t&#233; la perspective visuelle que je me suis dit qu'il fallait absolument que Jean-Pierre photographie mon adaptation de l'&#339;uvre de Tchekhov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Au plan musical, vous avez derechef collabor&#233; avec Robert Marcel Lepage. Manifestement, vous &#234;tes tr&#232;s &#224; l'aise lorsque vous travaillez avec lui. De quelle nature a &#233;t&#233; la contribution du compositeur &#224; votre plus r&#233;cent film ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.&#201;. : &lt;/strong&gt; Elle a &#233;t&#233; tr&#232;s diff&#233;rente de celle qu'il a apport&#233;e &#224; mes autres films dans la mesure o&#249; il n'a compos&#233; la musique que de deux extraits de la r&#233;alisation : ce sont ceux dans lesquels on voit Katia jouer des sc&#232;nes de l'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt; de Sophocle. Tous les autres extraits musicaux que l'on entend dans mon long m&#233;trage ont &#233;t&#233; compos&#233;s par le grand musicien russe Dimitri Chostakovitch : il s'agit de morceaux tir&#233;s de ses quatuors &#224; cordes. Le quinzi&#232;me quatuor de Chostakovitch apporte, &#224; mon sens, une composante tr&#232;s intense au &lt;i&gt;Journal d'un vieil homme&lt;/i&gt;. J'ai d&#251; aller &#224; l'encontre de la volont&#233; de ma monteuse, Louise C&#244;t&#233; (une collaboratrice de premier plan), pour que l'on int&#232;gre la musique de Chostakovitch dans le film. Et croyez-moi, je ne suis pas d&#233;&#231;u du r&#233;sultat que j'ai obtenu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B !&lt;/i&gt; : Par ailleurs, entretenez-vous d&#233;j&#224; une id&#233;e assez pr&#233;cise du prochain long m&#233;trage que vous allez r&#233;aliser ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.&#201;. : &lt;/strong&gt; Oui, je peux m&#234;me vous dire que j'en ai d&#233;j&#224; &#233;crit le sc&#233;nario et que ce film, s'il voit le jour, traitera de l'histoire d'une dame assez &#226;g&#233;e qui se penche sur la signification de son pass&#233;. &#201;videmment mon intrigue recoupera des th&#232;mes abord&#233;s dans mes longs m&#233;trages pr&#233;c&#233;dents. Cependant, elle se distingue de mes deux plus r&#233;centes &#339;uvres dans la mesure o&#249; ma figure centrale ne sera pas un intellectuel, contrairement &#224; ce que repr&#233;sentent les personnages de Pierre dans &lt;i&gt;Tout ce que tu poss&#232;des&lt;/i&gt; et de Nicolas dans &lt;i&gt;Le journal d'un vieil homme&lt;/i&gt;. N&#233;anmoins, comme dans tous mes films de fiction, il sera question d'une consid&#233;ration globale du sens de la vie. J'ose esp&#233;rer que les diff&#233;rents organismes auxquels je vais demander des subventions me donneront l'occasion de tourner ce film en 2017&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192;B ! &lt;/i&gt; : Je comprends. En terminant, on sait que vous &#234;tes un artiste engag&#233;, qui s'est impliqu&#233; courageusement dans diff&#233;rents enjeux sociopolitiques (les droits des Autochtones, les &#233;lections qu&#233;b&#233;coises de 2012, la charte des valeurs qu&#233;b&#233;coises). Or, on vous voit moins prendre position ces derniers temps. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B.&#201;. : &lt;/strong&gt; Vous avez raison. Comme vous le devinez, le portrait politique du Qu&#233;bec actuel me d&#233;&#231;oit vivement. En toute honn&#234;tet&#233;, je me demande combien de temps on va devoir subir cette r&#233;alit&#233; pernicieuse. Toutefois, un peu comme Nicolas dans &lt;i&gt;Le journal d'un vieil homme&lt;/i&gt;, je tente d'&#233;viter de tomber dans le pi&#232;ge de l'amertume. Je ne perds pas foi en la nature humaine, m&#234;me si des &#233;v&#233;nements politiques comme ceux dont nous sommes actuellement t&#233;moins me r&#233;voltent &#233;norm&#233;ment. Cependant, je pense que c'est &#224; travers la r&#233;alisation de longs m&#233;trages que je suis le plus utile. Remarquez que mon film traduit une vision sociopolitique particuli&#232;re et une philosophie de vie nuanc&#233;e. Quoi qu'il en soit, ne vous attendez pas &#224; me voir prendre position prochainement sur la place publique. Cela dit, je me donne toujours une certaine marge de man&#339;uvre pour pouvoir intervenir au cas o&#249; je jugerais que ma prise de position pourrait faire avancer une cause importante &#224; laquelle je crois&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Les films S&#233;ville&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Entre la grandeur et la servitude humaines</title>
		<link>https://www.ababord.org/Entre-la-grandeur-et-la-servitude</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis une quinzaine d'ann&#233;es, Bernard &#201;mond &#233;crit et met en sc&#232;ne des films de fiction intimistes dans lesquels ses protagonistes se posent des questions fondamentales au sujet du sens de leur existence. Ainsi, &#224; travers des drames psychologiques comme La femme qui boit (2001), 20 h 17 rue Darling (2003), La neuvaine (2005), Contre toute esp&#233;rance (2007) et La donation (2009), &#201;mond d&#233;peint avec finesse et rigueur des personnages qui ont atteint un tournant de leur vie : ceux-ci cherchent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-61-oct-nov-2015-" rel="directory"&gt;No 061 - oct. / nov. 2015&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cinema-+" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2174.png?1642092177' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;576&#034; height=&#034;324&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis une quinzaine d'ann&#233;es, Bernard &#201;mond &#233;crit et met en sc&#232;ne des films de fiction intimistes dans lesquels ses protagonistes se posent des questions fondamentales au sujet du sens de leur existence. Ainsi, &#224; travers des drames psychologiques comme &lt;i&gt;La femme qui boit&lt;/i&gt; (2001), &lt;i&gt;20 h 17 rue Darling&lt;/i&gt; (2003), &lt;i&gt;La neuvaine&lt;/i&gt; (2005), &lt;i&gt;Contre toute esp&#233;rance&lt;/i&gt; (2007) et &lt;i&gt;La donation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La neuvaine, Contre toute esp&#233;rance et La donation constituent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (2009), &#201;mond d&#233;peint avec finesse et rigueur des personnages qui ont atteint un tournant de leur vie : ceux-ci cherchent avec ardeur &#224; saisir, &#224; surmonter les probl&#232;mes auxquels ils sont confront&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans ces circonstances, il n'appara&#238;t pas &#233;tonnant que &lt;i&gt;Le journal d'un vieil homme &lt;/i&gt; (2015) s'inscrive dans la lign&#233;e esth&#233;tique et th&#233;matique des films pr&#233;c&#233;dents du cin&#233;aste. Pr&#233;cisons que pour cr&#233;er cette nouvelle &#339;uvre d'auteur, &#201;mond a adapt&#233; plut&#244;t librement un r&#233;cit m&#233;connu d'Anton Tchekhov, qui s'intitule &lt;i&gt;Une banale histoire&lt;/i&gt; (1889). Globalement, Bernard &#201;mond a respect&#233; la structure narrative subtile, &#224; port&#233;e universelle, qu'a &#233;labor&#233;e le grand &#233;crivain russe. Cependant, le r&#233;alisateur a eu soin d'en modifier certaines composantes afin qu'elles s'int&#232;grent dans sa vision du monde contemporain. Cela explique que l'intrigue du long m&#233;trage se situe au Qu&#233;bec, de nos jours. &#192; travers sa narration, Bernard &#201;mond relate les m&#233;ditations de Nicolas, un v&#233;n&#233;rable professeur de m&#233;decine, qui a l'impression d'avoir rat&#233; son existence en raison de son incapacit&#233; &#224; entretenir des relations harmonieuses avec ses proches.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La narration en voix hors champ&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De tous les films de Bernard &#201;mond, &lt;i&gt;Le journal d'un vieil homme&lt;/i&gt; s'impose comme sa cr&#233;ation la plus litt&#233;raire &#224; ce jour, m&#234;me si &lt;i&gt;Tout ce que tu poss&#232;des&lt;/i&gt; (2012) comporte de nombreuses r&#233;f&#233;rences aux &#339;uvres du po&#232;te polonais Edward Stachura et &#224; la litt&#233;rature occidentale. Dans la derni&#232;re r&#233;alisation d'&#201;mond, les mots s'av&#232;rent pr&#233;pond&#233;rants puisque le protagoniste s'adresse &#224; lui-m&#234;me et fait du spectateur son confident privil&#233;gi&#233;. Pr&#233;f&#233;rant le monologue en voix hors champ au dialogue entre des personnages &#224; l'int&#233;rieur du champ, le metteur en sc&#232;ne nous r&#233;v&#232;le les doutes qu'entretient Nicolas par rapport aux choix qu'il a faits dans sa vie. Bien entendu, en utilisant fr&#233;quemment un tel proc&#233;d&#233;, Bernard &#201;mond aurait pu faire sombrer sa narration dans un pesant acad&#233;misme. Mais il n'en est rien : le cin&#233;aste parvient &#224; donner &#224; cette figure grammaticale traditionnelle une dimension originale gr&#226;ce &#224; l'habile dialectique qu'il &#233;tablit entre la bande-son et la bande-image.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une mise en sc&#232;ne particuli&#232;rement sobre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me, Bernard &#201;mond r&#233;alise un film aux images &#233;vocatrices, signifiantes, qui divisent fort bien l'espace et le temps de l'intrigue. Ayant gard&#233; de sa formation d'anthropologue et de son exp&#233;rience de documentariste un go&#251;t prononc&#233; pour la qu&#234;te de v&#233;rit&#233; humaine, &#201;mond d&#233;peint avec une remarquable justesse de ton la figure centrale de Nicolas ainsi que les autres personnages de son drame psycho-philosophique. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, on remarquera que le r&#233;alisateur &#233;pouse visuellement le style synth&#233;tique de son protagoniste, qui en est arriv&#233; &#224; l'heure de tracer une forme de bilan de son cheminement individuel. Certes, le vieil homme a consacr&#233; sa vie &#224; la science, mais celle-ci demeure impuissante &#224; le gu&#233;rir de la maladie dont il souffre et &#224; dissiper les angoisses qu'il ressent. Pis encore, les derniers examens m&#233;dicaux qu'a subis le h&#233;ros lui r&#233;v&#232;lent clairement qu'il ne lui reste plus qu'une ann&#233;e &#224; vivre. Lorsqu'il retrace le fil des &#233;v&#233;nements de son existence, Nicolas reconna&#238;t qu'il n'y a qu'un &#234;tre vivant pour lequel il &#233;prouve toujours un profond amour : il s'agit de sa belle-fille Katia. Utilisant les proc&#233;d&#233;s syntaxiques de l'ellipse et du retour en arri&#232;re avec un exceptionnel &#224;-propos, Bernard &#201;mond identifie les &#233;l&#233;ments essentiels de la relation qui a d&#233;j&#224; uni Nicolas et Katia. D&#232;s lors, on constate que Katia est la fille de Luce, une femme que Nicolas a passionn&#233;ment aim&#233;e et avec laquelle il vivait en couple lorsqu'il &#233;tait un jeune homme. Toutefois, elle est d&#233;c&#233;d&#233;e pr&#233;matur&#233;ment des suites d'un cancer du sein. Assur&#233;ment, de tels &#233;l&#233;ments &#233;motionnels comportaient un important potentiel m&#233;lodramatique. N&#233;anmoins, le cin&#233;aste refuse avec sagesse de verser dans la facilit&#233; narrative. Cela explique qu'&#201;mond utilise un plan &#233;loign&#233; concis, voire pudique pour d&#233;voiler au spectateur le sentiment de d&#233;solation ineffable que Nicolas et Katia ont ressenti suite &#224; la mort de Luce.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;sillusion de Katia par rapport &#224; la r&#233;alit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'affection profonde qui les lie toujours, un foss&#233; infranchissable s&#233;pare, sur les plans &#233;motionnel et intellectuel, Nicolas et Katia depuis plusieurs ann&#233;es. Cela s'explique surtout en raison des nombreuses d&#233;ceptions que Katia a subies au cours de son existence. Apr&#232;s avoir perdu sa m&#232;re en bas &#226;ge, elle a r&#233;agi fort n&#233;gativement lorsque son beau-p&#232;re a refait sa vie avec une autre femme. Cherchant &#224; trouver sa propre voie, Katia a &#233;tudi&#233; le th&#233;&#226;tre et s'est pleinement investie dans l'apprentissage du m&#233;tier de com&#233;dienne. Toutefois, elle n'a pas r&#233;ussi &#224; s'imposer comme elle le souhaitait sur les planches. Parce qu'elle a v&#233;cu des exp&#233;riences d&#233;bilitantes, sur le plan personnel, Katia a d&#233;cid&#233; un jour de cesser d'&#234;tre com&#233;dienne. Pour sa part, Nicolas tente de pousser la jeune femme &#224; renouer avec le domaine du th&#233;&#226;tre afin qu'elle puisse donner un sens &#224; sa vie. Pourtant, celle-ci s'y refuse et reproche &#224; son beau-p&#232;re de lui faire &#171; la morale &#187;. Une des sc&#232;nes les plus r&#233;v&#233;latrices du film reste celle o&#249; l'on voit le protagoniste rendre visite &#224; sa belle-fille, durant une soir&#233;e, afin qu'elle lui permette de transcender ses inqui&#233;tudes. Or, plut&#244;t que de le rass&#233;r&#233;ner, la discussion qu'il a avec Katia le consterne. En effet, cette derni&#232;re lui tient un discours acrimonieux au sujet de Barbara et d'Anne ainsi que sur &#171; la laideur du monde &#187;. Le nouvel amant de Katia, Michel, un philologue et professeur d'universit&#233;, rench&#233;rit sur les propos de la jeune femme en d&#233;non&#231;ant les pratiques mercantiles du milieu universitaire et la &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; des jeunes gens qui, selon lui, l'obligent &#224; abaisser lamentablement le niveau des cours qu'il donne &#224; certains d'entre eux. Furieux d'entendre des commentaires aussi cyniques, Nicolas reproche &#224; Michel de m&#233;priser ses &#233;tudiants et de continuer &#224; &#234;tre leur enseignant. Apr&#232;s quoi, il met un terme &#224; cette discussion oiseuse et d&#233;cide de rentrer chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une adaptation toute personnelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme Rafa&#235;l Ouellet et Celeste Parr l'ont fait &#224; travers &lt;i&gt;Gurov et Anna&lt;/i&gt; (2015), Bernard &#201;mond a su poser un regard &#233;minemment personnel sur une intrigue originale d'Anton Tchekhov afin de l'implanter de mani&#232;re probante dans le Qu&#233;bec du troisi&#232;me mill&#233;naire. Dans cette perspective, le r&#233;alisateur a traduit avec une dext&#233;rit&#233; magistrale la teneur de la relation fort complexe qui unit les personnages de Nicolas et de Katia. En cons&#233;quence, m&#234;me si &lt;i&gt;Le journal d'un vieil homme&lt;/i&gt; se cl&#244;t de mani&#232;re dramatique, le propos du film ne se r&#233;v&#232;le pas d&#233;sesp&#233;r&#233; pour autant. Pourquoi ? Parce que l'amour d&#233;sint&#233;ress&#233;, intense que Nicolas et Katia ont partag&#233; durant longtemps leur a permis d'atteindre un id&#233;al magnanime, voire de transcender leur condition. En repr&#233;sentant les deux personnages de fa&#231;on nuanc&#233;e, le metteur en sc&#232;ne d&#233;ment brillamment le sombre clich&#233; selon lequel Tchekhov ne d&#233;peindrait &#171; que des rat&#233;s &#187;. Toutes proportions gard&#233;es, on peut affirmer que Bernard &#201;mond, &#224; l'instar du grand ma&#238;tre russe du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, s'impose avec constance comme un artiste talentueux et un observateur p&#233;n&#233;trant des myst&#232;res de la nature humaine. Incontestablement, cela explique que le r&#233;alisateur occupe une place tr&#232;s enviable dans le cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois d'aujourd'hui, au-del&#224; des modes tapageuses et des succ&#232;s m&#233;diatiques &#233;ph&#233;m&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La neuvaine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Contre toute esp&#233;rance&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La donation&lt;/i&gt; constituent les composantes d'une trilogie que Bernard &#201;mond a consacr&#233;e aux trois vertus th&#233;ologales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Gurov et Anna</title>
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		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

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&lt;p&gt;Rafa&#235;l Ouellet a entam&#233; sa carri&#232;re, &#224; titre de t&#233;l&#233;aste, il y a une douzaine d'ann&#233;es, en r&#233;alisant des &#233;missions et des s&#233;ries alimentaires (Le Groulx Luxe [2003], Canadian Case Files [2005], Decade : Our Lady Peace [2006]), qui lui ont permis de faire ses gammes, en termes grammaticaux, voire de pr&#233;parer son avenir dans le domaine du septi&#232;me art. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; partir de 2007, parall&#232;lement &#224; ses activit&#233;s t&#233;l&#233;visuelles, Ouellet a mis en sc&#232;ne des longs m&#233;trages de fiction tr&#232;s personnels dont il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-60-ete-2015-" rel="directory"&gt;No 060 - &#233;t&#233; 2015&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaucage-Paul-+" rel="tag"&gt;Beaucage, Paul &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2141.png?1642092175' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;458&#034; height=&#034;259&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rafa&#235;l Ouellet a entam&#233; sa carri&#232;re, &#224; titre de t&#233;l&#233;aste, il y a une douzaine d'ann&#233;es, en r&#233;alisant des &#233;missions et des s&#233;ries alimentaires (&lt;i&gt;Le Groulx Luxe&lt;/i&gt; [2003], &lt;i&gt;Canadian Case Files&lt;/i&gt; [2005], &lt;i&gt;Decade : Our Lady Peace&lt;/i&gt; [2006]), qui lui ont permis de faire ses gammes, en termes grammaticaux, voire de pr&#233;parer son avenir dans le domaine du septi&#232;me art.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; partir de 2007, parall&#232;lement &#224; ses activit&#233;s t&#233;l&#233;visuelles, Ouellet a mis en sc&#232;ne des longs m&#233;trages de fiction tr&#232;s personnels dont il signait lui-m&#234;me le sc&#233;nario qui ont suscit&#233; l'int&#233;r&#234;t d'une partie de la critique qu&#233;b&#233;coise et de diff&#233;rents observateurs internationaux. Parmi ceux-l&#224;, il convient de citer &lt;i&gt;Le c&#232;dre pench&#233;&lt;/i&gt; (2007), &lt;i&gt;New Denmark&lt;/i&gt; (2009), &lt;i&gt;Camion&lt;/i&gt; (2012) et &lt;i&gt;Finissant(e)s&lt;/i&gt; (2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort de l'accueil assez favorable que ses &#339;uvres cin&#233;matographiques ont re&#231;u et des connaissances qu'il a acquises au cours des derni&#232;res ann&#233;es, Rafa&#235;l Ouellet signe cette fois-ci &lt;i&gt;Gurov et Anna&lt;/i&gt; (2015), son film le plus ambitieux, le plus universel jusqu'&#224; pr&#233;sent. Pour cr&#233;er cette narration, le cin&#233;aste a choisi de s'inspirer tr&#232;s librement de la fameuse nouvelle d'Anton Tchekhov &lt;i&gt;La dame au petit chien&lt;/i&gt; (1899). L'action du drame de m&#339;urs de Ouellet se situe &#224; Montr&#233;al, de nos jours. Un professeur de litt&#233;rature travaillant dans une universit&#233; anglophone succombe au charme singulier d'une de ses &#233;tudiantes. Les deux personnages centraux vivront une relation amoureuse des plus torrides. Toutefois, celle-ci leur permettra-t-elle de combler leurs attentes respectives durant longtemps ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'attitude &#233;quivoque des deux protagonistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Conscients que les cin&#233;astes Iossiph Kheifitz (&lt;i&gt;La dame au petit chien&lt;/i&gt; [1959]) et Nikita Mikhalkov (&lt;i&gt;Les yeux noirs&lt;/i&gt; [1986]) ont adapt&#233; de mani&#232;re remarquable le conte de Tchekhov avant eux, Rafa&#235;l Ouellet et sa sc&#233;nariste, Celeste Parr, ont sensiblement modifi&#233; l'intrigue originale pour l'ancrer dans la r&#233;alit&#233; contemporaine, tout en mettant en ab&#238;me l'&#339;uvre du grand &#233;crivain russe dans &lt;i&gt;Gurov et Anna&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fid&#232;les &#224; l'esprit qu'&#224; la lettre de la nouvelle tch&#233;khovienne, les coauteurs du film ont &#233;labor&#233; une narration dans laquelle les deux protagonistes, Ben et Mercedes, apparaissent comme des personnages ambigus, partag&#233;s entre des sentiments contradictoires, entre l'&#234;tre et le para&#238;tre. En l'occurrence, cela explique que Ben soit un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es qui &#233;prouve de vifs probl&#232;mes d'ordre existentiel. Cet individu angoiss&#233; ne ressent gu&#232;re d'amour pour sa femme et ses filles. N&#233;anmoins, afin d'&#233;viter des d&#233;sagr&#233;ments, il joue, avec constance, le r&#244;le d'un p&#232;re de famille responsable, qui appr&#233;cie ses proches et m&#232;ne une vie rang&#233;e. Par ailleurs, le personnage principal ne semble plus apte &#224; relever d'importants d&#233;fis sur le plan professionnel ou sur le plan litt&#233;raire, m&#234;me s'il poss&#232;de une irr&#233;&#173;cusable comp&#233;tence et qu'il a d&#233;j&#224; &#233;crit un recueil de nouvelles que l'on a publi&#233;. Ayant soin de ne pas sombrer dans le sch&#233;matisme, Ouellet et Parr sugg&#232;rent habilement au spectateur pourquoi Ben ressent un sentiment d'absurdit&#233; face &#224; l'existence, malgr&#233; l'ind&#233;niable r&#233;ussite qu'il conna&#238;t sur le plan social. En ce qui a trait &#224; Mercedes, le cin&#233;aste et la sc&#233;nariste la d&#233;crivent comme une jeune femme id&#233;aliste, moderne, roman&#173;tique, r&#234;vant de vivre une liaison amoureuse fusionnelle avec un homme qui serait &#233;perdument &#233;pris d'elle. &lt;i&gt;A priori&lt;/i&gt;, elle souhaiterait entretenir une relation &#233;minemment sentimentale avec son amant, Luc. Toutefois, celui-ci se soucie davantage de son avancement professionnel que du bonheur de Mercedes. Dans ces circonstances, on comprend ais&#233;ment pourquoi cette derni&#232;re en vient &#224; se d&#233;tourner du jeune homme pour entreprendre un jeu de la s&#233;duction soutenu, o&#249; se m&#234;lent l'audace et la prudence, par rapport &#224; son professeur de litt&#233;rature. Cependant, la jeune &#233;tudiante francophone ne soup&#231;onne pas jusqu'&#224; quel point cette d&#233;marche va transformer sa vie et celle de Ben&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des d&#233;sirs incompatibles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le long m&#233;trage de Rafa&#235;l Ouellet s'av&#232;re particuli&#232;rement impressionnant, c'est surtout gr&#226;ce &#224; la qualit&#233; de sa mise en sc&#232;ne. En excellent technicien, voire en esth&#232;te, Ouellet a trac&#233; un axe spatio-temporel harmonieux dans lequel les cadrages, les &#233;clairages, les couleurs, la dur&#233;e des plans et les composantes musicales sont tr&#232;s soign&#233;s. Cependant, au-del&#224; de la beaut&#233; plastique et sonore de son film, le r&#233;alisateur demeure tr&#232;s attentif aux &#233;motions furtives de ses personnages, &#224; leur &#233;volution psychique, ainsi qu'au contexte socioculturel au sein duquel ils se meuvent. Dans cette perspective, on sera sensible aux sc&#232;nes d'amour charnel circonstanci&#233;es unissant Ben et Mercedes que le cin&#233;aste d&#233;peint, souvent dans la continuit&#233;. Refusant de proc&#233;der &#224; des ellipses acad&#233;miques pour &#233;viter de choquer le spectateur pudique ou de verser dans le voyeurisme r&#233;ducteur pour exciter l'amateur de sensations fortes, Ouellet nous r&#233;v&#232;le qu'&#224; travers certaines de ses relations sexuelles, l'enseignant traduit sa forte volont&#233; de domination physique aux d&#233;pens de son &#233;tudiante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cisons que lorsqu'il assujettit Mercedes &#224; ses fantasmes &#233;rotiques, Ben (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourquoi le protagoniste adopte-t-il une telle attitude ? Parce qu'il tente d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de surmonter son sentiment d'&#233;chec face &#224; la vie, sa hantise par rapport au vieillissement et &#224; la mort. De cette fa&#231;on, il en vient &#224; ignorer les d&#233;sirs distincts de sa partenaire et &#224; ne la consid&#233;rer que comme un objet sexuel. Lorsque la jeune femme prendra pleinement conscience de ce ph&#233;nom&#232;ne, elle remettra en question la liaison amoureuse qu'elle entretient avec l'enseignant. &#192; l'oppos&#233; de cet admirateur avou&#233; de l'&#339;uvre de Tchekhov, Mercedes acquiert l&#233;gitimement la conviction qu'ils ne pourront pas vivre ensemble une relation de couple qui satisfera les attentes de chacun d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En intitulant leur &#339;uvre &lt;i&gt;Gurov et Anna&lt;/i&gt;, Rafa&#235;l Ouellet et Celeste Parr ont rendu un hommage senti &#224; Anton Tchekhov ainsi qu'au caract&#232;re ind&#233;&#173;modable de &lt;i&gt;La dame au petit chien&lt;/i&gt;. Cela dit, ils se sont montr&#233;s novateurs afin d'&#233;viter que leur long m&#233;trage ne constitue qu'une esp&#232;ce de d&#233;marcage de la nouvelle de Tchekhov ou des adaptations cin&#233;matographiques que l'on a tir&#233;es de cette cr&#233;ation litt&#233;raire. &#201;videmment, le tandem d'auteurs explore beaucoup plus, dans ce film, le th&#232;me de l'&#233;rotisme que l'&#233;crivain russe ne le faisait &#224; travers son conte. Or, le cin&#233;aste et la sc&#233;nariste posent un regard exempt de complaisance sur les relations de couples du d&#233;but du troisi&#232;me mill&#233;naire. M&#234;me si la dimension philosophique de leur narration n'est pas aussi appro&#173;fondie qu'on pourrait le souhaiter, cette &#339;uvre intimiste se r&#233;v&#232;le globalement fort r&#233;ussie. Par cons&#233;quent, il faut souhaiter que Ouellet et Parr puissent de nouveau collaborer &#224; la cr&#233;ation d'un film, dans un avenir rapproch&#233;, puisqu'ils sont parvenus conjointement &#224; d&#233;peindre les m&#339;urs de leurs contemporains en t&#233;moignant d'une incontestable lucidit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cisons que lorsqu'il assujettit Mercedes &#224; ses fantasmes &#233;rotiques, Ben inscrit ses gestes d'affirmation du pouvoir dans la lign&#233;e de la domination intellectuelle et linguistique qu'il parvient &#224; imposer &#224; la jeune femme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Blue Jasmine</title>
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		<dc:creator>Paul Beaucage</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
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		<dc:subject>Beaucage, Paul </dc:subject>

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&lt;p&gt;&#192; la m&#233;moire de ma m&#232;re, &#201;l&#233;na &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, Woody Allen a fr&#233;quemment donn&#233; &#224; de nombreux cin&#233;philes la d&#233;plorable impression d'errer intellectuellement en r&#233;alisant des films qui, s'ils comportaient d'ind&#233;niables qualit&#233;s formelles, n'&#233;taient pas &#224; la hauteur de son remarquable talent. Peut-&#234;tre la volont&#233; du cin&#233;aste de tourner des longs m&#233;trages &#224; un rythme effr&#233;n&#233;, alli&#233;e &#224; celle de traduire une philosophie de vie bon enfant, lui a-t-elle &#233;t&#233; pr&#233;judiciable compte tenu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-55-ete-2014-" rel="directory"&gt;No 055 - &#233;t&#233; 2014&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaucage-Paul-+" rel="tag"&gt;Beaucage, Paul &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2121.png?1642092174' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;636&#034; height=&#034;297&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; la m&#233;moire de ma m&#232;re, &#201;l&#233;na&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, Woody Allen a fr&#233;quemment donn&#233; &#224; de nombreux cin&#233;philes la d&#233;plorable impression d'errer intellectuellement en r&#233;alisant des films qui, s'ils comportaient d'ind&#233;niables qualit&#233;s formelles, n'&#233;taient pas &#224; la hauteur de son remarquable talent. Peut-&#234;tre la volont&#233; du cin&#233;aste de tourner des longs m&#233;trages &#224; un rythme effr&#233;n&#233;, alli&#233;e &#224; celle de traduire une philosophie de vie bon enfant, lui a-t-elle &#233;t&#233; pr&#233;judiciable compte tenu du temps que tout artiste doit prendre pour renouveler son esth&#233;tique et sa th&#233;matique, voire pour se remettre en question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sans doute conscient des insuffisances narratives que rec&#232;lent des longs m&#233;trages tels &lt;i&gt;Vicky Cristina Barcelona&lt;/i&gt; (2008), &lt;i&gt;You Will Meet a Tall Dark Stranger&lt;/i&gt; (2010) et &lt;i&gt;To Rome with Love&lt;/i&gt; (2012), Allen d&#233;cide cette fois-ci de mettre en sc&#232;ne &lt;i&gt;Blue Jasmine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au Qu&#233;bec, pour un motif d'ordre l&#233;gal, Woody Allen et le distributeur du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (2013), un film qui traite, par personnages interpos&#233;s, du d&#233;sarroi actuel de la nation am&#233;ricaine. Pour ce faire, le r&#233;alisateur s'est librement inspir&#233; de la c&#233;l&#232;bre pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre de Tennessee Williams &lt;i&gt;A Streetcar Named Desire&lt;/i&gt; (1947) &#8211; rappelons qu'Elia Kazan a fid&#232;lement et habilement adapt&#233; cette &#339;uvre pour le grand &#233;cran en 1950. Dans le cas pr&#233;sent, on peut r&#233;sumer l'intrigue du drame psychologique &#224; port&#233;e symbolique de Woody Allen de la fa&#231;on suivante : Jasmine French, une quadrag&#233;naire troubl&#233;e par sa d&#233;ch&#233;ance sociale et le suicide de son ex-mari, cherche &#224; r&#233;orienter son existence en allant passer quelques semaines chez sa s&#339;ur cadette Ginger, qui habite &#224; San Francisco. La chose ne va pas sans mal puisque Ginger avait pr&#233;vu d'accueillir chez elle, &#224; ce moment-l&#224;, son ami de c&#339;ur, Chili. Cependant, les amants choisissent de reporter ce projet durant quelque temps. Le s&#233;jour de Jasmine chez sa s&#339;ur suffira-t-il &#224; lui permettre de renouer correctement avec le monde qui l'entoure ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une mise en sc&#232;ne signifiante et v&#233;race&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si &lt;i&gt;Blue Jasmine&lt;/i&gt; de Woody Allen repr&#233;sente une &#339;uvre de haut niveau, c'est en grande partie gr&#226;ce &#224; un sc&#233;nario fort bien construit, &#233;crit par le r&#233;alisateur lui-m&#234;me. Conform&#233;ment &#224; ses habitudes, l'auteur proc&#232;de &#224; une &#233;tude typologique, psychosociologique des personnages de sa narration plut&#244;t que de tracer des portraits psychologiques tr&#232;s herm&#233;tiques de ceux-l&#224;. En termes sc&#233;naristiques, le long m&#233;trage d'Allen repose sur une dichotomie fondamentale entre les figures de Jasmine et Ginger. N&#233;anmoins, le cin&#233;aste ne n&#233;glige pas de sugg&#233;rer la part d'ambigu&#239;t&#233; qui caract&#233;rise les deux s&#339;urs. Par ailleurs, il importe de souligner que Woody Allen a su r&#233;aliser un film d'une grande &#233;l&#233;gance formelle, qui ne verse jamais dans la componction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le cin&#233;aste a r&#233;ussi &#224; filmer ses personnages &#224; hauteur d'homme et &#224; traduire leurs tribulations avec un sens esth&#233;tique aigu. Pour ce faire, Woody Allen a collabor&#233; ad&#233;quatement avec l'op&#233;rateur Javier Aguirresarobe, qui avait d&#233;j&#224; photographi&#233; &lt;i&gt;Vicky Cristina Barcelona&lt;/i&gt;, et le directeur artistique Santo Loquasto afin de donner un sens narratif aux d&#233;cors sp&#233;cifiques des villes de New York et San Francisco. Ayant recours &#224; une perspective contrast&#233;e, le r&#233;alisateur nous montre les oppositions qui existent entre les quartiers riches et les quartiers pauvres des &#201;tats-Unis. Selon nous, une sc&#232;ne cristallise &#233;loquemment cette dualit&#233; : celle au cours de laquelle Jasmine d&#233;couvre &#224; quoi ressemble l'appartement de Ginger. Face &#224; la modestie de ce logement de prol&#233;taire, Jasmine ne peut s'emp&#234;cher de regretter le magnifique appartement de New York o&#249; elle a habit&#233; avec Hal alors qu'ils formaient un couple. Assur&#233;ment, le rapport amoureux qu'elle a nou&#233; avec cet homme &#233;tait indissociable de la r&#233;ussite mat&#233;rielle ainsi que du prestige social qui caract&#233;risaient le financier. Gr&#226;ce &#224; de longs travellings lat&#233;raux, qui assurent la transition du pr&#233;sent au pass&#233;, Woody Allen d&#233;peint avec une ironie subtile les int&#233;rieurs d&#233;mesur&#233;s, somptueux dans lesquels vivait le tandem, apparemment en parfaite harmonie, comme des st&#233;r&#233;otypes de magazines de luxe que l'on illustre &#224; travers une esth&#233;tique de papier glac&#233;. En outre, le r&#233;alisateur proc&#232;de &#224; une d&#233;mystification appr&#233;ciable du mat&#233;rialisme et de l'ostentation des nantis de la nation am&#233;ricaine, qui aiment &#224; donner leur r&#233;ussite sociale en spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La rupture radicale d'une relation de couple&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans trop le laisser para&#238;tre, Woody Allen proc&#232;de &#224; une d&#233;nonciation virulente de certaines pratiques frauduleuses qui se rattachent au capitalisme sauvage ou au n&#233;olib&#233;ralisme s&#233;vissant actuellement aux &#201;tats-Unis et dans le monde occidental. Plut&#244;t que de chercher &#224; nous d&#233;peindre l'univers de la haute finance am&#233;ricaine dans son ensemble, le cin&#233;aste s'attache au cas particulier de Hal, qui appara&#238;t comme un requin caract&#233;ristique de cette faune impitoyable. &#192; travers le portrait du quinquag&#233;naire, Woody Allen repr&#233;sente le type m&#234;me du financier machiav&#233;lique qui est pr&#234;t &#224; se livrer &#224; une kyrielle de supercheries pour s'enrichir et accro&#238;tre son prestige personnel. Ainsi, on entend cet homme &#233;voquer des gestes ill&#233;gaux qu'il a commis, selon un sch&#232;me familier touchant &#224; des entreprises sp&#233;cieuses, la fuite de capitaux et des promesses de rendements d'int&#233;r&#234;ts exorbitants formul&#233;es aux investisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, il n'est gu&#232;re surprenant que Hal ne t&#233;moigne pas beaucoup de respect envers une &#233;pouse qui ferme constamment les yeux devant ses multiples malversations, ainsi que ses aventures extraconjugales. N'emp&#234;che que la rupture de la relation conjugale de Jasmine et Hal bouleversera irr&#233;versiblement leur vie respective. En effet, apr&#232;s avoir appris que son mari lui &#233;tait infid&#232;le, Jasmine le confronte &#224; ce sujet. Toutefois, plut&#244;t que de nier la chose, de tenter de rassurer sa compagne, Hal profite de l'occasion pour lui annoncer qu'il va la quitter pour faire vie commune avec une jeune Fran&#231;aise dont il affirme &#234;tre tomb&#233; amoureux. Croquant cette sc&#232;ne de m&#233;nage clef de mani&#232;re tr&#232;s authentique, gr&#226;ce &#224; des plans rapproch&#233;s et des mouvements de cam&#233;ra nerveux, le r&#233;alisateur nous d&#233;voile l'incommunicabilit&#233; entre deux &#234;tres, psychiquement reclus depuis trop longtemps pour pouvoir se comprendre de fa&#231;on mutuelle. D&#232;s lors, il n'est pas surprenant que leurs corps se heurtent et que les &#233;poux se s&#233;parent brusquement. &#192; la suite de cette dispute, Jasmine consomme avec pr&#233;cipitation des m&#233;dicaments et d&#233;nonce les d&#233;lits &#233;conomiques de son mari au FBI. Subs&#233;quemment, on proc&#233;dera &#224; l'arrestation du &#171; criminel &#224; cravate &#187; et le syst&#232;me judiciaire am&#233;ricain en viendra &#224; priver le couple de l'essentiel de ses revenus, puisque Hal les a obtenus ill&#233;galement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre le comique et le tragique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme dans certaines de ses plus belles r&#233;ussites, telles &lt;i&gt;Annie Hall &lt;/i&gt; (1977), &lt;i&gt;Manhattan&lt;/i&gt; (1979), &lt;i&gt;The Purple Rose of Cairo&lt;/i&gt; (1985), &lt;i&gt;Husbands and Wives&lt;/i&gt; (1992), Woody Allen atteint un remarquable &#233;quilibre entre le dramatique et le drolatique dans sa derni&#232;re &#339;uvre. &#192; notre avis, une sc&#232;ne de &lt;i&gt;Blue Jasmine&lt;/i&gt; est particuli&#232;rement &#233;vocatrice de cette harmonie des contraires : celle au cours de laquelle le dentiste pour lequel travaille Jasmine durant quelque temps tente de l'agresser sexuellement. Au d&#233;part, l'employeur exprime de but en blanc son attirance pour l'h&#233;ro&#239;ne, qui tente d'esquiver ses avances. Toutefois, le quadrag&#233;naire est r&#233;solu &#224; donner libre cours &#224; ses pulsions sexuelles. Ayant accul&#233; Jasmine dans un coin du cabinet, alors que personne ne peut intervenir, il cherche &#224; l'embrasser contre son gr&#233;. Celle-ci parvient &#224; &#233;chapper &#224; son emprise et &#224; le faire tr&#233;bucher, avant de quitter les lieux en toute h&#226;te, compl&#232;tement d&#233;contenanc&#233;e. Il va sans dire qu'elle ne reviendra plus travailler comme r&#233;ceptionniste &#224; cet endroit&#8230; Utilisant magistralement un plan-s&#233;quence fixe et un cadrage angulaire, Woody Allen r&#233;v&#232;le au spectateur l'incontestable incapacit&#233; de Jasmine de se soustraire au harc&#232;lement sexuel pressant du dentiste. Par cons&#233;quent, elle devra avoir recours &#224; la force physique pour &#233;viter de vivre une exp&#233;rience tr&#232;s sordide. En l'occurrence, l'effet humoristique de la s&#233;quence concern&#233;e d&#233;coule de l'inattendu puisque, &#224; br&#251;le-pourpoint, c'est la femme qui met l'homme hors de combat ! Cela dit, il convient d'&#233;tablir une analogie entre cette m&#233;saventure et celle que vit le personnage de Blanche Dubois dans &lt;i&gt;A Streetcar Named Desire&lt;/i&gt; de Tennessee Williams. Certes, contrairement &#224; l'h&#233;ro&#239;ne de la pi&#232;ce de Williams, Jasmine &#233;vite d'&#234;tre victime d'un viol. Toutefois, sa r&#233;sistance &#224; la tentative d'agression sexuelle de son employeur l'emp&#234;chera de continuer &#224; occuper son emploi dans un contexte ad&#233;quat. Comme quoi, malgr&#233; l'&#233;volution des m&#339;urs et des mentalit&#233;s, des femmes am&#233;ricaines se trouvent encore confront&#233;es &#224; des situations sociales fort p&#233;nibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon nous, &lt;i&gt;Blue Jasmine&lt;/i&gt; constitue une des &#339;uvres les plus importantes que Woody Allen a cr&#233;&#233;es au cours des 20 derni&#232;res ann&#233;es. Refusant cette fois-ci de relater au cin&#233;phile une bluette humoristique ou de lui proposer une satire univoque, il a su r&#233;aliser un drame psychique &#224; dimension polys&#233;mique dans lequel il pose un regard des plus lucides sur les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, 12 ans apr&#232;s les attentats du 11 septembre 2001 et un lustre apr&#232;s la crise &#233;conomique de 2008. Une des plus grandes qualit&#233;s de son film, qui s'appuie sur une technique sans faille et une stylistique pirandellienne, consiste &#224; proposer au spectateur une r&#233;flexion symbolique novatrice sur la r&#233;alit&#233; qui caract&#233;rise le pays dont il est originaire. Ce faisant, le cin&#233;aste &#233;l&#232;ve sa narration au niveau d'un conte philosophique dont la signification se r&#233;v&#232;le pertinemment complexe. Dans cet esprit, il faut consid&#233;rer Jasmine comme la repr&#233;sentante d'une certaine Am&#233;rique, celle des &#233;lites d'hier, qui s'appuie d&#233;mesur&#233;ment sur son prestige du pass&#233; pour tenter de donner un second souffle &#224; son existence. Toutefois, celle-l&#224; demeure incapable de s'adapter au monde contemporain, qu'elle a pourtant contribu&#233; &#224; construire. &#192; l'inverse, la figure de Ginger repr&#233;sente une Am&#233;rique de la modestie, de la pr&#233;carit&#233;, voire d'une esp&#232;ce de pragmatisme qui, malgr&#233; de nombreuses emb&#251;ches, continue &#224; cheminer de fa&#231;on sensible. &#201;videmment, ce prol&#233;tariat &#233;hont&#233;ment exploit&#233;, dans une r&#233;alit&#233; mondialis&#233;e, semble vou&#233; &#224; une existence nettement plus prolong&#233;e que celle des &#233;lites d&#233;chues de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Cependant, celui-l&#224; n'a-t-il pas tendance &#224; se montrer trop humble, trop passif, face &#224; l'ordre &#233;tabli, afin d'assurer sa survie ? De mani&#232;re fort sage, le cin&#233;aste laisse au spectateur le soin de r&#233;pondre lui-m&#234;me &#224; cette &#233;pineuse question. N&#233;anmoins, Woody Allen nous dresse une des repr&#233;sentations artistiques les plus &#233;clairantes, les plus percutantes que l'on ait faites de la nation am&#233;ricaine au cours du vingt-et-uni&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au Qu&#233;bec, pour un motif d'ordre l&#233;gal, Woody Allen et le distributeur du film l'ont intitul&#233; &lt;i&gt;Jasmine French&lt;/i&gt; plut&#244;t que &lt;i&gt;Blue Jasmine&lt;/i&gt;. N&#233;anmoins, il s'agit d'un changement de titre exceptionnel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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