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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le pari de la la&#239;cit&#233; ouverte</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-pari-de-la-laicite-ouverte</link>
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		<dc:date>2010-02-16T16:14:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Weinstock</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;, religions et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Weinstock, Daniel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; pluriconfessionnelle comme le Qu&#233;bec, autant la justice que la bonne entente sociale d&#233;pendent de ce qu'il y ait une s&#233;paration entre les institutions publiques et les convictions religieuses des citoyens (j'inclus parmi les convictions religieuses celles d'ath&#233;es qui sont convaincus de la non-existence de Dieu). La justice en d&#233;pend, car des institutions publiques dont le fonctionnement refl&#233;terait les valeurs et les croyances religieuses d'un groupe, par exemple de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-Quebec-en-quete-de-" rel="directory"&gt;Dossier : Le Qu&#233;bec en qu&#234;te de la&#239;cit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Laicite-religions-et-politique-+" rel="tag"&gt;La&#239;cit&#233;, religions et politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Weinstock-Daniel-+" rel="tag"&gt;Weinstock, Daniel&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton978.gif?1642092281' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1073&#034; height=&#034;716&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; pluriconfessionnelle comme le Qu&#233;bec, autant la justice que la bonne entente sociale d&#233;pendent de ce qu'il y ait une s&#233;paration entre les institutions publiques et les convictions religieuses des citoyens (j'inclus parmi les convictions religieuses celles d'ath&#233;es qui sont convaincus de la non-existence de Dieu). La justice en d&#233;pend, car des institutions publiques dont le fonctionnement refl&#233;terait les valeurs et les croyances religieuses d'un groupe, par exemple de la majorit&#233;, seraient forc&#233;ment amen&#233;es &#224; traiter les citoyens n'appartenant pas &#224; ce groupe comme moins &#233;gaux. L'&#233;galit&#233; entre citoyens &#233;tant, dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, une condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de la justice des institutions publiques, la s&#233;paration des cultes et de l'&#201;tat est un ingr&#233;dient non n&#233;gociable de la justice sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette s&#233;paration est &#233;galement une condition de l'amiti&#233; civique. Mettant de c&#244;t&#233; les questions abstraites de justice, on peut rapidement comprendre que des citoyens qui, par toutes sortes de messages officiels &#233;manant de l'&#201;tat, se feraient dire que les institutions publiques appartiennent en r&#233;alit&#233; &#224; d'autres ne ressentent pas la confiance n&#233;cessaire pour s'int&#233;grer sereinement &#224; une soci&#233;t&#233; per&#231;ue comme hostile. Si on me permet l'analogie sportive, ce serait comme avoir &#224; jouer toutes les parties sur la patinoire de l'adversaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choix de la la&#239;cit&#233; ouverte&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La la&#239;cit&#233;, qui d&#233;signe l'ensemble des am&#233;nagements institutionnels par lesquels nous consacrons la s&#233;paration des institutions de l'&#201;tat des diff&#233;rents cultes, est donc une n&#233;cessit&#233; pour une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre. Le Qu&#233;bec a, ces derni&#232;res ann&#233;es, accompli des pas tr&#232;s importants dans la direction d'une pleine la&#239;cit&#233;. Les commissions scolaires et les &#233;coles publiques confessionnelles &#233;taient jusqu'&#224; tout r&#233;cemment les indications les plus &#233;loquentes que nous vivions encore dans une soci&#233;t&#233; qui n'&#233;tait pas encore compl&#232;tement la&#239;que. Leur &#233;limination a &#233;t&#233; de ce point de vue un gain social important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, mais de quelle la&#239;cit&#233; s'agit-il, au juste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Qu&#233;bec, par une s&#233;rie de d&#233;cisions sociales et politiques, a opt&#233; pour quelque chose que l'on s'est mis &#224; d&#233;signer par le terme &#171; &lt;i&gt;la&#239;cit&#233; ouverte&lt;/i&gt; &#187;. La la&#239;cit&#233; ouverte se distingue d'une &#171; &lt;i&gt;la&#239;cit&#233; rigide&lt;/i&gt; &#187; par le fait que, m&#234;me si elle insiste sur l'importance que nos institutions fonctionnent de mani&#232;re impeccablement neutre, c'est-&#224;-dire qu'elles n'incarnent pas les valeurs, les rites et les croyances d'un groupe religieux particulier, elle reconna&#238;t que les individus qui se servent des institutions publiques et qui y travaillent ne sont pas, eux, la&#239;cs. Bref, la la&#239;cit&#233; ouverte reconna&#238;t le fait que la la&#239;cit&#233; est une caract&#233;ristique des institutions, et non pas de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux exemples&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, depuis quelques ann&#233;es, l'ouverture de notre la&#239;cit&#233; peut se mesurer par deux pratiques qui, m&#234;me si elles sont contest&#233;es dans certains secteurs de la soci&#233;t&#233;, remportent n&#233;anmoins l'adh&#233;sion de la plupart des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, nous avons remplac&#233; dans nos &#233;coles un cours d'&#233;thique et de religion qui &#233;tait confessionnel par un cours qui tente de faire en sorte que tous les enfants du Qu&#233;bec aient des connaissances sur toutes les religions qui les entourent, autant dans leur soci&#233;t&#233; qu'au del&#224;. L'id&#233;e qui sous-tend le cours est que les soci&#233;t&#233;s modernes sont compos&#233;es de gens dont les convictions religieuses ont une influence sur leurs actions et leurs interactions, et qu'une compr&#233;hension minimale de ces soci&#233;t&#233;s exige donc de comprendre minimalement la religion. Exclure enti&#232;rement la religion de l'&#233;cole repr&#233;senterait une dangereuse strat&#233;gie de l'autruche. Nos enfants, par une telle strat&#233;gie, ne poss&#233;deraient tout simplement pas les outils n&#233;cessaires pour comprendre le monde dans lequel ils vivront en tant qu'adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me d&#233;cision a trait au mode vestimentaire de ceux qui fr&#233;quentent les institutions publiques, et m&#234;me de ceux qui y travaillent. Alors qu'une la&#239;cit&#233; plus rigide interdirait aux &#233;l&#232;ves de nos &#233;coles et aux fonctionnaires de nos institutions publiques de se v&#234;tir d'une mani&#232;re qui t&#233;moigne de leur appartenance religieuse, une la&#239;cit&#233; ouverte reconna&#238;t que les individus ont des identit&#233;s diverses qu'il serait abusif de leur demander d'abandonner comme condition de leur participation aux institutions publiques. Cela brimerait leur libert&#233; religieuse, mais &#233;galement leur libert&#233; individuelle. Le droit d'exprimer sa personnalit&#233; &#224; travers son mode vestimentaire, dans les limites de la &#171; biens&#233;ance &#187;, importe non seulement aux individus dont les convictions religieuses leur imposent une mani&#232;re de s'habiller, mais &#233;galement aux &lt;i&gt;punks&lt;/i&gt;, aux &lt;i&gt;gothics&lt;/i&gt;, aux &lt;i&gt;dandys&lt;/i&gt;, bref &#224; tous ceux dont l'identit&#233; s'exprime en partie par leur mani&#232;re de se pr&#233;senter en public ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de telles restrictions risqueraient &#233;galement d'&#234;tre contre-productives. Ce que nous voulons, c'est que les individus participent aux institutions publiques, par exemple aux &#233;coles publiques, afin qu'ils y vivent le grand brassage identitaire qui est ultimement le meilleur garant d'une int&#233;gration sociale durable. Si une la&#239;cit&#233; rigide avait pour effet de les refouler dans des ghettos ethno-religieux (par exemple dans un r&#233;seau d'&#233;coles priv&#233;es confessionnelles), il y aurait l&#224; une ironie tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La la&#239;cit&#233; ouverte fait donc le pari que la mani&#232;re dont se comporteront les individus au sein des institutions publiques ne sera pas automatiquement d&#233;termin&#233;e par la mani&#232;re de s'habiller. Elle invite tous les citoyens &#224; participer &#224; ses institutions tels qu'ils sont, et elle accorde plus d'importance au mode de fonctionnement des institutions qu'&#224; l'apparence de ceux qui s'y trouvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La la&#239;cit&#233; ouverte correspond &#224; la voie privil&#233;gi&#233;e par une s&#233;rie de documents officiels qu&#233;b&#233;cois, allant du Rapport Proulx en 1999 au rapport de la Commission Bouchard-Taylor en 2008, et par une s&#233;rie de mesures adopt&#233;es par le gouvernement qu&#233;b&#233;cois, notamment dans le domaine de l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre une la&#239;cit&#233; &#171; r&#233;publicaine &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il de la la&#239;cit&#233; plus rigide, parfois qualifi&#233;e de la&#239;cit&#233; &#171; r&#233;publicaine &#187; ou &#171; &#224; la fran&#231;aise &#187; ? Aurions-nous &#233;t&#233; mieux servis si nous avions adopt&#233; une telle conception ? Je suis convaincu que non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, sur le plan strictement philosophique, cette vision de la la&#239;cit&#233; repose sur une confusion, celle qui consiste &#224; penser que si nos institutions doivent &#234;tre neutres sur le plan religieux, les individus doivent &#233;galement l'&#234;tre. Or, la raison d'&#234;tre des r&#233;gimes de la&#239;cit&#233; est justement qu'ils ne le sont pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, un r&#233;gime de la&#239;cit&#233; rigide donne lieu &#224; des probl&#232;mes pratiques qui r&#233;sultent de cette confusion philosophique. S'il s'agit d'une erreur que d'attribuer la la&#239;cit&#233; aux individus, elle s'applique au premier chef aux membres de la majorit&#233;. Quiconque a d&#233;j&#224; s&#233;journ&#233; en France sait &#224; quel point, malgr&#233; la la&#239;cit&#233; r&#233;publicaine qui y pr&#233;vaut en th&#233;orie, les valeurs, traditions et rites de la majorit&#233; transparaissent partout, y compris dans le fonctionnement des institutions publiques. Le calendrier de jours f&#233;ri&#233;s est notamment travers&#233; de part en part : on y c&#233;l&#232;bre des f&#234;tes chr&#233;tiennes dont nous avons compl&#232;tement oubli&#233; l'existence au Qu&#233;bec, tels la Pentec&#244;te, l'Ascension et j'en passe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il l&#224; hypocrisie de la part de nos cousins fran&#231;ais ? Je ne le pense pas. Ils ne se rendent simplement pas compte qu'il est difficile de faire en sorte que la culture religieuse majoritaire soit neutralis&#233;e, et dans la mesure o&#249; ils ont &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s en son sein, ils ne r&#233;alisent pas &#224; quel point elle est omnipr&#233;sente. Ce sont en effet les symboles religieux des autres qui nous frappent le plus. Pour un chr&#233;tien, une croix ne jaillira tout simplement pas autant du paysage qu'une &lt;i&gt;kippa&lt;/i&gt; ou qu'un voile. Lorsqu'on fait partie de la majorit&#233;, l'insistance de la&#239;cit&#233; s'appliquera donc forc&#233;ment davantage aux autres qu'&#224; soi-m&#234;me. Sous le couvert de la la&#239;cit&#233; rigide, c'est en fait le r&#232;gne tacite des valeurs majoritaires qui est consacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pari qu&#233;b&#233;cois&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La la&#239;cit&#233; ouverte ne commet pas l'erreur philosophique qui consiste &#224; confondre individu et institution. Elle est donc moins encline &#224; engendrer le genre de probl&#232;me pratique dont cette confusion est la source dans des pays, comme la France, qui ont en th&#233;orie opt&#233; pour la la&#239;cit&#233; rigide. La la&#239;cit&#233; ouverte prend pour acquis que nous sommes tous, membres de la majorit&#233; comme membres de la minorit&#233;, d&#233;vots et ath&#233;es, marqu&#233;s par nos valeurs et nos convictions. Elle &#233;tablit un rempart entre individu et institution non pas pour tenter de gommer les identit&#233;s des individus, pour faire comme si elles n'existaient pas, mais plut&#244;t pour nous prot&#233;ger contre la tendance que nous reconnaissons en nous-m&#234;mes de vouloir rendre nos propres valeurs h&#233;g&#233;moniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le pari qu'a fait le Qu&#233;bec. Je pense que l'avenir r&#233;v&#233;lera que c'&#233;tait le pari gagnant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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