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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Souvenirs de l'op&#233;ration</title>
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		<dc:date>2010-02-16T14:52:05Z</dc:date>
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		<dc:creator>Gilles Dostaler</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
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		<dc:subject>Dostaler, Gilles</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'&#233;tait un soir de 1968, dans ce bar qu'on appelait la Casa espagnole, aujourd'hui disparu, au coin des rues Sherbrooke et Hutchison. Avec la Hutte suisse, toute proche, c'&#233;tait un lieu comme il n'en existe plus vraiment aujourd'hui, fr&#233;quent&#233; par une faune artistique, litt&#233;raire, nationaliste et de gauche. On y d&#233;faisait et refaisait le monde jusque tard dans la nuit. Je me souviens, en particulier, d'interminables d&#233;bats avec Gaston Miron, qui pourfendait les gauchistes refusant de suivre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-32-dec-2009-jan-2010-" rel="directory"&gt;No 032 - d&#233;c. 2009 / jan. 2010&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Dostaler-Gilles-+" rel="tag"&gt;Dostaler, Gilles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait un soir de 1968, dans ce bar qu'on appelait la Casa espagnole, aujourd'hui disparu, au coin des rues Sherbrooke et Hutchison. Avec la Hutte suisse, toute proche, c'&#233;tait un lieu comme il n'en existe plus vraiment aujourd'hui, fr&#233;quent&#233; par une faune artistique, litt&#233;raire, nationaliste et de gauche. On y d&#233;faisait et refaisait le monde jusque tard dans la nuit. Je me souviens, en particulier, d'interminables d&#233;bats avec Gaston Miron, qui pourfendait les gauchistes refusant de suivre Ren&#233; L&#233;vesque sur le chemin de l'ind&#233;pendance. Pedro pr&#233;sidait gentiment, mais fermement en cas de d&#233;rapages, ces nocturnales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Comit&#233; Ind&#233;pendance-Socialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais ce soir-l&#224; avec Fran&#231;ois &#8211; que nous appelions alors Mario &#8211; Bachand. Nous &#233;tions l'un et l'autre activement engag&#233;s dans le Comit&#233; Ind&#233;pendance-Socialisme (CIS), que nous avions fond&#233; avec d'autres, au printemps 1968, en quittant le Rassemblement pour l'Ind&#233;pendance Nationale (RIN). Nous &#233;tions r&#233;solument oppos&#233;s &#224; la ligne d&#233;fendue &#224; l'&#233;poque par le pr&#233;sident du parti, Pierre Bourgault, pr&#244;nant une fusion avec le mouvement politique fond&#233; par Ren&#233; L&#233;vesque apr&#232;s sa d&#233;mission du Parti lib&#233;ral, en octobre 1967. Voyant que nous nous dirigions in&#233;luctablement vers la d&#233;faite, nous avons choisi de quitter le RIN avant le congr&#232;s pr&#233;vu pour trancher ce d&#233;bat. Le groupe d&#233;missionnaire s'&#233;tait imm&#233;diatement scind&#233; en plusieurs composantes. La vice-pr&#233;sidente d&#233;missionnaire du parti, Andr&#233;e Ferretti, formait avec d'autres militants le Front de Lib&#233;ration Populaire, alors que d'autres s'appr&#234;taient &#224; se perdre dans la nature avant de se manifester de mani&#232;re explosive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CIS, de son c&#244;t&#233;, se r&#233;clamait du marxisme et cherchait l'&#233;quilibre entre la lutte sociale et la lutte nationale, en privil&#233;giant n&#233;anmoins la premi&#232;re. Certains de ses dirigeants venaient de la revue &lt;i&gt;Parti Pris&lt;/i&gt;, dont ils avaient d&#233;missionn&#233; durant l'&#233;t&#233; 1968 pour des raisons analogues &#224; celles qui les avaient amen&#233;s &#224; quitter le RIN. La majorit&#233; du comit&#233; de r&#233;daction &#233;tait en effet favorable &#224; ce qu'on appelait alors l'option L&#233;vesque. Nous avions expliqu&#233; notre position, Gilles Bourque, Luc Racine et moi-m&#234;me, dans un texte intitul&#233; &#171; &lt;i&gt;Pour un mouvement socialiste et ind&#233;pendantiste&lt;/i&gt; &#187;. Bizarrement, nos noms n'apparaissaient pas dans notre article, paru dans ce qui se r&#233;v&#233;la &#234;tre le dernier num&#233;ro de cette revue qui, n&#233;e en 1963, avait constitu&#233; un vecteur important du d&#233;bat politique dans le Qu&#233;bec des ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#234;tre un mouvement clandestin, le CIS n'en &#233;tait pas moins une organisation plut&#244;t secr&#232;te qui ne cherchait pas la visibilit&#233;. Le groupe, peu nombreux, &#233;tait n&#233;anmoins tr&#232;s actif et organis&#233;. Nous avons &#233;t&#233; m&#234;l&#233;s de pr&#232;s &#224; l'organisation du d&#233;fil&#233; de la Saint-Jean-Baptiste en 1968, alors que Pierre Elliott Trudeau, fra&#238;chement &#233;lu premier ministre, si&#233;geait &#224; la tribune d'honneur. Nous craignions les actions provocatrices, alors que circulaient les rumeurs de jets de cocktails Molotov. L'&#233;v&#233;nement fut effectivement tr&#232;s violent. Nous l'avions &#224; l'esprit au moment de la pr&#233;paration du McGill fran&#231;ais et cherchions &#224; trouver le moyen de contenir ces d&#233;bordements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, Bachand et moi nous demandions quel &#233;v&#233;nement serait susceptible de relancer et de stimuler la lutte nationale et sociale dont nous voyions le CIS comme un des fers de lance. C'est le secteur de l'&#233;ducation qui semblait avoir pris le relais. Apr&#232;s deux semaines d'occupation de leurs coll&#232;ges, 10 000 &#233;tudiants de c&#233;geps &#233;taient partis du campus de McGill pour marcher vers l'Universit&#233; de Montr&#233;al le 21 octobre 1968. Le 3 d&#233;cembre, des locaux de McGill avaient &#233;t&#233; occup&#233;s par des militants du Mouvement pour l'int&#233;gration scolaire, qui avaient men&#233; les op&#233;rations de Saint-L&#233;onard. L'Universit&#233; Sir George Williams avait vu son centre d'informatique &#233;galement occup&#233; et finalement saccag&#233; par des &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tudiais alors &#224; l'Universit&#233; McGill, dont j'ai obtenu une ma&#238;trise en sciences &#233;conomiques en 1972. J'&#233;tais aussi professeur de math&#233;matiques au Coll&#232;ge Jean-de-Br&#233;beuf, vice-pr&#233;sident du Syndicat du Personnel Enseignant (SPE), qui regroupait &#224; la CSN les enseignants des coll&#232;ges priv&#233;s, et d&#233;l&#233;gu&#233; du SPE au Conseil Central des Syndicats Nationaux de Montr&#233;al, alors pr&#233;sid&#233; par Michel Chartrand. Je me trouvais donc &#224; la jonction de plusieurs des mondes qui se sont exceptionnellement rejoints dans l'op&#233;ration McGill : mouvements &#233;tudiant, syndical, nationaliste et socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La situation &#224; l'universit&#233; McGill&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'Universit&#233; McGill &#233;tait alors en proie &#224; d'intenses remous internes. &#201;tudiants radicaux &#8211; comme on disait &#224; l'&#233;poque &#8211; socialistes et marxistes avaient pris en main les r&#234;nes de l'Association &#233;tudiante comme du journal &#233;tudiant &lt;i&gt;McGill Daily&lt;/i&gt;. L'affaire Grey &#233;tait un moment fort de cette agitation. Enseignant au d&#233;partement de sciences politiques, Stanley Grey avait &#233;t&#233; cong&#233;di&#233; par la direction de l'Universit&#233; pour avoir perturb&#233; des r&#233;unions du s&#233;nat et du conseil des gouverneurs. Cette d&#233;cision avait provoqu&#233; d'importantes manifestations. Sur un autre front, les &#233;tudiants &#233;taient parvenus &#224; obtenir une repr&#233;sentation au comit&#233; d'attribution des doctorats honorifiques de l'Universit&#233;. Dans un rapport minoritaire du dit comit&#233;, ils proposaient qu'on attribue des dipl&#244;mes &#224; Jean-Paul Sartre, Herbert Marcuse et Michel Chartrand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cet ensemble de circonstances qui nous amen&#232;rent &#224; jeter notre d&#233;volu sur McGill comme lieu de notre prochaine manifestation. Il nous apparaissait en effet comme un point de jonction id&#233;al entre les deux axes de notre projet politique : le national (McGill fran&#231;ais) et le social (McGill aux travailleurs). S'y ajoutera le mot d'ordre McGill aux &#233;tudiants. Le fait qu'&#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des murs d'une institution consid&#233;r&#233;e comme vou&#233;e aux int&#233;r&#234;ts du capitalisme anglo-saxon, un mouvement de r&#233;volte &#233;tait en train de s'amplifier constituait une garantie de succ&#232;s de l'op&#233;ration. L'opposition qu'allait manifester le Parti qu&#233;b&#233;cois de Ren&#233; L&#233;vesque, de m&#234;me que la Soci&#233;t&#233; Saint-Jean-Baptiste, non seulement n'&#233;tonnerait-elle pas, mais de surcro&#238;t nous rassurerait en nous posant comme les seuls porteurs d'un authentique nationalisme de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'op&#233;ration McGill fran&#231;ais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais si c'est ce soir-l&#224;, ou plus tard, qu'apr&#232;s des discussions ardues, nous avons choisi le mot d'ordre &#171; McGill fran&#231;ais &#187;. Je ne sais pas non plus, &#224; partir de l&#224;, comment se sont faites les jonctions avec les autres groupes, dans ce qui s'est av&#233;r&#233; une op&#233;ration organis&#233;e tr&#232;s efficacement mais aussi d'une mani&#232;re tr&#232;s anarchique. Outre le CIS, &#233;taient impliqu&#233;s le Front de Lib&#233;ration Populaire et le Comit&#233; d'Action Socialiste de l'Universit&#233; McGill. Le Mouvement pour l'Int&#233;gration Scolaire, le Conseil Central des Syndicats Nationaux de Montr&#233;al et d'autres organismes se sont associ&#233;s de diverses mani&#232;res &#224; l'op&#233;ration. Stanley Grey et l'avocat Robert Lemieux ont jou&#233; un r&#244;le important. J'ai beaucoup de difficult&#233; &#224; me souvenir de la structure organisationnelle de cette op&#233;ration, peut-&#234;tre parce qu'il n'y en avait tout simplement pas. Je me souviens de diverses r&#233;unions au cours desquelles se manifestaient des d&#233;saccords importants tant sur les objectifs de l'op&#233;ration que sur les mots d'ordre &#224; mettre de l'avant et son d&#233;roulement concret. Je soup&#231;onnais quelques personnes de pr&#233;parer, sans l'avouer ouvertement, une occupation de l'Universit&#233;, ce qui allait immanquablement provoquer un affrontement violent avec les forces polici&#232;res et le service d'ordre de l'Universit&#233;. Le jour m&#234;me de la manifestation, la rumeur circulait que certains seraient arm&#233;s. La tension &#233;tait extr&#234;me chez ceux qui avaient &#233;t&#233; m&#234;l&#233;s de pr&#232;s &#224; l'organisation de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour la manifestation de la Saint-Jean en 1968, Fran&#231;ois Bachand a jou&#233; un r&#244;le important et parfois &#233;nigmatique. Il prenait plusieurs initiatives sans nous consulter, ce qui provoquait des tensions dans notre groupe. Il &#233;tait de ceux qui souhaitaient les affrontements violents. Il fut arr&#234;t&#233; avant la manifestation, accus&#233; d'avoir vol&#233; du mat&#233;riel &#224; des policiers qu'il avait surpris en train d'&#233;pier une r&#233;union d'organisation de l'op&#233;ration. Il a alors choisi de s'enfuir &#224; Cuba, avant de se rendre en Alg&#233;rie et finalement &#224; Paris, o&#249; il fut assassin&#233; en 1971 dans des circonstances qui n'ont jamais &#233;t&#233; &#233;lucid&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces polici&#232;res ont sans doute grandement contribu&#233; &#224; dramatiser l'op&#233;ration McGill, comme la campagne de presse hyst&#233;rique et sans pr&#233;c&#233;dent qui s'est d&#233;velopp&#233;e dans l'ensemble du Canada. Activit&#233;s de surveillance et arrestations se sont multipli&#233;es &#224; mesure qu'approchait l'heure fatidique. Sortant un soir d'une r&#233;union du Conseil central o&#249; nous avions pr&#233;sent&#233; l'op&#233;ration, nous f&#251;mes arr&#234;t&#233;s, Stanley Grey, les dirigeants du &lt;i&gt;McGill Daily&lt;/i&gt;, moi-m&#234;me et quelques autres et d&#233;tenus quelques heures sans aucune explication. De tels gestes contribuaient &#233;videmment plus &#224; nous stimuler qu'&#224; nous intimider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la manifestation fut beaucoup plus consid&#233;rable que ce que nous avions pr&#233;vu &#224; l'origine. C'&#233;tait le r&#233;sultat d'une conjoncture particuli&#232;re qui se pr&#234;tait, ici comme partout ailleurs dans le monde, &#224; des prises de possession massive de la rue. Mais c'&#233;tait aussi reli&#233; &#224; la diversit&#233; des groupes et des communaut&#233;s qui ont &#233;t&#233; mobilis&#233;s et associ&#233;s &#224; l'organisation de l'&#233;v&#233;nement. La conjonction entre le mouvement syndical, le mouvement &#233;tudiant, le mouvement nationaliste, les divers groupes de gauche, explique qu'environ 10 000 personnes se soient d&#233;plac&#233;es. En d&#233;pit de l'opposition du Parti qu&#233;b&#233;cois et de la Soci&#233;t&#233; Saint-Jean Baptiste, on retrouvait de nombreux membres et dirigeants de ces deux organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence que nous appr&#233;hendions ne fut pas au rendez-vous. Le grand nombre de manifestants a pu jouer pour tuer dans l'oeuf les actions de commando et &#233;viter que l'op&#233;ration ne d&#233;g&#233;n&#232;re en &#233;meute sanglante. Mais la pr&#233;sence polici&#232;re massive, casqu&#233;e et arm&#233;e de boucliers et matraques, que le &lt;i&gt;McGill Daily&lt;/i&gt; a compar&#233;e le lendemain &#224; une sc&#232;ne du &lt;i&gt;Alexandre Nevski&lt;/i&gt; d'Eisenstein, a sans doute aussi jou&#233; un r&#244;le important. Sentant n&#233;anmoins la tension monter &#224; mesure que les manifestants se massaient devant les portes de l'universit&#233;, nous initi&#226;mes un &#171; &lt;i&gt;sit-in&lt;/i&gt; &#187; pour la calmer. Il y eut quelques charges polici&#232;res &#224; motocyclette, assez d&#233;sagr&#233;ables, quelques petits feux de rue, quelques bousculades et arrestations. Mais rien de plus grave que ce &#224; quoi on assiste apr&#232;s une conqu&#234;te de la coupe Stanley.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une bataille &#224; valeur symbolique pour le Qu&#233;bec&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel bilan tirer de cet &#233;v&#233;nement ? Il s'inscrit dans une conjoncture particuli&#232;re, au Qu&#233;bec comme dans l'ensemble du monde, dans laquelle la composante &#233;conomique est importante. La fin des ann&#233;es 1960 est celle de la remise en question d'un mod&#232;le de croissance, d'une organisation de la soci&#233;t&#233; qui s'est mise en place dans la foul&#233;e de la d&#233;pression des ann&#233;es 1930 et de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Le mai 1968 fran&#231;ais, qui nous avait d'ailleurs inspir&#233;s et stimul&#233;s, est sans doute l'&#233;v&#233;nement le plus embl&#233;matique de cette conjoncture. &#192; un moment o&#249; le marxisme avait le vent dans les voiles, on remettait en question, non seulement le capitalisme, mais aussi les organisations politiques de gauche traditionnelles. Cette conjoncture allait &#233;videmment se transformer radicalement avec le ralentissement de la croissance, la crise du keyn&#233;sianisme, la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme et l'&#233;croulement des r&#233;gimes d'Europe de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le Qu&#233;bec s'ajoute une dimension nationale et linguistique, qui n'est &#233;videmment pas absente ailleurs dans le monde. L'op&#233;ration McGill fran&#231;ais s'est inscrite dans le cadre de la renaissance d'une lutte nationale, et en particulier d'une revendication linguistique, qui seront bient&#244;t prises en charge par le Parti qu&#233;b&#233;cois. Mais en 1968, tout &#233;tait instable et en mouvement, entre le terrorisme, les diverses positions de gauche et le nationalisme de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de McGill fran&#231;ais, car c'en fut un, a &#233;t&#233; de cristalliser et de fusionner pendant quelque temps ces tendances diverses et oppos&#233;es. McGill, l&#224;-dedans, a &#233;t&#233; plut&#244;t un pr&#233;texte. Nous aurions pu choisir une autre cible. Nous savions pertinemment que les cinq exigences que nous mettions de l'avant, dont la francisation &#224; court terme de McGill, &#233;taient irr&#233;alisables. Nous baignions alors dans l'id&#233;ologie soixante-huitarde du &#171; &lt;i&gt;Soyons r&#233;alistes, demandons l'impossible&lt;/i&gt; &#187;. Notre discours &#233;tait souvent simpliste et manich&#233;en. Mais je crois que notre diagnostic relativement &#224; la place de McGill dans la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise &#233;tait fondamentalement juste. Et, tr&#232;s lentement, beaucoup plus lentement que nous ne l'exigions, un certain nombre de transformations se sont op&#233;r&#233;es. J'en ai d&#233;j&#224; per&#231;u quelques-unes entre 1969 et 1972, date de mon d&#233;part de McGill. Il est clair que cette op&#233;ration a provoqu&#233; un traumatisme qui a entra&#238;n&#233; des r&#233;formes. Mais c'est surtout dans l'&#233;volution de la situation politique au Qu&#233;bec, et particuli&#232;rement dans celle de la question linguistique, que l'op&#233;ration McGill a eu une signification dont plusieurs retomb&#233;es restent encore &#224; &#233;valuer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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