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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Pour une critique radicale du capitalisme</title>
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		<dc:date>2015-06-07T19:19:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous vous proposons la version int&#233;grale de la recension du livre de Gilles Labelle, &#201;ric Martin et St&#233;phane Vibert, Les racines de la libert&#233;. R&#233;flexions &#224; partir de l'anarchisme tory, Montr&#233;al, &#201;ditions Nota Bene, 2014, 400 p. Une version plus courte para&#238;t dans notre num&#233;ro de juin 2015. &lt;br class='autobr' /&gt; Les directeurs de l'ouvrage semblent avoir pris au mot l'appel lanc&#233; par le philosophe fran&#231;ais Jean-Claude Mich&#233;a &#224; la toute fin de son livre Orwell, anarchiste tory (Climats, 2000) : &#171; &#192; nous de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-60-ete-2015-" rel="directory"&gt;No 060 - &#233;t&#233; 2015&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-McMillan-Gilles-+" rel="tag"&gt;McMillan, Gilles&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2002.jpg?1642092165' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;361&#034; height=&#034;550&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous vous proposons la version int&#233;grale de la recension du livre de Gilles Labelle, &#201;ric Martin et St&#233;phane Vibert, &lt;i&gt;Les racines de la libert&#233;. R&#233;flexions &#224; partir de l'anarchisme tory&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;ditions Nota Bene, 2014, 400 p. Une version plus courte para&#238;t dans notre num&#233;ro de juin 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les directeurs de l'ouvrage semblent avoir pris au mot l'appel lanc&#233; par le philosophe fran&#231;ais Jean-Claude Mich&#233;a &#224; la toute fin de son livre &lt;i&gt;Orwell, anarchiste tory&lt;/i&gt; (Climats, 2000) : &#171; &lt;i&gt;&#192; nous de rendre &#224; son id&#233;e d'un &#034;anarchisme tory&#034; la place philosophique qui lui revient dans les diff&#233;rents combats de la nouvelle R&#233;sistance&lt;/i&gt;. &#187; Dix ans plus tard, en 2010 donc, un colloque &#233;tait organis&#233; &#224; l'Universit&#233; d'Ottawa sur la port&#233;e philosophique de la fameuse expression. L'ouvrage ne se pr&#233;sente cependant pas comme les actes du colloque puisque la moiti&#233; des contributions n'y avaient pas &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;es, plus un tr&#232;s long entretien avec Mich&#233;a sous la forme de dix questions qui lui sont pos&#233;es, entretien introduit par un texte substantiel de St&#233;phane Vibert, &#171; De George Orwell &#224; Jean-Claude Mich&#233;a &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir de la religion du Progr&#232;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux auteurs occupent donc une place d&#233;terminante sur une notion qui, l'introduction le rappelle d'entr&#233;e de jeu, a tout de l'oxymoron, d'une contradiction dans les termes. Il s'agirait m&#234;me d'une boutade. Reste &#224; voir ce que signifie aujourd'hui cette &#171; boutade &#187; lanc&#233;e par Orwell pour provoquer les intellectuels de la gauche et de l'extr&#234;me gauche de son temps, brouiller la doxa progressiste et son esprit de s&#233;rieux (rien n'est plus s&#233;rieux que le Progr&#232;s), et voir aussi quelle place philosophique lui revient &#171; &lt;i&gt;dans les diff&#233;rents combats de la nouvelle R&#233;sistance&lt;/i&gt; &#187;. Et quelle R&#233;sistance ? Ne s'agit-il pas toujours pour les intellectuels de gauche de r&#233;sister au pouvoir, &#224; la soci&#233;t&#233; envahissante, d'&#233;clairer, de guider le peuple, de l'&#233;manciper des forces obscures, irrationnelles, r&#233;trogrades ? Ne s'agit-il pas toujours de faire table rase d'un pass&#233; obsc&#232;ne pour lui faire prendre le train du Progr&#232;s, de la Modernit&#233;, des id&#233;es neuves et des m&#339;urs renouvel&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce que combattait Orwell, qu'il appelait &#171; la religion du progr&#232;s &#187;. Militant socialiste et antifasciste, journaliste, &#233;crivain politique, chroniqueur de la d&#232;che et romancier du totalitarisme, il consid&#233;rait que la propagande de la gauche faisait trop souvent obstacle &#224; l'instauration d'un socialisme d&#233;mocratique, synonyme pour lui d'une soci&#233;t&#233; d&#233;cente, fond&#233;e sur ce qu'il appelait la &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt;, la d&#233;cence ordinaire des couches populaires. En d'autres mots, Orwell consid&#233;rait que les intellectuels de gauche, g&#233;n&#233;ralement issus des classes moyennes sup&#233;rieures et form&#233;s dans les universit&#233;s, plut&#244;t que d'&#234;tre des r&#233;volutionnaires, des r&#233;sistants au fascisme, au stalinisme ou au capitalisme, toujours fascin&#233;s par l'id&#233;ologie du progr&#232;s, en &#233;taient les agents plus ou moins conscients. Orwell &#233;tait lui-m&#234;me un intellectuel issu de cette classe privil&#233;gi&#233;e, mais dou&#233; d'un sens de l'autocritique et de l'autod&#233;rision peu commun. Sa critique ne visait donc pas le travail intellectuel comme tel, encore moins la cr&#233;ation litt&#233;raire, mais une certaine classe d'intellectuels ambitieux, soucieux de distinction et d'avancement dans le parti, l'administration, l'universit&#233;, l'entreprise ou l'&#201;tat. Mais plus encore qu'une critique des intellectuels serviles et dogmatiques, Orwell croyait qu'une soci&#233;t&#233; juste et &#233;galitaire ne peut s'&#233;riger par le haut. Elle doit se fonder sur des bases d&#233;mocratiques et sur un certain fond anthropologique commun, une sensibilit&#233; commune, un sens commun plut&#244;t, que sur des concepts, des dogmes et des leaders charismatiques. C'est ce que signifie en gros l'id&#233;e d'anarchisme tory, &#224; laquelle r&#233;pond sym&#233;triquement le titre de l'ouvrage : les racines de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e centrale du collectif est port&#233;e par la n&#233;cessit&#233; de penser la libert&#233; autrement qu'&#224; partir des axiomes de l'id&#233;ologie lib&#233;rale : une libert&#233; abstraite qui, pour des raisons historiques, opposent d'embl&#233;e l'individu &#224; la soci&#233;t&#233;. Une id&#233;e de la libert&#233; fond&#233;e sur le culte du progr&#232;s, de la scienticit&#233;, de la raison raisonnante. Une libert&#233; apparaissant comme un donn&#233; naturel, sans ancrage dans des traditions philosophiques, sans racines anthropologiques. C'est ce que Mich&#233;a d&#233;signe comme &#171; &lt;i&gt;la clef de vo&#251;te de la m&#233;taphysique lib&#233;rale et de tous d&#233;veloppements &#034;postmodernes&#034;&lt;/i&gt; &#187; : la neutralit&#233; axiologique &#224; l'origine du relativisme culturel triomphant, &#171; &lt;i&gt;l'id&#233;e que chacun a sa propre morale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs de l'introduction avancent que cette conception de la libert&#233; abstraite n'est pas le monopole de ce qu'on appelle habituellement la droite, qu'elle inspire aussi ce qu'ils d&#233;signent comme &#171; la nouvelle gauche &#187;. Dans son analyse de la civilisation lib&#233;rale, Mich&#233;a soutient que cette gauche s&#233;vit depuis l'affaire Dreyfus. Tr&#232;s excit&#233;e par le progr&#232;s sous toutes ses formes, elle serait d'ailleurs plus pr&#232;s de la pens&#233;e lib&#233;rale que d'un projet socialiste, d&#233;mocratique, anticapitaliste. Selon le philosophe de Montpellier, elle s'est m&#234;me compl&#232;tement d&#233;tourn&#233;e de ce projet r&#233;volutionnaire, se faisant l'avant-garde des nouvelles exigences du capitalisme mondialis&#233; : la lutte sans nuance contre toutes les exclusions, la revendication sans fin des droits priv&#233;s, la transgression de toutes limites, etc. Inutile de dire que Mich&#233;a ne fait pas l'unanimit&#233; parmi les intellectuels abrit&#233;s sous le signifiant &#171; gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre Orwell et Mich&#233;a sont pr&#233;sent&#233;s des auteurs comme Karl Marx (Maxime Ouellette), Cornelius Castoriadis (Stephane Vibert), Hannah Arendt (Beno&#238;t Coutu), Michel Freitag (&#201;ric Martin), Simone Weil (Minh Quang Nguyen), Christopher Lasch (Pierre Prades), Pier Paolo Pasolini (Julie Paquette), Jacques Lavigne, philosophe qu&#233;b&#233;cois peu connu qui &#233;crivait dans les ann&#233;es 60 (Gilles Labelle), et Gershom Sholem (Julia David). R&#233;mi de Villeneuve se penche sur le pervertissement du sens commun par la technoscience et, au c&#339;ur de ce programme extr&#234;mement dense, on y croise des penseurs aussi essentiels &#224; la r&#233;flexion sur la dialectique de l'ancien et du moderne que Jacques Ellul, G&#252;nther Anders, Guy Debord, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les penseurs, militants et &#233;crivains ici rassembl&#233;s ont en commun d'avoir pens&#233; et agi contre les dogmes de l'&#233;poque. Il est vrai que le marxisme fut radicalement mis en question, notamment par Castoriadis, sur cette question du progr&#232;s et d'un sens &#224; l'histoire, mais la pr&#233;sentation qu'en fait M. Ouellette tend &#224; nuancer cette vision qu'aurait eue Marx du progr&#232;s. Cela dit, Ouellette fait une proposition pour le moins &#233;tonnante en sugg&#233;rant de substituer &#224; la notion d'anarchisme tory, douteuse &#224; ses yeux, celle d'&#171; anti-modernisme &#233;mancipateur &#187;. Ce serait, me semble-t-il, vider toute la charge pol&#233;mique contenue dans la boutade d'Orwell, et retomber dans la rectitude conceptuelle qu'il d&#233;non&#231;ait. Quoi qu'il en soit, Marx demeure un auteur de premi&#232;re importance, surtout relu &#224; la lumi&#232;re marxienne plut&#244;t que marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un terreau &#224; cultiver&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs rassembl&#233;s ici ont apport&#233; une contribution majeure au r&#244;le de l'&#233;ducation, de la tradition philosophique critique, de la culture populaire dans la formation de l'autonomie des individus et des soci&#233;t&#233;s, qui constitue ce que Michel Freitag appelait l'&#171; humanitude &#187;, tr&#232;s proche en somme de la conception de la culture d'Arendt, du r&#244;le essentiel de l'entre-deux, du monde commun sans lequel l'humanit&#233; n'existe pas. Et c'est ce que fait valoir l'ouvrage : un autre versant de la modernit&#233; con&#231;oit la libert&#233; ou l'autonomie selon des crit&#232;res d'attachement plut&#244;t que d'arrachement, de responsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard d'autrui et du monde plut&#244;t que d'opportunisme ou de transgression de tous les liens rattachant l'individu au monde commun, &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons &#233;cologiques et anthropologiques &#233;videntes, il y a urgence &#224; redonner des racines &#224; la libert&#233; (aux individus et aux soci&#233;t&#233;s), &#224; renouer avec ce qui, dans la tradition, se soucie de pr&#233;server le monde plut&#244;t que de le vouer &#224; la transformation compulsive destin&#233;e &#224; enrichir une minorit&#233; tout en ali&#233;nant la majorit&#233;. Comme le disait l'auteur de &lt;i&gt;L'obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;, G&#252;nther Anders cit&#233; par &#201;ric Martin, il ne s'agit plus de changer le monde, mais de le conserver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les racines de la libert&#233;&lt;/i&gt; est un ouvrage de philosophie politique de premi&#232;re importance, bien qu'il reste th&#233;orique, universitaire. Sauf le texte de Gilles Labelle qui soul&#232;ve des questions essentielles touchant la R&#233;volution tranquille et un certain esprit de transgression convenu qui s&#233;vissait &#224; &lt;i&gt;Parti pris&lt;/i&gt;, aucun enjeu social concret n'est jamais abord&#233; concr&#232;tement (diversit&#233; ou &#233;galit&#233;, la&#239;cit&#233;, d&#233;mocratie &#233;tudiante, la revendication de droits, etc.). La libert&#233; pour en faire quoi, demandait Sartre. Quand on songe aux combats que menaient, parfois physiquement, les Orwell, Castoriadis, Lasch, Weil, Pasolini, Sholem, &#224; la pol&#233;mique qu'Arendt a soulev&#233;e avec sa notion de banalit&#233; du mal, &#224; celle que m&#232;ne Mich&#233;a, &#224; la cr&#233;ativit&#233; de Freitag, &#224; la solitude de Lavigne, on ne peut qu'esp&#233;rer une suite plus concr&#232;te &#224; ces &lt;i&gt;Racines de la libert&#233;&lt;/i&gt;, question de les sortir du laboratoire pour les planter l&#224; o&#249; elles porteront fruits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Oubliez Rocky</title>
		<link>https://www.ababord.org/Oubliez-Rocky</link>
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		<dc:date>2012-12-06T04:14:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Du spectacle le plus brutal &#224; la r&#233;insertion scolaire et sociale en passant par la boxe olympique, amateur et r&#233;cr&#233;ative, les sports de combat ont de multiples finalit&#233;s. Pour &#233;tayer quelques impressions sur cette pratique sportive, j'ai consult&#233; sociologues et boxeurs. Pourquoi boxer ? Les sports de combat peuvent-ils servir &#224; tisser des liens dans une communaut&#233; ? La boxe ne fait-elle que r&#233;fl&#233;chir la violence de la soci&#233;t&#233; o&#249; les rapports de force sont in&#233;gaux, o&#249; tous les coups sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Le-sport-en-ville-une-" rel="directory"&gt;Dossier : Le sport en ville - une appropriation citoyenne&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sociologie-et-anthropologie-+" rel="tag"&gt;Sociologie et anthropologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-McMillan-Gilles-+" rel="tag"&gt;McMillan, Gilles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1503.gif?1642092139' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;331&#034; height=&#034;222&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du spectacle le plus brutal &#224; la r&#233;insertion scolaire et sociale en passant par la boxe olympique, amateur et r&#233;cr&#233;ative, les sports de combat ont de multiples finalit&#233;s. Pour &#233;tayer quelques impressions sur cette pratique sportive, j'ai consult&#233; sociologues et boxeurs. Pourquoi boxer ? Les sports de combat peuvent-ils servir &#224; tisser des liens dans une communaut&#233; ? La boxe ne fait-elle que r&#233;fl&#233;chir la violence de la soci&#233;t&#233; o&#249; les rapports de force sont in&#233;gaux, o&#249; tous les coups sont permis, o&#249; la r&#232;gle du jeu est celle du plus fort ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le gymnase de boxe a &#233;t&#233; jusqu'&#224; tout r&#233;cemment un sanctuaire r&#233;serv&#233; aux hommes et aux durs, g&#233;n&#233;ralement issus des quartiers pauvres, rebaptis&#233;s de nos jours, par euph&#233;misme, quartiers chauds ou difficiles. Aujourd'hui des gens de tout &#226;ge, de tous les milieux, viennent m&#233;langer leur sueur &#224; celle des champions et championnes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ann&#233;e historique : la boxe f&#233;minine fait son entr&#233;e cet &#233;t&#233; comme discipline (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , dans des gym mixtes et multiethniques, o&#249; r&#232;gne une ambiance fond&#233;e sur le respect. La boxe serait-elle en train de devenir &#171; tendance &#187;, autant par conformisme &#224; la loi du plus fort que pour y &#233;chapper ? Serait-elle en train de s'embourgeoiser &#224; l'image de ces m&#234;mes quartiers o&#249; elle s'est invent&#233;e par d&#233;sespoir enrag&#233;, mais aussi pour canaliser cette violence, lui donner du sens, une discipline &#8211; sportive ? Que trouve-t-on sous la mythologie urbaine de la boxe ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Arch&#233;type du boxeur &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue fran&#231;ais Lo&#239;c Wacquant, connu notamment pour son enqu&#234;te de terrain aupr&#232;s de boxeurs noirs de Chicago (2000), a tent&#233; de cerner une culture sp&#233;cifique au &#171; vrai &#187; boxeur, un &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt;, un &#234;tre forg&#233; par sa condition sociale fortement marqu&#233;e par la violence. C'est pr&#233;cis&#233;ment de cet habitus, qui ne s'apprend pas, que na&#238;trait le d&#233;sir de &#171; s'en sortir &#187; par la boxe. Qualit&#233; inn&#233;e donc qui vaudrait peut-&#234;tre &#224; la boxe son titre de &#171; sport noble &#187; : combat duel qui consiste &#224; vaincre un adversaire int&#233;rieur, mal d&#233;fini, mais aussi redoutable sinon plus que celui qui se trouve en face de soi. Sylvera &#171; Sly &#187; Louis, champion canadien de boxe amateur olympique et nouvellement d&#233;barqu&#233; chez les pros, cofondateur et copropri&#233;taire du gym Underdog au centre-ville de Montr&#233;al, t&#233;moigne &#233;loquemment de ce combat contre ce qu'il appelle sa propre n&#233;gativit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Ce que tu as en t&#234;te, dit-il, que ce soit positif ou n&#233;gatif, va s'accomplir&lt;/i&gt; [lors d'un match]. &lt;i&gt;Si tu as la moindre h&#233;sitation, tu vas &#233;chouer.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;Underdog&lt;/i&gt;, l'aurez-vous peut-&#234;tre devin&#233;, tourne autour de l'id&#233;e du manque d'estime de soi. Or cette qu&#234;te d'estime de soi pourrait &#234;tre un attrait d&#233;terminant chez les boxeurs r&#233;cr&#233;atifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La boxe r&#233;cr&#233;ative ne vise pas la comp&#233;tition, ni amateur ni (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , de plus en plus nombreux &#224; venir s'entra&#238;ner, selon Sylvera Louis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette qualit&#233; inn&#233;e du boxeur authentique, son origine sociale, s'ajoute une valeur supr&#234;me : le respect entre les boxeurs, accompagn&#233; de reconnaissance et de support moral. Les nobles savent se reconna&#238;tre et s'appr&#233;cier entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du gym, lieu sacr&#233;, peut na&#238;tre un champion, un h&#233;ros qui, &#224; force de pers&#233;v&#233;rance physique et mentale, va sortir du &#171; ghetto &#187;, du moins le temps que dure la force de l'&#226;ge. Et sa gloire va rejaillir sur son groupe d'appartenance, insufflant de la fiert&#233; &#224; ses membres, et le courage de continuer &#224; se battre quotidiennement, en ne comptant toujours que sur soi-m&#234;me, son corps, sa force de travail, son sens de la d&#233;merde ou de la magouille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature et le cin&#233;ma regorgent de ce r&#233;cit plus ou moins romantique, qui finit g&#233;n&#233;ralement mal. On a beau ne pas aimer la boxe, elle fascine par sa puissance m&#233;taphorique, sa capacit&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir la violence et l'injustice sociale, en l'esth&#233;tisant et en l'id&#233;alisant &#224; travers la victoire d'un homme sur un autre par K.-O. &#8211; qui peut &#234;tre accidentellement fatal. Le b&#233;n&#233;fice que l'industrie du spectacle retire de cette mise en sc&#232;ne de la violence est consid&#233;rable, et, plus encore, celui de tout un syst&#232;me d'exploitation qui voit la violence qu'il produit se retourner contre ceux-l&#224; m&#234;mes qui la subissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que la boxe, les sports de combat en g&#233;n&#233;ral peuvent d&#233;jouer ce cycle de la violence, canaliser celle-ci vers une &#233;mancipation des participants ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ouvrir le ring&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Suzanne Laberge, professeure au D&#233;partement de kin&#233;siologie &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al &#8211; l'unique sociologue au Qu&#233;bec &#224; se consacrer exclusivement aux sports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les recherches en sociologie du sport sont quasi inexistantes au Qu&#233;bec, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, s'int&#233;resse notamment &#224; la r&#233;insertion sociale par le sport. Elle affirme d'embl&#233;e que le sport, dont la boxe, est un moyen, pas une fin en soi, qu'on peut en faire ce qu'on veut : de la performance ali&#233;n&#233;e aux technologies de l'entra&#238;nement et au dopage, mais aussi un instrument servant &#224; la construction de soi, &#224; l'&#233;ducation et &#224; la r&#233;insertion sociale, finalit&#233;s qui d&#233;bordent largement l'individu pour atteindre la famille, l'&#233;cole, la rue, la communaut&#233;. La boxe peut sembler avoir pour but de &#171; massacrer l'autre &#187;, dit-elle en substance, mais ce n'est pas le but unique. La pratique de ce sport &#8211; le respect de ses r&#232;gles, sa discipline, ses valeurs de respect, ses rituels &#8211; peut &#234;tre salvatrice pour des individus qui subissent de la violence, quelle qu'elle soit. La boxe permet dans un premier temps de d&#233;fouler un trop plein d'agressivit&#233;, dit-elle. Ensuite de se construire gr&#226;ce &#224; l'acquisition de l'estime de soi et de la reconnaissance par le groupe. Celle-ci est obtenue moins par la force que par la pers&#233;v&#233;rance, l'entra&#238;nement hautement disciplin&#233;, par la participation &#224; une culture. Car il s'agit bien d'une culture et, comme toute culture, elle se partage selon des codes qui sont d&#233;termin&#233;s selon les objectifs. Si ces objectifs sont g&#233;n&#233;reux, ouverts, d&#233;sint&#233;ress&#233;s, tout redevient possible. C'est &#224; cette condition qu'il est possible de s'am&#233;liorer et de progresser dans son domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion s'ouvre in&#233;vitablement sur le travail d'Ali Nestor Charles, fondateur des Princes de la rue, un organisme sans but lucratif enracin&#233; dans Ville Saint-Michel depuis 2004, de qui d&#233;pend l'Acad&#233;mie Ness Martial, le gym dont il est l'&#226;me dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sortir des sports de combat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Champion international de boxe chinoise et champion panam&#233;ricain de combats mixtes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que l'industrie du spectacle appelle combatultime, parce que c'est plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , entra&#238;neur, Ali Nestor Charles a fond&#233; sa propre &#233;cole en 2002, cr&#233;&#233; son propre style, ce qui lui vaut le titre de ma&#238;tre. Son talent est &#233;troitement li&#233; au fait qu'il a su s'&#233;manciper des gangs de rue et survivre aux centres jeunesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les centres jeunesses rel&#232;vent de la justice p&#233;nale pour adolescent, Loi de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Ce sont les sports de combat qui l'ont sauv&#233;, assure-t-il. En surmontant ces &#233;preuves, il a trouv&#233; en quelque sorte l'inspiration d'un enseignement qui vise &#224; canaliser la violence dans la plus pure tradition des arts martiaux : entra&#238;nement physique, ma&#238;trise de diverses techniques de combat, contr&#244;le de ses &#233;motions et&#8230; attention au monde et aux plus d&#233;munis. L'homme force l'admiration. Dan Bigras lui a d'ailleurs consacr&#233; une partie importante de son documentaire, &lt;i&gt;Le ring int&#233;rieur&lt;/i&gt; (2002). Aujourd'hui, tout le travail d'Ali Nestor Charles consiste &#224; transmettre ce qu'il a appris. &#192; qui ? La r&#233;ponse fait &#233;clater quelques id&#233;es re&#231;ues sur la g&#233;ographie de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des jeunes qui fr&#233;quentent Les Princes de la rue proviennent de Ville Saint-Michel et de Montr&#233;al-Nord, mais Ali Nestor Charles affirme qu'il est faux de croire que l'organisme ne s'adresse qu'aux jeunes de quartiers traditionnellement identifi&#233;s comme difficiles et g&#233;n&#233;ralement associ&#233;s aux Ha&#239;tiens. Aujourd'hui, hommes et femmes de tout &#226;ge viennent de partout, de tous les groupes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue Les Princes de la rue d'un autre gym, c'est sa mission sociale : incitation &#224; poursuivre ses &#233;tudes par des cours reconnus par le MELSQ (cours donn&#233;s dans le gym l'avant-midi), exploration du march&#233; du travail, b&#233;n&#233;volat aupr&#232;s de personnes handicap&#233;es, activit&#233;s sociales et culturelles diverses. Au moment de rencontrer Ali Nestor Charles, il revenait d'un voyage &#224; Cuba avec quatorze jeunes et deux intervenants du gym. Rien &#224; voir avec un voyage de plage : &#171; &lt;i&gt;Il a d'abord fallu trouver 20 000 $ dans la communaut&#233;. &#192; Cuba ils ont particip&#233; &#224; des ateliers de boxe, d&#233;couvert une autre culture, partag&#233; des repas avec des gens qui vivent modestement et qui sont heureux&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisme offre gratuitement &#224; des jeunes qui n'ont pas les moyens financiers l'acc&#232;s aux activit&#233;s de l'organisme. Il s'agit souvent de filles et de gar&#231;ons aux prises avec des probl&#232;mes de toxicomanie et de criminalit&#233; : trouver d'autres &#171; familles &#187; que les gangs de rue, faire en sorte qu'ils n'y entrent pas ou qu'ils en sortent. La plupart sont r&#233;f&#233;r&#233;s par des centres jeunesse ou des intervenants sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les activit&#233;s de l'organisme, qui s'autofinance aux trois quarts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'autre quart provient de dons. Les organismes s'occupant des jeunes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , sont centr&#233;es sur l'enseignement des arts martiaux. Sur cette question, Ali Nestor Charles est cat&#233;gorique : &#171; Il faut en arriver &#224; sortir des sports de combat, &#233;largir son champ d'exp&#233;riences. Un jeune qui arrive ici, qui se bat dans la rue, avant de monter dans le ring, il a des classes &#224; faire : c'est un travail physique exigeant et c'est un travail sur soi-m&#234;me. Il importe de comprendre d'o&#249; vient cette violence qu'on a en soi. Chacun a son histoire. Il s'agit aussi de prendre conscience qu'on a un r&#244;le &#224; jouer dans la conduite de sa propre vie. Ce travail ne se fait pas tout seul. Quand on a la collaboration des parents, du milieu scolaire et du travail, les chances de r&#233;ussite sont plus grandes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats sont excellents, assure Ali Nestor. Et d'&#233;voquer tel jeune faisant le voyage de la banlieue &#233;loign&#233;e de Montr&#233;al plusieurs fois par semaine pour participer &#224; l'entra&#238;nement, aux ateliers et aux cours, tel autre qui r&#233;alise aujourd'hui son r&#234;ve de faire de la musique. &#171; &lt;i&gt;Mes plus belles victoires, dit-il, c'est quand un jeune qui est venu chercher quelque chose ici il y a quelques ann&#233;es le redonne &#224; quelqu'un d'autre. Il est devenu un adulte&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ultime combat ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ali Nestor Charles a entra&#238;n&#233; Justin Trudeau pour le match caritatif d'avril dernier contre le conservateur Patrick Brazeau, match servant surtout &#224; masquer l'absence d'arguments politiques et id&#233;ologiques des protagonistes, puisqu'ils combattaient au nom de leur parti respectif, pas en leur propre nom. Cherchez l'erreur. Plus inqui&#233;tant encore, ce match dissimule l'inanit&#233; des institutions d&#233;mocratiques canadiennes : mieux vaut le ring que la Chambre des communes ? M&#233;chant transfert ! Rappelons que le gouvernement de Stephen Harper a &#233;t&#233; condamn&#233; au printemps de 2011 pour outrage au Parlement, et qu'il est aujourd'hui majoritaire... La r&#233;insertion sociale par la boxe ne se limiterait plus aux individus ? Le travail pour arr&#234;ter ces m&#233;faits est &#233;norme. Il est &#233;vident en tout cas que ce qu'il est courant d'appeler &#171; d&#233;linquance &#187;, la criminalisation de la pauvret&#233; ou de la jeunesse en d&#233;sarroi, n'est rien comparativement &#224; la d&#233;linquance de nos institutions, dont le gouvernement. C'est ce que je comprends de la le&#231;on du ma&#238;tre Ali Nestor Charles et des t&#233;moignages de tous ceux et celle que j'ai rencontr&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre les personnes cit&#233;es dans le texte, je tiens &#224; remercier Alain Pilon, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ann&#233;e historique : la boxe f&#233;minine fait son entr&#233;e cet &#233;t&#233; comme discipline olympique aux Jeux de Londres. Trois Canadiennes y participent, une Ontarienne et deux Qu&#233;b&#233;coises dont une Am&#233;rindienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La boxe r&#233;cr&#233;ative ne vise pas la comp&#233;tition, ni amateur ni professionnelle, mais uniquement l'entra&#238;nement. Ce qui n'exclut pas de faire des matchs &#224; l'amiable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les recherches en sociologie du sport sont quasi inexistantes au Qu&#233;bec, contrairement aux &#201;tats-Unis, par exemple, ou aux pays d'Europe. Tout est &#224; faire, affirme Mme Laberge, le sport croise d'innombrables domaines : la famille, la sant&#233;, l'&#233;ducation, et on d&#233;pense des fortunes en installations sportives. Mais pourquoi la sociologie boude-t-elle le sport ? Aux yeux des sociologues de chez nous dit-elle, le sport n'est pas s&#233;rieux. Il est significatif que les recherches les plus document&#233;es sur le hockey comme ph&#233;nom&#232;ne social et culturel sont effectu&#233;es par Beno&#238;t Melan&#231;on, professeur de litt&#233;rature &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que l'industrie du spectacle appelle combatultime, parce que c'est plus vendeur, dit Ali Nestor.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les centres jeunesses rel&#232;vent de la justice p&#233;nale pour adolescent, Loi de la protection de la jeunesse. Certains en parlent comme d'une planche de salut, d'autres comme d'une prison, d'autres encore comme d'un laboratoire o&#249; les jeunes sont des cobayes : pire qu'une prison pour adultes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'autre quart provient de dons. Les organismes s'occupant des jeunes associ&#233;s aux gangs de rue obtiennent difficilement de l'aide financi&#232;re. Il y a un tabou, note Ali Nestor.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Outre les personnes cit&#233;es dans le texte, je tiens &#224; remercier Alain Pilon, boxeur r&#233;cr&#233;atif qui m'a inspir&#233; cet article, S&#233;bastien Gagnon, auteur d'un m&#233;moire de ma&#238;trise sur la boxe et agent de projet &#224; l'&#233;cole Amos de&lt;br class='autobr' /&gt;
Montr&#233;al-Nord, qui m'a d&#233;crit patiemment la culture du gym de boxe, notamment la relation complexe entre boxeurs r&#233;cr&#233;atifs et professionnels, et Jacques Hamel, professeur de sociologie &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al qui m'a entretenu des travaux de Lo&#239;c Wacquant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Survivre &#224; Steve Jobs et &#224; Occupy 2.0</title>
		<link>https://www.ababord.org/Survivre-a-Steve-Job-et-a-Occupy-2</link>
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		<dc:date>2012-09-02T20:13:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Technologies, informatique et internet</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui n'a pas flair&#233; l'odeur de saintet&#233; au d&#233;c&#232;s de Steve Jobs ? Des gens recueillis devant les boutiques d'Apple, iMachin sur le c&#339;ur, relayant sur le Web 2.0 la mort du Bienheureux. &#171; Il a non seulement chang&#233; nos vies, il a chang&#233; le monde &#187;, &#226;nonnaient des chefs d'&#201;tat. Le tr&#232;s branch&#233; pr&#233;sident des USA, Barak Obama, sauveur du syst&#232;me techno&#173;financier qui cherche &#224; asservir la totalit&#233; de l'humain et du monde &#224; ses desseins, a repris gracieusement le slogan d'Apple pour remercier Jobs : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-43-fevrier-mars-2012-" rel="directory"&gt;No 043 - f&#233;vrier / mars 2012&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Technoculture-et-informatique-+" rel="tag"&gt;Technologies, informatique et internet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1400.jpg?1642092135' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;454&#034; height=&#034;247&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qui n'a pas flair&#233; l'odeur de saintet&#233; au d&#233;c&#232;s de Steve Jobs ? Des gens recueillis devant les boutiques d'Apple, iMachin sur le c&#339;ur, relayant sur le Web 2.0 la mort du Bienheureux. &#171; &lt;i&gt;Il a non seulement chang&#233; nos vies, il a chang&#233; le monde&lt;/i&gt; &#187;, &#226;nonnaient des chefs d'&#201;tat. Le tr&#232;s branch&#233; pr&#233;sident des USA, Barak Obama, sauveur du syst&#232;me techno&#173;financier qui cherche &#224; asservir la totalit&#233; de l'humain et du monde &#224; ses desseins, a repris gracieusement le slogan d'Apple pour remercier Jobs : &#171; &lt;i&gt;Think different&lt;/i&gt;. &#187; &#199;a sonne bien, la propagande progressiste est fond&#233;e sur ce slogan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors, Jobs est le messie de quelle religion ? On aurait beau crier &#171; &lt;i&gt;Pas moi &lt;/i&gt; ! &#187;, y &#233;chappe-t-on ? Tout le monde heureusement ne partage pas le m&#234;me optimisme, mais aux yeux du progressiste int&#233;griste, le pessimisme est d&#233;j&#224; un p&#233;ch&#233;. Cette technol&#226;trie ne se r&#233;duit pas &#224; une affaire de design industriel ni de marque : les machines sont faites pour fonctionner et r&#233;aliser leur plein potentiel, &#233;crivaient G&#252;nther Anders et Jacques Ellul il y a d&#233;j&#224; cinquante ans. Changer le monde au nom de quoi ? Dans l'int&#233;r&#234;t de qui et avec quelles cons&#233;quences ? Et dans quelle mesure le Web 2.0 conf&#232;re-t-il une port&#233;e r&#233;volutionnaire &#224; l'indignation ? Voici quelques intuitions pessimistes nourries d'heureuses lectures.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
La religion du progr&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jean-Claude Mich&#233;a, connu pour ses ouvrages sur la &lt;i&gt;common decency &lt;/i&gt; de George Orwell et ses critiques radicales du lib&#233;ralisme, a bri&#232;vement comment&#233; le deuil techno de Jobs lors d'une entrevue &#224; France Culture, alors qu'il venait pr&#233;senter son dernier ouvrage, &lt;i&gt;Le mythe d'Orph&#233;e. La gauche, les gens ordinaires et la religion du progr&#232;s&lt;/i&gt; (Climats, 2011). Ce ph&#233;nom&#232;ne de masse illustre l'id&#233;e de la religion du progr&#232;s. Orph&#233;e ayant transgress&#233; l'interdit de ne pas se retourner en revenant des Enfers avec Eurydice, il la perd &#224; jamais. Mich&#233;a fait du mythe la m&#233;taphore du progressisme : le culte de la nouveaut&#233; &#8211; dogme de la modernit&#233; &#8211; interdit de se tourner sur le pass&#233;. Cet interdit fonctionne de pair avec ce que le philosophe d&#233;signe comme la pierre angulaire du lib&#233;ralisme, le principe de neutralit&#233; axiologique : exit le bien et le mal, seul compte l'int&#233;r&#234;t bien compris. Or, selon Mich&#233;a, le sens du pass&#233; est &#171; &lt;i&gt;ce qui permet &#224; chacun (individu ou peuple) de s'inscrire dans une continuit&#233; historique et dans une somme de filiations et de fid&#233;lit&#233;s (h&#233;ritage qui devra, naturellement, &#234;tre assum&#233; de fa&#231;on chaque fois singuli&#232;re) et d'&#233;chapper ainsi &#224; l'illusion adolescente d'un recommencement absolu ou aux mythologies parall&#232;les &#8211; &#224; la fois religieuses et cart&#233;siennes &#8211; de&lt;/i&gt; l'&#238;le d&#233;serte&lt;i&gt; et de &lt;/i&gt; l'an 01. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Mich&#233;a, Jobs r&#233;unit donc les deux facettes du lib&#233;ralisme : l'entrepreneur ing&#233;nieux et le po&#232;te d'entreprise (design et marketing), c'est-&#224;-dire le lib&#233;ral de droite et de gauche. Jobs accomplit ainsi la d&#233;finition de Dominique Strauss-Kahn du socialisme : &#171; &lt;i&gt;L'avenir, l'espoir et l'innovation&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La th&#232;se de Mich&#233;a est que la conception progressiste du socialisme, qui est apparue avec l'affaire Dreyfus, s'est d&#233;velopp&#233;e au d&#233;triment des mouvements ouvriers et anarcho-syndicalistes du XIXe si&#232;cle. En sacralisant le progr&#232;s &#8211; la croyance en un sens de l'histoire &#8211;, cette gauche moderniste, qui f&#233;d&#232;re lib&#233;raux, r&#233;publicains et socialistes, rompt avec la critique radicale men&#233;e par ces mouvements populaires de l'individualisme induit par l'&#233;conomie politique anglaise, c'est-&#224;-dire le capitalisme th&#233;oris&#233; par Adam Smith. D&#232;s lors, la gauche lib&#233;rale et branch&#233;e poursuit ni plus ni moins les m&#234;mes objectifs que la droite (d'o&#249; l'alternance &#233;lectorale), se faisant m&#234;me l'avant-garde des nouveaux modes de vie fond&#233;s sur toujours plus d'individualisme. On absolutise le d&#233;racinement et la d&#233;territorialisation, le multiculturalisme, la destruction des liens sociaux traditionnels, on pr&#244;ne la souplesse, v&#233;n&#232;re les nouvelles technologies et la soci&#233;t&#233; en r&#233;seaux. C'est aussi ce que Mich&#233;a appelle la gauche k&#233;ros&#232;ne, friande d'exotisme et de nomadisme bon chic bon genre qui, avec une connexion Internet, se trouve chez elle partout dans le monde sans &#234;tre nulle part engag&#233;e, sauf par ses int&#233;r&#234;ts, aussi chim&#233;riques soient-ils, dont celui de jouir sans entraves.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;croissance conviviale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette critique de la croissance illimit&#233;e, Mich&#233;a n'est pas le seul &#224; la faire. Des auteurs se concentrent sur la technique, mais tous parviennent &#224; des constats similaires. Serge Latouche, dans son ouvrage en hommage &#224; Jacques Ellul, &lt;i&gt;La M&#233;gamachine&lt;/i&gt; (2004), attire aussi l'attention sur la destruction du politique, du lien social, du travail, sur le d&#233;racinement, l'uniformisation, les catastrophes sociales et &#233;cologiques. Dans son ma&#238;tre ouvrage, &lt;i&gt;L'obsolescence de l'homme &lt;/i&gt; (1956), Anders ne disait pas autre chose en montrant que la technologie rend l'homme superflu. Dans ses travaux sur la soci&#233;t&#233; technicienne, Ellul remarque que l'homme est nuisible pour l'efficacit&#233; de la machine. Ces auteurs, accus&#233;s d'&#234;tre r&#233;actionnaire, calviniste, luddite, technophobe et beauf ont dit, chacun &#224; leur mani&#232;re que, pour survivre &#8211; s'il n'est pas d&#233;j&#224; trop tard &#8211;, &lt;i&gt;l'humain&lt;/i&gt; doit renverser le pouvoir de la machine. Ellul pr&#244;ne de penser globalement et d'agir localement, Latouche th&#233;orise une d&#233;croissance conviviale, Mich&#233;a une soci&#233;t&#233; d&#233;cente d&#233;gag&#233;e des vis&#233;es du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Occupy 2.0&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les techniques, telle l'informatique, peuvent-elles contribuer &#224; cette d&#233;croissance conviviale ? J'opte avec Latouche pour le principe de prudence. Des collectifs offrant une technologie ind&#233;pendante des monopoles, et qui sont, surtout, pr&#233;occup&#233;s d'organisations locales, sont des initiatives heureuses. Mais on peut craindre que le mouvement des Indign&#233;s, par exemple, soit de courte port&#233;e r&#233;volutionnaire si c'est le Web, le virtuel, qui devient le (non)lieu du refus du technocapitalisme. S&#233;duisante utopie eug&#233;nique d'une cybercitoyennet&#233; et glissement de sens inqui&#233;tant : &#171; la proposition &#187; substitue le Web &#224; la r&#233;volution. Le danger c'est de croire qu'avant soi, qu'avant et par-del&#224; Occupy 2.0, il n'y avait, il n'y a rien : pas d'indign&#233;s, pas de r&#233;voltes contre le capitalisme, pas de soci&#233;t&#233; d&#233;cente, pas de luttes enracin&#233;es dans des lieux concrets et d&#233;fendant la dignit&#233;. Ce serait alors, comme l'&#233;crit Mich&#233;a, c&#233;der &#224; l'illusion adolescente d'un recommencement absolu. Ce qui non seulement confirmerait le totalitarisme de la M&#233;gamachine, mais le renforcerait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Contre les animaux familiers et familiaux</title>
		<link>https://www.ababord.org/Contre-les-animaux-familiers-et</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>
		<dc:subject>Droits des animaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans L'ab&#233;c&#233;daire de Gilles Deleuze (1996), de Pierre-Andr&#233; Boutang, Claire Parnet demande au philosophe de s'expliquer sur son rapport aux animaux. La r&#233;ponse se fait d'abord l&#233;g&#232;re, dr&#244;le ou provocante, c'est selon. Il affirme en effet ne pas supporter chez les chats qu'ils soient des &#171; frotteurs &#187; et chez les chiens leurs aboiements, &#171; la honte du r&#232;gne animal &#187;, dit-il. Et puis il pr&#233;cise que ce qu'il ne supporte pas en fait, c'est le rapport familier et familial avec les b&#234;tes, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Ethique-animale-Les-" rel="directory"&gt;Dossier : &#201;thique animale - Les animaux ont-ils des droits ?&lt;/a&gt;

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		</description>


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'ab&#233;c&#233;daire de Gilles Deleuze &lt;/i&gt; (1996), de Pierre-Andr&#233; Boutang, Claire Parnet demande au philosophe de s'expliquer sur son rapport aux animaux. La r&#233;ponse se fait d'abord l&#233;g&#232;re, dr&#244;le ou provocante, c'est selon. Il affirme en effet ne pas supporter chez les chats qu'ils soient des &#171; &lt;i&gt;frotteurs&lt;/i&gt; &#187; et chez les chiens leurs aboiements, &#171; &lt;i&gt;la honte du r&#232;gne animal&lt;/i&gt; &#187;, dit-il. Et puis il pr&#233;cise que ce qu'il ne supporte pas en fait, c'est le rapport familier et familial avec les b&#234;tes, la fa&#231;on de leur parler et de se comporter &#224; leur &#233;gard comme s'ils &#233;taient des humains, pire des membres de la famille. Ceux qui aiment vraiment les animaux, dit-il, ont un rapport animal avec eux. Il &#233;voque les &#171; vrais &#187; chasseurs qui identifient par exemple les animaux &#224; la trace, ou les enfants qui ont un rapport enfantin avec les animaux. Les enfants ne seraient donc pas des humains pour Deleuze ? Alors qu'est-ce que cela veut dire avoir un rapport humain avec l'animal et un rapport animal avec l'animal ? &#192; une &#233;poque o&#249; la relation famili&#232;re et familiale aux b&#234;tes d&#233;passe largement la demande &#8211; croissante &#8211; pour les animaux domestiques, la question est loin d'&#234;tre farfelue &#8211; les baleines saisies par le tourisme ne sont qu'un exemple de ce rapport familier sinon familial avec les b&#234;tes. Pour se faire une id&#233;e de la port&#233;e de la question, on doit remonter au concept de devenir-animal, central dans les travaux du philosophe depuis son &lt;i&gt;Anti-&#338;dipe. Capitalisme et schizo&#173;phr&#233;nie&lt;/i&gt;, &#233;crit avec F&#233;lix Guattari et paru en 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrage cherche &#224; red&#233;finir les concepts freudiens d'&#171; inconscient &#187; et de &#171; d&#233;sir &#187; en refusant notamment &#224; la figure paternelle le r&#244;le d&#233;terminant que Freud lui assigne dans la formation de la psych&#233; ; figure du p&#232;re et de la famille bourgeoise en g&#233;n&#233;ral (&#171; ses sales petits secrets &#187;, ses aspirations de classe, ses territoires). C'est tout le processus d'individuation, qualifi&#233; de schizophr&#233;nique et induit par le capitalisme, qui est ici mis en cause. Deleuze rejette ce qui serait une nature humaine a priori, des identit&#233;s fixes et fig&#233;es, et propose une v&#233;ritable politique du d&#233;sir visant, comme l'&#233;crit &#201;liane Martin-Haag, &#171; &lt;i&gt;&#224; se d&#233;faire des logiques identitaires comme des mots d'ordre du plaisir que le champ social essaye d'imposer au d&#233;sir&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Le devenir-animal et la question politique chez Gilles Deleuze &#187; dans &lt;i&gt;Usages politiques de l'animalit&#233;&lt;/i&gt;, l'Harmattan, 2008, p. 166). &#192; ces mots d'ordre, dont celui qui limite le d&#233;sir et la sexualit&#233; au plaisir, Deleuze oppose une conception de l'individuation fond&#233;e sur le multiple et le nomade se manifestant &#224; travers ce qu'il appelle le devenir minoritaire, c'est-&#224;-dire un processus actif et cr&#233;atif de mise en question des crit&#232;res d'identification majoritaire. Majoritaire n'est pas ici une affaire de nombre, mais renvoie au crit&#232;re &#233;talon fond&#233; sur la race, l'ethnie, le sexe, la classe, etc. Ce devenir minoritaire se manifeste &#224; travers divers devenirs : devenir-enfant, devenir-femme, devenir-n&#232;gre, devenir-animal. Il s'agit autant de processus de d&#233;territorialisation par lesquels un individu se cr&#233;e et cr&#233;e son environnement en allant vers d'autres territoires par des lignes de fuite. Deleuze pointe cependant deux dangers &#224; ces processus : l'an&#233;antissement de soi et la reterritorialisation ou la constitution d'une nouvelle majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc risquer de d&#233;finir le devenir-animal comme un processus par lequel l'&#171; individu &#187; &#8211; des guillemets s'imposent parce que la subjectivit&#233; est mise en question chez Deleuze &#8211; se cr&#233;e en dehors de l'institution familiale et en dehors non seulement de l'appareil d'&#201;tat, comme il le disait &#224; l'&#233;poque de L'&lt;i&gt;Anti-&#338;dipe&lt;/i&gt;, mais en dehors des nouveaux r&#233;gimes de domination qu'il a d&#233;sign&#233;s sous le nom de &#171; soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le &#187; (&lt;i&gt;Pourparlers 1972-1990&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions de Minuit, 2003, p. 240-247). Ces nouveaux r&#233;gimes d&#233;signent notamment les strat&#233;gies de manipulation mises en &#339;uvre par le marketing et l'esprit d'entreprise. Bref, le devenir-animal est chez Deleuze cet &#234;tre de d&#233;sir se cr&#233;ant &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de ce qui d&#233;termine sa nature : l'ind&#233;termination, le mouvement, l'aventure, la qu&#234;te infinie et ouverte de sens, contre les fixations identitaires tir&#233;es de l'histoire et des id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective m&#234;me d'une politique du d&#233;sir, on peut se poser la question suivante : si la soci&#233;t&#233; continue &#224; &#233;tendre et &#224; renforcer ce rapport familier et familial avec les animaux, domestiques et non domestiques, ne faut-il pas craindre de voir s'an&#233;antir les possibilit&#233;s de relation animale avec l'animal ? Autrement dit, de voir les &#234;tres que nous sommes raval&#233;s &#224; une r&#233;alit&#233; d&#233;finitive de familier-familial, &#224; une esp&#232;ce de touriste infantilis&#233; par une soci&#233;t&#233; de consommation chez des animaux de plus en plus humains et domestiqu&#233;s. De quoi regretter la m&#233;tamorphose de Gr&#233;goire Samsa en cancrelat, qui lui permettait, selon Deleuze, de se lib&#233;rer du p&#232;re et du travail de fonctionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;jean Ducharme</title>
		<link>https://www.ababord.org/Rejean-Ducharme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Rejean-Ducharme</guid>
		<dc:date>2012-09-01T02:28:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Y a-t-il un mythe plus massif au Qu&#233;bec que celui de la R&#233;volution tranquille ? La pluralit&#233; des mouvements politiques et sociaux des ann&#233;es 1960-1970 au Qu&#233;bec, incluant les &#339;uvres de cette p&#233;riode, les plus authentiquement lib&#233;ratrices comme les plus conformistes, est g&#233;n&#233;ralement pr&#233;sent&#233;e par le discours institutionnel comme une volont&#233; univoque et acharn&#233;e &#224; &#233;difier le merveilleux pr&#233;sent. Et je ne vois pas, ou tr&#232;s peu, d'&#339;uvres ni d'ouvrages qui se penchent sur la violence et la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-42-dec-2011-jan-2012-" rel="directory"&gt;No 042 - d&#233;c. 2011 / jan. 2012&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-McMillan-Gilles-+" rel="tag"&gt;McMillan, Gilles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1375.gif?1642092134' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;350&#034; height=&#034;271&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Y a-t-il un mythe plus massif au Qu&#233;bec que celui de la R&#233;volution tranquille ? La pluralit&#233; des mouvements politiques et sociaux des ann&#233;es 1960-1970 au Qu&#233;bec, incluant les &#339;uvres de cette p&#233;riode, les plus authentiquement lib&#233;ratrices comme les plus conformistes, est g&#233;n&#233;ralement pr&#233;sent&#233;e par le discours institutionnel comme une volont&#233; univoque et acharn&#233;e &#224; &#233;difier le merveilleux pr&#233;sent. Et je ne vois pas, ou tr&#232;s peu, d'&#339;uvres ni d'ouvrages qui se penchent sur la violence et la complexit&#233; de ce passage de l'ancien au nouveau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La m&#233;daille du Progr&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mythe est intouchable. Et pour c&#233;l&#233;brer son 50e anniversaire, le minist&#232;re des Affaires culturelles du Qu&#233;bec a rendu hommage cet automne &#224; 50 personnalit&#233;s pour leur contribution &#224; la soci&#233;t&#233; en les gratifiant de la m&#233;daille des Grands Artisans de la R&#233;volution tranquille. Ginette Reno l'a eue, Claude Ryan, Pierre Vadebonc&#339;ur aussi, etc. R&#233;jean Ducharme l'a aussi re&#231;ue et il ne fait aucun doute que sa contribution &#224; la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise soit de la plus grande importance. Tellement, d'ailleurs, qu'on h&#233;site &#224; en prendre toute la mesure. Pas que Ducharme ne soit pas c&#233;l&#233;br&#233;, port&#233; aux nues ; on lui a m&#234;me consacr&#233; un festival cet automne dont la programmation surpassait un festival de bi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la fa&#231;on m&#234;me de c&#233;l&#233;brer l'&#233;crivain, le dramaturge, le sc&#233;nariste, le parolier et le sculpteur qui maintient quelque chose d'enfant&#244;matique&#8194;autour de lui : v&#233;ritable proc&#233;d&#233; de neutralisation d'une parole singuli&#232;re qui ne s'adresse ni aux m&#233;dias ni &#224; l'institution litt&#233;raire, malgr&#233; sa g&#233;n&#233;rosit&#233; et sa puissance de s&#233;duction. D'o&#249; la r&#233;sistance qu'elle oppose aux diverses lectures, celles qui la mesurent &#224; l'aune soit d'une r&#233;volte bon enfant soit d'un divertissement sophistiqu&#233; pour gens de lettres &#8211; l'autre versant du ressentiment litt&#233;raire. Et les choses ne s'am&#233;lioreront pas, sauf pour les gros &#233;diteurs&#8194;et leurs plumitifs de service : voici venu le temps du tourisme litt&#233;raire et des d&#233;corations. On dirait le monsieur Homais de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; recevant la croix d'honneur pour sa d&#233;fense du Progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fausse &#233;mancipation, politique du conformisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ironie supr&#234;me est justement qu'il n'y a pas d'&#339;uvre plus en porte-&#224;-faux avec la R&#233;volution tranquille que celle de R&#233;jean Ducharme. En porte-&#224;-faux avec au moins deux de ses grands lieux communs : l'&#233;mancipation sexuelle et le politique. Comprendre : la sexualit&#233; r&#233;ifi&#233;e, &#171; &lt;i&gt; interdite de toute perspective passionnelle&lt;/i&gt; &#187; comme l'&#233;crit Annie Le Brun (&lt;i&gt;Du trop de r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, p. 221) ; le gauchisme sans enracinement dans les couches populaires qu'il pr&#233;tend vouloir sauver, incapable de d&#233;clencher d'authentiques &#233;mancipations, pour employer des gros mots, fascin&#233; par le culte du nouveau et de la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'hiver de force&lt;/i&gt; (1973), sans doute la satire la plus percutante &#233;crite au Qu&#233;bec, affronte avec une perspicacit&#233; et une sensibilit&#233; encore mal analys&#233;es les &#233;checs de la R&#233;volution tranquille, du moins les &#171; dogmes &#187; d'une gauche h&#233;doniste surtout s&#233;duite par la &#171; CCC &#187; comme l'appelle le narrateur, la &#171; Contre-Culture de Consomma&#173;tion &#187;. Andr&#233; et Nicole Ferron, les deux antih&#233;ros du roman, esp&#232;rent beaucoup de leur rencontre avec Catherine, vedette de la chanson, v&#233;ritable passionaria de l'&#233;mancipation tous azimuts. H&#233;las, les liens v&#233;ritables ne se nouent pas ais&#233;ment entre les descendants de la paysannerie et la petite bourgeoisie branch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bon eh bien &#231;a y est, encore quelqu'un qui trouve qu'on s'attache trop vite &lt;/i&gt; (HF, p. 45)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce n'est pas le d&#233;sir de caresser notre Catherine qu'on n'a pas, c'est les mains ; nos mains ne fonctionnent pas ; les mains qu'on a c'est juste pour sauver les apparences. L'&#233;rotique c'est comme la politique pour nous ; on n'est pas capables ; c'est au-dessus de nos moyens ; on n'a pas les facult&#233;s qu'il faut. Mais en m&#234;me temps que nos c&#339;urs fuient ce danger avec des battements de grandes ailes blanches, la honte et la col&#232;re nous harc&#232;lent : on est &#233;c&#339;ur&#233;s d'&#234;tre si &#233;paisser [sic], introvertis, si peu enjou&#233;s, sportifs.&lt;/i&gt; (HF, p. 247)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir d'&#233;mancipation est r&#233;el, mais le passage &#224; l'acte ne fonctionne pas. Par d&#233;faillance, inhibition, mais aussi par r&#233;sistance aux mensonges d'une classe sociale qui se donne des airs cool et &#233;mancip&#233;s, mais qui n'a pas rompu avec les privil&#232;ges de sa classe sociale. Par exemple, il n'&#233;chappe pas aux Ferron que Catherine n'a jamais eu besoin de travailler pour gagner sa vie. Que Roger, son mari, directeur d'une maison d'&#233;dition nationaliste de gauche, est le fils d'un sp&#233;culateur, organisateur d'&#233;lections proche de Duplessis qui a contribu&#233; &#224; d&#233;poss&#233;der leur famille !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'o&#249; parles-tu, camarade ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est la violence et l'inaptitude de ces discours faussement lib&#233;rateurs que vise Ducharme, leur caract&#232;re prescriptif et obligatoirement en rupture avec l'h&#233;ritage populaire : faire vouloir, faire faire. Ces motifs sont au c&#339;ur de l'&#339;uvre romanesque et pourraient se r&#233;sumer en une phrase : &#171; &#199;a ne nous aura pas. &#187; Refus qui g&#233;n&#232;re &#171; les combats perdus d'avance &#187; des personnages contre la &#171; milliarde &#187;, l'automobilisation de l'homme, la mollesse de l'adulte, la mission de Colombe Colomb de ne rien produire, &#171; &lt;i&gt;le jumbo-bateau garanti tout confort jusqu'&#224; la prochaine nouvelle vague [&#8230;], tout ce qui veut nous faire vouloir comme des d&#233;poss&#233;d&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, les solitudes combatives, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; combats perdus d'avance &#187; contre le conformisme des ann&#233;es glorieuses de la R&#233;vo&#173;lution tranquille, Ducharme ne les m&#232;ne pas de n'importe quel &#171; &#233;cart &#187;, de n'importe quelle voix. Ce n'est pas celle du cynisme hautain et encore moins de l'opportunisme. Les narrateurs de Ducharme restent en marge, moins par ressentiment que par d&#233;sir d'autres exaltations que celles offertes par le centre, dont le centre litt&#233;raire &#8211; surtout le centre litt&#233;raire. Peu d'&#339;uvres se mettent &#224; ce point en danger, s'&#233;crivent &#224; contre- courant, jusqu'&#224; s'interroger sur leur propre valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de la singularit&#233; plurivoque de son &#339;uvre que Ducharme m&#232;ne sa barque, d'une solitude qui n'est pas repli&#233;e sur elle-m&#234;me puisqu'elle dialogue par l'ironie, la satire, l'humour noir et le lyrisme. Et le lyrisme&#8194;n'est pas l'esth&#233;tisation du r&#233;el, pour reprendre une remarque d'Annie Le Brun (encore elle). &#171; &lt;i&gt;Le lyrisme est, au contraire, li&#233; &#224; la plus violente conscience de sa disparition [le r&#233;el]. C'est d'abord une fa&#231;on de voir la beaut&#233; en transparence sur ce qui la menace. C'est &#224; la fois le jaillissement premier de la po&#233;sie et le refus instinctif de ce qui l'entrave&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Matricule des anges&lt;/i&gt;, janvier 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaillissement et refus instinctif de l'entrave : c'est le caract&#232;re politique m&#234;me de l'&#339;uvre de Ducharme, affirmant son appartenance au monde, fragile et souveraine, refusant de se laisser d&#233;poss&#233;der de son &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; par les discours moralisateurs de son &#233;poque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le voyou, le barbare et le philistin</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'affaire P&#233;ladeau-Lafrance a suscit&#233; bien des gloses dans les m&#233;dias ces derniers mois. Par-del&#224; les lieux communs et la satire &#8211; tentante au demeurant &#8211;, cette affaire de gros mots pourrait-elle nous r&#233;v&#233;ler quelque chose sur ce qu'on appelle la culture, aujour&#173;d'hui envahie &#224; un tel point par le divertissement et la marchandisation des diverses formes d'expression artistique que la culture de masse d'il y a cinquante ou soixante ans peut para&#238;tre comme un &#226;ge d'or de la culture ?! (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-40-ete-2011-" rel="directory"&gt;No 040 - &#233;t&#233; 2011&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1300.gif?1642092131' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;300&#034; height=&#034;200&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'affaire P&#233;ladeau-Lafrance a suscit&#233; bien des gloses dans les m&#233;dias ces derniers mois. Par-del&#224; les lieux communs et la satire &#8211; tentante au demeurant &#8211;, cette affaire de gros mots pourrait-elle nous r&#233;v&#233;ler quelque chose sur ce qu'on appelle la culture, aujour&#173;d'hui envahie &#224; un tel point par le divertissement et la marchandisation des diverses formes d'expression artistique que la culture de masse d'il y a cinquante ou soixante ans peut para&#238;tre comme un &#226;ge d'or de la culture ?! &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le voyou&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#173;En janvier 2007, Pierre Karl P&#233;ladeau annonce qu'il se retire du Fonds canadien de t&#233;l&#233;vision. Le 31 janvier de la m&#234;me ann&#233;e, dans une entrevue accord&#233;e au Devoir, Sylvain Lafrance, alors vice-pr&#233;sident aux services fran&#231;ais de Radio-Canada, d&#233;clare qu'en agissant de la sorte, motiv&#233; par ses seuls int&#233;r&#234;ts et ceux de son empire, le patron de Quebecor &#171; &lt;i&gt;se prom&#232;ne comme un voyou&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soucieux de son image d'homme cultiv&#233;, celui qu'on appelle famili&#232;rement PKP n'a pas dig&#233;r&#233; l'injure et a demand&#233; r&#233;paration au tribunal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait &#224; ce jour que la Cour d'appel du Qu&#233;bec a ordonn&#233; la r&#233;cusation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il a un Bac en philo, rappelle souvent ses publicistes serviles, aime les arts et le v&#233;g&#233;tarisme et, comme un tatouage, il porte dans les initiales de son pr&#233;nom l'embl&#232;me de sa r&#233;volte contre un p&#232;re affairiste &#224; mort, son &lt;i&gt;kick&lt;/i&gt; juv&#233;nile pour le marxisme : K comme dans Karl Marx (J. Brault, &lt;i&gt;P&#233;ladeau&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec Am&#233;rique, 2008, p. 209). Un Marx exsangue certes, v&#233;ritable troph&#233;e de chasse sur le &lt;i&gt;hood&lt;/i&gt; d'une BMW, si l'on me permet une m&#233;taphore tendancieuse, car selon un portrait plein de tremblements qu'en faisait &lt;i&gt;L'actualit&#233;&lt;/i&gt; en novembre dernier, l'homme se d&#233;place en voiture moyenne gamme et en v&#233;lo &#8211; quand ce n'est pas en jet &#8211; et serait peu port&#233; sur le luxe. Avis aux arpenteurs de lieux communs : la puissance sait se dissimuler et le kitsch peut se faire sobre pour &#233;pouser l'air du temps ; aujourd'hui le dynamisme, le plein air bon teint et sportif, la d&#233;fense de l'environnement, s'il le faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre associ&#233; &#224; un voyou par Sylvain Lafrance, haut dirigeant d'une institution culturelle v&#233;n&#233;rable, de la soci&#233;t&#233; d'&#201;tat canadienne, &#233;quivaut &#224; se faire traiter de barbare, ce type vulgaire et de mauvais go&#251;t qui menace l'art, la culture et la civilisation par ignorance ou parce qu'il instrumentalise la culture pour d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts. Selon Hannah Arendt en effet, sans la facult&#233; de jugement, sans une pens&#233;e politique fond&#233;e sur le d&#233;sint&#233;ressement, sur une &#233;thique soucieuse de sauvegarder une certaine permanence du monde, l'art et la culture sont pervertis, deviennent objet d'&#233;change : &#171; &lt;i&gt;Le mot &#171; culture &#187; d&#233;rive&lt;/i&gt; [du latin] &lt;i&gt;col&#232;re &#8211; cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir, pr&#233;server &#8211; et renvoie primitivement au commerce de l'homme avec la nature, au sens de culture et d'entretien de la nature en vue de la rendre propre &#224; l'habitation humaine. En tant que tel, il indique une attitude de tendre souci, et se tient en contraste marqu&#233; avec tous les efforts pour soumettre la nature &#224; la domination de l'homme.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;La crise de la culture&lt;/i&gt;, 1972, p. 271)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Le barbare&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce vocable de &#171; voyou &#187;, pour le moins altier de la part de Sylvain Lafrance, ne manque ni d'affront ni d'ironie puisque lui-m&#234;me re&#231;ut des injures semblables en 2002, quand la cha&#238;ne culturelle de Radio-Canada, &lt;i&gt;apr&#232;s neuf semaines de lock-out&lt;/i&gt; &#8211; j'insiste &#8211;, d&#233;clencha la derni&#232;re phase de la r&#233;forme amorc&#233;e en 1994, pour accoucher de la radio que l'on conna&#238;t aujourd'hui, c'est-&#224;-dire Espace musique, la radio dite de toutes les cultures. Cette op&#233;ration sournoise, accompagn&#233;e de mises &#224; pied brutales de r&#233;alisateurs et d'animateurs chevronn&#233;s, fut vertement d&#233;nonc&#233;e par des intellectuels et des artistes. On accusa avec raison la haute direction de R.-C. de trahir le mandat de la soci&#233;t&#233; d'&#201;tat, de saboter la culture digne de ce nom, de recourir au pr&#233;texte fallacieux de la d&#233;mocratisation de la culture alors qu'il s'agissait d'augmenter les cotes d'&#233;coute en all&#233;geant le contenu. La mission de la soci&#233;t&#233; d'&#201;tat, relativement ind&#233;pendante jusque-l&#224; des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, devait plut&#244;t r&#233;sister &#224; la logique marchande. Mais l'id&#233;e de Sylvain Lafrance &#233;tait faite : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons plus d'&#233;missions culturelles &#224; la cha&#238;ne culturelle mais des &#233;missions d'information culturelle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut lire ces lettres aux journaux dans les archives du site Vigile.net (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avant sur les barricades, Jean Larose brandit alors dans un article inspir&#233; l'imposture culturelle et d&#233;magogique incarn&#233;e par le tandem Lafrance-Rabinovitch, l'ignorance et la &#171; technol&#226;trie &#187; dirigeantes, autant dire la barbarie (&lt;i&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;, 23 juin 2002). Plusieurs voix se joignirent &#224; la sienne, en vain ; et un peu plus chaque jour, on voit se dissoudre la programmation dans le marketing culturel, strat&#233;gie de communication fond&#233;e sur la s&#233;duction de publics cibles (consommateurs de produits culturels), plut&#244;t que sur la mise en valeur aupr&#232;s du plus grand nombre de cette &lt;i&gt;attitude de tendre souci&lt;/i&gt; dont parle H. Arendt, &lt;i&gt;en contraste marqu&#233; avec tous les efforts pour soumettre la nature &#224; la domination de l'homme&lt;/i&gt;. Signe du renforcement de la domination par le marketing, Radio-Canada vient d'embaucher Patrick Beauduin &#224; la direction de sa radio, un publicitaire de renom (&lt;i&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;, 23 octobre 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de la d&#233;gradation de la port&#233;e humaniste du concept de culture donc, P&#233;ladeau-Lafrance-Radio-Canada, m&#234;me combat : m&#234;me attitude de m&#233;pris envers les artisans, les employ&#233;s, le public ; m&#234;me qu&#234;te de profit, m&#234;me soumission &#224; l'ordre marchand. Une diff&#233;rence cependant : le r&#244;le de Sylvain Lafrance est plus insidieux, puisqu'il avait la responsabilit&#233; d'une soci&#233;t&#233; publique dont le r&#244;le est vital pour la culture. Le cheval de Troie n'aura pas &#233;t&#233; invent&#233; pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le philistin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nos intellectuels officiels ont-ils toujours le beau r&#244;le dans cette d&#233;b&#226;cle de la culture ? Dans sa r&#233;flexion sur la culture, H. Arendt fait la distinction entre le philistin vulgaire et le philistin cultiv&#233;. Ce dernier, amateur ou expert d'art et de savoirs prestigieux, instrumentaliserait des marqueurs culturels pour consolider sa position sociale, se distinguer par conformisme aux valeurs de l'&#233;lite. Il m&#233;prise le r&#233;el par snobisme, pr&#233;ciosit&#233; et raffinement du go&#251;t (Arendt, op. cit., p. 259). Hermann Broch, l'auteur de &lt;i&gt;Cr&#233;ation litt&#233;raire et connaissance&lt;/i&gt; dont Arendt est la pr&#233;faci&#232;re, d&#233;finit quant &#224; lui l'art tape-&#224;-l'&#339;il, le kitsch, non seulement comme l'expression du mauvais go&#251;t, mais surtout comme un acad&#233;misme aux tonalit&#233;s romantiques, &#233;th&#233;r&#233;es &#8211; d&#233;finition g&#233;n&#233;ralement n&#233;glig&#233;e par les raffin&#233;s du go&#251;t. Broch affirme contre cet acad&#233;misme : &#171; &lt;i&gt;L'art na&#238;t des pressentiments du r&#233;el et c'est eux seulement qui le font s'&#233;lever au-dessus du tape-&#224;-l'&#339;il&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Remarques sur l'art tape-&#224;-l'&#339;il &#187;, dans Cr&#233;ation litt&#233;raire et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Et qu'est-ce que &#171; les pressentiments du r&#233;el &#187; sinon ce &#171; tendre souci &#187; &#233;voqu&#233; par Hannah Arendt, une attention au monde pour le pr&#233;server d'une tentative de domination par les hommes ? Mais dans le domaine des arts, ce tendre souci n'est pas facilement discernable, m&#234;me &#8211; surtout &#8211; quand il est revendiqu&#233; ; dans le contexte de la culture de masse, l'art tape-&#224;-l'&#339;il ne manque pas d'ing&#233;niosit&#233;. Milan Kundera par exemple, pourfendeur incomparable du kitsch, nous en fournit un bel exemple avec sa notion tonitruante de &#171; litt&#233;rature mondiale &#187;. De Cervant&#232;s &#224; Broch, par exemple, en passant par Flaubert, Musil, Kafka ou Beckett, on n'a semble-t-il jamais ressenti le besoin d'apposer l'&#233;tiquette &#171; mondiale &#187; sur ses livres, m&#234;me pour s'arracher &#224; l'enfermement id&#233;ologique, qu'il soit nationale ou autre. N'est-ce pas &#224; travers un langage litt&#233;raire renouvel&#233; que toute fiction, m&#234;me inspir&#233;e de l'existence la plus enracin&#233;e qui soit, parvient &#224; franchir les fronti&#232;res non seulement du territoire mais aussi du temps ? D'ailleurs cet enracinement, ou la nostalgie li&#233;e &#224; sa perte, n'est-il pas un des grands th&#232;mes de la modernit&#233; litt&#233;raire, po&#233;sie et roman confondus ? Par-del&#224; le militantisme efficace de Kundera et de ses &#233;pigones pour le roman, la notion de litt&#233;rature mondiale donne l'impression de flirter avec les mots d'ordre de l'industrie internationale du divertissement, d'&#233;pouser parfaitement l'id&#233;ologie dominante de son &#233;poque. C'est, selon Broch &#8211; r&#233;f&#233;rence de Kundera en la mati&#232;re &#8211; la d&#233;finition m&#234;me du kitsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philistin cultiv&#233;, dans son acad&#233;misme grandiloquent, son jargon de sp&#233;cialiste ou sa culture ostentatoire (l'&#233;quivalent du quiz dans la culture de masse ou de l'&#233;talage culturel dans les salons branch&#233;s ou pas), d&#233;daigne le r&#233;el quand il &#233;branle la plus haute tour sur laquelle il se tient perch&#233;. Jean Larose lui-m&#234;me, sans descendre de ses cothurnes, admettait dans sa lettre de 2002 : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avons pas toujours r&#233;ussi &#224; faire entendre ce qui, dans le haut savoir, int&#233;resse le public.&lt;/i&gt; &#187; C'est peu dire, sinon vite et mal dit. Il suffit de lire le pamphlet de Jacques Pelletier, &lt;i&gt;Les habits neufs de la droite culturelle&lt;/i&gt; (VLB, 1994), pour &#234;tre alert&#233; du cynisme hautain d'intellectuels au Qu&#233;bec, et du r&#244;le ambigu jou&#233; par certains d'entre eux dans l'instrumentalisation de la culture par le politique. Le premier chapitre, intitul&#233; &#171; Jean Larose : la posture du m&#233;pris &#187;, critiquait justement la vision de cet universitaire s'&#233;panouissant sur les ondes de la radio et se nourrissant du culte d'un &#226;ge d'or culturel serti dans une France id&#233;alis&#233;e. Dans un essai plus r&#233;cent, Yvon Rivard affirmait que le d&#233;clin de la pens&#233;e &#233;tait moins caus&#233; par la disparition de la cha&#238;ne culturelle de Radio-Canada que par &#171; le ressassement des id&#233;es re&#231;ues d'une &#233;poque, fussent-elle sophistiqu&#233;es, le confort et l'indiff&#233;rence des hommes de plaisir, la b&#234;tise des grands fronts studieux que ne ride aucune souffrance, aucune compassion et que ne d&#233;ride aucun humour &#187; (Une id&#233;e simple, Bor&#233;al, 2010, p. 32). En d&#233;pit de la grande r&#233;serve de l'auteur, l'allusion &#224; Jean Larose est ici &#233;vidente, et il ne serait pas difficile d'y reconna&#238;tre, outre le cin&#233;aste Denys Arcand, les m&#234;mes auteurs critiqu&#233;s ouvertement par Jacques Pelletier (Fran&#231;ois Ricard, Jacques Godbout, Denise Bom&#173;bardier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question pour terminer : le voyou, le barbare et le philistin cultiv&#233; joueraient-ils le m&#234;me r&#244;le dans le d&#233;clin de la culture ? Probablement pas, mais la question est loin d'&#234;tre simple. Contrairement &#224; ce qu'affirme Yvon Rivard cependant, le barbare (ou le voyou) travaille ouvertement et d'arrache-pied pour soumettre le monde, la nature et les hommes &#224; son id&#233;ologie, pour l'exploiter au maximum. Entre ses mains, la culture est pur instrument. Le philistin cultiv&#233; quant &#224; lui &#8211; je parle ici du type, pas d'un individu en particulier &#8211; d&#233;nonce le barbare &#224; l'occasion, mais comme il est cynique, &#233;litiste et opportuniste, son discours reste chim&#233;rique et politiquement nul, la preuve &#233;tant la facilit&#233; avec laquelle le barbare l'a bout&#233; dehors de Radio-Canada : faire et laisser braire est g&#233;n&#233;ralement sa devise, ne daignant sortir de son qui&#233;tisme que pour aller chercher les prix et les titres honorifiques. Mais une r&#233;ponse convenable &#224; la question passe n&#233;cessairement par une pens&#233;e et une pratique cons&#233;quente sur la finalit&#233; de l'art et de la culture. Et celle-ci devrait combattre tout autant le cynisme et le snobisme que le marketing culturel s'imposant dans les m&#233;dias aujourd'hui, quand ce n'est pas dans les productions elles-m&#234;mes. Bref, la pens&#233;e se nourrit de culture certes, mais la culture n'existe pas sans ce que H. Arendt appelle le jugement politique, ce tendre souci pour le monde afin de le rendre habitable et de le soustraire &#224; la domination de l'homme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On sait &#224; ce jour que la Cour d'appel du Qu&#233;bec a ordonn&#233; la r&#233;cusation du juge qui entendait la cause en diffamation de Pierre-Karl P&#233;ladeau contre la direction de Radio-Canada : 1-0 PKP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut lire ces lettres aux journaux dans les archives du site Vigile.net sous la rubrique M&#233;dias, &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;http://archives.vigile.net/ds-medias/index-SRC.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://archives.vigile.net/ds-medias/index-SRC.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Remarques sur l'art tape-&#224;-l'&#339;il &#187;, dans Cr&#233;ation litt&#233;raire et connaissance, Gallimard, 1966, p. 320-321.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aux c&#244;t&#233;s de Michel Chartrand</title>
		<link>https://www.ababord.org/Aux-cotes-de-Michel-Chartrand</link>
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		<dc:date>2012-02-28T03:11:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les pierres il y a la vie des arbres, des racines la vie de la pluie et du soleil et nos cendres sont l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pablo Neruda (cit&#233; par Alain Massot) &lt;br class='autobr' /&gt; Les sympathisants l'interpellaient souvent avec cette formule : &#171; On est derri&#232;re vous, Monsieur Chartrand ! &#187; &#171; Merci, leur r&#233;pondait-il, mais j'aimerais mieux que vous soyez &#224; c&#244;t&#233; de moi, pas derri&#232;re. &#187; C'est un peu l'id&#233;e &#224; l'origine des trois textes pr&#233;sent&#233;s ici : veiller sur la m&#233;moire du leader syndical disparu l'an pass&#233; &#224; l'&#226;ge (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-39-avril-mai-2011-" rel="directory"&gt;No 039 - avril / mai 2011&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-McMillan-Gilles-+" rel="tag"&gt;McMillan, Gilles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1281.gif?1642092130' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;755&#034; height=&#034;601&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans les pierres il y a la vie des arbres, des racines&lt;br class='autobr' /&gt;
la vie de la pluie et du soleil et nos cendres sont l&#224;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pablo Neruda (cit&#233; par Alain Massot)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les sympathisants l'interpellaient souvent avec cette formule : &#171; &lt;i&gt;On est derri&#232;re vous, Monsieur Chartrand !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Merci&lt;/i&gt;, leur r&#233;pondait-il, &lt;i&gt;mais j'aimerais mieux que vous soyez &#224; c&#244;t&#233; de moi, pas derri&#232;re.&lt;/i&gt; &#187; C'est un peu l'id&#233;e &#224; l'origine des trois textes pr&#233;sent&#233;s ici : veiller sur la m&#233;moire du leader syndical disparu l'an pass&#233; &#224; l'&#226;ge v&#233;n&#233;rable de 93 ans (1916 &#8211; 2010), en rappelant que ses luttes sont toujours pertinentes, qu'elles ne sont pas l'affaire d'un seul individu, encore moins d'un style ou d'un personnage, et qu'il n'y a pas de luttes sans risques ni solidarit&#233; authentique. Hommage et affection en forme d'engagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit sa fille, Suzanne-G. Chartrand, pour lui rendre hommage il faut commencer par d&#233;passer les lieux communs sur le personnage que les m&#233;dias privil&#233;gient au d&#233;triment de la port&#233;e politique de son engagement. Sans pr&#233;tendre &#233;puiser la question, elle montre les diverses influences intellectuelles et spirituelles qui ont contribu&#233; &#224; forger un homme plus complexe qu'il y para&#238;t &#224; premi&#232;re vue, &#224; la fois contradictoire et coh&#233;rent, concret et lyrique, fort d'une autorit&#233; persuasive, mais que pouvait desservir un autoritarisme intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Chartrand &#233;tait un homme d'action, un militant, un organisateur syndical qui connaissait intimement la mis&#232;re des ouvriers avec lesquels et pour lesquels il se battait. Il a d&#233;fendu ses id&#233;aux au p&#233;ril de son confort et de sa tranquillit&#233; &#8211; ceux de sa famille aussi &#8211;, contre l'ordre &#233;tabli patronal, gouvernemental, religieux, financier, gauchiste et syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yves La Neuville, militant engag&#233; dans des luttes populaires au Chili, &#233;voque sa rencontre avec Chartrand &#224; Santiago en 1973. Il rappelle son passage &#224; la CTCC, ses convictions anticapitalistes qui lui valurent d'&#234;tre expuls&#233; de la centrale catholique par Jean Marchand. Dix ans plus tard, Chartrand revient &#224; la CSN plus convaincu que jamais de la port&#233;e sociale et politique du syndicalisme : d&#233;fendre les conventions collectives certes, mais travailler &#224; changer les conditions de vie de la majorit&#233;, y compris des non-syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Alain Massot rappelle la lutte de Chartrand pour le revenu de citoyennet&#233;. C'est d'ailleurs arm&#233; de cette id&#233;e qu'il se pr&#233;senta aux &#233;lections de 1998 contre Lucien Bouchard, PQ, opposant au &#171; d&#233;ficit z&#233;ro &#187;, principe n&#233;olib&#233;ral fallacieux, la &#171; pauvret&#233; z&#233;ro &#187;. Comme le montre le sociologue, c'est toute la question du sens du travail et du partage des richesses que soul&#232;ve l'id&#233;e de revenu de citoyennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un num&#233;ro portant sur les classes dominantes au Qu&#233;bec, la figure de Michel Chartrand s'est pour ainsi dire impos&#233;e d'elle-m&#234;me&#8230; En guise d'hommage et de reconnaissance donc, une invitation &#224; ne pas rester derri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Requiem pour le clown</title>
		<link>https://www.ababord.org/Requiem-pour-le-clown</link>
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		<dc:date>2011-11-24T00:45:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Consommation, marchandisation et pub</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le cirque prosp&#233;rait, mais pas l'accessoiriste&#8230; Charlie Chaplin, The Circus, 1928 &lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; est le Cirque ? Le Cirque est partout. Sous les chapiteaux des grandes capitales du monde, &#224; la t&#233;l&#233;, dans les rues du tiers-monde, dans un certain discours sur la solidarit&#233; sociale, dans les plans d'affaires des banquiers, dans les laboratoires du management o&#249; il est per&#231;u comme l'arch&#233;type de notre &#233;poque. Le monde est compl&#232;tement cirque, pour paraphraser le slogan du dernier-n&#233; des festivals de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-38-fevrier-mars-2011-" rel="directory"&gt;No 038 - f&#233;vrier / mars 2011&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Consommation-marchandisation-et-+" rel="tag"&gt;Consommation, marchandisation et pub&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-McMillan-Gilles-+" rel="tag"&gt;McMillan, Gilles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1200.gif?1642092125' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;950&#034; height=&#034;643&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le cirque prosp&#233;rait, mais pas l'accessoiriste&#8230;&lt;/i&gt; Charlie Chaplin, &lt;i&gt;The Circus&lt;/i&gt;, 1928&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;O&#249; est le Cirque ? Le Cirque est partout. Sous les chapiteaux des grandes capitales du monde, &#224; la t&#233;l&#233;, dans les rues du tiers-monde, dans un certain discours sur la solidarit&#233; sociale, dans les plans d'affaires des banquiers, dans les laboratoires du management o&#249; il est per&#231;u comme l'arch&#233;type de notre &#233;poque. Le monde est compl&#232;tement cirque, pour paraphraser le slogan du dernier-n&#233; des festivals de Montr&#233;al, haut lieu du festif et de l'h&#233;donisme de pacotille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une logique de recyclage culturel insatiable soutenue par la consommation et la demande hyst&#233;rique des m&#233;dias pour le spectaculaire, tout peut &#234;tre mis en cirque : les Beatles, Elvis Presley, Michael Jackson, l'&#233;cologie, l'&#233;rotisme m&#234;me. &#192; quand les grandes catastrophes naturelles ? Lisbonne 1755 - Ha&#239;ti 2010 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Cirque du Soleil (CDS), roi des cirques, c'est le kitsch de l'&#233;poque. L'esth&#233;tique y est mise au service d'un marketing &#233;thique redoutable, qui d&#233;douane moralement l'entreprise gr&#226;ce &#224; des programmes sociaux comme le Cirque du monde, l&#233;gitimant la multinationale de se pr&#233;senter comme cirque social et cirque citoyen. Le Cirque participe donc de l'empire du Bien. On peut cependant s'interroger sur la port&#233;e r&#233;elle des programmes d'une des plus grandes entreprises de divertissement au monde : en proposant son monolithe culturel hollywoodien et ses multiples plateformes de diffusion, qui polluent aux plans environnemental et culturel, le Cirque proc&#232;de exactement comme le tourisme de masse, en &#233;crasant tout sur son passage. Exit les singularit&#233;s culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exit l'artiste et le clown qui, jumel&#233;s dans la cr&#233;ation authentique, offrent une vision critique, ironique et d&#233;risoire des puissances culturelles et financi&#232;res, on pourrait dire du cirque lui-m&#234;me. Jean Starobinski, historien d'art et des id&#233;es, a montr&#233; dans &lt;i&gt;Portrait de l'artiste en saltimbanque&lt;/i&gt; (Gallimard, 2004) ce fil d'Ariane reliant l'artiste et le clown au XIXe et d&#233;but XXe. Aux yeux de l'artiste, qu'il soit peintre, po&#232;te ou romancier, le clown appara&#238;t comme un &#171; &lt;i&gt;travesti d&#233;risoire&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt; &lt;strong&gt;r&#233;pond par l'ironie &#224; l'avilissement d'un si&#232;cle en proie aux puissances de l'argent, o&#249; l'on n'entend plus que le r&#226;teau de la roulette et des banques&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; &#187; (p. 24, l'auteur souligne). Le clown qui na&#238;t dans les villes d'Angleterre au XVIIIe si&#232;cle a plusieurs filiations artistiques, mais son &#233;tymologie paysanne est hautement significative. &#171; Clown &#187; vient de &lt;i&gt;clod&lt;/i&gt;, motte, comme dans motte de terre. Et le clown est bien ce rustaud, &#233;tranger &#224; la biens&#233;ance urbaine et culturelle. C'est sans doute pourquoi il a inspir&#233; les artistes&#8194;authentiques : comme le paysan d&#233;racin&#233;, dans un monde d&#233;vor&#233; par l'industrialisation naissante, l'id&#233;ologie positiviste du progr&#232;s au service d'une classe sociale, il est la figure m&#234;me de l'alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'id&#233;ologie marchande et technicienne esth&#233;tis&#233;e par le CDS, j'y viens un peu plus loin, il n'y a pas de place pour cette d&#233;rision &#224; l'&#233;gard de l'avilissement. Voici venu le temps d'un hybride redoutable : l'entrepreneur-artiste. Et l'on voudrait nous faire croire que nous en sommes tous, question de faire avaler la faute supr&#234;me, non r&#233;glable au plan symbolique : l'endettement infini, le travail sans fin, de moins en moins r&#233;mun&#233;r&#233;, de plus en plus exigeant, abrutissant et al&#233;atoire. Bienvenue en enfer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'esth&#233;tique au service de l'&#233;conomisme et vice versa&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Cirque du Soleil est un fleuron de l'industrie qu&#233;b&#233;coise, comme en fait preuve l'investissement de 25 M$ annonc&#233; par la Caisse de d&#233;p&#244;t et placement du Qu&#233;bec pour lui permettre de d&#233;velopper de nouveaux produits, c'est-&#224;-dire deux nouveaux spectacles. L'investissement de l'institution financi&#232;re qu&#233;b&#233;coise, en partenariat avec HSBC Canada&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HSBC, soit dit en passant, est soup&#231;onn&#233;e d'abriter en Suisse de l'argent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'inscrit dans une strat&#233;gie de promotion des PME qu&#233;b&#233;coises &#224; l'&#233;tranger. Le CDS avait annonc&#233; en 1992 qu'il n'aurait plus recours &#224; du financement ext&#233;rieur, mais il n'y a que les fous qui ne changent pas d'id&#233;e n'est-ce pas ? Et rien n'est moins fou que le Cirque du Soleil, le saviez-vous ? M&#234;me si son directeur, Guy Lalibert&#233;, va coloniser l'espace affubl&#233; d'un nez de clown industriel.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir mon article sur cette mission, &#171; La contamination des mots &#187;, dans &#192; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et que Desjardins le pr&#233;sente comme un r&#233;volutionnaire dans une de ses publicit&#233;s grotesques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'&#224; &#234;tre dans la pitrerie, soyons s&#233;rieux. Rappelons que la Caisse d'&#233;conomie sociale, qui regroupe les caisses de nombreux syndicats, aime bien se vanter, question de faire valoir sa clairvoyance, qu'elle a &#233;t&#233; la premi&#232;re institution financi&#232;re &#224; soutenir le projet de Guy Lalibert&#233;, et qu'elle maintient ses relations d'affaires avec la multinationale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le site Web de la Caisse d'&#233;conomie sociale,&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; Faut-il s'en r&#233;jouir ? Comme alternative &#224; l'&#233;conomisme et &#224; toutes les aberrations individuelles et sociales que cette id&#233;ologie donne lieu, il est urgent d'en douter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question clairvoyance, il y a de quoi mourir de rire. Le CDS est aux antipodes d'une solidarit&#233; sociale cons&#233;quente : non seulement les employ&#233;s de la multinationale ne sont pas syndiqu&#233;s, mais elle applique rigoureusement la r&#232;gle du travail &#224; forfait am&#233;nag&#233;e autour d'un chef charismatique milliardaire et de quelques codirecteurs, avec tout l'arbitraire que cela comporte. Cr&#233;e ou meurs. Le CDS profite d'une culture du travail fond&#233;e sur l'interchangeabilit&#233; des individus que les syndicats, mais j'ai d&#251; mal comprendre, devraient combattre, pas financer. Quel formidable lapsus de la part du syndicalisme qu&#233;b&#233;cois ! Si cette r&#233;alit&#233; &#233;chappe &#224; nos syndicats d'affaires, elle n'&#233;chappe pas aux grands financiers ni aux chercheurs en management, ces nouveaux pr&#234;tres du nouvel esprit du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un arch&#233;type du monde connexionniste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Cirque du Soleil est un mod&#232;le, non seulement pour l'entreprise qu&#233;b&#233;coise, mais pour le management. C'est ce que montre avec brio l'ouvrage de management d'Isabelle Mahy, &lt;i&gt;Les coulisses de l'innovation. Cr&#233;ation et innovation au Cirque du Soleil&lt;/i&gt; (PUF, 2008). Elle y affirme que non seulement le CDS est un mod&#232;le, mais qu'il est &#171; &lt;i&gt;l'arch&#233;type de son &#233;poque&lt;/i&gt; &#187; (p. 34). Je soutiendrai plut&#244;t ici, nuance, qu'il est l'arch&#233;type du &#171; monde connexionniste &#187; d&#233;crit par Luc Boltanski et &#200;va Chiapello dans &lt;i&gt;Le Nouvel esprit du capitalisme&lt;/i&gt; (Gallimard, 1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sociologues montrent notamment que le capitalisme s'est renouvel&#233; en r&#233;cup&#233;rant ce qu'ils appellent &#224; la suite de P. Bourdieu &#171; la critique artiste &#187; : refus du mod&#232;le traditionnel rigide de l'entreprise, de son paternalisme, besoin d'authenticit&#233;, de flexibilit&#233;, de cr&#233;ativit&#233;, d'autonomie, etc. Apr&#232;s 68, ces d&#233;sirs rencontr&#232;rent les nouvelles technologies qui favorisent le travail &#224; distance, l'atomisation du travail, le travail &#224; forfait, les sous-traitants, la privatisation du public, la d&#233;syndicalisation, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les nouvelles conditions de travail, voir notamment le dossier &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;crire ce nouvel esprit, les auteurs se sont pench&#233;s sur les ouvrages de management, qui &#233;talent all&#232;grement le nouveau &lt;i&gt;credo&lt;/i&gt;. On a de la chance, en voici un tout droit sorti de l'UQAM, qui porte sur le CDS. Et que dit en substance le livre de Mme Mahy ? Que la figure romantique de l'artiste dissident, critique de sa soci&#233;t&#233;, anti-bourgeois, est en train de s'estomper (p. 2). Qu'avec le CDS on assiste &#224; un &#171; &lt;i&gt;recadrage du profil de l'artiste&lt;/i&gt; &#187;, &#224; une fusion de la figure de l'artiste voire de l'intellectuel avec celle de l'entrepreneur ou du financier, figures que les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents avaient tenues &#233;loign&#233;es, du moins symboliquement. Le nouvel&#8194;hybride fleurirait au sein de l'entreprise culturelle, la &#171; Art Firm &#187;, qui se per&#231;oit comme une &#171; &lt;i&gt;entreprise philosophique&lt;/i&gt; &#187;, produisant un discours r&#233;flexif sur son action, une capacit&#233; d'osciller entre &#171; &lt;i&gt;rationalit&#233; et sensibilit&#233;&#8194;&lt;/i&gt; &#187; (p. 26 et 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; l'id&#233;e re&#231;ue, la dissidence est loin d'&#234;tre la r&#232;gle dans les milieux culturels, m&#234;me si on y prend souvent la posture. Ce qui devrait nous alerter ici, c'est la r&#233;cup&#233;ration de la &#171; critique artiste &#187; par le management, qui semble renforcer la servilit&#233; volontaire. L'instrumenta-lisation de l'esth&#233;tique et de l'&#233;thique joue un r&#244;le puissant dans ce management &#171; festif &#187; et &#171; ludique &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ce qui caract&#233;rise le mieux la postmodernit&#233;&lt;/i&gt;, &#233;crit Isabelle Mahy, &lt;i&gt;est le lien s'&#233;tablissant entre l'&#233;thique et l'esth&#233;tique, c'est-&#224;-dire le nouveau lien social fond&#233; sur l'&#233;motion partag&#233;e, ou le sentiment collectif. Stricto sensu, c'est bien cela qu'est le festif au sens le plus profond. Ainsi, plut&#244;t que d'y voir une quelconque frivolit&#233; &#224; l'usage de quelques-uns, avant-garde, boh&#232;me artistique, peut-&#234;tre serions-nous mieux inspir&#233;s de rep&#233;rer dans ce ludisme un des facteurs essentiels de la vie sociale qui est en train de (re)na&#238;tre dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines&lt;/i&gt; &#187; (p. 34). Et d'&#233;voquer l'h&#233;donisme, la qu&#234;te de sensation&#8230; L'auteure consacre tout son ouvrage &#224; d&#233;montrer que la belle histoire du CDS est enti&#232;rement fond&#233;e sur ces principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t assez clairement que le CDS se situe aux antipodes des vertus sociales dont il se drape, qu'il est l'arch&#233;type m&#234;me des r&#232;gles chim&#233;riques, cyniques et mortif&#232;res qui voudraient s'imposer &#224; nos vies. Ces r&#232;gles s'apparentent, dirais-je, &#224; ce que Jean Baudrillard a appel&#233; &#171; &lt;i&gt;l'imp&#233;ratif de performance maximale&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Le Pacte de lucidit&#233; ou l'intelligence du Mal&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 2004, p. 126). Qu'il soit bien clair que c'est le cirque comme m&#233;taphore ou arch&#233;type de la soci&#233;t&#233; que je braque ici, pas ses artisans : nous sommes tous ni plus ni moins des b&#234;tes de cirque &#173;&#8211; m&#234;me si le CDS a exclu les animaux &#8211; faisant notre petit num&#233;ro, soumis, plus ou moins volontairement, &#224; cet imp&#233;ratif de performance qui s'exprime par diverses injonctions : flexibilit&#233;, adaptabilit&#233;, employabilit&#233;, autonomie, cr&#233;ativit&#233;, voire solidarit&#233;. Dans la logique marchande, ces injonctions dissimulent une chose : chacun est somm&#233; de se plier &#224; la logique du march&#233; et de faire comme s'il &#233;tait libre, cr&#233;atif, positif, rigolo, cool.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sortir du cercle vicieux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cet imp&#233;ratif de performance maximale rappelle le directeur du cirque dans le film g&#233;nial de Chaplin, &lt;i&gt;The Circus&lt;/i&gt;, qui ordonne &#224; ses clowns,&#8194;qu'il m&#233;prise souverainement : &#171; &lt;i&gt;Soyez dr&#244;les !&lt;/i&gt; &#187; R&#233;alis&#233; juste avant le krach boursier de 1929, Chaplin r&#232;gle son compte au cirque, &#224; son inf&#226;me m&#233;canique&#8194;au service d'un directeur tyrannique &#8211; pr&#233;figuration de son &lt;i&gt;Dictateur&lt;/i&gt; ? &#8211; et d'un public hyst&#233;rique en mal de sensations fortes. Ce directeur pousse m&#234;me l'odieux jusqu'&#224; obliger sa propre fille &#224; je&#251;ner parce qu'elle a rat&#233; un num&#233;ro &#233;questre... Chaplin, dans la meilleure tradition du clown anglais, critique le cirque en montrant d'abord l'atmosph&#232;re avilissante qui y r&#232;gne : l'exploitation pure et simple de ses artisans, et l'absurdit&#233; du divertissement dans ce contexte. C'est la survenue fortuite de Charlot dans ce cirque, engag&#233; &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; comme accessoiriste pour sauver le spectacle, les ouvriers ayant d&#233;missionn&#233; faute d'&#234;tre pay&#233;s, qui ranime le cirque. &#192; travers son innocence et ses maladresses, c'est la vraie vie qui fait son entr&#233;e au cirque et, avec elle, le v&#233;ritable humour, l'amour et la r&#233;volte contre le directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accessoiriste sauve donc le cirque, mais il le quitte pour suivre sa propre route. La derni&#232;re sc&#232;ne du film est &#224; prendre au pied de la lettre, comme un r&#234;ve : le chapiteau &#233;tant d&#233;mont&#233;, ne reste plus que sa trace au sol, un grand cercle. Charlot y est assis sur une caisse, le temps de regarder s'&#233;loigner la caravane, un peu m&#233;lancolique de la voir emporter la belle &#233;questre dont il s'est &#233;pris, mais qu'il a surtout sauv&#233;e du p&#232;re en lui trouvant un beau et bon mari, le funambule. Puis il se ressaisit et sort du cercle &#8211; vicieux. Tout le sens du film est dans la sortie du cercle &#8211; du cirque. Lui tourner le dos, prendre une tout autre route. H&#233;las, il semble bien que notre soci&#233;t&#233; veuille suivre le cirque &#224; la trace. Clown, r&#233;veille-toi, ils sont tous devenus fous !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HSBC, soit dit en passant, est soup&#231;onn&#233;e d'abriter en Suisse de l'argent provenant d'&#233;vasions fiscales. Le minist&#232;re du Revenu du Qu&#233;bec a annonc&#233; l'automne dernier qu'il enqu&#234;tait sur des Qu&#233;b&#233;cois qui y auraient des comptes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir mon article sur cette mission, &#171; La contamination des mots &#187;, dans &lt;i&gt;&#192; B&#226;bord !&lt;/i&gt;, no 32, d&#233;cembre 2009 / janvier 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le site Web de la Caisse d'&#233;conomie sociale, &lt;a href=&#034;http://www.caissesolidaire.coop/agora/avenue_fureteurs/bulletins/2009/bulletin_0060.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.caissesolidaire.coop/agora/avenue_fureteurs/bulletins/2009/bulletin_0060.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les nouvelles conditions de travail, voir notamment le dossier &#171; Organisation du travail et assujettissement &#187; dans le no 37 d'&lt;i&gt;&#192; B&#226;bord&lt;/i&gt; !, d&#233;cembre 2010 / janvier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; L'art comme r&#233;sistance. &#201;veil politique et engagement des artistes dans les ann&#233;es 1930 &#187;</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-art-comme-resistance-Eveil</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/L-art-comme-resistance-Eveil</guid>
		<dc:date>2011-11-24T00:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dissidences, &#171; L'art comme r&#233;sistance. &#201;veil politique et engagement des artistes dans les ann&#233;es 1930 &#187;, Lormont, &#201;ditions le Bord de l'eau, vol. 9, octobre 2010, 179 p. &lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e-force de ce neuvi&#232;me num&#233;ro de Dissidences est de montrer, gr&#226;ce &#224; l'&#233;tude d'archives in&#233;dites et &#224; l'analyse d'&#339;uvres et de manifestations artistiques diverses, la pluralit&#233; des formes de la r&#233;sistance et de l'engagement politique &#224; travers les arts dans les ann&#233;es 1930 en Europe. Des r&#233;gimes inf&#226;mes ont exerc&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-38-fevrier-mars-2011-" rel="directory"&gt;No 038 - f&#233;vrier / mars 2011&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-McMillan-Gilles-+" rel="tag"&gt;McMillan, Gilles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1198.gif?1642092125' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;400&#034; height=&#034;607&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dissidences&lt;/i&gt;, &#171; L'art comme r&#233;sistance. &#201;veil politique et engagement des artistes dans les ann&#233;es 1930 &#187;, Lormont, &#201;ditions le Bord de l'eau, vol. 9, octobre 2010, 179 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'id&#233;e-force de ce neuvi&#232;me num&#233;ro de &lt;i&gt;Dissidences&lt;/i&gt; est de montrer, gr&#226;ce &#224; l'&#233;tude d'archives in&#233;dites et &#224; l'analyse d'&#339;uvres et de manifestations artistiques diverses, la pluralit&#233; des formes de la r&#233;sistance et de l'engagement politique &#224; travers les arts dans les ann&#233;es 1930 en Europe. Des r&#233;gimes inf&#226;mes ont exerc&#233; leurs contraintes d&#233;l&#233;t&#232;res dans l'Allemagne nazie et l'URSS stalinienne, mais aussi et diversement dans l'Italie de Mussolini, dans l'Espagne de Franco, en Tch&#233;cos-lovaquie, en Angleterre et en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Onze articles font &#233;tat de r&#233;sistances par les arts et les id&#233;es dans ces diff&#233;rents pays, en peinture, th&#233;&#226;tre, cin&#233;ma de fiction et documentaire, dans des revues aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, par exemple, s'est exprim&#233; parmi les peintres allemands le refus de l'art nazi, sorte d'eug&#233;nisme esth&#233;tique, n&#233;oclassicisme &#224; saveur ruro-nationaliste ? Un satiriste &#224; tendance anarchiste tel Otto Dix, dont l'art urbain est aux antipodes d'une vision &#233;difiante de la soci&#233;t&#233; comme de l'individu, sera vite banni, contraint &#224; ce qu'il a appel&#233; un &#171; exil int&#233;rieur &#187;, et tourn&#233; en d&#233;rision lors de la fameuse exposition &#171; Art d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; &#187; de 1937, qualifi&#233; de bolch&#233;vique et d'esprit juif. Ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; Dix d'exprimer son d&#233;go&#251;t du nazisme dans des compositions &#233;tonnantes et du plus haut int&#233;r&#234;t esth&#233;tique. Des artistes communistes en revanche, press&#233;s d'&#233;difier l'&#201;den pour l'Homme nouveau, d'une soci&#233;t&#233; sans classes ni conflits, seront mieux tol&#233;r&#233;s parce qu'ils refusaient, dans leur qu&#234;te de puret&#233;, de peindre la laideur de leur propre soci&#233;t&#233;, bien que s'opposant au r&#233;gime nazi. Il est frappant de constater que cette conception &#171; progressiste &#187; ne fut pas absolument irr&#233;conciliable avec l'art nazi. Dans l'Allemagne de l'Est elle devint m&#234;me officielle et autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Num&#233;ro passionnant &#8211; qu'on voudrait davantage illustr&#233; de reproductions d'&#339;uvres, mais quel luxe ce serait &#173; ! &#8211; en ce qu'il jette des lumi&#232;res sur les dissidences artistiques, en montrant que les r&#233;gimes totalitaires ne sont pas rigoureusement monolithiques, infaillibles dans la communication de leurs d&#233;lires morbides. D'o&#249; l'importance et la port&#233;e des r&#233;sistances. L'exemple du cin&#233;ma en URSS illustre le mieux l'ambig&#252;it&#233; des mots d'ordre du collectivisme, que des cin&#233;astes ont su d&#233;jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ensemble de textes vise &#224; renouveler l'id&#233;e qu'on se faisait de la r&#233;sistance artistique. &#192; certains &#233;gards, il permet de mieux saisir comment l'appauvrissement de la libert&#233; et de la pens&#233;e s'exerce dans nos d&#233;mocraties lib&#233;rales corrompues. De multiples chemins de dissidence sont heureusement ouverts, &#224; travers la critique, le non-conformisme, la pens&#233;e inactuelle, le refus d'&#233;difier, l'&#233;ducation ainsi que la solidarit&#233; des artistes avec les plus d&#233;munis. &#192; cet &#233;gard, l'invention du cin&#233;ma documentaire &#224; Londres, le r&#244;le p&#233;dagogique et politique que ses artisans lui conf&#232;rent, offre un excellent exemple. Mais attention, fragile. Ces chemins sont toujours menac&#233;s de fermeture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Lu par Gilles McMillan&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Litt&#233;rature - Fuite et r&#233;sistance</title>
		<link>https://www.ababord.org/Litterature-Fuite-et-resistance</link>
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		<dc:date>2011-10-19T22:03:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles McMillan, Jacques Pelletier, Claude Vaillancourt</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Vaillancourt, Claude</dc:subject>
		<dc:subject>Pelletier, Jacques </dc:subject>
		<dc:subject>McMillan, Gilles</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'est un lieu commun qui a un certain chic : la litt&#233;rature ne sert &#224; rien. Il faut reconna&#238;tre, cependant, que les marchands de papier et d'id&#233;es pratiques aiment bien pr&#233;senter le livre comme un outil indispensable pour vous bricoler une morale ajustable, voire une culture bien-pensante qui vous permettra de briller dans les salons, les d&#233;partements de litt&#233;rature et les a&#233;roports jusqu'&#224; la prochaine rentr&#233;e. C'est tr&#232;s exactement ce qu'une auteure comme Annie Le Brun appelait il y a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Litterature-fuite-et-" rel="directory"&gt;Dossier : Litt&#233;rature, fuite et r&#233;sistance&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est un lieu commun qui a un certain chic : la litt&#233;rature ne sert &#224; rien. Il faut reconna&#238;tre, cependant, que les marchands de papier et d'id&#233;es pratiques aiment bien pr&#233;senter le livre comme un outil indispensable pour vous bricoler une morale ajustable, voire une culture bien-pensante qui vous permettra de briller dans les salons, les d&#233;partements de litt&#233;rature et les a&#233;roports jusqu'&#224; la prochaine rentr&#233;e. C'est tr&#232;s exactement ce qu'une auteure comme Annie Le Brun appelait il y a quelques ann&#233;es d&#233;j&#224; &#171; l'inanit&#233; de la litt&#233;rature &#187; : son enlisement dans le commerce et la professionnalisation de l'&#233;criture, que ce soit pour ne rien dire, joliment ou savamment, ou pour dire des choses formellement d&#233;routantes, mais sans cons&#233;quence. Selon l'essayiste, ce qui se donne ainsi pour de la litt&#233;rature est aux antipodes d'une invention verbale qui r&#233;pond d'abord &#224; un besoin vital d'oxyg&#232;ne, capable d'entra&#238;ner l'auteur et son lecteur &#224; l'&#233;cart de l'uniformisation, &#224; l'&#233;cart des id&#233;ologies, quelles qu'elles soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les extr&#233;mismes qui &#233;clatent au XXe si&#232;cle, la question des finalit&#233;s de la litt&#233;rature s'est montr&#233;e plus que pressante : certains y r&#233;pondirent par une qu&#234;te esth&#233;tique suppos&#233;ment &#233;pur&#233;e, d'autres refus&#232;rent de s&#233;parer la forme d'un discernement &#233;thique et d'une qu&#234;te de connaissance. Dans sa version la plus militante, cette conception plaide sinon pour l'engagement social du moins pour une politique de la litt&#233;rature. Il s'agirait, sinon de changer le monde, du moins de r&#233;sister &#224; l'infamie qui se donne pour n&#233;cessit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Je ne faisais qu'ob&#233;ir aux ordres&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;p&#233;tait innocemment Eichmann &#224; son proc&#232;s. C'est un exemple aux cons&#233;quences extr&#234;mes certes, mais le r&#233;flexe n'est pas si &#233;loign&#233; de la servilit&#233; volontaire devant les mots d'ordre qu'on nous ass&#232;ne aujourd'hui : soyez comp&#233;titifs, performez, vendez-vous, assouplissez-vous, exotisez-vous, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, contrairement &#224; ce qu'on dit souvent, la litt&#233;rature s'accommode plus facilement des mots d'ordre qu'elle ne les refuse. Alors comment la litt&#233;rature r&#233;agit-elle aujourd'hui &#224; ce totalitarisme de moins en moins &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt; ? Ose-t-elle se mettre &#224; l'&#233;preuve et trouver des expressions neuves l&#224; o&#249; on les attend le moins ? R&#233;siste-t-elle aux nouveaux asservissements ou les dissimule-t-elle dans des esth&#233;tiques s&#233;duisantes ? Questions qui reviennent &#224; demander : pourquoi et comment &#233;crire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;ponses &#224; ces questions ne sont pas univoques, quoiqu'il y ait un principe qu'&#224; peu pr&#232;s tout le monde d&#233;fendrait aujourd'hui : &#233;chapper aux endoctrinements et aux conformismes. Oui, mais encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pos&#233; ces questions &#224; des gens qui s'occupent de litt&#233;rature (des &#233;crivains, des professeurs de litt&#233;rature et un lecteur-activiste), qui nous sont proches et qui semblent les placer au c&#339;ur de leurs pr&#233;occupations. Il faut aussi pr&#233;ciser qu'on leur imposait une contrainte d'espace importante. Cette &#233;conomie de mots n'est pas id&#233;ale, mais elle permet d'explorer plusieurs facettes de la question : la sempiternelle et incontournable question de l'engagement et de la port&#233;e politique de la litt&#233;rature (Alain Farah), l'absence de recettes pour pervertir le consensus social (Catherine Mavrikakis), la revanche de la litt&#233;rature sur les nouvelles technologies (Mathieu Arsenault), l'attrait de l'exotisme dans le roman qu&#233;b&#233;cois actuel (Michel Tr&#233;panier), mais aussi le besoin d'engagement et d'action qu'on retrouve entre autres dans les derniers romans de Francine No&#235;l (Michel Nareau), l'anticipation sociale dans la science-fiction (Christian Brouillard et J.P. April), le th&#233;&#226;tre de combat s'inspirant, entre autres, de la forme documentaire (Claude Vaillancourt), les combats f&#234;l&#233;s de la po&#233;sie (Jonathan Lemay et Danny Plourde), l'apolitisme de la BD qu&#233;b&#233;coise, plut&#244;t fascin&#233;e par l'autofiction, ses prouesses esth&#233;tiques et narratives (Sylvain Lemay), et l'urgence de forcer les ghettos culturels et les chapelles cultiv&#233;es gr&#226;ce &#224; la biblioth&#232;que &#224; v&#233;lo (Ramon Vitesse). Enfin, en plein c&#339;ur de ce dossier, Jacques Pelletier et Yvon Rivard se penchent sur l'&#339;uvre du grand &#233;crivain autrichien Hermann Broch, qui a produit une des &#339;uvres les plus significatives du XXe si&#232;cle, comme romancier et comme th&#233;oricien du totalitarisme et des liens entre &#233;thiques et esth&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;nominateur commun de tous ces textes : un questionnement sur la place de la critique sociale et du politique dans la litt&#233;rature, qui se veut une invitation &#224; lire les textes, &#224; les faire dialoguer entre eux et avec le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Dossier coordonn&#233; par Gilles McMillan, Jacques Pelletier et Claude Vaillancourt&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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