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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Apocalypse et utopie</title>
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		<dc:date>2009-10-29T17:22:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Jacques Lavoie</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;, religions et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Lavoie, Jean-Jacques </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On compte qu'entre le deuxi&#232;me si&#232;cle avant l'&#232;re chr&#233;tienne et le neuvi&#232;me si&#232;cle de l'&#232;re chr&#233;tienne, plus de deux cents apocalypses ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es par les communaut&#233;s chr&#233;tiennes et juives. Aucun de ces livres apocalyptiques n'a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; dans le canon de ces deux communaut&#233;s religieuses, &#224; l'exception du livre de Daniel, dans la Bible h&#233;bra&#239;que, ainsi que du livre de l'Apocalypse (Ap) du Nouveau Testament, dont la canonicit&#233; fit difficult&#233; pendant les quatre premiers si&#232;cles de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Apocalypse-et-politique-" rel="directory"&gt;Dossier : Apocalypse et politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lavoie-Jean-Jacques-+" rel="tag"&gt;Lavoie, Jean-Jacques &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton910.gif?1642092278' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1080&#034; height=&#034;578&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On compte qu'entre le deuxi&#232;me si&#232;cle avant l'&#232;re chr&#233;tienne et le neuvi&#232;me si&#232;cle de l'&#232;re chr&#233;tienne, plus de deux cents apocalypses ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es par les communaut&#233;s chr&#233;tiennes et juives. Aucun de ces livres apocalyptiques n'a &#233;t&#233; int&#233;gr&#233; dans le canon de ces deux communaut&#233;s religieuses, &#224; l'exception du livre de Daniel, dans la Bible h&#233;bra&#239;que, ainsi que du livre de l'Apocalypse (Ap) du Nouveau Testament, dont la canonicit&#233; fit difficult&#233; pendant les quatre premiers si&#232;cles de l'&#232;re chr&#233;tienne. Mais quelle r&#233;v&#233;lation (c'est ce que signifie le mot &lt;i&gt;apocalypsis&lt;/i&gt;) cette litt&#233;rature porte-t-elle au langage ? &#192; cette question, les r&#233;ponses donn&#233;es au cours de l'histoire ont &#233;t&#233; multiples. On comprendra donc que, pour des raisons d'espace, mon propos se limitera au livre de l'Ap et que la place n&#233;cessaire &#224; son analyse d&#233;taill&#233;e me fera d&#233;faut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#202;tre homme, cela veut dire en r&#233;alit&#233; : avoir de l'utopie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Bloch, Philosophische Grundfragen. Zur Ontologie des Noch-Nicht-Seins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trois grandes interpr&#233;tations du livre de l'Apocalypse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Dans l'histoire, le livre de l'Ap a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; de trois grandes mani&#232;res diff&#233;rentes. D&#232;s l'Antiquit&#233;, la lecture qu'on pourrait qualifier d'all&#233;gorique fut tr&#232;s r&#233;pandue. Elle consistait &#224; voir dans ce livre le sens de l'histoire et plus particuli&#232;rement le sens de l'histoire de l'&#201;glise. De nos jours, la lecture la plus populaire est la lecture chronologique. Elle consiste &#224; voir ce livre comme un guide de la fin du monde. Par exemple, la b&#234;te, dont le chiffre est 666 (Ap 13,18), a &#233;t&#233; identifi&#233;e &#224; Hitler, Staline, le pape Jean-Paul II, Saddam Hussein, etc. Au cours des XIXe et XXe si&#232;cles, de nombreux pr&#233;dicateurs ont aussi utilis&#233; ce livre pour pr&#233;dire la date exacte de la fin du monde. Bien entendu, tous se sont fourvoy&#233;s ! Outre le fait qu'elles ne respectent pas le genre litt&#233;raire du livre de l'Ap, ces deux lectures sont erron&#233;es, la premi&#232;re parce qu'elle enl&#232;ve au livre son caract&#232;re historique et donne &#224; son message un sens strictement atemporel, et la seconde parce qu'elle transforme le livre en grotesque calendrier des grands &#233;v&#233;nements de l'histoire de l'humanit&#233;. Depuis d&#233;j&#224; plusieurs d&#233;cennies, une troisi&#232;me lecture s'est impos&#233;e dans le monde de la recherche universitaire : la lecture historico-critique. Les partisans de cette lecture visent &#224; situer le livre dans son milieu historique et culturel, &#224; savoir les croyances apocalyptiques juives et chr&#233;tiennes du Ier si&#232;cle, et tentent de d&#233;crypter le langage symbolique r&#233;gissant ce milieu. Ils se demandent aussi quels &#233;v&#233;nements, dans l'histoire des christianismes des origines, ont conduit &#224; la naissance d'un tel livre. Bien que la r&#233;ponse soit tr&#232;s complexe, on peut dire que ce livre est apparu pour donner de l'esp&#233;rance aux chr&#233;tiens qui &#233;taient pers&#233;cut&#233;s. En effet, maints passages de l'Ap font penser aux pers&#233;cutions de N&#233;ron en l'an 64, mais aussi et surtout aux massacres des chr&#233;tiens organis&#233;s sous Domitien entre 81-96. Par exemple, la description de la B&#234;te en Ap 13 fait allusion au culte des empereurs qui, &#224; la fin du Ier si&#232;cle, &#233;tait devenu le test de bonne citoyennet&#233;. &#192; quiconque &#233;tait suspect de desseins r&#233;volutionnaires ou de pens&#233;es subversives, on pouvait demander de br&#251;ler un peu d'encens devant l'image de l'empereur, et le refus &#233;tait punissable de mort. &#192; &#201;ph&#232;se, on peut toujours voir les restes d'un temple vou&#233; &#224; Domitien. Ap 13 combat donc ceux qui font du pros&#233;lytisme au moyen de la religion civile qui d&#233;clare divins l'&#201;tat et ses dirigeants. Les chr&#233;tiens n'acceptent pas d'&#234;tre form&#233;s par ce syst&#232;me totalitaire, ni d'agir servilement selon ses directives politiques, sociales et &#233;conomiques : ils n'acceptent pas la marque sur la main (symbole de l'activit&#233;) ni sur le front (symbole de la personne), marque pourtant n&#233;cessaire pour quiconque veut acheter et vendre (Ap 13,16-17). Ils refusent cette concentration du pouvoir qui engendre in&#233;vitablement une concentration des biens. Au milieu de ces injustices et de ces infamies, les petites communaut&#233;s chr&#233;tiennes diss&#233;min&#233;es dans l'Empire repr&#233;sentent aux yeux de l'apocalypticien des contre-mod&#232;les, un contre-pouvoir l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce livre peut-il &#234;tre encore signifiant aujourd'hui ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Bien entendu, le chr&#233;tien r&#233;pondra &#224; cette question par l'affirmative. Pourtant, cette r&#233;ponse ne va pas de soi lorsqu'on constate que la triste et folle histoire de l'actualisation de ce livre au cours des deux derniers si&#232;cles a donn&#233; lieu &#224; de nombreuses id&#233;ologies alarmistes et asservissantes, qui ont nourri des r&#234;ves de sectaires n&#233;vrotiques repli&#233;s sur eux-m&#234;mes. &#192; titre d'exemple, on peut rappeler le drame des davidiens de Waco, au Texas. Force est donc de constater que le succ&#232;s des diverses interpr&#233;tations actualisantes d&#233;pend encore de leur capacit&#233; &#224; r&#233;pondre aux attentes et aux exigences de leur auditoire cr&#233;dule et peu critique, plus que de leur arrimage avec le message historiquement conditionn&#233; du livre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Est-ce &#224; dire que lire l'Ap en vue d'y trouver un message possible pour les lecteurs d'aujourd'hui, tout en respectant son contexte originel, est une t&#226;che impossible ? La t&#226;che est certes tr&#232;s difficile, mais elle n'est pas irr&#233;alisable. Pour r&#233;ussir une telle lecture, il faut d'abord &#233;viter le pi&#232;ge d'une juxtaposition acritique des conditions pass&#233;es et actuelles. Il faut &#233;galement et surtout remettre en question toutes les interpr&#233;tations qui visent &#224; occulter la r&#233;alit&#233; des opprim&#233;s, &#224; l&#233;gitimer la domination tyrannique et &#224; enlever toute l&#233;gitimit&#233; &#224; ceux qui luttent contre elle. Car loin de promouvoir le d&#233;sengagement et de favoriser une sorte de pi&#233;tisme puritain, plein de m&#233;pris pour le monde, le livre de l'Ap &#8211; et c'est vrai aussi du livre de Daniel qu'il faut situer au temps des pers&#233;cutions sous Antiochus &#201;piphane &#8211; lutte contre le d&#233;couragement qui guette les croyants en temps de crise et les exhorte &#224; tenir bon en d&#233;pit des malheurs qu'ils connaissent. Autrement dit, le but du livre de l'Ap est avant tout pratique : son auteur veut susciter un mouvement de r&#233;sistance et inviter les croyants &#224; affronter avec courage et fermet&#233; le syst&#232;me totalitaire qui est &#224; l'origine des pers&#233;cutions et des injustices. Il est vrai que l'&#233;trange langage apocalyptique a donn&#233; lieu &#224; des malentendus, mais celui-ci a une r&#233;sonance politique quand il s'oppose aux mensonges de ceux qui cherchent &#224; imposer leur volont&#233; au reste du monde. Le livre de l'Ap n'est pas une &#233;chappatoire aux dures r&#233;alit&#233;s de la vie lorsqu'il d&#233;nonce l'insolence des tyrans. Il ne recommande pas un attentisme sans espoir lorsqu'il exige l'ob&#233;issance &#224; la Loi divine, laquelle ordonne, entre autres choses, que justice soit faite &#224; l'&#233;gard des pauvres et des opprim&#233;s. Il n'appelle pas au repli sectaire, &#224; la d&#233;mobilisation et &#224; l'abdication devant le mal et l'injustice quand il pr&#233;voit la ruine des puissances mauvaises. Bref, la lecture de l'Ap a jadis permis &#224; certains croyants d'affronter les catastrophes de l'histoire et de maintenir ce que le philosophe marxiste Ernst Bloch appelle &#171; le principe esp&#233;rance &#187;. Qu'est-ce que le principe esp&#233;rance ? C'est la foi en une fin, un but vers lequel, encore de nos jours, d'aucuns cherchent &#224; se rendre et dans lequel seront abolis la rapacit&#233; et l'&#233;go&#239;sme des &#234;tres humains, qui sont actuellement les principales causes des injustices &#233;conomiques et de la mortalit&#233; de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'utopie du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, le livre de l'Ap met en relief, entre autres, la dimension utopique du politique. Or, l'utopie, loin de n'&#234;tre qu'une pure illusion consolatrice ou un simple romantisme social bon pour les r&#234;veurs, a une fonction critique : en projetant dans l'avenir une vision d'un monde qui serait &#233;panouissante pour tous, elle r&#233;v&#232;le les manques, les imperfections, les abus et les crimes du statu quo. L'utopie a aussi une fonction d'orientation et de stimulation, car si l'utopie n'est jamais compl&#232;tement r&#233;alisable &#8211; ce n'est pas pour rien que le mot signifie litt&#233;ralement &#171; non lieu &#187; &#8211;, elle peut toutefois guider et encourager l'action et la r&#233;flexion individuelle et collective. Bien entendu, la fonction de l'utopie au plan de la critique et de l'orientation pratique ne sera assur&#233;e et f&#233;conde que si elle respecte au moins deux conditions. La premi&#232;re, c'est de ne pas oublier dans quelles r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes se pr&#233;sentent ici et maintenant les situations qu'elle pr&#233;tend pouvoir changer. La deuxi&#232;me condition &#224; respecter pour ne pas confondre utopie et construction chim&#233;rique, c'est de fonder son discours et son engagement sur une &#233;thique de la responsabilit&#233; et de la lib&#233;ration, une &#233;thique dont la r&#233;f&#233;rence centrale est le visage d'autrui. Pour le juif comme pour le chr&#233;tien, cette &#233;thique est centrale dans sa foi, car de nombreux textes, tant&#244;t &#224; teneur sapientiale (Proverbes 14,31 et 17,5), tant&#244;t &#224; teneur apocalyptique (Matthieu 25, 31-46) l'invitent &#224; penser Dieu en partant de l'absolu qui se manifeste dans le visage d'autrui. Pour l'utopiste qui se surprend &#224; r&#234;ver de l'existence de Dieu, il ne saurait donc y avoir d'alternative entre th&#233;ocentrisme et anthropocentrisme. Tous deux sont en convergence. Les trois textes &#233;voqu&#233;s ci-dessus indiquent clairement que c'est l'autre, et plus particuli&#232;rement le plus pauvre, qui m&#233;diatise la th&#233;ophanie. Ceux qui croient de fa&#231;on bien utopique que Dieu se r&#233;v&#232;le dans la Bible sont, par le fait m&#234;me, appel&#233;s &#224; croire que la r&#233;v&#233;lation de Dieu se fait &#233;galement entendre dans la voix des pauvres qui hurlent et g&#233;missent, ici et maintenant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Bloch, Philosophische Grundfragen. Zur Ontologie des Noch-Nicht-Seins [Questions philosophiques fondamentales. Sur l'ontologie du non-encore-&#234;tre], Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1961, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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