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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Une cimenterie co&#251;teuse et polluante</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-cimenterie-couteuse-et-polluante</link>
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		<dc:date>2017-02-23T01:46:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Gagn&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Energie</dc:subject>
		<dc:subject>Gagn&#233;, Gilles</dc:subject>
		<dc:subject>Politique municipale et r&#233;gionale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La sc&#232;ne se passe le 31 janvier 2014 &#224; Port-Daniel-Gascons. La premi&#232;re ministre du Qu&#233;bec d'alors, Pauline Marois, et le pr&#233;sident du conglom&#233;rat Beaudier, Laurent Beaudoin, annoncent la r&#233;alisation d'une cimenterie d'un milliard de dollars, sous les applaudissements nourris d'invit&#233;s choisis. &lt;br class='autobr' /&gt; Les applaudissements ne suffisant pas, des gens grimpent sur des chaises pour montrer leur bonheur de voir l'aboutissement d'un projet dont on parle depuis 1981. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des personnes juch&#233;es est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Gaspesie-forces-vives-" rel="directory"&gt;Dossier : Gasp&#233;sie - Forces vives&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-municipale-+" rel="tag"&gt;Politique municipale et r&#233;gionale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2346.png?1642092189' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;671&#034; height=&#034;410&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La sc&#232;ne se passe le 31 janvier 2014 &#224; Port-Daniel-Gascons. La premi&#232;re ministre du Qu&#233;bec d'alors, Pauline Marois, et le pr&#233;sident du conglom&#233;rat Beaudier, Laurent Beaudoin, annoncent la r&#233;alisation d'une cimenterie d'un milliard de dollars, sous les applaudissements nourris d'invit&#233;s choisis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les applaudissements ne suffisant pas, des gens grimpent sur des chaises pour montrer leur bonheur de voir l'aboutissement d'un projet dont on parle depuis 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des personnes juch&#233;es est un agent de d&#233;veloppement qui d&#233;non&#231;ait, dix ans plus t&#244;t, les cons&#233;quences de l'&#233;chec du projet de modernisation de l'usine papeti&#232;re Gasp&#233;sia, &#224; Chandler, &#224; 30 kilom&#232;tres &#224; l'est de l&#224;. Ce chantier avait &#233;t&#233; stopp&#233; le 30 janvier 2004. Pilot&#233; par Tembec mais largement financ&#233; par des fonds publics, le chantier de l'usine Gasp&#233;sia s'&#233;tait arr&#234;t&#233; apr&#232;s un investissement de 312 M$ parce que les travaux, s'ils avaient continu&#233; au rythme initial, auraient co&#251;t&#233; 200 M$ de plus que les 500 millions budg&#233;t&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Avez-vous pens&#233; &#224; ce qu'on aurait pu faire avec 312 M$, si on avait pu utiliser cet argent dans plusieurs projets de diversification &#233;conomique ? &lt;/i&gt; &#187;, avait discr&#232;tement demand&#233; en 2004 le m&#234;me agent de d&#233;veloppement saluant en 2014 un projet qui ressemble fort, en concentration de capitaux et de fonds publics, au projet Gasp&#233;sia.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un projet controvers&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En quoi consiste cette cimenterie ? Il s'agit d'exploiter le gisement calcaire situ&#233; aux limites des arrondissements de Port-Daniel et de Gascons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gisement regroupe 98 % de la mati&#232;re n&#233;cessaire &#224; la production de ciment. Sa proximit&#233; avec la mer, &#224; quelques centaines de m&#232;tres, en fait un lieu o&#249; l'exploitation co&#251;tera significativement moins cher qu'ailleurs puisque le transport maritime est nettement plus modique que le transport terrestre, surtout pour de grands volumes d'un produit &#224; valeur limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production pr&#233;vue par le promoteur, Ciment McInnis, firme fond&#233;e par Beaudier, se situe &#224; 2,2 millions de tonnes par an. Le chantier, lanc&#233; au printemps 2014, devrait &#234;tre compl&#233;t&#233; &#224; la fin de 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour que les fours atteignent les 1 500 degr&#233;s Celsius n&#233;cessaires &#224; la production de clinker (l'&#233;tape menant &#224; l'obtention de poudre de ciment), Ciment McInnis a choisi de br&#251;ler surtout du coke de p&#233;trole, un r&#233;sidu de raffinerie, et du charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle jouit d'un fort appui dans la MRC du Rocher-Perc&#233;, l'une des plus d&#233;favoris&#233;es du Qu&#233;bec &#233;conomiquement, la future cimenterie est plus controvers&#233;e quand on s'&#233;loigne. Un m&#233;lange de consid&#233;rations environnementales, citoyennes et &#233;conomiques attise opposition et inqui&#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciment McInnis a r&#233;ussi &#224; convaincre le gouvernement qu&#233;b&#233;cois, lib&#233;ral ou p&#233;quiste, qu'une approbation obtenue en 1996, pour un projet deux fois plus petit, &#233;tait encore valide en 2015. Les param&#232;tres de l'usine n'ont donc pas &#233;t&#233; examin&#233;s par le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE). N'eut &#233;t&#233; de pressions constantes pendant huit mois en 2012, Ciment McInnis n'aurait d'ailleurs jamais convoqu&#233; d'assembl&#233;e publique. La firme de relations publiques National lui recommandait jusque-l&#224; de distribuer de l'information sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'information diffus&#233;e, surtout &#224; partir de l'automne 2013, reste fragmentaire. Ciment McInnis refuse de publier ses &#233;changes avec la Direction de la sant&#233; publique, allant m&#234;me jusqu'&#224; garder secr&#232;tes les questions qui lui ont &#233;t&#233; pos&#233;es. L'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois cautionne cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cimenterie deviendra pourtant le plus gros &#233;metteur qu&#233;b&#233;cois de gaz &#224; effet de serre en vertu de rejets de 1,75 &#224; 2,2 millions de tonnes par an &#8211; des donn&#233;es de la compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les normes qu&#233;b&#233;coises de surveillance des &#233;missions de cimenterie sont peu contraignantes. Le minist&#232;re de l'Environnement n'est tenu de mesurer la composition des gaz sortant des chambres de combustion qu'une fois l'an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la combustion de coke de p&#233;trole g&#233;n&#232;re du dioxyde de soufre, du monoxyde d'azote et, s'il y a du chlore, des dioxines et des furanes. L'expert Jamal Chaouki, de l'&#201;cole polytechnique de Montr&#233;al, note que le monoxyde d'azote cause les pluies acides, et il n'y a &#171; &lt;i&gt; pas plus salopard &lt;/i&gt; &#187; que les dioxines et les furanes, les &#171; &lt;i&gt;pires composants chimiques jamais d&#233;couverts&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciment McInnis pourrait r&#233;cup&#233;rer une partie de ces polluants, et sa direction dit qu'elle le fera, mais la loi qu&#233;b&#233;coise n'oblige aucune surveillance en continu de la composition des rejets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Investissement Qu&#233;bec et la Caisse de d&#233;p&#244;t et placement du Qu&#233;bec ont allong&#233; des pr&#234;ts et des participations dans le capital-actions totalisant 450 M$ pour une cimenterie &#233;mergeant dans une industrie fonctionnant aux deux tiers de sa capacit&#233;. L'&#233;ventuelle fermeture de vieilles cimenteries nord-am&#233;ricaines polluantes justifierait ces d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciment McInnis cr&#233;era 153 emplois, une main-d'&#339;uvre embauch&#233;e &#224; peu pr&#232;s &#233;galement par la firme et ses sous-traitants. C'est sous la barre des 400 emplois pr&#233;vus initialement, et l'ajout d'emplois &#171; indirects et induits &#187; ne comble pas l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurait-on pu faire mieux avec 450 M$ de fonds publics pr&#234;t&#233;s ou investis dans des entreprises gasp&#233;siennes plus proches d'une nouvelle &#233;conomie que le ciment ? Il est permis de le penser.Pourquoi n'avoir pas pench&#233; vers ce sc&#233;nario ? Parce que nos gouvernants ne comprennent presque rien aux r&#233;alit&#233;s r&#233;gionales. Ils sont tent&#233;s de frapper de grands coups, refusant de faire l'exercice intellectuel n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au baseball, on dirait que ces gouvernants, quand ils s'&#233;veillent aux r&#233;gions, visent le grand chelem. Or, il faut remplir les buts avant d'avoir la chance de frapper ce coup, et c'est l&#224; que se situe la faillite fr&#233;quente de nos dirigeants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Gilles Gagn&#233;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Une mission d&#233;voy&#233;e</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-mission-devoyee</link>
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		<dc:date>2008-12-07T22:58:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Gagn&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Gagn&#233;, Gilles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lorsque l'Organisation europ&#233;enne de coop&#233;ration &#233;conomique, form&#233;e par les Am&#233;ricains apr&#232;s la guerre pour distribuer les 12 milliards d'aide du plan Marshall, eut termin&#233; son travail, on convint chez les techniciens de la &#171; modernisation &#187; de prolonger l'effort de rattraper l'Am&#233;rique et d'&#233;largir le mandat de l'organisation pour y inclure l'&#233;ducation, c'est-&#224;-dire le capital humain, c'est-&#224;-dire la main-d'&#339;uvre, dont la notion apparaissait justement dans la charte. C'&#233;tait en 1961. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-universite-entre-declin-" rel="directory"&gt;Dossier : L'universit&#233; entre d&#233;clin et relance&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gagne-Gilles-+" rel="tag"&gt;Gagn&#233;, Gilles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque l'Organisation europ&#233;enne de coop&#233;ration &#233;conomique, form&#233;e par les Am&#233;ricains apr&#232;s la guerre pour distribuer les 12 milliards d'aide du plan Marshall, eut termin&#233; son travail, on convint chez les techniciens de la &#171; modernisation &#187; de prolonger l'effort de rattraper l'Am&#233;rique et d'&#233;largir le mandat de l'organisation pour y inclure l'&#233;ducation, c'est-&#224;-dire le capital humain, c'est-&#224;-dire la main-d'&#339;uvre, dont la notion apparaissait justement dans la charte. C'&#233;tait en 1961. Rassembl&#233;e aux &#201;tats-Unis, l'OCDE s'installait dans son &#171; consensus de Washington &#187; : seule la croissance &#233;conomique pouvant amener plus de libert&#233;, c'est d&#233;sormais sur la base de sa contribution &#224; la croissance &#233;conomique que l'on allait juger l'&#233;ducation. La professionnalisation demand&#233;e par la grande entreprise et l'explosion scolaire qui avait suivi la Seconde Guerre mondiale avaient amen&#233; &#224; l'&#233;cole un nouveau contingent d'&#233;l&#232;ves et ceux qui pilotaient dans chaque pays la d&#233;mocratisation du syst&#232;me scolaire redoutaient le moment o&#249; la d&#233;rive de ce flux de capital humain tout neuf allait aboutir au pied de la montagne universitaire. L'universit&#233;, comme on vous l'expliquera &#224; l'IGOPP, &#233;tait en ce temps l&#224; une corporation m&#233;di&#233;vale &#224; contr&#244;le interne qui faisait sa belle ind&#233;pendante depuis huit si&#232;cles, sans avoir encore jamais eu le moindre &#171; rapport &#187; avec la soci&#233;t&#233;. Pour &#234;tre &#224; la hauteur du nouveau monde libre dont la guerre avait accouch&#233;, il fallait donc ouvrir l'universit&#233;, une chose plus compliqu&#233;e qu'il n'y semble quand le drapeau qui flotte au cr&#233;neau de la partie adverse se lit : &#171; Bastion de la libert&#233; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Crescat scientia, vita excolatur&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Veritas liberavit vos&lt;/i&gt; &#187; et autres &#171; Autonomie de la connaissance &#187;. Cela faisait beaucoup de nuages &#224; ramener sur Terre pour des sous-ministres en titre qui venaient tout juste de terminer un certificat en administration par correspondance. Fort heureusement, il y avait des mod&#232;les &#233;minents, le rattrapage des uns pouvant ainsi venir appuyer et c&#233;l&#233;brer les innovations des autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le contr&#244;le par le management&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, dans les ann&#233;es 1930, les universit&#233;s am&#233;ricaines avaient abandonn&#233; la m&#233;thode comptable des deux bo&#238;tes &#224; chaussures (une pour les factures &#224; payer, l'autre pour les impay&#233;es) dont les tayloriens leur faisaient reproche. Quand l'argent des militaires puis de la &lt;i&gt;National Science Foundation&lt;/i&gt; tomba sur les universit&#233;s apr&#232;s la Seconde Guerre pour achever de les doper, le management universitaire &#233;tait pr&#234;t &#224; prendre conscience de lui-m&#234;me et &#224; produire ses doctrines, ses manuels, ses s&#233;minaires, ses plans de carri&#232;re, son audience, ses h&#233;ros et son esprit de corps, le tout suivant &#224; la trace le d&#233;veloppement du management tout court. Comme l'a montr&#233; Robert Birnbaum dans l'excellent &lt;i&gt;Management Fads in Higher Education&lt;/i&gt;, on ne doit pas sous-estimer la puissance de la singerie en mati&#232;re de mobilit&#233; sociale ascendante, celle du management &#233;ducatif contemporain n'ayant rien &#224; envier &#224; celle des snobs de la bourgeoisie arriviste d'hier. Le processus fut donc tout en douceur : Washington avait d&#233;cr&#233;t&#233; en 1944 que les guerres, &#233;conomiques ou physiologiques, se gagneraient d&#233;sormais sur le terrain de la technique et que c'est sur ce terrain que les universit&#233;s allaient devoir dans l'avenir servir la supr&#233;matie am&#233;ricaine. Comme les professeurs ne saisirent pas du premier coup toutes les nuances du message, il se cr&#233;a un vide entre cette masse amorphe et l'argent du virage, un vide qui engendra finalement au sein de l'universit&#233; une cat&#233;gorie de responsables dispos&#233;s &#224; mettre la main sur le volant et sur une part de l'argent afin de donner de l'autorit&#233; gestionnaire &#224; leur leadership mutag&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de cette r&#233;forme n'eut &#233;videmment pas chez les imitateurs la m&#234;me structure que chez les innovateurs. Les premiers, dont la coordination id&#233;ologique &#233;tait &#224; l'OCDE, r&#233;clamaient certes &#224; grands cris des &#171; investissements massifs &#187; &lt;i&gt;en faveur&lt;/i&gt; de l'universit&#233; mais ils devaient mener en m&#234;me temps une bataille &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt; l'universit&#233; pour ce qui est du bon usage de cet argent. Cette &#171; bataille pour le contr&#244;le de l'universit&#233; &#187;, comme l'appelle un historien de l'OCDE en parlant des ann&#233;es 1980, en vint &#224; se jouer sur la modification chronique des r&#232;gles du financement &#233;tatique. Les cibles, les normes et les priorit&#233;s (dont les dadas successifs furent l'&#233;ducation continue, la formation technique et la recherche appliqu&#233;e) avaient pour but d'encourager les apprentis gestionnaires &#224; se saisir des nouvelles opportunit&#233;s de financement et &#224; pousser l'implantation locale des programmes correspondants. Comme c'&#233;tait le cas au FMI, ce sont des &#171; conditionnalit&#233;s &#187; de financement qui eurent ainsi la charge d'orienter &#171; l'ajustement structurel &#187;. Ce processus de modernisation &#224; l'am&#233;ricaine eut pour effet d'assurer le rassemblement au sommet de l'universit&#233; des &#171; r&#233;alistes &#187;, grands amateurs d'opportunit&#233;s de financement. Dans son histoire de l'universit&#233; Laval, Jean Hamelin a illustr&#233; de belle fa&#231;on cette s&#233;paration interne de &#171; l'universit&#233; de la gestion &#187; et de l'universit&#233; tout court, pla&#231;ant la derni&#232;re phase de sa narration (1977-1992) sous l'&#233;gide du basculement dans &#171; l'universit&#233; nouvelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phase manag&#233;riale de la restructuration a donc eu ceci de particulier qu'elle a reproduit au dedans de l'universit&#233; les orientations et les processus de contr&#244;le qui lui &#233;taient appliqu&#233;s de l'ext&#233;rieur, et sans qu'il soit n&#233;cessaire pour cela de faire le moindre accroc &#224; l'autonomie de principe de l'institution. Mais c'est justement l&#224; que se trouvait la limite de l'op&#233;ration : l'int&#233;riorisation des r&#233;gulations technocratiques n'&#233;tait possible que dans les formats id&#233;ologiques de la d&#233;fense de l'autonomie de la connaissance, une contrainte qui laissait subsister en face du management la l&#233;gitimit&#233; de ce qu'il avait pr&#233;cis&#233;ment pour fonction d'abolir. Intol&#233;rable contradiction. Voil&#224; pourquoi, au moment m&#234;me (1996) o&#249; l'on aurait pu, sur le porte-avions du &lt;i&gt;Conseil de la science et de la technologie&lt;/i&gt;, proclamer &#171; Mission accomplie &#187;, le meilleur de nos imitateurs-r&#233;formateurs avoua plut&#244;t une d&#233;faite am&#232;re : la r&#233;forme de l'universit&#233; par l'int&#233;rieur avait &#233;t&#233; un &#233;chec, ses pratiques de la connaissance et le bruit de ses d&#233;bats ayant simplement dig&#233;r&#233; l'argent que l'on y avait jet&#233;. Comme dans le tiers-monde, &#171; l'ineptie &#187; des directions y restait &#224; l'abri d'une gouverne institutionnelle d&#233;pass&#233;e. Il fallait maintenant sortir les gouvernants de la bo&#238;te et la r&#233;former de l'ext&#233;rieur (Limoges).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proph&#233;tique, le cirque de la gouvernance arrivait au Qu&#233;bec pour refaire la bataille du contr&#244;le. Cette fois, la Banque mondiale &#233;tait de la mission, avec des vues sur l'universit&#233; du XXIe si&#232;cle. Dix ans plus tard, bon &#233;l&#232;ve, l'&#201;tat marchait d&#233;j&#224; en t&#234;te de la parade.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le contr&#244;le par la gouvernance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2006, l'Assembl&#233;e nationale adoptait &#224; l'unisson le projet de loi 53 sur la gouvernance des soci&#233;t&#233;s d'&#201;tat o&#249; l'&#201;tat d&#233;clarait : 1) que les &#171; dirigeants &#187; des soci&#233;t&#233;s d'&#201;tat &#233;taient inaptes &#224; les &#171; administrer &#187;, 2) que les fonctionnaires de l'&#201;tat l'&#233;taient tout autant, et 3) qu'il fallait donc commettre la &#171; gouvernance &#187; des biens publics &#224; des administrateurs &#171; ind&#233;pendants &#187; dou&#233;s des comp&#233;tences juridiques, financi&#232;res, comptables et commerciales que l'on trouve dans le priv&#233;. La premi&#232;re de ces th&#232;ses est l'article 1 du cat&#233;chisme n&#233;olib&#233;ral, tel que transform&#233; en gros bon sens par la publicit&#233; : une entreprise ne peut pas, sans grave menace pour la civilisation, &#234;tre dirig&#233;e au b&#233;n&#233;fice de ses clients, de ses travailleurs, de ses dirigeants ou de toute combinaison d'int&#233;r&#234;ts born&#233;s ; seuls ceux qui veillent sur le capital des actionnaires peuvent, gr&#226;ce au m&#233;dium &#171; argent &#187;, soumettre les op&#233;rations de l'entreprise &#224; des comparaisons plan&#233;taires et exiger son redressement ou sa liquidation quand le rendement des fonds tombe en bas des attentes. Toutes les autres situations : les universit&#233;s depuis 1215, les soci&#233;t&#233;s d'&#201;tat depuis toujours, le Parti nazi pendant quelques ann&#233;es et 70 % du capitalisme am&#233;ricain au XXe si&#232;cle, doivent &#234;tre jet&#233;s en vrac dans le concept de &#171; contr&#244;le interne &#187; et &#234;tre d&#233;clar&#233;s conjointement responsables de l'essentiel des malheurs de l'humanit&#233;. Tout le monde savait &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que tout le monde ne savait pas, par contre, c'est qu'il se trouve dans le peuple des &#171; actionnaires &#187; un chien galeux qui ne peut ni veiller sur ses fonds ni choisir librement qui veillera sur eux. Dans la deuxi&#232;me th&#232;se avanc&#233;e par la loi, l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois, que l'on dit pourtant &#171; actionnaire unique &#187; de la plupart des soci&#233;t&#233;s d'&#201;tat, se d&#233;clare lui-m&#234;me inapte &#224; &#234;tre ma&#238;tre des administrateurs de ses biens. Il doit donc confier ceux-ci &#224; des conseils d'administration form&#233;s aux deux tiers &#171; d'administrateurs ind&#233;pendants &#187;, tout comme il doit confier pour l'&#233;ternit&#233; (paragraphes 5 et 12 de l'article 15 de la section II) &#224; cette majorit&#233; d'ind&#233;pendants le soin d'assurer sa propre &#171; rel&#232;ve &#187; et de d&#233;finir les &#171; comp&#233;tences &#187; n&#233;cessaires pour y entrer. En clair, cela veut dire que pour administrer &lt;i&gt;Hydro-Qu&#233;bec&lt;/i&gt;, on ne peut travailler ni pour l'Hydro ni pour le &lt;i&gt;Qu&#233;bec&lt;/i&gt; : il faut travailler pour le trait d'union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un qui ne faisait pas de statistiques a soutenu qu'il avait fallu une assembl&#233;e d'idiots pour proc&#233;der &#224; cette sorte de coup d'&#201;tat jovialiste ; cette personne aurait &#233;t&#233; plus charitable si elle avait compris que les d&#233;put&#233;s et les hauts fonctionnaires n'ont pas d'autres perspectives de carri&#232;re apr&#232;s leur &#171; service &#187; que celle qui passe par les firmes de consultants o&#249; se recrutent les &#171; administrateurs ind&#233;pendants &#187; et que ce n'est pas abuser du public que de se l&#233;gif&#233;rer un avenir. La haute administration, publique et parapublique, est une fonction temporaire que l'on occupe apr&#232;s s'&#234;tre fait conna&#238;tre sur un comit&#233; philanthropique et elle d&#233;bouche essentiellement sur les r&#233;seaux de la gouvernance (quand &#231;a finit bien). La liste des conseils d'administration fr&#233;quent&#233;s par les ex-recteurs qu&#233;b&#233;cois encore en vie, pour prendre un exemple, s'&#233;tend sur quelques pages. Bref, dans une soci&#233;t&#233; dont l'essentiel de la classe dominante fait de la bonne gouvernance dans des organisations globalis&#233;es, on ne peut pas reprocher aux serviteurs temporaires du public d'aspirer &#224; rester serviteurs par la suite. Maintenant que la propri&#233;t&#233; a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e au statut d'un principe (&#233;thicopolitique) de domination l&#233;gitime (le &lt;i&gt;dominium&lt;/i&gt;), devenir fiduciaire, &#224; salaire o&#249; &#224; jetons, du rendement d'un patrimoine (ou de tout autre droit subjectif constitutionnalis&#233; par les chartes) est une ambition pleine de noblesse, m&#234;me si elle risque de faire de vous un parvenu de la destitution des communaut&#233;s politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas non plus reprocher &#224; cette classe de vouloir transformer les universit&#233;s, en m&#234;me temps que les autres biens nationaux, en bases d'op&#233;ration pour sa bonne gouvernance. On a ainsi vu r&#233;cemment (septembre 2007) un groupe de consultants soumettre au d&#233;bat public une version &lt;i&gt;copier-coller&lt;/i&gt; de la loi 53 afin d'en proposer l'extension aux universit&#233;s. Cet effort d'application a consist&#233; &#224; remplacer dans la loi &#171; soci&#233;t&#233; d'&#201;tat &#187; par &#171; universit&#233; &#187;, &#171; deux tiers d'administrateurs ind&#233;pendants &#187; par &#171; majorit&#233; d'administrateurs ind&#233;pendants &#187;, &#171; salaire des administrateurs &#187; par &#171; administrateurs b&#233;n&#233;voles &#187; (une grande id&#233;e vu que le remboursement des &#171; frais &#187; des b&#233;n&#233;voles n'est pas imposable) et &#224; apporter d'autres am&#233;liorations de cette importance. Le but de ce &#171; rapport &#187;, autocommand&#233; par un Institut &#224; son propre &#171; groupe &#187;, est de ramener tout le fatras des &#171; instances d&#233;cisionnelles &#187; des universit&#233;s sous la gouverne d'un conseil d'administration ind&#233;pendant et imputable, comp&#233;tent et &#233;thique, auto-reproduit et serviable, aussi capable de contr&#244;ler le recteur et ses 40 voleurs que de donner des directives g&#233;n&#233;rales &#224; la recherche. Alice au Pays des merveilles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'avenir d'une corruption&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'inqui&#233;ter : devenu l'&#233;quivalent fonctionnel de la propri&#233;t&#233; &#224; force d'&#234;tre imputable de tout, un tel conseil ind&#233;pendant ne verrait-il pas la responsabilit&#233; de ses membres mise en accusation au moindre impair ? Que l'on se rassure. L'essence de la propri&#233;t&#233; corporative &#233;tant la &#171; responsabilit&#233; limit&#233;e &#187;, son imitation par les soviets de la gouvernance jouit d&#233;j&#224;, et au centuple (c'est l'effet de levier), de cette judicieuse limitation. Ma&#238;tre Alain P. Lecours nous explique en effet sur son site&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la page &lt;i&gt;Droit corporatif au Canada&lt;/i&gt;, que la jurisprudence canadienne accorde une d&#233;fense de diligence aux administrateurs qui agissent sur la foi de rapports de consultation externe et que ce &#171; recours aux expertises externes peut souvent d&#233;gager l'administrateur d'une responsabilit&#233; qui lui serait autrement imput&#233;e &#187;. Autrement dit, les consultants qui si&#232;gent d&#233;j&#224; sur les conseils universitaires &#224; titre individuel deviendront majoritaires, ils feront &#171; &#233;talonner &#187; leurs d&#233;cisions et leur gouverne par des firmes de consultants, ils organiseront de bonne foi des catastrophes payantes dont personne ne sera responsable, ils laisseront les pots cass&#233;s au secteur public et ils empocheront, individuellement les jetons, collectivement les honoraires. Fran&#231;ois Legault a si bien compris la formule qu'il a forc&#233; le gouvernement, lors de l'adoption de la loi 53, &#224; y ajouter &lt;i&gt;l'obligation&lt;/i&gt; pour les conseils ind&#233;pendants de se faire &#171; &#233;talonner &#187; la gouverne par des firmes externes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CNW Telbec, Qu&#233;bec, 14 d&#233;cembre 2006.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, aucun danger pour l'ind&#233;pendance&#8230; des administrateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petites gens, mal inspir&#233;es mais honn&#234;tes, qui voudraient aujourd'hui abolir l'utilit&#233; des universit&#233;s et les gouverner vers la production de brevets et de serviteurs pour les multinationales sont un peu &#224; c&#244;t&#233; de la question quand elles brandissent le f&#233;tiche unique et d&#233;finitif de l'efficacit&#233; &#233;conomique. Mais elles sont au centre de l'&#201;tat. Cette mobilisation inutile de l'universit&#233; vers une fonction que les entreprises occupent &#224; la perfection depuis des si&#232;cles a d&#233;j&#224; pris la forme d'un gigantesque gaspillage. &#192; mesure qu'elle approchera de son but, on verra que l'affaire de l'UQAM n'&#233;tait pas le dernier m&#233;fait de l'autonomie d'une institution, mais le premier bienfait de la gouvernance, du moins pour ceux qui dorment sur les dollars publics disparus dans l'aventure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lecourslessard.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lecourslessard.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CNW Telbec, Qu&#233;bec, 14 d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Gilles Gagn&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur, D&#233;partement de sociologie, Universit&#233; Laval&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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