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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Les sept p&#233;ch&#233;s capitaux</title>
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		<dc:date>2008-12-07T22:42:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre H&#233;bert</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>H&#233;bert, Pierre</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il est en effet courant, depuis une quinzaine d'ann&#233;es au moins, de se faire rebattre les oreilles par des leitmotive apocalyptiques tels p&#233;ril, &#233;rosion, naufrage de l'universit&#233;. Assur&#233;ment, plusieurs probl&#232;mes affligent aujourd'hui cette institution s&#233;culaire ; et, puisque j'&#233;voque l'apocalypse, pourquoi ne pas puiser dans &#171; notre &#187; fonds religieux une lecture de la situation actuelle ? &lt;br class='autobr' /&gt; Se rappelle-t-on les sept p&#233;ch&#233;s capitaux ? Ils d&#233;voilent singuli&#232;rement les travers t&#233;n&#233;breux de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-universite-entre-declin-" rel="directory"&gt;Dossier : L'universit&#233; entre d&#233;clin et relance&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Hebert-Pierre-+" rel="tag"&gt;H&#233;bert, Pierre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton770.gif?1642092273' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;631&#034; height=&#034;276&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est en effet courant, depuis une quinzaine d'ann&#233;es au moins, de se faire rebattre les oreilles par des &lt;i&gt;leitmotive&lt;/i&gt; apocalyptiques tels p&#233;ril, &#233;rosion, naufrage de l'universit&#233;. Assur&#233;ment, plusieurs probl&#232;mes affligent aujourd'hui cette institution s&#233;culaire ; et, puisque j'&#233;voque l'apocalypse, pourquoi ne pas puiser dans &#171; notre &#187; fonds religieux une lecture de la situation actuelle ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Se rappelle-t-on les sept p&#233;ch&#233;s capitaux ? Ils d&#233;voilent singuli&#232;rement les travers t&#233;n&#233;breux de l'universit&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de d&#233;part se trouve &lt;strong&gt;l'avarice&lt;/strong&gt;, fille de la pauvret&#233;. En effet, les universit&#233; continuent, lentement, de s'enfoncer dans des d&#233;ficits ; leur manque &#224; recevoir annuel oscille entre 300 et 400 millions de dollars. D&#232;s lors, pour garnir leurs coffres, les universit&#233;s sont souvent pr&#234;tes &#224; toutes sortes d'avanies. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'avarice engendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impuret&#233;.&lt;/strong&gt; Celle-ci se manifeste de diverses mani&#232;res. Par exemple, l'affichage publicitaire brouille de plus en plus les murs universitaires ; mais, surtout, des liaisons souvent inappropri&#233;es se nouent entre l'universit&#233; et des partenaires dits &#171; priv&#233;s &#187; aux m&#339;urs suspectes. Il faut comprendre que l'impuret&#233; est directement li&#233;e &#224;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'envie.&lt;/strong&gt; On en voit le signe indubitable dans l'obsession de ne pas &#234;tre d&#233;class&#233; par l'autre universit&#233;, quelle qu'elle soit. Les universit&#233;s acceptent les hi&#233;rarchisations de type L'Actualit&#233; ou &#171; Shanghai &#187; pour montrer urbi et orbi leurs avantages sur les universit&#233;s &#171; concurrentes &#187;. Mais c'est surtout &#171; l'envie de l'&#233;difice &#187; qui est le plus puissant, au point de conduire &#224;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gourmandise.&lt;/strong&gt; Les universit&#233;s d&#233;veloppent des succursales, des &#171; antennes &#187;, pour absorber de plus en plus d'&#233;tudiants. Mais la gloutonnerie entra&#238;ne des r&#233;sultats catastrophiques, tel l'indigeste &#171; &#206;lot Voyageur &#187; que l'UQAM a tent&#233; d'ingurgiter. Cependant, impuret&#233;, envie, gourmandise sont toutes sous la gouverne de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'orgueil.&lt;/strong&gt; Les universit&#233;s donnent dans l'autorepr&#233;sentation glorifiante de mani&#232;re &#233;hont&#233;e. Devenues fabricantes d'image de soi, elles se gaussent de &lt;i&gt;positionnement avantageux&lt;/i&gt; et mentent all&#232;grement dans leurs journaux corporatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous, comme croyants dans les valeurs de l'Esprit sain, sommes-nous &#224; ce point irr&#233;prochables ? Nous laissons cette simonie advenir &#224; cause de &lt;strong&gt;la paresse&lt;/strong&gt;. Serait-ce la paresse qui nous rend amorphes ou, m&#234;me, collaborateurs &#224; cet &#233;tat peccamineux ? Paresse qui nous conduit &#224; parler de &#171; client&#232;le &#187; au lieu d'effectifs &#233;tudiants ? &#192; trouver les subventions et les publications plus importantes que la vie intellectuelle ? &#192; pr&#233;f&#233;rer la reconnaissance &#224; la connaissance ? En tant qu'universitaires (profs, &#233;tudiants, etc.), nous ne sommes pas sans fautes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en ce qui concerne l'universit&#233;, son p&#233;ch&#233; capital est &lt;strong&gt;la col&#232;re&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universit&#233; qu&#233;b&#233;coise va-t-elle mal ? Il serait ais&#233; de multiplier les probl&#232;mes&#8230; Mais le milieu de la sant&#233; n'a-t-il pas aussi son propre chemin de croix ? Et l'industrie automobile ? Et le monde agricole ? Et le secteur manufacturier ? La peste n'est-elle point universelle ? &#171; &lt;i&gt;Ils n'en mouraient pas tous, mais tous en &#233;taient frapp&#233;s&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Et pourtant, la vraie faillite de nos universit&#233;s, &#224; mon avis, ne r&#233;side pas dans l'un ou l'autre de ces six &#171; p&#233;ch&#233;s &#187; ; cet &#233;chec est d&#251; &#224; la col&#232;re. Si vous avez vu le film &lt;i&gt;Seven&lt;/i&gt;, ce p&#233;ch&#233; couronne &#8211; si je puis dire &#8211; tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les formes de col&#232;re sont infinies&lt;/i&gt; &#187;, dit S&#233;n&#232;que, et elles rendent &#171; &lt;i&gt;la paix semblable &#224; la guerre.&lt;/i&gt; &#187; Quelle est cette col&#232;re qui agite nos universit&#233;s ? Il s'agit d'une forme de comp&#233;titivit&#233; violente dans les propos et les conduites autour d'une obsession : dominer. Le discours &#233;manant des personnes et des institutions est tellement align&#233; sur l'app&#233;tence de sup&#233;riorit&#233; que l'on peut mettre bout &#224; bout des propos de diverses sources et obtenir du sens&#8230; le m&#234;me sens. Ainsi : Nous allons &lt;i&gt;prendre les devants&lt;/i&gt; (1) afin de &lt;i&gt;briller parmi les meilleurs&lt;/i&gt; (2) ; pour cela, il faut des &lt;i&gt;investissements dans les id&#233;es, concurrentiels &#224; l'&#233;chelle internationale&lt;/i&gt; (3) afin &lt;i&gt;d'augmenter notre niveau de comp&#233;titivit&#233; et de maintenir notre leadership mondial&lt;/i&gt; (4) dans le &lt;i&gt;march&#233; de la recherche&lt;/i&gt; (5)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les expressions en italique proviennent de : (1) le site des Chaires de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de d&#233;noncer la comp&#233;titivit&#233; ; cela a &#233;t&#233; fait maintes fois. De toutes fa&#231;ons, la comp&#233;titivit&#233; est le sympt&#244;me d'une conduite plus &#171; profonde &#187; dont elle est la pointe &#233;mergente. Cette attitude, je la rapproche volontiers de la col&#232;re, c'est-&#224;-dire d'une volont&#233; d'&#234;tre &#224; la t&#234;te, de d&#233;passer, voire d'annihiler. Col&#232;re &#233;l&#233;gante, certes, par&#233;e d'une rh&#233;torique intellectuelle mais tout de m&#234;me propuls&#233;e par la grande faillite universitaire : la volont&#233; de puissance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La volont&#233; de puissance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On sait que ce concept remonte &#224; Nietzsche &#8211; qui n'est certes pas responsable de tous les usages qui en ont &#233;t&#233; faits. Toutefois, dans &lt;i&gt;Apprendre &#224; vivre&lt;/i&gt;, Luc Ferry rappelle que Nietzsche a pratiqu&#233; la philosophie au marteau, abattant toutes les idoles transcendantes qui, au nom d'un horizon lointain, ont ni&#233; le pr&#233;sent, la vie, que cet horizon se nomme le paradis, Dieu, la Raison, l'Histoire. Puis Ferry mesure les affres de cette volont&#233; de puissance &#224; partir du texte de Heidegger, &#171; D&#233;passement de la m&#233;taphysique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est fort simple. D&#232;s lors que tout &#171; au-del&#224; &#187; &#8211; transcendant ou historique &#8211; est ni&#233;, la volont&#233; de puissance ne se nourrit plus que d'elle-m&#234;me. Autrement dit, elle est sa propre finalit&#233;, &#171; volont&#233; de volont&#233; de puissance &#187;, accumulation de la puissance pour la puissance ; la comp&#233;titivit&#233; mondialis&#233;e en repr&#233;senterait la figure la plus achev&#233;e. L'id&#233;al de puissance est de toujours mener dans cette course qui se justifie par elle-m&#234;me ; le but est de courir plus vite et d'&#234;tre toujours le plus fort dans&#8230; on ne sait plus trop quelle course. Cette col&#232;re, donc, j'aimerais bien qu'on l'appel&#226;t &#171; volont&#233; de puissance &#187; ; voil&#224;, c'est fait. Mais qu'est-ce qu'une universit&#233; mue par la volont&#233; de puissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sous-financement offre la piste la plus commune et commode. C'est de ce manque &#224; recevoir que d&#233;coulent les strat&#233;gies de recrutement, d'antennes, de partenariat, etc. Bien na&#239;f qui croirait que le recrutement vise l'&#233;ducation pour tous ; au contraire, il est orient&#233; vers les &#233;tudes sup&#233;rieures, de trois &#224; six fois plus payantes que le 1er cycle. Bien na&#239;f qui pr&#233;tendrait que les d&#233;veloppements hors campus visent &#224; rendre l'&#233;ducation accessible ; ils ont pour but de recruter de la &#171; client&#232;le &#187;. Les universit&#233;s veulent, ainsi, valoriser leur image, leur force d'attraction, leur pouvoir symbolique. Leurs vitrines d'autorepr&#233;sentation glorifiante n'ont pas d'autre but. Mais ce n'est pas tout. L'&#201;tat aussi a soif de puissance, car dans cette soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'arme de la connaissance, &#171; briller parmi les meilleurs &#187; passe par le savoir. Et l'arsenal, le savoir, se trouve en grande partie &#224; l'universit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; explique tout l'argent mis dans la recherche et l'insuffisance des fonds de fonctionnement (pour l'enseignement, entre autres) ; autrement dit, la recherche s'enrichit pendant que les universit&#233;s s'appauvrissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette analyse est juste, la situation entra&#238;nera des suites funestes. Ce n'est plus une question d'argent, de b&#226;timents ; c'est une question de civilisation. Quand le savoir se mue en une arme de pouvoir, nous ne sommes plus dans la civilisation ; nous sommes dans un raffinement de la barbarie. L'acquisition de la puissance a pour but d'&#233;craser l'autre dans la jungle de l'homo competitus. Dans &lt;i&gt;Changer le monde sans prendre le pouvoir&lt;/i&gt;, John Holloway distingue opportun&#233;ment le pouvoir, &lt;i&gt;power-on&lt;/i&gt;, faire collectif, de la puissance, &lt;i&gt;power-over&lt;/i&gt;, o&#249; le faire devient instrumentalis&#233;, appropri&#233; par les forces dominantes. D&#232;s lors, gouvernance, innovation, PPP logent sous un m&#234;me chapiteau, celui d'une universit&#233; qui intellectualise sa puissance pour augmenter son &lt;i&gt;power-over&lt;/i&gt; en regard de ses &#171; concurrentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aller au bout de ce raisonnement : l'on ne corrigera pas la situation en s'attaquant &#224; sa cause. En effet, s'il est vrai que, principalement, la raret&#233; des fonds a pu entra&#238;ner la volont&#233; de puissance, on se leurre n&#233;anmoins en faisant une panac&#233;e du r&#233;investissement dans l'&#233;ducation. Prenons plut&#244;t acte que, depuis un peu plus d'une dizaine d'ann&#233;es, la pratique universitaire a radicalement chang&#233;. Pour le dire en un mot, elle est devenue cibl&#233;e. Vu la raret&#233; du dollar, nous nous sommes donn&#233; un mot d'ordre : investir strat&#233;giquement (entendre : dans des lieux qui accroissent la puissance). Des exemples ? Le programme des Chaires de recherche du Canada, qui favorise des cr&#233;neaux performants ; les postes, attribu&#233;s non pas en fonction des besoin de la discipline, mais dans des secteurs rentables ; l'imposition d'un mod&#232;le de recherche, en groupe, pr&#233;sum&#233;ment plus efficace ; un pr&#233;jug&#233; favorable pour une recherche susceptible de &#171; valorisation &#187; (commercialisation). La volont&#233; de puissance doit canaliser ses &#233;nergies et &#233;viter de semer &#224; tout vent ; elle ne veut r&#233;colter que &#171; le meilleur &#187;. Elle est l&#224;, la vraie faillite : en lutte constante pour &#171; la t&#234;te du peloton &#187;, nos universit&#233;s sont plus que jamais des institutions qui recourent &#224; des moyens de violence symbolique en vue d'&#233;tendre leur puissance. Pas tr&#232;s &#233;ducatif&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Alors, que faire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, d&#233;construire. Dans &lt;i&gt;Peut-on &#234;tre h&#233;r&#233;tique dans le capitalisme mondialis&#233; ?&lt;/i&gt;, Christian Arnsperger montre bien la cl&#244;ture axiologique du syst&#232;me actuel. Autrement dit, en plus de recourir &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; &#224; un lexique commun qui finit par faire croire &#224; une &#233;vidence, le capitalisme contemporain place en son centre une valeur dogmatique, indiscutable au prix de l'exclusion, celle de la comp&#233;tition. Or, propose Bourdieu dans &lt;i&gt;Contre-feux&lt;/i&gt;, les chercheurs ont un r&#244;le &#224; jouer &#171; &lt;i&gt;contre cette imposition permanente, insidieuse, qui produit, par impr&#233;gnation, une v&#233;ritable croyance&lt;/i&gt; &#187;. Et ce n'est pas de gonfler leur &lt;i&gt;curriculum vitae&lt;/i&gt;, mais &#171; &lt;i&gt;d'analyser la production et la circulation de ce discours&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi transformer certaines structures qui confortent la puissance comp&#233;titive. Au Qu&#233;bec, la recherche rel&#232;ve du minist&#232;re du D&#233;veloppement &#233;conomique, de l'Innovation et de l'Exportation ; c'est tout dire ! Il faut de toute urgence un minist&#232;re de l'&#201;ducation qui ressoude l'enseignement et la recherche. En concomitance, il faut revoir la distribution des fonds, non seulement pour ce qui est des param&#232;tres des subventions de fonctionnement, mais aussi dans l'&#233;quilibre avec la recherche, trop favoris&#233;e (comme si on pouvait faire de la recherche de haut niveau dans des universit&#233;s d&#233;labr&#233;es !). Mais il importe, pour agir de mani&#232;re &#233;clair&#233;e, de se donner une politique de l'universit&#233; &#8211; et non seulement de la recherche &#8211; et, &#224; cette fin, de convoquer des &#201;tats g&#233;n&#233;raux qui auront entre autres pour but d'&#233;laborer une compr&#233;hension &#233;largie de l'universit&#233; en tant qu'institution publique, sociale et culturelle, et d'en proposer les voies de r&#233;alisation ; une telle politique de l'universit&#233; doit se fonder sur des &lt;i&gt;valeurs&lt;/i&gt; consensuelles (pas seulement celles des dirigeants !) et n&#233;cessite d&#233;bat public. Des &lt;i&gt;valeurs&lt;/i&gt;, oui : leur d&#233;ficit vaut bien celui des budgets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;L'&#233;ducation porte en elle de fa&#231;on primordiale les bases de la paix sociale&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit John Kenneth Galbraith. Je ne demande pas que les universit&#233;s deviennent des &#171; agents de la paix &#187; ; ce serait les conscrire &#224; une cause, si juste soit-elle &#224; mes yeux. Mais au moins qu'elles n'ajoutent pas &#224; la guerre, &#224; la violence symbolique. Dans son discours de r&#233;ception du prix Nobel, en 1957, Albert Camus d&#233;clarait : &#171; &lt;i&gt;Chaque g&#233;n&#233;ration, sans doute, se croit vou&#233;e &#224; refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa t&#226;che est peut-&#234;tre plus grande. Elle consiste &#224; emp&#234;cher que le monde se d&#233;fasse.&lt;/i&gt; &#187; Qu'au moins l'universit&#233; ne d&#233;fasse pas le monde en s'enfon&#231;ant davantage dans cette faillite humanitaire ; car, normalisant la guerre dans le quotidien, elle rend la paix impossible. De toute urgence, avant de perdre sa cr&#233;dibilit&#233;, l'universit&#233; doit retrouver sa fonction &#171; d'intellectuel collectif &#187; qui n'adh&#232;re qu'&#224; demi aux valeurs du temps, pr&#233;servant la distance n&#233;cessaire &#224; l'exercice de l'esprit critique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les expressions en italique proviennent de : (1) le site des Chaires de recherche du Canada ; (2) le gouvernement du Qu&#233;bec ; (3) l'Association des universit&#233;s et coll&#232;ges canadiens ; (4) Bombardier-BRP / Universit&#233; de Sherbrooke ; et (5) un ex-ministre de l'&#201;ducation du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pierre H&#233;bert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur &#224; l'Universit&#233; de Sherbrooke&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vice-pr&#233;sident de la FQPPU&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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