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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Quelle est la responsabilit&#233; des employeurs ?</title>
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		<dc:date>2009-04-30T01:12:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Deschenaux</dc:creator>


		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Deschenaux, Fr&#233;d&#233;ric </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La pr&#233;occupation des m&#233;dias et des partis politiques &#224; propos du d&#233;crochage scolaire semble contradictoire &#224; plusieurs &#233;gards. Les &#233;lites politiques et &#233;conomiques constatent avec inqui&#233;tude les &#233;ventuels probl&#232;mes d'insertion professionnelle de ces d&#233;crocheurs dans une &#233;conomie du savoir. &#192; cet &#233;gard, le sort des gar&#231;ons appara&#238;t plut&#244;t inqui&#233;tant. Or, cette situation ne semble pas pr&#233;occuper certains employeurs qui privil&#233;gient pourtant l'exp&#233;rience avant le dipl&#244;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans le discours (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-28-fevrier-mars-2009-" rel="directory"&gt;No 028 - f&#233;vrier / mars 2009&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Deschenaux-Frederic-+" rel="tag"&gt;Deschenaux, Fr&#233;d&#233;ric &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton829.gif?1642092275' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;409&#034; height=&#034;512&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pr&#233;occupation des m&#233;dias et des partis politiques &#224; propos du d&#233;crochage scolaire semble contradictoire &#224; plusieurs &#233;gards. Les &#233;lites politiques et &#233;conomiques constatent avec inqui&#233;tude les &#233;ventuels probl&#232;mes d'insertion professionnelle de ces d&#233;crocheurs dans une &#233;conomie du savoir. &#192; cet &#233;gard, le sort des gar&#231;ons appara&#238;t plut&#244;t inqui&#233;tant. Or, cette situation ne semble pas pr&#233;occuper certains employeurs qui privil&#233;gient pourtant l'exp&#233;rience avant le dipl&#244;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le discours dominant, tout comme dans celui de certains universitaires qui &#233;tudient ces th&#232;mes, on constate une tendance qui consiste &#224; montrer les jeunes comme acteurs de leur existence, laissant l'illusion que les jeunes naviguent uniquement au gr&#233; de leurs choix et de leurs aspirations. Afin de contrer le discours souvent n&#233;gatif entourant la jeunesse, ces auteurs font le choix de traiter le sujet sous un angle positif, quitte &#224; parfois sombrer dans une sorte d'euphorie truff&#233;e d'euph&#233;mismes. Par exemple, les &#171; d&#233;crocheurs &#187; font place aux jeunes qui ont &#171; interrompu leurs &#233;tudes &#187;. Dans cet esprit, le d&#233;crochage deviendrait une &#171; strat&#233;gie d'insertion &#187;. Or, cette mani&#232;re de regarder les ph&#233;nom&#232;nes sociaux peut masquer des d&#233;cisions qui permettent l'existence de ces &#171; strat&#233;gies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les jeunes peuvent mobiliser de telles strat&#233;gies uniquement parce qu'ils en ont la possibilit&#233;. Si, &#224; la suite de l'abandon de leurs &#233;tudes, aucun employeur n'&#233;tait au rendez-vous, le &#171; choix &#187; de quitter les &#233;tudes serait sans doute remis en question par plusieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, il est essentiel de regarder la face cach&#233;e de la Lune de ce ph&#233;nom&#232;ne (pour rependre l'expression d'Antoine Baby). Il faut se demander dans quelles conditions les jeunes peuvent abandonner leurs &#233;tudes pour aller travailler. La complicit&#233; des employeurs devient donc une condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; de la r&#233;ussite de cette &#171; strat&#233;gie &#187;. Et je ne parle pas uniquement des emplois qui demandent un faible niveau de qualification. Dans plusieurs secteurs de la formation professionnelle et technique, les &#233;l&#232;ves quittent pr&#233;matur&#233;ment les ateliers et les salles de classe, car ils r&#233;ussissent &#224; se faire engager en d&#233;pit du fait qu'ils n'ont pas encore d&#233;croch&#233; leur dipl&#244;me ! Le m&#234;me raisonnement s'applique en ce qui concerne les jeunes dipl&#244;m&#233;s &#171; d&#233;class&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire qui occupent un emploi qui exige un niveau de qualification inf&#233;rieur au dipl&#244;me d&#233;tenu. Comment un dipl&#244;m&#233; universitaire en vient-il &#224; occuper l'emploi d'un technicien ? Certainement parce qu'un employeur lui offre cet emploi et le dipl&#244;m&#233;, &#224; d&#233;faut d'autre chose, l'accepte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que tous les indicateurs classiques (le taux de ch&#244;mage, entre autres) sont au beau fixe en ce qui concerne l'emploi des jeunes. Il est tout aussi vrai que les emplois sont en abondance. Du moins, c'&#233;tait le cas tout r&#233;cemment ! Mais quantit&#233; rime rarement avec qualit&#233;. J'ai d'ailleurs r&#233;alis&#233; un examen des conditions d'insertion des dipl&#244;m&#233;s au cours des 15 derni&#232;res ann&#233;es qui montre une d&#233;gradation assez marqu&#233;e de la qualit&#233; des emplois des universitaires. Seuls les dipl&#244;m&#233;s de la formation professionnelle au secondaire voient leur situation s'am&#233;liorer au cours de cette p&#233;riode. Loin de moi l'id&#233;e de d&#233;clencher une guerre de chiffres, mais les donn&#233;es du minist&#232;re de l'&#201;ducation, du Loisir et du Sport le montrent (elles sont accessibles sur le site du MELS).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il faudrait interroger, voire remettre en question, le choix des employeurs qui embauchent ces jeunes peu ou trop dipl&#244;m&#233;s. Pourquoi acceptent-ils d'engager un travailleur qui ne poss&#232;de pas de dipl&#244;me ? Pourquoi acceptent-ils d'engager un &#233;l&#232;ve non encore dipl&#244;m&#233; dans leur entreprise ? &#192; quoi riment donc tous les investissements en formation professionnelle et technique si les employeurs ne jugent pas la formation essentielle ? &#192; quoi servent les parcours de formation ax&#233;e vers l'emploi ? Ces programmes, destin&#233;s aux &#233;l&#232;ves en difficult&#233;s, sont cens&#233;s &#234;tre une &#171; &lt;i&gt;r&#233;ponse aux attentes sociales&lt;/i&gt; &#187; (MELS, 2008, p.1). N'est-ce pas ironique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui a trait au d&#233;classement, les m&#234;mes questions se posent. Voici, d'ailleurs, une anecdote assez r&#233;v&#233;latrice. Une commission scolaire engageait des dipl&#244;m&#233;s universitaires pour occuper des emplois de secr&#233;taires alors qu'elle dipl&#244;mait, de l'autre main, des candidats dans le programme de secr&#233;tariat en formation professionnelle. Ces personnes n'&#233;taient pas assez qualifi&#233;es ? Cherchez l'erreur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que certaines personnes s'en tirent plut&#244;t bien en d&#233;pit de leur faible scolarisation. Certaines publications regorgent d'exemples. Mais c'est loin d'&#234;tre le lot de la majorit&#233; ! Les enqu&#234;tes et les statistiques sont l&#233;gion &#224; ce sujet. Certaines &#233;tudes montrent les incidences d'une faible dipl&#244;mation sur plusieurs aspects de la vie professionnelle, et m&#234;me sur la sant&#233; des individus. Il est donc trompeur de braquer les projecteurs sur une personne qui a r&#233;ussi m&#234;me en d&#233;crochant, pour braver le syst&#232;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, est-ce que les jeunes sont vraiment les acteurs de leur existence ? Quels seraient leurs comportements si les employeurs agissaient autrement ? Il semble en effet qu'il convienne d'interroger le r&#244;le des employeurs quand il est question d'&#233;ducation. Quel est leur r&#244;le ? Quelle est leur responsabilit&#233; comme &#171; personne morale &#187; dans notre soci&#233;t&#233; ? Est-ce que la rentabilit&#233; et la comp&#233;titivit&#233; de l'entreprise justifient ces d&#233;cisions, non sans impact sur les travailleurs ? J'esp&#232;re que non, mais on dirait bien que oui&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Deschenaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Rimouski&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>L'ennemi est &#224; nos portes...</title>
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		<dc:date>2008-12-07T22:20:31Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Deschenaux</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche scientifique</dc:subject>
		<dc:subject>Deschenaux, Fr&#233;d&#233;ric </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Et si on regardait &#224; l'int&#233;rieur ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques &#233;v&#233;nements r&#233;cents ont propuls&#233; la gouvernance universitaire sous les projecteurs, laissant le champ libre &#224; la critique du mod&#232;le actuel bas&#233; sur la coll&#233;gialit&#233;. Certains ont d&#233;cri&#233; le conflit d'int&#233;r&#234;t potentiel des universitaires qui se g&#232;rent eux-m&#234;mes, appelant en renfort la pr&#233;sence d'administrateurs externes apparemment d&#233;nu&#233;s d'int&#233;r&#234;ts qui viendraient, dans un &#233;lan de sollicitude, mettre &#224; profit (excusez le jeu de mot bien volontaire) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-universite-entre-declin-" rel="directory"&gt;Dossier : L'universit&#233; entre d&#233;clin et relance&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Recherche-scientifique-+" rel="tag"&gt;Recherche scientifique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Deschenaux-Frederic-+" rel="tag"&gt;Deschenaux, Fr&#233;d&#233;ric &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton766.gif?1642092273' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;376&#034; height=&#034;261&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et si on regardait &#224; l'int&#233;rieur ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelques &#233;v&#233;nements r&#233;cents ont propuls&#233; la gouvernance universitaire sous les projecteurs, laissant le champ libre &#224; la critique du mod&#232;le actuel bas&#233; sur la coll&#233;gialit&#233;. Certains ont d&#233;cri&#233; le conflit d'int&#233;r&#234;t potentiel des universitaires qui se g&#232;rent eux-m&#234;mes, appelant en renfort la pr&#233;sence d'administrateurs externes apparemment d&#233;nu&#233;s d'int&#233;r&#234;ts qui viendraient, dans un &#233;lan de sollicitude, mettre &#224; profit (excusez le jeu de mot bien volontaire) leurs comp&#233;tences pour assurer une saine gestion des fonds publics. D'autres, en r&#233;action &#224; la menace d'intrusion d'&#233;l&#233;ments externes dans la gestion universitaire, ont tent&#233; de mobiliser les coll&#232;gues pour r&#233;sister &#224; l'ennemi qui gagnerait du terrain. Les entreprises priv&#233;es seraient ainsi sur le point de r&#233;ussir &#224; enjamber le foss&#233; autour du ch&#226;teau fort universitaire, arm&#233;es du b&#233;lier n&#233;olib&#233;ral pour enfoncer le pont-levis et prendre le contr&#244;le&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sans nier l'existence d'un tel &#171; ennemi &#187; en provenance de l'ext&#233;rieur des murs de l'institution, pourquoi ne pas tourner le regard vers l'int&#233;rieur, vers les premiers acteurs de la vie universitaire, vers les professeurs eux-m&#234;mes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs auteurs ont d&#233;crit l'universit&#233; comme un lieu de luttes symboliques. Emmanuel Kant a trait&#233; du &#171; conflit des facult&#233;s &#187;, alors que Pierre Bourdieu a s&#233;rieusement remis en question l'existence de l'objectivit&#233; et de la neutralit&#233; scientifique. Ainsi, dans cette lutte symbolique pour la reconnaissance, la recherche scientifique est devenue une arme de pr&#233;dilection pour justifier un apport &#224; la soci&#233;t&#233; et ce faisant, pour se diff&#233;rencier des autres ordres d'enseignement. Mais, paradoxalement, c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'aide de cette arme que s'insinue l'essence du n&#233;olib&#233;ralisme au c&#339;ur m&#234;me de l'universit&#233;. Et ce, avec la pleine complicit&#233; des professeurs qui exercent en toute bonne foi leur profession. Je m'explique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, la t&#226;che des professeurs d'universit&#233; doit se partager entre trois principales composantes que sont l'enseignement, la recherche et les services &#224; la collectivit&#233;. En th&#233;orie, ces composantes de la t&#226;che sont tout aussi importantes les unes que les autres. L'enseignement constitue le lieu d'exercice privil&#233;gi&#233; du lien entre les professeurs et les &#233;tudiants. La recherche permet le d&#233;veloppement de nouvelles id&#233;es ou de nouvelles th&#233;ories pour le plus grand bien de l'avancement de la Science et des connaissances. Le dernier volet de la t&#226;che est, somme toute, un fourre-tout qui inclut autant les implications au sein des jurys d'&#233;valuation d'articles, de subventions ou de bourses (la fameuse &#233;valuation par les pairs), que les implications au sein de diverses instances d&#233;cisionnelles ou consultatives de l'institution. C'est donc par ce volet de la t&#226;che que prend forme la coll&#233;gialit&#233;, mode de gestion unique en son genre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La recherche prend trop de place&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Or, la composante recherche prend une ampleur d&#233;mesur&#233;e &#224; l'universit&#233; et une tournure pour le moins mercantile. Les universit&#233;s encouragent fortement leurs professeurs &#224; obtenir des subventions de recherche qui, en plus de contribuer au prestige de l'institution, permettent d'en renflouer les coffres. L'obtention de ces subventions de recherche (id&#233;alement octroy&#233;es par un jury de pairs) accompagne la publication (aussi nombreuse que possible) d'articles scientifiques dans des revues avec comit&#233;s de lecture. Et la roue tourne : davantage de publications pour davantage de subventions, davantage de subventions pour davantage de publications&#8230; L'implacable logique du n&#233;olib&#233;ralisme s'exprime ici librement. Il faut voir les formulaires de demande de subvention : le chercheur remplit des cases pour indiquer combien il a publi&#233; d'articles, combien il dirige d'&#233;tudiants, combien de dollars il a obtenus ant&#233;rieurement et en annexe, si le c&#339;ur lui en dit, il indique le sujet des publications ou des travaux de ses &#233;tudiants, et j'exag&#232;re &#224; peine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les professeurs et, par extension, les d&#233;partements ou les facult&#233;s qui re&#231;oivent le plus de subventions sont alors tr&#232;s valoris&#233;s par l'institution et par les pairs, &#224; grandes pages dans les journaux universitaires et dans les publicit&#233;s vantant la &#171; qualit&#233; &#187; de l'institution. Dans cet esprit, tout ce qui d&#233;tourne les professeurs de la recherche doit &#234;tre minimis&#233;. Les subventions de recherche donnent souvent droit &#224; un ou plusieurs d&#233;gr&#232;vements de cours et certaines universit&#233;s poussent m&#234;me la logique jusqu'&#224; fixer des bar&#232;mes &#233;tablissant le nombre de d&#233;gagements d'enseignement octroy&#233;s par tranches de milliers de dollars de subvention obtenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, si l'enseignement est per&#231;u comme une entrave &#224; la recherche, que dire des services &#224; la collectivit&#233; ? Quoi de plus &#171; improductif &#187; pour un professeur que de &#171; perdre &#187; une demi-journ&#233;e dans une r&#233;union pour d&#233;cider de modifications &#224; un programme d'&#233;tudes, &#224; si&#233;ger dans une instance syndicale ou dans une assembl&#233;e d&#233;partementale ? Pourtant, c'est au sein de ces instances que prend forme l'institution et que se d&#233;fendent les principes qui la gouvernent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, les professeurs devraient &#234;tre les premiers d&#233;fenseurs des principes universitaires, mais trop pris qu'ils sont &#224; &#171; faire avancer la science &#187;, ils en sont venus &#224; laisser &#224; d'autres le soin de d&#233;finir l'institution dans laquelle ils oeuvrent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Au d&#233;triment de l'esprit critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte pr&#233;c&#233;demment d&#233;crit, on assiste &#224; une sp&#233;cialisation de la r&#233;flexion des universitaires, c'est-&#224;-dire que chaque professeur consacre l'essentiel de son temps &#224; son th&#232;me de recherche, qui est tr&#232;s pr&#233;cis pour arriver &#224; se distinguer des autres coll&#232;gues dans ce champ, d&#233;laissant quelque peu la r&#233;flexion plus globale sur son institution, voire sur le programme dans lequel il enseigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, aux dires de plusieurs professeurs, la r&#233;flexion critique sur l'institution ou sur les orientations qui y sont donn&#233;es est laiss&#233;e &#171; aux autres &#187;, dans un acte de foi aux coll&#232;gues qui trouvent le temps de s'y int&#233;resser. Il arrive d'ailleurs assez souvent que le ou les coll&#232;gues qui font preuve d'esprit critique font soupirer d'exasp&#233;ration les &#171; chercheurs &#187; qui attendent avec impatience la fin de la r&#233;union pour aller faire autre chose de plus &#171; productif &#187;&#8230; Et n'allez pas croire que je d&#233;verse ici mon fiel sur les professeurs subventionn&#233;s, j'en suis un et je me surprends parfois &#224; me prendre au jeu de la &#171; productivit&#233; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats de fond sur les orientations d'un d&#233;partement ou sur les pratiques de gestion de l'universit&#233; ne sont pas monnaie courante dans une institution pourtant g&#233;r&#233;e en coll&#233;gialit&#233;. La bureaucratisation et la r&#233;glementation &#224; outrance font en sorte que les r&#233;unions sont r&#233;gl&#233;es au quart de tour et les ordres du jour toujours surcharg&#233;s. Dans ces conditions, les discussions de fond sont un luxe que bien peu peuvent se payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte les d&#233;rives auxquelles nous assistons pr&#233;sentement dans les universit&#233;s qu&#233;b&#233;coises. Ces derni&#232;res semblent guid&#233;es par la cupidit&#233;, la soif de conqu&#233;rir de nouveaux march&#233;s pour aller app&#226;ter toujours plus de &#171; client&#232;le &#187;, pour y construire de nouveaux b&#226;timents, y &#233;riger de nouveaux campus dans une volont&#233; presque colonisatrice, d'&#233;tendre les fronti&#232;res de l'empire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En guise de conclusion : r&#233;sister !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Devant ce triste constat, que devons-nous faire ? Doit-on encourager les professeurs &#224; faire moins de recherche ? Bien s&#251;r que non ! Il faut viser un &#233;quilibre entre les composantes de la t&#226;che de professeur. L'enseignement et la recherche doivent &#234;tre per&#231;us comme des entit&#233;s indissociables, guid&#233;es et impr&#233;gn&#233;es par l'esprit critique, qui s'exercent dans une v&#233;ritable coll&#233;gialit&#233;. Actuellement, dans une logique mercantile o&#249; l'universit&#233; est devenue une arme au service des gouvernements engag&#233;s dans &#171; l'&#233;conomie du savoir &#187;, les professeurs sont en quelque sorte forc&#233;s de faire de la recherche &#171; utile &#187;. D'ailleurs les services de valorisation de la recherche foisonnent dans les universit&#233;s et tentent d'en vendre les d&#233;couvertes &#171; rentables &#187;. Dans ce contexte, le sens critique n'a pas une cote tr&#232;s &#233;lev&#233;e, tout comme les attentes des &#171; investisseurs &#187; &#224; son &#233;gard ! Ce d&#233;ficit d'esprit critique marque cette tr&#232;s grosse machine qu'est devenue la recherche universitaire et, par voie de cons&#233;quence, toute l'institution universitaire. D'ailleurs, les professeurs y sont souvent happ&#233;s, presque sans s'en rendre compte, surtout les nouveaux qui souhaitent prendre leur place dans cette v&#233;n&#233;rable institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la recherche constitue bien souvent la cl&#233; de vo&#251;te de l'obtention de la permanence et de la promotion. Cette permanence est d'ailleurs une condition sine qua non &#224; l'exercice de la libert&#233; acad&#233;mique qui distingue les professeurs d'universit&#233; des autres enseignants. Or, de mani&#232;re plut&#244;t paradoxale, il faut entrer dans le moule de la &#171; productivit&#233; &#187; en recherche pour obtenir la permanence et le droit de critiquer librement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bourdieu &#233;crivait que &#171; &lt;i&gt;Le privil&#232;ge des intellectuels c'est qu'ils ont le temps.&lt;/i&gt; &#187; Or, dans l'actuelle course &#224; la performance, on dirait que le temps manque pour la r&#233;flexion critique et l'exercice d'une v&#233;ritable coll&#233;gialit&#233;. Pourtant, ces deux avenues semblent prometteuses afin de sortir de la passivit&#233; qui a conduit aux d&#233;rives actuelles des universit&#233;s qu&#233;b&#233;coises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Deschenaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Rimouski&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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