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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Petite intifada d'un soir</title>
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		<dc:date>2008-12-07T01:26:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Delisle</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Colonialisme et imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Delisle, Jean-Fran&#231;ois </dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce titre fait r&#233;f&#233;rence &#224; une crise politique majeure, celle de la conscription de 1917-1918, qui a vu la population du Qu&#233;bec s'opposer massivement &#224; la loi du service militaire obligatoire outre-mer (vot&#233;e en juillet 1917 par le gouvernement conservateur de Robert Borden). Cette lutte a culmin&#233; dans ce qu'on a appel&#233; &#171; les &#233;meutes de Qu&#233;bec &#187;. Ces &#233;meutes ont dur&#233; quatre soirs (du 28 mars au 1er avril) et se sont termin&#233;es dans le sang. Convoqu&#233;e pour mater les &#233;meutiers, l'arm&#233;e a ouvert (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-26-oct-nov-2008-" rel="directory"&gt;No 026 - oct./nov 2008&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Imperialisme-+" rel="tag"&gt;Colonialisme et imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Delisle-Jean-Francois-+" rel="tag"&gt;Delisle, Jean-Fran&#231;ois &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton760.gif?1642092273' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;185&#034; height=&#034;280&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce titre fait r&#233;f&#233;rence &#224; une crise politique majeure, celle de la conscription de 1917-1918, qui a vu la population du Qu&#233;bec s'opposer massivement &#224; la loi du service militaire obligatoire outre-mer (vot&#233;e en juillet 1917 par le gouvernement conservateur de Robert Borden). Cette lutte a culmin&#233; dans ce qu'on a appel&#233; &#171; les &#233;meutes de Qu&#233;bec &#187;. Ces &#233;meutes ont dur&#233; quatre soirs (du 28 mars au 1er avril) et se sont termin&#233;es dans le sang. Convoqu&#233;e pour mater les &#233;meutiers, l'arm&#233;e a ouvert le feu sur ceux-ci. Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout d&#233;bute, le soir du 28 mars &#224; la Place d'Youville par une manifestation spontan&#233;e qui vise le bureau du registraire (un des fonctionnaires charg&#233;s d'appliquer la loi de conscription dans chaque r&#233;gion). Elle est suivie trois soirs durants par des manifestations, dont une devant le Man&#232;ge militaire, sur la Grande-All&#233;e, dans un quartier hupp&#233; de la haute ville. Alarm&#233; par la nouvelle, le cabinet Borden envoie par trains entiers dans la vieille capitale des troupes en provenance de l'Ontario et du Manitoba. En d&#233;pit des avertissements officiels de faire cesser toute manifestation publique, les gens sortent dans la rue pour &#233;couter le tribun Armand Lavergne. L'arm&#233;e intervient, les choses d&#233;g&#233;n&#232;rent, la troupe ouvre le feu, tue quatre civils, blesse plusieurs dizaines d'autres (le nombre exact des bless&#233;s ne sera jamais connu, certains d'entre eux ayant recours aux cabinets de m&#233;decin plut&#244;t que de se rendre &#224; l'h&#244;pital se faire soigner) et arr&#234;te 63 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le choc des nationalismes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La suite d'&#233;v&#233;nements et de malentendus ayant men&#233; &#224; la crise de la conscription provient avant tout de deux conceptions diff&#233;rentes du Canada et surtout de la place de celui-ci sur l'&#233;chiquier mondial : celle de la majorit&#233; canadienne et celle de la minorit&#233; francophone, dont le Qu&#233;bec &#233;tait (et est toujours) le pivot. En tant que &#171; Dominion &#187;, le Canada faisait partie de l'Empire britannique qui semblait &#224; l'&#233;poque &#224; son apog&#233;e. Depuis 1867, il avait gagn&#233; une grande autonomie au sein de cet ensemble politique, mais quand Londres d&#233;clarait la guerre, Ottawa se trouvait automatiquement en guerre aussi, du moins au plan juridique. Mais la nature pr&#233;cise et l'&#233;tendue de la participation du Canada au conflit (sur la question notamment des effectifs militaires &#224; fournir) demeurait du ressort d'Ottawa. C'&#233;tait avant tout une question int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, le nationalisme du Canada anglais &#233;tait forc&#233;ment color&#233; par la fiert&#233; d'appartenir &#224; l'Empire et l'opinion dominante (en particulier celle de la classe politique) valorisait la solidarit&#233; imp&#233;riale. On parlerait aujourd'hui d'un certain &#171; int&#233;grisme &#187; nationaliste anglo-saxon, partag&#233; &#224; des degr&#233;s divers par une partie plus ou moins large de l'opinion canadienne-anglaise. Par rapport au Canada fran&#231;ais, et notamment aux revendications linguistiques et scolaires des minorit&#233;s francophones hors Qu&#233;bec (en Ontario et au Manitoba surtout), l'irritation, voire l'hostilit&#233; &#233;taient intenses dans les milieux imp&#233;rialistes ontariens. Rien n'aga&#231;ait davantage les t&#233;nors de l'imp&#233;rialisme que la pr&#233;tention francophone &#224; ce qu'on appelait alors &#171; &lt;i&gt;l'&#233;galit&#233; des races&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'&#233;chelle du Canada, ce r&#234;ve o&#249; francophones et anglophones pourraient s'entendre sur un pied d'&#233;galit&#233; au sein d'un &#201;tat canadien d&#233;gag&#233; de la tutelle imp&#233;riale, vue au contraire comme bienfaisante par ces m&#234;mes leaders d'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les francophones &#233;taient aussi nationalistes que leurs compatriotes anglophones et ils se r&#233;f&#233;raient &#224; la m&#234;me r&#233;alit&#233; canadienne, mais dans une tout autre optique. Leurs leaders (comme Henri Bourassa et Armand Lavergne) s'&#233;tonnaient et se scandalisaient m&#234;me de l'attitude pro-imp&#233;riale de leurs pendants canadiens-anglais et du refus de ceux-ci d'acquiescer &#224; leur conception d'un Canada ind&#233;pendant de la Grande-Bretagne. &#192; l'&#233;poque, ils se voyaient comme des &#171; Canadiens-fran&#231;ais &#187;, c'est-&#224;-dire des membres de la grande famille francophone devant b&#233;n&#233;ficier de droits &#233;gaux d'un oc&#233;an &#224; l'autre. Au plan international, la majorit&#233; des francophones valorisait un certain isolationnisme et se m&#233;fiait des aventures militaires ext&#233;rieures. Comme les Am&#233;ricains, ils se pr&#233;occupaient alors avant tout de d&#233;veloppement &#233;conomique interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier &#233;l&#233;ment intervient pour expliquer le foss&#233; qui se creusa entre francophones et anglophones de 1914 &#224; 1918 : la faible pr&#233;sence des premiers au sein du gouvernement conservateur d'Ottawa. En effet, les &#233;lections f&#233;d&#233;rales de 1911 avaient port&#233; au pouvoir l'&#233;quipe conservatrice de Robert Borden, en partie gr&#226;ce au vote nationaliste du Qu&#233;bec et d'autre part &#224; l'appui massif de l'&#233;lectorat ontarien. En r&#233;action &#224; certaines politiques jug&#233;es trop complaisantes du gouvernement lib&#233;ral de Wilfrid Laurier envers la majorit&#233; anglophone et trop molles en mati&#232;re de droits scolaires des minorit&#233;s francophones hors Qu&#233;bec, une &#171; Ligue nationaliste canadienne &#187; est fond&#233;e en 1904 par un groupe de jeunes disciples d'Henri Bourassa. Elle noue une alliance tacite avec les Conservateurs qui pr&#233;tendent accepter ses id&#233;es. R&#233;sultat : les d&#233;put&#233;s nationalistes qu&#233;b&#233;cois une fois &#233;lus sont vite r&#233;cup&#233;r&#233;s ou neutralis&#233;s par leurs coll&#232;gues Conservateurs. Aux &#233;lections f&#233;d&#233;rales de d&#233;cembre 1917, le Parti lib&#233;ral balaie la province de Qu&#233;bec. Les anciens nationalistes, devenus Conservateurs, sont battus &#224; plate couture. Donc, &#224; partir de la fin de 1917, le Qu&#233;bec n'a pratiquement plus de repr&#233;sentants au sein du gouvernement central.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un r&#233;v&#233;lateur des tensions internes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; L'entr&#233;e en guerre du Canada aux c&#244;t&#233;s de la Grande-Bretagne en 1914 avive donc des conflits pr&#233;existants assez aigus. La question des buts de guerre pose probl&#232;me : le th&#232;me de la &#171; &lt;i&gt;solidarit&#233; imp&#233;riale&lt;/i&gt; &#187; para&#238;t plut&#244;t r&#233;barbatif aux francophones, bien que la plupart d'entre eux ne s'opposent pas &#224; un effort mesur&#233; pour aider le camp alli&#233;. Leur participation militaire se trouve aussi entrav&#233;e par la faible pr&#233;sence des francophones dans l'arm&#233;e. La &#171; &lt;i&gt;force permanente&lt;/i&gt; &#187; (anc&#234;tre de l'actuelle arm&#233;e r&#233;guli&#232;re) ne compte que 3 000 hommes en ao&#251;t 1914 &#224; la d&#233;claration de guerre et tr&#232;s peu de Canadiens-fran&#231;ais dans ses rangs : depuis 1867, le gouvernement f&#233;d&#233;ral a n&#233;glig&#233; d'y int&#233;grer un nombre significatif de francophones. Non pas qu'il y ait du racisme au sens fort du terme dans l'institution militaire, mais le r&#233;seau des officiers sup&#233;rieurs d'alors fonctionne plut&#244;t en vase clos et selon sa tradition, peu encline &#224; l'int&#233;gration des francophones. En somme, le facteur d'identification de ceux-ci avec &#171; &lt;i&gt; l'arm&#233;e nationale&lt;/i&gt; &#187; est alors faible. M&#234;me au Canada anglais avant la guerre, on ne se pr&#233;cipitait pas au portillon pour s'enr&#244;ler, Ottawa maintenant ses d&#233;penses militaires &#224; un niveau fort modeste. Il semble que la majorit&#233; des Canadiens anglais de vieille souche n'aient gu&#232;re fait de z&#232;le. Apr&#232;s tout, il n'y a pas qu'au Qu&#233;bec que le recrutement a connu des rat&#233;s : en Ontario et en Colombie-Britannique par exemple, bien des jeunes gens fuyaient les tentacules de l'appareil militaire mis sur pied par le gouvernement d'Union nationale de Robert Borden (une alliance parlementaire anglo-saxonne regroupant des Conservateurs et des Lib&#233;raux conscriptionnistes de 1917 &#224; 1921) pour appliquer la loi de mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre survient donc &#224; un tr&#232;s mauvais moment, celui de tensions graves entre francophones et anglophones (frictions politiques, linguistiques et scolaires). De plus, le Canada dans son ensemble et le Qu&#233;bec fran&#231;ais en particulier &#233;taient mal pr&#233;par&#233;s en 1914 pour affronter un conflit militaire intense et de longue dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La mont&#233;e des tensions politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Quand on se penche sur la s&#233;rie d'explosions de protestation qui d&#233;ferlent sur le Qu&#233;bec &#224; partir de mai 1917 (&#224; la suite de l'annonce du projet de loi de conscription), on se rend compte que les &#233;meutes de Qu&#233;bec n'en sont que le couronnement, le point culminant avant que la brutale r&#233;pression qui les accompagnera ne mette fin &#224; toute manifestation ouverte d'opposition &#224; l'encontre de la politique de mobilisation d'Ottawa. La premi&#232;re phase se d&#233;roule de mai au d&#233;but de septembre 1917 &#224; plusieurs endroits du Qu&#233;bec (&#224; Montr&#233;al, &#224; Qu&#233;bec et dans la Mauricie entre autres). On observe d'impressionnants d&#233;ferlements de foule d&#233;non&#231;ant la politique militaire conservatrice. Apr&#232;s la sanction de la loi par le gouverneur g&#233;n&#233;ral, l'annonce d'&#233;lections et l'espoir entretenu dans la population qu&#233;b&#233;coise par la classe politique nationaliste d'&#233;craser le Parti conservateur am&#232;ne une accalmie au sein de la population.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'opportunisme des politiciens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les politiciens (lib&#233;raux surtout) capitalisent sur le m&#233;contentement populaire afin de se faire &#233;lire, ils se dissocient soigneusement de l'action directe &#8211; l'attitude de certains n'est toutefois pas exempte d'une certaine ambigu&#239;t&#233;. Il faut dire que si l'orientation militaire conservatrice heurte profond&#233;ment la population, le Qu&#233;bec comme soci&#233;t&#233; politique ne perd rien. Le (modeste) &#201;tat du Qu&#233;bec garde ses pouvoirs constitutionnels et sa classe politique, &#224; Ottawa comme &#224; Qu&#233;bec, voit sa libert&#233; d'action pr&#233;serv&#233;e. En somme, les politiciens du Qu&#233;bec n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; aviver la col&#232;re populaire et &#224; risquer de &#171; &lt;i&gt;casser la baraque&lt;/i&gt; &#187; en favorisant des affrontements de rue &#224; grande &#233;chelle, susceptibles de mal tourner. Cette situation se d&#233;marque tr&#232;s nettement de celle qui pr&#233;valait en 1837 o&#249;, au contraire, une partie notable de l'&#233;lite politique francophone &#233;tait pr&#234;te &#224; prendre les armes pour soutenir ses revendications politiques et constitutionnelles. Le sort (d&#233;cevant mais pr&#233;visible) r&#233;serv&#233; &#224; ce qu'on appellera &#171; la motion Franc&#339;ur &#187; au d&#233;but de 1918 &#224; la Chambre d'assembl&#233;e qu&#233;b&#233;coise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette motion non contraignante, d&#233;pos&#233;e par le d&#233;put&#233; lib&#233;ral Napol&#233;on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; prouve bien que les d&#233;put&#233;s qu&#233;b&#233;cois ne d&#233;sirent nullement jeter de l'huile sur le feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection du gouvernement d'Union nationale de Borden en d&#233;cembre et la mise en application effective de la conscription relancent les tensions. Le temps des F&#234;tes prolonge l'accalmie, mais quelques troubles &#233;clatent au d&#233;but de l'hiver comme dans le Bas-du-Fleuve et &#224; Batiscan o&#249; la foule tente de d&#233;livrer des insoumis d&#233;tenus par la police f&#233;d&#233;rale. Mais c'est &#224; Qu&#233;bec que se produiront les d&#233;sordres les plus c&#233;l&#232;bres : &#171; &lt;i&gt;les &#233;meutes de la Semaine sainte&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu&#233;bec, noeud des conflits de l'&#233;poque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &#224; Qu&#233;bec pr&#233;cis&#233;ment alors que bien des observateurs s'attendent plut&#244;t &#224; ce que d'&#233;ventuels &#171; troubles &#187; se produisent &#224; Montr&#233;al, haut lieu de toutes les contradictions politiques, sociales et ethniques qu&#233;b&#233;coises ? Qu&#233;bec est alors une ville de garnison. Le camp de Valcartier y draine un important groupe de militaires. En outre, Qu&#233;bec est, avec Halifax, le principal port d'embarquement des troupes pour l'Europe. Des heurts s'y produisent donc p&#233;riodiquement entre militaires (souvent anglophones) et civils. La pr&#233;sence de l'arm&#233;e y est per&#231;ue comme provocante par bien des r&#233;sidants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on a exag&#233;r&#233; l'importance des &#233;meutes. Il s'est agi d'un sursaut de la protestation populaire devant l'accentuation de la recherche des insoumis et des r&#233;fractaires au service militaire, pas tellement plus intense que les manifestations de l'&#233;t&#233; pr&#233;c&#233;dent. Mais le gouvernement f&#233;d&#233;ral est exasp&#233;r&#233; par l'attitude de la population alors que les Qu&#233;b&#233;cois, cette fois, ne disposent d'aucun repr&#233;sentant cr&#233;dible au sein du cabinet Borden, massivement anglophone, et qui pourrait contrebalancer l'influence de l'aile droite de ce gouvernement. On ne peut l'affirmer avec certitude, mais il semble que le cabinet Borden ait voulu frapper un grand coup et donner une bonne le&#231;on aux nationalistes qu&#233;b&#233;cois. Cela expliquerait l'envoi de troupes &#224; Qu&#233;bec pour &#233;craser les d&#233;sordres et en finir une fois pour toutes avec les embarrassantes manifestations anticonscriptionnistes. Le message est clair : taisez-vous et rentrez dans le rang, sinon&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'oubli des uns, les plaies des autres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants &#233;taient surtout des ouvriers. Ils ont form&#233; dans les villes le fer de lance du mouvement anticonscriptionniste, auquel il a manqu&#233; un prolongement politique global qui aurait pu d&#233;boucher, en supr&#234;me analyse, sur un mouvement r&#233;volutionnaire. Les politiciens francophones ont tous condamn&#233; les &#233;meutes, se dissociant des manifestants, ce qui explique peut-&#234;tre l'esp&#232;ce de silence g&#234;n&#233; suivant la fin de la crise de la conscription (1921) et le fait que, contrairement &#224; l'insurrection des Patriotes de 1837, cet &#233;pisode de l'histoire du Qu&#233;bec est &#224; peu pr&#232;s tomb&#233; dans l'oubli jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Tant du c&#244;t&#233; francophone qu'anglophone, les politiciens ont pr&#233;f&#233;r&#233; pousser le sujet sous le tapis et ne plus en parler. De part et d'autre, on a plut&#244;t choisi d'adopter une certaine forme d'amn&#233;sie. Seules les victimes (populaires) directes de la r&#233;pression ont pu palper les plaies dans l'intimit&#233; de leurs souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233;e aux grands bouleversements de l'&#233;poque (r&#233;volution russe, allemande et m&#234;me irlandaise, etc.), la crise de la conscription qu&#233;b&#233;coise para&#238;t plut&#244;t b&#233;nigne. Elle n'a pas refa&#231;onn&#233; la structure politique canadienne et la structure sociale du Qu&#233;bec. Par contre, le nationalisme qu&#233;b&#233;cois a connu une certaine r&#233;orientation, le tr&#232;s autonomiste Lionel Groulx succ&#233;dant comme figure de proue du nationalisme canadien-fran&#231;ais au cours des ann&#233;es 1920 au tr&#232;s f&#233;d&#233;raliste Henri Bourassa, dont la pens&#233;e &#233;tait beaucoup plus centr&#233;e sur l'union des Canadiens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette motion non contraignante, d&#233;pos&#233;e par le d&#233;put&#233; lib&#233;ral Napol&#233;on Franc&#339;ur, proposait au gouvernement de se d&#233;clarer en faveur de l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec si Ottawa et le Canada anglais ne changeaient pas d'attitude face &#224; la province fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jean-Fran&#231;ois Delisle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est militant communautaire. Il a sign&#233; le roman &lt;i&gt;La guerre, Montr&#233;al&lt;/i&gt;, qui relate un &#233;pisode peu connu de la crise de la conscription, celui des dynamitards, un r&#233;seau qui voulait s'opposer activement &#224; l'application de la loi de conscription durant l'&#233;t&#233; 1917.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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