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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Cul, corps, cash</title>
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		<dc:date>2008-07-17T23:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nesrine Bessa&#239;h, Charlotte Lambert, Jocelyne Robert</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Bessa&#239;h, Nesrine </dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>
		<dc:subject>Sociologie et anthropologie</dc:subject>
		<dc:subject>Lambert, Charlotte</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Jocelyne </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le dernier livre de la sexologue Jocelyne Robert, Sexe en mal d'amour, de la r&#233;volution sexuelle &#224; la r&#233;gression &#233;rotique, est pr&#233;sent&#233; comme un ouvrage qui vise &#224; &#171; susciter et &#224; intensifier la r&#233;flexion et les initiatives de ceux et celles qui auraient envie de purifier l'air de la puanteur pseudo-&#233;rotique ambiante, ax&#233;e sur le cul oblig&#233;, performant, instrumental, m&#233;canique, utilitariste et triste comme un jour de corv&#233;e &#187;. &#192; b&#226;bord ! l'a interview&#233;e sur sa vision du contexte social dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Sexe-ecole-et-porno-" rel="directory"&gt;Dossier : Sexe, &#233;cole et porno&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Lambert-Charlotte-+" rel="tag"&gt;Lambert, Charlotte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Jocelyne-+" rel="tag"&gt;Robert, Jocelyne &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton483.jpg?1642092269' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;425&#034; height=&#034;269&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dernier livre de la sexologue Jocelyne Robert, &lt;i&gt;Sexe en mal d'amour, de la r&#233;volution sexuelle &#224; la r&#233;gression &#233;rotique&lt;/i&gt;, est pr&#233;sent&#233; comme un ouvrage qui vise &#224; &#171; &lt;i&gt;susciter et &#224; intensifier la r&#233;flexion et les initiatives de ceux et celles qui auraient envie de purifier l'air de la puanteur pseudo-&#233;rotique ambiante, ax&#233;e sur le cul oblig&#233;, performant, instrumental, m&#233;canique, utilitariste et triste comme un jour de corv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; l'a interview&#233;e sur sa vision du contexte social dans lequel s'inscrit la sexualit&#233; au Qu&#233;bec et en Occident.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/strong&gt; : Dans votre livre, vous d&#233;finissez notre &#233;poque comme une &#233;poque de malbouffe &#233;rotique, le r&#232;gne du &#171; &lt;i&gt;cul, corps, cash&lt;/i&gt; &#187;. Qu'entendez-vous par l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jocelyne Robert&lt;/strong&gt; : Le mod&#232;le de consommation et de performance est omnipr&#233;sent ; il domine tout, dont la sexualit&#233;. J'emploie &#171; malbouffe &#187; pour faire un parall&#232;le avec le fast-food qui est accessible, rapide, pas cher, vite fait mais mal fait. Le cul, le corps et le cash sont des valeurs dominantes dans notre soci&#233;t&#233; qui, lorsqu'elles sont appliqu&#233;es &#224; la sexualit&#233;, forment un mod&#232;le de beaut&#233;, un mod&#232;le corporel, de performance et de consommation, en opposition &#224; un mod&#232;le qui serait davantage relationnel, o&#249; les &#234;tres humains iraient &#224; la rencontre l'un de l'autre homme-homme, femme-femme, femme-homme, avec leur t&#234;te, leur c&#339;ur, leur corps. Et je dis cela sans tomber non plus dans le romantisme et la sentimentalit&#233;. Je ne dis pas que l'on doit n&#233;cessairement s'aimer et &#234;tre ensemble pour la vie pour partager une sexualit&#233;. On pourrait aussi parler d'&#226;gisme. Le mod&#232;le sexuel actuel est r&#233;serv&#233; aux jeunes, beaux, riches, en sant&#233;, bronz&#233;s, lipposuc&#233;s, bottox&#233;s ! Quand est-ce qu'on voit la sexualit&#233; des gens petits, rid&#233;s, vieux, malades, fragiles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Ginette Plamondon, qui travaille sur une recherche sur l'hypersexualisation pour le Conseil du statut de la femme, a &#233;crit &#171; &lt;i&gt;Nous sommes dans une sexualit&#233; de performance, typique de la porno d'o&#249; l'intimit&#233; et la r&#233;ciprocit&#233; &#233;rotique sont totalement absentes.&lt;/i&gt; &#187; Que pensez-vous de la pornographisation de notre esth&#233;tique sexuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Robert&lt;/strong&gt; : Le mod&#232;le porno propose un rapport sexuel qu'on pourrait d&#233;crire comme une collision g&#233;nitale. On y d&#233;cortique le corps humain, on le d&#233;coupe. Le corps de la femme, par exemple, y est toujours morcel&#233;. Flash sur les seins, flash sur la vulve, flash sur l'anus. Le mod&#232;le porno propose aussi, la plupart du temps en tout cas quand on parle d'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, un mod&#232;le f&#233;minin instrument. Un instrument performant, efficace : la bonne trayeuse, la bonne suceuse, la fille bandante mais qui demeure un instrument au service de l'autre. L'autre qui a le pouvoir mais dont le sort n'est pas plus enviable, puisqu'il est r&#233;duit lui aussi &#224; une machine. Et la soci&#233;t&#233; calque ce mod&#232;le parce qu'il est omnipr&#233;sent, il est envahissant. Il est tant et si bien banalis&#233; qu'on finit par le percevoir comme la norme. Et ce qui est inqui&#233;tant, c'est que c'est &#224; partir de ces images et de ces messages que non seulement on finit par b&#226;tir sa perception de ce qu'est l'&#233;rotisme, mais aussi qu'on d&#233;finit ce qu'est un homme et ce qu'est une femme. &#192; partir de l&#224;, la porno vient fa&#231;onner notre vie sexuelle, notre vie &#233;rotique, mais aussi notre perception de soi, de l'autre et de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, cela prend des proportions plus importantes &#224; l'adolescence parce qu'&#224; cette p&#233;riode, l'identification &#224; des mod&#232;les est une &#233;tape importante du d&#233;veloppement d'un individu. Les ados ont besoin, pour consolider leur identit&#233; de femme ou d'homme en devenir, de se conformer &#224; des mod&#232;les. Et dans notre soci&#233;t&#233;, c'est la porno qui fait office de norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Et quelles seraient les cons&#233;quences sur notre sexualit&#233; de cette culture de performance sexuelle qui v&#233;n&#232;re la consommation compulsive d'&#234;tres humains objectiv&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Robert&lt;/strong&gt; : Je pense que nous sommes dans une p&#233;riode laboratoire. Selon moi, cela fait relativement peu de temps, je dirais une quinzaine d'ann&#233;es, qu'on peut constater un d&#233;rapage et cette d&#233;ferlante pornographique qui s'est install&#233;e et qui nous &#233;clabousse toutes et tous. Je dis &#231;a en pr&#233;ambule pour qu'on comprenne bien que ce ne sont pas des conclusions mais des constats qu'on voit poindre et c'est assez important pour qu'on se dise que ce n'est pas anecdotique. C'est une probl&#233;matique qui est constat&#233;e autant par les sexologues cliniciens que par les sexologues &#233;ducateurs, qui fait l'objet de conf&#233;rences et de panels dans nos colloques. Ce qui m'alimente beaucoup depuis quelques ann&#233;es, ce sont les courriels que je re&#231;ois suite &#224; la publication de mes ouvrages. Depuis la parution de Sexe en mal d'amour, j'ai pour la premi&#232;re fois dans ma vie professionnelle des contacts importants en nombre et en qualit&#233; avec des jeunes hommes et des jeunes femmes dans la vingtaine et la trentaine. C'est une tranche d'&#226;ge qu'on ne voit pas autrement, parce qu'ils et elles ne consultent pas de sexologues, ne viennent pas dans les conf&#233;rences. Et ils r&#233;v&#232;lent des d&#233;pendances &#224; la porno et lancent des appels au secours parce qu'ils veulent d&#233;crocher alors que &#231;a fait 10 ans, 12 ans qu'ils en consomment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences, c'est une d&#233;sillusion, une frustration, une insatisfaction. Une perte de sens. Ce qui diff&#233;rencie les &#234;tres humains des autres esp&#232;ces, c'est le sens qu'on donne aux choses. C'est la conscience, la signification des gestes que l'on pose, des choix que l'on fait, c'est la responsabilit&#233;. Et la porno n'a pas beaucoup de sens &#224; part la m&#233;canique, la g&#233;nitalit&#233;. Il y a aussi le fait de se soumettre. La libert&#233; sexuelle, c'est le contraire de se soumettre. En ce moment, on se soumet aux diktats d'un mod&#232;le sexuel. Troisi&#232;mement la porno a aussi un effet sur l'estime de soi. Et cela peut s'observer surtout quand on rencontre des ados ou des jeunes adultes. Quand une liaison sexuelle ne contribue pas &#224; illuminer l'estime qu'on a de soi-m&#234;me, on est aussi bien de ne pas la vivre. Combien de filles me disent que la sexualit&#233; les appauvrit au lieu de les enrichir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre impact dont les sexologues commencent &#224; se rendre compte, c'est que des jeunes hommes et des jeunes femmes ont des difficult&#233;s relationnelles parce qu'ils se sont aliment&#233;s &#224; la porno. Par exemple, des gars qui sont aux prises avec le mod&#232;le porno dominant, parce qu'ils d&#233;couvrent la sexualit&#233; &#224; travers la cyberporno, parce qu'ils passent les premi&#232;res ann&#233;es de leur &#233;veil sexuel &#224; se masturber devant des images porno. Quand le jeune voudra entrer en relation avec une autre personne qui est en chair et en os et qui a des &#233;motions, et bien &#231;a risque d'&#234;tre difficile. L'&#234;tre humain r&#233;el ne fonctionne pas comme dans la porno. Un exemple de courriel que je re&#231;ois assez fr&#233;quemment, c'est le gars qui dit &#171; &lt;i&gt;J'aime ma blonde, je la d&#233;sire mais je suis incapable d'avoir une &#233;rection si je ne vais pas d'abord me stimuler avec de la porno.&lt;/i&gt; &#187; Ce genre de probl&#233;matique &#233;tait rarissime il y a 10-15 ans et aujourd'hui c'est de plus en plus courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : D'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, les adultes sont toujours pr&#233;occup&#233;s par les pratiques sexuelles des jeunes. Est-ce ce m&#234;me foss&#233; g&#233;n&#233;rationnel auquel on assiste ou bien est-ce un autre ph&#233;nom&#232;ne social qui se profile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Robert&lt;/strong&gt; : je pense que c'est un ph&#233;nom&#232;ne nouveau. Moi-m&#234;me j'avais 20 ans dans la p&#233;riode Peace and love, l'amour libre, le temps des communes. On lan&#231;ait nos soutiens-gorges par la fen&#234;tre, on s'envoyait en l'air comme des cr&#234;pes. Mais derri&#232;re &#231;a, il y avait des valeurs humaines et humanistes, il y avait une qu&#234;te, une d&#233;marche d'&#233;galit&#233; et de revendication. C'&#233;tait l'&#233;poque de l'essor du mouvement des femmes. On &#233;tait en qu&#234;te de plaisir, de partage. Aujourd'hui, les valeurs qui sous-tendent le &#171; produit sexuel &#187;, parce que c'est d'un produit dont il s'agit, sont des valeurs de consommation, de marchandisation, mercantiles et utilitaristes. Autre diff&#233;rence fondamentale, c'est la m&#233;diatisation de la sexualit&#233;, l'av&#232;nement de l'internet et l'omnipr&#233;sence de la sexualit&#233; dans toutes les formes de m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : N'est-ce pas paradoxal, alors que nous sommes sens&#233;es vivre une &#232;re de sexualit&#233; lib&#233;r&#233;e, que des jeunes filles veuillent d'abord et avant tout r&#233;pondre &#224; ce qu'elles consid&#232;rent &#234;tre les attentes masculines, avant de rechercher leur propre plaisir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Robert&lt;/strong&gt; : On est loin d'un mod&#232;le f&#233;ministe de la sexualit&#233;. Une jeune femme qui n'&#233;prouve pas de d&#233;sir mais qui cherche &#224; correspondre &#224; la norme actuelle est loin de la d&#233;marche f&#233;ministe qui a pu caract&#233;riser la lib&#233;ration sexuelle. Le pseudo &lt;i&gt;Girl power&lt;/i&gt; c'est le contraire du f&#233;minisme, c'est aspirer &#234;tre la femelle bandante pour bien servir l'homme. Une sexualit&#233; pr&#233;sent&#233;e comme un pouvoir, mais il suffit de gratter un peu pour comprendre que c'est plut&#244;t une soumission. Ce n'est pas parce qu'on pratique la sodomie ou les partouzes qu'on est plus &#233;volu&#233; sexuellement. Combien de femmes se soumettent &#224; des agirs sexuels simplement pour se conformer au mod&#232;le pornographique ? La majorit&#233; des femmes continuent de chercher &#224; r&#233;pondre &#224; la norme, c'est seulement que la norme a chang&#233;. Dans ma pratique, mon intervention avec les jeunes femmes consiste souvent &#224; les amener &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le d&#233;sir et sur le sens du d&#233;sir. Et quand j'aborde ce th&#232;me, en particulier avec les adolescentes, tr&#232;s souvent je me rends compte que ce sont des questions qu'elles ne se sont jamais pos&#233;es. La r&#233;volution sexuelle serait que les filles soient plus satisfaites sexuellement et &#233;rotiquement qu'avant. Ce n'est pas le cas. Et quand, dans des groupes d'adolescents, on suscite une discussion sur la sexualit&#233;, une des premi&#232;res choses qui ressort c'est que les filles reprochent aux gar&#231;ons de vouloir qu'elles soient aguicheuses et performantes sexuellement, et d&#232;s qu'il y en a une qui est sexuellement active, qui a plusieurs partenaires, elle est trait&#233;e de salope. On ne peut pas parler de lib&#233;ration sexuelle si cet aspect-l&#224; n'a pas chang&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Dans ce contexte, que pensez-vous de la fa&#231;on dont se fait l'&#233;ducation sexuelle dans les &#233;coles actuellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Robert&lt;/strong&gt; : Mais pour moi, il n'y en a pas de programme dans les &#233;coles en ce moment. L'&#233;ducation sexuelle apparaissait nomm&#233;ment au programme scolaire mais elle n'y est plus et je trouve ce virage &#233;ducatif d&#233;plorable. Certaines diront que l'ancien programme ne donnait pas ce qu'on aurait voulu parce qu'on n'y faisait que de la pr&#233;vention des maladies transmises sexuellement. Effectivement, on ne s'est pas donn&#233; les moyens de faire plus. C'est s&#251;r que si on avait embauch&#233; dans les &#233;coles des sexologues &#233;ducateurs, cela se serait pass&#233; diff&#233;remment. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; fait pour toutes sortes de raisons financi&#232;res, politiques, syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nouveau programme, le fait de dire que l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; sera d&#233;sormais la responsabilit&#233; implicite de tout le monde, du directeur d'&#233;cole au concierge en passant par le professeur d'&#233;ducation physique et l'infirmi&#232;re, c'est un v&#339;u pieux. On me r&#233;pondra qu'il y a quand m&#234;me moyen de faire de l'&#233;ducation sexuelle, c'est vrai. Mais la sexualit&#233; est un terrain min&#233;. Les enseignants ont peur d'aborder des questions teint&#233;es de leurs perspectives personnelles et n'ont pas de formation pour le faire. Et ils ont peur avec raison d'ailleurs, parce que chaque fois qu'un enseignant fait un faux pas sur le terrain de la sexualit&#233;, c'est &#224; la une des journaux. En plus, les enseignants sont d&#233;bord&#233;s. C'est compr&#233;hensible qu'ils ne s'aventurent pas trop sur ce terrain-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la banalisation de la sexualit&#233; pornographique, avec le fait que les parents se sentent d&#233;pass&#233;s parce qu'ils ont l'impression que leur adolescent sait tout et ne voient pas ce qu'ils pourraient lui apprendre, &#231;a devient plus important que jamais d'avoir un programme structur&#233; et une constante. La g&#233;nitalit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; aussi pr&#233;sente partout et l'&#233;ducation sexuelle ne se fait plus nulle part de mani&#232;re articul&#233;e. Je trouve cela tr&#232;s inqui&#233;tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Qu'est-ce qui pourrait &#234;tre fait en milieu scolaire en termes d'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Robert&lt;/strong&gt; : Je trouve formidable tous ces organismes qui mettent sur pied des projets li&#233;s &#224; l'&#233;ducation sexuelle et qui les donnent ici et l&#224;. Ces interventions, si excellentes soient-elles, sont faites &#224; la pi&#232;ce. Mais l'id&#233;e de constante, d'accompagner les gens avec leur sexualit&#233; n'existe pas. C'est important qu'une institution ait une philosophie &#233;ducative en mati&#232;re de sexualit&#233;, qu'elle permette au jeune de situer la sexualit&#233; dans un projet personnel qui donne du sens &#224; sa vie, qu'elle l'accompagne et le soutienne dans cette perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, on va m'accuser de r&#234;ver en couleurs mais... L'objectif d'un programme d'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; devrait &#234;tre le d&#233;veloppement global de la personne, l'atteinte d'une fiert&#233; d'&#234;tre, comme fille ou comme gar&#231;on. Cela implique la prise en compte de l'affectivit&#233; et surtout une r&#233;flexion sur la libert&#233;, sur l'orientation, l'identit&#233; et les choix sexuels, sur la fa&#231;on de vivre sa sexualit&#233;. Il faudrait que des moyens concrets soient mis en &#339;uvre pour atteindre ces objectifs. Non pas un petit programme-champignon de perfectionnement de quelques heures donn&#233;es aux enseignants, mais un programme global et d&#233;taill&#233;, un accompagnement des enseignants en cette mati&#232;re, un nombre d'heure d&#233;fini, chaque semaine, pour r&#233;fl&#233;chir ensemble, tout cela encadr&#233; par des personnes comp&#233;tentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Georges Brassens chantait que la bandaison ne se commande pas et Georges Bataille posait l'interdit comme substance constitutive de l'&#233;rotisme. Comment entretient-on l'&#233;rotisme sans sombrer dans une soci&#233;t&#233; r&#233;pressive sexuellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Robert&lt;/strong&gt; : L'&#233;rotisme r&#233;side beaucoup dans la psychodynamique, dans la symbolique, dans ce qui est sugg&#233;r&#233;. Et pour moi cela n'a rien &#224; voir avec l'interdit. Je ne me range pas totalement derri&#232;re Bataille, m&#234;me si je partage ses perspectives sur le myst&#232;re et sur le fait que la sexualit&#233; ne se limite pas &#224; la pulsion et &#224; l'agir sexuel g&#233;nital. La g&#233;nitalit&#233; est un aspect de la sexualit&#233; qui s'inscrit dans un contexte tr&#232;s large de signification et de symbolique. Par exemple, je trouve important que les enfants apprennent la terminologie exacte de leur anatomie g&#233;nitale mais je n'ai jamais condamn&#233;, au contraire, le fait que les enfants utilisent aussi des petits mots po&#233;tiques et m&#233;taphoriques pour nommer leurs organes sexuels. C'est important de cultiver un espace qui permet l'&#233;panouissement de l'appropriation individuelle, de la symbolique et du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, la sexualit&#233; est non seulement mercantile, mais elle est aussi carr&#233;ment associ&#233;e &#224; la m&#233;decine, au corps fonctionnel. Tout est ax&#233; sur la performance et on aborde tr&#232;s peu le fait, par exemple, que le Viagra soutient l'&#233;rection mais ne donne pas de d&#233;sir et ne garantit pas la satisfaction &#233;rotique. C'est s&#251;r que mon regard sur la sexualit&#233; est plus sexosophique que sexologique, mais je demeure convaincue que le plus important dans une relation sexuelle est moins la performance que le fait d'&#234;tre d&#233;sir&#233;, d'&#234;tre accueilli, choisi par une autre personne. On s'attarde beaucoup &#224; la m&#233;canique, au d&#233;triment du sens et de la signification li&#233;s au sexuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Nesrine Bessa&#239;h&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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