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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La neutralit&#233; n'existe pas</title>
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		<dc:date>2020-06-19T17:18:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;tienne Beaulieu</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Beaulieu, &#201;tienne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La tentative de s&#233;parer l'art du politique en pr&#233;tendant &#224; la neutralit&#233; ne r&#233;siste &#224; aucun examen historique ou sociologique. Cette suppos&#233;e neutralit&#233; est une cr&#233;ation de la deuxi&#232;me moiti&#233; du 19e si&#232;cle et un h&#233;ritage m&#233;di&#233;val qui se r&#233;v&#232;le une mani&#232;re de consolider le pouvoir d'une bourgeoisie alors en pleine ascension. Les enjeux du 21e si&#232;cle sont &#233;videmment tout autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le d&#233;bat entourant les spectacles SLAV et Kanata et dans la foul&#233;e de la d&#233;mission de Vanessa Courville de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Quand-l-art-se-mele-de-politique-" rel="directory"&gt;Dossier : Quand l'art se m&#234;le de politique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Litterature-+" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaulieu-Etienne-+" rel="tag"&gt;Beaulieu, &#201;tienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2925.jpg?1642092244' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1197&#034; height=&#034;774&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La tentative de s&#233;parer l'art du politique en pr&#233;tendant &#224; la neutralit&#233; ne r&#233;siste &#224; aucun examen historique ou sociologique. Cette suppos&#233;e neutralit&#233; est une cr&#233;ation de la deuxi&#232;me moiti&#233; du 19e si&#232;cle et un h&#233;ritage m&#233;di&#233;val qui se r&#233;v&#232;le une mani&#232;re de consolider le pouvoir d'une bourgeoisie alors en pleine ascension. Les enjeux du 21e si&#232;cle sont &#233;videmment tout autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le d&#233;bat entourant les spectacles &lt;em&gt;SLAV&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Kanata&lt;/em&gt; et dans la foul&#233;e de la d&#233;mission de Vanessa Courville de son poste directrice de la revue XYZ au cours de l'&#233;t&#233; 2018, on a vu se d&#233;velopper dans les pages du &lt;em&gt;Devoir&lt;/em&gt;, sous les signatures de Patrick Moreau (30 juillet) et de David Dorais (23 ao&#251;t), un argumentaire visant &#224; conf&#233;rer une certaine forme de neutralit&#233; au domaine artistique en regard de la politique et des id&#233;ologies. Or, il faut &#234;tre le plus clair possible en ces mati&#232;res, aussi loin que l'on remonte dans l'histoire, malgr&#233; leurs pr&#233;tentions, la litt&#233;rature et l'art n'&#233;chappent jamais au politique. Surtout pas quand elles se pr&#233;tendent &#171; neutres &#187; et apolitiques, encore moins lorsqu'elles se veulent un refuge ou une retraite hors du monde.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le style n'est jamais neutre&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le refuge moderne dans le style, par exemple dans le courant de l'art pour l'art ou chez des &#233;crivains comme Flaubert ou Baudelaire (auxquels se r&#233;f&#232;rent explicitement Moreau et Dorais), le style, suppos&#233;ment coup&#233; de toute id&#233;ologie, constitue une id&#233;ologie &#224; part enti&#232;re qui s'ignore le plus souvent elle-m&#234;me. La neutralit&#233; n'est encore ici qu'un effacement des marques &#233;videntes de la domination sociale (bourgeoise cette fois), il n'est qu'une r&#233;cup&#233;ration et un recyclage la&#239;cs des pouvoirs anciens autrefois d&#233;volus aux ordres religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux encore : le style n'est jamais neutre, comme l'a montr&#233; Marielle Mac&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marielle Mac&#233;, Styles. Critique de nos formes de vie, Paris, Gallimard, 1996.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisqu'il ne concerne pas seulement un arrangement de syllabes, mais s'op&#232;re suivant une mani&#232;re de penser et d'&#234;tre. En un mot, le style est une forme de la vie avec les autres, il s'adresse aux autres, il vise &#224; convaincre et &#224; s&#233;duire l'autre. En apparence purement esth&#233;tique, le style se r&#233;v&#232;le une question &#233;thique et politique de part en part. Il ne saurait donc constituer un quelconque refuge dans le monde suppos&#233;ment &#233;th&#233;r&#233; de l'art.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Exclure le peuple&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois qu'&#233;merge dans l'histoire une pr&#233;tention &#224; s'extirper du si&#232;cle, on peut voir facilement le trucage id&#233;ologique. Il faut cong&#233;dier toute na&#239;vet&#233; et bien mettre en lumi&#232;re qu'il ne s'agit que d'une variante rh&#233;torique de rapports de domination. Pas seulement parce que les ordres &#233;taient le fait d'une noblesse &#233;videmment exclusive, qui repoussait le peuple en p&#233;riph&#233;rie du pouvoir selon l'id&#233;ologie de la r&#233;partition sociale entre &lt;em&gt;laboratores&lt;/em&gt; (ceux qui travaillent), &lt;em&gt;bellatores&lt;/em&gt; (ceux qui se battent) et les &lt;em&gt;oratores&lt;/em&gt; (ceux qui prient)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du f&#233;odalisme, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pas seulement parce que toute expression artistique implique un partage du sensible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, Le partage du sensible, Paris, La Fabrique, 2000.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (le sensoriel aux uns, d&#233;munis, le rationnel aux autres, dominants), qui reproduit et g&#233;n&#232;re de l'exclusion sociale. Mais surtout parce que la ma&#238;trise des codes que supposent la litt&#233;rature et l'art est le fait d'une distinction qui conf&#232;re aux manipulateurs de ces signes sp&#233;ciaux un pouvoir qui requiert une longue initiation et donc un clivage social ind&#233;niable.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;classement social&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'accession &#224; la domination prend le plus souvent quelques g&#233;n&#233;rations, aussi n'appara&#238;t-il pas &#233;vident aux b&#233;n&#233;ficiaires de cette promotion sociale. Mais quiconque franchit cette fronti&#232;re de son vivant m&#234;me en subit les cons&#233;quences de fa&#231;on souvent brutale. Ce dont t&#233;moigne &#233;loquemment toute l'&#339;uvre de l'&#233;crivain contemporain Pierre Bergounioux, n&#233; en plein Limousin, au c&#339;ur m&#234;me de la France d'aujourd'hui, o&#249; l'on ne parlait encore que le patois jusqu'&#224; tout r&#233;cemment, et qui apprend &#224; la dure le fran&#231;ais &#224; l'&#233;cole du village, ce qui le repousse soudainement hors de son milieu social d'&#233;mergence. Une autrice contemporaine telle qu'Annie Ernaux a racont&#233; dans beaucoup de ses r&#233;cits, par exemple dans &lt;em&gt;La place&lt;/em&gt;, de quelle fa&#231;on faire de hautes &#233;tudes et devenir &#233;crivaine l'a &#233;loign&#233;e irr&#233;m&#233;diablement des siens.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une cons&#233;quence directe de la d&#233;mocratisation de l'&#233;ducation, qui a pour noble but, comme le disait d&#233;j&#224; Victor Hugo en 1856, de &#171; &lt;em&gt;mettre un bonnet rouge au vieux dictionnaire &lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les contemplations, &#171; R&#233;ponse &#224; un acte d'accusation &#187;, 1856.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et qui s'inscrit dans le vaste courant pluris&#233;culaire des r&#233;formes des lois Ferry, de l'&#233;ducation obligatoire sous le gouvernement d'Ad&#233;lard Godbout, du rapport Parent et de toutes ces tentatives de donner au plus grand nombre au moins la chance de pouvoir ma&#238;triser &#224; son tour les codes par lesquels a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; leur exclusion m&#234;me.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet direct de cette d&#233;mocratisation peut se lire dans la prise de parole des exclus, qu'il faut accueillir comme un nouveau pouvoir aussi l&#233;gitime que celui qui se pr&#233;tend en dehors de toute id&#233;ologie alors qu'il n'en est que le b&#233;n&#233;ficiaire. Les taxer d'id&#233;ologues en se r&#233;fugiant dans une suppos&#233;e neutralit&#233; de l'art n'est qu'une mani&#232;re de perp&#233;tuer leur exclusion.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marielle Mac&#233;, &lt;em&gt;Styles. Critique de nos formes de vie&lt;/em&gt;, Paris, Gallimard, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Duby, &lt;em&gt;Les trois ordres ou l'imaginaire du f&#233;odalisme&lt;/em&gt;, Paris, Gallimard, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &lt;em&gt;Le partage du sensible&lt;/em&gt;, Paris, La Fabrique, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Les contemplations&lt;/em&gt;, &#171; R&#233;ponse &#224; un acte d'accusation &#187;, 1856.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#201;tienne Beaulieu est &#233;crivain et &#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Parmi les vidanges, &#339;uvre de l'ATSA, 2018 (photographie d&#233;riv&#233;e de l'intervention).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Renouveler l'enseignement de la culture</title>
		<link>https://www.ababord.org/Renouveler-l-enseignement-de-la</link>
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		<dc:date>2008-07-18T20:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;tienne Beaulieu</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Beaulieu, &#201;tienne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment penser l'enseignement de la culture aujourd'hui dans une Am&#233;rique de plus en plus pouss&#233;e vers ses penchants &#233;conomistes ? Face au rabattement de la culture sur l'&#233;conomie, il est n&#233;cessaire de rappeler que l'&#233;conomie est elle-m&#234;me une forme culturelle, mais aussi que l'acc&#232;s &#224; la culture ne saurait &#234;tre contr&#244;l&#233; par la possession de capitaux. La gratuit&#233; scolaire doit ainsi demeurer l'objectif premier de toute action dans le champ culturel et de toute r&#233;flexion sur la r&#233;partition du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Les-non-lieux-de-la-" rel="directory"&gt;Dossier : Les non-lieux de la culture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Arts-et-culture-+" rel="tag"&gt;Arts et culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Beaulieu-Etienne-+" rel="tag"&gt;Beaulieu, &#201;tienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment penser l'enseignement de la culture aujourd'hui dans une Am&#233;rique de plus en plus pouss&#233;e vers ses penchants &#233;conomistes ? Face au rabattement de la culture sur l'&#233;conomie, il est n&#233;cessaire de rappeler que l'&#233;conomie est elle-m&#234;me une forme culturelle, mais aussi que l'acc&#232;s &#224; la culture ne saurait &#234;tre contr&#244;l&#233; par la possession de capitaux. La gratuit&#233; scolaire doit ainsi demeurer l'objectif premier de toute action dans le champ culturel et de toute r&#233;flexion sur la r&#233;partition du bien symbolique qu'est la culture. Mais en m&#234;me temps, cet objectif primordial ne doit pas faire oublier la raison d'&#234;tre de l'enseignement de la culture, &#224; savoir la transmission de contenus, qui se r&#233;partissent non pas horizontalement mais verticalement. Comment nier par exemple que l'&#339;uvre de Shakespeare soit plus &#171; &#233;lev&#233;e &#187; culturellement que &lt;i&gt;Star acad&#233;mie&lt;/i&gt; ? L'enseignement de la culture doit ainsi avoir en vue l'acc&#232;s du plus grand nombre aux biens symboliques les plus &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de penser a pour but d'&#233;viter deux &#233;cueils : d'un c&#244;t&#233; il s'agit de contrer l'aplanissement culturel absolu guettant le relativisme de nos soci&#233;t&#233;s et, de l'autre, de ne pas aggraver la radicalisation des hi&#233;rarchies culturelles. Pour &#233;viter le premier &#233;cueil, il faut de fa&#231;on urgente cesser de penser l'enseignement de la culture au plus grand nombre comme une restitution d'une culture de la masse &#224; la masse elle-m&#234;me, dans une pure et simple n&#233;gation de la culture dite &#171; &#233;litiste &#187;. Cette culture d'&#233;lite n'est en effet plus tenue aujourd'hui par une &#233;lite sociale, mais bien par une &#233;lite &#233;conomique qui n'emprunte ses formes &#224; la culture que pour s'en parer. Les exemples se multiplient aujourd'hui qui montrent que les acteurs de la culture dite d'&#233;lite rejoignent la population la plus large dans une pauvret&#233; s'accroissant sans cesse et qui demeure, en cons&#233;quence, &#224; la merci d'un m&#233;c&#233;nat priv&#233; ou d'&#233;tat dont les exigences sont le plus souvent ignor&#233;es des m&#233;c&#232;nes eux-m&#234;mes (les subventions des conseils culturels de l'&#201;tat, par exemple, comportent en effet des crit&#232;res discriminant explicites, mais aussi implicites et plus retors). N&#233;anmoins, l'important demeure que la revendication d'une culture populaire contre une culture d'&#233;lite ou m&#234;me &#171; bourgeoise &#187; n'ait plus aucun sens ou qu'elle n'en ait qu'un seul, &#233;conomique en l'occurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;gression du pouvoir de la culture d'&#233;lite ne doit pas non plus mener au second &#233;cueil, c'est-&#224;-dire que cette culture doit &#233;viter de sombrer dans la nostalgie qu'on lui conna&#238;t de plus en plus et qui va croissant avec le vieillissement de la population occidentale. Mais comment penser l'enseignement de la culture autrement que sur le mode de la r&#233;sistance, la condamnant &#224; un r&#244;le de pure conservation culturelle ressemblant bient&#244;t &#224; une pi&#232;ce de mus&#233;e inoffensive et faisant souvent le jeu des pouvoirs et des puissances priv&#233;es ? Car la culture est une affaire collective et son enseignement d'autant plus. Mais ce bien partag&#233; qu'est la culture peut aussi d&#233;partager ceux qui en font partie. Il y a en effet deux sens bien connus au mot &#171; culture &#187; : un sens horizontal, qui d&#233;signe les pratiques, les usages et les m&#339;urs d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, et un sens vertical, qui nomme le processus de civilisation menant &#224; une culture dite &#171; sup&#233;rieure &#187;. L'enseignement de la culture se d&#233;bat depuis la R&#233;volution fran&#231;aise avec les paradoxes impartis &#224; ce double sens, qui pousse &#224; la r&#233;partition des biens symboliques (aristocratiques et cl&#233;ricaux) au plus grand nombre pendant que celui-ci, de son c&#244;t&#233;, rejette ces biens symboliques comme les signes de son oppression historique. Ce dialogue de sourds est notre h&#233;ritage d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de faire cro&#238;tre cet h&#233;ritage et au risque de faire grandir avec lui le malentendu qui lui est consubstantiel, il faut d'abord rappeler que l'enseignement de la culture n'est un v&#233;ritable &#171; enseignement &#187; que dans la mesure o&#249; il ajoute &#224; la culture horizontale une dimension verticale. Mais il est n&#233;cessaire ensuite d'agir. Et si l'action doit garder pour principe l'ouverture de la culture au plus grand nombre, elle doit surtout penser une culture dans laquelle l'&#233;l&#233;vation symbolique demeure possible pour tous. Afin de favoriser cette &#233;galit&#233; des chances et que la chance en question offre une possibilit&#233; de s'&#233;lever au-dessus de la culture ambiante, l'action doit consister &#224; mettre en place un dispositif permettant cette ascension culturelle aux d&#233;munis culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la solution se trouve dans le retour aux politiques &#233;ducatives inaugur&#233;es par la R&#233;volution et d&#233;velopp&#233;es par l'Empire, qui avait mis en place un syst&#232;me &#233;ducatif qu'il est urgent de repenser &#224; neuf. Contre la seule chance des nantis et des bien n&#233;s, Napol&#233;on 1er accorde (th&#233;oriquement) la chance au seul m&#233;rite dans ce syst&#232;me &#233;ducatif r&#233;volutionnaire qui s'appelle en France l'&#201;cole Normale pour le plus grand nombre et l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure pour ceux que l'ardeur au travail et la volont&#233; de servir la nation &#233;l&#232;vent au-dessus la culture ambiante. Bien s&#251;r, ce syst&#232;me est loin d'&#234;tre parfait et cr&#233;e &#224; sa fa&#231;on des in&#233;galit&#233;s, entre autres dans l'h&#233;ritage culturel des normaliens qui engendrent le plus souvent d'autres normaliens, dans une concentration des bien symboliques de plus en plus dense. Mais ce mod&#232;le reste n&#233;anmoins le plus proche de l'enseignement id&#233;al de la culture en ce qu'il permet th&#233;oriquement aux enfants des bourgs les plus recul&#233;s d'acc&#233;der &#224; une culture sup&#233;rieure non seulement gratuite, mais surtout r&#233;mun&#233;r&#233;e par l'&#201;tat. Faire en sorte que ce mod&#232;le th&#233;orique se rapproche le plus possible de la r&#233;alit&#233; des politiques &#233;ducatives nationales est aujourd'hui la t&#226;che de ceux et celles qui ont &#224; c&#339;ur la solidarit&#233; sociale et la culture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Beaulieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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