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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Empire sur l'&#233;dition</title>
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		<dc:date>2008-07-20T20:31:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Fran&#231;ois Nadeau</dc:creator>


		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
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		<dc:subject>Nadeau, Jean-Fran&#231;ois </dc:subject>

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&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; l'empire Quebecor met la main sur Sogides, le plus gros groupe d'&#233;dition et de distribution de livres au Qu&#233;bec, les puissants continuent d'op&#233;rer une v&#233;ritable r&#233;volution conservatrice dans ce secteur. En effet, avec l'achat successif de la plupart des maisons d'&#233;dition bien &#233;tablies depuis dix ans, des entreprises comme Bertelsman, Editis, Vivendi, Privat et d&#233;sormais Quebecor contr&#244;lent, dans une tr&#232;s large mesure, le processus de publication, c'est-&#224;-dire l'ensemble des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Les-non-lieux-de-la-" rel="directory"&gt;Dossier : Les non-lieux de la culture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nadeau-Jean-Francois-+" rel="tag"&gt;Nadeau, Jean-Fran&#231;ois &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; l'empire Quebecor met la main sur Sogides, le plus gros groupe d'&#233;dition et de distribution de livres au Qu&#233;bec, les puissants continuent d'op&#233;rer une v&#233;ritable r&#233;volution conservatrice dans ce secteur. En effet, avec l'achat successif de la plupart des maisons d'&#233;dition bien &#233;tablies depuis dix ans, des entreprises comme Bertelsman, Editis, Vivendi, Privat et d&#233;sormais Quebecor contr&#244;lent, dans une tr&#232;s large mesure, le processus de publication, c'est-&#224;-dire l'ensemble des &#233;tapes permettant au texte d'un auteur d'acc&#233;der, de la meilleure fa&#231;on possible, &#224; une existence publique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quebecor poss&#233;dait d&#233;j&#224; les &#233;ditions Stank&#233;, Libre Expression, Tr&#233;carr&#233;, CEC, Logique et quelques &#233;tiquettes populaires. Le conglom&#233;rat contr&#244;lait en outre, depuis des ann&#233;es, son propre r&#233;seau de distribution. Ce r&#233;seau s'appuie principalement sur sa cha&#238;ne de librairies, Archambault, tout en comptant sur la collaboration plus ou moins r&#233;v&#233;rencieuse de ses diff&#233;rents m&#233;dias, &#224; commencer par ses journaux et ses stations de t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'achat de Sogides, Quebecor met la main sur les &#201;ditions de l'Homme, les &#201;ditions du Jour, l'Hexagone, VLB &#233;diteur et Typo. Bref, elle acquiert un des meilleurs catalogues au pays. Mais elle s'empare surtout d'un fort r&#233;seau de distribution, celui des messageries ADP, qui exerce le contr&#244;le r&#233;el en Am&#233;rique du Nord sur pr&#232;s de 125 maisons d'&#233;dition d'ici et d'ailleurs, dont Albin Michel, Robert Laffont, XO, Seghers, Belfond et le Robert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il noter au passage que l'ancien propri&#233;taire de Sogides, Pierre Lesp&#233;rance, d&#233;sormais patron de tout le groupe d'&#233;dition de Quebecor, est personnellement actionnaire (&#224; hauteur de 20 %) de la cha&#238;ne de librairies Renaud-Bray ? Sa participation doit d'ailleurs d'ici peu grimper &#224; 30 %. &#194;g&#233; de 67 ans, ce jovial homme d'affaires, doubl&#233; d'un &#233;diteur au grand flair, passe d&#233;sormais une partie de sa vie en Floride &#224; jouer au golf et &#224; prendre soin de ne pas subir une nouvelle crise cardiaque. Entre les mains de qui, croyez-vous, ses actions de Renaud-Bray tomberont-elles lorsqu'il en aura assez de se d&#233;penser pour des bouquins ? Alors que le paysage de l'&#233;dition qu&#233;b&#233;coise n'a jamais &#233;t&#233; aussi concentr&#233;, inutile d'&#234;tre grand g&#233;nie pour comprendre qu'il pourrait l'&#234;tre encore davantage avant longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;dition subventionn&#233;e
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes sur les origines du livre au Qu&#233;bec ont beau, depuis quelques ann&#233;es, se multiplier, il n'en demeure pas moins vrai que l'&#233;dition telle qu'on la conna&#238;t n'a gu&#232;re exist&#233; en ce pays avant les ann&#233;es 1960, o&#249; elle commen&#231;a &#224; se configurer parce qu'une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'&#233;crivains mit en place une litt&#233;rature enracin&#233;e faite ici pour des gens d'ici, avec l'aide de nouveaux &#233;diteurs et critiques qui d&#233;fendirent l'&#233;mergence de voix nouvelles, tant dans le domaine de l'essai, du roman que de la po&#233;sie. Depuis toujours, cet &#233;difice &#233;ditorial tenait essentiellement gr&#226;ce &#224; des reconnaissances symboliques et id&#233;ologiques, sans v&#233;ritable contrepartie &#233;conomique &#8211; et c'est pourquoi on n'en finirait plus d'&#233;voquer ici les aventures &#233;ditoriales p&#233;rilleuses que men&#232;rent, &#224; bout de bras, des gens comme Victor-L&#233;vy Beaulieu, Gaston Miron, Jacques H&#233;bert ou G&#233;rald Godin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; vrai dire, l'&#233;dition au Qu&#233;bec ne fut un commerce relativement payant que durant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs &#233;diteurs montr&#233;alais profit&#232;rent alors de l'occupation de la France par les Nazis. Comme il n'y avait l&#224;-bas plus de livres ou presque, on les imprimait ici, &#224; la va-vite. Parmi ces entrepreneurs de circonstance, on trouve entre autres Henri-Paul P&#233;ladeau, fr&#232;re du fondateur de l'empire Quebecor. P&#233;ladeau fr&#232;re se cassera la gueule comme ses confr&#232;res lorsque, la guerre termin&#233;e, Paris redevint Paris, c'est-&#224;-dire lorsque les &#233;diteurs recommenc&#232;rent &#224; lire, &#224; commander et &#224; encourager la production de vrais livres plut&#244;t qu'&#224; se contenter de faire tourner les imprimeries &#224; toute vitesse comme il le faisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XXe si&#232;cle, les taux de rendement dans l'&#233;dition n'ont jamais d&#233;pass&#233;, au mieux, les 5 %. Et comme, au Qu&#233;bec, on consid&#232;re qu'un titre se vend bien lorsqu'il atteint 1 000 ventes seulement, personne de la finance ne s'est jamais tellement int&#233;ress&#233; &#224; ce secteur... L'&#233;dition, ici comme ailleurs, est d'abord une affaire de passion et de c&#339;ur. Pour cette raison, il s'agit d'un des derniers secteurs culturels &#224; &#234;tre compl&#232;tement colonis&#233; par les grandes entreprises capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;dition au Qu&#233;bec correspond &#224; la fois &#224; l'expression d'une prise de conscience d'une soci&#233;t&#233; sur elle-m&#234;me, mais aussi &#224; un miracle de la subvention. Aucune maison d'&#233;dition n'existerait et ne survivrait longtemps si elle n'&#233;tait pas soutenue par plusieurs programmes de subventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les maisons d'&#233;dition reconnues re&#231;oivent de l'aide financi&#232;re du gouvernement du Qu&#233;bec (SODEC), du Conseil des Arts du Canada, du PADIE (&lt;i&gt;Programme d'aide au d&#233;veloppement de l'industrie de l'&#233;dition&lt;/i&gt;) et du programme de Cr&#233;dit d'imp&#244;t. Toutes ces interventions &#233;tatiques sont fond&#233;es sur les chiffres d'affaire ou les chiffres de production des maisons. Seul le Conseil des Arts du Canada &#233;tablit les montants de ses bourses en proc&#233;dant &#224; des &#233;valuations r&#233;elles des ouvrages soumis par chacun des &#233;diteurs. Pour l'essentiel, cela veut tout de m&#234;me dire qu'il est tout &#224; fait possible de produire n'importe quoi &#8211; &#224; condition que ce soit canadien, plus ou moins bien mis en forme, puis reli&#233; &#8211; et de recevoir de l'argent de l'&#201;tat pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grosses maisons d'&#233;dition, celles dont les chiffres d'affaires sont d&#233;j&#224; imposants, raflent l'essentiel des fonds publics destin&#233;s &#224; l'&#233;dition en produisant beaucoup de titres &#224; chaque ann&#233;e. Or, la majorit&#233; de ces maisons sont aujourd'hui la propri&#233;t&#233; de Quebecor. Cet empire peut, en principe, continuer de toucher autant de subventions qu'il poss&#232;de de maisons en faisant valoir des &#171; missions &#233;ditoriales &#187; diff&#233;rentes pour chacune d'entre elles. Dans l'&#233;dition, on risque ainsi de se retrouver bien vite aux prises avec la m&#234;me situation que pour les magazines : des revues tr&#232;s rentables sur papier glac&#233; sont subventionn&#233;es grassement tandis que de petites productions, comme la d&#233;funte &lt;i&gt;Recto Verso&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt;, ne touchent pratiquement rien, ou m&#234;me rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration a surtout pour effet de produire ce qu'on appelle la &#171; censure du march&#233; &#187;. Investir dans l'achat de maisons peu rentables suppose que ces maisons fassent tout de m&#234;me l'effort de l'&#234;tre au maximum. En clair, cela signifie la publication prioritaire d'auteurs connus ou de livres destin&#233;s &#224; de larges segments de publics. Les risques pris en faveur de nouveaux talents ou de points de vue critiques sont alors r&#233;duits &#224; leur plus simple expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc aux petites maisons ind&#233;pendantes qu'incombe la t&#226;che de prendre des risques bien que, paradoxalement, elles soient aussi les moins soutenues. Mais ce qui pourrait les faire vivre se trouve vite r&#233;cup&#233;r&#233; d&#232;s que le message peut s'av&#233;rer rentable. Les livres de Noam Chomsky en constituent un bon exemple. Introuvables en fran&#231;ais durant des ann&#233;es, ils ont d'abord &#233;t&#233; publi&#233;s par de petites maisons militantes. Aujourd'hui, les livres du professeur du MIT sont publi&#233;s par des maisons appartenant &#224; de grands groupes &#233;conomiques, dont Fayard et Stock. Un autre exemple ? Les petits livres publi&#233;s par le mouvement ATTAC. V&#233;ritables succ&#232;s d'&#233;dition, ces livres profitent pourtant d'abord et avant tout &#224; l'&#233;diteur, Mille &amp; Une Nuits, propri&#233;t&#233; du groupe Hachette-Matra, c'est-&#224;-dire un des plus grands fabricants d'armes au monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les grandes entreprises ont tendance &#224; augmenter le nombre de titres publi&#233;s pour favoriser leur rentabilit&#233;. Le jeu consiste &#224; lancer de plus en plus de bouteilles &#224; la mer en esp&#233;rant ainsi qu'on r&#233;ussira au moins &#224; en voir une arriver &#224; bon port. En France, le nombre de livres publi&#233;s a ainsi doubl&#233; en une d&#233;cennie pour atteindre 50 000 nouveaux titres en 2004. Au Qu&#233;bec, on compte d&#233;sormais environ 5 000 nouveaut&#233;s chaque ann&#233;e contre tout juste une centaine en 1960. Cons&#233;-quence directe de la surproduction : la cadence du remplacement des nouveaut&#233;s en librairie s'accentue. Apr&#232;s moins de trois mois d'existence sur les rayons d'un libraire, un livre est d&#233;sormais jug&#233; vieux et se voit remplac&#233; par d'autres, &#224; un rythme purement industriel. Que faire avec les vieux livres neufs ? Jamais dans l'histoire autant de livres neufs n'ont-ils &#233;t&#233; pilonn&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Colonisation du monde
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi un empire comme celui de Quebecor, apr&#232;s avoir conquis les imprim&#233;s, la t&#233;l&#233;vision, le c&#226;ble, la t&#233;l&#233;phonie et l'imprimerie, finit-il par s'int&#233;resser &#224; un secteur jug&#233; depuis toujours comme incertain et pratiquement d&#233;ficitaire ? Et pourquoi tous les grands groupes du &#171; divertissement &#187; finissent-ils par faire de m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, ces empereurs de la finance sont les colonisateurs d'un si&#232;cle nouveau qui estiment, comme ceux des si&#232;cles pass&#233;s, devoir imposer partout leurs propres r&#232;gles de civilisation simplement afin de s'assurer de leur prestige &#224; domicile. M&#234;me les formes de contre-culture sont facilement r&#233;cup&#233;r&#233;es par ces groupes qui savent d&#233;sormais tirer leur miel d'&#224; peu pr&#232;s n'importe quoi. Il en r&#233;sulte une d&#233;sensibilisation progressive du social et du culturel qui sont d&#232;s lors assimil&#233;s au simple statut d'engrenages &#233;conomiques. La logique de pareille entreprise est de fonder son propre syst&#232;me &#233;cologique o&#249; tout se suffit &#224; lui-m&#234;me, &#224; l'int&#233;rieur d'un vase clos. Dans cette fabrication du monde auquel se livrent les empires &#233;conomiques, acheter des maisons d'&#233;dition ne co&#251;te presque rien et peut rapporter beaucoup. Cela procure, d'abord et surtout, un pouvoir symbolique : un prestige li&#233; au savoir, &#224; la culture et &#224; la m&#233;moire. Mais cela rapporte aussi, dans un second temps, de l'argent. Comment ? Gr&#226;ce au syst&#232;me de distribution, seul maillon vraiment rentable de la cha&#238;ne &#233;ditoriale. Et avec de l'argent, on ach&#232;te encore autre chose, toujours selon une m&#234;me logique colonisatrice...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Fran&#231;ois Nadeau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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