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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Int&#233;gration r&#233;volutionnaire ou d&#233;sint&#233;gration ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Integration-revolutionnaire-ou</link>
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		<dc:date>2008-08-13T16:29:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yves Pedrazzini</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Logement, transports et &#233;cologie urbaine</dc:subject>
		<dc:subject>Pedrazzini, Yves </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s une p&#233;riode d'innovation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le Venezuela d'aujourd'hui semble vouloir revenir &#224; un ordre du jour socialiste finalement moins du XXIe si&#232;cle que des ann&#233;es 1950. Sur le plan de l'urbanisme, la mise en chantier des &#171; villes socialistes &#187; est un d&#233;sastre pour l'environnement, spatial et social, car elle d&#233;coule d'une planification urbaine dont les principes, sinon l'action, sont r&#233;volus. Or, pour &#234;tre v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire, le Venezuela doit poursuivre sa &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-22-dec-2007-jan-2008-" rel="directory"&gt;No 022 - d&#233;c. 2007 / jan. 2008&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Logement-transports-et-ecologie-+" rel="tag"&gt;Logement, transports et &#233;cologie urbaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pedrazzini-Yves-+" rel="tag"&gt;Pedrazzini, Yves &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s une p&#233;riode d'innovation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le Venezuela d'aujourd'hui semble vouloir revenir &#224; un ordre du jour socialiste finalement moins du XXIe si&#232;cle que des ann&#233;es 1950. Sur le plan de l'urbanisme, la mise en chantier des &#171; villes socialistes &#187; est un d&#233;sastre pour l'environnement, spatial et social, car elle d&#233;coule d'une planification urbaine dont les principes, sinon l'action, sont r&#233;volus. Or, pour &#234;tre v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire, le Venezuela doit poursuivre sa &#171; bolivarisation &#187;. L'urbanisme du XXIe si&#232;cle sera cr&#233;ole et populaire ou ne sera pas !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soutenir une cause n'interdit pas de lui porter un regard critique. Au contraire, fermer les yeux sur certains d&#233;fauts de ceux qu'on aime ne leur rend pas service et laisse le champ de la critique &#224; ceux cherchant &#224; d&#233;truire et non &#224; construire. Il importe de dire cela parce que le Venezuela d'aujourd'hui &#8212; dont nous soutenons pour l'essentiel les changements en cours &#8212; a paru extr&#234;mement susceptible ces derniers mois, d&#232;s lors qu'on abordait, m&#234;me de mani&#232;re informelle, certains aspects &#171; probl&#233;matiques &#187; de la r&#233;volution bolivarienne. Au lieu de parler de socialisme, comme le fait le pr&#233;sident Ch&#225;vez, au moment o&#249;, en Europe, le socialisme glisse lentement mais s&#251;rement vers la d&#233;mocratie sociale au point de faire de cette id&#233;ologie de centre-gauche le v&#233;ritable socialisme contemporain, pourquoi ne pas persister, sur le mode original ayant caract&#233;ris&#233; le d&#233;but des ann&#233;es 2000 au Venezuela, &#224; promouvoir une r&#233;volution in&#233;dite et un socialisme cr&#233;ole &#8212; &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt;, ainsi que les V&#233;n&#233;zu&#233;liens se d&#233;finissent &#8212;, carib&#233;en, hybride, capable de servir les classes populaires dans leur sp&#233;cificit&#233; tropicale et leurs diff&#233;rences d'avec les ouvriers de Manchester ou de la Rh&#233;nanie ayant servi de r&#233;f&#233;rence aux premiers penseurs socialistes ? Il faut que le Venezuela fasse confiance &#224; son idiosyncrasie, &#224; son tropicalisme, et ne cherche pas &#224; s'appuyer sur des th&#233;ories ayant progressivement men&#233; les forces de gauche europ&#233;ennes vers l'enlisement et l'inaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en chantier par la &lt;i&gt;Mission Villanueva&lt;/i&gt; (sorte de minist&#232;re de la Construction, du nom du grand architecte v&#233;n&#233;zu&#233;lien) des &#171; &lt;i&gt;villes socialistes&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;pour les gens&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;la famille&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;pas au service du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;, alors m&#234;me qu'elles sont annonc&#233;es comme antilib&#233;rales et &#233;cologiques, est d&#233;sastreuse en raison des principes r&#233;volus dont elle proc&#232;de &#8212; le concept de villes socialistes (jusqu'&#224; 100 000 habitants) se r&#233;f&#232;re explicitement aux politiques de l'URSS de 1918 et de la R&#233;volution cubaine. Il s'agit &#224; notre avis d'une erreur d'orientation en mati&#232;re d'urbanisme et d'habitat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fronti&#232;res int&#233;rieures de la r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'il est &#233;vident que le Venezuela a avanc&#233; ces derniers temps de mani&#232;re remarquable sur de nombreuses questions fondamentales et que d'importantes transformations ont boulevers&#233; le paysage social et politique national, on peut aussi penser que certaines choses persistent et persisteront encore, m&#234;me si leur changement est r&#233;guli&#232;rement proph&#233;tis&#233;. Il s'agit pour cela de regarder ces milliers de maisons qui continuent &#224; dominer de leur pr&#233;carit&#233; les avenues de Caracas, et non seulement les b&#226;timents neufs et rouges des &#171; missions &#187; qui bordent le &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt; &#8212; ces quartiers populaires autoconstruits typiques des villes d'Am&#233;rique latine et mieux connus sous leur nom br&#233;silien de &lt;i&gt;favelas&lt;/i&gt;. En 2007, demeure donc &#224; l'&#233;vidence la fragilit&#233; des autoconstructions populaires ou, quand ces constructions sont solides, la fragilit&#233; de leurs assises, soit parce que leurs bases sont bien maigres pour supporter quatre ou cinq &#233;tages de briques, soit parce que le statut du terrain, occup&#233; ill&#233;galement, est bien flou ou que l'ins&#233;curit&#233; sociale et &#233;conomique est plus grande encore que celle que font r&#233;gner (dit-on), la nuit tomb&#233;e, des bandes d'adolescents arm&#233;s. Reste, surtout, la pauvret&#233; absolue de nombreuses familles qui attendent avec une foi pa&#239;enne les retomb&#233;es financi&#232;res du nouveau miracle p&#233;trolier. Demeure enfin la salet&#233; des ruelles que les &#233;boueurs ne visitent pas, les maladies dont les chiens ne voudraient pas, des ventres affam&#233;s qu'entourent des bras sans travail, des enfants sans cahiers qui jouent &#224; devenir des adultes pr&#234;ts &#224; vivre leur vie violente et &#224; mourir sans &#234;tre sortis de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant reste aussi l'espoir que le changement, la r&#233;volution parviendront &#224; se frayer un chemin jusqu'ici, au c&#339;ur de la ville qui bat, au milieu du monde des villes, au centre de la terre urbaine. Pour quelques-uns, le miracle a parfois lieu, la r&#233;volution fonctionne : ils travaillent, se remettent &#224; manger et leurs enfants &#233;crivent dans des cahiers d'&#233;cole ; ils sont r&#233;int&#233;gr&#233;s, r&#233;habilit&#233;s, r&#233;ins&#233;r&#233;s ; ils portent fi&#232;rement leur citoyennet&#233; retrouv&#233;e. On ne saurait minimiser les effets positifs de la R&#233;volution sur les conditions de vie de beaucoup d'habitants pauvres des &lt;i&gt;barrios&lt;/i&gt;, conditions qui, de toute &#233;vidence, sont meilleures qu'elles ne l'ont jamais &#233;t&#233; et qui ne le seront jamais s'il arrivait que le temps pass&#233; revienne avec son train d'in&#233;galit&#233;s et de mis&#232;res. Mais &#224; part ceux-l&#224;, combien d'autres restent plong&#233;s dans l'obscurit&#233; de leur ruelle insalubre, se lamentant de la faim de leurs enfants, de la pauvret&#233; qui s'installe chez eux &#224; demeure, ceux qui n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la paradoxale reconnaissance actuelle de la &#171; culture populaire &#187;, de la culture du &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le peuple et son habitat urbain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de l'urbanisme, la r&#233;volution bolivarienne a 50 ans de retard. Elle pense la ville et ses quartiers pauvres comme l'aurait fait un urbaniste europ&#233;en dans les ann&#233;es 1950 &#8212; ou cubain d&#232;s 1960 : elle pr&#244;ne la r&#233;habilitation int&#233;grale et l'int&#233;gration d'un habitat populaire qu'elle d&#233;truit pourtant, reproduisant plus ou moins consciemment une pens&#233;e urbanistique de droite, une pens&#233;e anti-urbaine en r&#233;alit&#233;, celle qui a toujours vis&#233; la d&#233;sint&#233;gration du &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt;. Cette pens&#233;e destructive qui se voudrait constructive et socialiste est, h&#233;las, d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans de nombreuses zones de la capitale Caracas. En r&#233;pondant par la d&#233;molition aux probl&#232;mes des logements qu'il a d&#233;clar&#233;s &#171; &lt;i&gt;en situation de risque&lt;/i&gt; &#187;, le gouvernement a d'ores et d&#233;j&#224; chass&#233; des milliers d'habitants du &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt;, qui attendent ensuite l'hypoth&#233;tique construction de leur nouvelle maison dans une future ville socialiste qui peine &#224; &#233;merger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre point de vue, cette r&#233;volution, dont les acquis sur d'autres plans sont remarquables, &#233;choue largement en mati&#232;re de gestion urbaine, ne parvenant jamais &#224; se hisser &#224; la hauteur de l'innovation urbanistique, architecturale et constructive permanente des &lt;i&gt;barrios&lt;/i&gt;. Depuis une bonne quinzaine d'ann&#233;es, les gouvernements ont pr&#233;f&#233;r&#233; raser les quartiers autoconstruits que d'en reconna&#238;tre la singularit&#233; sociale et spatiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#232;s 1992, la question de &#171; l'int&#233;gration &#187; et de la &#171; r&#233;habilitation &#187; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ce qui se passe actuellement dans plusieurs zones du centre de Caracas, comme San Agustin del Norte et del Sur. Au mieux, l'&#201;tat &#233;quipe et am&#233;liore, mais ne l&#233;gitime pas. Sur cette question, le gouvernement de Ch&#225;vez agit de mani&#232;re paradoxale. D'un c&#244;t&#233;, on fait allusion au &#171; &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; &#187; comme protagoniste privil&#233;gi&#233; de la r&#233;volution, mais en ce qui concerne l'habitat du peuple, on en revient aux m&#234;mes vieilles pratiques indignes de d&#233;logement et de &#171; replacement &#187;, si possible loin de la grande ville encore per&#231;ue comme le lieu de la perversion capitaliste. En milieu urbain, la cr&#233;ativit&#233; populaire n'est pas reconnue, fait &#233;trange puisque par ailleurs le gouvernement met en exergue les valeurs et l'idiosyncrasie du peuple v&#233;n&#233;zu&#233;lien. Mais cela ne concerne pas l'habitat urbain de ce peuple et sa spatialisation contemporaine : le &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt;, pourtant populaire. Un certain urbanisme &#171; r&#233;volutionnaire &#187; voudrait &#233;radiquer le &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt; alors qu'il devrait &#234;tre, en tant que milieu construit et espace social, le point de d&#233;part de toute pens&#233;e de la ville au Venezuela, sinon dans toute l'Am&#233;rique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Barrio&lt;/i&gt;, habitat &#171; total &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; se d&#233;finit d'abord par son rapport &#224; l'espace, par sa fa&#231;on sp&#233;cifique d'occuper cet espace et par les conflits qui y prennent place. Ce rapport, dans une soci&#233;t&#233; qui se veut r&#233;volutionnaire, peut &#234;tre ou non r&#233;volutionnaire. Il peut aller ou non dans le sens d'un changement social. Le &#171; contexte &#187; est plus qu'un support aux pratiques sociales : c'est aussi une situation sociopolitique dont la spatialisation peut contredire le projet. D&#232;s lors, l'int&#233;gration &#8212; sociale et spatiale &#8212; d'un &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt; &#224; un espace de la division (la m&#233;tropole latino-am&#233;ricaine) doit consister en un acte r&#233;volutionnaire s'il veut co&#239;ncider avec un processus r&#233;volutionnaire. C'est pourquoi il ne s'agit plus de construire &#171; &lt;i&gt;du social&lt;/i&gt; &#187;, comme &#171; &lt;i&gt;avant&lt;/i&gt; &#187;, mais de cr&#233;er les conditions sociales d'une liaison spatiale des &lt;i&gt;barrios&lt;/i&gt; vers &#171; la ville &#187;, afin de leur permettre, simplement, d'&#234;tre enfin aussi &#171; la ville &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une exp&#233;rience r&#233;volutionnaire a pourtant surgi de cet urbanisme &#171; antir&#233;volutionnaire &#187; d'&#201;tat. Il s'agit du Comit&#233; des &lt;i&gt;Tierras urbanas&lt;/i&gt;, auto-organisation populaire destin&#233;e &#224; g&#233;rer les transferts de la propri&#233;t&#233; vers les communaut&#233;s de base et &#224; r&#233;gulariser la situation l&#233;gale des squatters en leur octroyant la propri&#233;t&#233; de leurs maisons. Voil&#224; une action novatrice qui r&#233;nove non seulement la forme mais surtout le fond du probl&#232;me de l'habitat v&#233;n&#233;zu&#233;lien, l'approche du &#171; &lt;i&gt;probl&#232;me des barrios&lt;/i&gt; &#187; et de leur mise &#224; l'&#233;cart sociale et spatiale. Dans ce cas unique, une alliance spatiale est possible entre habitants et professionnels ; elle va dans le sens d'une v&#233;ritable int&#233;gration, sans d&#233;sint&#233;gration, du &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il convient de rappeler qu'une telle alliance &#233;tait d&#233;j&#224; demand&#233;e d&#232;s la fin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne, pas m&#234;me Ch&#225;vez, ne peut faire le bonheur du peuple sans le consulter. La n&#233;cessaire r&#233;habilitation et int&#233;gration des &lt;i&gt;barrios&lt;/i&gt; ne pourra se faire que si les habitants des &lt;i&gt;barrios&lt;/i&gt; sont les acteurs centraux des op&#233;rations, que s'ils ne sont ni des ex&#233;cutants d'un projet parachut&#233; par ceux d'en haut (fussent-ils socialistes et r&#233;volutionnaires) ni les &#171; b&#233;n&#233;ficiaires &#187; d'une politique de la ville qui fait d'eux un &#233;l&#233;ment parmi d'autres des &lt;i&gt;questions &#224; r&#233;gler&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La cit&#233; &#171; Camino de los Indios &#187; pr&#233;vue sur 11 000 hectares au milieu de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s &#224; un habitat digne pour les pauvres reste un probl&#232;me vieux comme le monde capitaliste. L'habitat de notre temps refl&#232;te les in&#233;galit&#233;s de notre temps, mais on ne se d&#233;barrassera pas de ces in&#233;galit&#233;s en se d&#233;barrassant de l'habitat des pauvres. Au contraire, &#224; leur pauvret&#233;, les op&#233;rations de r&#233;novation ajoutent le plus souvent la perte de leur maison qui, quoi que puissent en penser les experts, est une maison &#171; totale &#187;, un lieu d'identit&#233;, un refuge, un point de d&#233;part vers un avenir meilleur. Quand bien m&#234;me sa forme serait celle d'un &lt;i&gt;rancho&lt;/i&gt; fragile, elle resterait une maison, dont la perte ou la d&#233;molition est toujours terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple des &lt;i&gt;barrios&lt;/i&gt; a attendu un si&#232;cle que l'on s'int&#233;resse sinc&#232;rement &#224; son sort. Il peut attendre encore. Ce qu'il ne peut plus, c'est accepter d'&#234;tre une nouvelle fois laiss&#233; de c&#244;t&#233; et de voir son destin r&#233;gl&#233; malgr&#233; lui. La question de l'habitat n'est pas anecdotique, car le Venezuela est un pays urbain &#224; 90 % et on ne peut envoyer les habitants pauvres de ses villes vers un mythique &lt;i&gt;llano&lt;/i&gt;. Ce qui est en jeu est d'importance : pour le gouvernement bolivarien et l'urbanisme &#171; &lt;i&gt;socialiste du XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;, il s'agit tout simplement de ne pas d&#233;cevoir le peuple urbain du &lt;i&gt;barrio &#8212; el bravo pueblo&lt;/i&gt;, comme dit l'hymne national, qui invite aussi &#224; &#171; &lt;i&gt;suivre l'exemple que Caracas donna&lt;/i&gt; &#187;, l'exemple d'une ville cr&#233;ative, malgr&#233; tout.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#232;s 1992, la question de &#171; &lt;i&gt;l'int&#233;gration&lt;/i&gt; &#187; et de la &#171; &lt;i&gt;r&#233;habilitation&lt;/i&gt; &#187; des &lt;i&gt;barrios&lt;/i&gt; &#233;tait discut&#233;e &#224; l'Universit&#233; Centrale de Venezuela et nous avons pu y faire valoir notre point de vue. Voir M. Sanchez R. et Y. Pedrazzini, &#171; Riesgos de perturbacion en las relaciones sociales existentes en el barrio como consecuencia de los pocesos de rehabilitacion &#187;, dans &lt;i&gt;La questi&#243;n de los barrios&lt;/i&gt;, sous la direction de T. Bolivar et J. Baldo, Caracas, Monte Avila Editores et UCV, 1993, p. 237-246.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il convient de rappeler qu'une telle alliance &#233;tait d&#233;j&#224; demand&#233;e d&#232;s la fin des ann&#233;es 1980 par l'&#233;quipe de &#171; &lt;i&gt;Ciudades de la gente&lt;/i&gt; &#187; dirig&#233;e par l'architecte Teolinda Bolivar, dont les travaux pionniers de recherche-action sur l'habitat autoconstruit remontent m&#234;me au d&#233;but des ann&#233;es 1960. Qu'a-t-on exploit&#233; de cette &#339;uvre immense ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La cit&#233; &#171; &lt;i&gt;Camino de los Indios&lt;/i&gt; &#187; pr&#233;vue sur 11 000 hectares au milieu de collines encore vierges devrait compter avec la r&#233;alisation d'une premi&#232;re vague de construction de 40 immeubles sur 20 hectares.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yves Pedrazzini&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercheur au laboratoire de sociologie urbaine (LaSUR) de l'&#201;cole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne (EPFL), en Suisse, dans le cadre du Centre national de comp&#233;tences en recherche &#171; Nord-Sud &#187; (NCCR North-South). Auteur de &lt;i&gt;La violence des villes&lt;/i&gt;, paru chez &#201;cosoci&#233;t&#233; en 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La violence des villes</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-violence-des-villes</link>
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		<dc:date>2008-07-27T15:23:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard, Yves Pedrazzini</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Pedrazzini, Yves </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yves Pedrazzini, La violence des villes, &#201;cosoci&#233;t&#233;, Collection &#171; Enjeux plan&#232;te &#187;, Montr&#233;al, 2005. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; L'air de la ville rend libre &#187; disait-on au XVIIIe si&#232;cle, &#233;voquant ainsi le long combat que, en Europe, les communes urbaines avaient d&#251; mener contre l'ordre f&#233;odal. De fait, pour cette p&#233;riode et jusqu'&#224; la fin du XXe si&#232;cle, la cit&#233; semblait la plus belle cr&#233;ation de l'activit&#233; humaine, le signe mat&#233;riel de la civilisation et de la libert&#233;. Cependant, aujourd'hui, l'air citadin, bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-12-dec-2005-jan-2006-" rel="directory"&gt;No 012 - d&#233;c. 2005 / jan. 2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pedrazzini-Yves-+" rel="tag"&gt;Pedrazzini, Yves &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton376.jpg?1642092268' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;262&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yves Pedrazzini, &lt;i&gt;La violence des villes&lt;/i&gt;, &#201;cosoci&#233;t&#233;, Collection &#171; Enjeux plan&#232;te &#187;, Montr&#233;al, 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'air de la ville rend libre&lt;/i&gt; &#187; disait-on au XVIIIe si&#232;cle, &#233;voquant ainsi le long combat que, en Europe, les communes urbaines avaient d&#251; mener contre l'ordre f&#233;odal. De fait, pour cette p&#233;riode et jusqu'&#224; la fin du XXe si&#232;cle, la cit&#233; semblait la plus belle cr&#233;ation de l'activit&#233; humaine, le signe mat&#233;riel de la civilisation et de la libert&#233;. Cependant, aujourd'hui, l'air citadin, bien pollu&#233; il est vrai, ne semble plus porter que nuisances, menaces et violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des m&#233;gapoles appara&#238;t comme hors de tout contr&#244;le, permettant la prolif&#233;ration du crime et de la d&#233;linquance, prolif&#233;ration port&#233;e, entre autres, par la figure du &lt;i&gt;gang&lt;/i&gt; des quartiers pauvres, des bidonvilles, &lt;i&gt;favelas&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;townships&lt;/i&gt;. Pour Yves Pedrazzini, dans son ouvrage &lt;i&gt;La violence des villes&lt;/i&gt;, cette repr&#233;sentation de la cit&#233; comme lieu de toutes les violences constitue une cr&#233;ation sociale qui r&#233;pond &#224; des int&#233;r&#234;ts politiques et &#233;conomiques bien pr&#233;cis, les int&#233;r&#234;ts du capital globalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, parler de la violence des villes suppose de d&#233;finir les mots et, en premier lieu, ce qu'on entend par ville ainsi que son expansion. Si on examine les diverses statistiques disponibles, on constate que si le d&#233;veloppement urbain est global, il n'est pas pour autant homog&#232;ne et que ce ne sont pas les m&#233;gapoles qui, actuellement, se d&#233;veloppent le plus mais les villes de petite et de moyenne taille. Cette relativisation, au niveau quantitatif, de la croissance urbaine am&#232;ne l'auteur &#224; se pencher sur la nature m&#234;me de cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre neutre, le d&#233;veloppement des villes se fonde sur des rapports sociaux in&#233;galitaires, se traduisant par une fragmentation spatiale et une s&#233;gr&#233;gation &#224; l'encontre des pauvres. Triple violence &#224; l'&#339;uvre ici : violence politique avec l'ensemble des mesures s&#233;curitaires visant &#224; criminaliser la pauvret&#233;, violence &#233;conomique avec, entre autres, le processus de gentrification o&#249; l'on expulse les pauvres pour les relocaliser dans des ghettos et, enfin, violence symbolique, car la parole des pauvres, de ceux et celles qui subissent de plein fouet l'impact de ces politiques, n'est jamais prise en compte. Quand on parle de d&#233;veloppement urbain ou de violence urbaine, c'est l'urbanologue, le flic, le travailleur social ou le politique qui d&#233;blat&#232;rent, jamais la citadine ou le citadin appauvri qui tente, de peine et de mis&#232;re, de survivre dans cet espace et de cr&#233;er ce que Pedrazzini appelle un urbanisme de l'opprim&#233;. Certes, cette survie compte son lot de violence mais cette derni&#232;re, de la part des pauvres, est bien plus une r&#233;ponse et un d&#233;fi face &#224; la violence globalitaire du capital qu'un trait enracin&#233; dans la suppos&#233;e &#171; nature &#187; de la pauvret&#233;. Il y a cependant une urgence &#224; tendre l'oreille &#224; ces paroles du silence des pauvres et, surtout, &#224; &#339;uvrer pour que des espaces de r&#233;elle d&#233;mocratie urbaine puissent surgir, car la d&#233;structuration des villes &#224; laquelle on assiste sera telle qu'un jour nous ne pourrons plus v&#233;ritablement dialoguer avec l'autre. &#192; ce moment-l&#224;, l'air des cit&#233;s sera d&#233;cid&#233;ment irrespirable...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Brouillard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mondialisation, villes et violence</title>
		<link>https://www.ababord.org/Mondialisation-villes-et-violence</link>
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		<dc:date>2008-07-21T18:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard, Yves Pedrazzini</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pedrazzini, Yves </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yves Pedrazzini est chercheur au Laboratoire de sociologie urbaine de l'&#201;cole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne, en Suisse, o&#249; il coordonne des travaux sur la violence et la s&#233;curit&#233; urbaine. En 2005, il publi&#233; en 2005 le livre La violence des villes aux &#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;. Il a v&#233;cu dans les bidonvilles d'Am&#233;rique latine, d'Afrique, d'Asie et m&#234;me d'Am&#233;rique du Nord, puisqu'il a c&#244;toy&#233; les gangs de Caracas, Dakar, Bogota, Marseille ou encore Philadelphie. Qui de mieux alors que ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Pauvrete-et-controle-" rel="directory"&gt;Dossier : Pauvret&#233; et contr&#244;le social&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Controle-repression-et-securite-+" rel="tag"&gt;Contr&#244;le, r&#233;pression et &#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Inegalites-et-pauvrete-+" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s et pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pedrazzini-Yves-+" rel="tag"&gt;Pedrazzini, Yves &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton300.jpg?1642092250' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;340&#034; height=&#034;153&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yves Pedrazzini est chercheur au Laboratoire de sociologie urbaine de l'&#201;cole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne, en Suisse, o&#249; il coordonne des travaux sur la violence et la s&#233;curit&#233; urbaine. En 2005, il publi&#233; en 2005 le livre &lt;i&gt;La violence des villes&lt;/i&gt; aux &#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;. Il a v&#233;cu dans les bidonvilles d'Am&#233;rique latine, d'Afrique, d'Asie et m&#234;me d'Am&#233;rique du Nord, puisqu'il a c&#244;toy&#233; les gangs de Caracas, Dakar, Bogota, Marseille ou encore Philadelphie. Qui de mieux alors que ce chercheur pour nous parler des formes que prend le contr&#244;le social des populations appauvries dans le cadre du d&#233;veloppement urbain mondial ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; b&#226;bord ! :&lt;/strong&gt; Comment, selon vous, le d&#233;veloppement actuel des villes s'articule-t-il avec le processus de globalisation que conna&#238;t le capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yves Pedrazzini :&lt;/strong&gt; La ville contemporaine &#8211; en particulier et, pour autant que cette sp&#233;cification ait un sens exact, la &#171; grande ville du Sud &#187; &#8211; ne se d&#233;veloppe ni en accord, ni en d&#233;saccord avec le processus de globalisation parce qu'il en est une expression fondamentale. De fait, on peut dire que le processus d'urbanisation est la transcription au sol du processus de globalisation &#233;conomique, sa territorialisation et son &#233;volution spatiale en temps r&#233;el. Son ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes m&#233;tropoles &lt;i&gt;sont&lt;/i&gt; la globalisation, moins cependant en raison des niches de la globalit&#233; qui s'y cr&#233;ent (les portions informationnelles et communicationnelles que sont les nouveaux &#171; beaux quartiers &#187;, bien que virtuels, de l'Am&#233;rique latine ou de l'Afrique), que des poches de n&#233;gativit&#233; des suppos&#233;s bienfaits de la globalisation. Je veux &#233;videmment parler des bidonvilles, des gangs, de la violence et des trafics qui constituent l'envers de la mondialit&#233;, ou peut-&#234;tre l'endroit, apr&#232;s tout, tant il na&#238;t d'innovations sociales, culturelles, &#233;conomiques et m&#234;me politiques dans tous ces quartiers domin&#233;s du tiers-monde et avec la participation active de tout type d'acteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'appara&#238;t d&#233;sormais tr&#232;s clairement, apr&#232;s quand m&#234;me avoir partag&#233; bien des bi&#232;res glac&#233;es avec des &#171; gangsters &#187; assis au coin d'une ruelle du &lt;i&gt;barrio&lt;/i&gt;, que les changements, d&#233;sirables et salutaires, dont les grandes villes ont urgemment besoin pour survivre autrement que dans l'ordinaire guerre civile qui oppose des pauvres &#224; des mis&#233;rables, des exclus &#224; des marginaux et des &#171; bandits &#187; &#224; des &#171; m&#233;chants &#187;, ne viendront plus de &#171; politiques publiques &#187;. Les changements viendront d'initiatives d'habitants cherchant &#224; d&#233;tourner vers leurs espaces abandonn&#233;s les effets &#233;conomiques de cette globalisation ou, plus exactement, rusant avec les perversit&#233;s connues de la lib&#233;ralisation &#233;conomique au niveau mondial. On a souvent dit que les gangs avaient su adopter, avec un enthousiasme parfois d&#233;bordant, les pratiques du capitalisme sauvage. C'est en partie vrai. Mais il ne faut pas oublier que ces pratiques sont tout simplement impos&#233;es, la plupart du temps sans parachute, &#224; ces petits entrepreneurs de rue par les agents du capitalisme global. &#192; eux de se d&#233;brouiller pour devenir riches, sans mourir en essayant, comme a si bien entrepris de le faire le rappeur 50 Cents dans le monde du showbusiness&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB ! :&lt;/strong&gt; Dans ce cadre, comment est &#171; trait&#233;e &#187; la pauvret&#233; urbaine ? Assiste-t-on, dans ce traitement, &#224; des diff&#233;rences entre les villes du Nord et les villes du Sud ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YP :&lt;/strong&gt; La pauvret&#233; urbaine, telle qu'elle est produite aujourd'hui par des soci&#233;t&#233;s divis&#233;es &#233;conomiquement autant que socialement ou spatialement, est une cons&#233;quence programm&#233;e de telles divisions. Contrairement &#224; ce qui s'est pass&#233; depuis des si&#232;cles, au Moyen &#194;ge avec les paysans, lors de la R&#233;volution industrielle avec les ouvriers, au xxe si&#232;cle avec les petits employ&#233;s, les soci&#233;t&#233;s urbaines n'ont plus besoin des pauvres, aussi peu au Nord qu'au Sud. Ils n'ont m&#234;me plus le droit d'exister dans la n&#233;gativit&#233;, sous le nom de &#171; classes dangereuses &#187;. De dangereux, les pauvres sont devenus inutiles. Mais le pouvoir ne se satisfait pas de cette &#171; inutilit&#233; &#187; sociale : il veut leur invisibilit&#233;, leur disparition, leur marginalisation &#8211; qui est une chose bien diff&#233;rente que la pauvret&#233;. Sur cette question, bien peu de diff&#233;rences entre villes du Nord et du Sud sont &#224; signaler. Moins d'hypocrisie dans les politiques de marginalisation au Sud, peut-&#234;tre ? Et puis, au Sud encore, en Am&#233;rique latine, cet espoir grandissant d'un renouveau d&#233;mocratique qui induirait un abord renouvel&#233; de la question de la pauvret&#233; urbaine, au Br&#233;sil, au Venezuela, en Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB ! :&lt;/strong&gt; On parle souvent de criminalisation de la pauvret&#233;. Comment cette criminalisation se manifeste-t-elle ? Dans quel but ? En quoi le &#171; mod&#232;le &#187; am&#233;ricain (tol&#233;rance z&#233;ro, &#201;tat p&#233;nal prenant la place de l'&#201;tat social, etc.) repr&#233;sente-t-il un passage vers un gouvernement de l'ins&#233;curit&#233; sociale ? Ce mod&#232;le est-il repris par d'autres &#201;tats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YP :&lt;/strong&gt; Le moyen pour marginaliser les classes les plus pauvres des grandes villes a d'abord &#233;t&#233; trouv&#233; par la planification urbaine : en cr&#233;ant, &#224; l'&#233;cart des centres, des cit&#233;s ou bien en interdisant aux plus pauvres d'y construire leurs maisons et leur abandonnant &#224; cette fin de vagues terrains sur des collines arides. Les bidonvilles sont devenus en quelques d&#233;cennies le c&#244;t&#233; obscur des grandes villes de la modernit&#233;, leurs habitants des morts de faim et des pouilleux, des sous-cat&#233;gories sociales sans droit &#224; la lutte de classes. Mais cette strat&#233;gie n'a dur&#233; qu'un temps. La marginalisation spatiale n'a pas emp&#234;ch&#233; les pauvres de s'int&#233;grer, sur un mode souvent informel, &#224; la soci&#233;t&#233; urbaine. Ils ne sont de fait jamais &#171; sortis de la ville &#187;, ils en nourrissent le ventre comme ils l'ont toujours fait. Il a fallu donc trouver d'autres m&#233;thodes pour les &#233;carter du pouvoir, de l'&#233;conomie, de la vie. C'est ainsi qu'il y a d&#233;j&#224; une vingtaine d'ann&#233;es, tout d'abord aux &#201;tats-Unis, les classes dominantes ont diabolis&#233; les habitants des quartiers populaires, les rendant responsables des incivilit&#233;s, des crimes et des violences qui, disaient-elles, s'accroissaient rapidement. Ce qui s'accroissait rapidement, c'&#233;tait &#233;videmment les in&#233;galit&#233;s et la mis&#232;re, la s&#233;gr&#233;gation et la fragmentation. Mais cette confusion savamment entretenue a permis une progressive &#171; criminalisation de la pauvret&#233; &#187; (Wacquant), bient&#244;t r&#233;pandue dans tous les pays du monde. En stigmatisant les activit&#233;s ill&#233;gales de subsistance et les formes les plus violentes de r&#233;sistance &#224; la marginalit&#233;, en interdisant donc aux pauvres de survivre dans la l&#233;galit&#233;, les acteurs int&#233;gr&#233;s du syst&#232;me ont condamn&#233; les &lt;i&gt;outsiders&lt;/i&gt; &#224; l'emprisonnement et &#233;tabli les fondements des soci&#233;t&#233;s carc&#233;rales dans lesquelles nous vivons tous aujourd'hui, pauvres et riches, &lt;i&gt;insiders&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;outsiders&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB ! :&lt;/strong&gt; Quel r&#244;le jouent les sciences humaines dans la gestion de la pauvret&#233; et du contr&#244;le social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YP :&lt;/strong&gt; Le r&#244;le des sciences humaines ou sociales &#8211; la sociologie urbaine, ici, en ce qui me concerne &#8211; n'est pas de g&#233;rer la pauvret&#233; ou le contr&#244;le social, ni m&#234;me, me semble-t-il, d'en envisager les &#171; bonnes mani&#232;res &#187;, quand bien m&#234;me il ne s'agirait que de recommandations faites aux d&#233;cideurs ou &#8211; pourquoi pas ? &#8211; aux habitants des quartiers pauvres. Ce souci, qui est bien &#233;videmment d'ordre politique, peut d&#233;couler de la pratique scientifique ou faire l'objet d'une sorte de &#171; deuxi&#232;me mandat &#187; du sociologue. Mais c'est que le scientifique a d&#233;cid&#233; &#8211; et il est bon qu'il l'annonce alors &#8211; de passer de la recherche &#224; l'action. La &#171; recherche-action &#187; est une activit&#233; hybride qui &#233;puise le scientifique, le frustre de l'excitation de la pens&#233;e th&#233;orique pure autant que des mont&#233;es d'adr&#233;naline que connaissent bien les acteurs de terrains r&#233;put&#233;s difficiles. Le probl&#232;me est, cependant, qu'aucun chercheur digne de ce nom impliqu&#233; dans les sciences urbaines au Sud ne se privera d'une possible prolongation de sa &#171; science &#187; vers l'action, toute mythique ou d&#233;cevante puisse-t-elle s'av&#233;rer en fin de compte : le scientifique ne g&#233;rera en effet jamais aucune des situations qu'il aura observ&#233;es de mani&#232;re satisfaisante, en tout cas pas de mani&#232;re &#224; satisfaire son esprit critique en m&#234;me temps que son go&#251;t pour l'action. Si cela arrivait, il ne serait plus un chercheur mais un trouveur, ce qui est tr&#232;s beau en Arts mais extr&#234;mement dangereux en sciences sociales. Souvent, les sciences sociales sont humaines, trop humaines. Il n'est pas s&#251;r que ce soit un bien, mais pas non plus certain que ce soit un mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB ! :&lt;/strong&gt; Les r&#233;centes &#233;meutes des banlieues en France repr&#233;sentent-elles notre &#171; avenir &#187;, dans le sens de la constitution d'un apartheid social de plus en plus accentu&#233; et secou&#233; par de violentes explosions sociales, ou ne constituent-elles qu'un cas sp&#233;cifique &#224; la r&#233;alit&#233; fran&#231;aise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YP :&lt;/strong&gt; Les &#233;meutes ayant affect&#233; les banlieues fran&#231;aises en octobre et novembre derniers me paraissent d'une part ne repr&#233;senter que l'un de nos possibles, que l'une des possibilit&#233;s d'&#171; avenir &#187; pour les soci&#233;t&#233;s urbaines, m&#234;me si on pourrait dire qu'il s'agit aujourd'hui (cela peut changer) d'un &#171; tr&#232;s possible &#187; ; d'autre part, de ne l'&#234;tre que pour la France. Bien &#233;videmment, le &#171; spectre &#187; de l'apartheid social, de la division soci&#233;tale et de la fragmentation territoriale ne hante pas seulement la France. L'Angleterre, la Belgique, l'Allemagne, la Suisse m&#234;me, ainsi que les &#201;tats-Unis sont des pays &#224; l'&#233;vidence boulevers&#233;s par le passage de ce spectre. Pourtant, la fa&#231;on dont les gouvernements r&#233;pondent sp&#233;cifiquement &#224; ces probl&#232;mes dans chacun de ces pays les distingue tr&#232;s clairement les uns des autres et presque tous de la France. La volont&#233; de la France de r&#233;pondre en R&#233;publique centralis&#233;e &#224; la question de l'identit&#233; des &lt;i&gt;outsiders&lt;/i&gt; &#171; issus de l'immigration &#187;, de vouloir fondre &#224; tout prix la multiculturalit&#233; contemporaine et l'obliger &#224; tenir dans des cit&#233;s sans citoyennet&#233;, a d&#233;clench&#233; des r&#233;actions fort explicables. Tout le monde n'a pas la vocation d'&#234;tre une sardine en bo&#238;te. Tout le monde n'a pas la patience d'attendre la septi&#232;me g&#233;n&#233;ration pour que les voisins disent bonjour et que les passants des beaux quartiers ne changent pas de trottoir. La France est une soci&#233;t&#233; post-coloniale qui n'en a pas fini avec ses colonies, une soci&#233;t&#233; post-industrielle qui ne sait plus quoi faire de ses ouvriers et de ces banlieues sans industries qu'ils ne parviennent m&#234;me plus &#224; habiter, une soci&#233;t&#233; post-urbanis&#233;e dont le mod&#232;le de planification est en crise, une soci&#233;t&#233; post-d&#233;mocratique o&#249; l'&#233;cart entre les plus pauvres et les plus riches atteint bient&#244;t la taille d'un canyon. Dans cette situation, les politiques s&#233;curitaires tr&#232;s &#224; la mode en France ne peuvent &#234;tre qu'une mani&#232;re particuli&#232;rement maladroite d'attiser le feu. Malheureusement, c'est peut-&#234;tre ce mod&#232;le fran&#231;ais de r&#233;pression et de s&#233;curisation qui a de l'avenir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB ! :&lt;/strong&gt; Un d&#233;veloppement urbain alternatif est-il possible ? Sur quelles bases et &#224; quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;YP :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Learning from the people, learning from the slum, learning from the gangs&lt;/i&gt;&#8230; On a longtemps cru qu'il fallait apprendre la gestion du d&#233;veloppement urbain &#224; partir d'exp&#233;riences exotiques, c'est-&#224;-dire nord-am&#233;ricaines depuis la fin du xixe si&#232;cle en ce qui concerne la ville et sa planification. Mais de cet apprentissage de Las Vegas ou de New York, de Chicago ou de Los Angeles, avons-nous tir&#233; des le&#231;ons servant aujourd'hui &#224; autre chose qu'&#224; &#233;riger de nouvelles fronti&#232;res int&#233;rieures, trac&#233;es entre les &lt;i&gt;shopping centers&lt;/i&gt;, les p&#233;nitenciers et les a&#233;roports ? Nous avons tout appris de Washington quand il convenait d'apprendre de Tijuana, de Rio ou de Lagos. Il nous faut maintenant d&#233;placer nos centres d'int&#233;r&#234;t, notre centre de gravit&#233; et nos regards perdus dans le vague. Un d&#233;veloppement alternatif est possible si l'on r&#233;alise cette r&#233;volution copernicienne qui permettrait aux soleils naissants des quartiers populaires de trouver leur place au centre de notre syst&#232;me, quitte &#224; laisser les &#233;toiles mortes des id&#233;ologies anciennes dispara&#238;tre peu &#224; peu dans la nuit (ou couler &#171; dans les eaux glac&#233;es du calcul &#233;go&#239;ste &#187;, comme disait Marx). Mais il faut aussi faire confiance aux habitants de ces galaxies &#233;mergentes, les &lt;i&gt;favelados&lt;/i&gt;, les &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;, les indiens, les gangsters, tous ceux qui, jour apr&#232;s jour, anonymement et pauvrement, fabriquent des villes, qu'il nous en plaise ou non, leur faire confiance au point qu'ils n'abandonnent pas eux aussi les villes que nous aimons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Christian Brouillard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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