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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Rompre avec la loi du plus fort</title>
		<link>https://www.ababord.org/Rompre-avec-la-loi-du-plus-fort</link>
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		<dc:date>2009-04-30T01:21:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Langlois</dc:creator>


		<dc:subject>Justice et droits sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Langlois, Denis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Force est de constater, 60 ann&#233;es apr&#232;s son adoption, que l'ordre souhait&#233; &#224; l'article 28 de cette d&#233;claration historique est encore &#224; venir. Proclam&#233;e &#224; l'or&#233;e d'un monde bipolaire, la D&#233;claration universelle des droits de l'homme (DUDH) fut traduite depuis en 337 langues. Elle demeure une r&#233;f&#233;rence partout sur cette plan&#232;te, au sens o&#249; tous les individus sont titulaires des droits et libert&#233;s qui y sont &#233;nonc&#233;s, du seul fait de leur appartenance &#224; l'esp&#232;ce humaine. Ces droits, inh&#233;rents, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-28-fevrier-mars-2009-" rel="directory"&gt;No 028 - f&#233;vrier / mars 2009&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Justice-et-droits-sociaux-+" rel="tag"&gt;Justice et droits sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Langlois-Denis-+" rel="tag"&gt;Langlois, Denis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton832.gif?1642092275' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;628&#034; height=&#034;513&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Force est de constater, 60 ann&#233;es apr&#232;s son adoption, que l'ordre souhait&#233; &#224; l'article 28 de cette d&#233;claration historique est encore &#224; venir. Proclam&#233;e &#224; l'or&#233;e d'un monde bipolaire, la &lt;i&gt;D&#233;claration universelle des droits de l'homme&lt;/i&gt; (DUDH) fut traduite depuis en 337 langues. Elle demeure une r&#233;f&#233;rence partout sur cette plan&#232;te, au sens o&#249; tous les individus sont titulaires des droits et libert&#233;s qui y sont &#233;nonc&#233;s, du seul fait de leur appartenance &#224; l'esp&#232;ce humaine. Ces droits, inh&#233;rents, ont &#233;t&#233; affirm&#233;s tels au-del&#224; des fronti&#232;res, des nations et autres diff&#233;rences caract&#233;risant les peuples et individus de notre monde. D'o&#249; sa port&#233;e universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre froide et hi&#233;rarchie des droits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res entraves &#224; la recherche de cet &#171; id&#233;al commun &#224; atteindre &#187; a &#233;t&#233; d'en extraire des conceptions pr&#233;tendument dissonantes. Promues respectivement par les deux blocs alors en comp&#233;tition pour la domination du monde, ces conceptions ont renvoy&#233; dos &#224; dos des droits &#233;nonc&#233;s par la DUDH comme &#233;tant pourtant indivisibles. Sont ainsi apparues deux cat&#233;gories de droits : les droits justiciables d'une part : les droits civils et politiques ; et ceux qui ne l'&#233;taient pas de l'autre : les droits &#233;conomiques, sociaux et culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, on pourra recourir aux tribunaux nationaux et aux instances internationales pour garantir l'exercice de sa libert&#233; d'opinion ou d'expression, mais pas dans le cas de son droit &#224; l'&#233;ducation. Manger &#224; sa faim ou avoir droit &#224; la s&#233;curit&#233; sociale n'est pas non plus justiciable, comme si le plein effet de ces droits n'influait pas sur la dignit&#233; de la vie d'une personne. Chacun des deux blocs d&#233;fend &#171; sa cat&#233;gorie &#187; de droits, et se place sur le mode dissuasif quant &#224; celle qu'il ne cherche pas vraiment &#224; promouvoir. Les &#201;tats-Unis, par exemple, n'ont toujours pas ratifi&#233; le &lt;i&gt;Pacte international relatif aux droits &#233;conomiques, sociaux et culturels&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : la construction d'une hi&#233;rarchie entre les libert&#233;s et les droits &#233;nonc&#233;s, une id&#233;e dont la fausset&#233; ne sera battue en br&#232;che qu'apr&#232;s la chute du mur de Berlin et l'&#233;clatement de l'URSS, soit lors de la conf&#233;rence de l'ONU sur les droits de l'homme, &#224; Vienne en 1993. Mais en attendant, l'ordre bipolaire aura fait en sorte que le partage de sph&#232;res d'influence et de domination s'accommode de l'absence de libert&#233;s civiles et politiques dans les pays communistes et dans plusieurs autres dictatures, notamment en Am&#233;rique latine des ann&#233;es 1950 aux ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;galit&#233; au-del&#224; de la d&#233;colonisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En vertu du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes consacr&#233; &#224; l'article premier des deux Pactes de 1966, la d&#233;colonisation mit fin aux empires europ&#233;ens en Asie et en Afrique. D&#232;s lors, on aurait pu s'attendre &#224; ce que le nouvel ordre international, fond&#233; dor&#233;navant sur l'&#233;gale souverainet&#233; des peuples, contribue &#224; &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer de la terreur et de la mis&#232;re&lt;/i&gt; &#187; des centaines de millions d'individus assujettis. C'est ce que le pr&#233;ambule de la DUDH proclamait avec tant d'emphase &#224; son troisi&#232;me paragraphe. Sauf que les guerres d'Alg&#233;rie et de Palestine, du Vietnam et d'Asie du Sud-Est, d'Angola ou du Mozambique, entre autres guerres de lib&#233;ration nationale, ont laiss&#233; un go&#251;t amer quant &#224; la v&#233;racit&#233; de l'attachement &#224; l'&#233;galit&#233; de droits des peuples et des &#234;tres humains. Encore aujourd'hui, ces peuples essaient de retrouver une certaine dignit&#233; &#224; vivre avec les cons&#233;quences effroyables des engins de guerre utilis&#233;s : napalm et agent orange au Vietnam, mines antipersonnel en Angola, au Sud-Liban, en Tch&#233;tch&#233;nie, en Afghanistan, uranium appauvri en Irak lors de la guerre du Golfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, sous le couvert du principe de non-ing&#233;rence dans les affaires internes d'un pays, on a &#171; oubli&#233; &#187; la colonisation de peuples &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des fronti&#232;res. Il aura fallu une bataille de droits d'une vingtaine d'ann&#233;es pour que l'ONU proclame enfin, en 2007, la &lt;i&gt;D&#233;claration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones&lt;/i&gt;. Cette &#171; entr&#233;e juridique dans l'humanit&#233; &#187; est encore d&#233;ni&#233;e aujourd'hui par le Canada, ce qui en dit long sur la sinc&#233;rit&#233; de ses excuses &#224; l'endroit des enfants autochtones forc&#233;s &#224; l'assimilation dans des &#233;coles sp&#233;ciales pendant plusieurs d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dignit&#233; humaine et capitalisme revanchard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ordre social est marqu&#233; aujourd'hui par la revanche d'un capitalisme pur et dur sur un capitalisme plus &#171; humain &#187; qui avait au moins essay&#233; de r&#233;guler ses avatars les plus inacceptables &#224; la suite de la crise de 1929 et de la guerre de 1939-1945. Sur le plan social et &#233;conomique, les indicateurs depuis trois d&#233;cennies n'arr&#234;tent pas de montrer la r&#233;gression du droit &#171; &lt;i&gt;&#224; un niveau de vie suffisant pour assurer sa sant&#233;, son bien-&#234;tre et ceux de sa famille&lt;/i&gt; &#187;. Si la multiplication des actions humanitaires dans le monde (faim, refuge, eau, sant&#233;, &#233;ducation, protection des civils) t&#233;moigne d'une solidarit&#233; effective au-del&#224; des fronti&#232;res, cette solidarit&#233; sociale et internationale n'arrive cependant pas &#224; compenser &#8211; encore moins &#224; renverser &#8211; la logique comp&#233;titive d&#233;brid&#233;e et guerri&#232;re qui domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose d'avilissant pour l'humanit&#233; &#224; ce que les puissances dominantes d&#233;pensent des sommes faramineuses en guerres et en armements, une industrie parmi les trois plus florissantes au monde. Il y a mati&#232;re &#224; r&#233;volte quand ces m&#234;mes pouvoirs, face &#224; la crise financi&#232;re actuelle, ne peuvent imaginer &#171; rescaper &#187; une &#233;conomie en crise autrement que par la r&#233;surrection suppos&#233;ment incontournable de ses parasites. Pourtant, une infime partie des centaines de milliards consacr&#233;s &#224; &#171; sauver les banques &#187; pourrait g&#233;n&#233;rer une alimentation p&#233;renne pour cette moiti&#233; de la plan&#232;te qui ne mange pas &#224; sa faim et redessiner une autre &#233;conomie par le fait m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait aussi possible de faire en sorte que l'ordre social de notre monde puisse procurer de l'eau potable &#224; ces 1,2 milliard de personnes qui n'y ont pas acc&#232;s, &#224; ces 30 000 personnes qui en meurent quotidiennement. Accepterait-on sans r&#233;agir qu'une centaine de Boeings 747 s'&#233;crasent tous les jours dans le monde, car c'est bien cela que repr&#233;sente le chiffre de 30 000 morts ? Il est vrai que ces centaines de millions de gens n'ont pas les moyens de prendre l'avion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ressources financi&#232;res existent. C'est la volont&#233; politique d'en &#233;tablir la redistribution de telle sorte que la dignit&#233; de chaque &#234;tre humain l'emporte sur tout autre consid&#233;ration qui, elle, ne repr&#233;sente pas encore la &#171; plus haute aspiration de l'homme &#187;. La DUDH est une d&#233;claration id&#233;aliste, oui, r&#233;volutionnaire certes. Elle &#233;tait marqu&#233;e en 1948 par l'id&#233;e de renverser &#8211; en le surmontant &#8211; un ordre de guerre, de domination et de barbarie, une id&#233;e port&#233;e par le slogan &#171; Plus jamais &#231;a &#187;. Si le monde de 1948 n'est plus le m&#234;me aujourd'hui, la t&#226;che de mettre en &#339;uvre de nouvelles conditions pour &#171; atteindre &#187; cet id&#233;al commun demande toujours d'&#234;tre mise en chantier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;largir l'espace de luttes pour transformer un ordre injuste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#233;gitime de se demander si la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233; proclam&#233;es &#224; l'article premier de la DUDH sont compatibles avec un ordre international enferm&#233; dans une logique reproduisant, pour une grande partie de l'humanit&#233;, l'accroissement des in&#233;galit&#233;s, la r&#233;pression de libert&#233;s fondamentales ainsi que l'&#233;clatement de tensions nationales, ethniques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le ma&#238;tre et le serviteur, c'est la libert&#233; qui opprime et la loi qui affranchit&lt;/i&gt; &#187;, affirmait Henri Lacordaire cent ans avant l'adoption de la DUDH. Depuis 1948, des avanc&#233;es majeures sur le plan normatif ont permis d'inscrire ce nouveau paradigme des droits de l'homme. Il est vrai que ces derniers ont aussi servi &#224; justifier l'ing&#233;rence ou m&#234;me l'agression au d&#233;triment de la r&#232;gle de droit. Mais l'espace de valeurs et de normes ouvert par la D&#233;claration universelle a n&#233;anmoins &#233;t&#233; repris de multiples fa&#231;ons : depuis la libert&#233; exig&#233;e par les peuples colonis&#233;s jusqu'au pain r&#233;clam&#233; par les populations affam&#233;es, depuis la traduction en droits des revendications de plusieurs secteurs sociaux jusqu'au combat pour la reformulation de lois ou encore la refondation constitutionnelle de pays entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste toutefois &#224; construire le passage de la phase volontaire &#8211; contractuelle &#8211; &#224; celle de la mise en &#339;uvre obligatoire, afin de conf&#233;rer &#224; ces valeurs universelles la garantie de leur respect par l'ensemble des communaut&#233;s politiques existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaincre la seule souverainet&#233; des plus forts et la criante d&#233;pendance des plus faibles, c'est aussi parvenir &#224; ce que l'id&#233;al proclam&#233; soit contraignant pour l'ensemble des soci&#233;t&#233;s et des pays, y compris et surtout pour les plus forts. Il faut garantir que la violation de ces normes universelles fera l'objet de recours dont les d&#233;cisions seront obligatoires pour les &#201;tats et acteurs priv&#233;s qui en sont responsables. Tol&#233;rer que l'on puisse se soustraire &#224; la Cour p&#233;nale internationale, comme le font les &#201;tats-Unis, emp&#234;cher le Tribunal p&#233;nal international pour l'ex-Yougoslavie de juger de crimes de guerre commis par l'OTAN, privil&#233;gier les r&#232;gles du march&#233; sur les droits fondamentaux d'&#234;tres humains, un tel ordre fond&#233; encore sur la loi de la force plut&#244;t que sur la r&#232;gle de droit se doit d'&#234;tre &#233;limin&#233; pour que la DUDH trouve son plein effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renforcer cette justice supranationale, ne pas y renoncer sous pr&#233;texte que le rapport de force actuel n'y serait pas favorable, c'est aussi consolider un espace de luttes qui depuis six d&#233;cennies n'a cess&#233; de s'&#233;largir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Denis Langlois&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous serons des millions - Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie</title>
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		<dc:date>2008-12-07T00:53:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Langlois</dc:creator>


		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Langlois, Denis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Herv&#233; Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions - Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Paris, Raisons d'agir, 2008, 124 p. &lt;br class='autobr' /&gt; Petit ouvrage bien document&#233; allant &#224; l'essentiel d'une r&#233;alit&#233; sociopolitique &#233;tonnante, Nous serons des millions jette un regard &#224; la fois judicieux et r&#233;fl&#233;chi sur le premier &#171; pouvoir autochtone &#187; en Am&#233;rique latine, sans verser dans l'apologie d'une exp&#233;rience dont l'issue est encore loin d'&#234;tre concluante. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Bolivie d&#233;crite ici est celle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-26-oct-nov-2008-" rel="directory"&gt;No 026 - oct./nov 2008&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Langlois-Denis-+" rel="tag"&gt;Langlois, Denis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton748.gif?1642092273' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;283&#034; height=&#034;433&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Herv&#233; Do Alto et Pablo Stefanoni, &lt;i&gt;Nous serons des millions - Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie&lt;/i&gt;, Paris, Raisons d'agir, 2008, 124 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Petit ouvrage bien document&#233; allant &#224; l'essentiel d'une r&#233;alit&#233; sociopolitique &#233;tonnante, &lt;i&gt;Nous serons des millions&lt;/i&gt; jette un regard &#224; la fois judicieux et r&#233;fl&#233;chi sur le premier &#171; &lt;i&gt;pouvoir autochtone&lt;/i&gt; &#187; en Am&#233;rique latine, sans verser dans l'apologie d'une exp&#233;rience dont l'issue est encore loin d'&#234;tre concluante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bolivie d&#233;crite ici est celle de la r&#233;surgence autochtone et populaire, alli&#233;e avec une nouvelle petite bourgeoisie, fusionnant &#224; sa mani&#232;re la m&#233;moire des mouvements de mineurs, de paysans et d'Autochtones. Un chapitre porte sur la construction du Mouvement vers le socialisme-Instrument politique pour la souverainet&#233; des peuples (MAS-IPSP), au pouvoir, qui a rompu tout lien avec les partis et politiciens traditionnels de l'&#233;lite &#233;conomique, d&#233;faite aux &#233;lections g&#233;n&#233;rales de d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On regrettra cependant l'absence d'une analyse des diff&#233;rences entre la partie andine du pays et la plaine de l'est en ce qui a trait aux mouvements autochtones dans ces deux r&#233;gions distinctes. Si les auteurs qualifient avec justesse le r&#233;gionalisme des &#233;lites de la plaine d'&#171; &lt;i&gt;obstruction au changement&lt;/i&gt; &#187;, ils demeurent circonspects sur l'analyse des conditions particuli&#232;res auxquelles font face les mouvements autochtones et paysans dans la partie orientale du pays. Car en lieu et place de la r&#233;forme agraire qu'a connue la partie andine en 1953, on y a assist&#233; &#224; une d&#233;possession de la terre et des territoires autochtones et &#224; une extension de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re latifundiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier chapitre adopte une posture de questionnements, non sans int&#233;r&#234;t du reste. La position &#171; &lt;i&gt;postlib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187; du MAS d&#233;passe-t-elle l'horizon du contr&#244;le par l'&#201;tat d'une partie du PIB ? La crainte de l'inflation et le souvenir de la p&#233;riode de crise &#233;conomique (1982-1985) porte-t-elle le gouvernement du MAS &#224; trop de prudence sur le plan &#233;conomique ? Celui-ci craint-il les caprices du march&#233; de l'&#233;nergie sur lequel il fonde pour l'heure le financement de quelques programmes sociaux ? Les difficult&#233;s &#224; reprendre en mains la gestion de l'eau &#224; Cochabamba et &#224; El Alto/La Paz &#8211; &#224; la suite de l'expulsion de deux multinationales &#8211; traduisent-elles la pr&#233;gnance d'une rh&#233;torique de la participation communautaire au d&#233;triment d'&#233;quilibres &#224; maintenir et d'une r&#233;elle exp&#233;rimentation de voies alternatives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Do Alto et Stefanoni, malgr&#233; l'incertitude politique constante, la conjoncture latino-am&#233;ricaine et l'appui ext&#233;rieur dont jouit Morales demeurent des atouts solides dans le bras de fer qui l'oppose aux autonomismes r&#233;gionaux. Toutefois, ajouterions-nous, l'un des d&#233;fis de ce gouvernement est d'assurer la mise en place de nouvelles conditions structurelles dans la lutte aux in&#233;galit&#233;s entre classes sociales. Pays le plus pauvre d'Am&#233;rique du Sud, la Bolivie demeure une illustration patente de la richesse &#233;hont&#233;e d'une minorit&#233; spoliatrice face &#224; la pauvret&#233; extr&#234;me de ceux qu'elle a historiquement d&#233;poss&#233;d&#233;s. Si le &#171; &lt;i&gt;nationalisme indig&#233;niste&lt;/i&gt; &#187; de Morales devait ne pas fournir une voie de r&#233;ussite face &#224; cet enjeu d&#233;cisif, l'exp&#233;rience de ce nouveau pouvoir pourrait s'effriter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Denis Langlois&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Vague d'espoir sur fond de crise</title>
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		<dc:creator>Denis Langlois</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Langlois, Denis</dc:subject>

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&lt;p&gt;Elles ont failli ne pas avoir lieu ces &#233;lections, tenues en d&#233;cembre 2005 alors qu'elles &#233;taient pr&#233;vues pour juin 2007. Rappelons qu'elles constituaient, &#224; la suite de la paralysie du pays en juin dernier, la seule porte de sortie devant un parlement discr&#233;dit&#233;, un pr&#233;sident d&#233;missionnaire et, surtout, en regard d'une polarisation croissante de la soci&#233;t&#233; bolivienne. &lt;br class='autobr' /&gt; En septembre 2005 en effet, le Tribunal constitutionnel du pays rendait un jugement incontournable : il fallait revoir la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-13-fevrier-mars-2006-" rel="directory"&gt;No 013 - f&#233;vrier / mars 2006&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Langlois-Denis-+" rel="tag"&gt;Langlois, Denis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton310.jpg?1642092257' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;340&#034; height=&#034;281&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Elles ont failli ne pas avoir lieu ces &#233;lections, tenues en d&#233;cembre 2005 alors qu'elles &#233;taient pr&#233;vues pour juin 2007. Rappelons qu'elles constituaient, &#224; la suite de la paralysie du pays en juin dernier, la seule porte de sortie devant un parlement discr&#233;dit&#233;, un pr&#233;sident d&#233;missionnaire et, surtout, en regard d'une polarisation croissante de la soci&#233;t&#233; bolivienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En septembre 2005 en effet, le Tribunal constitutionnel du pays rendait un jugement incontournable : il fallait revoir la r&#233;partition des parlementaires parmi les neuf d&#233;partements que compte le pays afin de tenir compte de l'importance relative de la population dans chacun d'eux. Le r&#233;gionalisme d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre &#233;clata au grand jour, mena&#231;ant la tenue m&#234;me du scrutin. Finalement la raison l'emporta. Les &#233;lections ne furent que retard&#233;es du 4 au 18 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un pays divis&#233;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats du scrutin donnent &#224; Evo Morales, du MAS (&lt;i&gt;Movimiento al socialismo&lt;/i&gt;), la pr&#233;sidence du pays avec 54 % du vote populaire. Le MAS est arriv&#233; en t&#234;te dans 5 des 9 d&#233;partements du pays et a provoqu&#233; une certaine surprise dans 2 autres (Tarija et Santa Cruz). Il a fait &#233;lire 72 d&#233;put&#233;s sur 130 et 12 s&#233;nateurs sur 27. Aucun parti n'a obtenu une majorit&#233; aussi forte depuis la fin des dictatures en 1982.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie andine du pays (La Paz, Oruro, Potosi, Cochabamba) ainsi que le d&#233;partement de Chuquisaca se sont retrouv&#233;s en grande partie derri&#232;re le candidat Aymara. C'est l&#224; que vivent la majorit&#233; des Autochtones, Aymaras et Quechuas en particulier. Par leur travail dans des mines autrefois rentables, ils ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de la r&#233;volution de 1952 et ont permis &#224; l'&#201;tat national de se doter d'assises financi&#232;res plus ou moins stables jusque dans les ann&#233;es 1980. La crise &#233;conomique et financi&#232;re entra&#238;na alors une r&#233;vision majeure de la politique &#233;conomique bolivienne vers la vente d'entreprises publiques et une privatisation appuy&#233;e fortement par le FMI, la Banque mondiale et les investisseurs &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le virage &#233;conomique, ces populations andines n'ont pas connu de r&#233;elle am&#233;lioration de leur sort. Dans la derni&#232;re d&#233;cennie, les conflits sociaux se sont multipli&#233;s : sur la terre, sur l'eau, sur l'agriculture, sur la feuille de coca, sur les imp&#244;ts et sur le gaz, cette nouvelle manne qui pourrait sortir le pays de sa d&#233;pendance. D'o&#249; leur appui &#224; un Evo Morales per&#231;u comme un contestataire cons&#233;quent d'une politique &#233;conomique lib&#233;rale ayant domin&#233; depuis la chute d&#233;finitive de la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie orientale du pays (Santa-Cruz, Tarija, Beni) a toutefois connu un certain d&#233;veloppement &#233;conomique et une augmentation de sa population. C'est l&#224; qu'existent d'importantes ressources de gaz naturel, dont l'exploitation est l'objet d'int&#233;r&#234;ts multiples qui se croisent avec la revendication d'une plus grande autonomie r&#233;gionale. Bien que plusieurs peuples autochtones y vivent, notamment les Guaranis sur les territoires desquels se situent les r&#233;serves gazi&#232;res et les Chiquitanos aux prises avec la d&#233;fense de leurs terres foresti&#232;res, ces peuples sont loin d'y constituer une majorit&#233; de la population. Malgr&#233; une campagne orchestr&#233;e pour battre Morales, ils lui ont accord&#233; leur confiance davantage que pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces d&#233;partements ont quand m&#234;me appuy&#233; largement Jorge Quiroga du PODEMOS (&lt;i&gt;Poder Democr&#225;tico Social&lt;/i&gt;), ex-pr&#233;sident bolivien de 2001 jusqu'aux &#233;lections g&#233;n&#233;rales de juin 2002. Ayant pr&#233;f&#233;r&#233; cr&#233;er PODEMOS plut&#244;t que de se pr&#233;senter sous la banni&#232;re de son ancien parti discr&#233;dit&#233;, Quiroga est le repr&#233;sentant de la droite qui tient &#224; pr&#233;server le mod&#232;le &#233;conomique pr&#233;sentement en vigueur. Quant &#224; Doria Medina, florissant entrepreneur du ciment, il a r&#233;colt&#233; &#224; peine 7 % des suffrages au niveau national et le MNR (&lt;i&gt;Movimiento nacionalista revolucionario&lt;/i&gt;), le parti de la r&#233;volution de 1952, &#224; peine 6 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre et novembre 2005, les sondages les plus s&#233;rieux pr&#233;disaient un vote tr&#232;s divis&#233;. D'un c&#244;t&#233; Morales, avec les classes les moins favoris&#233;es, les moins scolaris&#233;es et les populations autochtones. De l'autre Quiroga, avec les classes moyennes et favoris&#233;es, plus scolaris&#233;es et d'origine espagnole. Les r&#233;sultats du 18 d&#233;cembre auront surpris par l'ampleur de la victoire du MAS, mais ils n'auront pas solutionn&#233; cette division profonde de la soci&#233;t&#233; bolivienne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les d&#233;fis du nouveau gouvernement
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 2002, Morales &#233;tait arriv&#233; second, mais il avait refus&#233; tout compromis avec les partis jug&#233;s n&#233;olib&#233;raux (NFR et MIR aujourd'hui quasi disparus). La conjoncture n'est plus la m&#234;me en ce d&#233;but d'ann&#233;e 2006. L'espoir que repr&#233;sente Morales, &#224; tort ou &#224; raison, aux yeux d'une majorit&#233; d'exclus ne peut plus &#234;tre ni&#233; par ses opposants. Le vote t&#233;moigne bien d'une r&#233;surgence et d'une nouvelle d&#233;termination des mouvements sociaux et autochtones, mais il indique aussi une situation inqui&#233;tante quant aux perspectives de cohabitation intercommunautaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fis auxquels fera face le nouveau gouvernement sont immenses. Comment faire en sorte que l'exploitation du gaz serve au d&#233;veloppement endog&#232;ne du pays et au rel&#232;vement du niveau de vie de ses populations exclues ? Comment assurer que celles-ci aient voix au chapitre et soient repr&#233;sent&#233;es dans les institutions de la soci&#233;t&#233; ? Quelle politique &#233;conomique peut repr&#233;senter une alternative viable &#224; l'&#233;chec de la privatisation quand un &#201;tat et ses institutions, dont l'int&#233;grit&#233; est mise &#224; mal, jouissent de si peu de cr&#233;dibilit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence de ses voisins du c&#244;ne sud, la Bolivie est un pays d&#233;pendant de l'aide &#233;conomique et financi&#232;re &#233;trang&#232;re. Cela pose un d&#233;fi majeur &#224; une politique qui se veut nouvelle et ind&#233;pendante. Deux multinationales de l'eau ont bien &#233;t&#233; chass&#233;es par des luttes sociales l&#233;gitimes, mais l'alternative se fait toujours attendre. Des quartiers entiers d'El Alto ne comptent encore que sur l'eau de pluie. En sera-t-il de m&#234;me dans le cas de la &#171; nationalisation &#187; du gaz ? La production de la feuille de coca trouvera-t-elle d'autres d&#233;bouch&#233;s que celui du narcotrafic, en Europe notamment comme le souhaite Morales ? Le r&#233;f&#233;rendum annonc&#233; sur l'autonomie r&#233;gionale et la d&#233;centralisation aura-t-il lieu avant la mise en place d'une Assembl&#233;e Constituante, et comment son r&#233;sultat &#233;ventuel sera-t-il interpr&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat des &#233;lections doit aussi &#234;tre vu &#224; la lumi&#232;re de la conjoncture internationale. D'abord celle du c&#244;ne sud de l'Am&#233;rique latine : Br&#233;sil, Argentine, Chili, Uruguay, o&#249; de semblables marges d'espoir se sont exprim&#233;es par les urnes dans les derni&#232;res ann&#233;es. Ensuite celle de l'Europe, notamment de l'Espagne dont les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques sont relativement importants en Bolivie, surtout en ce qui concerne le gaz (compagnie Repsol). Enfin, et de loin la plus d&#233;licate, celle des &#201;tats-Unis qui voudront probablement &#233;viter en Bolivie, &#224; tout prix, une &#233;volution &#224; la v&#233;n&#233;zu&#233;lienne. Le pr&#233;sident Morales conservera-t-il l'appui des populations qui l'ont port&#233; au pouvoir devant les exigences et les strat&#233;gies de la droite p&#233;troli&#232;re et autonomiste tout autant que face &#224; l'opposition &#233;tats-unienne ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De quel sursis Morales dispose-t-il ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Gallup ou Ipsos demandaient aux Boliviennes pour qui ils voteraient en second lieu, Morales obtenait la cote la plus faible. C'est un autre signe de grande polarisation du vote. Or, au c&#339;ur des r&#233;gions o&#249; la revendication d'autonomie se renforce (Santa-Cruz, Tarija, B&#233;ni), Morales n'a pas autant d'appuis. Par ailleurs, les &#233;lections de 2005 offraient une nouveaut&#233; : l'&#233;lection au suffrage universel des pr&#233;fets d&#233;partementaux, auparavant nomm&#233;s par le gouvernement &#233;lu. Et l&#224;, Morales ne l'a pas emport&#233; aussi fermement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les p&#233;troli&#232;res, les autonomistes, les politiciens rejet&#233;s et les &#201;tats-Unis disposent en fait d'une marge de soutien au rejet d'une nouvelle politique et ne manqueront pas de l'exploiter. La &#171; droite &#187; peut faire tomber un gouvernement, tout comme la &#171; gauche &#187; l'avait fait en 2003 et en 2005. Mais elle a aussi int&#233;r&#234;t &#224; ne rien brusquer, l'exp&#233;rience v&#233;n&#233;zu&#233;lienne lui servant &#224; cet &#233;gard de le&#231;on. D'o&#249; la probabilit&#233; d'un certain sursis, quoiqu'en Bolivie cela se calcule plus en mois qu'en ann&#233;es. Mais il n'y a pas que la droite, il y a aussi la &#171; gauche &#187; tr&#232;s radicale, laquelle contr&#244;le la COB (&lt;i&gt;Central obrera boliviana&lt;/i&gt;) en d&#233;clin et la CSUTCB (&lt;i&gt;Confederaci&#243;n sindical &#250;nica de los trabajadores campesinos de Bolivia&lt;/i&gt;), dont le leader Felipe Quispe envisagerait d&#233;j&#224; la clandestinit&#233; devant la crainte que le MAS change son fusil d'&#233;paule une fois au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le nouveau pr&#233;sident Morales, deux &#233;ch&#233;ances demeurent cruciales : celle de la &#171; nationalisation &#187; promise du gaz et celle de l'Assembl&#233;e Constituante que revendique l'ensemble des populations exclues de Bolivie. De la r&#233;solution positive de ces deux enjeux d&#233;pendra la capacit&#233; du nouveau pr&#233;sident &#224; se maintenir au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nationalisation du gaz a pr&#233;sentement valeur de symbole. Elle est incontournable pour les uns tout en &#233;tant rejet&#233;e, cela se comprend ais&#233;ment, par les p&#233;troli&#232;res et les secteurs politiques nationaux et internationaux associ&#233;s. Mais les int&#233;r&#234;ts sur le terrain sont plus complexes. Les Guaranis exigent des ententes sur l'exploitation de leurs territoires ainsi qu'une participation privil&#233;gi&#233;e aux b&#233;n&#233;fices de cette exploitation ; ils peuvent facilement en paralyser l'exploitation ou la distribution. Pour leur part, les d&#233;partements producteurs (Tarija, Santa Cruz) valsent actuellement entre le contr&#244;le propre des redevances p&#233;troli&#232;res et son partage avec les d&#233;partements non-producteurs. Quant &#224; ces derniers, la perspective d'une redistribution des b&#233;n&#233;fices qui ne serait pas &#233;quitable est irrecevable et pourrait conduire &#224; de nouvelles paralysies du pays si n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la Constituante, elle est aussi objet de divergences majeures. L'&#233;lite des r&#233;gions autonomistes n'y accorde pas de cr&#233;dibilit&#233;, la voit m&#234;me mena&#231;ante face &#224; sa r&#233;solution d'autonomie r&#233;gionale qu'elle est pr&#234;te &#224; imposer si le nouveau pr&#233;sident Morales n'entend pas la n&#233;gocier en sa faveur. Pour l'ensemble des peuples autochtones cependant, qu'ils viennent des Andes ou d'Orient, ainsi que pour plusieurs organisations sociales et syndicales, elle est vue comme l'occasion de &#171; refonder &#187; le pays sur des bases plus &#233;galitaires. L'&#201;tat national d&#233;j&#224; faible parviendra-t-il &#224; r&#233;sister aux fortes pressions centrifuges d'une partie de la classe dominante ? Bien malin qui pourrait le pr&#233;voir. Mais une chose est s&#251;re : sauf pour une minorit&#233;, par ailleurs influente, la division du pays est combattue de tous les c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une vraie d&#233;mocratie longue &#224; construire
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections de d&#233;cembre 2005 ne seront pas une solution miracle pour un pays profond&#233;ment divis&#233; sur les enjeux de son d&#233;veloppement et sur des perspectives d&#233;mocratiques. L'entr&#233;e en fonction d'un nouveau pr&#233;sident d'origine autochtone repr&#233;sente en soi une &#171; petite r&#233;volution &#187;. Mais en m&#234;me temps, l'acceptation de r&#232;gles du jeu en d&#233;mocratie est encore loin d'&#234;tre gagn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des &#171; perdants &#187;, on cherchera certes &#224; enferrer le nouveau pouvoir dans ses contradictions au point de diminuer la confiance acquise aupr&#232;s de ses propres partisans ; on privil&#233;giera l'exportation du gaz, plus payante que sa redistribution au pays ; on sera tent&#233; d'investir ses sous &#224; l'&#233;tranger plut&#244;t que de favoriser le d&#233;veloppement &#233;conomique endog&#232;ne ; on voudra maintenir son contr&#244;le sur les nominations politiques malgr&#233; le changement de garde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des &#171; gagnants &#187;, les secteurs qui auront port&#233; cet espoir jusqu'aux plus hautes sph&#232;res du pouvoir en b&#233;n&#233;ficieront-ils ? Certes pas &#224; court terme. La crise financi&#232;re de l'&#201;tat, combin&#233;e &#224; la lutte des investisseurs &#233;trangers et nationaux pour maintenir leur pouvoir &#233;conomique, qu'ils appellent pudiquement &#171; s&#233;curit&#233; juridique &#187;, affaibliront la marge de man&#339;uvre d'un pays tr&#232;s largement d&#233;pendant. Les possibilit&#233;s de relever le niveau de vie de ces populations marginalis&#233;es et de renforcer leurs droits &#233;conomiques et sociaux majeurs (travail, &#233;ducation, sant&#233;, logement, acc&#232;s &#224; l'eau) resteront fort probablement encore r&#233;duites &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sembler pessimiste d'analyser une &#171; petite r&#233;volution &#187; en ces termes, mais la d&#233;mocratie r&#233;elle, aujourd'hui mise &#224; mal chez nous, n'a pas connu de trajectoire historique lin&#233;aire avant de s'imposer comme mod&#232;le de d&#233;veloppement. Dans le cas bolivien, elle fait face &#224; un d&#233;fi suppl&#233;mentaire : les peuples autochtones n'y ont pas &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s, comme ici, mais constituent toujours la majorit&#233;, une majorit&#233; exclue et discrimin&#233;e. Les perspectives de d&#233;veloppement y sont encore plus complexes du fait de la situation internationale actuelle, du fait des diff&#233;rences d'int&#233;r&#234;ts parmi les peuples autochtones eux-m&#234;mes et enfin du fait des contradictions non encore prises en compte entre leur conception de la d&#233;mocratie et celle que nous avons cherch&#233;e &#224; leur faire valoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Denis Langlois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politologue, l'auteur a v&#233;cu en Bolivie de 2001 &#224; 2003 et y s&#233;journe r&#233;guli&#232;rement depuis&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bolivie : Une nouvelle r&#233;alit&#233; politique</title>
		<link>https://www.ababord.org/Bolivie-Une-nouvelle-realite</link>
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		<dc:date>2008-07-22T18:39:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Langlois</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Langlois, Denis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En une seule ann&#233;e, le nouveau gouvernement nationalise les hydrocarbures, met en place une Assembl&#233;e constituante, fait adopter une nouvelle loi sur la r&#233;partition de la terre et affirme son autorit&#233; devant les &#233;lans d'autonomie des d&#233;partements de la partie orientale du pays. Morales est-il en train de changer la donne au pays des Aymaras et des Quechuas ? &lt;br class='autobr' /&gt; Au lendemain de cette &#233;lection triomphale pour le MAS (Movimiento Al Socialismo) &#8211; jamais un parti n'avait obtenu une telle majorit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-18-fevrier-mars-2007-" rel="directory"&gt;No 018 - f&#233;vrier / mars 2007&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Langlois-Denis-+" rel="tag"&gt;Langlois, Denis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En une seule ann&#233;e, le nouveau gouvernement nationalise les hydrocarbures, met en place une Assembl&#233;e constituante, fait adopter une nouvelle loi sur la r&#233;partition de la terre et affirme son autorit&#233; devant les &#233;lans d'autonomie des d&#233;partements de la partie orientale du pays. Morales est-il en train de changer la donne au pays des Aymaras et des Quechuas ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au lendemain de cette &#233;lection triomphale pour le MAS (&lt;i&gt;Movimiento Al Socialismo&lt;/i&gt;) &#8211; jamais un parti n'avait obtenu une telle majorit&#233; de voix (54 %) &#8211;, il semblait assur&#233; que l'opposition, rassembl&#233;e autour du PODEMOS (&lt;i&gt;Poder Democr&#225;tico Social&lt;/i&gt;), allait tout essayer pour battre en br&#232;che le dessein affirm&#233; de ce nouveau gouvernement d'en finir avec le &#171; n&#233;olib&#233;ralisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Opposition : beaucoup d'agitation, mais peu d'appuis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'elle fit, du reste, &#224; plusieurs reprises au cours de l'ann&#233;e : en avril, septembre et novembre, des tentatives de paralyser le pays, en tout ou en partie, se sont av&#233;r&#233;es des &#233;checs quant &#224; leur capacit&#233; de forcer une modification de l'orientation gouvernementale. Chaque fois, l'opposition a &#233;t&#233; contrainte de trouver un terrain d'entente ne mettant pas en cause le fond des intentions gouvernementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le gouvernement de Morales renfor&#231;ait son ancrage dans les quartiers et les r&#233;gions pauvres au moyen de politiques populaires bien senties : r&#233;duction du salaire des autorit&#233;s de l'&#201;tat, des d&#233;put&#233;s et des fonctionnaires, rel&#232;vement du salaire minimum, adoption d'un bonus universel d&#232;s l'&#226;ge de la retraite, &#233;largissement de l'acc&#232;s aux soins de sant&#233; pr&#233;nataux, augmentation de postes dans les &#233;coles publiques&#8230; en somme, des politiques visant ouvertement &#224; r&#233;pondre &#224; certains des besoins des populations les plus exclues et marginalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les clivages d'antan sont-ils disparus pour autant ? Pas du tout. La r&#233;gion appel&#233;e &#171; &lt;i&gt; media luna&lt;/i&gt; &#187; (Pando, Beni, Santa Cruz, Tarija) tente toujours d'arracher une r&#233;elle autonomie d&#233;partementale, mais les fractures au sein m&#234;me des r&#233;gions plus autonomistes &#8211; notamment entre l'&#233;lite poss&#233;dante d'un c&#244;t&#233; et les mouvements sociaux et autochtones de l'autre &#8211; font mieux appara&#238;tre certains int&#233;r&#234;ts sous-jacents aux &#171; s&#233;paratismes &#187; r&#233;gionaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans quelle direction va le nouveau gouvernement ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cette question n'est pas encore &#233;vidente. L'exemple de la nationalisation &#171; r&#233;ussie &#187; des hydrocarbures et de celle, suspendue, des mines en t&#233;moignent. Le 1er mai 2006, le pr&#233;sident Morales &#233;mettait un d&#233;cret de nationalisation, en accordant six mois aux p&#233;troli&#232;res pour ren&#233;gocier leurs contrats avec la compagnie d'&#201;tat, YPFB (&lt;i&gt;Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos&lt;/i&gt;). Malgr&#233; plusieurs frictions et menaces de d&#233;part, de nouveaux contrats ont &#233;t&#233; sign&#233;s avant la fin octobre avec toutes les p&#233;troli&#232;res actives sur le territoire. Evo Morales estime que l'&#201;tat recevra plus de quatre milliards de dollars par an dans quatre ans, contre 500 millions actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, certains aspects de ces contrats sont d&#233;j&#224; critiqu&#233;s, entre autres par l'ex-ministre des Hydrocarbures, Andr&#233;s Soliz Rada, qui a d&#251; d&#233;missionner au cours des n&#233;gociations. Selon lui, la propri&#233;t&#233; &#233;tatique des r&#233;serves de gaz bolivien (les secondes en importance en Am&#233;rique latine) n'est pas ench&#226;ss&#233;e dans les contrats eux-m&#234;mes et, par cons&#233;quent, n'est pas garantie. En outre, il estime que les perspectives d'industrialisation souffrent d'un manque flagrant de planification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la nationalisation annonc&#233;e du secteur minier a connu des rat&#233;s dus aux affrontements entre salari&#233;s de propri&#233;t&#233;s mini&#232;res priv&#233;es et mineurs coop&#233;rativistes, &#224; Huanani notamment. Seize mineurs y ont perdu la vie &#224; l'automne 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;pineux probl&#232;me de la redistribution des terres, le MAS a r&#233;ussi derni&#232;rement &#224; forcer l'adoption d'une nouvelle loi INRA (&lt;i&gt;Instituto Nacional de Reforma Agraria&lt;/i&gt;) ayant pour rh&#233;torique l'abolition du latifundio (grande propri&#233;t&#233; terrienne). Il faut se rappeler que le probl&#232;me de la terre fut un des obstacles majeurs de tous les gouvernements ant&#233;rieurs, 20 % seulement des terres existantes &#233;tant en fait titularis&#233;es. Sous-jacente &#224; cette faible titularisation : l'existence de grandes propri&#233;t&#233;s d'agriculture, d'&#233;levage et d'exploitation foresti&#232;re, en particulier dans les r&#233;gions du B&#233;ni et de Santa-Cruz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, selon le CEDLA (&lt;i&gt;Centro de Estudios para el Desarrollo Laboral y Agrario&lt;/i&gt;), cette nouvelle loi sur la r&#233;partition de la terre, adopt&#233;e &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; apr&#232;s le boycott du S&#233;nat en novembre dernier, s'en prendrait non pas au &lt;i&gt;latifundio&lt;/i&gt;, mais plut&#244;t aux seules propri&#233;t&#233;s improductives. Les terres destin&#233;es &#224; &#234;tre redistribu&#233;es seraient celles qui ne sont pas exploit&#233;es. De m&#234;me, cette nouvelle loi favoriserait l'agriculture d'exportation (le soya produit dans les plaines orientales par exemple), aux d&#233;pens de la petite et moyenne exploitation &#224; des fins locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, si certaines mesures comme la r&#233;duction des salaires des officiers de l'&#201;tat, au risque d'en affaiblir l'institutionnalisation, rel&#232;vent manifestement d'un certain populisme, il en est plusieurs autres qui t&#233;moignent d'une orientation &#233;minemment pratique pour relever le niveau de vie des plus pauvres : le renforcement de l'&#233;ducation et de la sant&#233; en milieu rural, la hausse des revenus des retrait&#233;s et des travailleurs en g&#233;n&#233;ral, la volont&#233; de rendre l'eau potable accessible aux moindres co&#251;ts... L&#224; o&#249; le b&#226;t blesse cependant, c'est que, malgr&#233; l'existence d'un plan national de d&#233;veloppement (2006-2010) &#8211; visant de nombreux objectifs sociaux, &#233;conomiques et politiques louables &#8211;, les d&#233;cisions sur les mesures positives prises paraissent, pour le moment, davantage improvis&#233;es que planifi&#233;es, faute d'une hi&#233;rarchisation des principaux besoins sociaux &#224; combler.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une strat&#233;gie : l'h&#233;g&#233;monie de la majorit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mise en place d'une Assembl&#233;e constituante repr&#233;sentait un engagement incontournable du MAS, &#224; la suite aux nombreuses marches autochtones pour la terre et la dignit&#233;. &#201;lue le 2 juillet et mise en place le 6 ao&#251;t, jour de l'Ind&#233;pendance en Bolivie, la nouvelle Assembl&#233;e est compos&#233;e d'une majorit&#233; de partisans du gouvernement. Cependant, la formation pr&#233;sidentielle n'a pas obtenu une repr&#233;sentation aux 2/3, ce qui l'oblige &#224; compter sur les autres formations pour parvenir &#224; l'adoption d'une nouvelle Constitution d'ici ao&#251;t 2007. La loi de convocation de l'Assembl&#233;e ainsi que la Constitution actuelle exigent toutes deux une majorit&#233; des deux tiers pour mettre en &#339;uvre des changements d'ordre constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cet &#233;cueil, le MAS a fait valoir et impos&#233; un r&#232;glement proc&#233;dural &#171; novateur &#187; : une majorit&#233; simple pour l'adoption de chaque article et une majorit&#233; aux deux tiers sur le texte final. Bien que les autres formations s'y opposent, cette r&#232;gle proc&#233;durale a &#233;t&#233; ent&#233;rin&#233;e par l'Assembl&#233;e en novembre 2006, cr&#233;ant en m&#234;me temps une crise de fonctionnement difficile &#224; g&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'autonomie r&#233;gionale, rappelons que les pr&#233;fets de d&#233;partements ont pour la premi&#232;re fois &#233;t&#233; &#233;lus lors des &#233;lections g&#233;n&#233;rales de 2005, les m&#234;mes qui ont port&#233; Morales au pouvoir. L'affrontement persiste toutefois concernant l'interpr&#233;tation &#224; donner au partage des pouvoirs entre le gouvernement central et les d&#233;partements, dont quatre sur un total de neuf ont ouvertement pris parti pour l'autonomie lors du r&#233;f&#233;rendum de juillet 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Morales accepte le caract&#232;re contraignant de ce r&#233;f&#233;rendum, tout en le soumettant aux r&#233;sultats du travail de l'Assembl&#233;e constituante, laquelle d&#233;finira la port&#233;e de l'autonomie r&#233;gionale&#8230; mais sans risquer la division du pays. &#192; l'oppos&#233;, les pr&#233;fets des d&#233;partements autonomistes, ainsi que les puissants &#171; comit&#233;s civiques &#187; de Santa Cruz et de Tarija, domin&#233;s et financ&#233;s par la grande entreprise, exigent une application imm&#233;diate de l'autonomie r&#233;gionale vot&#233;e, peu importe qu'elle ne soit pas encore d&#233;finie, peu importe non plus que cinq d&#233;partements sur neuf s'y soient oppos&#233;s lors du r&#233;f&#233;rendum. La table est donc mise pour un &#171; dialogue de sourds &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes majeures de l'instabilit&#233; politique bolivienne depuis plusieurs ann&#233;es sont donc toujours pr&#233;sentes : in&#233;galit&#233;s sociales affectant particuli&#232;rement les classes exclues ayant vot&#233; pour Morales, d&#233;veloppement &#233;conomique orient&#233; sur l'exportation plus que sur la production endog&#232;ne, affrontement pour le contr&#244;le des ressources et du territoire entre la r&#233;gion andine et la plaine orientale du pays, manifestations de racisme, de s&#233;paratisme et de graves violations des droits humains. La diff&#233;rence cependant, c'est que le gouvernement Morales b&#233;n&#233;ficie d'un soutien massif et populaire qui, disons-le, demeure peu critique. Devant les conditions d'exclusion et de pauvret&#233; qui sont celles de la grande majorit&#233;, cet appui populaire ne se formaliserait pas de possibles d&#233;rives autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel et du point de vue des int&#233;r&#234;ts des populations exclues de Bolivie, notamment des autochtones, il peut s'av&#233;rer souhaitable qu'un r&#233;el d&#233;bat sur les perspectives d&#233;mocratiques du gouvernement prenne place dans la soci&#233;t&#233; bolivienne. Car il s'agit d'une condition essentielle pour parvenir &#224; un accord entre Boliviens autochtones, majoritaires, et Boliviens descendants d'Espagnols, encore dominants, sur un vivre-ensemble construit &#224; partir d'une tol&#233;rance mutuelle. La perspective gouvernementale d'une &#171; d&#233;mocratie communautaire &#187;, fusse-t-elle interculturelle, pourrait mettre en cause certaines libert&#233;s individuelles que par ailleurs ce m&#234;me gouvernement pr&#233;tend d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un atout : une conjoncture latino et mondiale en mutation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est devenu un lieu commun : la domination sans partage des &#201;tats-Unis sur l'Am&#233;rique latine n'est plus ce qu'elle &#233;tait. Tr&#232;s occup&#233;e par les bourbiers irakien et afghan r&#233;sultant de son agression, la puissance &#233;tats-unienne a aussi nettement perdu des plumes dans le c&#244;ne sud de l'Am&#233;rique (au Br&#233;sil, en Argentine, en Uruguay, au Chili) et en Bolivie, alors qu'en plus, au Venezuela, des &#233;lections r&#233;centes ont confirm&#233; la mainmise de Ch&#225;vez. L'&#233;volution de cette conjoncture favorise le gouvernement Morales en lui permettant une meilleure marge de man&#339;uvre pour la mise en place de nouvelles politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, un certain rapprochement, non seulement &#233;conomique mais aussi social, se fait jour avec les autres pays latinos, un rapprochement qui a peu &#224; voir avec la caricature de &#171; &lt;i&gt;marionnette de Ch&#225;vez&lt;/i&gt; &#187; que grands entrepreneurs et m&#233;dias d'opposition tentent d'accoler au premier pr&#233;sident autochtone de Bolivie. D'autre part, l'ouverture de nouvelles collaborations, avec l'Europe et l'Asie notamment, peut fournir des perspectives plus diversifi&#233;es &#224; la faible &#233;conomie bolivienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Denis Langlois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politologue, l'auteur a v&#233;cu en Bolivie et a travaill&#233; aupr&#232;s d'institutions de d&#233;fense des droits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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