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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Un espace m&#233;diatique critique est-il possible ?</title>
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		<dc:date>2008-08-14T17:53:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fabien Granjon</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Granjon, Fabien</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les grands r&#233;seaux de communication dont l'objectif est de d&#233;velopper les &#233;changes d'information ont toujours &#233;t&#233; soumis aux int&#233;r&#234;ts de la sph&#232;re marchande et &#224; l'essor d'un capitalisme de plus en plus d&#233;territorialis&#233;. L'emprise de la rationalit&#233; du mode de production capitaliste dans le champ m&#233;diatique n'a ainsi eu de cesse de se faire de plus en plus pr&#233;gnante. La concentration &#233;conomique des m&#233;dias, leur financiarisation, le r&#244;le jou&#233; par la publicit&#233;, l'affaiblissement de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton269.jpg?1642092222' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;340&#034; height=&#034;351&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les grands r&#233;seaux de communication dont l'objectif est de d&#233;velopper les &#233;changes d'information ont toujours &#233;t&#233; soumis aux int&#233;r&#234;ts de la sph&#232;re marchande et &#224; l'essor d'un capitalisme de plus en plus d&#233;territorialis&#233;. L'emprise de la rationalit&#233; du mode de production capitaliste dans le champ m&#233;diatique n'a ainsi eu de cesse de se faire de plus en plus pr&#233;gnante. La concentration &#233;conomique des m&#233;dias, leur financiarisation, le r&#244;le jou&#233; par la publicit&#233;, l'affaiblissement de l'audiovisuel public et sa d&#233;pendance de la logique commerciale soumettent toujours davantage les m&#233;dias &#224; l'&#233;preuve des lois du march&#233; et les tiennent de plus en plus &#233;loign&#233;s d'un mod&#232;le th&#233;orique de m&#233;dias servant le jeu d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question des m&#233;dias dans le champ de la critique sociale occupait pourtant, jusqu'&#224; il y a peu, une place tout &#224; fait marginale. Peu prise en compte par les forces progressistes, elle t&#233;moignait ainsi de leur int&#233;r&#234;t relatif pour les interrogations portant sur l'information, la culture et la lutte id&#233;ologique comme champ d'exercice &#224; part enti&#232;re de la contestation sociale. La situation a toutefois quelque peu &#233;volu&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es et l'on constate une prise en compte plus importante de ces th&#233;matiques, notamment au sein du mouvement altermondialiste. Si les militants qui portent ces probl&#233;matiques sont rarement de nouveaux venus (la plupart du temps ce sont des professionnels de l'information et des militants informationnels dont l'engagement a toujours &#233;t&#233; centr&#233; sur la communication), la mise sur l'agenda altermondialiste et la visibilit&#233; donn&#233;e &#224; ces questions sont en revanche relativement nouvelles. La contestation de l'ordre m&#233;diatique r&#233;v&#232;le par ailleurs un ensemble de contradictions qui ont trait pour une part &#224; la n&#233;cessit&#233; de structurer cette critique et de construire des strat&#233;gies d'action permettant d'intervenir efficacement dans ce domaine. Elles sont d'autre part li&#233;es aux tensions qui opposent les tenants d'une critique des m&#233;dias orientant leurs revendications &#8211; pour l'essentiel &#8211; vers une r&#233;forme radicale de l'espace public m&#233;diatique et ceux (les m&#233;dias de la critique, les m&#233;dia-activistes) qui consid&#232;rent plus important de construire un espace m&#233;diatique alternatif &#224; c&#244;t&#233; des m&#233;dias dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une et l'autre de ces perspectives pr&#233;sentent avantages et inconv&#233;nients. Principalement fond&#233;e sur un principe de d&#233;nonciation des appareils id&#233;ologiques de domination et des contenus produits par les grands m&#233;dias, la critique des m&#233;dias insiste surtout sur les dangers de la concentration de la propri&#233;t&#233; des moyens de production m&#233;diatiques au profit de quelques entreprises transnationales et de la financiarisation des m&#233;dias. Son travail critique l'oriente vers des propositions de contr&#244;le de la production d'information. En France, celles de l'Observatoire Fran&#231;ais des M&#233;dias (citons &#233;galement dans ce domaine le travail d'Acrimed) sont parmi les plus avanc&#233;es. Elles pr&#233;conisent par exemple de r&#233;affirmer le principe de pluralisme en dehors de toute r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; libre concurrence &#187; et au march&#233;, notamment publicitaire. En la mati&#232;re, la d&#233;fense de l'information en tant que bien public, la revendication d'un exercice libre, contradictoire et pluraliste de l'expression et la d&#233;fense d'un droit &#224; la communication sont les fondements &#224; partir desquels est envisag&#233;e la reconstruction d'un &#171; autre espace m&#233;diatique &#187;. Le mod&#232;le d'une presse d'opinion de qualit&#233; est ainsi d&#233;fendu dans le cadre renouvel&#233; de missions de service public et d'entreprises m&#233;diatiques qui devraient &#234;tre g&#233;r&#233;es sur la base de conseils mixtes regroupant producteurs (journalistes, secr&#233;taires, personnels techniques, etc.) et usagers. Une attention toute particuli&#232;re est par ailleurs port&#233;e aux combats men&#233;s par tous les personnels de la presse quant &#224; l'am&#233;lioration de leurs conditions mat&#233;rielles d'exercice. La d&#233;fense des conventions collectives, la revalorisation des salaires, l'application stricte du code du travail, la lutte contre le recours syst&#233;matique aux contrats pr&#233;caires (notamment pour les pigistes et les correspondants locaux) participent aussi concr&#232;tement &#224; la remise en cause de l'ordre m&#233;diatique capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la critique des m&#233;dias n'envisage qu'&#224; la marge et que les m&#233;dias de la critique prennent en revanche &#224; bras le corps concerne les questions de rapport de production qui fondent le travail de production de l'information. Les m&#233;dia-activistes mettent surtout en avant la n&#233;cessit&#233; de refonder une pratique m&#233;diatique qui ne soit pas en d&#233;calage avec les exp&#233;riences sociales des producteurs d'information, information dont la construction ne saurait &#234;tre laiss&#233;e aux &#171; professionnels de la profession &#187;. Ils fondent en acte une pratique visant notamment &#224; d&#233;naturaliser la diff&#233;rence entre &#233;metteurs et r&#233;cepteurs, producteurs et consommateurs. Ils posent ainsi la n&#233;cessit&#233; d'un exercice participatif de construction de l'information selon des modalit&#233;s autogestionnaires qui tranchent avec les normes d'une presse envisag&#233;e comme devant avoir la fonction d'agence de propagande. Le principal d&#233;fi est alors de trouver de nouvelles formes de communication qui ne reproduisent pas les rapports de domination impos&#233;s par les classes dominantes et les structures de pouvoir qui les accompagnent. Les m&#233;dias alternatifs ont pour vocation de d&#233;cloisonner les savoirs et les publics et de r&#233;v&#233;ler les antagonismes sociaux &#224; partir d'outils de production dont les r&#233;f&#233;rents ne sauraient &#234;tre ceux des m&#233;dias dominants (verticalit&#233;, objectivit&#233;, professionnalisation, massification, etc.), m&#234;me pass&#233;s aux mains des forces progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme g&#233;n&#233;tique des m&#233;dias alternatifs ne va toutefois pas sans quelques travers dans ses applications concr&#232;tes. Apr&#232;s avoir vu dans l'appropriation sociale et autonome de la radio, de la vid&#233;o et de la t&#233;l&#233;matique de premi&#232;re g&#233;n&#233;ration de nouvelles potentialit&#233;s &#233;mancipatrices susceptibles de faire vaciller l'ordre m&#233;diatique dominant, l'Internet est aujourd'hui saisi comme dispositif technique permettant, plus que tout autre, de construire un id&#233;al alter-m&#233;diatique. Si les m&#233;dia-activistes posent par leurs pratiques quelques unes des questions essentielles quant aux modalit&#233;s de production de l'information, ils ne se d&#233;partissent pas toujours de certaines formes de d&#233;terminisme technique corr&#233;latives d'une id&#233;ologie &#233;mancipatrice. La tentation de consid&#233;rer la moindre cr&#233;ation m&#233;diatique alternative comme l'ouverture de br&#232;ches dans le syst&#232;me des m&#233;dias et des industries culturelles se pr&#233;sente comme un travers r&#233;current de l'enthousiasme de certains militants informationnels. Les usages les plus avanc&#233;s et les plus rares des technologies de l'information et des communications (TIC) sont parfois envisag&#233;s, sans prudence, comme les indices probants et syst&#233;matiques d'une r&#233;volution dans la production et la diffusion de l'information et des biens symboliques. Le rep&#233;rage des innovations technologiques les plus r&#233;centes et l'insistance syst&#233;matique &#224; rendre compte de ph&#233;nom&#232;nes sociotechniques marginaux tendent &#224; donner une centralit&#233; consid&#233;rable &#224; des faits &#233;mergeants dont on voit mal comment, en l'&#233;tat actuel des choses, ils pourraient conduire &#224; un bouleversement majeur de la sph&#232;re m&#233;diatique, des industries culturelles et des syst&#232;mes marchands de diffusion des biens symboliques. Sans doute faut-il aussi se pr&#233;server d'une perspective faisant de l'information et de la communication l'alpha et l'om&#233;ga des soci&#233;t&#233;s capitalistes avanc&#233;es et des rapports sociaux (de production), alors qu'elles n'en sont qu'une des composantes qui certes les transforment, mais n'en modifient pas fondamentalement la nature (l'exploitation capitaliste). Donner &#224; croire que l'information ou l'id&#233;ologie seraient au fondement des in&#233;galit&#233;s sociales et seraient donc aussi le moteur (ou tout du moins le carburant) du changement social, c'est verser dans une approche bien peu r&#233;aliste (mat&#233;rialiste) du monde tel qu'il va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal obstacle que rencontrent aujourd'hui les tenants d'un changement radical de la production de l'information et de sa diffusion c'est, comme au sein des luttes sociales en g&#233;n&#233;ral, l'&#233;clatement des acteurs, des revendications, la multitude des r&#233;ponses locales et le manque d'une vision strat&#233;gique globale. Il est aujourd'hui important de faire &#233;merger un front de lutte commun qui, tout en construisant une critique des m&#233;dias qui ne soit pas seulement fond&#233;e sur une critique de l'information, porte le d&#233;bat sur les enjeux structurels du syst&#232;me m&#233;diatique et encourage le d&#233;veloppement des m&#233;dias alternatifs. De m&#234;me que la lutte contre la &#171; malbouffe &#187; passe par la valorisation de mod&#232;les alternatifs de production des denr&#233;es alimentaires (bio, sans OGM, etc.), mais aussi par un combat pour l'instauration d'un contr&#244;le social des moyens de production existants, la production alternative d'information ne doit pas faire oublier qu'il faut aussi s'engager pour une r&#233;appropriation sociale des m&#233;dias de masse. Plus que jamais, critique des m&#233;dias et m&#233;dias de la critique doivent dialoguer ensemble afin de mener de concert le combat pour une appropriation sociale de l'espace m&#233;diatique et des instruments collectifs d'expression. La critique et la d&#233;nonciation des m&#233;dias dominants, gardiens de l'ordre social, doit s'accompagner de la mise en &#339;uvre de m&#233;dias de la critique et de pratiques alternatives de communication. La construction d'agences de presse ind&#233;pendantes et de m&#233;dias alternatifs est &#224; encourager, tout comme l'appropriation des plus r&#233;centes technologies de l'information et de la communication, la promotion des logiciels libres ou la lutte contre l'extension de la propri&#233;t&#233; intellectuelle. Ceci doit toutefois &#234;tre entrepris &#224; distance des f&#233;tiches &#171; communication &#187;, &#171; technologie &#187; et &#171; r&#233;seaux &#187; pr&#233;sent&#233;s comme force de lib&#233;ration. Une autre information est possible mais encore faut-il se mettre en capacit&#233; de construire, ensemble, les dynamiques sociales, &#233;conomiques, techniques et politiques qui permettront d'atteindre objectifs de justice sociale et d&#233;mocratisation de l'espace m&#233;diatique. S'il est aujourd'hui un imp&#233;ratif, c'est bien celui de surmonter les clivages th&#233;oriques et pratiques qui structurent habituellement les mobilisations informationnelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabien Granjon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, enseignant &#224; l'Universit&#233; de Nantes, chercheur associ&#233; au CEMTI - Universit&#233; de Paris 8&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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