<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.ababord.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
	<link>https://www.ababord.org/</link>
	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.ababord.org/spip.php?id_mot=400&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
		<url>https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L144xH53/siteon0-9c6c5.png?1729015892</url>
		<link>https://www.ababord.org/</link>
		<height>53</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Conflits d'int&#233;r&#234;ts</title>
		<link>https://www.ababord.org/Conflits-d-interets</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Conflits-d-interets</guid>
		<dc:date>2008-08-17T16:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne-Marie Gingras</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gingras, Anne-Marie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Professeure au d&#233;partement de Science politique de l'Universit&#233; Laval, Anne-Marie Gingras est l'auteure de M&#233;dias et d&#233;mocratie, Le grand malentendu, publi&#233; aux Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec (Qu&#233;bec, 2006). Ce livre s'attache &#224; analyser le r&#244;le politique des m&#233;dias priv&#233;s et publics, ainsi que des sondages et des technologies m&#233;diatiques et jette un regard &#224; la fois critique et nuanc&#233; sur le m&#233;tier de journaliste. L'entretien qu'elle a accord&#233; &#224; &#192; b&#226;bord ! porte sur les liens entre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gingras-Anne-Marie-+" rel="tag"&gt;Gingras, Anne-Marie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Professeure au d&#233;partement de Science politique de l'Universit&#233; Laval, Anne-Marie Gingras est l'auteure de &lt;i&gt;M&#233;dias et d&#233;mocratie, Le grand malentendu&lt;/i&gt;, publi&#233; aux Presses de l'Universit&#233; du Qu&#233;bec (Qu&#233;bec, 2006). Ce livre s'attache &#224; analyser le r&#244;le politique des m&#233;dias priv&#233;s et publics, ainsi que des sondages et des technologies m&#233;diatiques et jette un regard &#224; la fois critique et nuanc&#233; sur le m&#233;tier de journaliste. L'entretien qu'elle a accord&#233; &#224; &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; porte sur les liens entre les m&#233;dias et les pouvoirs &#233;conomiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; b&#226;bord ! :&lt;/strong&gt; Pourquoi les gens d'affaires ach&#232;tent-ils des m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne-Marie Gingras :&lt;/strong&gt; Il y a d'abord la volont&#233; chez eux d'avoir dans leur portefeuille d'entreprises un maillon dans le domaine des communications pour faire du profit. Il y a &#233;galement la volont&#233; d'&#234;tre pr&#233;sent sur la place publique, d'&#234;tre visible, et d'acqu&#233;rir ainsi un peu d'influence sur les gouvernants par le biais de l'influence des m&#233;dias sur le public. On voit &#224; l'&#339;uvre une sorte de triangle : m&#233;dias, gouvernants, public. En faisant miroiter l'influence m&#233;diatique sur le public, les patrons de presse assoient leur prestige aupr&#232;s de la classe politique. Au niveau symbolique, cette influence s'exerce &#233;galement par la capacit&#233; pour les patrons de presse de pr&#233;senter la soci&#233;t&#233; sous un certain jour, de diffuser une vision du monde dans lequel le syst&#232;me priv&#233; marchand a un r&#244;le structurant. Les patrons de presse sont des entrepreneurs et ils pr&#233;sentent la soci&#233;t&#233; marchande et le secteur priv&#233; comme r&#233;gulateurs d'un &#171; bon &#187; ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; La rentabilit&#233; de la presse ne semble cependant pas au rendez-vous. On parle d'un lectorat en chute libre, de recettes publicitaires &#233;parpill&#233;es sur d'autres plates-formes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; A-MG :&lt;/strong&gt; Il est vrai que le secteur de l'information en g&#233;n&#233;ral, et celui des grands journaux en particulier, ne rapportent pas &#233;norm&#233;ment d'argent ces temps-ci &#8211; c'est un euph&#233;misme ! &#8211; et on pourrait donc chercher d'autres motivations. Il faut toutefois nuancer. Certains patrons de presse visent d'avantage le profit, alors que d'autres visent d'abord l'influence politique, ce qui explique les diff&#233;rentes strat&#233;gies des uns et des autres. Quebecor et Pierre-Karl P&#233;ladeau, en r&#233;alit&#233;, ne visent pas tant l'acquisition d'une influence aupr&#232;s de la classe politique que l'instauration d'habitudes culturelles qui vont faire en sorte que les Qu&#233;b&#233;cois et Qu&#233;b&#233;coises vont acheter un certain type de produits, regarder tel type de t&#233;l&#233;vision, acheter tel quotidien, telle revue &#8211; et ainsi mousser l'ensemble des produits de Quebecor. C'est ce qu'on appelle la convergence. Dans l'entreprise Quebecor, c'est tr&#232;s important de travailler &#224; instaurer chez la population un ensemble d'habitudes culturelles. &#192; l'autre extr&#234;me, on retrouve CanWest et la famille Asper, qui ont dans le pass&#233; poursuivi avec beaucoup d'acharnement des objectifs politiques par le biais de &#171; l'&#233;ditorial unique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En d&#233;cembre 2001, Izzy Asper, propri&#233;taire de 13 journaux dont The Gazette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; impos&#233; &#224; tous les journaux de l'entreprise en d&#233;cembre 2001. Cet &#233;ditorial unique faisait la promotion de la protection des grandes fortunes et de la r&#233;duction du r&#244;le de l'&#201;tat dans l'&#233;conomie. Sur le plan international, on avait pris partie pour la ligne dure envers les Palestiniens, aux d&#233;pens de toute forme d'accord entre Isra&#235;l et l'Autorit&#233; palestinienne et donc aux d&#233;pens de toute recherche de paix dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Comment &#233;valuer le pouvoir et l'influence des patrons de presse et des propri&#233;taires de m&#233;dias au sein de leur entreprise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; Il y a plusieurs modes d'intervention. Le premier se situe au niveau des d&#233;cisions &#233;conomiques : l'achat et la vente des m&#233;dias, le rendement financier, le budget g&#233;n&#233;ral consacr&#233; &#224; l'information, les salaires, les d&#233;penses, la somme accord&#233; aux pigistes, les salaires des permanents, etc. Les propri&#233;taires d&#233;l&#232;guent ensuite &#224; leur &#233;diteur ou leur directeur de l'information l'affectation des ressources humaines et mat&#233;rielles qui d&#233;terminent le cadre de travail des journalistes (charge de travail, d&#233;lais, priorit&#233;s, quelle place pour l'&#233;conomie, pour les sports, les faits divers). Le contr&#244;le le plus visible correspond aux interventions ponctuelles des propri&#233;taires ou de leurs cadres qui remettent en cause l'autonomie journalistique. Il peut s'agir d'une &#171; commande sp&#233;ciale &#187; qui transite par la cha&#238;ne d'autorit&#233; : faire interviewer un leader politique, en m&#233;nager un autre, couvrir un sujet particulier, ou un sujet habituel avec un angle privil&#233;gi&#233; &#224; adopter, ou encore &#233;viter une question. Enfin, le contr&#244;le se manifeste le plus nettement et le plus brutalement dans la sanction ou le renvoi d'un journaliste dont le travail d&#233;pla&#238;t au patron ou &#224; ses amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant &#233;viter de simplifier et de donner &#224; penser que le monde journalistique ne fonctionne qu'au piston, car il y a des logiques &#233;conomiques qui structurent de mani&#232;re plus importante le fonctionnement des m&#233;dias, comme la concentration de la presse et la marchandisation de l'information. Les journalistes syndiqu&#233;es et les chroniqueurs ont beaucoup de libert&#233;, mais semblent en perdre l'usage d&#232;s qu'ils touchent le &#171; plafond de verre &#187;, cet ensemble de contraintes qu'ils et elles ont int&#233;rioris&#233;es &#8211; contraintes de temps, de sujets, d'angles etc. &#8211;, au point o&#249; les journalistes eux-m&#234;mes vont d&#233;clarer que tel sujet n'est pas int&#233;ressant. En r&#233;alit&#233; il peut s'agir de sujets &#171; int&#233;ressants &#187;, mais difficiles &#224; couvrir, ou qui prendraient trop de temps. Entre les pressions des patrons et les exigences (int&#233;rioris&#233;es) d'instantan&#233;it&#233; et de rapidit&#233;, les journalistes mettent souvent de c&#244;t&#233; des dossiers fondamentaux en ce qui a trait &#224; l'organisation de la vie en soci&#233;t&#233;. Rappelons-nous que les m&#233;dias ont mis beaucoup de temps &#224; comprendre le v&#233;ritable sens du scandale des commandites... un &#233;chec journalistique qu'explique Jean-Claude Leclerc dans un article du &lt;i&gt;Trente&lt;/i&gt; (&#233;t&#233; 2004). Il met en perspectives les raisons de l'aveuglement des m&#233;dias &#224; l'&#233;gard du fonctionnement du syst&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Dans vos travaux, les expressions &#171; d&#233;fense du syst&#232;me &#233;conomique &#187; et &#171; conflit d'int&#233;r&#234;ts &#187; reviennent souvent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; L'id&#233;e d'objectivit&#233; journalistique ou, du moins, de rigueur journalistique, est tr&#232;s pr&#233;sente dans le milieu. Mais, en m&#234;me temps, les entreprises de presse sont d&#233;tenues par des individus en chair et en os, des entreprises dont l'objectif principal est de faire du profit... il y a des situations de conflit d'int&#233;r&#234;ts. Ces conflits ne concernent pas n&#233;cessairement tous les secteurs de l'&#233;conomie, ils existent dans les secteurs de l'&#233;conomie o&#249; &#339;uvre l'entreprise propri&#233;taire. Si on prend Quebecor, par exemple, une entreprise ayant des journaux et poss&#233;dant &#233;galement des int&#233;r&#234;ts dans la c&#226;blodistribution via son association avec Videotron, on peut supposer que tout ce qui a trait &#224; la c&#226;blodistribution &#8211; et, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, ce qui concerne la diffusion par satellite, la principale concurrente de la c&#226;blodistribution &#8211; sera trait&#233; dans un contexte de conflit d'int&#233;r&#234;ts. M&#234;me chose pour le secteur des assurances avec Power Corporation, non seulement en ce qui concerne les compagnies d'assurances qui appartiennent &#224; la famille Desmarais, mais &#233;galement les compagnies qui sont les rivales des Desmarais. La question des conflits d'int&#233;r&#234;ts peut &#233;galement &#234;tre &#233;tendue aux publicitaires. Il y a des publicitaires qui sont extr&#234;mement actifs. Pensons &#224; Bell Canada, qui annonce dans la majorit&#233; des m&#233;dias. Evidemment, les conflits de travail chez Bell sont assez peu rapport&#233;s et pourtant Bell Canada est un bien mauvais employeur sur le plan des droits de la personne et du travail. Avant qu'une entreprise de presse d&#233;cide de fouiller ce qui se passe chez Bell&#8230; Les plus gros commanditaires sont donc prot&#233;g&#233;s &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;. Il peut &#233;galement y avoir des entreprises de presse o&#249; les patrons connaissent des individus. &#201;videmment, vous et moi ne sommes pas au courant de ces amiti&#233;s personnelles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Vous parlez &#233;galement d'une &#171; vision globalement favorable &#224; l'entreprise priv&#233;e &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; La majorit&#233; des m&#233;dias appartiennent &#224; des entreprises priv&#233;es et ces entreprises ont des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques &#224; d&#233;fendre. L'id&#233;ologie lib&#233;rale et procapitaliste de ces m&#233;dias correspond &#224; ces int&#233;r&#234;ts. Dans les m&#233;dias, une vision favorable au secteur priv&#233; marchand transpire, avec une s&#233;rie de valeurs comme l'individualisme, la valorisation des r&#233;alisations personnelles et non pas collectives, la charit&#233; plut&#244;t que la justice, la libert&#233; plut&#244;t que l'&#233;galit&#233;. Il s'agit d'une vision du monde tr&#232;s particuli&#232;re dont on peut faire ressortir un principe de base : tout ce qui est r&#233;alis&#233; collectivement est spontan&#233;ment d&#233;consid&#233;r&#233;. Presque tous les secteurs, la sant&#233;, l'&#233;ducation, vont &#234;tre trait&#233;s comme si on devait y importer les solutions du priv&#233;. L'int&#233;gration des m&#233;dias au syst&#232;me &#233;conomique rel&#232;ve donc tout autant, sinon d'avantage, d'un effet de syst&#232;me que d'actes individuels pos&#233;s par des personnes en autorit&#233;. Par exemple, les grands m&#233;dias priv&#233;s ont int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;fendre les baisses d'imp&#244;t et les paradis fiscaux. Izzy Asper &#233;tait un mod&#232;le dans le domaine. Le premier &#233;ditorial unique des journaux du groupe CanWest portait justement sur la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, que l'on voulait voir inscrite dans la Constitution. Mais ce genre de man&#339;uvres a un impact limit&#233;, car les gens voient vite les gros fils blancs de la prise de position du patron de presse en faveur de ses propres int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Qu'entend-on par &#171; marchandisation &#187; de l'information ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; Il s'agit de la transformation de l'information en marchandise, en quelque chose qui est &#224; vendre, ce qui fait qu'on peut dire n'importe quoi, pourvu que &#231;a se vende, c'est l'essentiel. &lt;br class='autobr' /&gt;
On homog&#233;n&#233;ise ainsi une foule de &#171; produits &#187; de l'information et de la communication dissemblables : nouvelles, sports, jeux, vari&#233;t&#233;s, films, etc. Pour arriver &#224; saisir tout type d'information comme une marchandise, il faut pouvoir &#233;tablir un crit&#232;re de performance. Ce crit&#232;re servira d'outil de standardisation, de mesure d'&#233;quivalence pouvant &#233;valuer des informations de natures diff&#233;rentes. Ce crit&#232;re ce sont les cotes d'&#233;coute, qui &#224; leur tour serviront &#224; d&#233;terminer les co&#251;ts de publicit&#233; qu'un m&#233;dia peut exiger. Cela r&#233;pond &#224; la n&#233;cessit&#233; d'inclure le travail des m&#233;dias dans le syst&#232;me plus vaste des &#233;changes de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Cela s'oppose &#233;videmment &#224; la conception de l'information comme bien public, comme un bien qui sert collectivement, ayant une fonction dans la soci&#233;t&#233;, celle d'aider les citoyens et les citoyennes &#224; r&#233;fl&#233;chir sur leur soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandisation s'oppose au mandat de service public parce qu'elle instrumentalise l'information. Cette derni&#232;re devient un outil visant &#224; rapporter des dividendes pour les m&#233;dias et les annonceurs. L'aspect marchand de l'information s'inscrit dans une voie contraire &#224; celle de l'am&#233;lioration des contenus. Par exemple, dans la guerre que se livrent les radiodiffuseurs, l'accroissement des parts de march&#233; passe par la multiplication des cha&#238;nes, et non par l'am&#233;lioration de la programmation. On cherche plut&#244;t &#224; multiplier les produits pour capter un auditoire accru, l'id&#233;e &#233;tant qu'occupant davantage de place dans l'offre, on r&#233;coltera n&#233;cessairement une part de march&#233; plus grande. Tout cela est fort paradoxal, puisque la multiplication des cha&#238;nes par un m&#234;me radiodiffuseur n'est pas garante d'un surcro&#238;t de revenu suffisant pour assurer le fonctionnement des nouvelles stations ; la multiplication des cha&#238;nes r&#233;duit donc les budgets disponibles pour chacune d'elles, ce qui ne peut am&#233;liorer la qualit&#233; des &#233;missions. La r&#233;duction des ressources a un impact &#233;vident sur les conditions de travail des &#233;quipes de reportage : dossiers moins fouill&#233;s, temps de travail r&#233;duit, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marchandisation fait donc pr&#233;valoir les consid&#233;rations commerciales sur toutes les autres missions de l'information, y compris sur l'id&#233;e que les m&#233;dias constituent une agora o&#249; l'on retrouve une vari&#233;t&#233; de points de vue qui aident les citoyens et les citoyennes &#224; se faire une opinion &#233;clair&#233;e &#224; propos des enjeux politiques. En r&#233;sum&#233;, la marchandisation cristallise le triomphe de la consommation sur la citoyennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Quelle est la diff&#233;rence entre &#171; concentration &#187; et &#171; convergence &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; Il y a la concentration verticale, la concentration horizontale et la concentration crois&#233;e. La concentration horizontale renvoie &#224; la jonction d'activit&#233;s &#233;conomiques de m&#234;me nature, par exemple lorsqu'un journal ach&#232;te un autre journal. La concentration verticale consiste en achat d'entreprises dont les activit&#233;s sont compl&#233;mentaires, comme lorsqu'un journal ach&#232;te une imprimerie ou un distributeur. La concentration crois&#233;e signifie que des m&#233;dias de natures diff&#233;rentes, sans &#234;tre n&#233;cessairement compl&#233;mentaires, peuvent &#234;tre acquis dans un m&#234;me march&#233;, comme une station de radio et un journal. Dans une perspective d'affaires, la concentration s'inscrit dans la tendance &#224; la maximalisation des rendements sur l'investissement. La concentration permet des &#233;conomies d'&#233;chelle, c'est-&#224;-dire une r&#233;duction des co&#251;ts reli&#233;e &#224; une &#171; production accrue &#187;. En achetant d'autres m&#233;dias du m&#234;me secteur ou en fusionnant, les entreprises augmentent leur part de march&#233; et peuvent accro&#238;tre leurs profits. De plus, si une entreprise occupe une part importante du march&#233; et qu'elle a les reins solides, elle peut livrer une concurrence f&#233;roce &#224; ses comp&#233;titeurs en baissant temporairement ses taux de publicit&#233; (elle charge moins pour une m&#234;me publicit&#233;) ; les entreprises concurrentes sont donc oblig&#233;es de faire de m&#234;me, et cette strat&#233;gie d&#233;soriente leur strat&#233;gie d'affaire, leur fait perdre de l'argent et les place en position de vuln&#233;rabilit&#233;. La concentration de la presse permet donc de contr&#244;ler jusqu'&#224; un certain point le march&#233; de la publicit&#233;. L'int&#233;r&#234;t ici est strictement de nature commerciale, on se fiche pas mal des contenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration permet et favorise la convergence, qu'on appelle &#233;galement synergie. La convergence est l'utilisation d'un m&#234;me &#171; produit &#187; sur diff&#233;rentes plates-formes ou dans diff&#233;rents m&#233;dias, utilisation ayant pour objectif de mousser le produit. Le meilleur exemple en est sans doute &lt;i&gt;Star Acad&#233;mie&lt;/i&gt; : l'&#233;mission est diffus&#233;e &#224; TVA (Quebecor), le disque est fabriqu&#233; par Quebecor et distribu&#233; chez Archambault (Quebecor) et on en parle dans les hebdomadaires de Quebecor. Il existe enfin un autre ph&#233;nom&#232;ne connexe de la convergence et de la concentration, qui est le d&#233;cloisonnement des salles de r&#233;daction des diff&#233;rents m&#233;dias d'un m&#234;me groupe. Il s'agit ici de la dimension &#171; exploitation des journalistes &#187;, que l'on presse comme des citrons : en plus de faire son papier, un journaliste doit pr&#233;parer un topo pour la radio, faire une capsule sur le site Internet, etc., sans tenir compte de la vocation sp&#233;cifique des divers m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! :&lt;/strong&gt; Quels sont les moyens et les politiques que pourrait se donner la soci&#233;t&#233; pour exercer un certain contr&#244;le public sur la propri&#233;t&#233; et la concentration des m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A-MG :&lt;/strong&gt; Les groupes de r&#233;flexion, les comit&#233;s et les commissions parlementaires qui se sont pench&#233;s sur la concentration de la presse depuis quarante ans ont tous dit la m&#234;me chose : on aurait besoin d'un organisme, d'un observatoire qui pourrait analyser les transactions, &#233;valuer la concentration de la presse et les conflits d'int&#233;r&#234;t. Cependant, sur le plan politique, il y a tr&#232;s peu de volont&#233; d'accomplir une telle chose, ce qui fait qu'on aura, lors de la prochaine vague de concentration des m&#233;dias, un &#233;ni&#232;me comit&#233; d'&#233;tude, une &#233;ni&#232;me commission parlementaire, qui va encore demander la mise en place d'un organisme de surveillance de la concentration. Le Conseil de presse n'est pas suffisant &#8211; en fait il ne se pr&#233;occupe pas de la concentration de la presse &#8211; et les organismes professionnels ont des objectifs qui sont aussi corporatistes &#8211; l'int&#233;r&#234;t des membres de ces organismes n'est pas n&#233;cessairement l'am&#233;lioration de la qualit&#233; de l'information. Je suis par ailleurs tr&#232;s pessimiste quant &#224; notre capacit&#233; collective de mettre en place un tel organisme, tout simplement parce qu'il n'y a aucun parti politique susceptible de prendre le pouvoir &#224; Qu&#233;bec ou &#224; Ottawa qui a &#231;a dans son programme. Aucun parti susceptible de prendre actuellement le pouvoir ne remet en cause les principes du syst&#232;me capitaliste actuel. On pr&#233;sente les failles du capitalisme comme des accidents de parcours, au lieu de penser que le syst&#232;me &#233;conomique nuit &#224; la qualit&#233; de l'information et &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En d&#233;cembre 2001, Izzy Asper, propri&#233;taire de 13 journaux dont &lt;i&gt;The Gazette&lt;/i&gt; de Montr&#233;al, &lt;i&gt;The Vancouver Sun&lt;/i&gt;, le&lt;i&gt; Ottawa Citizen&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Edmonton Journal&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Calgary Herald&lt;/i&gt;, impose un &#233;ditorial unique &#224; l'ensemble de ses journaux (sauf au &lt;i&gt;National Post&lt;/i&gt;), &#233;ditorial &#233;crit au si&#232;ge social de Winnipeg. Les r&#233;dactions de tous les journaux du groupe doivent se conformer aux orientations politiques exprim&#233;es dans ces &#233;ditoriaux. [tir&#233; de &lt;i&gt;M&#233;dias et d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, p. 109-110.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Claude Rioux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
