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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Comment la critique du &#171; politically correct &#187; nous enfonce dans le brouillard</title>
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		<dc:date>2020-11-22T20:49:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Analyse du discours</dc:subject>
		<dc:subject>Corcuff, Philippe </dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec les r&#233;cents livres de Mathieu Bock-C&#244;t&#233; et de Pierre Mouterde consacr&#233;s au &#171; politiquement correct &#187;, un certain confusionnisme id&#233;ologique s'&#233;tend du conservatisme au progressisme, au Qu&#233;bec comme en France. Une telle pente manich&#233;enne ne nous fait-elle pas perdre en chemin la boussole de l'&#233;mancipation ? &lt;br class='autobr' /&gt; Ces deux livres d'intellectuels actifs dans l'espace politique qu&#233;b&#233;cois nous donnent l'occasion de revenir sur la notion &#224; la fois pr&#233;gnante m&#233;diatiquement et floue de &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3014.jpg?1642092252' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;938&#034; height=&#034;1326&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec les r&#233;cents livres de Mathieu Bock-C&#244;t&#233; et de Pierre Mouterde consacr&#233;s au &#171; politiquement correct &#187;, un certain confusionnisme id&#233;ologique s'&#233;tend du conservatisme au progressisme, au Qu&#233;bec comme en France. Une telle pente manich&#233;enne ne nous fait-elle pas perdre en chemin la boussole de l'&#233;mancipation ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Ces deux livres d'intellectuels actifs dans l'espace politique qu&#233;b&#233;cois nous donnent l'occasion de revenir sur la notion &#224; la fois pr&#233;gnante m&#233;diatiquement et floue de &#171; &lt;em&gt;politically correct&lt;/em&gt; &#187; (ou &#171; rectitude politique &#187;). Le premier livre vient de la droite, &lt;em&gt;L'empire du politiquement correct&lt;/em&gt; de Bock-C&#244;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paris, Cerf, 2019.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et le second de la gauche, &lt;em&gt;Les impasses de la rectitude politique&lt;/em&gt; de Mouterde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Montr&#233;al, Varia, 2019.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leurs intersections nous plongent un peu plus dans le brouillard politico-id&#233;ologique propre &#224; l'air du temps.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Le double contexte ultra-conservateur et confusionniste du &#171; politiquement incorrect &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Je fais l'hypoth&#232;se que, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, nous sommes entr&#233;s dans une p&#233;riode o&#249; des bricolages id&#233;ologiques ultra-conservateurs ont le vent en poupe. Je l'ai pr&#233;cis&#233;ment document&#233; pour le cas de la France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans P. Corcuff, La grande confusion. Winter is coming, &#224; para&#238;tre.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'observe d'abord deux ph&#233;nom&#232;nes politico-id&#233;ologiques d'ampleur, le premier tr&#232;s visible et le second peu souvent per&#231;u :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. le recul du clivage gauche/droite, ayant &#233;merg&#233; au cours de la R&#233;volution fran&#231;aise et ayant domin&#233; politiquement la sc&#232;ne mondiale au XXe si&#232;cle ; les cas des &#201;tats-Unis et du Qu&#233;bec &#233;tant particuliers, car cette opposition y a &#233;t&#233; longtemps secondaire et une gauche y rena&#238;t toutefois ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. l'association moderne entre critique sociale et &#233;mancipation sociale, qui a aussi commenc&#233; &#224; se mettre en place &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle en constituant un des piliers intellectuels de &#171; la gauche &#187;, s'effrite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En profitant notamment de cette double crise, un ultra-conservatisme x&#233;nophobe (anti-migrants, islamophobe et/ou antis&#233;mite), sexiste et homophobe, inscrit dans un cadre nationaliste d&#233;nigrant l'espace-Monde, se d&#233;veloppe de l'extr&#234;me droite jusqu'&#224; des droites radicalis&#233;es. Sur la base de la dissociation de la critique et de l'&#233;mancipation, l'ultra-conservatisme actuel promeut un &lt;em&gt;hypercriticisme &lt;/em&gt;&#171; anti-syst&#232;me &#187; (notion vague et &#224; g&#233;om&#233;trie variable), dont la mise en cause du suppos&#233; &#171; politiquement correct &#187; et les tuyaux rh&#233;toriques complotistes constituent deux des canaux principaux et li&#233;s de diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cet hypercriticisme d&#233;ploie une critique superficielle des ordres sociaux et politiques. Ce produit id&#233;ologique frelat&#233; ressemble &#224; la critique sociale structurelle propre au marxisme, &#224; l'anarchisme ou aux sciences sociales contemporaines (visant les structures sociales du capitalisme et ses rapports de classe, du sexisme, du racisme, de l'h&#233;t&#233;rosexisme, etc.), tout en en d&#233;truisant la profondeur. Et la critique n'est plus connect&#233;e &#224; un horizon politique d'&#233;mancipation individuelle et collective, mais justifie au contraire des discriminations (x&#233;nophobes, sexistes, homophobes, etc.). Les bricolages id&#233;ologiques ultra-conservateurs (dont Alain Soral, &#201;ric Zemmour et Renaud Camus sont les figures les plus connues en France) associ&#233;s &#224; la mont&#233;e &#233;lectorale de l'extr&#234;me droite politique ont alors des effets d'aimantation des d&#233;bats publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette aimantation est facilit&#233;e par la constitution d'un espace &lt;em&gt;confusionniste&lt;/em&gt;, aliment&#233; par un accroissement d'interf&#233;rences rh&#233;toriques et id&#233;ologiques entre des postures et des th&#232;mes d'extr&#234;me droite, de droite, de gauche mod&#233;r&#233;e et de gauche radicale. Cela s'op&#232;re le plus souvent dans une large inconscience, au milieu de nombre d'oppositions et de conflits. Les d&#233;rives simplistes de la critique sociale vers la mise en cause du &#171; politiquement correct &#187; dans des modalit&#233;s souvent complotistes constituent un lieu particuli&#232;rement partag&#233; du confusionnisme actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ultra-conservatisme et n&#233;olib&#233;ralisme entretiennent des rapports variables : des discours ultra-conservateurs critiquent le n&#233;olib&#233;ralisme en se r&#233;clamant d'une alternative sur une base nationaliste (par exemple, chez Soral, Zemmour ou Marine Le Pen), d'autres sont associ&#233;s au n&#233;olib&#233;ralisme (Jair Bolsonaro au Br&#233;sil), d'autres encore proposent des hybridations entre dispositifs n&#233;olib&#233;raux, critiques partielles du n&#233;olib&#233;ralisme et ultra-conservatisme (comme Donald Trump), dans ce que le politiste Jean-Fran&#231;ois Bayart appelle un &lt;em&gt;national-lib&#233;ralisme&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'impasse nationale-lib&#233;rale. Globalisation et repli identitaire, Paris, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Bock-C&#244;t&#233; ou l'ultra-conservatisme de droite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Mathieu Bock-C&#244;t&#233; est un essayiste effectuant des va-et-vient entre un souverainisme de droite au Qu&#233;bec et un conservatisme alourdi en France, sp&#233;cialement sur le site du &lt;em&gt;Figaro&lt;/em&gt;. On pourrait dire que c'est un conservateur naviguant entre extr&#234;me droite et extr&#234;me centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans son ouvrage, il d&#233;finit le &#171; politiquement correct &#187; comme &#171; &lt;em&gt;un dispositif inhibiteur ayant pour vocation d'&#233;touffer, de refouler ou de diaboliser les critiques du r&#233;gime diversitaire et de l'h&#233;ritage des&lt;/em&gt; Radical Sixties &#187;. D&#233;j&#224; cette d&#233;finition oriente la critique dans une direction id&#233;ologique &#233;troite : la double d&#233;nonciation des mouvements sociaux des ann&#233;es 1960-1970 et du caract&#232;re pluriculturel des soci&#233;t&#233;s contemporaines. Certes, si le livre se conclut sur un &#171; &lt;em&gt;&#233;loge du conflit civilis&#233;&lt;/em&gt; &#187;, il peut aussi r&#233;&#233;valuer les th&#232;ses d'extr&#234;me droite de Zemmour ou la tradition politique conservatrice, tout en stigmatisant &#224; longueur de pages &#171; &lt;em&gt; le multiculturalisme &lt;/em&gt; &#187;, la suppos&#233;e &#171; &lt;em&gt;immigration massive &lt;/em&gt; &#187;, le &#171; &lt;em&gt;sans-fronti&#233;risme&lt;/em&gt; &#187;, les &#171; &lt;em&gt;accommodements r&#233;p&#233;t&#233;s avec l'islam &lt;/em&gt; &#187;, &#171; &lt;em&gt;la lutte contre le racisme&lt;/em&gt; &#187;, la pr&#233;tendue &#171; &lt;em&gt;th&#233;orie du genre &lt;/em&gt; &#187;, l'&#171; &lt;em&gt;imaginaire radical de l'&#233;mancipation&lt;/em&gt; &#187; de &#171; &lt;em&gt;l'individu&lt;/em&gt; &#187; &#224; &#171; &lt;em&gt;gauche&lt;/em&gt; &#187;&#8230; et cela au nom de l'&#171; &lt;em&gt;appartenance historique ou naturelle&lt;/em&gt; &#187;, de &#171; &lt;em&gt;l'identit&#233; nationale &lt;/em&gt; &#187; et du &#171; &lt;em&gt;peuple&lt;/em&gt; &#187; essentialis&#233; et nationalis&#233; en &lt;em&gt;peuple-nation&lt;/em&gt;, en fustigeant les perspectives cosmopolitiques et internationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le livre de Bock-C&#244;t&#233; s'inscrit dans le genre pamphl&#233;taire, dont la remarquable analyse linguistique et historique de Marc Angenot allant de 1868 &#224; 1968&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La parole pamphl&#233;taire, Paris, Payot, 1982.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a point&#233; des traits rh&#233;toriques qui sont aujourd'hui r&#233;activ&#233;s dans les bricolages id&#233;ologiques ultra-conservateurs et confusionnistes : manich&#233;isme, homog&#233;n&#233;isation du r&#233;el, complotisme, diabolisation des adversaires, paradoxal moralisme de l'anti-moralisme, pathos de l'h&#233;t&#233;rodoxie apparente, etc. Angenot &#233;claire par avance notre pr&#233;sent id&#233;ologique : &#171; &lt;em&gt;Le pamphlet se pr&#233;sente comme un discours oppos&#233; &#224; celui de l'Autorit&#233; et du Pouvoir tout en reproduisant de fa&#231;on terroriste leurs traits&lt;/em&gt; &#187;. Dans ce cadre pamphl&#233;taire, l'argumentation est &#224; plusieurs reprises ab&#238;m&#233;e par des incoh&#233;rences logiques, masqu&#233;es aux yeux m&#234;me de leur auteur par le ton de l'&#233;vidence. Bock-C&#244;t&#233; s'insurge par moments contre les &#171; &lt;em&gt;revendications identitaires &lt;/em&gt; &#187; et le &#171; &lt;em&gt;lobby identitaire&lt;/em&gt; &#187; et c&#233;l&#232;bre ailleurs &#171; &lt;em&gt;l'appartenance&lt;/em&gt; &#187; et &#171; &lt;em&gt;l'identit&#233;&lt;/em&gt; &#187;. Il met en cause &#171; &lt;em&gt;une forme de complotisme sophistiqu&#233; en vogue dans la gauche m&#233;diatique&lt;/em&gt; &#187;, tout en recourant &#224; des formulations &#224; tonalit&#233;s conspirationnistes comme &#171; &lt;em&gt;le r&#233;gime diversitaire cherche &#224; reprendre politiquement le contr&#244;le de l'opinion et, cela, de mani&#232;re explicite&lt;/em&gt; &#187;. Ce complotisme attribue &#224; des entit&#233;s collectives (comme &#171; le r&#233;gime diversitaire &#187; ou &#171; le multiculturalisme &#187;) des intentions manipulatrices et cach&#233;es comme s'il s'agissait de personnages dans un roman d'espionnage.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Mouterde : inconcience confusionniste et nostalgie &#224; gauche&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Venant de France et ayant sillonn&#233; l'Am&#233;rique latine, Pierre Mouterde est devenu une figure stimulante de la gauche qu&#233;b&#233;coise. Dans son suggestif ouvrage &lt;em&gt;Les strat&#232;ges romantiques&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2017.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est un des rares &#224; avoir affront&#233; le probl&#232;me difficile de ce que le regrett&#233; Daniel Bensa&#239;d a appel&#233; &#171; &lt;em&gt;la panne strat&#233;gique&lt;/em&gt; &#187; de la gauche. Il a aussi nou&#233; un dialogue utile entre le socialisme de culture marxiste d'o&#249; il vient et la culture libertaire du sociologue Marcos Ancelovici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans son dernier livre, Mouterde propose une critique de gauche de &#171; la rectitude politique &#187; afin de ne pas &#171; &lt;em&gt;laisser ce combat dans les seules mains de la droite conservatrice&lt;/em&gt; &#187;. Mais en quoi &#171; ce combat &#187; serait-il d&#233;cisif ? Au bout des 69 premi&#232;res pages (sur 155 au total), on a principalement affaire &#224; la r&#233;p&#233;tition d'expressions gonflant exag&#233;r&#233;ment une menace largement fantasm&#233;e, comme &#171; &lt;em&gt;touche l'ensemble des pratiques politiques d&#233;mocratiques contemporaines&lt;/em&gt; &#187;, &#171; &lt;em&gt;les contraintes impos&#233;es par &#171; l'empire du politiquement correct&lt;/em&gt; &#187; &#187; (en reprenant de mani&#232;re non critique la formule de Bock-C&#244;t&#233;), &#171; &lt;em&gt;partout&lt;/em&gt; &#187;, &#171; &lt;em&gt;l'expression d'une forme politique d&#233;grad&#233;e qui a fini par s'imposer dans les soci&#233;t&#233;s dites d&#233;mocratiques, capitalistes et n&#233;olib&#233;rales du d&#233;but du XXIe si&#232;cle&lt;/em&gt; &#187;, &#171; &lt;em&gt;un vaste consensus id&#233;ologico-politique allant pragmatiquement du centre droit &#224; la gauche, voire parfois &#224; une partie de l'extr&#234;me gauche&lt;/em&gt; &#187;&#8230; jusqu'&#224; pouvoir se muer &#171; &lt;em&gt;en entreprise totalitaire ou polici&#232;re&lt;/em&gt; &#187; (sic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais quel est le contenu de ce qui nous dominerait si massivement sans que nous nous en rendions compte ? La d&#233;finition donn&#233;e, en page 17, de &#171; la rectitude politique &#187; demeure vague : &#171; &lt;em&gt;un ensemble un peu disparate de fa&#231;ons de parler, de penser et d'agir individuelles qu'il devient pr&#233;f&#233;rable d'adopter, vu l'existence de puissances injonctions collectives et sous peine d'opprobre social marqu&#233; &lt;/em&gt; &#187;. Quelques anecdotes personnelles et des &#233;l&#233;ments restreints d'analyse des &#171; affaires &#187; Bertrand Cantat, Claude Jutra et Robert Lepage et de deux d&#233;bats au sein de Qu&#233;bec Solidaire ne permettent gu&#232;re d'&#233;tayer l'hypoth&#232;se d'une construction id&#233;ologique coh&#233;rente, allant de la droite n&#233;olib&#233;rale &#224; la gauche radicale, dominant la politique, la culture et l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. L'hypoth&#232;se n'est pas solidement document&#233;e et rel&#232;ve surtout de g&#233;n&#233;ralisations h&#226;tives et abusives adoss&#233;es &#224; une rh&#233;torique de l'&#233;vidence. Et cela sans que l'auteur ne se soucie des d&#233;g&#226;ts intellectuels et politiques g&#233;n&#233;r&#233;s par le fait de se couler ainsi dans une probl&#233;matisation conservatrice, m&#234;me avec quelques d&#233;placements de sens. Car une telle d&#233;marche stimule les interf&#233;rences confusionnistes et paralyse l'imagination propre &#224; une critique sociale &#233;mancipatrice Comme si la gauche d'&#233;mancipation &#224; r&#233;inventer n'avait pas &#224; produire ses propres interrogations sur le r&#233;el, ses propres cadrages !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En creux du livre de Mouterde et contre certains de ses penchants, on saisit toutefois quelques enjeux intellectuels de la renaissance d'une politique d'&#233;mancipation aujourd'hui. Mouterde privil&#233;gie le collectif et le commun sur l'individuel : comment articuler plut&#244;t l'un et l'autre dans un projet d'&#233;mancipation &#224; partir des contradictions des soci&#233;t&#233;s individualistes actuelles, contre tout &#224; la fois le collectivisme des &#171; mod&#232;les &#187; dits &#171; socialistes &#187; ayant domin&#233; le XXe si&#232;cle et l'individualisme concurrentiel du n&#233;olib&#233;ralisme ? Mouterde d&#233;nonce &#171; &lt;em&gt;le moralisme&lt;/em&gt; &#187; et &#171; &lt;em&gt;la moraline&lt;/em&gt; &#187; de &#171; la rectitude politique &#187;, en semblant m&#234;me mettre &#171; la politique &#187; au-dessus de &#171; la morale &#187; : comment penser les liens et les tensions entre morale et politique en sortant de cet espace manich&#233;en ? Chez Mouterde tout appara&#238;t s'embo&#238;ter (&#171; la rectitude politique &#187;, la morale, les aspirations individuelles, le multiculturalisme, le postmodernisme, le n&#233;olib&#233;ralisme et le capitalisme) dans une totalit&#233; mal&#233;fique coh&#233;rente. Il succombe ainsi &#224; une tendance quasi-th&#233;ologique &#224; gauche : la focalisation sur un Mal suppos&#233; principal emp&#234;chant de se confronter politiquement &#224; une pluralit&#233; de maux, d'intensit&#233; et de dangerosit&#233; variables, ayant seulement des interactions et des intersections entre eux (comme le n&#233;olib&#233;ralisme et l'ultra-conservatisme). La nostalgie des pens&#233;es de la totalit&#233; le conduit, face au risque postmoderne d'&#233;miettement du sens, &#224; aplatir la diversit&#233; des dimensions du r&#233;el dans un ensemble unique. Il passe alors &#224; c&#244;t&#233; de la reprobl&#233;matisation d'un &lt;em&gt;global pluriel &lt;/em&gt;qui ne reconduirait pas l'arrogance du total tout en maintenant des rep&#232;res g&#233;n&#233;raux dans la pluralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La critique du &#171; politiquement correct &#187; comme panique morale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; Chez Bock-C&#244;t&#233; et Mouterde, la critique du &#171; politiquement correct &#187; rel&#232;ve largement de ce que les sociologues appellent une &lt;em&gt;panique morale&lt;/em&gt;. Ils apparaissent tous deux d&#233;sorient&#233;s par de nouvelles &#233;vidences g&#233;n&#233;rationnelles, pas dans toute la soci&#233;t&#233; d'ailleurs, mais dans des milieux intellectuels et militants beaucoup plus localis&#233;s, o&#249; elles ne sont ni homog&#232;nes, ni n&#233;cessairement dominantes. Cette d&#233;sorientation partag&#233;e active une nostalgie : d'un ordre traditionnel qu'il n'a pas vraiment connu chez Bock-C&#244;t&#233; (n&#233; en 1980), d'un socialisme historique dont il a notamment connu le moment 68 chez Mouterde (n&#233; en 1951). Cependant si le &lt;em&gt;nostalgisme&lt;/em&gt; peut constituer un des poumons d'une politique conservatrice, cela n'est pas le cas d'une politique d'&#233;mancipation dont l'appui sur des h&#233;ritages du pass&#233; ouvre sur la construction d'un avenir diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;invention de l'&#233;mancipation ne peut se faire que dans le dialogue critique entre le jeu des impens&#233;s et des lucidit&#233;s propres aux diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations. Les le&#231;ons d'un &#171; vieux con &#187; (comme moi-m&#234;me n&#233; en 1960) face aux d&#233;rives suppos&#233;es de &#171; jeunes cons &#187; ne portent gu&#232;re en g&#233;n&#233;ral d'intelligence critique et imaginative quant aux complications du r&#233;el et &#224; l'action pour les transformer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paris, Cerf, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Montr&#233;al, Varia, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans P. Corcuff, &lt;em&gt;La grande confusion. Winter is coming&lt;/em&gt;, &#224; para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;L'impasse nationale-lib&#233;rale. Globalisation et repli identitaire&lt;/em&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;La parole pamphl&#233;taire&lt;/em&gt;, Paris, Payot, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;em&gt;Une gauche en commun. Dialogue sur l'anarchisme et le socialisme&lt;/em&gt;, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur est ma&#238;tre de conf&#233;rences de science politique &#224; Sciences Po Lyon, militant libertaire et altermondialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Pixabay.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un autre mod&#232;le est-il possible ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Un-autre-modele-est-il-possible</link>
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		<dc:date>2008-12-07T22:14:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>Education et enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Corcuff, Philippe </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des universit&#233;s hors de l'universit&#233; publique ? Des lieux alternatifs et libertaires de production et d'appropriation de savoirs critiques ? La r&#233;activation des Universit&#233;s populaires en France par le philosophe Michel Onfray &#224; Caen en octobre 2002 a ouvert un champ de questionnements et de pratiques. Philippe Corcuff, cofondateur de l'Universit&#233; populaire de Lyon (cr&#233;&#233;e en janvier 2005), revient ici sur une s&#233;rie d'enjeux et de probl&#232;mes li&#233;s &#224; ces exp&#233;riences. &lt;br class='autobr' /&gt; Les universit&#233;s populaires (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-universite-entre-declin-" rel="directory"&gt;Dossier : L'universit&#233; entre d&#233;clin et relance&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Education-et-enseignement-+" rel="tag"&gt;Education et enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Europe-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Corcuff-Philippe-+" rel="tag"&gt;Corcuff, Philippe &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton764.gif?1642092273' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;301&#034; height=&#034;302&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des universit&#233;s hors de l'universit&#233; publique ? Des lieux alternatifs et libertaires de production et d'appropriation de savoirs critiques ? La r&#233;activation des Universit&#233;s populaires en France par le philosophe Michel Onfray &#224; Caen en octobre 2002 a ouvert un champ de questionnements et de pratiques. Philippe Corcuff, cofondateur de l'Universit&#233; populaire de Lyon (cr&#233;&#233;e en janvier 2005), revient ici sur une s&#233;rie d'enjeux et de probl&#232;mes li&#233;s &#224; ces exp&#233;riences.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les universit&#233;s populaires (UP) ont une histoire ancienne en France, naissant au moment de l'Affaire Dreyfus. &#192; l'initiative de Georges Deherme (1870-1937), ouvrier typographe libertaire, la premi&#232;re universit&#233; populaire parisienne est ainsi inaugur&#233;e en octobre 1899. Il s'agissait d'instaurer un lieu de rencontre entre intellectuels r&#233;publicains et ouvriers. Michel Onfray a relanc&#233; cette tradition &#224; Caen en octobre 2002&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le livre-manifeste de Michel Onfray, La communaut&#233; philosophique &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'UP de Lyon s'inscrivant dans son sillage sous l'impulsion de Fran&#231;oise Bressat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le site de l'UP de Lyon (o&#249; les cours sont &#233;coutables en ligne) :&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui cette mouvance d'exp&#233;riences ind&#233;pendantes et alternatives francophones a diversifi&#233; ses ramifications : Aix, Arles, Arras, Avignon, Grenoble, Hauts-de-Seine (92), Montpellier, Narbonne, Nice, Perpignan, Saint-Brieuc, mais aussi l'&#206;le Maurice et Boston. D'autres sont en pr&#233;paration (N&#238;mes, Valenciennes&#8230;). Elles se distinguent d'UP plus traditionnelles qui avaient perdur&#233; en France, notamment dans le sillage du christianisme social, par la gratuit&#233; de l'acc&#232;s et le b&#233;n&#233;volat des enseignants, comme par leur orientation critique et un certain ancrage universitaire des savoirs mis &#224; disposition. Le r&#233;seau des nouvelles UP alternatives est peu formalis&#233;, ces UP entretenant entre elles des liens l&#226;ches et souples. Depuis juin 2006, un &#171; &lt;i&gt;Printemps des Universit&#233;s populaires&lt;/i&gt; &#187; les r&#233;unit annuellement. Par ailleurs, un site vient d'&#234;tre constitu&#233; pour rassembler les informations et faire circuler les initiatives : la &#171; Plateforme d'&#233;change des Universit&#233;s populaires ind&#233;pendantes et alternatives &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les universit&#233;s populaires et les Lumi&#232;res d'aujourd'hui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les UP alternatives se situent assez largement dans le sillage des Lumi&#232;res du XVIII&#232;me si&#232;cle sur le plan des relations pos&#233;es entre &#233;ducation, raison critique et &#233;mancipation. Le projet actualis&#233; d'autonomisation individuelle au sein d'une cit&#233; favorisant des solidarit&#233;s non oppressives et polyphoniques appelle toutefois l'adoption de m&#233;thodes plus libertaires que ne l'avait cru une certaine tradition r&#233;publicaine. Premi&#232;rement, il s'agit de privil&#233;gier des rep&#232;res critiques et des questionnements aidant &#224; s'orienter, &#224; la diff&#233;rence de &#171; solutions &#187; dogmatiques et de routes uniques trop associ&#233;es &#224; un mod&#232;le III&#232;me R&#233;publique type Jules Ferry. Seconde rupture : on a &#224; travailler un paradoxe. &#171; &lt;i&gt;Le p&#233;dagogue libertaire travaille &#224; son effacement personnel et cultive la puissance interrogative&lt;/i&gt; &#187;, avance ainsi Michel Onfray (op. cit., p. 115). On doit cependant noter que l'enseign&#233; peut constituer le p&#233;dagogue libertaire en &#171; gourou &#187; malgr&#233; lui et que ce dernier n'est pas, non plus, immunis&#233; contre les attraits de son pouvoir (notamment de s&#233;duction) sur les autres. C'est un &#233;cueil pr&#233;sent dans notre exp&#233;rience qu'il ne faut pas se cacher dans un discours complaisamment autojustificateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; ces deux dimensions associ&#233;es, le dispositif initi&#233; par Michel Onfray appara&#238;t fort utile. Chaque s&#233;ance se d&#233;coupe en une heure de cours magistral et une heure de questions, de d&#233;bat et de possible remise en cause du savoir d&#233;livr&#233;. Mais il appara&#238;t insuffisant vis-&#224;-vis des &#233;cueils rep&#233;r&#233;s. Dans une logique de compl&#233;mentarit&#233; critique avec ce dispositif initial, nous avons tent&#233; l'an dernier d'exp&#233;rimenter deux autres formes &#224; Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, j'ai anim&#233; un atelier d'&#171; apprentissage du philosopher &#187; pour adultes sur le mode de ceux initi&#233;s par Michel Tozzi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir son site :&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'UP de Narbonne. Je n'&#233;tais qu'une ressource dans un processus &#224; la fois individualis&#233; et collectif de coproduction de questionnements. La parole &#233;tait distribu&#233;e &#224; chaque fois par un des participants, les comptes-rendus &#233;taient r&#233;dig&#233;s par des participants, ceux-ci ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; &#233;crire des textes en cours de s&#233;ances, etc. Je n'ai pas d&#251; occuper plus de 10 % du temps de parole de l'ensemble. Cela supposait de m'efforcer de brider en moi la pente narcissique de l'universitaire qui d&#233;livre un savoir et dont les &#233;tudiants sont cens&#233;s boire les paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, avec Tanguy Wuill&#232;me, nous avons test&#233; un &#171; cours dialogique &#187;. Nous nous sommes banalement rendus compte que les &#171; upistes &#187; ont souvent trop tendance &#224; adh&#233;rer &#224; ce que dit l'enseignant. Il s'agissait alors de mieux faire saisir en pratique, dans le dispositif p&#233;dagogique lui-m&#234;me : 1) qu'il y a toujours une pluralit&#233; de points de vue argument&#233;s et rigoureux possibles sur une question ; 2) que le d&#233;bat critique participe de l'activit&#233; intellectuelle, et 3) que l'interrogation philosophique ou les connaissances des sciences sociales rel&#232;vent d'une processus davantage que d'un donn&#233; ass&#233;n&#233;. Ce ne sont que des pistes : beaucoup reste &#224; explorer et &#224; rectifier au fur et &#224; mesure des probl&#232;mes rencontr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Universit&#233;s populaires et universit&#233;s traditionnelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les dispositifs mis en place ont donc &#224; voir avec les id&#233;aux des institutions universitaires plus classiques, tout en marquant une s&#233;rie de d&#233;placements. Jacques Derrida a d&#233;fini l'id&#233;al universitaire comme permettant &#171; une libert&#233; &lt;i&gt;inconditionnelle&lt;/i&gt; de questionnement et de proposition &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Universit&#233; sans condition, Paris, Galil&#233;e, 2001, p.11.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les UP alternatives sont attach&#233;es &#224; cette dimension, dans le cadre de la rigueur qui est aussi id&#233;alement associ&#233;e &#224; la production et &#224; la transmission des savoirs dans l'univers universitaire. Mais il y a de grands &#233;carts entre l'id&#233;al universitaire et l'universit&#233; r&#233;ellement existante. L'institutionnalisation des disciplines universitaires peut aussi tendre &#224; routiniser les probl&#233;matiques et les r&#233;f&#233;rences th&#233;oriques, &#224; accentuer une hypersp&#233;cialisation aveugle aux cadres globaux, &#224; favoriser les conformismes. Dans &#171; disciplines universitaires &#187;, il y a &#224; la fois les lumi&#232;res de la m&#233;thode et de la rigueur, mais aussi indissociablement les effets des pouvoirs acad&#233;miques et mandarinaux qui font rentrer les interrogations dans des cercles polic&#233;s en stimulant la docilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les UP alternatives, en tant qu'ext&#233;rieures aux lourds univers acad&#233;miques, parce que collectivit&#233;s plus petites, associations ind&#233;pendantes, fond&#233;es sur le b&#233;n&#233;volat et les plaisirs r&#233;ciproques d'enseignants et d'enseign&#233;s volontaires, doivent encourager davantage de mobilit&#233; intellectuelle, de souplesse p&#233;dagogique, d'imagination, d'interrogation des d&#233;coupages disciplinaires &#233;tablis, de dialogues transfrontaliers et de coop&#233;rations transversales, etc. Par exemple, elles ne doivent pas se contenter des savoirs universitairement estampill&#233;s, mais doivent &#234;tre attentives &#224; des formes en germe du c&#244;t&#233; des intellectuels, des artistes et des mouvements sociaux, &#224; des originalit&#233;s rigoureuses mais rejet&#233;es par les conservatismes ambiants, &#224; des savoirs critiques militants (associatifs, syndicaux, etc.). Sans remettre en cause, surtout &#224; l'heure des p&#233;rils n&#233;olib&#233;raux, la place de l'Universit&#233; publique, mais &#224; c&#244;t&#233; d'elle, en tension avec elle, ind&#233;pendantes d'elle, les Universit&#233;s populaires alternatives peuvent participer &#224; l'appropriation de savoirs critiques et &#224; l'exploration d'autres mondes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans la tension entre l'universitaire et le populaire que les UP alternatives compl&#232;tent et critiquent en acte les universit&#233;s classiques. Nous avons &#233;largi le public habituel de l'Universit&#233; vers des cat&#233;gories sociologiquement plus &#171; populaires &#187; : techniciens ou employ&#233;s, voire plus marginalement ouvriers, pr&#233;caires ou ch&#244;meurs. Cet &#233;largissement demeure toutefois socialement limit&#233;. Certes, ce qui est important, c'est de faciliter un acc&#232;s &#233;largi &#224; des questionnements et &#224; des savoirs associ&#233;s &#224; une rigueur de type universitaire. Une condition n&#233;cessaire, mais non suffisante, est la gratuit&#233;. Mais il y a d'autres conditions &#224; envisager et &#224; am&#233;liorer. Sur ce plan, nous sommes preneurs de suggestions et surtout d'exp&#233;riences autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une vigilance (auto)critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les UP alternatives ne sont pas &#224; l'abri des probl&#232;mes des autres institutions humaines, et notamment des risques de routinisation et de conformisme. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'un effort d'imagination, de recherche p&#233;dagogique, de renouvellement continu, de circulation des exp&#233;riences. Mais elles peuvent aussi &#234;tre arraisonn&#233;es par des pouvoirs locaux comme par des technocraties n&#233;olib&#233;rales, all&#233;ch&#233;s par un certain impact m&#233;diatique de l'initiative de Michel Onfray. C'est un risque qui est apparu lors du &#171; &lt;i&gt;Troisi&#232;me Printemps des Universit&#233;s populaires&lt;/i&gt; &#187; &#224; Saint-Brieuc en juin dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des subventions publiques ou des pr&#234;ts de salles apparaissent l&#233;gitimes sur la base de la stricte ind&#233;pendance du monde associatif, la pr&#233;sence d'&#233;lus locaux &#224; l'int&#233;rieur des instances animatrices des Universit&#233;s populaires, comme une inscription des Universit&#233;s populaires dans la logique des politiques publiques, mettraient en cause leur ind&#233;pendance. On aurait l&#224; une sorte de captage institutionnel de dispositifs initialement dot&#233;s de tonalit&#233;s critiques et libertaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence au &#171; &lt;i&gt; Troisi&#232;me Printemps&lt;/i&gt; &#187; de Saint-Brieuc de repr&#233;sentants du R&#233;seau europ&#233;en des Villes Num&#233;riques a manifest&#233; une autre d&#233;rive possible : un arraisonnement technocratique des universit&#233;s populaires dans une logique n&#233;olib&#233;rale. Les vell&#233;it&#233;s de &#171; partenariat &#187; de ce type d'institutions avec les UP alternatives pourraient contribuer &#224; paralyser les savoirs critiques dans le &lt;i&gt;chewing-gum&lt;/i&gt; de la novlangue technocratique du discours n&#233;ocapitaliste (&#171; gouvernance &#187;, &#171; &#233;conomie de la connaissance &#187;, &#171; comp&#233;titivit&#233; &#187;, &#171; synergies public/priv&#233; &#187;, &#171; innovation entrepreneuriale &#187;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universitaires, populaires, ind&#233;pendantes, critiques &#224; l'&#233;gard des diff&#233;rents pouvoirs (y compris les pouvoirs universitaires), vigilantes &#224; l'&#233;gard d'elles-m&#234;mes, en mouvement : l'id&#233;al des nouvelles UP alternatives est en marche, comme composante autonome de la galaxie altermondialiste&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le livre-manifeste de Michel Onfray, La communaut&#233; philosophique &#8211; Manifeste pour l'Universit&#233; populaire (Paris, Galil&#233;e, 2004), ainsi que le site de l'UP de Caen : &lt;a href=&#034;http://perso.wanadoo.fr/michel&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://perso.wanadoo.fr/michel&lt;/a&gt;. onfray/accueilup.htm&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le site de l'UP de Lyon (o&#249; les cours sont &#233;coutables en ligne) : &lt;a href=&#034;http://uplyon.free.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://uplyon.free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.wmaker.net/univpop&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.wmaker.net/univpop&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir son site : &lt;a href=&#034;http://www.philotozzi.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.philotozzi.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Universit&#233; sans condition, Paris, Galil&#233;e, 2001, p.11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Philippe Corcuff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, membre du Conseil scientifique d'ATTAC France et cofondateur de l'Universit&#233; Populaire de Lyon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers une nouvelle critique des m&#233;dias</title>
		<link>https://www.ababord.org/Vers-une-nouvelle-critique-des</link>
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		<dc:date>2008-08-20T01:42:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Corcuff, Philippe </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La critique des m&#233;dias dominants est une n&#233;cessit&#233; pour contrer la tendance h&#233;g&#233;monique de la &#171; pens&#233;e unique &#187; n&#233;olib&#233;rale. Mais une critique trop manich&#233;enne des m&#233;dias est sans doute d&#233;mesur&#233;ment &#224; la mode dans la galaxie altermondialiste. Face au risque d'une critique unique de &#171; la pens&#233;e unique &#187;, une autre critique des m&#233;dias est possible, plus sensible aux complications et aux contradictions de notre monde, et donc plus radicale, car plus &#224; m&#234;me de saisir les racines emm&#234;l&#233;es des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Corcuff-Philippe-+" rel="tag"&gt;Corcuff, Philippe &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La critique des m&#233;dias dominants est une n&#233;cessit&#233; pour contrer la tendance h&#233;g&#233;monique de la &#171; pens&#233;e unique &#187; n&#233;olib&#233;rale. Mais une critique trop manich&#233;enne des m&#233;dias est sans doute d&#233;mesur&#233;ment &#224; la mode dans la galaxie altermondialiste. Face au risque d'une critique unique de &#171; la pens&#233;e unique &#187;, une autre critique des m&#233;dias est possible, plus sensible aux complications et aux contradictions de notre monde, et donc plus radicale, car plus &#224; m&#234;me de saisir les racines emm&#234;l&#233;es des maux humains dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes actuelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une certaine critique des m&#233;dias a donc le vent en poupe dans la galaxie altermondialiste. Certains y voient un signe de bonne sant&#233; de la radicalit&#233; politique. J'y vois poindre aussi des indices de simplification de la critique sociale. Le triple &#233;cueil rencontr&#233; consiste en une sur&#233;valuation de l'effet direct des logiques &#233;conomiques (&#233;conomisme), d'une focalisation sur les &#171; complots &#187; cach&#233;s de quelques puissants (conspirationnisme) et d'un oubli du rapport social &#233;metteur/r&#233;cepteurs au profit d'une toute-puissance du premier (mis&#233;rabilisme).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Critiques traditionnelles :
Adorno et Horkheimer, Chomsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une tradition a marqu&#233; l'approche philosophique et sociologique des m&#233;dias : la th&#233;orie critique de l'&#201;cole de Francfort. Theodor Adorno et Max Horkheimer ont ainsi ouvert la voie &#224; l'analyse des &#171; industries culturelles &#187; dans leur livre &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1&#232;re &#233;d. : 1947 ; trad. fran&#231;., Paris, Gallimard, coll. &#171; TEL &#187;, 1974.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Adorno et Horkheimer (qui, de leur exil am&#233;ricain, analysaient les magazines, le cin&#233;ma et la radio), l'industrialisation et la marchandisation de la culture, dans une logique de production capitaliste pour le profit, conduit &#224; une standardisation et &#224; une soumission plus grande aux st&#233;r&#233;otypes sociaux dominants du c&#244;t&#233; des &#233;metteurs et des produits diffus&#233;s, et &#224; un ab&#234;tissement g&#233;n&#233;ralis&#233; du c&#244;t&#233; des r&#233;cepteurs. La double standardisation et st&#233;r&#233;otypisation des messages induirait donc m&#233;caniquement une &#171; ali&#233;nation &#187; des consommateurs, avec une tendance &#224; l'atrophie de leur imagination. Les deux philosophes ont ainsi anticip&#233; de mani&#232;re p&#233;n&#233;trante une &#233;volution capitaliste qui s'est, depuis, accentu&#233;e. Leurs r&#233;flexions ont toutefois quelques limites par rapport &#224; l'&#233;tat actuel des sciences sociales. Tout d'abord, ils ne laissent aucun espace pour des d&#233;calages critiques au sein des industries culturelles. D'autre part, le poids d&#233;terminant de l'&#233;conomique donne peu de place &#224; d'autres logiques sociales. Enfin, les comportements des r&#233;cepteurs des produits culturels sont ignor&#233;s, puisque consid&#233;r&#233;s &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; comme passifs. On per&#231;oit ici un certain m&#233;pris &lt;i&gt;mis&#233;rabiliste&lt;/i&gt; dans le rapport aux publics populaires, suppos&#233;s porteurs d'adh&#233;sion quasi animale aux logiques culturelles dominantes, sans possibilit&#233; d'autonomie critique, dont les sociologues Claude Grignon et Jean-Claude Passeron ont point&#233; la r&#233;currence chez les intellectuels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Le savant et le populaire. Mis&#233;rabilisme et populisme en sociologie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins affin&#233;es th&#233;oriquement que celles de l'&#201;cole de Francfort, les analyses du linguiste Noam Chomsky ont eu un impact sur les mouvements sociaux alternatifs contemporains. Chomsky est l'une des figures les plus honorables et les plus courageuses de l'intellectuel critique au c&#339;ur de l'Empire &#233;tats-unien. Un de ses livres importants sur les m&#233;dias est &lt;i&gt;La fabrique de l'opinion publique am&#233;ricaine. La politique &#233;conomique des m&#233;dias am&#233;ricains (Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass-Media)&lt;/i&gt;, &#233;crit avec l'&#233;conomiste Edward S. Herman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1&#232;re &#233;d. : 1988 ; trad. fran&#231;., Paris, Le Serpent &#224; plumes, 2003.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les auteurs y dessinent un &#171; &lt;i&gt;mod&#232;le de propagande&lt;/i&gt; &#187;, selon lequel les &#171; &lt;i&gt;grands m&#233;dias am&#233;ricains&lt;/i&gt; &#187; se livreraient &#171; &lt;i&gt;&#224; une propagande qui sert les int&#233;r&#234;ts des puissantes firmes qui les contr&#244;lent en les finan&#231;ant&lt;/i&gt; &#187; (p. xi). L'analyse rend bien compte du mouvement de concentration &#233;conomique en cours dans le secteur des moyens de communication. Elle tend cependant &#224; unifier la r&#233;alit&#233; autour d'un double sch&#233;ma &#233;conomiste (les contraintes &#233;conomiques imposant directement leurs lois aux pratiques journalistiques) et conspirationniste (la logique pr&#233;dominante d'un &#171; complot &#187; men&#233; dans l'ombre par quelques puissants). Ce deuxi&#232;me sch&#233;ma appara&#238;t comme la trame narrative principale du livre. C'est, par exemple, le cas dans une phrase comme : &#171; &lt;i&gt;les ma&#238;tres qui contr&#244;lent les m&#233;dias ont choisi de ne pas diffuser un tel contenu&lt;/i&gt; &#187; (p. xix). Toute une s&#233;rie de travaux en sciences sociales nous &#233;loignent aujourd'hui de telles simplifications. Car, chez Chomsky, les intentions conscientes de quelques &#233;lites semblent modeler la r&#233;alit&#233; sociohistorique, en sous-estimant les structures sociales, les dynamiques historiques et les logiques contradictoires qui p&#232;sent sur ces intentions individuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la controverse sur Chomsky et les m&#233;dias dans la revue ContreTemps, n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une critique renouvel&#233;e : Bourdieu
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; est constitu&#233;e chez Pierre Bourdieu d'une vari&#233;t&#233; de champs sociaux autonomes : champ &#233;conomique, mais aussi champ politique, champ journalistique, champ intellectuel, etc. Un champ, c'est une sph&#232;re de la vie sociale qui s'est progressivement autonomis&#233;e &#224; travers le temps autour de relations sociales, d'enjeux, de ressources, de rythmes temporels et de rapports de domination qui lui sont propres, diff&#233;rents de ceux des autres champs. On n'a pas chez Bourdieu une repr&#233;sentation unidimensionnelle de l'espace social, &#8211; comme c'est la tendance chez nombre de marxistes, autour d'une &#171; infrastructure &#187; (&#233;conomique d&#233;terminante) et d'une &#171; superstructure &#187; (id&#233;ologique, politique et juridique d&#233;termin&#233;e). Mais on a plut&#244;t une repr&#233;sentation &lt;i&gt;pluridimensionnelle&lt;/i&gt;, tiss&#233;e d'une vari&#233;t&#233; de modes de domination (n'&#233;tant pas tous du m&#234;me poids dans le cours du monde, mais chacun disposant d'une certaine autonomie). La radicalit&#233; de la sociologie post-marxiste esquiss&#233;e par Bourdieu vise la pluralit&#233; des racines emm&#234;l&#233;es de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ journalistique se pr&#233;sente comme un de ces champs autonomes, voyant courir les journalistes autour d'enjeux particuliers (comme les scoops). Les effets du champ &#233;conomique sur le champ journalistique ne sont pas directs, mais passent par la m&#233;diation de la logique autonome du champ journalistique : &#171; &lt;i&gt;la concurrence pour la client&#232;le tend &#224; prendre la forme d'une concurrence pour la priorit&#233;, c'est-&#224;-dire pour les nouvelles les plus nouvelles (le scoop)&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La contrainte du march&#233; ne s'exerce que par l'interm&#233;diaire de l'effet de champ&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Sur la t&#233;l&#233;vision, Paris, Liber, coll. &#171; Raisons d'agir &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par exemple, la comp&#233;tition pour le scoop peut conduire &#224; enqu&#234;ter sur un scandale financier, malgr&#233; le poids &#233;conomique des propri&#233;taires des grands m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrent aussi en ligne de compte les dispositions des journalistes (leurs &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; selon Bourdieu), c'est-&#224;-dire leurs fa&#231;ons de penser et d'agir inconsciemment int&#233;rioris&#233;es au cours de leur socialisation. Par exemple, le traitement plut&#244;t n&#233;gatif des &#233;meutes des banlieues en d&#233;cembre 2005 en France par les m&#233;dias et leur traitement plut&#244;t positif des mobilisations &#233;tudiantes contre le Contrat premi&#232;re embauche (CPE) du printemps 2006 a moins &#224; voir avec &#171; la pens&#233;e unique &#187; n&#233;olib&#233;rale (demeur&#233;e stable parmi les &#233;lites) qu'avec la moindre et la plus grande proximit&#233; des dispositions des journalistes avec celles des milieux sociaux concern&#233;s. Il faut relever ici une confusion courante dans le sens donn&#233; au mot &#171; connivences &#187; fort usit&#233; dans les critiques des m&#233;dias. Chez Bourdieu, il a surtout un sens structurel : les &#233;vidences inconsciemment partag&#233;s au croisement du fonctionnement du champ journalistique et des dispositions sociales int&#233;rioris&#233;es par les journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prendre en compte la r&#233;ception
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudes de r&#233;ception de la t&#233;l&#233;vision ont &#233;t&#233; syst&#233;matis&#233;es &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 1980, sous l'impulsion des &lt;i&gt;cultural studies&lt;/i&gt; britanniques. Les t&#233;l&#233;spectateurs r&#233;v&#233;l&#233;s par ces &#233;tudes de r&#233;ception tendent &#224; filtrer les messages qu'ils re&#231;oivent (en fonction de leur groupe social d'appartenance, de leur genre, de leur g&#233;n&#233;ration, de diverses dimensions de leur parcours de vie, etc.) et manifestent des capacit&#233;s critiques variables (mais rarement compl&#232;tement nulles). La &#171; propagande &#187; n'aurait ainsi pas d'effets n&#233;cessaires et univoques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des auteurs les plus int&#233;ressants est le &#171; n&#233;omarxiste &#187; anglais Stuart Hall&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir en fran&#231;ais &#171; Codage/d&#233;codage &#187; (1&#232;re &#233;d. britannique : 1977), trad. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il met en &#233;vidence au moins deux choses : 1) dans la cadre de la logique capitaliste, il y aurait du jeu dans la production des messages, laissant place &#224; des espaces critiques, &#224; cause d'une relative autonomie professionnelle des producteurs et 2) le &#171; codage &#187; du message dans la logique des st&#233;r&#233;otypes dominants laisse ouverts des &#233;carts avec le &#171; d&#233;codage &#187; mis en &#339;uvre par les t&#233;l&#233;spectateurs. J'ai ainsi pu d&#233;montrer, &#224; partir d'une enqu&#234;te sur la r&#233;ception de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e am&#233;ricaine &lt;i&gt;Ally McBeal&lt;/i&gt;, qu'un tel produit de &#171; l'industrie culturelle &#187; pouvait laisser place, &#224; c&#244;t&#233; de st&#233;r&#233;otypes dominants, &#224; des significations critiques, devenant alors un support pour les imaginaires utopiques des t&#233;l&#233;spectatrices, en rupture avec les valeurs marchandes dominantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Philippe Corcuff, &#171; De l'imaginaire utopique dans les cultures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les complications d'une nouvelle critique des m&#233;dias ne r&#233;duisent pas sa radicalit&#233;, bien au contraire. Nous devenons ainsi plus conscients de la pluralit&#233; des rapports de domination qui travaillent nos soci&#233;t&#233;s, et plus attentifs, dans une perspective &#233;mancipatrice, aux contradictions des ordres dominants comme aux potentialit&#233;s imaginaires des citoyens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1&#232;re &#233;d. : 1947 ; trad. fran&#231;., Paris, Gallimard, coll. &#171; TEL &#187;, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Le savant et le populaire. Mis&#233;rabilisme et populisme en sociologie et en litt&#233;rature&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard/Seuil, coll. &#171; Hautes &#201;tudes &#187;, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1&#232;re &#233;d. : 1988 ; trad. fran&#231;., Paris, Le Serpent &#224; plumes, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la controverse sur Chomsky et les m&#233;dias dans la revue &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt;, n&#176; 17, septembre 2006 opposant Philippe Corcuff et Gilbert Achcar sur le site &lt;a href=&#034;http://calle-luna.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://calle-luna.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Paris, Liber, coll. &#171; Raisons d'agir &#187;, 1996, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir en fran&#231;ais &#171; Codage/d&#233;codage &#187; (1&#232;re &#233;d. britannique : 1977), trad. fran&#231;., revue R&#233;seaux (CNET), n&#176;68, novembre-d&#233;cembre 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Philippe Corcuff, &#171; De l'imaginaire utopique dans les cultures ordinaires. Pistes &#224; partir d'une enqu&#234;te sur la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e &lt;i&gt;Ally McBeal&lt;/i&gt; &#187;, dans &lt;i&gt;L'ordinaire et le politique&lt;/i&gt;, sous la direction de Claude Gautier et de Sandra Laugier, Paris, PUF, coll. &#171; CURAPP &#187;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Corcuff&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue, membre du Conseil scientifique d'ATTAC France et du comit&#233; de r&#233;daction de la revue &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt; et cofondateur de l'Universit&#233; Populaire de Lyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mauvaise presse. Une sociologie compr&#233;hensive du travail journalistique et de ses critiques</title>
		<link>https://www.ababord.org/Mauvaise-presse-Une-sociologie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Mauvaise-presse-Une-sociologie</guid>
		<dc:date>2008-08-03T13:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Corcuff, Philippe </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cyril Lemieux, Mauvaise presse. Une sociologie compr&#233;hensive du travail journalistique et de ses critiques, Paris, M&#233;taili&#233;, 2000 &lt;br class='autobr' /&gt;
Cyril Lemieux, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales de Paris, s'efforce dans cet ouvrage de &#171; contribuer &#224; une critique du travail journalistique qui, lorsqu'elle m&#233;rite d'avoir lieu, soit &#224; la fois moins caricaturale dans ses attendus et plus difficile &#224; relativiser pour les int&#233;ress&#233;s &#187;, ce qui supposerait de passer par ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Corcuff-Philippe-+" rel="tag"&gt;Corcuff, Philippe &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton260.jpg?1642092213' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;262&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cyril Lemieux, &lt;i&gt;Mauvaise presse. Une sociologie compr&#233;hensive du travail journalistique et de ses critiques&lt;/i&gt;, Paris, M&#233;taili&#233;, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cyril Lemieux, ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'&#201;cole des Hautes &#201;tudes en Sciences Sociales de Paris, s'efforce dans cet ouvrage de &#171; &lt;i&gt;contribuer &#224; une critique du travail journalistique qui, lorsqu'elle m&#233;rite d'avoir lieu, soit &#224; la fois moins caricaturale dans ses attendus et plus difficile &#224; relativiser pour les int&#233;ress&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, ce qui supposerait de passer par ce qu'il nomme &#171; &lt;i&gt;un d&#233;tour compr&#233;hensif&lt;/i&gt; &#187;. Cette &#171; &lt;i&gt;critique interne et situ&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, ou critique compr&#233;hensive, du journalisme prend alors au s&#233;rieux les &#171; grammaires &#187; du juste et de l'injuste &#224; l'&#339;uvre dans le milieu journalistique, ses propres rep&#232;res d&#233;ontologiques, permettant de pointer des &#171; &lt;i&gt;fautes grammaticales&lt;/i&gt; &#187;. Ces fautes, multiples dans l'activit&#233; journalistique ordinaire, apparaissent donc critiquables &#224; partir des propres crit&#232;res &#233;thiques du milieu, et non d'une d&#233;nonciation globale ext&#233;rieure. Le livre s'appuie sur plusieurs ann&#233;es d'enqu&#234;te dans diff&#233;rentes entreprises de presse (le journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, le quotidien r&#233;gional &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt;, la cha&#238;ne publique France 2, etc.), et donc s'int&#233;resse &#224; la fa&#231;on dont les journalistes travaillent pratiquement, fabriquent les informations, alors que les mises en cause traditionnelles des m&#233;dias ont tendu &#224; se focaliser sur le contenu id&#233;ologique des messages diffus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir des points forts de sa d&#233;marche, une question peut toutefois &#234;tre pos&#233;e &#224; Lemieux : une critique &#171; interne &#187;, &#224; partir des traditions morales d&#233;velopp&#233;es dans un univers social donn&#233;, ne passe-t-elle pas &#224; c&#244;t&#233; d'une partie des sources de la critique sociale, c'est-&#224;-dire des vis&#233;es utopiques non encore th&#233;matis&#233;es dans une tradition ou oubli&#233;es des traditions vivaces ? C'est une interrogation qui prolonge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, pour des d&#233;veloppements, mon texte &#171; Pour une nouvelle sociologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais qui n'invalide pas les analyses stimulantes propos&#233;es par Lemieux, dans le sillage de la sociologie pragmatique fran&#231;aise initi&#233;e par Luc Boltanski et Laurent Th&#233;venot &#224; la fin des ann&#233;es 1980. Luc Boltanski et Eve Chiapello avaient d&#233;j&#224; marqu&#233; le d&#233;bat scientifique et politique en 1999 avec &lt;i&gt;Le Nouvel esprit du capitalisme&lt;/i&gt; (Paris, Gallimard).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, pour des d&#233;veloppements, mon texte &#171; Pour une nouvelle sociologie critique : &#233;thique, critique herm&#233;neutique et utopie critique &#187;, dans &lt;i&gt;Les Sociologies critiques du capitalisme&lt;/i&gt;, sous la direction de Jean Lojkine, Paris, PUF, coll. &#171; Actuel Marx Confrontation &#187;, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Corcuff&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du c&#244;t&#233; du public. Usages et r&#233;ceptions de la t&#233;l&#233;vision</title>
		<link>https://www.ababord.org/Du-cote-du-public-Usages-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Du-cote-du-public-Usages-et</guid>
		<dc:date>2008-08-02T16:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias et journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Corcuff, Philippe </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Brigitte Le Grignou, Du c&#244;t&#233; du public. Usages et r&#233;ceptions de la t&#233;l&#233;vision, Paris, Economica, coll. &#171; Etudes politiques &#187;, 2003 &lt;br class='autobr' /&gt;
Et si la t&#233;l&#233;vision n'ali&#233;nait pas ses t&#233;l&#233;spectateurs de mani&#232;re aussi univoque que ne le croit la critique classique ? Cette interrogation traverse le livre de Brigitte Le Grignou, professeure de science politique &#224; l'Universit&#233; Paris-Dauphine largement nourrie des apports de la sociologie de Pierre Bourdieu. Elle y pr&#233;sente une synth&#232;se de ce qu'on appelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Medias-journalisme-et-" rel="directory"&gt;Dossier : M&#233;dias, journalisme et critique sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Medias-et-journalisme-+" rel="tag"&gt;M&#233;dias et journalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Corcuff-Philippe-+" rel="tag"&gt;Corcuff, Philippe &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton265.jpg?1642092218' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;262&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Brigitte Le Grignou, &lt;i&gt;Du c&#244;t&#233; du public. Usages et r&#233;ceptions de la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Paris, Economica,&lt;br class='autobr' /&gt;
coll. &#171; Etudes politiques &#187;, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si la t&#233;l&#233;vision n'ali&#233;nait pas ses t&#233;l&#233;spectateurs de mani&#232;re aussi univoque que ne le croit la critique classique ? Cette interrogation traverse le livre de Brigitte Le Grignou, professeure de science politique &#224; l'Universit&#233; Paris-Dauphine largement nourrie des apports de la sociologie de Pierre Bourdieu. Elle y pr&#233;sente une synth&#232;se de ce qu'on appelle &#171; les &#233;tudes de r&#233;ception &#187; (comment les t&#233;l&#233;spectateurs regardent des s&#233;ries am&#233;ricaines comme &lt;i&gt;Dallas&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Urgences&lt;/i&gt;, des s&#233;ries fran&#231;aises comme &lt;i&gt;H&#233;l&#232;ne et les gar&#231;ons&lt;/i&gt;, ou encore les informations t&#233;l&#233;vis&#233;es ?) aux Etats-Unis et en Europe. On y d&#233;couvre, &#224; travers des enqu&#234;tes sociologiques et ethnographiques concr&#232;tes, des t&#233;l&#233;spectateurs divers, qui filtrent les messages qu'ils re&#231;oivent en fonction de leurs caract&#233;ristiques sociales (de classe, de genre, de g&#233;n&#233;ration, etc.), ou qui manifestent un rapport intermittent &#224; des images qui ont rarement l'emprise qu'on leur pr&#234;te souvent. Or les critiques des m&#233;dias avaient fr&#233;quemment oubli&#233; les r&#233;cepteurs dans des analyses centr&#233;es sur les &#233;metteurs des messages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de Le Grignou demeure toutefois critique, car il ne s'agit pas de tomber dans une nouvelle illusion, diffus&#233;e par les publicitaires et autres n&#233;olib&#233;raux, selon laquelle on aurait affaire &#224; des &#171; consommateurs libres &#187; sur un &#171; march&#233; libre &#187; de &#171; produits m&#233;diatiques &#187;. Les relations &#224; la t&#233;l&#233;vision restent marqu&#233;es par une pluralit&#233; de dominations (&#233;conomique, culturelle, politique, etc.), mais les domin&#233;-e-s disposent d'autonomies variables, ne sont jamais sans voix. Sa sociologie appara&#238;t donc tout &#224; la fois compr&#233;hensive et critique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Corcuff&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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