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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Dans le sommeil de nos os</title>
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		<dc:creator>Richard Saint-Pierre</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Pierre, Richard</dc:subject>

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&lt;p&gt;M&#234;me si les sources troubles de la &#171; F&#234;te &#187; du 1er mai sont de moins en moins &#233;voqu&#233;es par les organisateurs des manifestations tra&#238;ne pieds qui en font encore la comm&#233;moration &#224; chaque ann&#233;e, on peut pr&#233;sumer qu'il reste quand m&#234;me du monde pour savoir qu'aux origines de cette comm&#233;moration, il y a eu un mouvement li&#233; &#224; la r&#233;duction du temps de travail, et que cette lutte a men&#233; &#224; l'emprisonnement ou &#224; l'ex&#233;cution de ses principaux meneurs. N&#233;anmoins, puisqu'on ne se fend pas trop pour les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;M&#234;me si les sources troubles de la &#171; F&#234;te &#187; du 1er mai sont de moins en moins &#233;voqu&#233;es par les organisateurs des manifestations tra&#238;ne pieds qui en font encore la comm&#233;moration &#224; chaque ann&#233;e, on peut pr&#233;sumer qu'il reste quand m&#234;me du monde pour savoir qu'aux origines de cette comm&#233;moration, il y a eu un mouvement li&#233; &#224; la r&#233;duction du temps de travail, et que cette lutte a men&#233; &#224; l'emprisonnement ou &#224; l'ex&#233;cution de ses principaux meneurs. N&#233;anmoins, puisqu'on ne se fend pas trop pour les &#171; d&#233;tails &#187; de l'histoire du mouvement ouvrier en cette &#232;re du citoyennisme petit-bourgeois, replongeons-nous dans la tourmente de ce premier 1er mai, celui de 1886. Pour mieux comprendre tant les tenants et les aboutissants de l'affaire que les motivations et le v&#233;cu des hommes et des femmes qui l'ont marqu&#233;e, il me semble int&#233;ressant de revenir rapidement autant sur les faits que sur le parcours hors de l'ordinaire de l'un de ses principaux animateurs, Albert Parsons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chicago, 1er mai 1886. La journ&#233;e avait &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;e par les faibles organisations ouvri&#232;res de l'&#233;poque comme une journ&#233;e de lutte importante dans la campagne pour les 8-8-8 : huit heures de travail, huit heures de &#171; vie &#187; et huit heures de sommeil. L'objectif des 3 x 8 &#233;tait ambitieux dans un contexte o&#249; la journ&#233;e habituelle de travail &#233;tait alors souvent de 12 heures, quand ce n'&#233;tait pas davantage, et cela cinq ou six jours par semaine. De plus, m&#234;me si les premi&#232;res revendications &#224; cet effet dataient d&#233;j&#224; de 50 ans, cette gr&#232;ve traduisait un changement significatif dans la conscience ouvri&#232;re. Plus qu'une r&#233;action d&#233;fensive &#224; des coupures dans les conditions de travail comme lors des grandes gr&#232;ves du pass&#233;, le 1er mai 1886 se voulait une offensive prol&#233;tarienne pour r&#233;aliser un changement positif &#224; la condition ouvri&#232;re ; une affirmation sociale vue par ses minorit&#233;s radicales comme un pas vers son &#233;mancipation &#233;ventuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du samedi, 1er mai 1886 donc, le soleil du printemps &#233;tait au rendez-vous et r&#233;chauffait la foule de dizaines de milliers de prolos et leurs familles de Chicago - le centre ouvrier le plus radical - s'appr&#234;tant &#224; prendre la rue pour soutenir leurs revendications. Malgr&#233; l'atmosph&#232;re charg&#233;e caus&#233;e par la pr&#233;sence massive de policiers, de tireurs embusqu&#233;s sur les toits, de Pinkertons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des d&#233;tectives et des gardes de s&#233;curit&#233; priv&#233;s, notoires &#224; la fin du XIXe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de 1350 soldats de la Garde nationale entourant et mena&#231;ant le cort&#232;ge, la manifestation se d&#233;roule dans le calme et se termine par un rassemblement et des prises de parole sur les rives du Lac Michigan. Les discours qui y sont prononc&#233;s dans plusieurs langues diff&#233;rentes (ce n'&#233;tait pas de l'accommodement raisonnable mais bien de l'internationalisme prol&#233;tarien), sont remplis d'enthousiasme. La joie et l'optimisme &#233;taient de mise car plusieurs employeurs de Chicago avaient d&#233;j&#224; c&#233;d&#233; et 45 000 salari&#233;es, dont 35 000 prolos des abattoirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quarante ann&#233;es plus tard, le grand &#233;crivain socialiste am&#233;ricain Upton (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avaient d&#233;j&#224; eu gain de cause et parce que d&#232;s le lundi suivant, des centaines de milliers de salari&#233;es allaient se mettre en gr&#232;ve &#224; la grandeur des &#201;tats-Unis pour renforcer et &#233;tendre le mouvement. Du c&#244;t&#233; des patrons, c'est l'inqui&#233;tude qui domine et les r&#233;unions se multiplient dans les h&#244;tels chics de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi matin, 3 mai, la gr&#232;ve est effectivement solide et paralyse le port, le chemin de fer et de nombreuses usines de la ville. Mais des gr&#233;vistes des 3 x 8, venus soutenir les 1400 prolos lockout&#233;s &#224; la McCormick Harvester Works depuis quelques mois, se feront tirer dessus par un contingent de 200 policiers. Six gr&#233;vistes sont tu&#233;s, de nombreux autres bless&#233;s. Un appel sera lanc&#233; pour un rassemblement de protestation le mardi soir au Haymarket Square. Toute la journ&#233;e du 4 mai, les policiers et les Pinkertons continueront leurs attaques contre des piquets de gr&#232;ve dans divers endroits de la ville. Le soir, quelque 3000 personnes sont rassembl&#233;es au Haymarket pour y entendre des discours, dont celui d'un de leurs dirigeants, Albert Parsons. Celui-ci, ne pr&#233;voyant pas d'incidents, s'&#233;tait d&#233;plac&#233; avec sa famille et &#233;tait reparti avec elle vers 22h00, sit&#244;t apr&#232;s avoir pris la parole. Alors qu'il ne restait plus qu'un millier de personnes sur la place, environ 180 policiers, sous les ordres de leur capitaine John &#171; le matraqueur &#187; Bonfield, ont tent&#233; de disperser la foule. Une bombe tomba &#224; ce moment dans les rangs policiers qui se mirent &#224; tirer aveugl&#233;ment sur la foule. Bilan : huit policiers tu&#233;s et une soixantaine bless&#233;s ; un nombre ind&#233;termin&#233; de morts chez les manifestantes, et plus de 200 bless&#233;es. L'auteur de l'attentat ne sera jamais connu. La police affirma que l'attentat &#233;tait l'&#339;uvre des anarchistes alors que Parsons et la vaste majorit&#233; des travailleurs et des travailleuses y virent l'&#339;uvre probable d'un Pinkerton, d'un agent provocateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en v&#233;rit&#233;, il importait peu aux capitalistes de savoir qui avait effectivement lanc&#233; la bombe. Des accusations seront port&#233;es, un proc&#232;s intent&#233;. Parsons sera condamn&#233;, tout comme sept autres de ses camarades, non pas pour avoir lanc&#233; une bombe, mais pour avoir contribu&#233; &#224; cr&#233;er un climat encourageant des attentats de la sorte. La leur &#233;tait la pire des conspirations : vouloir all&#233;ger la souffrance. Un tel crime m&#233;ritait un ch&#226;timent terrible. Parsons et trois autres innocents seront pendus, un se suicidera en prison, les trois autres passeront de longues ann&#233;es en d&#233;tention. Au moment de mourir, l'ouvrier tapissier August Spies d&#233;clara : &#171; &lt;i&gt;Le jour viendra o&#249; notre silence sera plus puissant que les voix que vous &#233;tranglez aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187; En effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; Parsons, pourquoi diable vouloir &#224; tout prix parler de lui en particulier ? Il s'av&#232;re que l'ouvrier imprimeur, le futur martyr, l'ouvrier r&#233;volutionnaire, l'internationaliste qui aimait d'un amour fou sa belle compagne et camarade Lucy, une femme noire, avait vingt ans plus t&#244;t combattu loyalement, et ce, durant quatre ans, dans les rangs de l'arm&#233;e sudiste pour d&#233;fendre la Conf&#233;d&#233;ration et l'esclavage ! La fin de la guerre et le constat des injustices li&#233;es &#224; la reconstruction du Sud lui avaient fait l'effet d'une op&#233;ration de la cataracte : il voyait les choses diff&#233;remment et il agirait diff&#233;remment, avec d&#233;vouement et cons&#233;quence, jusqu'&#224; ce que le syst&#232;me capitaliste en vienne &#224; l'assassiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albert Parsons, le conf&#233;d&#233;r&#233; devenu dirigeant ouvrier ? C'est ainsi que les crises sociales importantes peuvent agir sur la conscience des hommes et des femmes. Les pr&#233;jug&#233;s et les certitudes d'hier &#233;tant &#233;branl&#233;s, la conscience de classe peut &#233;clore l&#224; o&#249; on s'y attend le moins. L'incr&#233;dulit&#233; devant une telle conversion est d'autant plus grande lorsque l'on a une conception id&#233;aliste des luttes et des personnes qui les m&#232;nent ; une conception souvent plus proche du mythe du p&#233;ch&#233; originel chr&#233;tien que des conditions mat&#233;rielles et sociales d&#233;terminant g&#233;n&#233;ralement la prise de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le chemin qui le m&#232;nera &#224; son destin &#224; Chicago, il deviendra un d&#233;fenseur de la cause des noires, prenant m&#234;me deux balles dans la peau pour cette raison au Texas. Parsons, Spies, Engel, Fisher, Ling, Fielden, Fischer, Schwab, c'&#233;taient des types bien. On me fera sans doute observer que c'&#233;tait aussi des anarchistes. Cela est bien vrai et cela n'emp&#234;chera pourtant pas les marxistes de les d&#233;fendre et de les honorer. En 1889, c'est le Congr&#232;s de la Deuxi&#232;me Internationale Socialiste qui d&#233;clarera le 1er mai journ&#233;e internationale de revendications des travailleurs et des travailleuses en l'honneur du combat pour les 3 x 8 qu'ils et elles ont men&#233;. La prochaine fois qu'un membre du service d'ordre syndical vous dira que les anarchistes et les marxistes n'ont pas d'affaire &#224; participer &#224; la manif du 1er mai, vous saurez quoi lui r&#233;pondre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 1886, &#201;leanor Marx, la fille de Karl Marx et une militante reconnue du mouvement ouvrier britannique &#233;tait alors en tourn&#233;e aux &#201;tats-Unis et se trouvait &#224; Chicago. Malgr&#233; les menaces prof&#233;r&#233;es &#224; son endroit par les principaux quotidiens de la ville (il fallait la pendre&#8230;), elle visita les ouvriers condamn&#233;s dans leur ge&#244;le. Le m&#234;me soir, elle pronon&#231;a un discours devant des milliers de personnes qu'elle termina en citant ce que son p&#232;re avait &#233;crit au sujet des assassins du Paris de la Commune une quinzaine d'ann&#233;es plus t&#244;t : &#171; &lt;i&gt;Ses exterminateurs, l'histoire les a d&#233;j&#224; clou&#233;s &#224; un pilori &#233;ternel, et toutes les pri&#232;res de leurs pr&#234;tres n'arriveront pas &#224; les en lib&#233;rer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent vingt ans plus tard, le temps de travail a recommenc&#233; &#224; augmenter, le capitalisme a &#233;tendu la pourriture des abattoirs de Chicago jusqu'&#224; l'air que l'on respire et &#224; l'eau que l'on boit, l'exploitation et l'oppression s'exercent maintenant jusqu'aux confins de la plan&#232;te. Le temps n'est-il pas venu de reconstituer la grande arm&#233;e des Parsons et des Spies, la grande arm&#233;e du travail ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des d&#233;tectives et des gardes de s&#233;curit&#233; priv&#233;s, notoires &#224; la fin du XIXe si&#232;cle pour leur r&#244;le dans la r&#233;pression sanglante de plusieurs conflits ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quarante ann&#233;es plus tard, le grand &#233;crivain socialiste am&#233;ricain Upton Sinclair traitera des abattoirs de Chicago dans son c&#233;l&#232;bre roman &lt;i&gt;La jungle&lt;/i&gt;. Les conditions de travail et d'hygi&#232;ne dans les abattoirs de Chicago &#233;taient tellement inhumaines que m&#234;me le pr&#233;sident Theodore Roosevelt avoua avoir eu la naus&#233;e lors de la lecture du roman. La publication du livre et la pol&#233;mique qui s'ensuivit le forceront &#224; promulguer le &lt;i&gt;Meat Inspection Act&lt;/i&gt; en 1906.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Richard Saint-Pierre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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