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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La force politique du r&#234;ve</title>
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		<dc:date>2008-08-01T01:44:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Mouterde, Riccardo Petrella</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Mouterde, Pierre </dc:subject>
		<dc:subject>Mondialisation et &#171; libre-&#233;change &#187;</dc:subject>
		<dc:subject>Petrella, Riccardo </dc:subject>

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&lt;p&gt;&#192; b&#226;bord ! a rencontr&#233; Riccardo Petrella alors qu'il &#233;tait de passage au Qu&#233;bec pour lancer son dernier livre, D&#233;sir d'humanit&#233;. Le droit de r&#234;ver, publi&#233; chez &#201;cosoci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192;B ! &#8211; Pourquoi un livre sur le droit de r&#234;ver, alors que vous &#234;tes plut&#244;t un &#233;conomiste et un politicologue, s'agit-il d'une rupture par rapport &#224; vos ouvrages pr&#233;c&#233;dents ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Riccardo Petrella - Ce n'est pas une rupture. Je ne sors pas de mon sillon de travail habituel. Cela reste une analyse d'&#233;conomie politique. Mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-06-oct-nov-2004-" rel="directory"&gt;No 006 - oct. / nov. 2004&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mouterde-Pierre-+" rel="tag"&gt;Mouterde, Pierre &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mondialisation-AGCS-PSP-FMI-OMC-BM-+" rel="tag"&gt;Mondialisation et &#171; libre-&#233;change &#187;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Petrella-Ricardo-+" rel="tag"&gt;Petrella, Riccardo &lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton554.jpg?1642092270' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;280&#034; height=&#034;187&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; a rencontr&#233; Riccardo Petrella alors qu'il &#233;tait de passage au Qu&#233;bec pour lancer son dernier livre, &lt;i&gt;D&#233;sir d'humanit&#233;. Le droit de r&#234;ver&lt;/i&gt;, publi&#233; chez &#201;cosoci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Pourquoi un livre sur le droit de r&#234;ver, alors que vous &#234;tes plut&#244;t un &#233;conomiste et un politicologue, s'agit-il d'une rupture par rapport &#224; vos ouvrages pr&#233;c&#233;dents ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Riccardo Petrella&lt;/strong&gt; - Ce n'est pas une rupture. Je ne sors pas de mon sillon de travail habituel. Cela reste une analyse d'&#233;conomie politique. Mais ma th&#232;se consiste &#224; dire : les soci&#233;t&#233;s dominantes nous ont enlev&#233; toute possibilit&#233; de r&#234;ver, par le biais de cette culture rationnelle, &#171; manag&#233;riale &#187;, de cette culture dominante faite de rentabilit&#233; &#224; court terme et de logiques financi&#232;res. Les soci&#233;t&#233;s dominantes ont emprisonn&#233; le possible, elles ont r&#233;duit le champ du possible des citoyens, des personnes humaines &#224; ce qu'elles pensent &#234;tre acceptables, c'est-&#224;-dire &#224; la rentabilit&#233; du capital financier. Et cet emprisonnement du possible se traduit par le fait que les r&#234;ves de justice, de libert&#233;, de fraternit&#233;, de participation &#224; la d&#233;mocratie, de droit &#224; la vie pour tout le monde, tous ces r&#234;ves-l&#224; sont interdits. &#192; partir du moment o&#249; l'on a emprisonn&#233; le champ du possible dans les limites d&#233;finies par les dominants, les aspirations de tout &#234;tre humain &#224; &#234;tre aim&#233; et reconnu, &#224; poss&#233;der des biens et des services qui lui permettent d'avoir une vie d&#233;cente, toutes ces aspirations-l&#224; aujourd'hui sont ni&#233;es et &#233;limin&#233;es. En revanche, le syst&#232;me dominant a pouss&#233; tout le monde &#224; poursuivre des r&#234;ves de richesse ou de puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Mais est-ce un ph&#233;nom&#232;ne vraiment nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R.P.&lt;/strong&gt; &#8211; Ce qui est nouveau c'est que cette n&#233;gation du droit &#224; la vie &#8211; ce r&#234;ve le plus fondamental &#8211; appara&#238;t apr&#232;s que les soci&#233;t&#233;s humaines aient exp&#233;riment&#233; la &#171; r&#233;alisabilit&#233; &#187; du droit &#224; la vie. Auparavant, quand il y avait par exemple l'esclavage, on r&#234;vait au droit &#224; la vie, parce qu'il n'y en avait pas. Ce qui est nouveau par rapport &#224; l'histoire pass&#233;e, c'est qu'alors que certaines soci&#233;t&#233;s dans le monde, comme par exemple les soci&#233;t&#233;s scandinaves, avaient commenc&#233; &#224; &#233;liminer la pauvret&#233; et avaient reconnu le droit &#224; la vie, la soci&#233;t&#233; dominante d'aujourd'hui r&#233;affirme et impose deux principes se structurant autour de la n&#233;gation du droit &#224; la vie pour tout le monde : l'in&#233;vitabilit&#233; et la naturalit&#233; de la guerre ; et l'in&#233;vitabilit&#233; et la naturalit&#233; de la pauvret&#233;. Et &#231;a c'est totalement nouveau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Mais &#224; quoi est-ce donc li&#233;, &#224; la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R.P.&lt;/strong&gt; &#8211; C'est plus que cela. Je parle dans mon livre (c'est le c&#339;ur de ma th&#232;se) des &#171; trois p&#244;les gravitationnels &#187; des soci&#233;t&#233;s actuelles : &#171; le mode de vie &#187; en tant qu'expression de la richesse et de la puissance, puis &#171; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#187; en tant qu'appropriation individuelle, et enfin &#171; la s&#233;curit&#233; &#187; en tant que contr&#244;le des droits de propri&#233;t&#233;s et des ressources. Les soci&#233;t&#233;s occidentales ont un mode de vie qui a &#233;t&#233; d&#233;fini comme l'expression du progr&#232;s, comme l'expression de la capacit&#233; cr&#233;atrice des soci&#233;t&#233;s humaines. Et on a consid&#233;r&#233; que cette expression du progr&#232;s devait &#234;tre le mod&#232;le m&#234;me de la civilisation mondiale. Ce mode de vie, c'est devenu l'objectif de tous. Ce qui fait que la vraie richesse passe par &#171; la passion de la possession &#187;, par l'individualisation des besoins et la recherche de la s&#233;curit&#233;, en &#233;liminant peu &#224; peu la notion de droits universels et en rendant la guerre... in&#233;vitable. C'est &#231;a la nouveaut&#233; de mon livre : l'interpr&#233;tation de la guerre &#224; partir du mode de vie. Car ce mode de vie &#224; l'occidental fond&#233; sur l'appropriation priv&#233;e implique la rivalit&#233; et l'exclusion. Il n&#233;cessite la s&#233;curit&#233; individuelle (la possession des biens &#224; titre priv&#233;), et la s&#233;curit&#233; collective (l'approvisionnement et le contr&#244;le de ressources comme le p&#233;trole, les for&#234;ts, l'eau, etc.). La s&#233;curit&#233; devient l'&#233;l&#233;ment strat&#233;gique du mode de vie. C'est ainsi que le syst&#232;me s'arroge le droit de pouvoir intervenir militairement &#8211; m&#234;me pr&#233;ventivement &#8211; pour garantir cette s&#233;curit&#233;. En ce sens les &#201;tatsuniens sont tout &#224; fait logiques, quand ils interviennent en Irak. Ce n'est donc pas au nom de la libert&#233; qu'ils interviennent, mais au nom de la libert&#233; du mode de vie, au nom de la libert&#233; d'acc&#232;s et de contr&#244;le des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Dans une telle perspective d'emprisonnement du possible, comment ce d&#233;sir de r&#234;ver dont vous parlez peut-il avoir encore un sens, surtout si les conditions ne sont plus aussi favorables qu'&#224; l'&#233;poque des 30 glorieuses (1945-1975) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R.P.&lt;/strong&gt; &#8211; Les conditions, c'est vrai, sont tout sauf favorables. Les rapports de force sociopolitiques ne sont pas en faveur des d&#233;munis, des abandonn&#233;s, etc. Mais cela n'enl&#232;ve rien au r&#244;le politique du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; &#8211; Le r&#244;le politique du r&#234;ve ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R.P.&lt;/strong&gt; &#8211; Je parle ici de r&#234;ve et non pas d'utopie. Nous ne sommes pas en situation d'utopie. Les gens en effet savent que l'utopie est belle, mais n'est pas r&#233;alisable. Le syst&#232;me dominant en revanche a donn&#233; un poids consid&#233;rable au r&#234;ve. Par exemple, le r&#234;ve de richesse est r&#233;alisable. Tout le monde peut devenir riche, s'il est consommateur solvable ou futur actionnaire. Par la publicit&#233;, le syst&#232;me dominant dit : r&#234;ve d'avoir une maison, une voiture, r&#234;ve et demande-moi l'impossible, je ferai en sorte que ton r&#234;ve devienne r&#233;alit&#233;. Il a donn&#233; une valeur politique d'action au r&#234;ve. Les loteries sont l'exemple macroscopique de la &#171; r&#233;alisabilit&#233; &#187; des r&#234;ves : car en fait je peux gagner 340 millions de dollars en un coup, et les gens en connaissent plusieurs qui y sont parvenus. C'est possible. Le r&#234;ve de la richesse peut donc se r&#233;aliser comme d'ailleurs celui de la puissance. Si tu deviens riche, tu peux tout faire, c'est donc que la richesse est la clef de la puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors par ricochet, ma th&#232;se consiste &#224; dire : cette &#171; r&#233;alisabilit&#233; &#187; du r&#234;ve peut se r&#233;percuter positivement sur le r&#234;ve d'un autre monde. Le r&#234;ve de justice, lui aussi devient r&#233;alisable, lui aussi a une fonction politique : tu peux aussi avoir un r&#234;ve et essayer de le r&#233;aliser puisque le r&#234;ve a perdu sa connotation d'&#234;tre irr&#233;el ou invraisemblable. Le r&#234;ve aujourd'hui joue un r&#244;le extr&#234;mement important sur le plan du comportement politique individuel et collectif. Et en effet la plupart de gens ne disent pas : &#171; j'ai une utopie &#187;. Ils disent : &#171; j'ai un r&#234;ve &#187;. Pensez au fameux discours de Martin Luther King (j'ai un r&#234;ve) ! Depuis on a &#233;limin&#233; l'apartheid. Le r&#234;ve exprime une capacit&#233; d'imaginer un autre monde. Mai 68 comme le Forum social mondial d'aujourd'hui, c'est &#171; imaginons l'impossible &#187;, et on l'imagine parce qu'on peut le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait il y a toujours trois &#233;l&#233;ments dans le r&#234;ve : il y a l'imaginaire, quand par exemple on imagine que tout le monde a le droit &#224; la vie, &#224; la paix, etc. Puis il y a le d&#233;sir qui en d&#233;coule, comme le d&#233;sir de paix. Enfin, il y a la possibilit&#233; effective de se procurer cette paix ou ce droit &#224; la vie. Le r&#234;ve est une force politique extraordinaire. Les gens pensent que c'est de plus en plus possible. Et cela donne force au r&#234;ve de paix, au r&#234;ve de droit, au r&#234;ve de la vie pour tous, au r&#234;ve de d&#233;mocratie, etc. N'oubliez pas que le Forum social mondial n'a que quatre ans. Ce n'est que depuis une d&#233;cennie que les forces alternatives se sont convaincues de la cr&#233;dibilit&#233; de leur proposition. M&#234;me les dominants se sont montr&#233;s incapables de d&#233;cr&#233;dibiliser nos alternatives. Ils n'ont pas r&#233;ussi non plus &#224; nous enfermer dans le ghetto de la criminalisation. Parce qu'on est cr&#233;dible, on devient plus puissant. On a r&#233;ussi aujourd'hui &#224; se donner nos propres agendas. On ne court plus derri&#232;re tous les lapins des dominants (les r&#233;unions du FMI, de la Banque mondiale, etc.). On se rencontre &#224; Mumbay, &#224; Paris, &#224; Karachi. On n'est plus seuls. On peut commencer &#224; se donner des nouvelles formes d'alliance. Ce qui manque, c'est qu'on ne parvient pas encore &#224; &#234;tre efficace. Mais les gens aujourd'hui ne sont plus dans la logique : on va &#224; la plage parce que &#231;a ne sert &#224; rien. Parce qu'aujourd'hui &#231;a commence &#224; changer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Pierre Mouterde&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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