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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le droit &#224; l'avortement, une lutte exemplaire</title>
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		<dc:date>2008-07-29T23:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nesrine Bessa&#239;h, Louise Desmarais</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Bessa&#239;h, Nesrine </dc:subject>
		<dc:subject>Desmarais, Louise </dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Militante de longue date pour le droit &#224; l'avortement, Louise Desmarais publie en 1998 La lutte pour le droit &#224; l'avortement, histoire d'une bataille inachev&#233;e. Elle pr&#233;sente ici les principales caract&#233;ristiques et les moments forts, selon elle, de la lutte pour le droit &#224; l'avortement au Qu&#233;bec. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; b&#226;bord ! : Quelle &#233;tait l'organisation du mouvement pour le droit &#224; l'avortement dans les ann&#233;es 60-70 ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Louise Desmarais : Le premier groupe qu&#233;b&#233;cois qui s'est impliqu&#233; dans cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-avortement-un-droit-" rel="directory"&gt;Dossier : L'avortement, un droit menac&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Desmarais-Louise-+" rel="tag"&gt;Desmarais, Louise &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton195.gif?1642092163' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;455&#034; height=&#034;262&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Militante de longue date pour le droit &#224; l'avortement, Louise Desmarais publie en 1998 &lt;i&gt;La lutte pour le droit &#224; l'avortement&lt;/i&gt;, histoire d'une bataille inachev&#233;e. Elle pr&#233;sente ici les principales caract&#233;ristiques et les moments forts, selon elle, de la lutte pour le droit &#224; l'avortement au Qu&#233;bec.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/strong&gt; : Quelle &#233;tait l'organisation du mouvement pour le droit &#224; l'avortement dans les ann&#233;es 60-70 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Louise Desmarais&lt;/strong&gt; : Le premier groupe qu&#233;b&#233;cois qui s'est impliqu&#233; dans cette question-l&#224; s'appelait le Comit&#233; de lutte pour la contraception et l'avortement libres et gratuits. C'est un petit noyau de f&#233;ministes radicales qui va mener la lutte en donnant en m&#234;me temps des services clandestins. Par la suite, cette lutte va prendre de l'ampleur et former des alliances tr&#232;s larges. C'est important de le savoir pour aujourd'hui. Le leadership politique et id&#233;ologique de la lutte &#233;tait assum&#233; par des femmes. &#192; partir de 1978, cette lutte a toujours &#233;t&#233; port&#233;e par une coalition de groupes. La premi&#232;re coalition qu&#233;b&#233;coise, la Coalition qu&#233;b&#233;coise pour le droit &#224; l'avortement, est n&#233;e en 1978 et elle a vraiment fait d&#233;marrer la lutte &#224; travers le Qu&#233;bec. &#192; ce moment-l&#224;, on parlait de &#171; &lt;i&gt;droit &#224; l'avortement&lt;/i&gt; &#187; parce que c'&#233;tait tout simplement interdit. Plus tard, on a parl&#233; du libre choix. Et &#224; partir de 1984, il va y avoir la Coalition pour le libre choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des groupes de femmes et de militantes individuelles, dont des femmes qui travaillaient dans les services d'avortement, la coalition de 1978 &#233;tait form&#233;e de repr&#233;sentantes de comit&#233;s de condition f&#233;minine de syndicats, d'associations &#233;tudiantes, de groupes communautaires et de partis politiques, Parti qu&#233;b&#233;cois et Parti lib&#233;ral. Il y avait unanimit&#233; sur le libre choix, alors chacun de ces comit&#233;s de condition f&#233;minine faisait avancer la lutte dans son groupe mixte, son parti politique ou son syndicat. Et donc &#224; partir de 1978, la lutte va sortir de Montr&#233;al et elle prendra vraiment une ampleur nationale ; c'&#233;tait &#224; la grandeur du Qu&#233;bec qu'il y avait des d&#233;veloppements de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B !&lt;/strong&gt; : Vous dites que cette lutte-l&#224; a &#233;t&#233; radicale. En quoi &#233;tait-elle radicale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.D.&lt;/strong&gt; : La lutte pour le droit &#224; l'avortement, c'&#233;tait le fer de lance et le symbole d'un nouveau f&#233;minisme qui a &#233;merg&#233; autant au Qu&#233;bec, aux &#201;tats-Unis qu'en Europe dans les ann&#233;es 60-70. Et c'est un f&#233;minisme en rupture compl&#232;te avec le f&#233;minisme plus classique qu'on appelait lib&#233;ral qui lui ne remettait pas en question les relations entre les hommes et les femmes. Le f&#233;minisme lib&#233;ral ou &#233;galitaire, dont l'Afeas et la FFQ &#233;taient les porteuses, disait &#171; &lt;i&gt;Les probl&#232;mes des femmes sont dus au fait qu'elles n'ont pas acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation ni au march&#233; du travail. R&#233;glons &#231;a et il n'y aura plus de probl&#232;mes pour les femmes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;mergence du f&#233;minisme radical dans les ann&#233;es 70, on voit appara&#238;tre un point de vue compl&#232;tement autre qui &#233;tait de dire &#171; &lt;i&gt;La base de l'oppression sp&#233;cifique aux femmes, c'est le corps, et ce qu'il y a de particulier chez les femmes c'est la capacit&#233; d'enfanter. Et si on veut changer quelque chose, il faut remettre en question la maternit&#233; obligatoire, le fait qu'on ne puisse pas choisir nos maternit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Donc pour pouvoir exercer cette libert&#233;, il faut que tu aies le choix d'&#234;tre enceinte, puis il faut que tu aies le choix de ne pas l'&#234;tre et si tu l'es, il faut que tu aies le choix d'avorter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord la perspective qui &#233;tait radicale. Alors qu'en 1969 le Bill Omnibus au f&#233;d&#233;ral venait d'accorder la possibilit&#233; d'avorter pour des raisons de sant&#233;, des femmes osaient dire qu'elles voulaient le droit total &#224; l'avortement. Elles refusaient de se contenter d'une permission partielle, sous condition. Elles voulaient un droit absolu, sans comit&#233; th&#233;rapeutique compos&#233; de trois m&#233;decins pour juger de leur sant&#233; ou de leurs raisons. C'&#233;tait le culot d'aller dire publiquement au d&#233;but des ann&#233;es 70 : &#171; &lt;i&gt;On n'est pas oblig&#233;es d'&#234;tre enceintes, on n'est pas oblig&#233;es d'&#234;tre m&#232;res. Je vais avoir le nombre d'enfants que je veux, et si je suis enceinte, je veux pouvoir avorter. Et cette d&#233;cision me concerne seule !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;tait radical aussi c'&#233;tait le fait de s'attaquer &#224; ce qu'il y a de plus fondamental dans la conception que la soci&#233;t&#233; a des femmes. Socialement, on n'accepte pas qu'une femme puisse choisir. Une femme &#231;a se donne, &#231;a donne la vie et &#231;a va toujours choisir son enfant. Et dans l'imaginaire collectif, le discours du choix est &#233;c&#339;urant parce que cette femme-l&#224;, dans le fond, elle est &#233;go&#239;ste et elle se choisit. C'est &#224; mon avis le n&#339;ud de r&#233;sistance le plus profond qui explique pourquoi c'est si difficile de mener cette lutte. Parce qu'on est dans la mythologie entourant la femme et la maternit&#233;. Et on continue de penser que la maternit&#233; est ce qui comble fondamentalement une femme et d&#233;finit son identit&#233;. Tandis qu'un homme ne se d&#233;finit pas par rapport &#224; la paternit&#233;. Les petites filles sont &#233;lev&#233;es dans le r&#234;ve fondamental d'&#234;tre une m&#232;re ! Alors que pour les petits gars, le r&#234;ve c'est d'&#234;tre astronaute. Il sera p&#232;re mais c'est un &#233;l&#233;ment dans sa vie. Ce n'est pas central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Et sur les moyens de lutte utilis&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.D.&lt;/strong&gt; : On a fait quelques affaires assez irr&#233;v&#233;rencieuses et &#231;a je trouve que &#231;a manque au mouvement f&#233;ministe aujourd'hui. Par exemple, la veille d' un rassemblement pro-vie on avait peintur&#233; les murs de l'oratoire St-Joseph avec des slogans comme &#171; &lt;i&gt;Les femmes ne sont pas n&#233;es pour se soumettre.&lt;/i&gt; &#187; On avait une radicalit&#233; dans le propos et un ton baveux. On avait des slogans, des chansons dr&#244;les. Un 8 mars, on avait fait une grosse manif et d&#233;pos&#233; une p&#233;tition &#224; l'ouverture de la session parlementaire. Et c'&#233;tait Ariane &#201;mond, enceinte de huit mois, qui d&#233;posait la p&#233;tition. Ou encore une des premi&#232;res manifs avait &#233;t&#233; organis&#233;e le jour de la f&#234;te des m&#232;res, c'&#233;tait culott&#233;. Il y avait eu aussi, &#224; l'occasion d'un rassemblement pro-vie, 100 femmes publiques, des com&#233;diennes, des artistes, des politiciennes, qui avaient publi&#233; leur nom dans le journal pour dire &#171; &lt;i&gt;J'ai avort&#233;&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;J'ai aid&#233; une femme &#224; avorter.&lt;/i&gt; &#187; C'&#233;tait la &lt;i&gt;D&#233;claration des 100 femmes&lt;/i&gt;, on avait achet&#233; une pleine page dans &lt;i&gt;Le Devoir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait avoir du front pour pratiquer ill&#233;galement des avortements en CLSC, faire sortir clandestinement Chantal Daigle du pays pour son avortement, organiser des autobus pour aller obtenir un avortement aux &#201;tats-Unis ou avoir un centre de r&#233;f&#233;rence en avortement quand c'&#233;tait ill&#233;gal. Et c'&#233;tait extraordinaire comment la lutte politique se nourrissait de la pratique de services. C'est &#224; partir de rencontres avec des femmes, &#224; force d'&#233;couter leurs histoires que &#231;a venait nourrir le discours, lui donner une force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Quels ont &#233;t&#233; les moments forts de cette lutte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.D.&lt;/strong&gt; : La lutte s'est men&#233;e sur trois terrains. Elle s'est men&#233;e sur le terrain juridique par le docteur Morgentaler. Elle s'est men&#233;e sur le front socio-sanitaire pour l'acc&#232;s aux services. Et elle s'est men&#233;e sur le front politique par les groupes de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des tournants majeurs a &#233;t&#233; en 75-76 quand le comit&#233; de lutte pour le droit &#224; l'avortement a cr&#233;&#233; une rupture en d&#233;cidant de se dissocier, d'arr&#234;ter de consacrer l'essentiel de ses &#233;nergies &#224; la d&#233;fense du docteur Morgentaler. Ce n'&#233;tait pas une d&#233;sapprobation de Morgentaler mais c'&#233;tait vraiment pour des questions strat&#233;giques : Morgentaler menait une lutte sur le front juridique et on voulait mettre de l'&#233;nergie sur le front politique et id&#233;ologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite en 1978, la mise sur pied de la Coalition pour le droit &#224; l'avortement a constitu&#233; un autre tournant. La lutte sortait de Montr&#233;al pour prendre une ampleur nationale en faisant appel &#224; tout ce qu'il y avait de progressiste au Qu&#233;bec afin de cr&#233;er une coalition large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en 82-83, la pratique ill&#233;gale d'avortements en CLSC. Jusqu'en 1988, c'est la loi f&#233;d&#233;rale qui en principe s'applique. C'est-&#224;-dire que c'est ill&#233;gal de pratiquer un avortement s'il n'est pas dans un h&#244;pital, s'il n'y a pas un comit&#233; d'avortement th&#233;rapeutique qui l'a approuv&#233; &#224; la condition que la vie de la m&#232;re ou que sa sant&#233; soit menac&#233;e. L'inceste, le viol et ta propre volont&#233; ne sont pas des motifs reconnus. Alors, il suffisait d'avoir une majorit&#233; de m&#233;decins anti-choix pour d&#233;cider que l'h&#244;pital ne formait pas de comit&#233; th&#233;rapeutique ou qu'il y en avait un bidon, qui refusait toutes les demandes d'avortement. Un des objectifs de la lutte &#233;tait de rendre l'avortement accessible et de faire en sorte que &#231;a puisse se faire en dehors des h&#244;pitaux, qui utilisaient une m&#233;thode lourde, avec anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale, alors que ce n'&#233;tait pas n&#233;cessaire dans la plupart des cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il va y avoir une alliance entre le centre de sant&#233; des femmes de Montr&#233;al et des intervenantes du r&#233;seau de la sant&#233; pour agir ill&#233;galement et faire en sorte qu'il y ait des avortements dans les CLSC. C'est s&#251;r que quand ton comit&#233; de condition f&#233;minine de la CSN a fait adopter le libre choix et que les filles qui travaillent dans les h&#244;pitaux sont affili&#233;es &#224; la CSN, &#231;a te fait une belle alliance. Et &#224; partir de 82-83 et pendant un an, des avortements vont &#234;tre pratiqu&#233;s ill&#233;galement, conjointement par des praticiens de CLSC et le centre de sant&#233; des femmes. Et quand c'est sorti dans les journaux, le gouvernement n'a pas fait de poursuite et c'est comme &#231;a que la pratique des avortements dans les CLSC s'est implant&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un &#233;l&#233;ment majeur et caract&#233;ristique de cette lutte-l&#224;. Contrairement &#224; d'autres luttes f&#233;ministes, le d&#233;veloppement de services parall&#232;les en dehors du r&#233;seau n'a jamais vraiment &#233;t&#233; une priorit&#233;. On voulait l'acc&#232;s aux services partout au Qu&#233;bec dans le r&#233;seau de la sant&#233;, on ne voulait pas de petits groupes communautaires &#224; part, sous-pay&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : On c&#233;l&#232;bre cette ann&#233;e les 20 ans de la d&#233;criminalisation. Que s'est-il pass&#233; en 1988 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.D.&lt;/strong&gt; : Au niveau f&#233;d&#233;ral, il y a eu le jugement de la Cour supr&#234;me dans le cas Morgentaler. C'&#233;tait l'abolition des deux articles qui portaient sur l'avortement dans le Code criminel. C'est important de faire la diff&#233;rence entre l&#233;galisation et d&#233;criminalisation. Quand on dit qu'il y a l&#233;galisation c'est rendre l&#233;gal par opposition &#224; ill&#233;gal mais il n'y a pas de loi sur l'avortement comme il y a une loi sur la sant&#233; ou sur l'habitation. La seule fa&#231;on pour le gouvernement f&#233;d&#233;ral de l&#233;gif&#233;rer sur cette question, c'&#233;tait de faire intervenir le Code criminel, parce que la sant&#233; rel&#232;ve des provinces. Aujourd'hui, ce n'est plus un acte criminel. C'est encadr&#233;, mais par des r&#232;gles m&#233;dicales et non par des r&#232;gles juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1989, c'&#233;tait l'affaire Chantal Daigle. Une jeune femme de 20 ans qui ne se consid&#233;rait pas f&#233;ministe, qui ne rentre aucunement dans les st&#233;r&#233;otypes et les pr&#233;jug&#233;s que les gens ont sur les f&#233;ministes, mais, pour qui c'&#233;tait un acquis de pouvoir avorter. Elle n'aurait jamais pens&#233; une minute qu'un homme pouvait aller chercher une injonction pour lui interdire d'avorter. &#199;a nous permettait de voir le chemin qui avait &#233;t&#233; fait depuis 70, d'entrevoir combien le message avait port&#233;. Chantal Daigle &#233;tait la seule femme au Canada qui n'avait pas le droit de se faire avorter. C'&#233;tait des pro-vie qui payaient les avocats du bonhomme dans une tentative concert&#233;e du mouvement anti-choix d'essayer d'attaquer la question sous un nouvel angle : le droit du g&#233;niteur. Puis il y avait aussi la tentative de faire reconna&#238;tre des droits au f&#339;tus. Et la Cour supr&#234;me a statu&#233; que le f&#339;tus et la m&#232;re sont indissociables et que tu deviens une personne une fois sortie du ventre de ta m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait aussi une victoire politique parce que spontan&#233;ment 10 000 personnes sont descendues dans la rue apr&#232;s une soixantaine de jours de mobilisation. Je consid&#232;re que la lutte pour le droit &#224; l'avortement est la seule lutte qu'on a gagn&#233; sur tous les fronts par rapport aux objectifs vis&#233;s en 1970 : libre, accessible, gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Cette lutte comportait &#233;galement un volet politique. Comment se d&#233;finit-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.D.&lt;/strong&gt; : Sur le front politique c'&#233;tait le discours sur le libre choix et sur comment c'est fondamental pour la vie des femmes. Et aujourd'hui, je pense qu'on red&#233;couvre l'importance de cette lutte-l&#224;, parce qu'&#224; chaque fois que la droite prend du poil de la b&#234;te, la premi&#232;re chose &#224; laquelle elle s'attaque c'est le droit &#224; l'avortement. Parce que c'est un symbole des rapports de domination hommes femmes excessivement puissant. Il faut se rappeler que c'est le seul droit qui est sp&#233;cifique aux femmes, que les hommes ne peuvent pas revendiquer, contrairement au droit au travail, &#224; l'&#233;galit&#233;, &#224; la non-discrimination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; un homme et une femme font l'amour ensemble, il y en a une des deux dont la vie risque d'&#234;tre chang&#233;e compl&#232;tement du seul fait qu'elle peut tomber enceinte : on n'est pas &#233;gaux ! La seule fa&#231;on de l'&#234;tre, c'est la contraception et si la contraception n'a pas fonctionn&#233;, je dois pouvoir mettre fin &#224; cette grossesse. C'est la seule fa&#231;on de maintenir une &#233;galit&#233; avec cet homme qui lui n'aura aucune cons&#233;quence dans sa vie. S'attaquer au droit &#224; l'avortement c'est mettre en p&#233;ril le droit fondamental &#224; l'&#233;galit&#233;. Surtout dans une soci&#233;t&#233; qui ne soutient pas la maternit&#233;, o&#249; tu es p&#233;nalis&#233;e financi&#232;rement quand tu as un enfant. Donc, m&#234;me si je suis m&#233;nopaus&#233;e, m&#234;me une femme de 35 ans qui est ligatur&#233;e, elle a tout int&#233;r&#234;t &#224; ce que le droit &#224; l'avortement existe parce que c'est un fondement de l'&#233;galit&#233; entre les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en ce sens, c'est tr&#232;s important de faire reconna&#238;tre la lutte pour le droit &#224; l'avortement surtout pour constituer une m&#233;moire. Et en particulier pour que les jeunes femmes comprennent que derri&#232;re la lutte pour le droit &#224; l'avortement, c'est une lutte pour la libert&#233;. La libert&#233; comme femme qui ne t'est pas donn&#233;e &#224; la naissance. On ne t'&#233;duque pas &#224; &#234;tre un &#234;tre libre. &#202;tre libre de contr&#244;ler pas juste tes r&#234;ves, mais ta vie, comment tu te projettes et ce que tu veux &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AB !&lt;/strong&gt; : Quelles sont les menaces, les enjeux, les d&#233;fis auxquels le mouvement pro-choix doit faire face ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.D.&lt;/strong&gt; : On a pass&#233; 20 ans &#224; d&#233;construire la mythologie autour de la nature de la femme qui serait d'avoir des enfants. L&#224;, le discours qui pr&#233;tend qu'on avorte trop nous ram&#232;ne en arri&#232;re en introduisant l'id&#233;e qu'on serait irresponsables, irr&#233;fl&#233;chies. Certains pr&#233;tendent que s'il y a des probl&#232;mes de d&#233;natalit&#233; au Qu&#233;bec c'est parce qu'il y a trop d'avortements. Alors que &#231;a n'a aucun rapport. Si tu te fais avorter, c'est parce que tu n'en veux pas. Le probl&#232;me de la d&#233;natalit&#233; c'est de faire en sorte que les gens qui en voudraient en aient. Si on veut qu'il y ait plus de natalit&#233; au Qu&#233;bec, il faut faire en sorte que les conditions pour avoir des enfants soient favorables. Puis pour ce qui concerne l'avortement, il faut de l'accessibilit&#233; &#224; la contraception et &#224; l'avortement et de l'&#233;ducation sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en revient &#224; un des enjeux majeurs de la maternit&#233;. Les femmes n'ont pas beaucoup de choix parce que les conditions pour garder un enfant ne sont pas n&#233;cessairement faciles. Et les conditions socio&#233;conomiques des femmes ayant des enfants ont toujours fait partie de la lutte. D'un c&#244;t&#233;, on se bat pour le droit &#224; l'avortement, pour la libert&#233; de choix et pour l'acc&#232;s &#224; la contraception et de l'autre c&#244;t&#233;, on se bat pour que les femmes qui veulent avoir des enfants les aient dans de bonnes conditions. Et la lutte pour l'avortement, dans toute son histoire a toujours tenu ces deux p&#244;les-l&#224;. Ce n'est pas vrai de dire que c'est un mouvement qui rejette les enfants, au contraire, dans tous les textes, toutes les publications, il y a toujours une pr&#233;occupation pour la contraception, pour les garderies, pour le travail &#224; salaire &#233;gal, pour des conditions socio&#233;conomiques pour avoir des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre menace &#224; mon avis va nous venir par le biais des avortements tardifs sous pr&#233;texte que la science m&#233;dicale sauve des b&#233;b&#233;s pr&#233;matur&#233;s &#224; 26 semaines de gestation. Sinon &#231;a va &#234;tre la reconnaissance du f&#339;tus comme personne. Le mouvement pro-vie est en guerre, il a des moyens financiers, des puissants lobbies. C'est certains que c'est par ce bout l&#224; qu'on va &#234;tre attaqu&#233;es, par les soins pr&#233;nataux, les technologies de reproduction, la n&#233;onatalogie. Les attaques seront id&#233;ologiques et politiques. Et la plus grosse menace &#231;a va &#234;tre la r&#233;&#233;lection de Harper !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Nesrine Bessa&#239;h&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Une lutte qui reste d'actualit&#233;</title>
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		<dc:creator>Louise Desmarais</dc:creator>


		<dc:subject>Desmarais, Louise </dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>

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&lt;p&gt;En 1989, la veille de la manif de soutien &#224; Chantal Daigle, je me rappelle, j'avais pass&#233; des tracts puis je suis revenue au local de la Coalition pour le libre choix. J'ai dit aux filles : &#171; &#199;a n'a pas de bon sens, il y a quelque chose dans l'air, il va se passer de quoi demain. &#187; C'&#233;tait les vacances de la construction, la p&#233;riode la plus d&#233;mobilis&#233;e au Qu&#233;bec, partout o&#249; j'allais, sur toutes les terrasses, les gens voulaient des tracts : &#171; C'est pour l'affaire Chantal Daigle ? J'en veux ! (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-L-avortement-un-droit-" rel="directory"&gt;Dossier : L'avortement, un droit menac&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Desmarais-Louise-+" rel="tag"&gt;Desmarais, Louise &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1989, la veille de la manif de soutien &#224; Chantal Daigle, je me rappelle, j'avais pass&#233; des tracts puis je suis revenue au local de la Coalition pour le libre choix. J'ai dit aux filles : &#171; &lt;i&gt;&#199;a n'a pas de bon sens, il y a quelque chose dans l'air, il va se passer de quoi demain.&lt;/i&gt; &#187; C'&#233;tait les vacances de la construction, la p&#233;riode la plus d&#233;mobilis&#233;e au Qu&#233;bec, partout o&#249; j'allais, sur toutes les terrasses, les gens voulaient des tracts : &#171; &lt;i&gt;C'est pour l'affaire Chantal Daigle ? J'en veux ! J'en veux !&lt;/i&gt; &#187; Et effectivement, de toutes les cat&#233;gories, de tous les milieux, il y avait des gars, des gens avec des poussettes, des grands-m&#232;res qui &#233;taient dans la rue pour dire : &#171; &lt;i&gt;&#199;a va faire, il y a des limites !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est normal qu'aujourd'hui cette lutte soit un peu mise de c&#244;t&#233;, elle est globalement gagn&#233;e et il y a tellement d'autres luttes &#224; mener. Mais il faut que le mouvement des femmes demeure alerte et une des strat&#233;gies, c'est de resituer cette lutte l&#224; avec toutes les autres menaces de la droite qui veut ramener les femmes dans un r&#244;le traditionnel. C'est toute la question de la sexualit&#233; qui est en cause. La question de l'avortement est un maillon l&#224;-dedans. On ne peut pas le regarder tout seul. Il faut reconnecter la lutte pour le droit &#224; l'avortement avec d'autres enjeux d'importance pour les femmes. La vie des jeunes femmes, leur libert&#233; d'&#234;tre, le lien avec l'hypersexualisation, le type de sexualit&#233; auquel on s'attend chez les jeunes femmes marqu&#233;es par la consommation, mais en m&#234;me temps une perte de contr&#244;le sur leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re l'avortement, il y a la libert&#233; des femmes au plan sexuel que la droite conservatrice ne dig&#232;re toujours pas. Et on revient, &#224; mon avis, aux deux piliers de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui sont l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; et la maternit&#233;. Tout le monde est &#233;lev&#233; dans ces deux contraintes-l&#224; parce que &#231;a prend des couples h&#233;t&#233;rosexuels pour faire des enfants et donc des travailleurs et des consommateurs. Et avec l'avortement, on s'attaque aux fondements de la civilisation, et j'invente rien c'est sur le site du mouvement pro-vie. La question du mariage des conjoints de m&#234;me sexe a &#233;t&#233; pass&#233;e aussi mais comme pour l'avortement, les pro-vie l'ont en travers de la gorge ! On l'a pass&#233; de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos plus solides alli&#233;es sur la question de l'avortement, ce sont les 30 000 femmes &#224; chaque ann&#233;e qui se font avorter. Silencieusement, mais ces femmes-l&#224; votent et ces femmes-l&#224; voient dans leur quotidien que la plupart des hommes ne se responsabilisent pas par rapport &#224; la contraception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but n'est pas de banaliser l'avortement mais plut&#244;t de le d&#233;dramatiser. Moi je ne suis pas s&#251;re que ce soit toujours un drame. Les femmes n'ont pas toutes le m&#234;me rapport &#224; la maternit&#233; ou &#224; leur identit&#233;. Tomber enceinte fait partie du risque que tu vis pendant 30-35 ans de ta vie. Si tu arr&#234;tes de le regarder d'un angle moral et si tu regardes toutes les possibilit&#233;s que tu as d'&#234;tre enceinte dans les 400 cycles menstruels d'une vie alors que les femmes ont moins de deux enfants, tu te rends compte que les femmes sont tout &#224; fait responsables ! On est tr&#232;s raisonnable ! Se faire avorter une ou deux fois dans ta vie, ce n'est vraiment pas dramatique !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Louise Desmarais&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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