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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>L'histoire d'un village guat&#233;malt&#232;que et d'une entreprise mini&#232;re canadienne</title>
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		<dc:date>2008-09-19T16:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Drouin</dc:creator>


		<dc:subject>Compagnies mini&#232;res et p&#233;troli&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Drouin, Marc </dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Am&#233;rique centrale, l'acronyme PPP d&#233;signe depuis quelques ann&#233;es le Plan Puebla Panama, un ambitieux projet d'int&#233;gration r&#233;gionale vou&#233; essentiellement au transport maritime et terrestre de marchandises provenant du c&#339;ur industriel nord-am&#233;ricain, situ&#233; autour des Grands Lacs, et dont la destination finale, via l'oc&#233;an Atlantique, est le march&#233; lucratif de l'Asie-Pacifique. L'Am&#233;rique centrale, &#233;ternel obstacle terrestre entre les deux oc&#233;ans, gisant toujours sous les effets de cinquante (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-09-avril-mai-2005-" rel="directory"&gt;No 009 - avril / mai 2005&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Cies-minieres-et-petrolieres-+" rel="tag"&gt;Compagnies mini&#232;res et p&#233;troli&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Drouin-Marc-+" rel="tag"&gt;Drouin, Marc &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En Am&#233;rique centrale, l'acronyme PPP d&#233;signe depuis quelques ann&#233;es le &lt;i&gt;Plan Puebla Panama&lt;/i&gt;, un ambitieux projet d'int&#233;gration r&#233;gionale vou&#233; essentiellement au transport maritime et terrestre de marchandises provenant du c&#339;ur industriel nord-am&#233;ricain, situ&#233; autour des Grands Lacs, et dont la destination finale, via l'oc&#233;an Atlantique, est le march&#233; lucratif de l'Asie-Pacifique. L'Am&#233;rique centrale, &#233;ternel obstacle terrestre entre les deux oc&#233;ans, gisant toujours sous les effets de cinquante ans de conflits dits de faible intensit&#233;, est appel&#233;e aujourd'hui &#224; jouer le r&#244;le d'&#233;norme passoire interoc&#233;anique s'&#233;tendant du Mexique au Panama, o&#249; le c&#233;l&#232;bre canal se transforme en relique g&#233;ostrat&#233;gique digne d'une autre &#233;poque. Les partenariats public-priv&#233;, les PPP dont on entend vanter les bienfaits ici, ne sont pas une id&#233;e nouvelle et l'exp&#233;rience centram&#233;ricaine avec de tels partenariats, r&#233;alis&#233;s &#224; l'&#233;chelle internationale, est tr&#232;s r&#233;v&#233;latrice. Le cas des mines canadiennes au Guatemala en constitue un excellent exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie mini&#232;re canadienne est pr&#233;sente au Guatemala depuis 1960, lorsque la International Nickel Company (INCO) du Canada inscrit sa fili&#232;re guat&#233;malt&#232;que Exploraciones y Explotaciones Mineras de Izabal (EXMIBAL) aupr&#232;s du gouvernement militaire du g&#233;n&#233;ral Yd&#237;goras Fuentes. D'entr&#233;e de jeu, et voulant faire preuve de bonnes intentions &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime, INCO fait parvenir ses suggestions &#233;crites quant &#224; l'&#233;laboration d'une nouvelle loi mini&#232;re et d&#233;p&#234;che un expert aupr&#232;s du gouvernement guat&#233;malt&#232;que en 1963 afin de s'assurer que ses propositions soient bien comprises. Changement de r&#233;gime, nouveaux d&#233;lais, mais en 1965, en plein &#233;tat de si&#232;ge, le pr&#233;sident et colonel Enrique Peralta d&#233;cr&#232;te un nouveau code minier et INCO re&#231;oit ses premiers titres de propri&#233;t&#233; sur un territoire de 400 km2. Le march&#233; mondial du nickel est alors &#224; la hausse, son utilisation, entre autres, dans la fabrication d'alliages utilis&#233;s par les industries de l'aviation et de la d&#233;fense &#233;tant en pleine croissance. La guerre du Vietnam oblige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Guatemala, INCO devient un des plus importants propri&#233;taires fonciers dans une r&#233;gion tropicale secou&#233;e par des conflits sociaux et agraires. Et, comme tout grand propri&#233;taire au Guatemala, l'entreprise peut compter sur les forces de l'ordre afin de faire respecter ses biens. En 1971, &#224; la suite de l'assassinat ou de l'exil forc&#233; de quatre des principaux intellectuels oppos&#233;s &#224; son projet de d&#233;veloppement minier, dont un d&#233;put&#233; et le doyen du d&#233;partement des sciences &#233;conomiques de l'universit&#233; nationale, INCO fait du gouvernement guat&#233;malt&#232;que, alors sous l'emprise du colonel Arana Osorio, un partenaire &#224; titre de 30 % dans ce qui &#233;tait alors le plus important investissement priv&#233; de toute l'Am&#233;rique centrale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouvelles installations de l'entreprise au Guatemala, sises sur les rives du lac Izabal, sont inaugur&#233;es en grande pompe en juillet 1977, en pr&#233;sence de repr&#233;sentants du gouvernement canadien et du pr&#233;sident et g&#233;n&#233;ral Laugerud Garcia qui, revolver &#224; la ceinture et sous un fanion unifoli&#233;, t&#233;moigne de son ind&#233;fectible soutien &#224; l'initiative priv&#233;e canadienne. En f&#233;vrier 1978, c'est le g&#233;n&#233;ral lui-m&#234;me qui annonce fi&#232;rement le premier chargement de concentr&#233; nick&#233;lif&#232;re guat&#233;malt&#232;que destin&#233; &#224; une raffinerie d'INCO au pays de Galles. Lorsque des paysans autochtones d&#233;plac&#233;s ou menac&#233;s d'expulsion par les concessions mini&#232;res canadiennes manifestent trois mois plus tard, ce sont les soldats du bon g&#233;n&#233;ral qui ouvriront le feu faisant une soixantaine de morts et autant de bless&#233;s. Le tristement c&#233;l&#232;bre massacre de Panz&#243;s, survenu le 29 mai 1978, fige ainsi l'amalgame entre une entreprise canadienne, experte en mati&#232;re de d&#233;veloppement minier, et l'&#201;tat guat&#233;malt&#232;que, sp&#233;cialiste en mati&#232;re de r&#233;pression : un partenariat public-priv&#233; d'envergure internationale reliant deux expertises mondialement reconnues. Bien que la nouvelle du massacre soit retransmise par le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, la BBC et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, aucun quotidien canadien n'en fera mention.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En toute l&#233;galit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui l'industrie mini&#232;re canadienne, qui d&#233;tient plus de 80 % des concessions mini&#232;res du Guatemala, peut toujours compter sur l'appui ind&#233;fectible des gouvernements canadien et guat&#233;malt&#232;que au moment de faire valoir ses int&#233;r&#234;ts. En novembre 2004, face &#224; une r&#233;cente reprise de l'opposition aux projets canadiens, l'actuel ambassadeur du Canada au Guatemala a voulu se faire rassurant par l'entremise d'un texte publi&#233; dans un quotidien guat&#233;malt&#232;que o&#249; il affirme que &#171; &lt;i&gt;1,200 communaut&#233;s autochtones&lt;/i&gt; &#187; au Canada avaient b&#233;n&#233;fici&#233; du d&#233;veloppement minier et qu'au &#171; &lt;i&gt;cours d'une histoire de production mini&#232;re longue de 150 ans&lt;/i&gt; [les Canadiens] &lt;i&gt;&#233;taient devenus les administrateurs, promoteurs, utilisateurs et exportateurs de mati&#232;res premi&#232;res parmi les plus &#8220;intelligents&#8221; au monde&lt;/i&gt; &#187;. Plus r&#233;cemment, le 11 janvier dernier, lorsque les autorit&#233;s guat&#233;malt&#232;ques ont d&#233;ploy&#233; des forces anti&#233;meutes contre des manifestants paysans qui bloquaient des &#233;quipements lourds destin&#233;s &#224; une mine d'or, propri&#233;t&#233; de l'entreprise Glamis Gold de Vancouver, faisant un mort et une vingtaine de bless&#233;s, l'ambassadeur justifia le projet en affirmant que &#171; &lt;i&gt;les concessions [de l'entreprise] respectaient les lois nationales et internationales en la mati&#232;re&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux et celles qui pourraient croire que le Canada veillait sur autre chose que ses propres int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques en Am&#233;rique latine, les propos de la responsable de la section politique et &#233;conomique de l'ambassade canadienne au Guatemala ne peuvent &#234;tre plus clairs. Lors d'une entrevue diffus&#233;e par Radio-Canada le 13 f&#233;vrier dernier au sujet des agissements de la Glamis Gold, du manque de consultation aupr&#232;s des communaut&#233;s autochtones affect&#233;es par sa mine d'or et du r&#244;le de l'ambassade dans une telle situation, la repr&#233;sentante du Canada aaffirm&#233; : &#171; [&#8230;] &lt;i&gt;Ce n'est pas seulement l'entreprise qu'on est en train de d&#233;fendre&lt;/i&gt;, [&#8230;] &lt;i&gt;on ne parle pas seulement d'une compagnie canadienne, on parle de milliers de Canadiens qui ont investi &#224; la bourse de Toronto&lt;/i&gt; [ce] &lt;i&gt;qui a donn&#233; finalement le financement, le capital, avec lequel peut op&#233;rer&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Glamis Gold ici au Guatemala.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;On a un devoir aussi de voir [&#224; ce] qu'ils ne perdent pas leurs investissements&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En terminant, il est pertinent de noter que tant les entreprises mini&#232;res canadiennes au Guatemala que l'ambassade du Canada, ainsi que le gouvernement guat&#233;malt&#232;que et ses forces d'intervention rapide, adh&#232;rent tous, sans exception, aux principes du d&#233;veloppement durable&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.paqg.org" class="spip_out"&gt;Projet accompagnement Qu&#233;bec-Guatemala&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marc Drouin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est chercheur &#224; l'Institut montr&#233;alais d'&#233;tudes sur le g&#233;nocide et les droits de la personne (MIGS) de l'Universit&#233; Concordia et est membre du Projet accompagnement Qu&#233;bec-Guatemala&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Pouvoir et disparition. Les camps de concentration en Argentine</title>
		<link>https://www.ababord.org/Pouvoir-et-disparition-Les-camps</link>
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		<dc:date>2008-07-31T02:06:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marc Drouin</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Drouin, Marc </dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pilar Calveiro, Pouvoir et disparition. Les camps de concentration en Argentine, traduit de l'espagnol par Isabelle Taudi&#232;re, pr&#233;face de Marina Franco et postface de Miguel Benasayag, Paris, La Fabrique, 2006. &lt;br class='autobr' /&gt; Les souterrains de la dictature argentine, 1976-1983 &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1976 les forces arm&#233;es prennent le pouvoir en Argentine en vue d'astreindre la soci&#233;t&#233; dans son ensemble &#224; un &#171; Processus de r&#233;organisation nationale &#187;. Selon le g&#233;n&#233;ral Jorge Rafael Videla, tout individu qui pr&#233;tendait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-20-ete-2007-" rel="directory"&gt;No 020 - &#233;t&#233; 2007&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Drouin-Marc-+" rel="tag"&gt;Drouin, Marc &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton493.jpg?1642092269' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;170&#034; height=&#034;170&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pilar Calveiro, &lt;i&gt;Pouvoir et disparition. Les camps de concentration en Argentine&lt;/i&gt;, traduit de l'espagnol par Isabelle Taudi&#232;re, pr&#233;face de Marina Franco et postface de Miguel Benasayag, Paris, La Fabrique, 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les souterrains de la dictature argentine, 1976-1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1976 les forces arm&#233;es prennent le pouvoir en Argentine en vue d'astreindre la soci&#233;t&#233; dans son ensemble &#224; un &#171; &lt;i&gt;Processus de r&#233;organisation nationale&lt;/i&gt; &#187;. Selon le g&#233;n&#233;ral Jorge Rafael Videla, tout individu qui pr&#233;tendait bouleverser les valeurs fondamentales de la soci&#233;t&#233;, &#171; &lt;i&gt;motiv&#233; par des id&#233;es contraires &#224; notre civilisation occidentale et chr&#233;tienne&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait un subversif, un terroriste. Pour purifier la soci&#233;t&#233; de ces &#233;l&#233;ments perturbateurs, 340 prisons clandestines ont &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;es dans onze des vingt-trois provinces du pays, la plupart dans les installations des trois armes militaires ou de la police. Une fois lanc&#233;, le m&#233;canisme de disparition pouvait broyer pratiquement n'importe qui : &#224; la fin 1976, on comptait un assassinat aux cinq heures, quinze enl&#232;vements par jour, entre 5000 et 6000 prisonniers politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de la politologue Pilar Calveiro, d'abord publi&#233;e en Argentine en 1998 et publi&#233;e en fran&#231;ais l'ann&#233;e derni&#232;re, est une partie seulement d'un m&#233;moire de ma&#238;trise r&#233;dig&#233; en 1995. Parmi les premi&#232;res &#224; tenter une th&#233;orisation des ann&#233;es terribles de la dictature argentine, l'auteure place les camps dont il est ici question, les disparitions forc&#233;es d'opposants au r&#233;gime et la torture dans un contexte proprement argentin. Car si la Doctrine de s&#233;curit&#233; nationale puise son inspiration id&#233;ologique &#224; Washington et &#224; Paris, ce sont des Argentins qui l'ont adapt&#233; aux particularit&#233;s de la tradition politique locale. En ce sens, le coup d'&#201;tat de 1976 s'inscrirait dans la continuit&#233; directe de pratiques r&#233;pressives ant&#233;rieures. Si la &#171; th&#233;orie des deux d&#233;mons &#187; voulait que le conflit argentin se limite aux seuls acteurs arm&#233;s, gu&#233;rilleros et militaires, tout en blanchissant le reste de la soci&#233;t&#233;, l'&#233;tude de Mme Calveiro a le grand m&#233;rite de mettre en cause cette interpr&#233;tation du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rescap&#233;e des camps et exil&#233; au Mexique depuis 1979, l'auteure laisse cependant t&#233;moigner d'autres survivantes et survivants dans son ouvrage afin de se concentrer sur l'explication nuanc&#233;e du fonctionnement d'un syst&#232;me politique brutal et abrutissant. Par la terreur, la soldatesque argentine aurait ainsi tent&#233; &#171; &lt;i&gt;de vider la soci&#233;t&#233; de tout ce qui d&#233;rangeait, annihilant ses forces vitales et interdisant une large gamme d'activit&#233;s, de la politique &#224; l'art&lt;/i&gt; &#187;. Les prisons clandestines constituaient &#171; &lt;i&gt;un dispositif d'absorption, de disparition et d'oubli. De l'int&#233;rieur, oubli de l'individu, oubli du monde ext&#233;rieur, de ses lois et de ses normes&lt;/i&gt; &#187;. Le pouvoir militaire tentait ensuite de faire dispara&#238;tre les prisons elles-m&#234;mes, en niant leur existence ainsi que celle des d&#233;tenus. Si les militaires argentins et leurs alli&#233;s pensaient faire oublier leurs crimes, l'ouvrage de Mme Calveiro est une pierre pos&#233;e adroitement sur la barricade &#233;rig&#233;e contre l'amn&#233;sie collective et l'impunit&#233;. Il t&#233;moigne, en m&#234;me temps, de la faillibilit&#233; d'un syst&#232;me qui se voulait omnipuissant et totalisant, laissant entrevoir la possibilit&#233; d'y r&#233;sister et de faire sanctionner les responsables d'actes criminels pos&#233;s au nom de la s&#233;curit&#233; nationale. Une le&#231;on qui serait applicable, sauf exception, &#224; l'&#233;chelle du continent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marc Drouin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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