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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Les sciences cubaines occult&#233;es</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Debora Pinheiro</dc:creator>


		<dc:subject>Recherche scientifique</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes</dc:subject>
		<dc:subject>Pinheiro, Debora</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; ceux et celles ayant l'habitude de jeter un coup d'&#339;il dans les capsules de science et techniques des journaux, de parcourir la page d'actualit&#233;s m&#233;dicales des hebdomadaires ou de feuilleter les mensuels de culture scientifique, le d&#233;fi est lanc&#233; : cherchez des nouvelles sur Cuba dans les archives de vos publications les plus famili&#232;res. Nada ? Allez donc sur Internet, dans les sites journalistiques sp&#233;cialis&#233;s en culture scientifique. Todavia nada ? &lt;br class='autobr' /&gt; Que le grand public de chez nous ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-11-oct-nov-2005-" rel="directory"&gt;No 011 - oct. / nov. 2005&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Recherche-scientifique-+" rel="tag"&gt;Recherche scientifique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Amerique-latine-et-Caraibes-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine et Cara&#239;bes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pinheiro-Debora-+" rel="tag"&gt;Pinheiro, Debora&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; ceux et celles ayant l'habitude de jeter un coup d'&#339;il dans les capsules de science et techniques des journaux, de parcourir la page d'actualit&#233;s m&#233;dicales des hebdomadaires ou de feuilleter les mensuels de culture scientifique, le d&#233;fi est lanc&#233; : cherchez des nouvelles sur Cuba dans les archives de vos publications les plus famili&#232;res. &lt;i&gt;Nada ?&lt;/i&gt; Allez donc sur Internet, dans les sites journalistiques sp&#233;cialis&#233;s en culture scientifique. &lt;i&gt;Todavia nada &lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que le grand public de chez nous ne lise aucune nouvelle scientifique provenant de Cuba, c'est tout &#224; fait normal, puisque la plupart des journalistes Nord-am&#233;ricains prend pour acquis que la production scientifique cubaine ne figure pas parmi les sujets d'actualit&#233; scientifique m&#233;ritant d'&#234;tre publi&#233;s. Derri&#232;re ce pr&#233;jug&#233;, une raison explique pourquoi Cuba est ray&#233;e des m&#233;dias de culture scientifique, voire des m&#233;dias en g&#233;n&#233;ral, en Am&#233;rique du Nord : le gouvernement &#233;tatsunien interdit formellement l'&#233;dition ou la publication de tout manuscrit scientifique provenant de l'Iran, de la Lybie, du Soudan et, bien s&#251;r, de Cuba. Une telle censure influence directement la teneur de la culture scientifique diffus&#233;e &#224; l'intention du grand public, notamment au Canada, o&#249; les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes et la plupart des v&#233;hicules de diffusion de culture scientifique se basent sur le contenu des revues scientifiques les plus importantes &#8211; qui sont &#233;tatsuniennes et britanniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'isolement &#233;conomique impos&#233; et les pressions exerc&#233;es contre Cuba emp&#234;chent les citoyens du reste du monde de b&#233;n&#233;ficier d'une production scientifique remarquablement profitable et irr&#233;futablement n&#233;cessaire, notamment dans le domaine de la m&#233;decine. Malgr&#233; sa position inflexible, le gouvernement &#233;tatsunien a &#233;t&#233; forc&#233;, &#224; plusieurs reprises, de reconna&#238;tre l'excellence de la production scientifique de l'&#238;le et d'avaler, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, des m&#233;dicaments incontournables mis au point par des chercheurs cubains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les m&#233;dias, les opinions quant au volet scientifique du blocus &#233;conomique contre Cuba sont mitig&#233;es parmi les &#233;diteurs &#233;tatsuniens. Les p&#233;riodiques du &lt;i&gt;Institute of Electrical and Electronics Engineers&lt;/i&gt; (IEEE), par exemple, ont arr&#234;t&#233; d'accepter des travaux des pays vis&#233;s par l'embargo. En revanche, des repr&#233;sentants importants du milieu scientifique &#233;tatsunien ont refus&#233; de donner suite &#224; l'embargo, comme l'&lt;i&gt;American Institute of Physics&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;American Physical Society&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;American Association for the Advancement of Science&lt;/i&gt; (AAAS), la plus grande organisation scientifique du monde qui publie la prestigieuse Science. Qu'on ne se leurre pas, cela ne signifie point un appui au choix de soci&#233;t&#233; des Cubains, mais une question d'int&#233;r&#234;t commercial : &lt;i&gt;science is money, oh yeah&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de plusieurs cat&#233;gories de producteurs et commer&#231;ants &#233;tatsuniens qui d&#233;plorent les pertes &#233;conomiques qu'ils subissent &#224; cause de l'embargo contre Cuba, des chercheurs et des &#233;diteurs du milieu scientifique constatent, &#224; leur tour, que le march&#233; culturel &#233;tatsunien perd, lui aussi, avec le blocus. Proclamant son refus cat&#233;gorique contre l'embargo, la revue Nature pr&#244;ne la recherche en collaboration comme un moyen de lier des nations dont les relations diplomatiques sont encore faibles. Politiquement corrects, les &#233;diteurs scientifiques &#233;tatsuniens ? Pas du tout : &#171; &lt;i&gt;Quand Castro mourra, Cuba affrontera une p&#233;riode de volatilit&#233; qui pourra mettre &#224; risque ses acquis nationaux. Afin de se pr&#233;parer &#224; ce jour-l&#224;, La Havane et Washington devraient agir tout de suite&lt;/i&gt; [...] &#187;, soutient un &#233;dito de Nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cause de budgets limit&#233;s et de toutes sortes de restrictions impos&#233;es par les &#201;tats-Unis, les collaborations internationales en mati&#232;re de recherche scientifique entre Cuba et d'autres pays sont d&#233;courageantes, mentionne le chercheur Rodolfo Stusser, dans un article publi&#233; dans le &lt;i&gt;British Medical Journal&lt;/i&gt;. Il propose la cr&#233;ation d'un r&#233;seau en ligne qui permettrait aux scientifiques cubains de collaborer avec leurs confr&#232;res &#233;tatsuniens, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; Internet, sans avoir &#224; quitter leur pays. &#171; &lt;i&gt;Ce serait une mani&#232;re de renforcer le patrimoine scientifique cubain et de permettre aux chercheurs &#233;tatsuniens de soutenir la recherche &#224; Cuba&lt;/i&gt; &#187;, sugg&#232;re-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; C'est un point de vue irr&#233;aliste, car m&#234;me si Internet est extr&#234;mement utile, que dire des &#233;quipements scientifiques, des solvants, des catalyseurs, des articles n&#233;cessaires pour le fonctionnement d'un labo ? On a besoin de beaucoup plus qu'Internet pour faire de la vraie recherche&lt;/i&gt; &#187;, tranche le chercheur cubain Jos&#233; Carlos Lorenzo, qui, malgr&#233; maintes difficult&#233;s, a mis au point un bio-r&#233;acteur permettant d'optimiser la production de canne &#224; sucre, dans le cadre de ses &#233;tudes &#224; l&#8216;Universidad de Ciego de Avila. C'est aussi sa r&#233;ponse aux critiques concernant le fait qu'&#224; Cuba les chercheurs doivent se contraindre aux recherches appliqu&#233;es, faute d'une plus grande libert&#233; d'expression permettant qu'ils fassent de la recherche de base. Mais la libert&#233; d'expression est une marchandise difficile &#224; trouver aussi au Nord, c'est un article rare dont les scientifiques &#233;tatsuniens sauraient difficilement faire don &#224; d'autres nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, outre les publications scientifiques d'Am&#233;rique Latine, des blogues, des sites acad&#233;miques latino-am&#233;ricains ainsi que les m&#233;dias latino-am&#233;ricains en g&#233;n&#233;ral s'av&#232;rent davantage attentifs &#224; la production scientifique de Cuba. Une tr&#232;s bonne source est le magazine &#233;lectronique &lt;i&gt;SciDev&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; par un consortium r&#233;unissant scientifiques et journalistes se donnant pour mission de rendre la production des pays en d&#233;veloppement accessible dans les quatre langues de l'Am&#233;rique, ainsi qu'en chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les m&#233;dias, d'autres instances peuvent &#233;galement aider &#224; sortir la science cubaine de l'isolement, comme les ONG ou des brigades scientifiques, en mettant sur pied des &#233;changes profitables pour tous ceux et celles qui travaillent v&#233;ritablement &#224; l'avancement du savoir et pour l'acc&#232;s de tous et toutes &#224; la culture. Un exemple d'une collaboration fructueuse entre Qu&#233;bec et Cuba en mati&#232;re de production scientifique est le travail des chercheurs Ren&#233; Roy, du D&#233;partement de chimie de l'Universit&#233; de Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, et Vincente Verez Bencomo, de l'Universit&#233; de La Havane, qui ont mis au point le premier vaccin synth&#233;tique contre la m&#233;ningite et la pneumonie &#224; l'intention des enfants de pays en d&#233;veloppement. Le g&#233;n&#233;ticiste et communicateur scientifique David Suzuki donne, lui aussi, un exemple aux vulgarisateurs qui boudent Cuba. En juillet dernier, il a particip&#233; &#224; une rencontre en environnement &#224; la Havane, o&#249; il a pr&#233;sent&#233; des conf&#233;rences sur la guerre m&#233;diatique et le n&#233;olib&#233;ralisme, entre autres th&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez nous, les r&#232;gles de l'art journalistique continuent &#224; consid&#233;rer que Cuba ne peut &#234;tre abord&#233;e que sous l'angle de la conception &lt;i&gt;bushienne&lt;/i&gt; de la d&#233;mocratie : un r&#233;gime pliable, portable et facile &#224; installer dans n'importe quel pays servant (de force ou de connivence) les int&#233;r&#234;ts du gouvernement &#233;tatsunien. Qui couvrirait la science cubaine, de toute mani&#232;re, si la culture scientifique que l'on lit dans les m&#233;dias rel&#232;ve plus du divertissement que de l'information d'int&#233;r&#234;t public ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.scidev.net&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.scidev.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;bora Pinheiro&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>On s'assoit dans le si&#232;ge arri&#232;re et on mange un char...</title>
		<link>https://www.ababord.org/On-s-assoit-dans-le-siege-arriere</link>
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		<dc:date>2008-07-28T18:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Debora Pinheiro</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
		<dc:subject>Logement, transports et &#233;cologie urbaine</dc:subject>
		<dc:subject>Pinheiro, Debora</dc:subject>
		<dc:subject>Consommation, marchandisation et pub</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comme le rappelle Quentin Wilson, le c&#233;l&#232;bre chroniqueur automobile britannique, parmi tous les symboles mat&#233;riels de la soci&#233;t&#233; industrielle fixant notre valeur et notre statut, l'automobile demeure le plus puissant. Ma&#238;tre de soi-m&#234;me, on peut apparemment aller l&#224; o&#249; on veut, quand on veut, avec qui on veut, en empruntant les sentiers battus que l'on veut. N&#233;e sous le signe de la libert&#233; et de l'autonomie, l'automobile s'est greff&#233;e, tel un p&#233;riph&#233;rique, &#224; un nouveau mod&#232;le d'homme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Transports-ecologie-et-" rel="directory"&gt;Dossier : Transports, &#233;cologie et changement social&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Capitalisme-et-neoliberalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Logement-transports-et-ecologie-+" rel="tag"&gt;Logement, transports et &#233;cologie urbaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Pinheiro-Debora-+" rel="tag"&gt;Pinheiro, Debora&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Consommation-marchandisation-et-+" rel="tag"&gt;Consommation, marchandisation et pub&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton427.jpg?1642092268' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;340&#034; height=&#034;171&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme le rappelle Quentin Wilson, le c&#233;l&#232;bre chroniqueur automobile britannique, parmi tous les symboles mat&#233;riels de la soci&#233;t&#233; industrielle fixant notre valeur et notre statut, l'automobile demeure le plus puissant. Ma&#238;tre de soi-m&#234;me, on peut apparemment aller l&#224; o&#249; on veut, quand on veut, avec qui on veut, en empruntant les sentiers battus que l'on veut. N&#233;e sous le signe de la libert&#233; et de l'autonomie, l'automobile s'est greff&#233;e, tel un p&#233;riph&#233;rique, &#224; un nouveau mod&#232;le d'homme (excusez, mesdames, mais le f&#233;minin n'est pas utilis&#233; ici expr&#232;s).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si vous d&#233;sirez une image de l'avenir, imaginez une botte pi&#233;tinant un visage humain... &#233;ternellement&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; George Orwell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, la prouesse de conqu&#233;rir l'espace-temps a un prix : se faire engloutir par la technologie qui, &#224; son tour, est engloutie par l'id&#233;ologie du profit. &#192; ce point-ci de sa qu&#234;te de se transporter plus loin et plus vite, le primate qui a voulu marcher debout se place, pour le moment, dans une position &#233;crasante : celle de la libert&#233; conditionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Op&#233;ration nettoyage : &#224; bas le transport collectif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, toutes les villes industrialis&#233;es d'importance &#233;taient dot&#233;es d'une technologie de transport urbain &#224; la fois moderne et adapt&#233;e &#224; la vie urbaine, le tramway en surface et, pour les tr&#232;s grandes villes, le m&#233;tro souterrain. Richard Bergeron, auteur du &lt;i&gt;Livre noir de l'automobile&lt;/i&gt;, raconte que, devant cet avenir bouch&#233; de l'automobile, Alfred P. Sloan, PDG de General Motors (GM) d&#233;cr&#233;ta : &#171; &lt;i&gt;Inventons la ville de l'auto !&lt;/i&gt; &#187;. Plus encore : &#171; &lt;i&gt;Faisons dispara&#238;tre le tramway !&lt;/i&gt; &#187; Pour ce faire, aux &#201;tats-Unis, o&#249; 1 200 soci&#233;t&#233;s de transport de tramway d&#233;tenaient 44 000 voies, employaient 300 000 personnes et transportaient annuellement 14 milliards de passagers, GM a trouv&#233; le talon d'Achille de ces soci&#233;t&#233;s de transport collectif, pour ensuite les d&#233;manteler facilement. &#171; &lt;i&gt;Les analystes &#224; la solde de GM d&#233;couvrirent que les propri&#233;taires de ces r&#233;seaux, les soci&#233;t&#233;s productrices d'&#233;nergie &#233;lectrique, se servaient de leurs soci&#233;t&#233;s de tramway, peu rentables, pour compenser les profits g&#233;n&#233;r&#233;s par la vente d'&#233;nergie et ainsi ne pas payer d'imp&#244;t&lt;/i&gt; &#187;, explique Richard Bergeron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 30, GM d&#233;non&#231;a la manoeuvre au Congr&#232;s, en chiffrant l'&#233;tendue des pertes fiscales par l'&#201;tat. Lorsque le gouvernement eut interdit aux compagnies productrices d'&#233;nergie d'&#234;tre propri&#233;taires de soci&#233;t&#233;s de tramway, GM a achet&#233; ces r&#233;seaux et, en peu de temps, plus de 100 r&#233;seaux de tramway furent d&#233;mantel&#233;s dans 45 villes &#233;tatsuniennes. Histoire de faire les choses correctement, &#171; &lt;i&gt;en avril 1949, un jury f&#233;d&#233;ral d&#233;clara GM coupable d'avoir complot&#233; avec Standard Oil et Firestone Tire, lui imposant une modeste amende de 5 000 $ US, et &#224; son tr&#233;sorier un dollar d'amende&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Bergeron. Par le biais de tactiques similaires, GM et d'autres compagnies ont balay&#233; des r&#233;seaux de transport collectif dans d'autres pays. Aujourd'hui, note le math&#233;maticien et militant anti-apartheid Josea Jaffe, l'industrie des v&#233;hicules motoris&#233;s est la plus grande du mode de production capitaliste moderne et la valeur totale mondiale des automobiles &#233;quivaut &#224; environ 30 % du produit national net mondial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui se meut par soi-m&#234;me ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la IIe Guerre mondiale, l'automobile s'int&#232;gre &#224; la consommation massive dans les pays industrialis&#233;s. &#192; cette &#233;poque, on assiste, sur le si&#232;ge du passager, au d&#233;clin du transport en commun et &#224; une popularisation de la voiture. Pour elle, les villes se transforment, les coutumes se r&#233;inventent, le corps se plie, l'&#233;conomie se restructure, les valeurs se troublent. Le Syndicat des travailleurs allemands sous le gouvernement de Hitler transforme des &lt;i&gt;Coccinelles&lt;/i&gt; en un instrument de &#171; lib&#233;ration &#187; (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;) capable de rendre &#171; la force par la joie &#187; (&#034;&lt;i&gt;Kraft durch Freunde&lt;/i&gt;&#034;, le slogan de la voiture du peuple). Roland Barthes regarde une Citro&#235;n DS Cabriolet et y voit une cath&#233;drale gothique. Le char se d&#233;colle du cr&#233;ateur et se personnifie, devenant papamobile, batmobile, la coccinelle toute &#233;quip&#233;e de Disney.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenant toute la place qu'on lui accorde, autant sur la route que dans l'id&#233;ologie, elle a accept&#233; le mandat d'&#244;ter du chemin de l'homme tout projet collectif. L'automobile individuelle devient, enfin, le v&#233;hicule par excellence des valeurs les plus profondes du syst&#232;me capitaliste. Cette actualisation de la voiture dans l'espace-temps de l'&#233;conomie du gaspillage se fait progressivement, au fur et &#224; mesure que l'&#232;re industrielle pr&#233;pare le terrain pour l'&#232;re de la consommation massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'elle soit vendue &#224; grande &#233;chelle &#8211; il y aurait, selon Josea Jaffre, environ 550 millions d'automobiles dans le monde &#8211;, la voiture demeure un symbole de r&#233;ussite et la diversit&#233; de mod&#232;les se charge de traduire avec minutie les clivages socio-&#233;conomiques. Chose certaine, ne pas avoir de voiture est un signe de marginalit&#233; &#8211; voulue ou impos&#233;e. Un travailleur de classe moyenne a au moins une voiture chez lui, si on s'attarde aux param&#232;tres des pays industrialis&#233;s. Comme l'a annonc&#233; Adam Smith, on s'est rendu &#224; l'opulence universelle, o&#249; la surconsommation peut s'&#233;tendre aux plus basses classes de la soci&#233;t&#233; &#8211; si on fait abstraction de la moiti&#233; de la plan&#232;te qui sombre dans la pauvret&#233; extr&#234;me et qui ne compte pas, au bout du compte, puisque ce ne sont pas des consommateurs. &#192; qui pourra s'y int&#233;resser, Hosea Jaffe d&#233;crit dans &lt;i&gt;Automobile, p&#233;trole, imp&#233;rialisme&lt;/i&gt; le sc&#233;nario qui convertit les travailleurs du Tiers monde et les ressources p&#233;troli&#232;res en socle de d'industrie automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question qui a autrefois intrigu&#233; Adam Smith, incertain au sujet du caract&#232;re limit&#233; ou infini des besoins humains, on a trouv&#233; la r&#233;ponse d&#232;s qu'on a r&#233;ussi &#224; faire exploser la capacit&#233; de production tout en instaurant une consommation de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;marrer et acc&#233;l&#233;rer cette strat&#233;gie, mise en branle &#224; la suite de la guerre de 39-45, l'automobile a fonctionn&#233; &#224; la merveille. &#171; &lt;i&gt; C'est d'abord la diffusion plus large de la voiture qui permet au mod&#232;le r&#233;sidentiel de la banlieue pavillonnaire, si fortement consommateur de biens durables, autant que non durables (ce qui inclut les r&#233;seaux routiers et autoroutiers) de s'imposer&lt;/i&gt; &#187;, remarque Richard Bergeron. L'av&#232;nement de la voiture con&#231;ue pour &#234;tre obsol&#232;te prouve que la croissance infinie des besoins n'est pas que quantitative, mais aussi qualitative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bergeron rappelle que l'un des moyens les plus efficaces pour inciter &#224; la surconsommation qui s'est ancr&#233;e dans notre mode de fonctionnement actuel fut de sortir les femmes des usines o&#249;, durant la guerre, elles s'&#233;taient montr&#233;es aussi comp&#233;tentes que les hommes qu'elles rempla&#231;aient. C'est l&#224; le point de d&#233;part de la p&#233;riode du &lt;i&gt;baby boom&lt;/i&gt;. Quelques ann&#233;es plus tard, on roulerait dans le sens inverse, la strat&#233;gie &#233;tant plut&#244;t de capitaliser sur l'&#233;miettement du noyau familial et la dissolution de toute forme de collectivit&#233;. Aujourd'hui, les femmes du meilleur des mondes ne font gu&#232;re de b&#233;b&#233;s mais, tout comme les hommes, elles deviennent gaga devant une bagnole. C'est pourquoi au cours des premi&#232;res ann&#233;es du XXIe si&#232;cle, le nombre d'automobiles construites annuellement &#224; l'&#233;chelle mondiale d&#233;passe le nombre de nouveaux-n&#233;s... Revenues au march&#233; de travail, les femmes int&#233;gr&#233;es &#224; la globalisation s'assument reproductrices, porteuses et nourrices du syst&#232;me de consommation, ber&#231;ant, elles aussi, le r&#234;ve en acier, revu et actualis&#233;. Les publicit&#233;s de voitures capitalisent sur l'affirmation de la femme, misant sur l'id&#233;al de libert&#233;, d'ind&#233;pendance et de leadership sous une perspective sexiste du consommateur femelle. On s'habitue, qu'on soit homme, femme ou transsexuel, &#224; changer de voiture pour des raisons esth&#233;tiques, pour avoir plus d'accessoires, pour se payer des petits plaisirs optionnels &#8211; et, pour reprendre un c&#233;l&#232;bre clich&#233;, pour voir augmenter son phallus, au moins sur le plan symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La motocyclette se place dans la m&#234;me logique, commercialisant l'image rebelle de Marlon Brando et de James Dean, ainsi que d'autres ic&#244;nes des mouvements de contestation chez les jeunes : &lt;i&gt;beatnicks, easyriders et hippies&lt;/i&gt;, entre autres. Tout rentre dans ce porte-bagages id&#233;ologique, y compris l'anti-conformisme, puisque la culture de consommation t&#226;che d'&#233;changer les pi&#232;ces, raccommoder les options et revendre le tout, quoi qu'en soit le contenu original, incluant les id&#233;aux qui s'opposent &#224; l'individualisme. Quant aux freins, &#171; &lt;i&gt;ils ne servent &#224; rien, sinon &#224; vous ralentir&lt;/i&gt; &#187;, disait l'automobiliste Tazio Nuvolari, celui que Ferdinand Porsche appelait &#171; &lt;i&gt; le plus grand coureur d'hier, d'aujourd'hui et de demain&lt;/i&gt; &#187;. Le concept de vitesse s'est aussi coll&#233; &#224; l'homme post-industriel, transformant la course automobile en sport, fusionnant le corps &#224; la machine et invitant l'humain &#224; s'ali&#233;ner du reste du monde dans son cockpit. Int&#233;gr&#233; &#224; la voiture comme une pi&#232;ce amovible, on apprend, &#224; l'instar de l'automobiliste qui s'appr&#234;te &#224; d&#233;passer les limites de la technologie et de soi-m&#234;me, &#224; transformer la carcasse m&#233;tallique en peau d'athl&#232;te&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;bora Pinheiro&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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