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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Le Nous militant</title>
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		<dc:date>2017-07-14T19:06:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On peut se lamenter. L'oligarchie financi&#232;re domine les &#201;tats et leur impose sa soif d'accumulation compulsive. Le p&#233;trole demeure la source premi&#232;re d'&#233;nergie, malgr&#233; son impact &#233;cologique destructeur. Une partie non n&#233;gligeable de la population mondiale ne mange pas &#224; sa faim. L'in&#233;galit&#233; entre humains se renforce. La majorit&#233; des humains ne jouissent pas d'une pleine libert&#233;. La moiti&#233; de l'humanit&#233; continue de dominer l'autre moiti&#233;. Des guerres sans queue ni t&#234;te d&#233;ciment des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Changer-le-monde-Ou-allons-" rel="directory"&gt;Dossier : Changer le monde - O&#249; allons-nous ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On peut se lamenter. L'oligarchie financi&#232;re domine les &#201;tats et leur impose sa soif d'accumulation compulsive. Le p&#233;trole demeure la source premi&#232;re d'&#233;nergie, malgr&#233; son impact &#233;cologique destructeur. Une partie non n&#233;gligeable de la population mondiale ne mange pas &#224; sa faim. L'in&#233;galit&#233; entre humains se renforce. La majorit&#233; des humains ne jouissent pas d'une pleine libert&#233;. La moiti&#233; de l'humanit&#233; continue de dominer l'autre moiti&#233;. Des guerres sans queue ni t&#234;te d&#233;ciment des populations civiles et les contraignent &#224; l'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces constats sont incontournables, mais mortif&#232;res (ils r&#233;duisent le citoyen &#224; l'&#233;tat de spectateur r&#233;sign&#233; et morose) et partiaux (ils gomment les r&#233;sistances militantes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'encontre de cette r&#233;signation, le film &lt;i&gt;Demain&lt;/i&gt; de M&#233;lanie Laurent et de Cyril Dion d&#233;crit de fa&#231;on lumineuse comment des individus engag&#233;s dans des milliers de communaut&#233;s &#339;uvrent concr&#232;tement &#224; changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Demain&lt;/i&gt; n'a pas de r&#233;ponses &#224; tout ce qui va mal. Mais, &#224; tous ceux et celles qui refusent la r&#233;signation, il sugg&#232;re des actions mobilisatrices. Comme le veut l'expression, le film oppose au pessimisme de la raison, l'optimisme de la volont&#233;. En laissant de c&#244;t&#233; les discours catastrophistes et moralisateurs, il mise sur la puissance &#233;vocatrice de celles et ceux qui, d&#233;j&#224;, transforment le monde. Car le plaisir est dans la lutte contre l'inacceptable. La joie est dans la participation &#224; un nous militant, o&#249; l'on brise l'isolement, r&#233;partit le labeur et savoure les victoires &#224; leur juste valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonheur est dans l'espoir de changer le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un syst&#232;me de pratiques antid&#233;mocratiques r&#233;v&#233;l&#233;</title>
		<link>https://www.ababord.org/Un-systeme-de-pratiques-antidemocratiques-revele</link>
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		<dc:date>2016-10-29T18:23:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le rapport de la Commission Charbonneau n'invite pas &#224; la lecture : la brique compte 1 741 pages et l'absence d'une pagination unique et d'un index rend sa consultation diffi&#173;cile. J'aurais aim&#233; que la Commission fasse preuve, par souci d&#233;mocratique, d'un minimum de p&#233;dagogie dans la pr&#233;sentation de son rapport final. &lt;br class='autobr' /&gt; La Commission n'a pas nomm&#233; de coupables. Elle craignait d'&#234;tre poursuivie par les accus&#233;&#183;e&#183;s comme l'a &#233;t&#233; la Commission Gomery. Devant la cour, l'accus&#233; est innocent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-63-fevrier-mars-2016-" rel="directory"&gt;No 063 - f&#233;vrier / mars 2016&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2279.png?1642092184' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;625&#034; height=&#034;607&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le rapport de la Commission Charbonneau n'invite pas &#224; la lecture : la brique compte 1 741 pages et l'absence d'une pagination unique et d'un index rend sa consultation diffi&#173;cile. J'aurais aim&#233; que la Commission fasse preuve, par souci d&#233;mocratique, d'un minimum de p&#233;dagogie dans la pr&#233;sentation de son rapport final.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Commission n'a pas nomm&#233; de coupables. Elle craignait d'&#234;tre poursuivie par les accus&#233;&#183;e&#183;s comme l'a &#233;t&#233; la Commission Gomery. Devant la cour, l'accus&#233; est innocent jusqu'&#224; la preuve du contraire. Le premier ministre Jean Chr&#233;tien a ainsi &#233;t&#233; lav&#233; de tout bl&#226;me : on n'a pu prouver hors de tout doute qu'il ait su le magouillage qui se produisait sous son r&#232;gne. Dans le rapport Charbonneau, cette impunit&#233; a &#233;t&#233; renforc&#233;e par le commissaire Renaud Lachance, cet ancien v&#233;ri&#173;ficateur g&#233;n&#233;ral qui n'avait rien vu de r&#233;pr&#233;hensible de 2004 &#224; 2009 dans les relations entre le PLQ et des dirigeant&#183;e&#183;s d'entreprises. En affirmant, contrairement &#224; madame Charbonneau, qu'il n'y a aucun lien, m&#234;me indirect, entre le finan&#173;cement des partis et l'obtention des contrats, il sous-entend qu'il n'a rien vu lorsqu'il &#233;tait v&#233;rificateur g&#233;n&#233;ral parce qu'il n'y avait rien &#224; y voir. Sa dissidence a plu aux porte-parole du PLQ et du PQ qui ont alors plastronn&#233; : nous avons respect&#233; la loi et sommes innocents ! Mais, je ne suis gu&#232;re certain qu'ils aient convaincu bien des citoyen&#183;ne&#183;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Commission ne bl&#226;me personne, elle trace le portrait d'un vaste syst&#232;me de collusion et de corruption qui reposait sur l'aphorisme suivant : tout le monde le fait, fais-le donc. Il est scandaleux, mais non &#233;tonnant que, sauf exception, les participant&#183;e&#183;s &#224; cette filouterie ne se sentent pas responsables de leurs actions. Dans les paragraphes suivants, le financement des partis et la sous-traitance me permettront d'illustrer le fonctionnement de ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le financement des partis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de Ren&#233; L&#233;vesque avait fait voter une loi en 1977 qui limitait le financement des partis par l'entreprise priv&#233;e. Le Parti lib&#233;ral du Qu&#233;bec a contourn&#233; cette loi en instituant la pratique du pr&#234;te-nom : les individus finan&#231;aient le PLQ et &#233;taient par la suite rembours&#233;s par l'entreprise pour laquelle ils travaillaient. Le PQ post-L&#233;vesque, au lieu de d&#233;fendre l'esprit d&#233;mocratique de cette loi, a sing&#233; lamentablement son adversaire lib&#233;ral. Or, le financement des partis par l'entreprise priv&#233;e, largement r&#233;pan&#173;du dans le monde et sanctifi&#233; aux &#201;tats-Unis, demeure une institution antid&#233;mocratique, accordant aux riches un pouvoir d'influence consid&#233;rable au d&#233;tri&#173;ment de celui du simple citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sous-traitance et pantouflage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990, l'&#201;tat fait de plus en plus appel &#224; la sous-traitance, ses porte-parole arguant qu'elle entra&#238;ne des &#233;conomies, car l'entre&#173;prise priv&#233;e serait plus efficiente et producti&#173;ve que l'&#201;tat. Or, cette th&#232;se ne repose sur aucune &#233;tude s&#233;rieuse. Au contraire, la seule &#233;tude men&#233;e par un comit&#233; du minist&#232;re des Transports et publi&#233;e en d&#233;cembre 2006 d&#233;montrait, comme d'autres &#233;tudes men&#233;es hors du Qu&#233;bec, que la sous-traitance augmente les co&#251;ts d&#233;fray&#233;s par l'&#201;tat. De plus, la sous-traitance, entra&#238;&#173;nant la diminution des sp&#233;cialistes au service de l'&#201;tat, r&#233;duit l'expertise gouvernementale et sa capacit&#233; de surveiller les sous-traitants. Les politicien&#183;ne&#183;s et les hautes sph&#232;res de l'administration publique, immer&#173;g&#233;s dans l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale, croient pourtant se fonder sur des faits&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique n&#233;olib&#233;rale de sous-traitance est compl&#233;t&#233;e, selon la Commission Charbonneau, par une politique de pantouflage : des sous-ministres prennent leur retraite et vont travailler dans le secteur priv&#233;, renfor&#231;ant ainsi le pouvoir des sous-traitants face &#224; l'&#201;tat. (La commission ne mentionne pas le cas de pantouflage de Couillard qui, ministre de la Sant&#233; sous le gouvernement Charest, n&#233;gocie son passage au priv&#233; alors qu'il est toujours ministre. Qui croit que Couillard deviendra un critique du pantouflage ?)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;mocratisation de l'&#201;tat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat et la s&#233;paration de la soci&#233;t&#233; entre riches et pauvres sont n&#233;s ensemble et demeurent ins&#233;parables. La corruption du premier par les puissances &#233;conomiques est un fait historique. Des mouvements sociaux peuvent remettre en question cette corruption et la limiter, mais pour un temps seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il pour cela se r&#233;signer ? Je ne le crois pas. La d&#233;mocratie, cette limitation du pouvoir de l'oligarchie, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par les travailleurs&#183;euses. La libert&#233; de pens&#233;e, d'expression, de manifes&#173;tation, d'association et de vote est une conqu&#234;te d&#233;mocratique jamais d&#233;finitive. La possibilit&#233; de se d&#233;barrasser d'un gouvernement tous les quatre ans n'est pas non plus n&#233;gligeable. Je ne suis pas le seul &#224; avoir f&#234;t&#233; la chute du gouvernement Harper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission pr&#233;sente 60 recommandations. Aucune n'est &#224; n&#233;gliger. Mais j'en retiens deux. Premi&#232;rement, la cr&#233;ation d'une Autorit&#233; autonome des march&#233;s publics pour surveiller les processus d'octroi et de gestion des contrats publics. Si je ne m'abuse, une AMP a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e &#224; New York. Elle a permis de r&#233;duire de fa&#231;on appr&#233;&#173;ciable la corruption. Deuxi&#232;mement, l'adoption d'une loi qui prot&#233;gerait les lanceurs d'alerte, le plus souvent des travailleurs&#183;euses au sein d'insti&#173;tutions publiques, contre des mesures de repr&#233;sailles, peu importe l'instance &#224; laquelle ils s'adressent. Mais aucune recommandation ne sera appliqu&#233;e dans son int&#233;gralit&#233; si ne se d&#233;veloppe pas une mobilisation citoyenne pour la d&#233;mocratie et contre la corruption.&#8200;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Mathieu Chartrand&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#201;tat, les moeurs et la morale</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-Etat-les-moeurs-et-la-morale</link>
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		<dc:date>2015-06-10T00:54:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La philosophie morale de Ruwen Ogien, complexe et pleine de subtilit&#233;s, ne m'a pas laiss&#233; indiff&#233;rent. Au contraire, provocante, elle m'a profond&#233;ment questionn&#233;. Vous ne trouverez pas toutefois ici une synth&#232;se analytique de sa pens&#233;e d&#233;velopp&#233;e dans de multiples ouvrages. J'utilise trois de ses livres (L'&#233;thique aujourd'hui, La guerre aux pauvres commence &#224; l'&#233;cole et L'&#201;tat nous rend-il meilleurs ?) pour clarifier et pr&#233;ciser les rapports que j'entrevois entre &#201;tat, m&#339;urs et morale. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-56-oct-nov-2014-" rel="directory"&gt;No 056 - oct. / nov. 2014&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Piotte-Jean-Marc-+" rel="tag"&gt;Piotte, Jean-Marc &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2016.png?1642092166' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;547&#034; height=&#034;275&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La philosophie morale de Ruwen Ogien, complexe et pleine de subtilit&#233;s, ne m'a pas laiss&#233; indiff&#233;rent. Au contraire, provocante, elle m'a profond&#233;ment questionn&#233;. Vous ne trouverez pas toutefois ici une synth&#232;se analytique de sa pens&#233;e d&#233;velopp&#233;e dans de multiples ouvrages. J'utilise trois de ses livres (&lt;i&gt;L'&#233;thique aujourd'hui, La guerre aux pauvres commence &#224; l'&#233;cole&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'&#201;tat nous rend-il meilleurs ?&lt;/i&gt;) pour clarifier et pr&#233;ciser les rapports que j'entrevois entre &#201;tat, m&#339;urs et morale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques d&#233;finitions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat : pouvoir politique qui, en plus de d&#233;fendre sa place dans l'ordre international, cherche &#224; maintenir l'ordre social, en reproduisant les rapports de force in&#233;gaux entre classes sociales, entre hommes et femmes, entre urbains et ruraux, entre communaut&#233;s ethniques et entre r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat, comme nous l'enseigne Gramsci, repose sur un m&#233;lange de coercition et de consentement. Moins l'&#201;tat re&#231;oit l'appui de la population, plus il utilise les moyens r&#233;pressifs. L'&#201;tat qui ne s'appuie que sur la r&#233;pression est &#224; la fois un &#201;tat dictatorial et un &#201;tat en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat que l'on qualifie aujourd'hui de d&#233;mocratique ne repr&#233;sente pas le peuple. Il est domin&#233; par les ma&#238;tres de l'&#233;conomie qui d&#233;terminent ses marges de man&#339;uvre. Ce pouvoir politique de l'oligarchie est cependant limit&#233; parce que la d&#233;mocratie rend heureusement possible, &#224; travers la libert&#233; d'expression et d'organisation dont b&#233;n&#233;ficient diff&#233;rents acteurs sociaux, une plus grande influence des forces sociales subordonn&#233;es sur le fonctionnement de l'&#201;tat. Pour reprendre la formulation de Jacques Ranci&#232;re, &#171; &lt;i&gt;les &#201;tats d&#233;mocratiques sont des &#201;tats de droit oligarchiques, c'est-&#224;-dire [&#8230;] des &#201;tats o&#249; le pouvoir oligarchique est limit&#233; par la double reconnaissance de la souverainet&#233; populaire et des libert&#233;s individuelles&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Haine de la d&#233;mocratie, Paris, La Fabrique, 2005, p. 81.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#339;urs quant &#224; elles d&#233;signent des habitudes de vie et des comportements sanctionn&#233;s par des coutumes et jug&#233;s acceptables dans une soci&#233;t&#233;. Pour Montesquieu, les lois d&#233;pendent des m&#339;urs et, si elles peuvent contribuer &#224; former ces derni&#232;res, le pouvoir l&#233;gislatif qui voudrait les transformer serait tyrannique. Pourtant, dans le monde contemporain, des lois ont l&#233;galis&#233; ce qui &#233;tait condamn&#233; par la majorit&#233; des citoyen&#183;ne&#183;s et ont, dans un relatif court temps, concouru &#224; modifier le jugement de celle-ci. Ainsi, Pierre-Elliott Trudeau, ministre de la Justice sous le gouvernement lib&#233;ral de Pearson, fit adopter en 1969 par la Chambre des Communes une loi &#171; omnibus &#187; dont un des articles d&#233;criminalisait l'acte homosexuel. Cette loi, qui contrevenait &#224; ce que pensait la majorit&#233; de la population, contribua fortement &#224; marginaliser l'homophobie de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morale ou l'&#233;thique distingue le bien du mal. &#192; l'instar d'Ogien, je traite ces deux termes comme des synonymes, et je renvoie &#224; son ouvrage L'&#233;thique aujourd'hui ceux et celles qui veulent comprendre les diff&#233;rentes approches philosophiques de la morale (utilitariste, d&#233;ontologique, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'&#201;tat et aux m&#339;urs, Ogien pr&#233;conise une morale minimale se limitant &#224; &#233;viter de nuire d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#224; autrui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;thique minimale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Libertaire, Ogien combat la droite morale qui, afflig&#233;e par l'effondrement d'un certain ordre moral, d&#233;fend &#171; &lt;i&gt;le go&#251;t de l'effort, le sens de la hi&#233;rarchie, le respect de la discipline, le contr&#244;le des d&#233;sirs, la fid&#233;lit&#233; aux traditions, l'identification &#224; la communaut&#233; nationale, et la valorisation de la famille &#171; naturelle &#187; et h&#233;t&#233;rosexuelle&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;tat nous rend-il meilleurs ?, Folio, 2013, p.12&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morale libertaire de l'auteur s'av&#232;re, au contraire, &#171; &lt;i&gt;extr&#234;mement positive pour tout ce qui concerne les relations sexuelles ou autres entre adultes consentants, et elle admet pratiquement sans aucune r&#233;serve la libert&#233; de disposer de son propre corps et de sa propre vie (qui inclut celle de changer de forme ext&#233;rieure ou de sexe, de mettre ses capacit&#233;s de procr&#233;er ou de donner du plaisir &#224; la disposition d'autrui contre r&#233;tribution, de se nuire &#224; soi-m&#234;me en se suicidant ou en utilisant des drogues de toutes sortes, etc.)&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 28. Le chapitre 10 de L'&#233;thique aujourd'hui (Folio, 2007, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage globalement ces positions d'Ogien. Je combats les m&#339;urs et les politiques qui veulent r&#233;gir les relations sexuelles, quelle que soit leur nature, entre adultes consentants. Et, pour des raisons plus politiques que morales, je m'oppose &#224; toutes les mesures &#233;tatiques interdisant l'alcool, le jeu, la drogue ou la prostitution, car comme l'exp&#233;rience l'a d&#233;montr&#233;, elles ouvrent in&#233;vitablement la porte aux organisations mafieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogien oppose cette &#233;thique minimale, qui proscrit de nuire intentionnellement &#224; autrui, &#224; une &#233;thique maximaliste dans laquelle l'&#201;tat d&#233;finirait ce qu'est le sens de la vie ou ce qu'est la vie bonne. Je partage &#233;galement cette position. Il appartient &#224; chaque individu de d&#233;finir ce qu'est le sens de sa vie et la voie de son bonheur, tandis que l'&#201;tat doit faciliter la vie commune d'individus qui n'apportent pas n&#233;cessairement les m&#234;mes r&#233;ponses aux questions existentielles fondamentales. L&#224; s'arr&#234;te mon accord avec ce philosophe. Je n'adh&#232;re pas &#224; sa morale de l'intention ni &#224; sa conception d'un &#201;tat moralement minimal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'intention&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ogien reconna&#238;t que certains actes peuvent affecter indirectement autrui, mais n'&#233;tant pas intentionnels, il tend &#224; les absoudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fumeur, par exemple, ne d&#233;sire pas intentionnellement endommager sa sant&#233; ou celle d'autrui, mais c'est probablement ce qui va arriver. De m&#234;me le joueur compulsif ou le drogu&#233; peut r&#233;duire sa famille &#224; la pauvret&#233;, m&#234;me si ce n'est pas son objectif. Le fumeur, le drogu&#233; et le joueur compulsif connaissent plus ou moins clairement les cons&#233;quences de leur agir. Mais ils ne veulent ou ne peuvent en assumer la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ne se sentent pas coupables des dommages collat&#233;raux sur les civils engendr&#233;s par les drones de combat. Mais les dommages collat&#233;raux, cr&#233;&#233;s par l'individu ou par l'&#201;tat, devraient, me semble-t-il, &#234;tre moralement condamn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat doit-il n&#233;cessairement r&#233;primer ces actes ? Je ne le pense pas. Sans l'interdire, l'&#201;tat a limit&#233; l'usage du tabac dans les lieux publics et a accru sa taxation afin de le rendre moins accessible. Cette politique a r&#233;duit le nombre de fumeurs au b&#233;n&#233;fice de la sant&#233; de tous et toutes. L'&#201;tat, par contre, a interdit les drogues. Cela a ouvert la porte aux organisations mafieuses, sans faire diminuer de fa&#231;on appr&#233;ciable le nombre de drogu&#233;s. Afin de limiter la puissance mafieuse, Loto-Qu&#233;bec, soci&#233;t&#233; d'&#201;tat, exerce un monopole sur les jeux de hasard et d'argent au Qu&#233;bec. Mais des citoyen&#183;ne&#183;s condamnent avec raison ses campagnes de publicit&#233; qui, tout en augmentant les dividendes vers&#233;s &#224; l'&#201;tat, accroissent le nombre de joueurs compulsifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;tudier cas par cas ce que l'&#201;tat peut faire et ce qu'il ne doit pas faire. Il n'y a pas ici de principes universels applicables &#224; toutes les situations. Mais il me semble &#233;vident que les actes qui entra&#238;nent des dommages collat&#233;raux sont immoraux, que l'&#201;tat intervienne ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morale minimaliste du libertaire Ogien rejoint celle des libertariens : la libert&#233; de l'individu transcende toute autre valeur. Pourtant, notre auteur d&#233;fend les politiques publiques de sant&#233;, d'&#233;ducation et de protection des travailleurs, tandis que les libertariens les condamnent au nom de la m&#234;me valeur transcendante de la libert&#233;. Comment expliquer ce paradoxe ? Je crois qu'il rel&#232;ve de sa d&#233;finition de l'ennemi &#224; combattre et de sa conception de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ennemi &#224; combattre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'adversaire que combat le philosophe Ogien est la droite morale. Je n'ai aucune sympathie pour cette droite, mais il me semble que la droite n&#233;olib&#233;rale qui privil&#233;gie l'extension du march&#233; au d&#233;triment de l'&#201;tat est un courant plus dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Harper, comme les r&#233;publicains &#233;tats-uniens de tendance &#233;vang&#233;liste, est &#224; la fois conservateur moralement, r&#233;pressif au plan int&#233;rieur, va-t-en-guerre au plan international (comme en t&#233;moigne son appui inconditionnel &#224; Isra&#235;l) et n&#233;olib&#233;ral. Mais ces convergences de courants diff&#233;rents ne vont pas de soi. Comme les libertariens et un nombre non n&#233;gligeable de lib&#233;raux, on peut &#234;tre n&#233;olib&#233;ral &#233;conomiquement sans partager les positions de la droite morale. On peut &#233;galement &#234;tre conservateur et, en d&#233;fendant les pr&#233;rogatives &#233;tatiques de la nation, s'opposer au n&#233;olib&#233;ralisme. Il faut donc distinguer les diff&#233;rents courants de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courant n&#233;olib&#233;ral m'appara&#238;t le plus dangereux, car son orientation favorise l'expansion des multinationales qui, surtout sur le plan financier, encadrent et d&#233;limitent les marges de man&#339;uvre des &#201;tats. Le philosophe Ogien ne le voit pas, car il ne reconna&#238;t, en pratique, que le caract&#232;re r&#233;pressif de l'&#201;tat, ignorant son caract&#232;re h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat ne repr&#233;sente ni le peuple ni une classe dominante : il est le lieu d'une lutte id&#233;ologique, politique, morale et &#233;conomique entre diff&#233;rents acteurs. L'&#201;tat cherche &#224; maintenir l'ordre social en reproduisant les rapports de force au sein de la soci&#233;t&#233;. Pour ce faire, pour assurer le consentement des acteurs d&#233;pendants aux acteurs dominants, il doit, sans remettre en question la domination de ceux-ci, se r&#233;signer &#224; des concessions correspondant aux contre-pouvoirs que ceux-l&#224; exercent. Or le n&#233;olib&#233;ralisme, subordonnant l'&#201;tat au d&#233;veloppement international du march&#233;, affaiblit sa capacit&#233; h&#233;g&#233;monique et l'incite &#224; &#234;tre plus r&#233;pressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre du chapitre VI de &lt;i&gt;L'&#201;tat nous rend-il meilleurs&lt;/i&gt; ? s'intitule significativement &#171; Les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques n'ont aucun sens moral &#187;. Je suis moi aussi oppos&#233; aux politiques n&#233;olib&#233;rales qui favorisent l'extension des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques. La d&#233;fense de la libert&#233; de l'individu, qui comprend la libert&#233; de pens&#233;e, d'expression, de r&#233;union, d'organisation et de manifestation, doit &#234;tre &#233;troitement li&#233;e &#224; la d&#233;fense d'une &#233;gale libert&#233; entre les individus, ce qui implique une certaine &#233;galit&#233; &#233;conomique. Et pour contrer les libertariens, disciples inconditionnels de la concurrence et de la comp&#233;titivit&#233;, il faut d&#233;fendre des politiques favorables &#224; la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte politique contre la domination, l'exploitation et la destruction de notre habitat naturel, en renfor&#231;ant les contre-pouvoirs des domin&#233;&#183;e&#183;s, est indissociable d'une lutte morale contre les porteurs d'une libert&#233; individualiste et pour une libert&#233; &#233;troitement associ&#233;e &#224; l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Haine de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique, 2005, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#201;tat nous rend-il meilleurs ?&lt;/i&gt;, Folio, 2013, p.12&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 28. Le chapitre 10 de &lt;i&gt;L'&#233;thique aujourd'hui&lt;/i&gt; (Folio, 2007, p. 169-194) explique et d&#233;veloppe cette position.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : Aprilus&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les 30 glorieuses et la r&#233;volution culturelle</title>
		<link>https://www.ababord.org/Les-30-glorieuses-et-la-revolution</link>
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		<dc:date>2014-05-24T13:59:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les transformations politiques, &#233;conomiques et sociales engendr&#233;es par la R&#233;volution tranquille ont &#233;t&#233; bien &#233;tudi&#233;es. Il n'en est pas de m&#234;me de la r&#233;volution des m&#339;urs et de la culture. Elle a si profond&#233;ment subverti le Qu&#233;bec que n'importe quel Qu&#233;b&#233;cois qui s'&#233;tait exil&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1950 ne le reconnaissait plus lorsqu'il y revenait une d&#233;cennie plus tard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette transformation radicale des mentalit&#233;s affecte, avec une p&#233;riodicit&#233; et une intensit&#233; variables, toutes les soci&#233;t&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Le-blogue-de-la-Redac-" rel="directory"&gt;Le blogue de la R&#233;dac&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Piotte-Jean-Marc-+" rel="tag"&gt;Piotte, Jean-Marc &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les transformations politiques, &#233;conomiques et sociales engendr&#233;es par la R&#233;volution tranquille ont &#233;t&#233; bien &#233;tudi&#233;es. Il n'en est pas de m&#234;me de la r&#233;volution des m&#339;urs et de la culture. Elle a si profond&#233;ment subverti le Qu&#233;bec que n'importe quel Qu&#233;b&#233;cois qui s'&#233;tait exil&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1950 ne le reconnaissait plus lorsqu'il y revenait une d&#233;cennie plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation radicale des mentalit&#233;s affecte, avec une p&#233;riodicit&#233; et une intensit&#233; variables, toutes les soci&#233;t&#233;s jouissant d'un &#201;tat d&#233;mocratique et d'une &#233;conomie d&#233;velopp&#233;e. Elle frappe plus durement les pays catholiques pour des raisons que je pr&#233;senterai plus loin. Elle ne laisse cependant pas intact les soci&#233;t&#233;s protestantes, comme le r&#233;v&#232;le le mouvement hippie apparu aux &#201;tats-Unis au d&#233;but des ann&#233;es 1960, avant de se diffuser dans le reste du monde occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En centrant l'analyse sur le cas du Qu&#233;bec, je d&#233;velopperai l'hypoth&#232;se suivante : les Trente Glorieuses (1945-1973) qui, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, permettent &#224; une majorit&#233; de la population de se lib&#233;rer de la p&#233;nurie, cr&#233;ent une classe moyenne de citoyens qui consomment goul&#251;ment, recherchent le plaisir et opposent leurs libert&#233;s individuelles &#224; toute autorit&#233; qui voudrait les ramener &#224; l'aust&#233;rit&#233;, &#224; l'ob&#233;issance et au contr&#244;le &#233;troit de leur sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude des communaut&#233;s religieuses m'appara&#238;t la voie d'entr&#233;e privil&#233;gi&#233;e pour comprendre la R&#233;volution culturelle des ann&#233;es 1960, car elles dominaient jusque l&#224; l'univers intellectuel du pays, en dominant les institutions d'&#233;ducation, de sant&#233; et de services sociaux. Ces communaut&#233;s, si prolifiques au Qu&#233;bec, perdent de 1965 &#224; 1972 pr&#232;s de 20% de leurs membres et voient p&#233;ricliter les nouvelles adh&#233;sions, malgr&#233; Vatican II (1962-1965) qui assouplit les exigences des trois v&#339;ux religieux (ob&#233;issance, chastet&#233; et pauvret&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des textes peu nombreux et de qualit&#233;s diverses ont abord&#233; la crise de ces institutions. Je retiens l'autobiographie &#233;mouvante de l'ex-religieuse Marcelle Brisson,&lt;i&gt; Le roman vrai&lt;/i&gt;, la brillante analyse sociologique de Nicole Laurin-Frenette, Danielle Juteau et Lorraine Dufresne, &lt;i&gt;&#192; la recherche d'un monde oubli&#233;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Les communaut&#233;s religieuses de femmes au Qu&#233;bec de 1900 &#224; 1970 &lt;/i&gt; et, enfin, l'&#233;tude de Micheline D'Allaire, &lt;i&gt;Vingt ans de crise chez les religieuses du Qu&#233;bec 1960-1980&lt;/i&gt; qui, reposant sur de multiples t&#233;moignages, permet de comprendre le v&#233;cu de ces religieuses, qu'elles aient quitt&#233; ou non leurs communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les valeurs du pass&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les religieuses, comme les religieux d'ailleurs, proviennent majoritairement du milieu rural et de familles nombreuses. Jeune, chacun est plac&#233; devant trois options : fonder une famille ; devenir pr&#234;tre ou entrer dans une communaut&#233; religieuse ; rester c&#233;libataire. Ce dernier choix de vie r&#233;v&#233;lerait une mentalit&#233; &#233;go&#239;ste et &#233;tait socialement d&#233;consid&#233;r&#233;. Ainsi, dans les ann&#233;es 1920, deux affiches &#233;taient superpos&#233;es sur des poteaux &#224; Montr&#233;al : l'une annon&#231;ait une taxe de 20$ pour les propri&#233;taires de chien ; l'autre, un m&#234;me montant pour les c&#233;libataires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus d'&#234;tre fond&#233; sur la foi dans le Christ, la vocation religieuse reposait, comme tout choix de vie, sur des motivations complexes, ambigu&#235;s et parfois obscures. Le prestige social attach&#233; &#224; la fonction est &#233;tait une. Pour plusieurs, l'acc&#232;s &#224; des &#233;tudes et &#224; un travail de collet blanc en &#233;ducation ou en sant&#233; en constituait un autre. De plus, la s&#233;curit&#233; mat&#233;rielle &#233;tait assur&#233;e, jusqu'&#224; leur mort, aux membres des communaut&#233;s, ce dont tr&#232;s peu jouissaient hors de leurs enceintes. Enfin, l'id&#233;al religieux reposait sur l'opposition dans l'au-del&#224; entre le bonheur &#233;ternel dans le Ciel et le malheur tout aussi &#233;ternel dans l'enfer. Le monde d'ici-bas &#233;tant de toute fa&#231;on une vall&#233;e de larmes, il fallait assumer celles-ci pour acc&#233;der au premier et &#233;viter le second auquel &#233;taient condamn&#233;s ceux qui se vautraient dans une vie de plaisirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les religieux faisaient v&#339;u d'ob&#233;issance, de chastet&#233; et, pour la plupart d'entre eux, de pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque communaut&#233; &#233;tait, comme l'&#201;glise, fortement hi&#233;rarchis&#233;e et chacun devait ob&#233;ir inconditionnellement &#224; l'autorit&#233; &#224; laquelle il &#233;tait subordonn&#233;. Micheline D'Allaire illustre abondamment ces pratiques autoritaires auxquelles les couventines devaient se soumettre totalement et humblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'image de la religion dont la figure autoritaire &#233;tait repr&#233;sent&#233;e par le cur&#233;, la famille &#233;tait r&#233;gie par le p&#232;re et l'&#233;cole fonctionnait sous le joug de l'instituteur. &#201;tant n&#233; en 1940, soit six ans avant la naissance des premiers &#171; baby boomers &#187;, j'ai bien connu cette soci&#233;t&#233; pr&#233;moderne. Les d&#233;cisions de mon p&#232;re, qui n'&#233;tait pas plus autoritaire qu'un autre, &#233;taient indiscutables. Les d&#233;cisions de l'instituteur ou du directeur d'&#233;cole, aussi stupides fussent-elles, devaient &#234;tre accept&#233;es. Afin de ne pas donner le mauvais exemple, l'insubordonn&#233; devait &#234;tre soumis, de gr&#233; ou de force. Jamais mes parents ne seraient intervenus aupr&#232;s des autorit&#233;s scolaires afin de me d&#233;fendre. L'autorit&#233;, c'&#233;tait l'autorit&#233;. Le poseur de questions et le r&#233;calcitrant devaient &#234;tre r&#233;&#233;duqu&#233;s par des p&#233;nitences, y compris des punitions physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise &#233;tait en possession tranquille de la V&#233;rit&#233;. La curiosit&#233; intellectuelle &#233;tait mal per&#231;ue. Pourquoi se questionner et risquer de se perdre dans le m&#233;andre des opinions ? Il y avait des clercs pour nous enseigner la bonne parole. Comme les pasteurs qui devaient prot&#233;ger leur brebis, les cur&#233;s devaient pr&#233;munir leurs paroissiens contre les porteurs de la mauvaise parole, dont &#233;videmment les protestants. Tous les livres, qui promouvaient des valeurs et des doctrines diff&#233;rentes de celles du catholicisme, devaient &#234;tre bannis. L'institution de l'INDEX avait pr&#233;cis&#233;ment comme mission de d&#233;fendre les ouailles contre les perversions id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chastet&#233; &#233;tait le deuxi&#232;me v&#339;u. Le christianisme se m&#233;fie des plaisirs li&#233;s &#224; la sexualit&#233;, m&#234;me dans le mariage et en vue de la procr&#233;ation, contrairement aux deux autres religions monoth&#233;istes qui les appr&#233;cient. Cela remonte loin, aux fondateurs, &#224; Saint-Paul et &#224; Saint-Augustin. Le premier affirme que la chastet&#233; est un mode de vie sup&#233;rieur au mariage. Le second va plus loin : la concupiscence sexuelle est la pire des passions, car si les autres passions sont la manifestation d'une volont&#233; vici&#233;e qui pr&#233;f&#232;re les biens terrestres aux biens c&#233;lestes, la passion sexuelle r&#233;v&#232;le l'incapacit&#233; de la volont&#233; de commander &#224; l'organe sexuel : on peut d&#233;cider d'assouvir un d&#233;sir sans que le sexe r&#233;ponde &#224; cette volont&#233;, tandis qu'inversement le sexe peut se mettre en mouvement malgr&#233; le refus de la volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se consacrant &#224; Dieu, les religieux renoncent, contrairement aux la&#239;cs, &#224; la sexualit&#233;. Refouler un d&#233;sir si puissant n'est pas chose ais&#233;e. La flagellation pratiqu&#233;e dans certaines communaut&#233;s avait comme objectif de dompter ce corps trop r&#233;calcitrant. Le Christ n'&#233;tait-il pas mort sur la croix pour nous sauver ? Ne fallait-il pas accepter la souffrance ici-bas pour atteindre le bonheur dans l'au-del&#224; ? La coulpe, la confession publique de ses p&#233;ch&#233;s, visait &#233;galement &#224; rabattre l'orgueil de chacun en lui apprenant l'humilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les la&#239;cs n'&#233;taient pas condamn&#233;s &#224; la chastet&#233;, celle-ci demeurait un id&#233;al. La masturbation &#233;tait un p&#233;ch&#233;. Dans les annuelles retraites religieuses de mes &#233;tudes &#224; l'&#201;cole Normale Jacques Cartier, le pr&#233;dicateur nous d&#233;crivait les d&#233;cr&#233;pitudes des d&#233;sirs sexuels : &#171; Pognerez-vous les seins de votre m&#232;re ? Vous devez vous comporter de la m&#234;me mani&#232;re avec vos amies qui deviendront la m&#232;re de vos enfants ! &#187; La culpabilit&#233; associ&#233;e au d&#233;sir sexuel &#233;tait si profond&#233;ment ancr&#233;e que, m&#234;me apr&#232;s &#234;tre devenu ath&#233;e, il m'a fallu des ann&#233;es pour apprendre &#224; jouir sans arri&#232;re-pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pauvret&#233; est le dernier v&#339;u exig&#233; dans la plupart des communaut&#233;s. Le religieux et la religieuse n'avaient rien leur appartenant en propre, m&#234;me si leur congr&#233;gation pouvait &#234;tre tr&#232;s riche. Ceux qui avaient des revenus en travaillant &#224; l'ext&#233;rieur de la communaut&#233; devaient les lui remettre. Madame D'Allaire d&#233;crit tr&#232;s bien, encore une fois, cette vie o&#249; la consommation de la moindre chose d&#233;pendait de la bonne volont&#233; de la sup&#233;rieure imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette culture de la pauvret&#233; affectait &#233;galement les la&#239;cs. Nous, Canadiens-fran&#231;ais sommes des porteurs d'eau, n&#233;s pour un petit pain. Mais l'essentiel n'est-il pas le Ciel ? Bienheureux les pauvres, car les portes du Paradis leur seront plus accessibles &#224; la fin de leurs jours. Les &#171; Anglais &#187; _ les Canadiens-anglais et les &#201;tatsuniens _ sont des mat&#233;rialistes ; nous leur sommes sup&#233;rieurs, car nous accordons la priorit&#233; aux valeurs spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valoriser la pauvret&#233; lorsque celle-ci est une fatalit&#233; se comprend. On fait avec ce qu'on a. Et si, en plus, on peut justifier cet &#233;tat de fait par des explications religieuses, c'est mieux. Ce qui de prime abord appara&#238;t comme source d'insatisfaction _ l'incapacit&#233; de satisfaire ses besoins et, encore plus, ses d&#233;sirs_ &lt;br class='autobr' /&gt;
se m&#233;tamorphose en son contraire : le bonheur d'ob&#233;ir &#224; la volont&#233; imp&#233;n&#233;trable de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;sagr&#233;gation de la culture catholique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trente glorieuses, la progression du niveau de vie de la majorit&#233; de la population des pays d&#233;mocratiques &#224; &#233;conomie d&#233;velopp&#233;e, la cr&#233;ation de la classe moyenne, changent tout cela. La plupart des pauvres des ann&#233;es 1930 acc&#232;dent &#224; la consommation. Le chauffage central, la cuisini&#232;re, le r&#233;frig&#233;rateur, la laveuse, la s&#233;cheuse et la t&#233;l&#233;vision entrent dans les chaumi&#232;res. M&#234;me ma m&#232;re, catholique jusqu'au bout de ses ongles, est heureuse d'atteindre cette prosp&#233;rit&#233;. Elle est charitable, compatit avec les pauvres, tout en &#233;tant contente de ne plus en faire partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains affirment l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; de loisirs. Ce qui est faux : le travail ouvrier est de plus en plus intensif. Mais ce qui est &#233;galement vrai : le travail n'est plus valoris&#233;. Il est un moyen de satisfaire ses besoins, dont ceux des loisirs qui se complexifient et sortent des cadres &#233;troits de la famille. M&#234;me les loisirs v&#233;cus en famille changent de nature. La t&#233;l&#233;vision devient le centre d'attraction : les &#233;missions t&#233;l&#233;visuelles p&#233;n&#232;trent chaque foyer et y diffusent la culture des milieux branch&#233;s de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; &#233;tatsunienne, nourrie par le calvinisme et les autres religions puritaines, la pauvret&#233; n'&#233;tait pas vertueuse : elle &#233;tait plut&#244;t le sympt&#244;me d'une vie d&#233;r&#233;gl&#233;e. Comme le montre Max Weber, chaque chr&#233;tien doit participer &#224; l'organisation providentielle et rationnelle de l'univers en travaillant sans rel&#226;che. Le r&#233;sultat objectif de ce travail est le gain, mais le chr&#233;tien authentique ne succombera pas &#224; la tentation de la chair, source d'oisivet&#233; et gaspillage du temps productif : il n'accordera aucune importance &#224; la jouissance des biens acquis. Toutefois, en devenant la nouvelle classe moyenne, la plupart des descendants de ces puritains oubli&#232;rent la rigueur morale de leurs anc&#234;tres et s'attach&#232;rent aux plaisirs offerts sur le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement hippie, qui se d&#233;veloppe au d&#233;but des ann&#233;es 1960, remet en question le culte du travail et de l'effort. La soci&#233;t&#233; est riche : pourquoi perdre sa vie en travaillant ? L'id&#233;ologie du &#171; drop out &#187; est mise de l'avant. En combinant drogues et &#171; pop music &#187;, il faut se d&#233;faire des divers conditionnements des soci&#233;t&#233;s r&#233;pressives. Ce mouvement, qui surgit au sein de l'empire culturel &#233;tatsunien, rejoint la jeunesse contestataire occidentale, dont celle du Qu&#233;bec gr&#226;ce &#224; la revue Mainmise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sexualit&#233;, r&#233;duite &#224; la procr&#233;ation, est battue en br&#232;che. Peu de familles, y compris parmi les catholiques, se r&#233;signent &#224; subordonner leur sexualit&#233; &#224; la procr&#233;ation. La pilule contraceptive vient compl&#233;ter le condom : les femmes peuvent maintenant jouir comme les hommes, sans craindre l'enfantement non voulu, ill&#233;gitime et condamnable. Les carcans chr&#233;tiens qui assujettissaient les puissants d&#233;sirs sexuels sont &#233;rod&#233;s. Qui sait qu'&#224; l'origine de Mai 1968 est le refus des autorit&#233;s universitaires de Nanterre de permettre aux &#233;tudiants et &#233;tudiantes de partager leurs nuits dans les r&#233;sidences qui leur sont allou&#233;es ? Ce refus est l'&#233;tincelle qui embrasera la jeunesse occidentale dans sa r&#233;volte contre la culture dominante structur&#233;e par des interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le statut n'est plus un gage de v&#233;rit&#233;, de justesse et d'authenticit&#233;. Le cur&#233;, le p&#232;re et l'instituteur ne peuvent plus imposer leurs id&#233;es, leurs valeurs et leurs d&#233;cisions. Le porteur d'autorit&#233; ne peut plus &#234;tre autoritaire. Il ne peut plus utiliser la violence physique pour imposer sa volont&#233;. L'autorit&#233; traditionnelle est saccag&#233;e. D&#233;sormais, deux libert&#233;s se rencontrent. Celui qui exerce la fonction d'autorit&#233; doit le reconna&#238;tre et s'adresser &#224; la raison du subordonn&#233;. Il doit argumenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde nouveau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation radicale de la culture populaire ne fut pas le fruit d'une d&#233;cision d'un parti, d'une organisation, d'une classe ou d'une instance quelconque. C'est pourquoi il est si difficile &#224; comprendre et &#224; analyser. La culture traditionnelle, engendr&#233;e par des si&#232;cles d'histoire, s'est effiloch&#233;e sans intervention significative. La plupart des femmes et des hommes qui ont v&#233;cu la p&#233;riode des ann&#233;es 1960-1970 se sont insensiblement &#233;loign&#233;s des comportements et des valeurs du pass&#233;, sans crise majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un monde fond&#233; sur les contraintes, l'abn&#233;gation et la subordination de l'individu &#224; la communaut&#233; disparaissait. Un autre s'affirmait fond&#233; sur la libert&#233;, la satisfaction des besoins et le plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau monde, favorable &#224; un sain d&#233;veloppement de l'individualit&#233;, conduit facilement &#224; l'individualisme. Peut-on esp&#233;rer que l'individu moderne comprenne que sa libert&#233; est li&#233;e &#224; celle des autres, qu'elle puisse davantage s'&#233;panouir dans une soci&#233;t&#233; qui la partage &#233;galement, que la solidarit&#233; entre nous soit sa meilleure protection et que nos besoins de consommation ne doivent pas d&#233;truire la plan&#232;te qui nous nourrit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; c'est l'angoisse dit Kierkegaard. Les temps modernes sont ceux de l'inqui&#233;tude et du d&#233;sarroi. Mais, aujourd'hui comme hier, je r&#233;siste &#224; l'esprit du temps. Je pr&#233;f&#232;re conjuguer libert&#233; &#224; &#233;galit&#233;, solidarit&#233; et respect de l'environnement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Libert&#233;, &#233;galit&#233;, solidarit&#233;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>

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&lt;p&gt;Libert&#233;, &#233;galit&#233;, solidarit&#233;, Christian Nadeau, Bor&#233;al, Montr&#233;al, 2013, 268 p. &lt;br class='autobr' /&gt; L'auteur nous avait d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; de fa&#231;on claire, pr&#233;cise et articul&#233;e les fondements id&#233;ologiques de la politique conservatrice de Harper dans Contre Harper. Bref trait&#233; philosophique sur la r&#233;volution conservatrice. Dans ce nouvel ouvrage, &#224; l'encontre des diverses id&#233;ologies de droite, il d&#233;fend pour le Qu&#233;bec un projet social-d&#233;mocrate. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les trois premiers chapitres pr&#233;sentent le lien qui devrait exister (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-52-dec-2013-janv-2014-" rel="directory"&gt;No 052 - d&#233;c. 2013 / janv. 2014&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Piotte-Jean-Marc-+" rel="tag"&gt;Piotte, Jean-Marc &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1791.png?1642092153' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;231&#034; height=&#034;364&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Libert&#233;, &#233;galit&#233;, solidarit&#233;&lt;/i&gt;, Christian Nadeau, Bor&#233;al, Montr&#233;al, 2013, 268 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'auteur nous avait d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; de fa&#231;on claire, pr&#233;cise et articul&#233;e les fondements id&#233;ologiques de la politique conservatrice de Harper dans &lt;i&gt;Contre Harper. Bref trait&#233; philosophique sur la r&#233;volution conservatrice.&lt;/i&gt; Dans ce nouvel ouvrage, &#224; l'encontre des diverses id&#233;ologies de droite, il d&#233;fend pour le Qu&#233;bec un projet social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois premiers chapitres pr&#233;sentent le lien qui devrait exister entre la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et la solidarit&#233;, trois valeurs qui devraient animer la gauche, la solidarit&#233; rendant possible la convergence des deux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me chapitre d&#233;crit les rapports qui devraient se d&#233;velopper entre les corps interm&#233;diaires (syndicats, organismes communautaires, mouvements sociaux, etc.) et le gouvernement &#233;lu. La qualit&#233; d&#233;mocratique serait tributaire de cette dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me chapitre applique cette probl&#233;matique &#224; divers enjeux, tandis que le dernier se concentre sur l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut reprocher &#224; l'auteur de ne pas s'int&#233;resser &#224; la nature de l'&#201;tat et de laisser en plan deux sujets litigieux : la question nationale et la la&#239;cit&#233;. Mais la d&#233;marche philosophique des trois premiers chapitres, qui &#233;claire les trois valeurs fond&#233;es par la R&#233;volution fran&#231;aise, m&#233;rite notre attention et notre r&#233;flexion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Trois espaces de protestation</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Trois espaces de protestation, Pascale Dufour, PUM, Montr&#233;al, 2013, 289 p. &lt;br class='autobr' /&gt; L'auteure cherche &#224; d&#233;gager les ressemblances et les diff&#233;rences dans la lutte contre la mondialisation entre trois pays, la France, le Canada (vu &#224; la lumi&#232;re de l'Ontario) et le Qu&#233;bec durant les ann&#233;es 1985-2007. Quatre types d'acteurs sont concern&#233;s : les groupes d'affinit&#233;, les acteurs sociaux qui se sont constitu&#233;s en organisations (comme ATTAC en France), les syndicats et les partis politiques. L'action (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-51-oct-nov-2013-" rel="directory"&gt;No 051 - oct. / nov. 2013&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Altermondialisme-+" rel="tag"&gt;Altermondialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Piotte-Jean-Marc-+" rel="tag"&gt;Piotte, Jean-Marc &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Trois espaces de protestation&lt;/i&gt;, Pascale Dufour, PUM, Montr&#233;al, 2013, 289 p.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'auteure cherche &#224; d&#233;gager les ressemblances et les diff&#233;rences dans la lutte contre la mondialisation entre trois pays, la France, le Canada (vu &#224; la lumi&#232;re de l'Ontario) et le Qu&#233;bec durant les ann&#233;es 1985-2007. Quatre types d'acteurs sont concern&#233;s : les groupes d'affinit&#233;, les acteurs sociaux qui se sont constitu&#233;s en organisations (comme ATTAC en France), les syndicats et les partis politiques. L'action politique de ces acteurs peut s'inscrire dans deux &#171; ar&#232;nes &#187; diff&#233;rentes : l'ar&#232;ne &#233;lectorale et l'ar&#232;ne sociale. La premi&#232;re regroupe la d&#233;mocratie &#233;lectorale fond&#233;e sur la d&#233;l&#233;gation de pouvoir et la d&#233;mocratie de participation qui vise &#224; obvier aux faiblesses de celle-ci par la participation directe des citoyens&#183;nes. La deuxi&#232;me comprend la d&#233;mocratie de protestation fond&#233;e sur l'affrontement direct avec l'&#201;tat et la d&#233;mocratie sociale dans laquelle des acteurs sociaux cherchent &#224; influencer l'&#201;tat par une politique de partenariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vingtaine d'ann&#233;es de luttes est elle-m&#234;me divis&#233;e en trois p&#233;riodes : &#171; &lt;i&gt;Dans un premier temps (1985-1995), la mondialisation fait son entr&#233;e comme probl&#232;me dans le d&#233;bat public, mais demeure en g&#233;n&#233;ral une probl&#233;matique circonscrite, voire sectorielle (sauf au Canada o&#249; elle repr&#233;sente d'embl&#233;e une question nationale et internationale). Dans un deuxi&#232;me temps (1995-2000 ou 2005 suivant les soci&#233;t&#233;s), la mondialisation est clairement partout un enjeu de luttes ; les espaces de protestation mondiale sont tr&#232;s actifs et une majorit&#233; d'acteurs se positionne par rapport &#224; l'enjeu. Nous pouvons parler de &#8220;l'&#226;ge d'or des luttes contre la mondialisation&#8221; (sauf au Canada, encore une fois, o&#249; il y a d&#233;j&#224; un reflux dans cette deuxi&#232;me p&#233;riode). Dans un troisi&#232;me temps, nous notons un reflux de l'espace, qui se contracte, m&#234;me si de plus en plus d'acteurs l'investissent. En fait, les espaces de protestation mondiale sont de plus en plus travers&#233;s par des conflits entre les acteurs qui minent le potentiel de convergence de celle-ci tout en poursuivant l'approfondissement de l'appropriation de l'enjeu de la mondialisation pour certains acteurs&lt;/i&gt;. &#187; (p. 35)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur du projet et la multiplicit&#233; des informations &#224; traiter ont engendr&#233; un texte touffu qui requiert une lecture attentive pour quiconque veut en retirer des lumi&#232;res pour mieux comprendre, dans leur diversit&#233;, leur convergence et leurs conflits, les luttes contre la mondialisation n&#233;olib&#233;rale des derni&#232;res d&#233;cennies&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chroniqueur de la vie quotidienne ou La petite musique de Jacques Leduc</title>
		<link>https://www.ababord.org/Chroniqueur-de-la-vie-quotidienne</link>
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		<dc:date>2014-04-15T22:28:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chroniqueur de la vie quotidienne ou La petite musique de Jacques Leduc, Georges Privet, Coop Vid&#233;o de Montr&#233;al, 2013. &lt;br class='autobr' /&gt; Cet opuscule de Privet accompagn&#233; d'un DVD constitue un hommage &#224; Jacques Leduc dont la grandeur est proportionnelle &#224; sa modestie. Le DVD reproduit un entretien r&#233;alis&#233; lors de la 30e &#233;dition des Rendez-vous du cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois (2012) entre Jacques Leduc, les cin&#233;astes Robert Morin et Louis B&#233;lan&#173;ger, le cam&#233;raman, ami et complice de Jacques, Pierre Letarte, ainsi que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-50-ete-2013-" rel="directory"&gt;No 050 - &#233;t&#233; 2013&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1713.jpg?1642092149' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;259&#034; height=&#034;354&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chroniqueur de la vie quotidienne ou La petite musique de Jacques Leduc&lt;/i&gt;, Georges Privet, Coop Vid&#233;o de Montr&#233;al, 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet opuscule de Privet accompagn&#233; d'un DVD constitue un hommage &#224; Jacques Leduc dont la grandeur est proportionnelle &#224; sa modestie. Le DVD reproduit un entretien r&#233;alis&#233; lors de la 30e &#233;dition des Rendez-vous du cin&#233;ma qu&#233;b&#233;cois (2012) entre Jacques Leduc, les cin&#233;astes Robert Morin et Louis B&#233;lan&#173;ger, le cam&#233;raman, ami et complice de Jacques, Pierre Letarte, ainsi que Georges Privet qui est l'instigateur de cet hommage. L'entretien porte sur les huit documentaires de la s&#233;rie &lt;i&gt;Chronique de la vie quotidienne&lt;/i&gt; que Leduc consid&#232;re comme son &#339;uvre majeure et que chacun peut se procurer gratuitement sur le site de l'Office national du film du Canada (ONF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'opuscule, tous les films de Leduc sont pr&#233;sent&#233;s par Privet, puis comment&#233;s par celui-ci. Ils sont accompagn&#233;s de photos prises durant les tournages et entrecoup&#233;s des t&#233;moignages de six cin&#233;astes de la rel&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Leduc aimait travailler en &#233;quipe dans une atmosph&#232;re de franche camaraderie. Il s'entourait des m&#234;mes collaborateurs lorsque les enga&#173;gements professionnels de chacun le permettaient. Tourner un film et le monter devenaient une cr&#233;ation commune faite dans l'amiti&#233; et le plaisir. Que ce soit dans ses documentaires ou ses fictions, le cin&#233;aste ne jugeait personne. Il manifestait au contraire une grande empathie pour les &#234;tres dont il documentait le quotidien et les personnages dont il imaginait la vie. &#201;couter, regarder et filmer, l&#224; o&#249; s'entre&#173;m&#234;lent itin&#233;raire individuel et itin&#233;raire collectif, animaient le projet du cin&#233;aste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Richard Brouillette &#233;crit avec beaucoup de justesse : &#171; &lt;i&gt;Tu&lt;/i&gt; [Jacques L.] &lt;i&gt;m'as aussi appris que le quotidien rec&#232;le tout des grandeurs et des mis&#232;res de l'&#226;me humaine, pour peu que l'observateur prenne soin de s'y attarder, dans cet espace &#233;tonnant du regard o&#249; le temps s'efface, o&#249; la r&#233;alit&#233; propre du regardeur &#8211; ou du filmeur &#8211; s'estompe devant le spectacle hallucinant de la vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses films constituent un archivage des m&#339;urs et d'une &#233;poque. Mais, au-del&#224; de ce regard sur le pass&#233;, ils nous aident &#224; mieux lire le pr&#233;sent, notre pr&#233;sent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La charte ne poursuit pas la R&#233;volution tranquille</title>
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		<dc:date>2014-02-12T14:27:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>

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&lt;p&gt;La cr&#233;ation du minist&#232;re de l'&#201;ducation en 1964 n'allait pas de soi comme en t&#233;moigne l'opposition plurielle &#224; ce projet, et notamment celle manifest&#233;e par les enseignants r&#233;unis dans la Corporation des instituteurs et des institutrices catholiques (CIC), l'anc&#234;tre de la Centrale des syndicats du Qu&#233;bec (CSQ). Impuls&#233;e par Paul G&#233;rin-Lajoie, la mise sur pied de ce minist&#232;re remettait en question la domination de l'&#201;glise sur le syst&#232;me d'&#233;ducation, contr&#244;le qu'elle exer&#231;ait au nom des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La cr&#233;ation du minist&#232;re de l'&#201;ducation en 1964 n'allait pas de soi comme en t&#233;moigne l'opposition plurielle &#224; ce projet, et notamment celle manifest&#233;e par les enseignants r&#233;unis dans la Corporation des instituteurs et des institutrices catholiques (CIC), l'anc&#234;tre de la Centrale des syndicats du Qu&#233;bec (CSQ). Impuls&#233;e par Paul G&#233;rin-Lajoie, la mise sur pied de ce minist&#232;re remettait en question la domination de l'&#201;glise sur le syst&#232;me d'&#233;ducation, contr&#244;le qu'elle exer&#231;ait au nom des familles dont elle se pr&#233;tendait la seule et l&#233;gitime repr&#233;sentante. Les batailles id&#233;ologiques furent intenses. Cette entreprise, comme toutes les r&#233;formes majeures de la R&#233;volution tranquille, fut men&#233;e &#224; bon port par un gouvernement lib&#233;ral qui avait alors des convictions et le courage de les concr&#233;tiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Guy Rocher, un des huit membres de la Commission Parent, affirme que la charte des valeurs, rebaptis&#233;e charte de la la&#239;cit&#233;, n'est que le prolongement de cette r&#233;forme majeure. Qu'en est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La port&#233;e de la charte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duite &#224; l'essentiel, la charte affirme que les employ&#233;s des secteurs public et parapublic ne devraient porter aucun signe religieux ostentatoire lorsqu'ils sont au travail. Je partage cette position. Les croyances ou les incroyances de chacun, aussi importantes soient-elles dans la vie de l'individu, devraient s'exprimer &#224; l'ext&#233;rieur de l'&#201;tat qui doit repr&#233;senter tous les citoyens ind&#233;pendamment de leurs convictions intimes. L'employ&#233; n'est pas embauch&#233; pour ses convictions religieuses : sa neutralit&#233; doit se manifester dans ses paroles, son comportement et ses v&#234;tements. La charte, si elle est adopt&#233;e, devrait s'appliquer &#233;galement &#224; celles et ceux qui sont d&#233;j&#224; en place. Seuls quelques fondamentalistes irr&#233;ductibles s'y refuseront. La tr&#232;s grande majorit&#233; des juifs, des sikhs et des musulmanes s'y plieront, bon gr&#233; mal gr&#233;, sachant que la foi repose sur des croyances bien plus profondes que les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon opposition &#224; la charte vient d'ailleurs. Celle-ci s'attaque &#224; des minorit&#233;s religieuses, tout en laissant en plan les symboles et les institutions de la majorit&#233; d'origine catholique. Le projet de loi 60 ne contient aucune mesure bannissant le crucifix tr&#244;nant &#224; l'Assembl&#233;e nationale et les pri&#232;res r&#233;cit&#233;es &#224; l'ouverture de certains conseils municipaux. Or ces instances d&#233;mocratiques devraient repr&#233;senter tous les citoyens au lieu de se replier, au nom du patrimoine, sur l'identit&#233; canadienne-fran&#231;aise catholique. Face aux critiques de cette politique de deux poids deux mesures, le ministre Drainville a trouv&#233; une &#233;chappatoire : la d&#233;cision d'enlever le crucifix de l'Assembl&#233;e nationale pourrait &#234;tre prise par le Bureau de cette Assembl&#233;e (article 37 de la charte). Comme l'a montr&#233; Paul B&#233;gin, l'unanimit&#233; requise pour toutes les d&#233;cisions par ce Bureau rend inop&#233;rante cette disposition de la charte. Le PLQ, suivi par la CAQ, a maintenant confirm&#233; ce qu'avait &#233;videmment pr&#233;vu le machiav&#233;lique Drainville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Retour sur la R&#233;volution tranquille&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement lib&#233;ral de Jean Lesage, pour obtenir l'accord timide de l'&#201;glise &#224; la cr&#233;ation du minist&#232;re de l'&#201;ducation, dut faire des concessions majeures. C'est ainsi que tout l'enseignement dans les commissions scolaires fut confi&#233; &#224; deux comit&#233;s religieux, l'un catholique et l'autre protestant. Il faudra plus de trente ans avant que la s&#233;cularisation de la soci&#233;t&#233; civile, malheureusement gu&#232;re &#233;tudi&#233;e, am&#232;ne l'&#201;tat &#224; se d&#233;barrasser du patronage et du parrainage encombrants de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation des c&#233;geps obtint &#233;galement le &lt;i&gt;nihil obstat &lt;/i&gt; de l'&#201;glise dans la mesure o&#249; l'&#201;tat accepta de financer &#233;galement les coll&#232;ges priv&#233;s religieux. C'est d'ailleurs toujours le cas : les &#233;coles priv&#233;es religieuses sont encore majoritairement financ&#233;es par l'&#201;tat. Aussi, contrairement &#224; ce qu'affirme le sociologue Guy Rocher, la charte ne poursuit pas le processus d'autonomisation de l'&#201;tat face &#224; l'&#201;glise entrepris lors de la R&#233;volution tranquille, elle s'inscrit plut&#244;t &#224; l'int&#233;rieur des nombreuses compromissions consenties par l'&#201;tat pour ne pas subir les foudres du clerg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La charte, en s'attaquant aux symboles des minorit&#233;s religieuses, tout en laissant en place ceux de la majorit&#233;, illustre de ce qu'a enseign&#233; Alexis de Tocqueville : la majorit&#233; d&#233;mocratique peut &#234;tre despotique face aux minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un enjeu &#233;lectoral&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette charte r&#233;pond surtout &#224; un objectif &#233;lectoral pr&#233;cis : obtenir l'appui des conscriptions qui avaient, lors de la crise des accommodements raisonnables, permis &#224; l'ADQ de devenir en 2007 l'opposition officielle, r&#233;duisant le PQ &#224; un tiers parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En l'absence de toutes balises l&#233;gislatives, les accommodements raisonnables laissent &#224; chaque individu ou institution le fardeau de r&#233;pondre aux demandes de tous ordres qui surgissent, engendrent le cafouillis et produisent de la m&#233;sentente. Jean Charest, conservateur f&#233;d&#233;raliste devenu chef du PLQ et grand partisan du laisser-faire, chercha &#224; noyer le poisson en confiant la question des accommodements &#224; une commission dirig&#233;e par G&#233;rard Bouchard et Charles Taylor. En mai 2008, le rapport de la commission d&#233;pos&#233;, l'ADQ, le PLQ et le craintif PQ refus&#232;rent la recommandation de la Commission d'enlever le crucifix de l'Assembl&#233;e nationale et remirent aux calendes grecques le reste des recommandations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La charte p&#233;quiste vise plus particuli&#232;rement les musulmans qui, depuis la chute du World Trade Center &#224; New York le 11 septembre 2001, ont remplac&#233; les juifs dans l'imagerie populaire comme les principaux ennemis de la chr&#233;tient&#233;. Cela s'explique. La reconnaissance de la Shoah &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale a mis une sourdine &#224; la haine s&#233;culaire des chr&#233;tiens envers les juifs. Le d&#233;sastre des deux tours new-yorkaises transforma id&#233;ologiquement les musulmans en talibans et en disciples de ben Laden ; par r&#233;action, plusieurs musulmanes, attaqu&#233;es dans leur identit&#233;, se mirent &#224; porter le hijab.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;galit&#233; hommes/femmes n'est qu'un pr&#233;texte pour couvrir et d&#233;douaner la charte. La religion juive, &#224; la base des deux autres religions monoth&#233;istes, n'est pas particuli&#232;rement &#233;galitaire. &#200;ve, cr&#233;&#233;e par Dieu &#224; partir d'une c&#244;te d'Adam, est condamn&#233;e &#224; subir la loi du p&#232;re et du mari. Les juifs orthodoxes et les hassidims (ultra-orthodoxes) n'exercent gu&#232;re moins d'autorit&#233; sur leurs &#233;pouses que les musulmans. Le christianisme est devenu moins m&#226;le-chauvin au XXe si&#232;cle dans les pays d&#233;mocratiques d'Europe et de l'Am&#233;rique du Nord gr&#226;ce aux luttes de mouvements f&#233;ministes. Les diff&#233;rences et les degr&#233;s de masculinisme entre les trois religions monoth&#233;istes, l'hindouisme et les autres grandes cultures populaires existent, mais je laisse aux casuistes le soin de les d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que sur le plan &#233;lectoral, plus une circonscription est d&#233;pourvue de citoyens de religion musulmane, plus elle est islamophobe. C'est le syndrome H&#233;rouxville. La haine des musulmans, comme celle des juifs pr&#233;c&#233;demment, repose sur l'ignorance et la peur de l'&#233;tranger. Le PQ esp&#232;re arracher des conscriptions au successeur de l'ADQ, la CAQ. Cette politique peut &#234;tre &#233;lectoralement rentable, on aura sans doute l'occasion de le v&#233;rifier bient&#244;t. Elle est cependant inappropri&#233;e en termes d'int&#233;gration sociale. Elle ne se conforme gu&#232;re &#224; l'id&#233;al d&#233;mocratique. Et je n'y trouve aucune justification morale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Militer : l'enseignement de Gramsci</title>
		<link>https://www.ababord.org/Militer-l-enseignement-de-Gramsci</link>
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		<dc:date>2014-01-17T19:11:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aujourd'hui, comme hier, militer, &#339;uvrer &#224; partager avec d'autres nos r&#234;ves de justice sociale, d'&#233;galit&#233;, de solidarit&#233; et de libert&#233; n'est pas une t&#226;che facile. Que nous soyons filles ou gar&#231;ons, d'origine pl&#233;b&#233;ienne ou pas, comment rejoindre les non-militants, voire les apathiques ? Comment unir nos &#171; savoirs &#187; &#224; leurs appr&#233;hensions ? Comment, &#224; partir de leurs probl&#232;mes quotidiens, esquisser des solutions qui &#233;br&#232;chent l'exploitation, la domination et la discrimination ? Il n'y a pas de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui, comme hier, militer, &#339;uvrer &#224; partager avec d'autres nos r&#234;ves de justice sociale, d'&#233;galit&#233;, de solidarit&#233; et de libert&#233; n'est pas une t&#226;che facile. Que nous soyons filles ou gar&#231;ons, d'origine pl&#233;b&#233;ienne ou pas, comment rejoindre les non-militants, voire les apathiques ? Comment unir nos &#171; savoirs &#187; &#224; leurs appr&#233;hensions ? Comment, &#224; partir de leurs probl&#232;mes quotidiens, esquisser des solutions qui &#233;br&#232;chent l'exploitation, la domination et la discrimination ? Il n'y a pas de r&#233;ponses toutes faites &#224; ces questions. Cependant, les r&#233;flexions d'Antonio Gramsci peuvent nous aider &#224; mieux les poser et les r&#233;soudre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Gramsci affirme : &lt;i&gt;L'&#233;l&#233;ment populaire &#171; sent &#187;, mais ne comprend pas ou ne sait pas toujours ; l'&#233;l&#233;ment intellectuel &#171; sait &#187;, mais ne comprend pas ou surtout ne &#171; sent &#187; pas toujours&lt;/i&gt;. Gramsci propose une conception large de l'intellectuel qui regroupe tous ceux qui ont comme fonction de produire ou de diffuser des id&#233;ologies. Les enseignants et les journalistes en sont. Le militant, quelque soit son statut de salari&#233;, est, en tant que militant, un intellectuel. J'aimerais r&#233;fl&#233;chir sur ce hiatus entre le militant et ceux qui ne le sont pas, ainsi que sur la difficult&#233; d'acqu&#233;rir cette compr&#233;hension qui constituerait le v&#233;ritable savoir et qui permettrait d'agir de mani&#232;re efficace sur le plan social et politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le savoir des uns et des autres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque travailleur manuel entretient une conception du monde tir&#233;e de son propre v&#233;cu et de celui de ses proches. L'avantage de l'intellectuel sur celui-ci est sa capacit&#233; de comparer ses exp&#233;riences &#224; celles de plusieurs autres, d'&#233;valuer ce qu'il pense, croit et esp&#232;re &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;flexion d'autres intellectuels. Le manuel et l'intellectuel sont dot&#233;s d'une m&#234;me capacit&#233; d'abstraction, mais les &#233;tudes du second lui permettent d'exercer cette capacit&#233; en s'appuyant sur un plus grand nombre de donn&#233;es. Cet avantage ne signifie pas qu'il a raison : chacun d'entre nous conna&#238;t des intellectuels qui d&#233;raisonnent et des travailleurs manuels dont le jugement, que nous le partagions ou pas, est sain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains types de travail sont si abrutissants que l'ouvrier, de retour &#224; son foyer, ne pense qu'&#224; s'&#233;craser devant la t&#233;l&#233;vision, une bi&#232;re &#224; la main. Roland Souchereau, un travailleur qu&#233;b&#233;cois, avait v&#233;cu cet abrutissement durant une dizaine d'ann&#233;es dans une manufacture de textile. Lorsqu'il fut embauch&#233; pour vendre des billets au terminus des Autobus Voyageur, coin Berri et Maisonneuve, sa vie changea de tout au tout. En plus de militer au Parti socialiste du Qu&#233;bec (PSQ), il devint un syndicaliste aguerri, fut &#233;lu pr&#233;sident des travailleurs de cette compagnie qui recouvrait l'ensemble du territoire qu&#233;b&#233;cois, &#339;uvra &#224; am&#233;liorer consid&#233;rablement les conditions de travail et de r&#233;mun&#233;ration de ses membres, jusqu'&#224; ce que le propri&#233;taire Paul Desmarais r&#233;ussisse &#224; briser ce syndicat combattif en divisant sa compagnie en une douzaine d'entreprises r&#233;gionales dont il demeura le propri&#233;taire, mettant ainsi fin au syndicalisme &#233;nergique et vigoureux pratiqu&#233; par Souchereau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains travailleurs, ayant appris &#224; lire et quelque peu &#224; &#233;crire lors de leurs &#233;tudes primaires et secondaires, perdent peu &#224; peu cet apprentissage en ne les pratiquant pas lorsqu'ils se retrouvent sur le march&#233; du travail. Comment le militant peut-il les rejoindre ? Pierre Bourgault, excellent orateur, &#233;crivait tous ses discours, les apprenait par c&#339;ur et, comme tout bon homme de th&#233;&#226;tre, les r&#233;citait comme s'il inventait au fur et &#224; mesure ce qu'il disait. Lorsque, malgr&#233; la r&#233;probation de plusieurs de ses coll&#232;gues professeurs, il accepta l'offre de collaboration que lui fit le &lt;i&gt;Journal de Montr&#233;al&lt;/i&gt;, il n'utilisa pas plus de 500 mots dans ses chroniques afin d'&#234;tre compris du plus grand nombre de lecteurs. Pierre Bourgault &#233;tait aim&#233; parce qu'il respectait ceux &#224; qui il s'adressait, en prenant les moyens n&#233;cessaires pour se faire comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs, dans leur majorit&#233;, sont pr&#233;occup&#233;s par le court terme : comment conserver un emploi ou en trouver un ? Comment payer le loyer ? Comment rembourser les dettes ? Comment nourrir la famille ? Le &#171; sens de la vie &#187; pour plusieurs familles se r&#233;duit &#224; disposer d'un logis convenable et &#224; manger &#224; sa faim. Les travailleurs ont tendance &#224; se m&#233;fier des d&#233;sordres provoqu&#233;s au nom de grands changements sociaux, voire de la R&#233;volution, car ils ne voient pas comment ces bouleversements r&#233;soudraient leurs probl&#232;mes quotidiens. C'est pourquoi Gramsci n'insistait pas sur la rupture, la R&#233;volution, mais sur l'&#171; ordine nuevo &#187; &#224; cr&#233;er, ordre nouveau qui r&#233;pondrait &#224; leurs besoins de justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs se m&#233;fient &#233;galement souvent des intellectuels, qu'ils soient militants ou pas. Ils ressentent le m&#233;pris que trop d'entre eux leur portent parce qu'ils parleraient mal, auraient de mauvaises mani&#232;res, etc. Pierre Bourdieu a tr&#232;s bien d&#233;crit ces attitudes par lesquelles de trop nombreux intellectuels tiennent &#224; se &#171; distinguer &#187; de la &#171; masse &#187;, en vertu de leur Grande culture, fruit de leurs &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai souvent dit &#224; mes &#233;tudiants que les ouvriers comprennent plus facilement qu'eux la nature de la plus-value. Le militant et essayiste Robert Linhart avait exp&#233;riment&#233; en France une fa&#231;on de l'enseigner aux ouvriers. En r&#233;ussissant des d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque d&#233;partement d'une usine, il s'agissait, en les questionnant, de leur faire d&#233;crire l'ensemble de l'organisation du travail et de reconstruire ainsi intellectuellement la cha&#238;ne de production. L'ouvrier, qu'il soit sous le joug de contrema&#238;tres ou qu'il &#171; participe &#187; &#224; la gestion, comprenait alors que le profit n'est pas produit par les propri&#233;taires ou les actionnaires, mais par les &#234;tres vivants fabriquant les marchandises : il constitue du travail non pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militant, avant de parler et de proposer des r&#233;ponses et des solutions, doit donc questionner et &#233;couter. Trop de conseils centraux (CSN) et de conseils r&#233;gionaux (FTQ) ont vu des ouvriers d&#233;laisser leurs assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, celles-ci &#233;tant accapar&#233;es par des travailleurs intellectuels qui, par leur formation, avaient la parole facile et les id&#233;es abondantes. Les femmes, de m&#234;me, se sont battues et continuent leurs luttes pour prendre leur place dans les instances syndicales domin&#233;es par les hommes. Quels moyens faut-il prendre pour que les travailleurs manuels se sentent chez eux dans les instances o&#249; ils se retrouvent avec des travailleurs intellectuels ? Les r&#233;ponses &#224; cette question ne sont pas simples, ni &#233;videntes. Mais pour les rechercher, il faut au point de d&#233;part reconna&#238;tre qu'avant de penser enseigner quoi que ce soit, il faut se mettre &#224; l'&#233;coute de l'autre et apprendre de lui ce qu'il vit. Les femmes comme les hommes, les ouvriers comme les intellectuels ont droit au m&#234;me respect. La dignit&#233; humaine ne se mesure ni &#224; la force musculaire, ni aux &#233;tudes poursuivies. La qualit&#233; d'une personne se jauge &#224; sa capacit&#233; de reconna&#238;tre dans chaque individu son humanit&#233;. C'est pourquoi l'homme n'est pas humainement sup&#233;rieur &#224; la femme, ni l'intellectuel au travailleur manuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pourraient me reprocher de contourner le vrai probl&#232;me que pose, &#224; leurs yeux, le rapport des militants &#224; ceux qui ne le sont pas : l'ali&#233;nation de la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'id&#233;ologie dominante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n'adh&#232;re pas au concept d'ali&#233;nation qui est d'origine h&#233;g&#233;lienne. Il suppose que l'&#234;tre humain serait investi d'une essence qu'il aurait perdue et qu'il faudrait retrouver. Il sous-entend que la &#171; masse &#187;, si elle n'&#233;tait pas ali&#233;n&#233;e, penserait comme le militant : elle condamnerait la soci&#233;t&#233; existante, aspirerait &#224; la R&#233;volution et y consacrerait ses &#233;nergies. Le jugement &#171; la masse est ali&#233;n&#233;e &#187; implique que ne l'est pas celui qui l'affirme et, donc, que celui-ci est la concr&#233;tisation de l'essence humaine &#171; lib&#233;r&#233;e &#187;. Cette pr&#233;tention &#233;litiste ne peut que couper ce militant de ceux qu'il voudrait rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception du monde de la majorit&#233; est &#233;videmment influenc&#233;e dans toutes les soci&#233;t&#233;s par diverses institutions, dont la famille, la religion si cette famille est croyante, l'&#233;cole et les m&#233;dias. Gramsci a consacr&#233; plusieurs pages de ses &lt;i&gt;Cahiers de prison&lt;/i&gt; &#224; l'analyse de la fabrication des consensus sociaux, en s'attardant particuli&#232;rement au cas de l'&#201;glise catholique qui, par ses institutions et ses intellectuels, a exerc&#233; pendant des si&#232;cles une h&#233;g&#233;monie culturelle en Italie et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gramsci, lui-m&#234;me, dont le p&#232;re &#233;tait un petit fonctionnaire en Sardaigne, devient socialiste, puis communiste lorsqu'il est confront&#233; au mouvement ouvrier &#224; Turin dans les ann&#233;es 1919-1920. Influenc&#233; par ce mouvement, il rompt donc avec l'id&#233;ologie dominante constitu&#233;e par un amalgame plus ou moins contradictoire d'id&#233;ologie catholique et d'id&#233;ologie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; masses &#187;, affirme-t-il, ne pensent pas comme les intellectuels de l'&#201;glise et de la bourgeoisie. Leur &#171; sens commun &#187; appara&#238;t comme une synth&#232;se pratique des enseignements provenant des intellectuels des classes dominantes et des r&#233;flexions tir&#233;es de leurs propres exp&#233;riences. Le militant doit donc contribuer au d&#233;veloppement du &#171; bon sens &#187; inh&#233;rent au sens commun, tout en veillant &#224; ce que soient extirp&#233;s de celui-ci les &#233;l&#233;ments id&#233;ologiques qui proviennent des dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que r&#233;ussisse cette jonction entre les militants et le &#171; bon sens &#187; populaire, Gramsci, qui reconnaissait que le mouvement ouvrier turinois avait contribu&#233; &#224; sa formation politique, affirmait qu'il faut privil&#233;gier les mouvements de contestation des milieux populaires, les mouvements qui remettent en question la paix sociale. Dans ces p&#233;riodes, d'effervescence, le &#171; bon sens &#187; tend &#224; pr&#233;valoir sur le &#171; sens commun &#187;. Sur le plan de l'entreprise, la gr&#232;ve, ouvrant une br&#232;che dans la routine quotidienne, offre une occasion de r&#233;fl&#233;chir sur le caract&#232;re domin&#233; et exploit&#233; du travail sous le capitalisme. Les p&#233;riodes de crise &#233;conomique permettent &#233;galement de questionner et de remettre en question le mod&#232;le &#233;conomique dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes crises sociales engendr&#233;es par les crises r&#233;currentes du d&#233;veloppement capitaliste ne conduisent pas n&#233;cessairement &#224; un monde meilleur. Celle de 1929, si elle a incit&#233; l'&#201;tat capitaliste de certains pays &#224; tenir compte des pr&#233;occupations sociales de la population, en a conduit d'autres, au nom de la nation aryenne ou du prol&#233;tariat, au totalitarisme. Les p&#233;riodes de crise ouvrent la porte &#224; des changements profonds dont les issues demeurent cependant incertaines. C'est le r&#244;le des militants de se lier &#224; ces mouvements &#171; spontan&#233;s &#187; pour en d&#233;finir le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du lien n&#233;cessaire &#224; construire avec les mouvements de contestation, Gramsci insiste sur le caract&#232;re culturel de la lutte politique. Il faut que les militants, en se fondant sur le &#171; bon sens &#187; inh&#233;rent aux milieux populaires, d&#233;veloppent et diffusent des objectifs, une strat&#233;gie et une vision du monde correspondant aux int&#233;r&#234;ts &#233;mancipatoires de ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte politique est &#233;galement une lutte intellectuelle qui doit viser ceux qui, &#339;uvrant dans des institutions contr&#244;l&#233;es par l'&#201;tat capitaliste ou l'entreprise priv&#233;e, ont comme r&#244;le objectif de r&#233;pandre parmi la population l'id&#233;ologie dominante. Les militants qui travaillent dans les institutions d'enseignement ou dans les m&#233;dias doivent, prot&#233;g&#233;s par leurs syndicats, chercher &#224; entra&#238;ner leurs confr&#232;res sur le terrain de la contestation. La lutte culturelle est longue et son issue, incertaine. Mais il faut esp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'esp&#233;rance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les militants politiques ne sont pas form&#233;s dans les familles ou dans des &#233;coles, m&#234;me si la conscience de certains a &#233;t&#233; &#233;veill&#233;e par des parents ou des enseignants. C'est le plus souvent dans de petites organisations politiques dot&#233;es d'une id&#233;ologie forte qu'ils ont d&#233;velopp&#233; leur app&#233;tit pour le changement social ou encore dans des &#171; groupes d'affinit&#233; &#187; qu'ils se sont auto-&#233;duqu&#233;s. Mais ces organisations et ces groupes abordent rarement la question, pourtant d&#233;cisive, soulev&#233;e par Antonio Gramsci : comment unir le savoir militant au &#171; bon sens &#187; populaire ? Comment fonder la direction militante sur des mouvements sociaux revendicateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette union n&#233;cessaire se r&#233;alise difficilement dans certaines conjonctures, m&#234;me si on la d&#233;sirerait permanente. Le militant vit continuellement cet &#233;cart&#232;lement entre son r&#234;ve et la r&#233;alit&#233; populaire. Mais il faut r&#234;ver et il doit &#339;uvrer &#224; partager ce r&#234;ve avec les exploit&#233;s, les domin&#233;s et les discrimin&#233;s. Nous pouvons heureusement nous inspirer d'un certain nombre de Qu&#233;b&#233;cois qui ont consacr&#233; leur vie dans le pass&#233; ou la consacrent aujourd'hui &#224; lier leurs savoir au &#171; bon sens &#187; populaire, m&#234;me si nous ne partageons pas n&#233;cessairement les positions politiques pr&#233;cises de l'un ou de l'autre de ces militants : Camil Bouchard, Th&#233;r&#232;se Casgrain, Michel Chartrand, Fran&#231;oise David, Louis Favreau, Henri Gagnon, Lorraine Guay, Amir Khadir, Michel Liz&#233;e, Donna Mergler, Fran&#231;ois Saillant et beaucoup d'autres. Ils nous enseignent que travailler et lutter pour r&#233;aliser ses r&#234;ves donne sens &#224; la vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Enseigner</title>
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		<dc:date>2013-12-21T20:54:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marc Piotte</dc:creator>


		<dc:subject>Piotte, Jean-Marc </dc:subject>

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&lt;p&gt;En 1957, &#224; la fin de mes &#233;tudes secondaires, je veux continuer d'&#233;tudier, mais je ne sais dans quel domaine, ni &#224; quel endroit. Deux de mes amis optent pour le coll&#232;ge militaire royal de St-Jean. Les accompagner, y apprendre l'anglais et pratiquer des sports m'int&#233;ressent, mais je sais tr&#232;s bien que je ne pourrai y supporter la discipline militaire qui vise &#224; r&#233;duire chaque individu &#224; la servilit&#233;. Polytechnique ne me dit pas grand-chose. Je ne connais pas les sciences sociales. (J'aurais pu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Piotte-Jean-Marc-+" rel="tag"&gt;Piotte, Jean-Marc &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1957, &#224; la fin de mes &#233;tudes secondaires, je veux continuer d'&#233;tudier, mais je ne sais dans quel domaine, ni &#224; quel endroit. Deux de mes amis optent pour le coll&#232;ge militaire royal de St-Jean. Les accompagner, y apprendre l'anglais et pratiquer des sports m'int&#233;ressent, mais je sais tr&#232;s bien que je ne pourrai y supporter la discipline militaire qui vise &#224; r&#233;duire chaque individu &#224; la servilit&#233;. Polytechnique ne me dit pas grand-chose. Je ne connais pas les sciences sociales. (J'aurais pu m'inscrire aux d&#233;partements universitaires qui les enseignent, m&#234;me si, tributaire du syst&#232;me d'&#233;ducation publique, j'&#233;tais d&#233;muni du bac. &#200;s arts.) D&#233;sorient&#233;, je demande conseil aupr&#232;s de mon professeur de fran&#231;ais, un monsieur Duguay si je ne m'abuse, qui se distingue par son ouverture d'esprit. Il me conseille l'&#201;cole normale. Ayant tellement d&#233;test&#233; l'&#233;cole dont la formation repose sur la r&#233;pression, je n'ai aucun, mais aucun app&#233;tit pour l'enseignement. Monsieur Duguay m'affirme alors que l'&#201;cole normale, au lieu de m'enfermer dans un cul-de-sac professionnel, m'ouvrirait &#224; tout. Je m'inscris ainsi &#224; l'&#201;cole normale Jacques Cartier (ENJC) dont les b&#226;timents se trouvent sur la rue Sherbrooke, dans le parc Lafontaine, &#224; proximit&#233; de l'&#233;cole du Plateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'exception de quelques professeurs, dont l'humaniste Bernard Jasmin qui nous fait entrevoir un autre monde, la plupart de nos enseignants &#339;uvrent &#224; nous normaliser, en nous conformant &#224; l'opinion publique fa&#231;onn&#233;e par l'&#201;glise catholique. Durant ces ann&#233;es, tout en continuant de pratiquer des sports, je commence &#224; m'interroger sur ce que m'ont transmis et inculqu&#233; mes parents, mes professeurs et les cur&#233;s. &#192; la fin de mes &#233;tudes normaliennes, je sais et reconnais que je ne sais pas grand-chose. Le dipl&#244;me d&#233;cern&#233; par l'&#201;cole normale m'ouvrant les portes de la philosophie &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al (UdeM), je m'y inscris, esp&#233;rant qu'elle me permette de d&#233;couvrir le sens de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma licence de philosophie en poche, je me mets &#224; la recherche d'un emploi. Je ne me retrouve devant rien, hormis l'enseignement au secondaire. Je suis engag&#233; par la Commission scolaire catholique de Montr&#233;al pour enseigner en 10e ann&#233;e le fran&#231;ais et la religion, celle-ci r&#233;duite alors au cat&#233;chisme qui contient les questions &#224; poser et leurs r&#233;ponses. (Suivant les conseils de certains, craignant que la surqualification de ma licence nuise &#224; ma candidature, je ne d&#233;clarai mon dipl&#244;me qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; embauch&#233;.) Aucun probl&#232;me de discipline ne mine l'&#233;cole Sanguinet, situ&#233;e sur la rue du m&#234;me nom, un peu au sud de la Sainte-Catherine. Le principal, un ancien lieutenant de l'arm&#233;e, dirige tout d'une main de fer. Par un syst&#232;me d'interphone, il peut suivre ce qui se passe dans les classes. Pour nous rassurer, il nous avertit qu'&#224; la moindre indiscipline il peut envoyer l'&#233;l&#232;ve d&#233;linquant &#224; l'&#233;cole de r&#233;forme. Moi qui avais tant d&#233;test&#233; l'&#233;cole r&#233;pressive, je me retrouve donc au service de la r&#233;pression dans la pire &#233;cole de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois et demi plus tard, je d&#233;missionne pour devenir animateur social dans le comt&#233; de Matap&#233;dia dans le Bas-du-fleuve. J'avais connu Jean-Claude Lebel, ancien pr&#233;sident du Parti socialiste du Qu&#233;bec, par l'interm&#233;diaire de Jacques Dofny, professeur de sociologie &#224; l'UdeM. Lebel vient d'&#234;tre nomm&#233; responsable de l'animation dans le cadre du Bureau d'am&#233;nagement de l'est du Qu&#233;bec (BAEQ). Le r&#244;le des animateurs est d'aider les citoyens de chaque ville et de chaque village &#224; cr&#233;er un comit&#233; dont l'objectif consiste &#224; tracer un plan de d&#233;veloppement bas&#233; sur les ressources locales (essentiellement, agriculture, foresterie et tourisme). Je viens d'avoir 23 ans, ai peu d'exp&#233;riences de travail (wrapper chez Steinberg les fins de semaine, aide-postier durant la p&#233;riode des f&#234;tes et animateur dans les terrains de jeux de la m&#233;tropole pendant l'&#233;t&#233;) et, ayant toujours v&#233;cu &#224; Montr&#233;al, je connais peu le milieu rural. Petit cul venant de la grande ville et frais dipl&#244;m&#233; de l'universit&#233;, je suis mis &#224; rude &#233;preuve avant d'&#234;tre accept&#233; par les gens du milieu. Comment unir mon petit savoir abstrait aux connaissances concr&#232;tes de ces gens ? Comment susciter leur espoir, eux si souvent d&#233;&#231;us par les promesses non tenues des politiciens ? Je me mets &#224; leur &#233;coute. Avant de parler, je les questionne. Tout ce que j'ai appris comme animateur et organisateur, je le dois &#224; ces gens avec qui j'ai &#339;uvr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adore ce travail qui me permet de confronter mes connaissances &#224; celles des gens du milieu, de comprendre leur situation et d'inscrire mes interventions dans une perspective de changement social. Mais, moins de huit mois apr&#232;s mon engagement, il ne faut plus d&#233;fendre aupr&#232;s des gouvernements les plans pr&#233;par&#233;s par les citoyens ; nous devons au contraire convaincre ces derniers de la validit&#233; des plans pens&#233;s par des chercheurs du Bureau et n&#233;goci&#233;s par les am&#233;nagistes en chef avec les technocrates et les ministres de Qu&#233;bec et d'Ottawa. &#192; la suite de diverses p&#233;rip&#233;ties, dont un article publi&#233; dans la revue Parti pris o&#249; je pr&#233;conise la r&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Notes sur le milieu rural &#187;, Parti Pris, vol. 1, no 8 (mai 1964), p.11-25.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , je d&#233;missionne, reviens &#224; Montr&#233;al et renonce d&#233;finitivement &#224; l'animation sociale. J'avais compris que ce sont ceux qui paient mon salaire qui contr&#244;leront l'issue de mon travail ; je ne voulais pas redevenir le dup&#233; dupeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut retrouver du travail. Gr&#226;ce &#224; Bernard Jasmin, devenu directeur de l'&#233;cole G&#233;rard-Filion de la Commission scolaire r&#233;gionale de Chambly, je suis engag&#233; en octobre comme professeur de fran&#231;ais en 10e ann&#233;e pour deux classes de formation g&#233;n&#233;rale et une classe de commerciale. Je suis le cinqui&#232;me professeur de ces classes qui en sont &#233;galement &#224; leur cinqui&#232;me professeur de math&#233;matiques et &#224; leur troisi&#232;me d'anglais. &#192; mon premier cours, je suscite une rigolade g&#233;n&#233;rale en leur annon&#231;ant qu'ils n'auront pas ma peau. En &#233;tant b&#234;te et m&#233;chant, je r&#233;ussis peu &#224; peu &#224; imposer mon autorit&#233;. Lorsque la p&#233;riode des f&#234;tes arrive, je contr&#244;le mes classes. En janvier, je commence vraiment &#224; enseigner ce qui est au programme. Laurent Girouard a la gentillesse de me passer pour mes cours des textes d'auteurs qu&#233;b&#233;cois soumis &#224; l'analyse, mais je dois reconna&#238;tre que je me tiens le plus souvent au ras des p&#226;querettes. &#192; la fin de l'ann&#233;e scolaire, je les assomme en les soumettant aux examens des vingt derni&#232;res ann&#233;es. Seulement trois de mes &#233;l&#232;ves &#233;chouent &#224; leurs examens. Je suis maintenant accept&#233; : les &lt;i&gt;leaders&lt;/i&gt; d'une classe m'invitent &#224; aller jouer au &lt;i&gt;bowling&lt;/i&gt; avec eux, tandis que, l'ann&#233;e suivante, une autre d&#233;l&#233;gation de mes anciens m'implore de retourner leur enseigner. J'&#233;tais pass&#233; au travers. J'avais en quelque sorte r&#233;ussi, tout en d&#233;testant cette ann&#233;e de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'enseigne une autre ann&#233;e &#224; cette &#233;cole, mais l'initiation &#224; la pens&#233;e remplace le fran&#231;ais et une classe d'&#233;l&#232;ves s&#233;lectionn&#233;s de 11e ann&#233;e se substitue &#224; mes trois classes pr&#233;c&#233;dentes. Voici comment et pourquoi. Le fr&#232;re Untel, Jean-Paul Desbiens, re&#231;oit du ministre de l'&#201;ducation, Paul G&#233;rin-Lajoie, la mission de penser les futurs c&#233;geps. Comment pourrait &#234;tre enseign&#233;e la philosophie dans les futures &#233;coles postsecondaires alors que la majorit&#233; des profs existants ne connaissent vraiment que le n&#233;othomisme ? Pour briser ce dogmatisme de la pens&#233;e qui asphyxie les coll&#232;ges priv&#233;s, Desbiens propose de remplacer les manuels et un programme tr&#232;s structur&#233; par quatre grands th&#232;mes qui ouvriraient des espaces de libert&#233;, en supprimant les contraintes s&#233;curitaires du pass&#233;. Il confie la t&#226;che d'exp&#233;rimenter cette nouvelle fa&#231;on d'enseigner la philosophie &#224; Jacques Tremblay, un de ses amis, et &#224; moi, qui avait connu celui-ci comme prof &#224; l'ENJC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commen&#231;ai mes cours par des th&#232;mes proches des &#233;tudiants (par exemple, amiti&#233; ou amour). Sur chacun de ceux-ci, je les questionne pour savoir ce qu'ils en pensent. Puis, je les confronte oralement ou par de courts textes &#224; la pens&#233;e articul&#233;e d'un ou deux auteurs. Mon objectif n'est pas de les faire penser comme moi, ni fondamentalement de leur faire conna&#238;tre la pens&#233;e d'un philosophe ou d'un autre, mais de les amener &#224; se questionner sur eux-m&#234;mes, sur les autres (amis, famille, soci&#233;t&#233;, terre&#8230;) et sur les rapports qu'ils entretiennent avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un s&#233;jour d'&#233;tudes de trois ans en Europe, je revins au Qu&#233;bec o&#249; j'enseigne la philosophie au c&#233;gep de Saint-Laurent en suivant la m&#234;me m&#233;thode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette libert&#233; de philosopher fut supprim&#233;e et remplac&#233;e par un programme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . J'ai ador&#233; ces deux ann&#233;es d'enseignement. La philosophie n'est pas, pour moi, un savoir comme un autre. Philosopher, c'est interroger tout ce qui semble aller de soi, y compris ses propres certitudes. Comment enseigner la philosophie &#224; des &#233;tudiants dont on ne conna&#238;t pas ce qu'ils pensent et ce qui les inqui&#232;te ? Comment esp&#233;rer que l'&#233;tudiant devienne un jour un citoyen conscient et critique si, adolescent, il r&#233;p&#232;te ce que son entourage croit ? Comment favoriser la joie intellectuelle de penser par soi-m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tellement aim&#233; ces deux ann&#233;es d'enseignement que j'ai longuement h&#233;sit&#233; &#224; accepter un poste r&#233;gulier d'enseignement &#224; l'UQAM, m&#234;me si les conditions de travail y &#233;taient sup&#233;rieures et me permettaient de faire de la recherche. Dans mon enseignement universitaire, je n'ai jamais atteint l'&#233;tat de gr&#226;ce de ces deux ann&#233;es. Toutefois, apr&#232;s un certain temps d'apprentissage, j'ai r&#233;ussi &#224; introduire dans mon enseignement l'esprit ma&#239;eutique qui m'anime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants universitaires sont sortis de l'adolescence. Ils ont d&#233;cid&#233; pour des raisons diverses de poursuivre des &#233;tudes et ont choisi un domaine de sp&#233;cialisation, m&#234;me si tout cela peut &#234;tre remis en question. Chacun de leurs cours est muni d'un descriptif qui d&#233;finit la mati&#232;re &#224; &#233;tudier. M&#234;me si ce descriptif laisse une grande marge de man&#339;uvre au prof, celui-ci est appel&#233; &#224; transmettre un savoir pr&#233;cis qui laisse peu d'espace &#224; l'expression de ce que pense l'&#233;tudiant des sujets abord&#233;s. Si le prof a appris &#224; expliquer clairement ce qui est parfois complexe et s'il s'adresse &#224; tous les &#233;tudiants en ne se limitant pas aux allum&#233;s, les &#233;tudiants, du moins la majorit&#233; d'entre eux, acquerront le savoir enseign&#233; et pourront r&#233;ussir leurs examens ou travaux. Mais si ce savoir ne les bouscule pas intellectuellement, ils l'oublieront peu &#224; peu. (J'ai connu plein de gens, incapables de lire &lt;i&gt;Les grands penseurs du monde occidental&lt;/i&gt;, qui avaient r&#233;ussi, certains avec des notes excellentes, leurs &#233;tudes coll&#233;giales et universitaires. Enferm&#233;s dans la logique d'un travail particulier, ils avaient arr&#234;t&#233; de se questionner hors de cette logique et &#233;taient devenus des analphab&#232;tes culturels, &#224; l'image de ceux qui, arr&#234;tant de lire et d'&#233;crire apr&#232;s des &#233;tudes secondaires, oublient ce qu'ils avaient appris.) Utilisant diff&#233;rentes techniques, je cherchais &#224; susciter des doutes dans leurs t&#234;tes, &#224; les amener &#224; se questionner. Non pas &#224; questionner pour questionner, mais pour obtenir des r&#233;ponses qui ne se r&#233;duisent pas &#224; la r&#233;p&#233;tition de ce qu'ils ont entendu et enregistr&#233;. Je d&#233;sirais les aider &#224; devenir des individus conscients et responsables, des citoyens. Bref, je leur exposais ma passion intellectuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Notes sur le milieu rural &#187;, &lt;i&gt;Parti Pris&lt;/i&gt;, vol. 1, no 8 (mai 1964), p.11-25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette libert&#233; de philosopher fut supprim&#233;e et remplac&#233;e par un programme contraignant au bout d'un certain nombre d'ann&#233;es : certains professeurs enseignaient litt&#233;ralement n'importe quoi et l'un de ceux-l&#224;, au c&#233;gep du Vieux-Montr&#233;al, refusait m&#234;me d'enseigner quoique ce soit au nom de la libert&#233; de penser des &#233;tudiants !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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