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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Alg&#233;rie. Le mouvement populaire ne doit pas &#233;chouer</title>
		<link>https://www.ababord.org/Algerie-Le-mouvement-populaire-ne-doit-pas-echouer</link>
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		<dc:date>2020-08-31T13:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rabah Moulla</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Moulla, Rabah</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les manifestations &#224; Alger durent depuis des mois et ne semblent pas montrer de signes d'essoufflement. L'arrestation de Louisa Hanoune, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du Parti des travailleurs marque cependant un tournant dans le bras de fer entre le pouvoir et le peuple. Elle signifie que le r&#233;gime n'h&#233;sitera pas &#224; s'engager dans la voie de la r&#233;pression si son agenda de sortie de crise continue d'&#234;tre rejet&#233; par la rue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient d'abord de rappeler que le mouvement de protestation est n&#233; du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-80-ete-2019-" rel="directory"&gt;No 080 - &#233;t&#233; 2019&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Moulla-Rabah-+" rel="tag"&gt;Moulla, Rabah&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2979.jpg?1642092249' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1191&#034; height=&#034;676&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les manifestations &#224; Alger durent depuis des mois et ne semblent pas montrer de signes d'essoufflement. L'arrestation de Louisa Hanoune, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale du Parti des travailleurs marque cependant un tournant dans le bras de fer entre le pouvoir et le peuple. Elle signifie que le r&#233;gime n'h&#233;sitera pas &#224; s'engager dans la voie de la r&#233;pression si son agenda de sortie de crise continue d'&#234;tre rejet&#233; par la rue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il convient d'abord de rappeler que le mouvement de protestation est n&#233; du refus d'un cinqui&#232;me mandat pour le pr&#233;sident Bouteflika, au pouvoir depuis 1999. Craignant d'&#234;tre la ris&#233;e du monde entier, &#224; cause d'un pr&#233;sident tr&#232;s affaibli et aphasique depuis son accident vasculaire c&#233;r&#233;bral subi en 2013 et qui s'accrochait n&#233;anmoins au pouvoir, les Alg&#233;riens ne pouvaient pas accepter ce mandat de trop. Bouteflika voulait sans doute mourir pr&#233;sident mais le peuple en avait assez. Ce dernier a donc d&#233;cid&#233; d'investir la rue, particuli&#232;rement &#224; Alger o&#249; les manifestations sont interdites depuis la grande marche du 14 juin 2001, lors du printemps noir de Kabylie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, le peuple alg&#233;rien n'avait pas embarqu&#233; dans le processus r&#233;volutionnaire qui avait d&#233;but&#233; en Tunisie pour ensuite toucher plusieurs pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Les Alg&#233;rien&#183;ne&#183;s &#233;taient alors &#233;chaud&#233;s par la d&#233;cennie noire de 1990, durant laquelle le terrorisme islamiste avait fait environ 200 000 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit ans plus tard, les Alg&#233;rien&#183;ne&#183;s ne souhaitent pas non plus que leur pays connaisse le m&#234;me sort que la plupart des pays du printemps arabe qui ont sombr&#233; dans le chaos ou qui sont retourn&#233;s sous la dictature, comme en &#201;gypte.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique peut-&#234;tre le caract&#232;re pacifique des manifestations et le haut niveau de civisme des manifestant&#183;e&#183;s. Le printemps alg&#233;rien a lib&#233;r&#233; la parole et les talents, notamment ceux d'une jeunesse qui a grandi avec les r&#233;seaux sociaux et qui tient &#224; faire bonne figure et &#224; impressionner le monde qui la regarde. Ce mouvement populaire est aussi une v&#233;ritable &#233;cole de formation des luttes populaires o&#249; l'on apprend &#224; prendre la parole, &#224; &#233;couter et &#224; &#234;tre respectueux de la diversit&#233; des opinions et des parcours politiques. Cet esprit de solidarit&#233; et d'ouverture, on le doit sans doute aux jeunes de 20 ans qui n'ont pas connu la d&#233;cennie noire et ses fractures.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Bouteflika part, mais son r&#233;gime reste&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De la revendication du d&#233;part de Bouteflika, r&#233;clam&#233; au d&#233;but du mouvement de protestation, on est pass&#233; &#224; celle de la fin du r&#233;gime en entier. &#171; &lt;em&gt;Yatnahaw ga3&lt;/em&gt; &#187; (Qu'ils d&#233;gagent tous !) entonn&#233; dans toutes les manifestations, est devenu le slogan phare du mouvement pour souligner la volont&#233; du peuple de se d&#233;barrasser d'une caste qui a dilapid&#233; et d&#233;tourn&#233; les richesses du pays.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu trois semaines de mobilisation et une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le 10 mars, pour faire reculer une premi&#232;re fois le pouvoir avec l'annonce par Bouteflika de son renoncement &#224; briguer un 5e mandat, du report de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle pr&#233;vue pour le 18 avril et d'un changement de gouvernement. Ces concessions n'ont fait que renforcer le mouvement et lui faire prendre conscience de sa force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mission de Bouteflika, finalement intervenue le 2 avril, est cependant la v&#233;ritable premi&#232;re victoire arrach&#233;e par le mouvement alors que la mobilisation avait gagn&#233; tout le pays et toutes les cat&#233;gories de la population. Le r&#233;gime a d&#233;sign&#233; Abdelkader Bensalah, ancien pr&#233;sident de la chambre haute du parlement, chef d'&#201;tat par int&#233;rim pour une p&#233;riode de 90 jours, le temps d'organiser une &#233;lection pr&#233;sidentielle fix&#233;e au 4 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout n'est pas r&#233;gl&#233; pour autant. Le peuple en mouvement r&#233;clame le d&#233;part des trois B (Bensalah, Belaiz et Bedoui) et l'annulation de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle programm&#233;e. Si Tayeb Belaiz, pr&#233;sident du Conseil constitutionnel a aussi d&#233;missionn&#233;, Abdelkader Bensalah et le premier ministre Nouredine Bedoui sont toujours en poste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arm&#233;e, la carotte et le b&#226;ton&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel homme fort du r&#233;gime, c'est cependant le g&#233;n&#233;ral Gaid Salah, chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e et ancien fid&#232;le de Bouteflika. Plusieurs observateurs lui pr&#234;tent l'ambition de devenir, &#224; 77 ans, le &#171; Sissi &#187; alg&#233;rien. Gaid Salah multiplie les sorties publiques depuis plusieurs semaines. Il pr&#233;tend &#234;tre du c&#244;t&#233; du peuple dans sa lutte contre le syst&#232;me corrompu, mais il n'h&#233;site pas &#224; utiliser la menace contre les &#171; &lt;em&gt;ennemis de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur qui veulent attenter &#224; la stabilit&#233; du pays&lt;/em&gt; &#187;. Il tente de donner des gages de son suppos&#233; soutien aux revendications du peuple, en mettant en prison quelques hommes d'affaires qui ont amass&#233; des fortunes colossales durant le r&#232;gne de Bouteflika. Il conforte sa position de nouveau maitre du r&#233;gime en faisant aussi jeter en prison les g&#233;n&#233;raux Mohamed Medi&#232;ne et Bachir Tartag ainsi que Said Bouteflika, fr&#232;re cadet du pr&#233;sident d&#233;chu. Ils sont accus&#233;s par un tribunal militaire &#171; &lt;em&gt;d'atteinte &#224; l'autorit&#233; de l'arm&#233;e&lt;/em&gt; &#187; et &#171; &lt;em&gt;complot contre l'autorit&#233; de l'&#201;tat&lt;/em&gt; &#187;. Enfin, Gaid Salah r&#233;p&#232;te que la seule voie de sortie de crise possible, dans le cadre constitutionnel, demeure l'organisation de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'intransigeance de la direction de l'arm&#233;e et aux vell&#233;it&#233;s de durcissement de la r&#233;pression, quel avenir peut-on envisager pour le mouvement populaire ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les d&#233;fis du mouvement populaire&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le monde entier a &#233;t&#233; impressionn&#233; par l'ampleur des mobilisations dans les diff&#233;rentes villes du pays et surtout par le caract&#232;re pacifique des manifestations. Les m&#233;dias et les r&#233;seaux sociaux relayent chaque jour les images de marches et de rassemblements joviaux de dizaines de milliers de jeunes et de moins jeunes, de femmes et d'hommes tous unis derri&#232;re le m&#234;me objectif : en finir avec le r&#233;gime et fonder une deuxi&#232;me r&#233;publique. Des forums de discussions sont organis&#233;s sur le futur du pays, mais il est urgent que le mouvement d&#233;gage une repr&#233;sentation unifi&#233;e et propose une feuille de route de sortie de crise et de la gestion de la transition. Les quelques partis politiques qui n'ont pas tremp&#233; dans les magouilles du r&#233;gime de Bouteflika sont t&#233;tanis&#233;s apr&#232;s des d&#233;cennies de fermeture du champ politique. C'est aussi le cas des diff&#233;rents groupes et organisations de la soci&#233;t&#233; civile m&#234;me si un collectif compos&#233; d'une trentaine d'associations a appel&#233;, fin avril, &#224; l'ouverture d'une transition politique et &#224; un dialogue entre le pouvoir politique, d'un c&#244;t&#233;, et les acteurs de la soci&#233;t&#233; civile et la classe politique participant au mouvement populaire, de l'autre, afin de d&#233;gager une feuille de route pour une transition politique.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est urgent de construire une direction du mouvement pour peser sur la suite des choses. En Tunisie, moins de deux mois apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, un Conseil national pour la protection de la r&#233;volution (CNPR) avait &#233;t&#233; form&#233;. Il demandait la convocation d'une assembl&#233;e constituante et la dissolution de toutes les institutions h&#233;rit&#233;es de l'&#232;re de Ben Ali et quelques jours plus tard, un gouvernement de transition avait &#233;t&#233; constitu&#233; avec pour mission de pr&#233;parer l'&#233;lection de l'Assembl&#233;e constituante. La soci&#233;t&#233; civile tunisienne avait r&#233;ussi &#224; imposer une feuille de route de gestion de la transition parce que la pression sur le r&#233;gime avait &#233;t&#233; appuy&#233;e par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de la puissante Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs tunisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alg&#233;rie, le mouvement populaire a aussi besoin d'adopter de nouveaux moyens de pression comme la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Il est &#224; ce titre imp&#233;ratif de se d&#233;barrasser de la direction de l'Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs alg&#233;riens inf&#233;od&#233;e au r&#233;gime et de restituer la centrale syndicale aux travailleurs&#183;euses pour qu'elle puisse jouer pleinement son r&#244;le au sein du mouvement populaire. Les organisations de jeunes et des droits des personnes, les associations de femmes, les &#233;tudiant&#183;e&#183;s, les collectifs de manifestant&#183;e&#183;s, et les partis d&#233;mocratiques ont besoin de forcer un front commun et de proposer une feuille de route pour une transition d&#233;mocratique g&#233;r&#233;e par les repr&#233;sentants du peuple.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rabah Moulla est professeur au Coll&#232;ge de Maisonneuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Rabah Moulla.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Alg&#233;rie. Un &#233;lan insurrectionnel refusant l'impunit&#233; et aspirant &#224; un droit &#224; la politique</title>
		<link>https://www.ababord.org/Un-elan-insurrectionnel-algerien-refusant-l-impunite-et-aspirant-a-un-droit-a-la-politique</link>
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		<dc:date>2020-06-25T15:05:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nadjet Bouda, Salim Boudjema, Nadia Bouhend, Amine Brahimi, Mouloud Idir, Karim Mansouri</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Idir, Mouloud </dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Bouda, Nadjet</dc:subject>
		<dc:subject>Boudjema, Salim</dc:subject>
		<dc:subject>Bouhend, Nadia</dc:subject>
		<dc:subject>Brahimi, Amine</dc:subject>
		<dc:subject>Mansouri, Karim</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel marqu&#233; par les effets de la pand&#233;mie, l'Alg&#233;rie est l'un des pays d'Afrique les plus touch&#233;s par la Covid-19, avec plus de 11&#8239;000 cas et plus de 800 morts. Chiffres et bilan g&#233;n&#233;reux compte tenu de l'opacit&#233; caract&#233;risant le r&#233;gime alg&#233;rien et de la non fiabilit&#233; des donn&#233;es issues des autorit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; En parall&#232;le, le pouvoir alg&#233;rien est contest&#233; par un mouvement populaire d'une grande ampleur : le Hirak (mouvement en arabe). En effet, depuis le 22 f&#233;vrier 2019, des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-84-ete-2020-" rel="directory"&gt;No 084 - &#233;t&#233; 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Idir-Mouloud-+" rel="tag"&gt;Idir, Mouloud &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bouda-Nadjet-+" rel="tag"&gt;Bouda, Nadjet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Boudjema-Salim-+" rel="tag"&gt;Boudjema, Salim&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Bouhend-Nadia-+" rel="tag"&gt;Bouhend, Nadia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brahimi-Amine-+" rel="tag"&gt;Brahimi, Amine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mansouri-Karim-+" rel="tag"&gt;Mansouri, Karim&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2931.jpg?1642092246' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1861&#034; height=&#034;1271&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le contexte actuel marqu&#233; par les effets de la pand&#233;mie, l'Alg&#233;rie est l'un des pays d'Afrique les plus touch&#233;s par la Covid-19, avec plus de 11&#8239;000 cas et plus de 800 morts. Chiffres et bilan g&#233;n&#233;reux compte tenu de l'opacit&#233; caract&#233;risant le r&#233;gime alg&#233;rien et de la non fiabilit&#233; des donn&#233;es issues des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; En parall&#232;le, le pouvoir alg&#233;rien est contest&#233; par un mouvement populaire d'une grande ampleur : le &lt;em&gt;Hirak&lt;/em&gt; (mouvement en arabe). En effet, depuis le 22 f&#233;vrier 2019, des millions de manifestant.e.s sortent dans les rues et se mobilisent pour condamner la corruption, l'indignit&#233; dans laquelle se consume une trop grande partie de la population, mais surtout pour exiger une v&#233;ritable sortie du r&#233;gime dictatorial et arbitraire domin&#233; par une haute hi&#233;rarchie militaire. Cette &lt;em&gt;nomenklatura&lt;/em&gt; accapare les leviers r&#233;els du pouvoir politique, mais aussi les secteurs &#233;conomiques vitaux pour la reproduction syst&#233;mique et institutionnelle de sa domination. La population alg&#233;rienne, dans la multiplicit&#233; de ses composantes sociologiques, exigent l'instauration d'un &#201;tat instituant le respect des droits et libert&#233;s pour tous et toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En somme, les Alg&#233;rien.ne.s mettent de l'avant des revendications appelant &#224; un v&#233;ritable processus constituant faisant du suffrage universel et de la r&#232;gle de droit le socle d'une refondation politique. Le peuple souhaite la mise en place de m&#233;canismes de convocation de la parole citoyenne pour que les dol&#233;ances du plus grand nombre soient entendues et consid&#233;r&#233;es. Les aspirations port&#233;es dans les rues traduisent une volont&#233; d'en finir avec le tripatouillage constitutionnel donnant lieu &#224; des changements factices et initi&#233;s par des sous-traitants inf&#233;od&#233;s &#224; un r&#233;gime habitu&#233; &#224; fixer les r&#232;gles du jeu politique de fa&#231;on autoritaire et tut&#233;laire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; La contestation des derniers mois&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;lan contestataire historique et in&#233;dit des derniers mois a toutefois, par signe de maturit&#233; et de responsabilit&#233; citoyenne, d&#251; battre en retraite et suspendre temporairement les manifestations et rassemblements en raison du contexte pand&#233;mique. Profitant de cette &#171; tr&#234;ve sanitaire &#187;, et de fa&#231;on &#233;hont&#233;e, le pouvoir militaire n'a eu de cesse de r&#233;primer, intimider et incarc&#233;rer les membres actifs du mouvement ; plusieurs d'entre eux et elles ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;.e.s pour une simple publication facebook. Le pr&#233;sident Abdelmadjid Tebboune et son gouvernement, adoub&#233;s et coopt&#233;s par les g&#233;n&#233;raux, instrumentalisent cette crise pour instaurer une nouvelle vague r&#233;pressive en s'appuyant sur leur police politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;but mars, on a d&#233;nombr&#233; des dizaines d'arrestations, parmi lesquelles des figures du mouvement, des militant.e.s des droits humains, des journalistes, des romancier.e.s. Aussi, les proc&#232;s exp&#233;ditifs se multiplient, condamnant &#224; de lourdes peines les figures dissidentes. La presse priv&#233;e - disposant d'une libert&#233; relative par rapport &#224; la presse publique - est pour sa part l'objet d'un harc&#232;lement accru visant &#224; r&#233;duire au silence les quelques paroles dissidentes en son sein qui osent franchir la limite du dicible en esp&#233;rant &#233;largir l'espace de la libre parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Loin des grands centres, des internautes sont r&#233;guli&#232;rement harcel&#233;s par la police politique en raison de leurs publications sur les r&#233;seaux sociaux. La gronde sociale touche m&#234;me l'extr&#234;me Sud : depuis plusieurs jours, Tin Zaouatine, ville frontali&#232;re avec le Mali, est le th&#233;&#226;tre de fortes tensions. Un jeune homme de 18 ans est d'ailleurs d&#233;c&#233;d&#233;, touch&#233; par une balle lors d'une manifestation. Une ex&#233;cution se voulant dissuasive pour tout dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce vendredi 19 juin, du fait de la reprise des manifestations dans plusieurs villes du pays (Annaba, Bejaia, Alger, Oran, etc.), on a d&#233;nombr&#233; des centaines d'arrestations. &#192; Beja&#239;a, d&#232;s le d&#233;but de la manifestation, des bombes lacrymog&#232;nes et des balles en caoutchouc ont &#233;t&#233; utilis&#233;es pour disperser les manifestants. Plusieurs bless&#233;s ont &#233;t&#233; constat&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; Une exigence de grande port&#233;e d&#233;mocratique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; En vue de d&#233;noncer cette r&#233;pression largement document&#233;e et en guise de solidarit&#233; avec nos compatriotes luttant pour la d&#233;mocratie et l'&#201;tat de droit, nous, les membres du &lt;em&gt;Comit&#233; de soutien pour les droits humains en Alg&#233;rie - Montr&#233;al&lt;/em&gt;, condamnons fermement la r&#233;pression impunie que subissent nos concitoyennes et concitoyens. Les violations continues des droits les plus fondamentaux auxquelles se livre le r&#233;gime alg&#233;rien doivent cesser. Il est urgent de redire la l&#233;gitimit&#233; du combat de manifestant.e.s pacifiques, de militants pour le pluralisme, de journalistes ou de toute personne voulant exprimer son refus de l'injustice et du d&#233;ni du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le r&#233;gime alg&#233;rien se permet ces pratiques r&#233;pressives puisqu'&#224; ce jour il continue de b&#233;n&#233;ficier d'une impunit&#233; totale pour toutes les violations des droits humains qu'il commet depuis notamment les ann&#233;es 1990, p&#233;riode co&#239;ncidant avec la sortie du r&#233;gime du parti unique. Ce r&#232;gne de l'impunit&#233; doit prendre fin et un processus de justice transitionnelle s'impose. La construction d'un &#201;tat de droit ne peut occulter un processus de v&#233;rit&#233; et de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aux yeux des membres de notre comit&#233;, il faut absolument &#233;lever cette exigence d&#233;mocratique du peuple alg&#233;rien et son d&#233;sir de libert&#233; et d'&#233;galit&#233; au rang d'un principe constituant exemplaire si l'on veut en g&#233;n&#233;raliser l'exercice et redonner sa puissance publique au mot de d&#233;mocratie &#8211; r&#233;duit l&#224;-bas comme ici &#224; un vague r&#233;f&#233;rent d&#233;pouill&#233; de son sens v&#233;ritable. Surtout si on veut en pr&#233;venir les usages restreints, minimalistes et essentiellement id&#233;ologiques le r&#233;duisant &#224; une coquille vide et en d&#233;phasage avec la grammaire du refus de l'indignit&#233; &#233;nonc&#233;e par les segments subalternes de la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne. Notre appel vise plut&#244;t &#224; lui conf&#233;rer toute la normativit&#233; politique indispensable en ces temps de regain des tendances les plus belliqueuses et martiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la mesure o&#249; les luttes sont communes, le d&#233;fi consistera sans doute &#224; probl&#233;matiser les conditions de cette revendication de lib&#233;ration du champ politique alg&#233;rien dans les termes d'un droit aux droits - en somme, d'un droit &#224; la politique pour reprendre les mots d'Hannah Arendt - qui soit aussi fondamental que jamais dans une p&#233;riode de r&#233;gression plan&#233;taire des formes d&#233;mocratiques, facilit&#233;e par les effets d&#233;sagr&#233;gateurs d'un capitalisme n&#233;olib&#233;ral, &#233;cocide, et surd&#233;termin&#233; par les cons&#233;quences insoup&#231;onn&#233;es d'une crise pand&#233;mique et syst&#233;mique &#224; laquelle aucun segment de l'humanit&#233; ne pourra se soustraire. Car notre destin est aussi tragique que commun&#233;ment partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tous ces soul&#232;vements populaires ont en commun d'opposer une d&#233;mocratie concr&#232;te de la rue, o&#249; quiconque peut participer &#224; l'&#233;laboration de la norme commune, &#224; une &#171; d&#233;mocratie &#187; &#233;litaire le plus souvent capt&#233;e par des &#171; repr&#233;sentants &#187; n'ayant le plus souvent comme l&#233;gitimit&#233; que le fait d'&#234;tre accoutum&#233;s aux rouages d'un jeu politique n&#233;cessitant, d'une part, d'&#234;tre red&#233;finis, mais aussi de mettre de l'avant des m&#233;canismes d'assistance &#224; la parole pour les moins consid&#233;r&#233;s dans le d&#233;compte social fortement caract&#233;ris&#233; par une m&#233;sentente et des diff&#233;rends entre le peuple et l'oligarchie militaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nadjet Bouda, Salim Boudjema, Nadia Bouhend, Amine Brahimi, Mouloud Idir et Karim Mansouri sont membres du &lt;i&gt;Comit&#233; pour les droits humains en Alg&#233;rie-Montr&#233;al&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Farouk Batiche&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Esclavage en Libye : l'occultation des questions importantes</title>
		<link>https://www.ababord.org/Esclavage-en-Libye-l-occultation-des-questions-importantes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Esclavage-en-Libye-l-occultation-des-questions-importantes</guid>
		<dc:date>2019-09-12T22:51:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bahdon Mohamed</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Conflits, droits humains et impunit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Mohamed, Bahdon</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En octobre 2017, la diffusion de photos par la cha&#238;ne &#233;tatsunienne CNN montrant des migrant&#183;e&#183;s d'Afrique noire vendu&#183;e&#183;s en Libye a soulev&#233; une question jamais r&#233;solue par les &#201;tats et les organisations internationales : l'esclavage. S'il y a eu des lois mettant fin &#224; l'esclavage en Europe &#224; la fin du 18e si&#232;cle et au d&#233;but du 19e, l'exploitation de certains peuples, qui sont devenus des minorit&#233;s dans leurs propres terres, a continu&#233; sous d'autres formes. &lt;br class='autobr' /&gt; L'esclavage est pratiqu&#233; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-75-ete-2018-" rel="directory"&gt;No 075 - &#233;t&#233; 2018&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Conflits-droits-humains-et-+" rel="tag"&gt;Conflits, droits humains et impunit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mohamed-Bahdon-+" rel="tag"&gt;Mohamed, Bahdon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2767.jpg?1642092230' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1251&#034; height=&#034;938&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En octobre 2017, la diffusion de photos par la cha&#238;ne &#233;tatsunienne CNN montrant des migrant&#183;e&#183;s d'Afrique noire vendu&#183;e&#183;s en Libye a soulev&#233; une question jamais r&#233;solue par les &#201;tats et les organisations internationales : l'esclavage. S'il y a eu des lois mettant fin &#224; l'esclavage en Europe &#224; la fin du 18e si&#232;cle et au d&#233;but du 19e, l'exploitation de certains peuples, qui sont devenus des minorit&#233;s dans leurs propres terres, a continu&#233; sous d'autres formes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'esclavage est pratiqu&#233; dans beaucoup de soci&#233;t&#233;s humaines dans le monde. Il a marqu&#233; les structures sociales et mentales de diff&#233;rents peuples, les uns domin&#233;s et en proie &#224; un complexe d'inf&#233;riorit&#233; et une poign&#233;e d'autres dominants au nom de leur sentiment de sup&#233;riorit&#233;. Le d&#233;veloppement du capitalisme occidental s'est appuy&#233; sur l'esclavage d'hommes et de femmes, des b&#234;tes de somme sans droit ni dignit&#233; humaine. En v&#233;rit&#233;, l'abolition officielle de l'esclavage n'a &#233;t&#233; que formelle. Elle fut facilement contourn&#233;e par les mercenaires, &#233;crivains et autres aventuriers de cette nouvelle Europe, comme Henry de Monfreid ou Joseph Kessel qui, dans la Corne de l'Afrique, expliquaient qu'elle a &#233;t&#233; pratiqu&#233;e jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1940&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Joseph Kessel et son livre March&#233; d'esclaves publi&#233; en 1933 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette r&#233;gion &#233;tant &#224; cheval entre le monde africain et le monde arabo-turco-perse (ce dernier n'a jamais aboli l'esclavage).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les droits humains aux oubliettes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En Occident et dans ce qu'on appelle les &#171; d&#233;mocraties consolid&#233;es &#187;, les droits humains sont bafou&#233;s et viol&#233;s intentionnellement dans le traitement des migrant&#183;e&#183;s. Le traitement de ces personnes qui &#233;chouent &#224; l'une de ses fronti&#232;res-forteresses constitue le symbole d'un &#201;tat de droit plus th&#233;orique que pratique. Cette Europe communautaire a en quelque sorte export&#233; la gestion de ses fronti&#232;res ext&#233;rieures et enferme les migrant&#183;e&#183;s dans des centres situ&#233;s dans les pays du Maghreb, en Afrique noire et en Turquie contre le paiement de milliards d'euros &#224; des gouvernements qui ne respectent pas les droits de l'homme. Cette Europe o&#249; le racisme et le discours extr&#233;miste sont banalis&#233;s a enterr&#233; le droit d'asile et a recours &#224; des &#171; mini Guant&#225;namo &#187; discrets et inconnus du grand public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Mauritanie accueille sur son sol un tel &#171; Guant&#225;namo &#187;. Financ&#233; en partie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis 1997, la politique d'immigration de l'Union europ&#233;enne a cr&#233;&#233; un espace propice aux groupes mafieux et, depuis quelques ann&#233;es, aux groupes terroristes dans sa lutte contre l'immigration clandestine et par sa politique d'exclusion et de rejet de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des secteurs &#233;conomiques hors normes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes migrant&#183;e&#183;s des pays du Sud &#233;migrent pour r&#233;pondre aux demandes de certains secteurs de l'&#233;conomie submerg&#233;e en Europe du Sud. Ces populations &#233;migrent aussi en Allemagne ou en Autriche o&#249; les travailleurs&#183;euses bulgares ou roumain&#183;e&#183;s sont d&#233;j&#224; surexploit&#233;&#183;e&#183;s. Le n&#233;olib&#233;ralisme impos&#233; aux soci&#233;t&#233;s humaines renforce l'exploitation humaine par de puissantes multinationales qui passent pour des &#171; cr&#233;atrices de richesse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture, la p&#234;che, la restauration sont devenues des secteurs &#233;conomiques subventionn&#233;s et employant des immigr&#233;&#183;e&#183;s clandestin&#183;e&#183;s qui ne respectent donc pas le cadre l&#233;gal national et communautaire. Ces subventions soutiennent des pratiques esclavagistes du 21e si&#232;cle desquelles la dignit&#233; humaine a disparu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;S&#233;curit&#233; avant libert&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le d&#233;veloppement de la mondialisation a-t-il cr&#233;&#233; un monde d'enfermement, de rejet de l'autre, de peur, de la schizophr&#233;nie des dirigeant&#183;e&#183;s des pays du Nord et une obsession des &#233;conomistes et chefs d'organisations financi&#232;res et &#233;conomiques &#224; promouvoir toujours plus de &#171; lib&#233;ralisme &#187;. Or, la surveillance des fronti&#232;res est devenue ces derni&#232;res ann&#233;es un business exclusivement (et extr&#234;mement) profitable &#224; quelques soci&#233;t&#233;s de la s&#233;curit&#233; et de l'armement. La juriste Claire Rodier a analys&#233; la relation entre s&#233;curit&#233; des territoires et contr&#244;le de ce nouveau march&#233; par des entreprises mafieuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claire Rodier, X&#233;nophobie Business. &#192; qui profitent les contr&#244;les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle ne se r&#233;sume pas seulement &#224; l'augmentation de la vente des armes, l&#233;g&#232;res et lourdes, au d&#233;veloppement des guerres r&#233;gionales, mais elle se caract&#233;rise aussi par une peur induite aux populations des pays du Nord quant &#224; l'arriv&#233;e et l'installation des r&#233;fugi&#233;&#183;e&#183;s, une peur qui profite aux partis de la droite et de l'extr&#234;me droite et qui fait silence sur les nouveaux visages de l'&#233;conomie esclavagiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Joseph Kessel et son livre &lt;i&gt;March&#233; d'esclaves&lt;/i&gt; publi&#233; en 1933 : il d&#233;crit diff&#233;rents aspects de la vie de l'&#233;poque des gens de cette r&#233;gion africaine. C'est une &#233;poque o&#249; l'interdiction officielle de l'esclavage laisse place &#224; un march&#233; de trafic d'humains, parfois avec la complicit&#233; des autorit&#233;s coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Mauritanie accueille sur son sol un tel &#171; Guant&#225;namo &#187;. Financ&#233; en partie par le gouvernement espagnol, on y retient les immigr&#233;&#183;e&#183;s originaires du S&#233;n&#233;gal et d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale qui se dirigeaient vers les enclaves espagnoles de Ceuta ou Melilla ou les &#238;les Canaries.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claire Rodier, &lt;i&gt;X&#233;nophobie Business. &#192; qui profitent les contr&#244;les migratoires&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur est doctorant en sociologie de l'&#233;ducation &#224; l'Universit&#233; de Murcie (Espagne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Xomiele (CC BY-NC).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lutter dans un &#201;tat rentier</title>
		<link>https://www.ababord.org/Lutter-dans-un-Etat-rentier</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Lutter-dans-un-Etat-rentier</guid>
		<dc:date>2016-06-10T18:19:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Islam Derradji</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et environnement</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Derradji, Islam</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis janvier 2015, une communaut&#233; du sud de l'Alg&#233;rie lutte pour obtenir un moratoire sur l'exploitation des gaz de schiste. Par la nature de ses revendications, sa composition, sa coh&#233;sion et les r&#233;pertoires d'action qu'il investit, le mouvement citoyen d'In Salah est in&#233;dit dans l'histoire r&#233;cente du pays. &lt;br class='autobr' /&gt; Malgr&#233; la d&#233;termination de ses mili&#173;tant&#183;e&#183;s, il est toutefois peu probable, en raison de l'importance de la rente &#233;nerg&#233;tique pour le r&#233;gime, que les autorit&#233;s reculent sur le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-62-dec-2015-janv-2016-" rel="directory"&gt;No 062 - d&#233;c. 2015 / janv. 2016&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Ecologie-et-environnement-+" rel="tag"&gt;Ecologie et environnement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Derradji-Islam-+" rel="tag"&gt;Derradji, Islam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2216.png?1642092180' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;628&#034; height=&#034;417&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis janvier 2015, une communaut&#233; du sud de l'Alg&#233;rie lutte pour obtenir un moratoire sur l'exploitation des gaz de schiste. Par la nature de ses revendications, sa composition, sa coh&#233;sion et les r&#233;pertoires d'action qu'il investit, le mouvement citoyen d'In Salah est in&#233;dit dans l'histoire r&#233;cente du pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; la d&#233;termination de ses mili&#173;tant&#183;e&#183;s, il est toutefois peu probable, en raison de l'importance de la rente &#233;nerg&#233;tique pour le r&#233;gime, que les autorit&#233;s reculent sur le dossier. La lutte demeure en outre profond&#233;ment r&#233;gionalis&#233;e et peine &#224; changer d'&#233;chelle. Dans ces conditions, le rapport de force reste favo&#173;rable &#224; une coalition &#233;nerg&#233;tique qui r&#233;unit gouvernements (alg&#233;rien et &#233;trangers) et multinationales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'alliance &#233;nerg&#233;tique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'opposition &#224; l'exploitation des gaz de schiste se constitue en 2012, &#224; l'aune d'une r&#233;vision de la loi 05-07 sur les hydrocarbures. Les nouvelles dispositions l&#233;gislatives d&#233;finissent les conditions d'exploration et d'exploitation des &#233;nergies non conventionnelles et annoncent des all&#232;gements fiscaux destin&#233;s &#224; attirer les investissements &#233;trangers. Des journalistes, universitaires et syndicalistes s'expriment aussit&#244;t sur diff&#233;rentes tribunes pour sensibiliser l'opinion publique aux risques sanitaires et environnementaux inh&#233;rents &#224; l'exploitation de ces gaz. Le 21 janvier 2013, le projet est toutefois adopt&#233; par le parlement natio&#173;nal. Les d&#233;put&#233;s de l'Alliance de l'Alg&#233;rie verte (AAV) s'y opposent et ceux du Front des forces socialistes (FFS) boycottent le vote. Les deux formations politiques accusent alors le gouvernement d'engager l'avenir de populations enti&#232;&#173;res, sans consultations publiques pr&#233;alables. On lui reproche &#233;galement &#171; &lt;i&gt;d'introduire des multi&#173;nationales dans un secteur de souverainet&#233; non pas comme sous-traitants, mais comme partenaires voire comme copropri&#233;taires des gisements&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Front des Forces Socialistes, &#171; Intervention du chef du groupe parlementaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des multinationales qui, en plus d'&#234;tre sollicit&#233;es par les autorit&#233;s nationales, sont soutenues par leurs gouvernements respectifs. Le 2 mars 2015, le sous-secr&#233;taire d'&#201;tat am&#233;ricain aux Affaires &#233;conomiques et commerciales, M. Rivkin, se d&#233;place &#224; Alger. Il y soutient que l'exploitation des gaz de schiste est rentable, cr&#233;atrice d'emplois et sans dangers, avant d'ajouter que les &#201;tats-Unis sont dispos&#233;s &#224; apporter leur assistance technique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hocine Malti, &#171; L'&#201;tat fait le forcing, les citoyens r&#233;sistent &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une semaine plus tard, &#224; la faveur d'une visite de son homologue portugais, le premier ministre alg&#233;rien indique que : &#171; L'Alg&#233;rie a propos&#233; &#224; l'Europe, &#224; la demande des pays europ&#233;ens qui ont exprim&#233; le besoin de s&#233;curiser et de diversifier leurs approvisionnements &#233;nerg&#233;tiques, pour limi&#173;ter la d&#233;pendance au gaz russe, la relance du projet du gazoduc &#8220;GALSI&#8221; devant relier l'Alg&#233;rie &#224; l'Italie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Portail du premier ministre, &#171; M. Sellal pr&#233;conise &#224; l'UE la relance de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &#192; terme, l'exploitation des gaz de schiste s'inscrit dans une logique d'accroissement de l'approvisionnement europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet se trouve ainsi port&#233; par une coalition h&#233;t&#233;roclite d'acteurs nationaux et &#233;trangers. Elle r&#233;unit un gouvernement alg&#233;rien d&#233;sireux de diver&#173;sifier ses sources de rente, des gouvernements &#233;trangers soucieux d'assurer des parts de march&#233; &#224; leur industrie ou de limiter leur d&#233;pendance gazi&#232;re &#224; l'&#233;gard de la Russie et des multinationales &#224; l'aff&#251;t des opportunit&#233;s d'affaires. Mais ces multinationales ne se pressent pas pour entamer l'exploration. Tant qu'il n'y a pas de certitudes quant &#224; la qualit&#233; et &#224; la rentabilit&#233; des gise&#173;ments alg&#233;riens, c'est &#224; la compagnie nationale, la Sonatrach, d'ouvrir la voie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un mouvement communautaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un premier puits-pilote est inaugur&#233; &#224; Ahnet, dans le sud du pays, le 27 d&#233;cembre 2014. Moins d'une semaine plus tard, la r&#233;sistance s'organise &#224; In Salah, une ville situ&#233;e &#224; 28 km des lieux de forage. Les militant&#183;e&#183;s craignent que les produits chimiques utilis&#233;s dans la fracturation hydraulique nuisent &#224; la sant&#233; de la population. Une inqui&#233;&#173;tude d'autant plus aigu&#235; qu'elle leur rappelle le souvenir douloureux des essais nucl&#233;aires fran&#231;ais dans la r&#233;gion. Ils ont le sentiment que In Salah est &#224; nouveau un terrain d'exp&#233;rimentation. On redoute enfin l'&#233;puisement des ressources hydriques et la pollution des nappes phr&#233;atiques. Or, les populations du d&#233;sert savent mieux que quiconque que l'eau est source de vie. Sa gestion rigoureuse est n&#233;cessaire &#224; la consommation courante et &#224; l'irrigation des palmeraies. &#192; l'&#233;vidence, le mouvement se constitue en r&#233;pon&#173;se &#224; une double menace existentielle. Mena&#173;ce d'abord pour la sant&#233; et le bien-&#234;tre des individus. Menace ensuite pour la survie d'une communaut&#233; dont le mode de vie se trouve mis en p&#233;ril. Ce qui se joue, c'est bien le rapport de l'Homme &#224; son milieu et l'ensemble des inter&#173;actions sociales qui y est associ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, cette forte inscription spatiale de l'enjeu marque le mouvement dans sa composition et dans sa coh&#233;sion. Dans la mesure o&#249; toute la communaut&#233; est concern&#233;e, les marches attirent autant les femmes que les hommes, les jeunes et les plus &#226;g&#233;s, les amis et les cousins. L'action collective tire avantage des solidarit&#233;s m&#233;caniques entre individus, de leur attachement marqu&#233; au groupe et d'une forte identit&#233; collective. La coh&#233;sion est &#233;galement favoris&#233;e par le r&#233;pertoire&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;gionalisme et rente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 25 f&#233;vrier 2015, un collectif national pour un moratoire sur les gaz de schiste (CNMGS) est cr&#233;&#233; pour relayer les luttes locales. Il rassemble des scientifiques, des ing&#233;nieurs et des associations. Des partis d'opposition se disent &#233;galement solidaires du mouvement d'In Salah, mais les mobilisations organis&#233;es &#224; Alger n'attirent pas les foules. On aura beau en expliquer la faiblesse par l'importance du dispositif s&#233;curitaire, le manque d'exp&#233;rience des associations, l'absence de base militante ou la fragmentation du champ associatif, le fait est que l'exploitation des gaz de schiste ne repr&#233;sente pas une menace aussi visible et imp&#233;rieuse pour les populations urbaines du nord. Or, ces diff&#233;rences r&#233;gionales sont exacerb&#233;es par un r&#233;gime qui en joue pour cloisonner la lutte. Les militantes et militants d'In Salah sont accus&#233;s d'&#234;tre &#224; la solde de forces &#233;trang&#232;res ou de vouloir nuire au d&#233;veloppement du pays. Des gendarmes tiennent &#224; leur &#233;gard des propos racistes, les accusant, en raison de leur couleur de peau, de venir du Niger ou du Mali&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; In Salah de A &#224; Z &#187;, El Watan, 6 mars 2015. Disponible en ligne.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'ils s'opposent &#224; l'exploitation du gaz de schiste, c'est donc qu'ils ne seraient pas de v&#233;ritables Alg&#233;riens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que le mouvement s'est surtout diffus&#233; dans les r&#233;gions o&#249; l'on redoute des p&#233;rils analogues &#224; ceux d'In Salah. Les populations du nord ne sont pas dupes des man&#339;uvres destin&#233;es &#224; discr&#233;diter la lutte et plusieurs y sont certainement sympathiques. Force est toutefois d'admettre qu'ils profitent davantage de la politique de la rente et s'en trouvent, dans une certaine mesure, complices. Depuis la nationalisation des hydrocarbures en 1971, la rente &#233;nerg&#233;tique a permis au r&#233;gime alg&#233;rien d'irriguer des r&#233;seaux client&#233;listes, de renforcer son appareil coercitif, de r&#233;dui&#173;re la pression fiscale sur les m&#233;nages et de prendre en charge la soci&#233;t&#233;. Il garantit ainsi l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et &#224; la m&#233;decine, lance de vastes chantiers de logements sociaux et soutient le prix des denr&#233;es alimentaires. La stabilit&#233; du r&#233;gime s'en est trouv&#233;e associ&#233;e &#224; sa capacit&#233; de distribution. L'annonce r&#233;guli&#232;re d'une r&#233;duction des r&#233;ser&#173;ves d'hydrocarbures le conduit naturellement &#224; prospecter des &#233;nergies non conventionnelles, dans l'espoir de retarder l'effondrement du syst&#232;me. &#192; moins que les gisements ne soient pas rentables, on le voit donc difficilement acquiescer &#224; un moratoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers une convergence des luttes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d'In Salah est, &#224; certains &#233;gards, comparable &#224; ceux du Qu&#233;bec et de France. Il en partage les craintes et les revendications, en repro&#173;duit les modes d'action et se trouve ins&#233;r&#233; dans des configurations analogues de rapports de force. Face &#224; des coalitions qui m&#234;lent industrie extractive et gouvernements, des communaut&#233;s locales et des soci&#233;t&#233;s civiles r&#233;sistent au nom de la pr&#233;servation des &#233;cosyst&#232;mes. Au Qu&#233;bec et en France, des canaux institutionnels de m&#233;diation des int&#233;r&#234;ts ont permis d'obtenir des concessions tant&#244;t mineures tant&#244;t importantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascale Dufour, Christine Rothmayr Allison et Laurence Bherer, &#171; Lutte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En Alg&#233;rie, ces canaux sont r&#233;solument bloqu&#233;s. C'est donc dans la rue que le rapport de force doit &#234;tre construit, mais le mouvement peine encore &#224; changer d'&#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions ainsi multiplier les points de comparaison, pour constater que les luttes d'ici et d'ailleurs s'inscrivent dans une trame commune. Si nous devions rapprocher le mouvement d'In Salah de celui des Mapuches en Argentine, nous y verrions encore davantage de similitudes. Le t&#233;moignage conjoint de la violence physique et symbolique d'un paradigme moderniste de d&#233;ve&#173;loppement qui, sous couvert de progr&#232;s, a commodifi&#233; l'Homme et la Nature, pour en tirer le plus grand profit. Un paradigme qui tient pour folklorique tout discours qui ne s'exprime pas dans le langage de la rationalit&#233; instrumentale et d&#233;pr&#233;cie les savoirs pratiques et les connaissances indig&#232;nes qui ont jusque-l&#224; permis &#224; des communaut&#233;s de vivre en symbiose avec leur environnement. Bien que marginalis&#233;es, ces communaut&#233;s luttent pour leur souverainet&#233; et r&#233;sistent au d&#233;sen&#173;chantement du monde. Face &#224; de telles convergences, nous serions tent&#233;s de leur dire : unissez-vous !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Front des Forces Socialistes, &#171; Intervention du chef du groupe parlementaire : &#8220;Le FFS prend l'initiative d'organiser une Convention Nationale sur l'&#201;nergie en 2013&#8221; &#187;, 9 janvier 2013. &lt;a href=&#034;http://www.ffs-dz.net/?p=1623&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hocine Malti, &#171; L'&#201;tat fait le forcing, les citoyens r&#233;sistent &#187;, &lt;i&gt;Algeria-Watch&lt;/i&gt;, 27 ao&#251;t 2015. &lt;a href=&#034;http://www.algeria-watch.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Portail du premier ministre, &#171; M. Sellal pr&#233;conise &#224; l'UE la relance de plusieurs projets &#233;nerg&#233;tiques &#187;, 10 mars 2015. &lt;a href=&#034;http://www.premier-ministre.gov.dz&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; In Salah de A &#224; Z &#187;, &lt;i&gt;El Watan&lt;/i&gt;, 6 mars 2015. &lt;a href=&#034;http://www.djazairess.com/fr/elwatan/489064&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pascale Dufour, Christine Rothmayr Allison et Laurence Bherer, &#171; Lutte contre l'exploitation des gaz de schiste au Qu&#233;bec : quand un enjeu environnemental brasse les cartes du jeu politique &#187;, &lt;i&gt;Mouvements&lt;/i&gt;, 6 d&#233;cembre 2011. &lt;a href=&#034;http://mouvements.info&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Disponible en ligne&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur est candidat au doctorat au d&#233;partement de science politique de l'Universit&#233; de Montr&#233;al. Il est &#233;galement &#233;tudiant chercheur au Centre de recherche sur les politiques et le d&#233;veloppement et au Consortium inter-universitaire pour les &#233;tudes arabes et moyen-orientales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Manifestation &#224; In Salah. Source : lesinrocks.com&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Esquisse du Forum social mondial de Tunis</title>
		<link>https://www.ababord.org/Esquisse-du-Forum-social-mondial</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Esquisse-du-Forum-social-mondial</guid>
		<dc:date>2016-04-06T00:40:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Am&#233;lie Nguyen</dc:creator>


		<dc:subject>Altermondialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Nguyen, Am&#233;lie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s les d&#233;buts enthousiastes des Forums sociaux mondiaux (FSM) de Porto Alegre en 2001, 2002 et 2003, cet espace de dialogue et de r&#233;flexion a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement remis en question, et ce, de mani&#232;re de plus en plus pressante. Ses d&#233;tracteurs en critiquent l'absence de r&#233;sultat &#171; concret &#187; ou plus &#171; politique &#187;, ce qui voudrait pourtant souvent signifier de contredire la d&#233;marche et les principes fondamentaux des Forums, &#224; savoir : des espaces ouverts, non hi&#233;rarchiques, qui s'ancrent dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-60-ete-2015-" rel="directory"&gt;No 060 - &#233;t&#233; 2015&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Altermondialisme-+" rel="tag"&gt;Altermondialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nguyen-Amelie-+" rel="tag"&gt;Nguyen, Am&#233;lie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2147.png?1642092175' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;617&#034; height=&#034;241&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s les d&#233;buts enthousiastes des Forums sociaux mondiaux (FSM) de Porto Alegre en 2001, 2002 et 2003, cet espace de dialogue et de r&#233;flexion a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement remis en question, et ce, de mani&#232;re de plus en plus pressante. Ses d&#233;tracteurs en critiquent l'absence de r&#233;sultat &#171; concret &#187; ou plus &#171; politique &#187;, ce qui voudrait pourtant souvent signifier de contredire la d&#233;marche et les principes fondamentaux des Forums, &#224; savoir : des espaces ouverts, non hi&#233;rarchiques, qui s'ancrent dans la diversit&#233; des luttes, bas&#233;s sur l'auto-organisation et l'autogestion, pour s'opposer en particulier au n&#233;olib&#233;ralisme et &#224; l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je te dis la v&#233;rit&#233; sur la Tunisie, parce que si on ne dit pas la v&#233;rit&#233;, il est impossible de changer. Marsi, volontaire FSM de Tunis 2015&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile d'avoir un message unifi&#233; dans ce cadre, puisque ce n'est pas son objectif. Difficile, comme dans d'autres initiatives de sensibilisation ou d'&#233;ducation, de pr&#233;senter les r&#233;sultats de mani&#232;re comptable. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y ait pas de r&#233;sultats bien tangibles en mati&#232;re de prise de conscience, de r&#233;seautage et de mobilisation sur le plan individuel ou &#224; l'&#233;chelle des communaut&#233;s. Portrait du FSM de Tunis en quelques th&#232;mes, parmi tout un foisonnement d'id&#233;es et d'exp&#233;riences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le spectre du terrorisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque du Mus&#233;e national du Bardo, &#224; quelques jours de l'ouverture du FSM, a de toute &#233;vidence compl&#232;tement chang&#233; l'organisation et l'ambiance de celui-ci. Les Tunisiens et Tunisiennes &#233;taient sous le choc, ne voulaient pas &#234;tre vus comme &#171; &lt;i&gt; tous des terroristes &lt;/i&gt; &#187; et nous remerciaient &#171; &lt;i&gt;d'&#234;tre venus quand m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. Fouilles des sacs et d&#233;tecteurs de m&#233;tal ont retard&#233; la tenue des &#233;v&#233;nements tous les jours, teintant aussi les d&#233;bats, au grand dam de certain&#183;e&#183;s qui se sont senti confin&#233;s au terrain discursif des pays dominants du monde. Laissant planer la porosit&#233; des influences, malgr&#233; le caract&#232;re non gouvernemental du FSM, en principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche d'ouverture allant jusqu'au Mus&#233;e du Bardo, sacr&#233;e marche &#171; antiterroriste &#187; par les organisateurs et organisatrices, a aussi sem&#233; la controverse, plusieurs d&#233;non&#231;ant la verticalit&#233; de cette d&#233;cision, qui allait &#224; l'encontre du principe de non-hi&#233;rarchie du Forum et de la reconnaissance de l'ensemble des mouvements et causes pr&#233;sents. Tout au long, la pr&#233;sence de policiers fortement arm&#233;s a paradoxalement repositionn&#233; symboliquement le Forum, dit espace citoyen, dans l'espace de l'appareil s&#233;curitaire de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une jeunesse d&#233;&#231;ue, mais toujours mobilis&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est devenue la Tunisie d'apr&#232;s-r&#233;volution qui a inspir&#233; des milliers de personnes de toutes les couches de la soci&#233;t&#233; &#224; contrer l'autoritarisme pour se mobiliser de la fin de 2010 &#224; 2011, &#224; travers le pays, &#224; grand risque, pour une plus grande justice sociale et pour un &#233;largissement d&#233;mocratique ? Aujourd'hui, les in&#233;galit&#233;s y sont toujours criantes, les jeunes cherchent toujours o&#249; canaliser l'enthousiasme un peu fl&#233;tri d'il y a quelques ann&#233;es et &#224; r&#233;aliser les id&#233;aux port&#233;s alors. Tant le gouvernement que la structure sociale bien ancr&#233;e les ont laiss&#233;s tomber, semble-t-il, faute de leur donner une place dans les d&#233;bats politiques et d'agir contre le ch&#244;mage. Les influences externes y jouent aussi un r&#244;le important, l'Agence de notation Standard &amp; Poor's ayant d&#233;cot&#233; le syst&#232;me bancaire tunisien en avril 2015, fragilisant d'autant plus les finances gouvernementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne change pas si vite un mode de fonctionnement social, mais le mouvement, port&#233; par un grand nombre de jeunes instruits et sans emploi &#8211; plus de 30 % des Tunisien&#183;ne&#183;s ont moins de 30 ans, les taux de ch&#244;mage variaient de 16 &#224; 37 % selon les r&#233;gions en 2013 &#8211;, ne perd pas ses forces non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le FSM a mobilis&#233; plus d'un millier de volontaires affables, motiv&#233;s et politis&#233;s qui ont permis &#224; l'&#233;v&#233;nement d'&#234;tre un succ&#232;s malgr&#233; leurs mauvaises conditions de vie, le terrorisme latent et la temp&#233;rature. Signe de ce blocage de l'ascenseur social pour eux, ils et elles ont d&#251; manifester pendant et contre le Forum m&#234;me, n'ayant pas eu acc&#232;s au logement et &#224; la petite allocation promise en compensation par la coordination de l'&#233;v&#233;nement (3 $ environ par 4 heures, pour compenser leurs d&#233;penses). M&#234;me au sein du Forum, le manque de reconnaissance des capacit&#233;s et de la voix des jeunes &#233;tait donc palpable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en parle peu, mais plus de 80 &#233;tudiantes et &#233;tudiants qui ont &#233;t&#233; bless&#233;s lors de la r&#233;volution ne r&#233;ussissent pas &#224; se d&#233;faire de leur casier judiciaire, malgr&#233; le changement de gouvernement. Ces &#233;tudiants-ch&#244;meurs, en grande partie affili&#233;s &#224; l'UGET (Union g&#233;n&#233;rale des &#233;tudiants de Tunisie), ne peuvent ainsi toujours pas postuler aux postes de la fonction publique, ce qui limite incroyablement leurs perspectives d'emploi. Ils et elles &#233;taient m&#234;me en gr&#232;ve de la faim depuis plus d'un mois, puis en gr&#232;ve de la faim tournante pour demander le retrait des accusations port&#233;es contre eux lors du Forum. La lutte n'est pas finie, plusieurs des membres de l'appareil gouvernemental &#233;tant toujours les m&#234;mes, ce qui fragilise l'&#233;tablissement d'une r&#233;elle justice de transition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rep&#233;rer les angles morts</title>
		<link>https://www.ababord.org/Reperer-les-angles-morts</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Reperer-les-angles-morts</guid>
		<dc:date>2015-06-10T00:06:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mouloud Idir</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Orient</dc:subject>
		<dc:subject>Idir, Mouloud </dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'histoire maghr&#233;bine et proche-orientale des 20 derni&#232;res ann&#233;es regorge d'exemples historiques nous donnant &#224; voir l'irruption du peuple dans l'ar&#232;ne politique dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; le politique a toujours &#233;t&#233; une affaire de rapports de force bruts que les poss&#233;dants et dominants faisaient subir &#224; des masses qu'ils m&#233;prisaient largement. Les r&#233;centes r&#233;voltes, &#224; appr&#233;hender sous un temps long et discontinu, donnaient &#224; voir une appropriation des espaces publics et des formes de mobilisation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton2009.jpg?1642092166' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;422&#034; height=&#034;566&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'histoire maghr&#233;bine et proche-orientale des 20 derni&#232;res ann&#233;es regorge d'exemples historiques nous donnant &#224; voir l'irruption du peuple dans l'ar&#232;ne politique dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; le politique a toujours &#233;t&#233; une affaire de rapports de force bruts que les poss&#233;dants et dominants faisaient subir &#224; des masses qu'ils m&#233;prisaient largement. Les r&#233;centes r&#233;voltes, &#224; appr&#233;hender sous un temps long et discontinu, donnaient &#224; voir une appropriation des espaces publics et des formes de mobilisation in&#233;dites. C'est le politique qui se lib&#232;re et s'autonomise dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; nous avons tendance &#224; penser que c'est face au seul p&#244;le religieux qu'il faut s'affranchir. Autonomie du politique face au religieux, mais aussi et surtout face au militaire, au policier et &#224; l'arbitraire de l'injustice des poss&#233;dants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'autoritarisme arabe par la pens&#233;e &lt;i&gt;moderniste&lt;/i&gt; et d'&#201;tat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De prime abord, il est important de regarder et d'&#233;valuer les mouvements politiques et sociaux &#233;mancipateurs dans le monde arabo-musulman en tant que r&#233;alit&#233;s plurielles &#8211; d'abord enracin&#233;es dans le v&#233;cu concret des gens &#8211; et moins comme des &#233;quivalents id&#233;ologiques de nos cat&#233;gories politiques. Nous d&#233;couvrirons alors une richesse et une complexit&#233; inou&#239;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, il faut aussi ajouter que les tendances politiques qui tentent aujourd'hui de s'approprier le registre des discours sur la d&#233;mocratie et le progr&#232;s sont souvent les m&#234;mes qui ont jadis privil&#233;gi&#233; un mod&#232;le de modernisation autoritaire cautionnant les r&#233;gimes les plus sanguinaires. Ces discours sont souvent un &#233;cran de fum&#233;e brandi par des groupes sociaux compl&#232;tement excentr&#233;s et coup&#233;s de la population, cachant leurs privil&#232;ges et leur d&#233;sir de pouvoir derri&#232;re de nouveaux habits d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, ces discours dits modernistes r&#233;ifient trop souvent l'&#201;tat consid&#233;r&#233; comme le seul garant de l'unit&#233; et de l'universalit&#233;. Ces &#233;lites, encore sous l'emprise des th&#233;ories jacobines, &#233;volutionnistes et positivistes, ne per&#231;oivent pas bien le lien entre le politique et le social. Pour elles, le politique &#233;quivaut &#224; l'&#201;tat et &#224; un discours sur l'&#201;tat : ce qui contribue &#224; rar&#233;fier des revendications et disputes sur le monde social en les associant &#224; la division sociale et &#171; l'archa&#239;sme &#187; des cat&#233;gories populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sources de cette vision se trouvent en partie dans le refus de certaines cat&#233;gories, h&#233;g&#233;moniques dans l'appareil d'&#201;tat, d'opter pour l'&#233;largissement d&#233;mocratique : leur discours est de ce fait en d&#233;phasage face &#224; la majorit&#233; sociale. En d&#233;coule un refus de l'ouverture d&#233;mocratique, entendue au sens de l'alternance et du respect du suffrage universel. C'est en fait le verdict des urnes qui est craint. Le coup d'&#201;tat des g&#233;n&#233;raux alg&#233;riens en 1992 et le coup de force, en juillet 2013, du g&#233;n&#233;ral Al Sissi du Conseil supr&#234;me des forces arm&#233;es &#233;gyptiennes en sont les meilleurs exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mes yeux, une sortie de cette impasse exige, d'une part, un regard diff&#233;rent sur la s&#233;cularisation et, d'autre part, de compter autant sur le social et son &#233;lasticit&#233; que sur l'&#201;tat pour appr&#233;hender les espaces de politisation des enjeux locaux. J'ajoute que l'&#201;tat, aujourd'hui lieu d'engendrement des in&#233;galit&#233;s de tous ordres, a pour assise les couches moyennes opportunistes. Si sa base ne s'&#233;largit pas, si la d&#233;mocratie est confisqu&#233;e et appara&#238;t aux plus faibles comme un simple instrument des plus forts, l'aventure et le recours &#224; la violence resteront le lot de la contestation sociale. Voil&#224; sommairement pour les ap&#244;tres d'un autoritarisme sous les oripeaux d'un modernisme apolitique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'autoritarisme arabe &#224; l'&#232;re technocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un autre discours dominant, &#224; la source du renforcement autoritaire des processus de d&#233;-d&#233;mocratisation, est certainement celui consistant &#224; dire que la seule fa&#231;on d'aller au-del&#224; de la confrontation et de la polarisation sociale consisterait en des gouvernements &#171; apolitiques et de technocrates comp&#233;tents &#187;. Ces discours, qu'on a vus surgir &#224; la suite notamment de la chute des dictateurs de type Ben Ali et Moubarak, sont ceux qui dominent aujourd'hui en Tunisie, en &#201;gypte et en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce discours issu de groupes oppos&#233;s aux partis &#224; r&#233;f&#233;rents religieux, s'ajoute celui de cat&#233;gories plus conservatrices, mais tout aussi impr&#233;gn&#233;es des conceptions restreintes de la d&#233;mocratie. Dans les deux cas, les discours induisent l'id&#233;e que l'exercice du pouvoir revient &#224; l'expertise de ceux qui ont des titres &#224; gouverner, oubliant ainsi que la d&#233;mocratie n'est pas une forme particuli&#232;re de gouvernement, mais le fondement de la politique elle-m&#234;me : c'est-&#224;-dire ce qui renvoie toute volont&#233; de domination &#224; son ill&#233;gitimit&#233; premi&#232;re. Et son exercice d&#233;borde n&#233;cessairement les formes institutionnelles de la repr&#233;sentation du peuple. Car la d&#233;mocratie ne devient authentique, nous dit Jacques Ranci&#232;re, que lorsqu'elle proc&#232;de d'un pr&#233;suppos&#233; &#233;galitaire. Et elle consiste alors en la v&#233;rification en acte de ce pr&#233;suppos&#233;. C'est ici que les peuples ne sont pas dupes et ont raison de se m&#233;fier du minimalisme des conceptions &#224; la source de la d&#233;mocratie technocratique et d'expertise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi qui nous incombe consiste d&#232;s lors plut&#244;t &#224; r&#233;v&#233;ler ou &#224; contribuer &#224; rep&#233;rer les diff&#233;rentes formes d'actions et de luttes politiques qui expriment des diff&#233;rends, des qu&#234;tes de justice et qui participent de v&#233;ritables processus de repolitisation collective, &#224; l'instar des luttes contre l'impunit&#233;. En r&#233;sum&#233;, mieux appr&#233;hender les revendications &#224; m&#234;me d'interroger les limites du paradigme de sortie des dictatures : un paradigme fond&#233; sur l'exigence de &#171; regarder vers l'avenir &#187; et d'oublier les souffrances du pass&#233;, pour suppos&#233;ment ne pas heurter les r&#233;seaux dormants de l'ancien r&#233;gime recycl&#233;s dans d'autres formations politiques et r&#233;seaux occultes d'influence. Ce qui en somme emp&#234;che de r&#233;fl&#233;chir la contradiction blessante de cette sortie et l'exigence de justice pour des cat&#233;gories importantes de la population. Car face aux conceptions restreintes de la d&#233;mocratie et abhorrant toute forme de mobilisation collective, s'impose la n&#233;cessit&#233; de poser publiquement la question de la souffrance en politique ; qu'elle soit le fait de l'impunit&#233; de la violence d'&#201;tat, voire de la mis&#232;re sociale de plus en plus lancinante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela montre que l'&#233;mergence du sentiment d&#233;mocratique peut aussi jaillir de questions consid&#233;r&#233;es aussi &#233;motives que l'expression publique de la souffrance et le sentiment d'impunit&#233;. Plus encore, tout cela permet aussi de comprendre que les aspirations d&#233;mocratiques des cat&#233;gories populaires ne se r&#233;sument pas &#224; des besoins concrets et imm&#233;diats. C'est ici que le mis&#233;rabilisme et le m&#233;pris des masses sont aussi tributaires de discours appelant &#224; regarder vers l'avant et &#224; oublier le pass&#233; pour ne pas ressasser les sources de conflits. Comme si ce qui pr&#233;side aux enjeux de justice, d'&#233;galit&#233; et de d&#233;mocratie est antith&#233;tique aux &#171; besoins urgents des cat&#233;gories populaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, il faut moins parler de d&#233;politisation des populations locales que d'un d&#233;&#173;sint&#233;r&#234;t pour la politique institutionnalis&#233;e dans les modalit&#233;s actuelles. C'est notamment cela qui rend difficile une vraie politisation des enjeux r&#233;volutionnaires et encore moins de pouvoir en d&#233;battre sereinement dans le cas de la Tunisie, pour nous en tenir &#224; ce seul exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regarde plus finement, l'on peut toutefois voir partout la politisation des discussions et des d&#233;bats y compris quotidiens, dans les classes populaires ou ailleurs, par le fait de relier ce qui est per&#231;u comme des &#233;carts entre ce qui est et ce qui devrait &#234;tre au fait politique, &#224; l'intervention de l'&#201;tat, &#224; des modes de gestion sp&#233;cifiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il nous faut d&#233;sormais est de destituer la d&#233;mocratie en tant qu'embl&#232;me du lib&#233;ralisme et de discours d'&#233;lites privil&#233;gi&#233;es &#8211; vues comme expertes et progressistes &#8211; pour la r&#233;inventer en vue de retrouver ce qu'elle porte de plus f&#233;cond. Pour y parvenir, il faut davantage comprendre que les populations locales rejettent moins la d&#233;mocratie et le &#171; progr&#232;s social &#187; que les discours d'&#233;lites que nous en donnent certaines cat&#233;gories collant &#224; nos r&#233;f&#233;rents dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut, l'on continuera &#224; ne pas prendre la mesure du poids de nos repr&#233;sentations et &#224; n&#233;gliger l'importance de contribuer &#224; instiller l&#224;-bas comme ici des dynamiques qui induisent dans l'espace social de nouvelles formes d'organisation et de participation du peuple, en vue de mettre fin &#224; l'invisibilit&#233; de l'immense classe des d&#233;poss&#233;d&#233;&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Philippe de Grosbois&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le r&#234;ve d'une lib&#233;ration alg&#233;rienne</title>
		<link>https://www.ababord.org/Le-reve-d-une-liberation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Le-reve-d-une-liberation</guid>
		<dc:date>2014-11-05T01:48:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christian Brouillard</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Brouillard, Christian</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Histoire, comme le dieu romain Janus, est un visage &#224; deux faces : une tourn&#233;e vers l'avenir &#224; construire, l'autre vers le pass&#233;, un pass&#233; dont nous ne sommes jamais totalement quittes. Et dans les replis de ce pass&#233;, une multitude de vaincu&#183;e&#183;s, tomb&#233;&#183;e&#183;s dans les combats pour la lib&#233;ration, attend que nous lui donnions une voix. Abane Ramdane, r&#233;volutionnaire alg&#233;rien dont la voix fut &#233;touff&#233;e en 1957, est un de ces vaincus dont la trace reste pourtant toujours pr&#233;sente. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Et honneur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-54-avril-mai-2014-" rel="directory"&gt;No 054 - avril / mai 2014&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Brouillard-Christian-+" rel="tag"&gt;Brouillard, Christian&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1901.png?1642092161' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;177&#034; height=&#034;254&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Histoire, comme le dieu romain Janus, est un visage &#224; deux faces : une tourn&#233;e vers l'avenir &#224; construire, l'autre vers le pass&#233;, un pass&#233; dont nous ne sommes jamais totalement quittes. Et dans les replis de ce pass&#233;, une multitude de vaincu&#183;e&#183;s, tomb&#233;&#183;e&#183;s dans les combats pour la lib&#233;ration, attend que nous lui donnions une voix. Abane Ramdane, r&#233;volutionnaire alg&#233;rien dont la voix fut &#233;touff&#233;e en 1957, est un de ces vaincus dont la trace reste pourtant toujours pr&#233;sente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et honneur &#224; la m&#233;lancolie augment&#233;e par l'&#233;t&#233; d'un seul jour, &#224; midi imp&#233;tueux, &#224; la mort&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Ren&#233; Char&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi s'attarder sur la figure d'Abane ? Parce qu'elle nous parle &#224; nouveau, r&#233;veill&#233;e par ce printemps 2011 qui a remis en marche le monde arabe et le Moyen-Orient vers sa lib&#233;ration. C'est cependant une route bien incertaine dont les &#233;cueils, militarisme et sectarisme, avaient &#233;t&#233;, en son temps, d&#233;nonc&#233;s et combattus par Abane au cours de la guerre d'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie contre la France.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un fils de l'Alg&#233;rie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1920 en Kabylie, Abane Ramdane r&#233;ussira &#224; atteindre, ce qui &#233;tait assez exceptionnel dans le contexte colonial alg&#233;rien, un niveau relativement &#233;lev&#233; d'instruction. Ce bagage culturel jouera un r&#244;le d&#233;terminant par la suite, dans la vie politique d'Abane. Cependant, faute de moyens, il ne pourra poursuivre des &#233;tudes sup&#233;rieures, comme une grande partie de la population d'Alg&#233;rie. Cela illustre assez bien la r&#233;alit&#233; de ce que fut la colonisation de l'Alg&#233;rie par la France : mis&#232;re et discrimination pour la grande majorit&#233; arabe et berb&#232;re du pays. La structure coloniale favorisait essentiellement une petite &#233;lite &#233;conomique de la population fran&#231;aise install&#233;e en terre alg&#233;rienne &#224; partir du milieu du XIXe si&#232;cle. &#192; tout prendre, ce colonialisme pr&#233;sentait des traits similaires &#224; l'apartheid sud-africain ou &#224; la s&#233;gr&#233;gation qui existait dans les &#201;tats du sud des &#201;tats-Unis. La diff&#233;rence, toutefois, &#233;tait la pr&#233;sence d'une m&#233;tropole coloniale dont un certain nombre d'Alg&#233;riennes et d'Alg&#233;riens esp&#233;raient un geste pour rendre concret le slogan &#171; L'Alg&#233;rie, c'est la France &#187;, &#224; savoir l'int&#233;gration et l'&#233;galit&#233; compl&#232;te. Espoir qui sera d&#233;&#231;u sans cesse, que ce soit au moment du Front populaire (1936) ou &#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945). Pour d'autres, l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, incarn&#233;e &#224; ce moment par le PPA (Parti du peuple alg&#233;rien) qui deviendra le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libert&#233;s d&#233;mocratiques) apr&#232;s la r&#233;pression sauvage des manifestations nationalistes de S&#233;tif en 1945, apparaissait comme la seule solution &#224; la barbarie coloniale. C'est vers ce parti que se portera Abane. Rentrant dans la clandestinit&#233; en 1947, il travaillera pour le MTLD &#224; l'implantation, dans la r&#233;gion de S&#233;tif, des id&#233;aux ind&#233;pendantistes. Il a sans doute aussi &#233;t&#233; responsable pour cette r&#233;gion de l'OS (Organisation sp&#233;ciale), une branche secr&#232;te du MTLD dont l'objectif &#233;tait de pr&#233;parer l'insurrection arm&#233;e pour l'ind&#233;pendance. L'OS sera d&#233;mantel&#233;e par la police fran&#231;aise en 1950 et Abane mis en prison pour cinq ans. Quant au MTLD, il rentre alors dans une p&#233;riode de division, tiraill&#233; entre r&#233;formisme et autoritarisme, qui va paralyser pour un temps le mouvement ind&#233;pendantiste alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un temps seulement, car de l'Organisation sp&#233;ciale du MTLD va &#233;merger, malgr&#233; la r&#233;pression et les emprisonnements, un groupe duquel surgira l'organisation qui m&#232;nera l'Alg&#233;rie vers l'ind&#233;pendance, le FLN (Front de lib&#233;ration nationale), fond&#233; le 10 octobre 1954. Le FLN d&#233;clenchera, d&#233;but novembre 1954, l'insurrection, premi&#232;re &#233;tape de la guerre de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'insurrection&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re insurrection que connaissait l'Alg&#233;rie. D&#233;j&#224;, en 1848 et en 1871, des mouvements avaient &#233;clat&#233;, mais, trop localis&#233;s ou d&#233;pendants d'un chef charismatique, ils avaient tous &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s par la puissance militaire fran&#231;aise. Cependant, en 1954, il y a deux diff&#233;rences de taille : le mouvement touche une bonne partie du pays et il est dirig&#233; par un collectif. Par contre, il manque d'armes, de structures et d'id&#233;es. &#192; la fondation du FLN, une repr&#233;sentation ext&#233;rieure avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en &#201;gypte afin de fournir des armes et de travailler &#224; d&#233;fendre, diplomatiquement, la lutte de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les armes se faisant attendre, les maquis qui commen&#231;aient &#224; se former &#224; l'int&#233;rieur de l'Alg&#233;rie traversent une p&#233;riode difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233; en 1955, Abane est imm&#233;diatement recrut&#233; par le Front. Retournant &#224; la clandestinit&#233;, il va d&#233;ployer une grande &#233;nergie &#224; &#233;valuer, dans un premier temps, l'&#233;tat des forces en pr&#233;sence. Le constat n'&#233;tait pas des plus roses : le bras arm&#233; du Front, l'ALN (Arm&#233;e de lib&#233;ration nationale) manquait d'armes et ses groupes, de force et d'organisation bien in&#233;gales, &#233;taient dispers&#233;s et surtout pr&#233;sents dans les campagnes et montagnes, bien peu dans les villes. Par ailleurs, les maquis affron&#173;taient une puissance de feu de plus en plus forte de la part de l'arm&#233;e fran&#231;aise qui se d&#233;ployait maintenant &#224; large &#233;chelle sur le territoire alg&#233;rien. Enfin, le Front ne disposait que d'une audience encore limit&#233;e aupr&#232;s de la population et de la mouvance nationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Abane, la t&#226;che &#233;tait claire : donner une structure unifi&#233;e &#224; ce mouvement bien disparate en la dotant d'une charte clarifiant les objectifs de cette guerre de lib&#233;ration. Ce travail de structuration &#233;tait ax&#233; autour de deux principes : primaut&#233; du politique sur le militaire (sans n&#233;gliger, &#233;videmment, cet aspect) et priorit&#233; aux maquis de l'int&#233;rieur sur la repr&#233;sentation du mouvement &#224; l'externe. La primaut&#233; du politique impliquait d'&#233;largir l'audience du Front en d&#233;veloppant, entre autres, le travail dans les villes et aupr&#232;s des couches plus instruites de la population. Pour ce faire, en 1956, le Front, sous l'initiative d'Abane, produit un journal, &lt;i&gt;El Mondjahid&lt;/i&gt;, qui permettra de diffuser id&#233;es et mots d'ordre. Enfin, multipliant les contacts, Abane r&#233;ussit &#224; rallier divers &#233;l&#233;ments de la mouvance nationaliste, permettant d'&#233;toffer le FLN et d'asseoir son caract&#232;re h&#233;g&#233;monique dans cette guerre de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;g&#233;monie, le mot est dit. Car on peut &#233;valuer tout le travail d'Abane et de ses camarades, travail op&#233;r&#233; dans des conditions difficiles et dangereuses, &#224; la lumi&#232;re du concept d'h&#233;g&#233;monie, d&#233;velopp&#233; entre autres par Antonio Gramsci, th&#233;oricien marxiste italien. Face &#224; la domination culturelle, politique et militaire du colonialisme fran&#231;ais, il s'agissait de construire une contre-h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;veloppement de cette strat&#233;gie, le tournant sera la tenue d'un congr&#232;s r&#233;unissant des d&#233;l&#233;gu&#233;s de l'int&#233;rieur. Cela sera le congr&#232;s de la Soummam.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le congr&#232;s de la Soummam&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;roulant le 20 ao&#251;t 1956, le congr&#232;s r&#233;unit six d&#233;l&#233;gu&#233;s issus de l'ensemble des r&#233;gions alg&#233;riennes, &#224; l'exception des Aur&#232;s, et sans repr&#233;sentants de l'ext&#233;rieur. Au niveau technique, le transport des d&#233;l&#233;gu&#233;s et la protection du Congr&#232;s, consid&#233;rant le quadrillage serr&#233; du territoire par l'arm&#233;e fran&#231;aise, relevaient d'une v&#233;ritable prouesse. Ainsi r&#233;unis, les congressistes ent&#233;rinent le projet de plateforme pr&#233;sent&#233; par Abane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, le texte adopt&#233; souligne l'unit&#233;, par-del&#224; les r&#233;gionalismes, du peuple alg&#233;rien. Ce peuple est d&#233;fini beaucoup plus largement que par la seule composante arabe et musulmane, car le texte y inclut les Europ&#233;ens et les juifs. En toute logique, la plateforme &#233;tablit le caract&#232;re la&#239;c du FLN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux structures politiques sont mises sur pied pour assurer la direction du mouvement : le CNRA (Conseil national de la r&#233;volution alg&#233;rienne) et un CCE (Comit&#233; de coordination et d'ex&#233;cution). Si la repr&#233;sentation ext&#233;rieure d&#233;tient des si&#232;ges dans la premi&#232;re instance, c'est l'int&#233;rieur qui domine la seconde. Enfin, en plus d'organiser d'une mani&#232;re plus uniforme l'ALN, le Congr&#232;s, en appelant &#224; la nomination de commissaires politiques aupr&#232;s des groupes combattants, entendait assurer la primaut&#233; du politique sur le militaire. Ultimement, &#171; &lt;i&gt; [l]a R&#233;volution alg&#233;rienne veut conqu&#233;rir l'ind&#233;pendance nationale pour installer une r&#233;publique d&#233;mocratique et sociale, garantissant une v&#233;ritable &#233;galit&#233; entre tous les citoyens d'une m&#234;me patrie, sans discrimination&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;cisions prises, il fallait maintenant les concr&#233;tiser. Et c'est l&#224; que tr&#232;s vite des obstacles, internes au mouvement de lib&#233;ration, vont surgir. D'abord, les militaires sur le terrain, dont un certain nombre refuseront de se plier au contr&#244;le politique. Et puis, la repr&#233;sentation ext&#233;rieure bas&#233;e en &#201;gypte qui contestera la l&#233;gitimit&#233; de ce Congr&#232;s purement interne. La convergence de ces oppositions explique le sabotage des r&#233;solutions de la Soummam et la marginalisation, puis la chute d'Abane. Convoqu&#233; au Maroc, il sera assassin&#233; le 27 d&#233;cembre 1957.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restera alors plus grand-chose du r&#234;ve d'une d&#233;mocratie politique et sociale dans cette Alg&#233;rie qui arrache l'ind&#233;pendance en 1962. Ces militaires et ces bureaucrates qui avaient orchestr&#233; la chute d'Abane r&#233;ussiront &#224; prendre un contr&#244;le total du champ politique, contr&#244;le que leurs successeurs exercent encore aujourd'hui, si on excepte cette parenth&#232;se qui s'&#233;tait ouverte en octobre 1988,&#224; la suite de grandes mobilisations populaires, mais qui s'est referm&#233;e brutalement en 1992. Pourtant, peut-on totalement &#233;touffer un r&#234;ve ? Non, et c'est l&#224; que r&#233;side, pour l'Alg&#233;rie, toute la force du souvenir d'Abane et de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'internationale de l'indignation</title>
		<link>https://www.ababord.org/L-internationale-de-l-indignation</link>
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		<dc:creator>Myrna Chahine</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Chahine, Myrna</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement de contestation qui a cours un peu partout dans le monde occidental depuis 2001 est-il &#224; l'image des idoles qu'il veut d&#233;tr&#244;ner ? S'inspirant des manifestations de protestation du &#171; printemps arabe &#187;, divers regroupements de citoyenNEs se sont multipli&#233;s &#224; travers le monde. Or, la r&#233;alit&#233; des peuples des pays occidentaux est sans commune mesure avec celle des peuples des pays arabes. &lt;br class='autobr' /&gt; Quiconque est issu d'une biculture pourra t&#233;moigner ais&#233;ment de la distorsion qui existe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-42-dec-2011-jan-2012-" rel="directory"&gt;No 042 - d&#233;c. 2011 / jan. 2012&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Chahine-Myrna-+" rel="tag"&gt;Chahine, Myrna&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1363.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;200&#034; height=&#034;300&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement de contestation qui a cours un peu partout dans le monde occidental depuis 2001 est-il &#224; l'image des idoles qu'il veut d&#233;tr&#244;ner ? S'inspirant des manifestations de protestation du &#171; printemps arabe &#187;, divers regroupements de citoyenNEs se sont multipli&#233;s &#224; travers le monde. Or, la r&#233;alit&#233; des peuples des pays occidentaux est sans commune mesure avec celle des peuples des pays arabes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quiconque est issu d'une biculture pourra t&#233;moigner ais&#233;ment de la distorsion qui existe dans les rapports in&#233;galitaires caract&#233;risant la vie sociale, politique et &#233;conomique de pays comme la Tunisie, l'&#201;gypte ou la Lybie. Il est, en ce sens, &#233;tonnant que ces peuples aient pu en supporter tant et pendant si longtemps. Il n'en va pas de m&#234;me dans la plupart des pays occidentaux. Et m&#234;me si dans plusieurs d'entre eux, y compris la France ou le Canada, les &#233;lections ne sont devenues qu'une mani&#232;re de cautionner des oligarchies, on ne peut faire de rapprochement s&#233;rieux entre les types d'abus et le niveau de vie des citoyennes de ces pays et ceux des pays arabes. Comment alors comprendre le mouvement des &lt;i&gt;indign&#233;s&lt;/i&gt; comme un ricochet des &#171; r&#233;volutions arabes &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un ou des mouvements ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'un soubresaut de dignit&#233; de citoyens ordinaires qui, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; terrifi&#233;s par le pire dont on les avait persuad&#233;s que les Arabes &#233;taient capables, sont d&#233;sormais inspir&#233;s par le mieux dont ils sont aussi capables ? En Occident, les dirigeants, sans doute inspir&#233;s par Machiavel, se sont dot&#233;s de Chartes des droits de l'homme qu'ils respectent afin de concilier leur soif de pouvoir avec la l&#233;gitime d&#233;fiance d'un peuple face &#224; leur d&#233;sir de domination. La culture arabe, elle, qui est rest&#233;e en bonne partie imperm&#233;able &#224; plusieurs des id&#233;es et des principes de la R&#233;volution humaniste (et aux courants f&#233;ministes et anti&#173;cl&#233;ricaux), a pu traverser les si&#232;cles avec le m&#234;me esprit aristocratique qui a pr&#233;sid&#233; &#224; toutes ses orientations politiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes et les femmes sont d&#232;s la naissance limit&#233;s &#224; un nombre de possibilit&#233;s de vies restreint en fonction de leur statut social. Cette structure bas&#233;e sur le favoritisme, le n&#233;potisme et l'in&#233;galit&#233; des chances, consolid&#233;e par le cloisonnement des classes sociales, bien qu'occasionnellement d&#233;plor&#233;e par quelques progressistes, est surtout cautionn&#233;e par la tradition, l'&#201;tat et parfois les diff&#233;rents syst&#232;mes religieux en place. Si dans les pays arabes, o&#249; les protestations ont entra&#238;n&#233; la chute des r&#233;gimes, le peuple ne supporte plus que le pouvoir et les privil&#232;ges qui l'accompagnent soient r&#233;serv&#233;s &#224; une &#233;lite, en Occident le temps est termin&#233; o&#249; l'on acceptait docilement que la plus grande part des richesses soit d&#233;tenue par quelques-uns. C'est, souhaitons-nous, le message &#224; entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays arabes, les r&#233;voltes ont men&#233;, pour le moment, &#224; un r&#233;sultat tangible : la chute des dirigeants en place. La principale raison de cela nous semble &#234;tre que les insurg&#233;s, d&#232;s les d&#233;buts, avaient identifi&#233; un responsable : le syst&#232;me. Et nous nous demandons encore si la d&#233;mocratie, entendue au sens v&#233;ritable du terme, a des chances de succ&#232;s dans ces contr&#233;es aux vell&#233;it&#233;s belliqueuses. Il est trop t&#244;t pour le dire, mais pour une fois, elle aura &#233;t&#233; r&#233;clam&#233;e haut et fort par ceux l&#224; m&#234;me qui pourraient lui donner toute sa l&#233;gitimit&#233; et qui constituent le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Indign&#233;s arabes et occidentaux : m&#234;me combat ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il de ce c&#244;t&#233; du soleil ? Les manifestants des pays occidentaux ayant joint le mouvement des &lt;i&gt;indign&#233;s &lt;/i&gt; semblent s'entendre sur quelques mots d'ordre communs. La d&#233;mocratie actuelle est insatisfaisante. Elle ne remplit pas ses promesses. En plus d'avoir abdiqu&#233; une partie de leur souverainet&#233; au profit de compagnies prot&#233;g&#233;es par des trait&#233;s internationaux aux pouvoirs parfois plus grands que ceux des &#201;tats, les d&#233;mocraties occidentales ne sont que pi&#232;trement d&#233;fendues par leurs repr&#233;sentants. Ces derniers donnent l'impression d'&#234;tre &#224; la solde des magnats de l'&#233;conomie et de ne consid&#233;rer le peuple que pour l'assujettir aux imp&#233;ratifs du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pourtant pas facile de se rebeller contre une telle situation compte tenu de la d&#233;mat&#233;rialisation de notre &#233;conomie. Ses acteurs ne sont plus en effet des ouvriers, mais des actifs ou des passifs. La sant&#233; &#233;conomique, de l'&#201;tat ou de la compagnie, est devenue une fin en soi. Le pouvoir &#233;conomique a pour principaux porte-voix des politiques qui lui attribuent une r&#233;alit&#233; autonome propre qui peut se passer de l'intervention des travailleurs, et parfois de celle de leurs repr&#233;sentants l&#233;gaux, les syndicats, de plus en plus d&#233;poss&#233;d&#233;s de leur pouvoir. Par ailleurs, la sp&#233;culation et ses effets pernicieux ont rendu possible un accroissement de la richesse qui n'a favoris&#233; qu'une tr&#232;s marginale partie de la population au d&#233;triment de millions de personnes qui ont assist&#233;, impuissantes, &#224; la d&#233;t&#233;rioration de leur situation financi&#232;re. Et que dire de ceux qui ont subi la perte de leur emploi ou la d&#233;localisation de leur entreprise ? La gestion de la derni&#232;re crise &#233;conomique a exacerb&#233; le sentiment d'&#233;c&#339;urement chez le simple citoyen tant &#233;tait ind&#233;cente la solution pr&#233;conis&#233;e pour y mettre fin. L'impunit&#233; avec laquelle s'en sont tir&#233;es les banques, en partie responsables des effets de la sp&#233;culation, et l'aide (publique) qu'elles se sont vues octroyer a achev&#233; ce qu'il y avait de foi en l'&#201;tat chez certains citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;mat&#233;rialisation affecte aussi notre syst&#232;me politique. Une fois &#233;lus, nos repr&#233;sentants, li&#233;s par les lignes des partis, &#339;uvrent &#224; la r&#233;alisation de plans &#233;conomiques visant l'accroissement de la richesse des privil&#233;gi&#233;s au d&#233;triment des autres. L'hyper fragmentation de l'information, rendue possible par la multiplication des moyens de communication, des sites et des r&#233;seaux sociaux entre autres, a contribu&#233; &#224; diluer ces derni&#232;res ann&#233;es l'activisme politique. Les structures traditionnelles de d&#233;fense de certains groupes de citoyens et de travailleurs, d&#233;sormais soumises &#224; la logique du consensus et &#224; la culture du compromis, contribuent au recul ou &#224; la stagnation de certaines causes qui, politiquement, s'engluent dans le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;. Que penser du d&#233;clin des centrales syndicales qui ne parviennent plus &#224; se d&#233;faire du corporatisme qui leur a enlev&#233; leur r&#244;le de joueurs cl&#233;s dans les changements sociaux ? Comment expliquer que la toile soit devenue une force de coalition et d'union,&#8194;&#224; travers les r&#233;actions qu'elle peut susciter et qui s'offrent comme la nouvelle mesure de sa valeur ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Forces et limites du mouvement d'indignation &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi trouvons-nous que cette indignation est &#224; l'image des idoles qu'elle veut d&#233;truire ? On notera que les &lt;i&gt;indign&#233;s&lt;/i&gt;, &#224; l'&#233;chelle internationale, int&#233;riorisent aussi l'argument de la d&#233;mat&#233;rialisation de l'&#233;conomie. On (c'est-&#224;-dire nous, les 99 % de la population) s'indigne par exemple de l'accaparement des richesses par le 1 % form&#233; d'escrocs bancaires qui tirent profit de la sp&#233;culation boursi&#232;re, sans toutefois dire un seul mot des rapports de force, des rapports sociaux, des in&#233;galit&#233;s internes dans la soci&#233;t&#233;, ce qui fragilise le mouvement. L'indignation, comme sentiment moral universel, a ralli&#233; des millions de personnes &#224; travers le monde et fait la d&#233;monstration de l'effi&#173;cacit&#233; des r&#233;seaux sociaux comme force de ralliement. Toutefois, cette &#171; contagion &#187; morale ne risque-t-elle de se d&#233;pr&#233;cier si elle reste aussi ind&#233;termin&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui s'indignent de la d&#233;shumanisation du syst&#232;me se sont ralli&#233;s &#224; une voix virtuelle, d&#233;mat&#233;rialis&#233;e, sans nom, sans visage, sans structure politique. Ils sont l&#224;, rassembl&#233;s dans nos cit&#233;s, s'affirmant comme un fait universel et historique : Une &lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt; des &lt;i&gt;indign&#233;s&lt;/i&gt;, telle une arme de destruction pacifique des moyens traditionnels de r&#233;bellion et de r&#233;volution. La suite est encore &#224; inventer, mais sans dessein politique clair, il est difficile de croire que le mouvement ne mourra pas dans l'&#339;uf, si ample soit-il.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien avec Jooneed Khan</title>
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		<dc:date>2012-09-01T02:55:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mouloud Idir</dc:creator>


		<dc:subject>Colonialisme et imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique sub-saharienne</dc:subject>
		<dc:subject>Idir, Mouloud </dc:subject>
		<dc:subject>Mondialisation et &#171; libre-&#233;change &#187;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Originaire de Maurice, Jooneed Khan a &#339;uvr&#233; pendant trente-cinq ans au quotidien La Presse comme journaliste de politique internationale. Il nous livre ici ses r&#233;flexions sur la nature perfide d'un syst&#232;me mondial qui confine de nombreux pays du tiers-monde &#8211; &#224; l'instar de Maurice &#8211; &#224; l'in&#233;galit&#233; et &#224; la d&#233;pendance. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; b&#226;bord ! &#8211; Jooneed, tu viens de publier un livre ayant pour titre Un autre Maurice est possible. Dans quelle contexte faut-il inscrire la vision dont est porteur ton appel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-42-dec-2011-jan-2012-" rel="directory"&gt;No 042 - d&#233;c. 2011 / jan. 2012&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Imperialisme-+" rel="tag"&gt;Colonialisme et imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-sub-saharienne-+" rel="tag"&gt;Afrique sub-saharienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Idir-Mouloud-+" rel="tag"&gt;Idir, Mouloud &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mondialisation-AGCS-PSP-FMI-OMC-BM-+" rel="tag"&gt;Mondialisation et &#171; libre-&#233;change &#187;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1372.gif?1642092133' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;350&#034; height=&#034;347&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Originaire de Maurice, Jooneed Khan a &#339;uvr&#233; pendant trente-cinq ans au quotidien &lt;i&gt;La Presse&lt;/i&gt; comme journaliste de politique internationale. Il nous livre ici ses r&#233;flexions sur la nature perfide d'un syst&#232;me mondial qui confine de nombreux pays du tiers-monde &#8211; &#224; l'instar de Maurice &#8211; &#224; l'in&#233;galit&#233; et &#224; la d&#233;pendance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; b&#226;bord ! &#8211; Jooneed, tu viens de publier un livre ayant pour titre &lt;i&gt;Un autre Maurice est possible&lt;/i&gt;. Dans quelle contexte faut-il inscrire la vision dont est porteur ton appel pour cet &#201;tat-archipel de l'Oc&#233;an indien ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jooned Khan&lt;/strong&gt; &#8211; Comme l'indique le mot &#171; autre &#187; dans le titre, ce livre adopte une optique r&#233;solument altermondialiste. Le syst&#232;me mondial eurocentriste, et h&#233;g&#233;monique depuis Christophe Colomb, &#233;tait de plus en plus invivable pour moi, et pour beaucoup d'autres. Colonis&#233; tour &#224; tour par les Hollandais, les Fran&#231;ais et les Anglais, Maurice a suivi une &#233;volution politique comparable &#224; celle de l'Afrique australe, mais sans lutte arm&#233;e. La minorit&#233; &#171; blanche &#187;, selon le vocable mauricien, &#233;tait encore propri&#233;taire du pays quand je suis n&#233;. Elle g&#233;rait de grandes plantations sucri&#232;res, d&#233;velopp&#233;es gr&#226;ce &#224; la main-d'&#339;uvre esclave (surtout africaine et malgache) et contractuelle (laboureurs engag&#233;s en Inde sous le r&#233;gime britannique &#224; l'abolition de l'esclavage en 1835). La lutte pour le suffrage universel (obtenu en 1957) et l'ind&#233;pendance (gagn&#233;e en 1968) ont marqu&#233; mon enfance et ma jeunesse mauriciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour de mes &#233;tudes au Canada, j'ai cofond&#233; en 1969 le Mouvement militant mauricien (MMM). On cherchait &#224; se rassembler autour de la conscience de classe pour d&#233;passer nos diff&#233;rences ethniques et religieuses et pour mener la nouvelle lutte contre l'apartheid &#233;conomique. Nous allions &#224; contre-courant, tant le syst&#232;me mondial dominant paraissait devoir durer encore mille ans ! Des d&#233;saccords fondamentaux sur l'orientation du MMM me pouss&#232;rent &#224; retourner au Canada en 1970 o&#249; j'entamai une carri&#232;re de journaliste international &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quarante ann&#233;es de m&#233;tier, j'ai vu finir la Guerre froide, s'effondrer l'Empire sovi&#233;tique et la forteresse de l'apartheid, l'Occident renforcer son diktat sur le monde &#224; la faveur du 11 septembre 2001 et de l'OMC, et s'enliser en Irak et en Afghanistan. Pendant qu'&#233;mergeait un monde multipolaire avec la Chine, l'Inde, le Br&#233;sil, la nouvelle Russie, l'Afrique du Sud, l'Iran, et que les soci&#233;t&#233;s civiles r&#233;pliquaient au Forum &#233;conomique de Davos par le Forum social de Porto Alegre. L'h&#233;g&#233;monie de l'Occident ne durerait donc pas mille ans ! L'altermondialisme est d&#233;sormais possible. C'est ce que j'explique aux jeunes dans ce recueil d'essais, que j'appelle mon &lt;i&gt;Petit livre bleu !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! &#8211; La mutation qui se d&#233;ploie &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire devra composer avec la puissance militaire du bras arm&#233; de l'empire, l'OTAN. Qu'en dis-tu &#224; la lumi&#232;re du cas libyen ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. K. &lt;/strong&gt; &#8211; L'OTAN est un monstre hypertrophi&#233; et d&#233;pass&#233;. Elle aurait d&#251; dispara&#238;tre avec la chute de l'Empire sovi&#233;tique et du Pacte de Varsovie, qui &#233;taient sa raison d'&#234;tre. Mais l'Occident l'a maintenue et a cherch&#233; &#224; l'&#233;tendre comme bras arm&#233; de la mondialisation selon le &lt;i&gt;Project for a New American Century&lt;/i&gt; (PNAC). Le militarisme est central &#224; la &lt;i&gt;weltanschauung&lt;/i&gt; de l'Occident, &#224; sa fa&#231;on d'appr&#233;hender le monde. La plus puissante alliance militaire de l'histoire se fracasse pourtant devant les talibans barbus, &#171; ensandal&#233;s &#187; et enturbann&#233;s de l'Afghanistan. Le co&#251;t des guerres en Irak, en Afghanistan et au Pakistan va d&#233;passer 4 billions de dollars (soit 4 000 milliards), estime l'Institut Watson de l'Universit&#233; Brown. Les dividendes de la paix que le monde attendait apr&#232;s la Guerre froide ne se sont mat&#233;rialis&#233;s pour personne. L'&#233;conomie des pays de l'OTAN est elle-m&#234;me en crise, alors que celle des pays du BRICS (Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) prend son envol, bousculant et faisant basculer le vieil ordre mondial h&#233;rit&#233; de la conqu&#234;te de l'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas libyen d&#233;montre que l'Occident n'arrive pas &#224; se d&#233;barrasser de ses r&#233;flexes militaristes. Le Printemps arabe s'ajoute &#224; la mont&#233;e du BRICS. Les pays de l'OTAN, en d&#233;sarroi, jouent leur carte ma&#238;tresse. Les arm&#233;es des &#233;mirats du p&#233;trole, saoudienne notamment, sont actives dans le Golfe et en Libye, avec le soutien de l'OTAN (flottes nucl&#233;a&#173;ris&#233;es, aviation, forces sp&#233;ciales au sol, drones t&#233;l&#233;guid&#233;s). En &#201;gypte, l'arm&#233;e inf&#233;od&#233;e au Pentagone s'efforce de pr&#233;server l'ancien r&#233;gime apr&#232;s que le fusible Moubarak eut saut&#233;. En Tunisie, au Maroc, en Jordanie, au Y&#233;men, ce n'est gu&#232;re diff&#233;rent. En Syrie, l'OTAN veut faire une Libye bis. M&#234;me automatisme dans le reste de l'Afrique, depuis la C&#244;te d'Ivoire jusqu'&#224; la Somalie, o&#249; des forces kenyanes op&#232;rent d&#233;sormais, alors que des GIs sont en Ouganda. Le Pentagone l'a dit : la guerre de Libye a &#233;t&#233; la premi&#232;re op&#233;ration de l'Africom en sol africain. Durant la Guerre froide, les pays de l'OTAN pillaient les ressources de l'Afrique par dictatures interpos&#233;es. Ils sont maintenant con&#173;traints d'y aller eux-m&#234;mes et d'y entra&#238;ner des pays clients, alors que le BRICS investit dans le d&#233;veloppement social et &#233;conomique du continent, sans recours aux armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! &#8211; Un demi-si&#232;cle est pass&#233; depuis la d&#233;colonisation de nombreux pays de ce continent qui t'est cher, l'Afrique. Quel bilan en tires-tu succinctement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. K.&lt;/strong&gt; &#8211; Survenant en pleine Guerre froide, la d&#233;colonisation a pr&#233;cipit&#233; l'Afrique dans le pi&#232;ge du conflit Est-Ouest. Les anciennes m&#233;tropoles nous ont dit : &#171; Choisissez. Vous &#234;tes avec nous (le monde dit libre) ou contre nous (avec le communisme). &#187; C'&#233;tait un demi-si&#232;cle d&#233;j&#224; avant George W. Bush et sa &#171; guerre au terrorisme &#187;. Certains ont choisi le giron occidental, sous dictatures militaires, comme le Congo de Mobutu, ou sous un capitalisme comprador, comme la C&#244;te d'Ivoire. D'autres ont opt&#233; pour le non-alignement et, sans adh&#233;rer au camp sovi&#233;tique, ont adopt&#233; un socialisme africain ou arabe, sans grand succ&#232;s. L'Afrique a surtout produit de grands martyrs, comme Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Eduardo Mondlane, Amilcar Cabral, Samora Machel, Steve Biko, Melchior Ndadaye, Ali M&#233;cili, Mehdi Ben Barka et combien d'autres. Des dirigeants comme Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta, Julius Nyerere ont &#339;uvr&#233; pour le panafricanisme et le non-alignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils allaient eux aussi &#224; contre-courant, et ils ont &#233;t&#233; entrav&#233;s, renvers&#233;s ou carr&#233;ment fauch&#233;s. Plus que la rivalit&#233; Est-Ouest, c'est l'in&#233;galit&#233; Nord-Sud qui comptait pour eux et ils n'ont cess&#233; de r&#233;clamer, en vain, un dialogue loyal entre riches et pauvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, le courant change de direction. Apr&#232;s l'Asie et l'Am&#233;rique latine, voil&#224; que l'Afrique (et le monde arabe) saisissent l'occasion historique de se prendre en mains. La Chine, l'Inde, le Br&#233;sil leur offrent une marge de man&#339;uvre sans pr&#233;c&#233;dent face &#224; leurs anciennes m&#233;tropoles &#8211; qui paniquent bien s&#251;r et qui ripostent comme elles l'ont toujours fait, c'est-&#224;-dire avec la puissance militaire. Ce retour aux armes est d&#233;pass&#233; et il est vou&#233; &#224; l'&#233;chec. Les beaux jours de l'Afrique sont &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! &#8211; &#192; quel effort doit-on s'astreindre comme journaliste &#233;tabli en Occident lorsque vient le temps d'analyser des enjeux si lointains ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. K.&lt;/strong&gt; &#8211; Plus que jamais, les m&#233;dias en Occident ont la responsabilit&#233; de lib&#233;rer nos gouvernants, nos &#233;lites et nos esprits du carcan de l'eurocentrisme et de nos r&#233;flexes militaristes et h&#233;g&#233;monistes. Cela signifie que le/la journaliste lui/elle-m&#234;me soit d'abord libre, ouvert sur la diversit&#233; du monde et empathique envers l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et il n'y a plus d'enjeux lointains. Tout enjeu nous concerne tous. Mais cela ne signifie pas qu'on continue dans notre r&#244;le &#233;cul&#233; de donneur de le&#231;ons. Il nous faut d&#233;sormais apprendre aussi des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout se tient et tout est interd&#233;pendant. La biosph&#232;re suffoque sous la surexploitation de ressources limit&#233;es &#224; l'avantage d'une minorit&#233; alors que la majorit&#233; est plong&#233;e dans la mis&#232;re et &#233;cras&#233;e sous des in&#233;galit&#233;s g&#233;nocidaires, quand elle n'est pas livr&#233;e aux guerres de pillage, aux crimes contre l'humanit&#233; et aux massacres tout court.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en va de la r&#233;alit&#233; sociopolitique mondiale comme de l'&#233;cologie : la s&#233;dimentation de la pollution des si&#232;cles menace notre survie &#224; tous, mais celle des injustices des si&#232;cles menace aussi les privil&#232;ges des nantis. Il est clair que les journalistes et les m&#233;dias sont appel&#233;s &#224; d&#233;construire l'eurocentrisme, &#224; &#171; d&#233;seurocentriser &#187; l'Occident au m&#234;me titre que celui-ci veut &#171; d&#233;djihadiser &#187; l'Afghanistan et le Pakistan. Il y va de notre salut &#224; toutes et &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! &#8211; Quelles sont les potentialit&#233;s qui s'offrent &#224; Maurice dans la phase historique actuelle marqu&#233;e par une grande mutation g&#233;opolitique &#224; l'&#233;chelle mondiale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. K.&lt;/strong&gt; &#8211; La r&#233;alit&#233; que je mart&#232;le dans le livre, c'est la nature archip&#233;lique du pays au c&#339;ur de l'oc&#233;an Indien, appel&#233; &#224; devenir un nouveau centre du monde. Maurice est un &#201;tat-archipel dont font partie l'&#238;le Maurice, l'&#238;le Rodrigues, l'&#238;le d'Agal&#233;ga, les archipels des Cargados Carajos et des Chagos, et l'&#238;le Tromelin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice a un contentieux territorial avec le R.-U. sur l'archipel des Chagos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et quand on parle du pays, il faut dire &lt;i&gt;Maurice&lt;/i&gt;. En vertu de la Convention sur le droit de la mer, Maurice dispose d'une Zone &#233;conomique exclusive (ZEE) de pr&#232;s de 2 millions de km2, avec des ressources (halieutiques, nodules m&#233;talliques, gisements d'hydrocarbures) qu'il importe de g&#233;rer et d'exploiter de fa&#231;on &#233;cologique et durable. Sa position g&#233;ographique, son bilinguisme anglais/fran&#231;ais et son peuple &#224; majorit&#233; afro-asiatique en font un pont naturel entre l'Asie &#233;mergente et la nouvelle Afrique. Maurice est au centre de la &#171; grande mutation g&#233;opolitique &#224; l'&#233;chelle mondiale &#187;. Je dis aux Mauriciens qu'il faut qu'ils assument pleinement leur nouveau destin de peuple maritime &#8211; ce qui n'est pas facile pour un peuple &#233;lev&#233; dans la culture de la canne &#224; sucre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce qui est de la superficie terrestre de Maurice (2 000 km2), les grandes plantations c&#232;dent la place &#224; des autoroutes, des h&#244;tels de luxe, des villas et des m&#233;ga centres d'achats vou&#233;s &#224; un consum&#233;risme effr&#233;n&#233; et &#233;cocide alors que le pays importe pr&#232;s de 80 % de son alimentation. Maurice mise aussi sur les services financiers, les cybercit&#233;s, des universit&#233;s propres &#224; attirer des &#233;tudiants de la r&#233;gion et sur le tourisme m&#233;dical. Mais il peut aussi d&#233;velopper une production alimentaire biologique, qui peut pr&#233;senter au monde un mod&#232;le de d&#233;veloppement durable et &#233;quitable dans un cadre d'&#233;conomie solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! &#8211; Face &#224; la r&#233;alit&#233; de cette mutation g&#233;opolitique, comment les &#233;lites politiques mauriciennes r&#233;agissent-elles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. K.&lt;/strong&gt; &#8211; Les &#233;lites mauriciennes commencent &#224; prendre conscience de cette mutation, mais ne formulent pas encore de strat&#233;gie pour relever les nouveaux d&#233;fis. Le gouvernement parle de &#171; Maurice, &#238;le durable &#187; et de &#171; D&#233;mo&#173;cratisation de l'&#233;conomie &#187; sans grande conviction. Les partis traditionnels, y compris le MMM, sont prisonniers de l'oligarchie et du secteur priv&#233; qui les financent et du vieux jeu de chaises musicales pour le pouvoir qui passionne les m&#233;dias priv&#233;s plus que l'opinion. Les agences occidentales comme le National Endow&#173;ment Institute &#233;tats-unien, l'Alliance fran&#231;aise et le British Council entretiennent des prot&#233;g&#233;s dans les m&#233;dias et les universit&#233;s. Des c&#226;bles de l'ambassade US &#224; Port-Louis (capitale de Maurice) divulgu&#233;s par Wikileaks ont r&#233;v&#233;l&#233; l'intrusion de Washington dans les affaires mauriciennes, les pressions soutenues pour faire fl&#233;chir le vote de Maurice dans les instances internationales et les inqui&#233;tudes croissantes des USA face au d&#233;veloppement des relations de Maurice avec l'Inde, la Chine et m&#234;me le&#8230; Venezuela ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Maurice souffre d'une dichotomie existentielle : l'&#233;lite politique dominante, incarn&#233;e par le Parti travailliste de Ramgoolam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce parti est &#224; Maurice ce que l'ANC est &#224; l'Afrique du Sud ou le Parti du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, penche vers le Sud et le non-alignement, alors que l'&#233;lite &#233;conomique, intellectuelle et m&#233;diatique reste largement francophile et eurocentriste. Cette &#233;lite-l&#224; avait combattu le suffrage universel et l'ind&#233;pendance. Elle a du mal &#224; s'adapter &#224; &#171; la grande mutation g&#233;opolitique &#187; en cours, &#224; r&#233;duire sa d&#233;pendance aux m&#233;tropoles occidentales et &#224; la contrebalancer par l'amplification des liens avec les voisins et la r&#233;gion imm&#233;diate de Maurice, avec l'Afrique et l'Asie, o&#249; &#233;mergent de nouveaux partenaires. Cette &#233;lite-l&#224; a son propre agenda : attirer des capitaux sud-africains et investir chez des voisins comme Mada&#173;gascar et le Mozambique, o&#249; la main-d'&#339;uvre est moins ch&#232;re et o&#249; de vastes terres sont mises &#224; sa disposition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurice a un contentieux territorial avec le R.-U. sur l'archipel des Chagos et avec la France qui contr&#244;le l'&#238;le de Tromelin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce parti est &#224; Maurice ce que l'ANC est &#224; l'Afrique du Sud ou le Parti du Congr&#232;s &#224; l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une r&#233;volte &#224; politiser</title>
		<link>https://www.ababord.org/Une-revolte-a-politiser</link>
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		<dc:date>2012-04-05T01:42:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mohammed Laraoui</dc:creator>


		<dc:subject>Afrique du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et espace public</dc:subject>
		<dc:subject>Laraoui, Mohammed </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les peuples du Maghreb et du Proche-Orient se r&#233;voltent vaillamment face &#224; leurs oligarchies respectives. Ces r&#233;voltes, toutefois, constituent un invariant historique qui n'a jamais cess&#233; depuis les ind&#233;pendances de ces pays il y a pr&#232;s d'une cinquantaine d'ann&#233;es. Il reste toutefois &#224; politiser ce sentiment de r&#233;volte pour lui permettre d'insuffler une v&#233;ritable logique de rupture avec les diff&#233;rents r&#233;gimes en place, mais aussi avec l'ordre mondial global qui les sous-tend. &lt;br class='autobr' /&gt; Ces r&#233;gimes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-39-avril-mai-2011-" rel="directory"&gt;No 039 - avril / mai 2011&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Afrique-du-Nord-+" rel="tag"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Democratie-et-espace-public-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et espace public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Laraoui-Mohammed-+" rel="tag"&gt;Laraoui, Mohammed &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton1297.gif?1642092131' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;665&#034; height=&#034;724&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les peuples du Maghreb et du Proche-Orient se r&#233;voltent vaillamment face &#224; leurs oligarchies respectives. Ces r&#233;voltes, toutefois, constituent un invariant historique qui n'a jamais cess&#233; depuis les ind&#233;pendances de ces pays il y a pr&#232;s d'une cinquantaine d'ann&#233;es. Il reste toutefois &#224; politiser ce sentiment de r&#233;volte pour lui permettre d'insuffler une v&#233;ritable logique de rupture avec les diff&#233;rents r&#233;gimes en place, mais aussi avec l'ordre mondial global qui les sous-tend.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces r&#233;gimes ont tous la particularit&#233; d'&#234;tre des dictatures g&#233;r&#233;es de fa&#231;on patrimoniale par des oligarques rentiers qui s'adossent &#224; des pouvoirs policiers qui ne permettent aucune forme de dissidence : m&#233;dias sous surveillance, syst&#232;mes de justice aux ordres, partis politiques inf&#233;od&#233;s aux polices politiques, secteurs &#233;conomiques entre les mains de barons lourdement arm&#233;s par des compagnies priv&#233;es, etc. Ainsi, des logiques mafieuses pr&#233;valent dans diff&#233;rents secteurs &#233;conomiques privatis&#233;s &#224; la faveur des r&#233;formes &#233;conomiques induites par leurs bailleurs de fonds &#8211; Fonds mon&#233;taire international (FMI), Banque mondiale, Club de Paris &#8211; depuis une vingtaine d'ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt; Toute remise en cause de cette logique de pr&#233;dation se solde par l'intimidation, l'emprisonnement ou l'&#233;limination physique. Ces &#233;liminations se produisent m&#234;me souvent en exil : ainsi, les opposants Mehdi Ben Barka et Ali M&#233;cili, respectivement Marocain et Alg&#233;rien, ont &#233;t&#233; assassin&#233;s, en France, sur le sol de l'&lt;i&gt;ancienne&lt;/i&gt; puissance colonisatrice. Jusqu'&#224; ce jour, les autorit&#233;s fran&#231;aises n'ont pas &#233;t&#233; d'un grand secours pour faire la lumi&#232;re sur ces cas. Il est vrai que les deux hommes, issus de l'opposition de gauche, sont un exemple du type de discours que les grandes puissances, rompues &#224; la seule logique n&#233;ocoloniale, ne veulent pas voir &#233;merger dans cette r&#233;gion, qui subit avec force le poids d'un imp&#233;rialisme occidental essentiellement soucieux de pr&#233;server les int&#233;r&#234;ts de ses classes dominantes en consolidant des r&#233;gimes iniques et n&#233;potiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'irruption du peuple sur la sc&#232;ne politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passe-t-il dans cette r&#233;gion du monde qui soit si in&#233;dit ? Ce &#224; quoi nous assistons, c'est &#224; l'&#233;mergence sur la sc&#232;ne sociale et politique de cat&#233;gories sociales qui n'avaient jusque-l&#224; pas vocation &#224; s'exprimer sur les choses de la cit&#233;. Nous assistons &#224; l'irruption du peuple dans l'ar&#232;ne politique dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; le politique a toujours &#233;t&#233; une affaire de rapports de force bruts que les poss&#233;dants faisaient subir &#224; des masses qu'ils m&#233;prisaient largement. Ces r&#233;voltes nous montrent ce dont le peuple est capable au-del&#224; des seules &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales. Nous sommes t&#233;moins d'une appropriation des espaces publics et de formes de mobilisations in&#233;dites. La preuve nous est ainsi donn&#233;e qu'il faut garder vivante dans nos esprits l'id&#233;e que la rue n'est pas seulement un espace social, mais aussi un lieu de conflit et de lutte. C'est donc le politique qui se lib&#232;re et s'autonomise dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; nous avons tendance &#224; penser que c'est face au seul p&#244;le religieux qu'il faut s'affranchir. Autonomie du politique face au religieux, mais aussi et surtout face au militaire, au policier et &#224; l'arbitraire de l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous parlons de r&#233;voltes et non de r&#233;volution, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous percevons bien que les forces du changement potentiel et celles du &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; &#8211; voire de la contre-r&#233;volution &#8211; se c&#244;toient et s'affrontent dans le m&#234;me mouvement historique. Si la r&#233;volte est ainsi une indignation devant l'inacceptable, la r&#233;volution est davantage un long cheminement fait d'allers-retours, de flux et de reflux qui contribuent dans ce combat dynamique &#224; rendre r&#233;volu un ordre social travers&#233; par des contradictions d&#233;sormais irr&#233;conciliables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;gion t&#233;moigne sans doute d'une importante faille dans la dynamique globale du capitalisme. Certes ces r&#233;voltes ont une port&#233;e d&#233;mocratiques &#224; travers l'&#233;largissement des droits et libert&#233;s, mais elles expriment aussi un ras-le-bol face &#224; un marasme social largement tributaire de notre mod&#232;le &#233;conomique dominant, qui a confin&#233; de larges couches de ces soci&#233;t&#233;s au d&#233;nuement et &#224; des in&#233;galit&#233;s sociales qui se sont grandement creus&#233;es au fil des d&#233;cennies. Ces r&#233;gimes ne parviennent plus &#224; appliquer les r&#233;formes ultralib&#233;rales qui y pr&#233;valent depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980 par la seule forme de la coercition polici&#232;re. L'incurie et l'ill&#233;gitimit&#233; qui frappent ces syst&#232;mes sont telles que les populations ne se satisferont pas de changements cosm&#233;tiques qui ne remettraient pas en question leur r&#244;le d'alli&#233;s subalternes des puissances imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le spectre du chaos et du vide politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot enfin sur le spectre du chaos et du vide brandi dans nos m&#233;dias face &#224; ces soul&#232;vements populaires. Si le vide d&#233;signe le fait que des millions de personnes s'int&#233;ressent plus que jamais &#224; la chose politique et publique et s'investissent dans des assembl&#233;es citoyennes et de quartier ou dans des comit&#233;s au sein de leurs syndicats, alors il faut s'en r&#233;jouir. Le vide que l'on craint exprime surtout la hantise d'une vision &#233;litiste qui peine &#224; concevoir que l'exercice d&#233;mocratique ne soit pas r&#233;serv&#233; aux seuls professionnels de la politique qui en font une chasse gard&#233;e. Cette grande effervescence d&#233;mocratique est au contraire &#224; saluer. Une vision de la politique qui refuse de s'ouvrir sur l'in&#233;dit traduit une incapacit&#233; &#224; imaginer l'inconnu et l'&#224;-venir (&#224; ne pas confondre avec le futur) comme un nouvel horizon insoup&#231;onn&#233; de potentialit&#233;s et de possibilit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car, comme le disait r&#233;cemment avec force et justesse le philosophe Alain Badiou (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 18 f&#233;vrier 2011) qui commentait les soul&#232;vements en Tunisie et en &#201;gypte, &#171; &lt;i&gt;dans la situation de mis&#232;re politique qui est la n&#244;tre depuis trois d&#233;cennies, n'est-il pas &#233;vident que c'est nous qui avons tout &#224; apprendre des soul&#232;vement populaires du moment ?&lt;/i&gt; &#187; Ne devons-nous pas de toute urgence &#233;tudier de tr&#232;s pr&#232;s tout ce qui, l&#224;-bas, a rendu possible le renversement, par l'action collective, de gouvernements oligarchiques corrompus et, en outre &#8211; et peut-&#234;tre surtout &#8211; en situation de vassalit&#233; humiliante par rapport aux &#201;tats occidentaux ? Oui, nous devons &#234;tre les &#233;coliers de ces mouvements, et non leurs stupides professeurs. Car, ajoute Alain Badiou, &#171; &lt;i&gt;ils rendent vie, dans le g&#233;nie propre de leurs inventions, &#224; quelques principes de la politique dont on cherche depuis bien longtemps &#224; nous convaincre qu'ils sont d&#233;&#173;suets. Et tout particuli&#232;rement &#224; ce principe que Marat ne cessait de rappeler : quand il s'agit de libert&#233;, d'&#233;galit&#233;, d'&#233;mancipation, nous devons tout aux &#233;meutes populaires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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