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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Wounded Knee : 50 ans de lutte</title>
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		<dc:date>2024-10-25T21:18:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Miriam Hatabi, Melissa Miller</dc:creator>


		<dc:subject>Miller, Melissa</dc:subject>
		<dc:subject>Hatabi, Miriam</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 27 f&#233;vrier marquait le 50e anniversaire du d&#233;but de l'occupation de Wounded Knee, une action men&#233;e par l'American Indian Movement (AIM) et des militant&#183;es Oglala-Lakota de la r&#233;serve de Pine Ridge dans le Dakota du Sud. L'occupation, qui a dur&#233; 71 jours, marque un tournant dans les luttes pour les droits des peuples autochtones aux &#201;tats-Unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;vrier 1973. Le site de Wounded Knee, situ&#233; au c&#339;ur de la r&#233;serve de Pine Ridge, est pris d'assaut par 250 militant&#183;es de l'American Indian (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-95-Printemps-2023-" rel="directory"&gt;No 095 - Printemps 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Miller-Melissa-+" rel="tag"&gt;Miller, Melissa&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Hatabi-Miriam-+" rel="tag"&gt;Hatabi, Miriam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/9879-5.png?1729890976' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;449&#034; height=&#034;249&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 27 f&#233;vrier marquait le 50e anniversaire du d&#233;but de l'occupation de Wounded Knee, une action men&#233;e par l'American Indian Movement (AIM) et des militant&#183;es Oglala-Lakota de la r&#233;serve de Pine Ridge dans le Dakota du Sud. L'occupation, qui a dur&#233; 71 jours, marque un tournant dans les luttes pour les droits des peuples autochtones aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;F&#233;vrier 1973. Le site de Wounded Knee, situ&#233; au c&#339;ur de la r&#233;serve de Pine Ridge, est pris d'assaut par 250 militant&#183;es de l'American Indian Movement et d'autres habitant&#183;es de la r&#233;gion. L'American Indian Movement (AIM) est un groupe militant autochtone, cr&#233;&#233; &#224; Minneapolis en 1968 afin de prot&#233;ger les personnes autochtones des brutalit&#233;s polici&#232;res. &#192; partir des ann&#233;es 1970, il se transforme en une organisation nationale et devient le fer de lance du mouvement &lt;em&gt;Red Power&lt;/em&gt;, lui-m&#234;me inspir&#233; de la lutte pour les droits civils men&#233;e par des militant&#183;es afrodescendant&#183;es. Le AIM prend en charge de nombreuses luttes &#224; travers le pays : ind&#233;pendance &#233;conomique, revitalisation des cultures traditionnelles, protection des droits reconnus par la loi et, plus particuli&#232;rement, autonomie sur les zones tribales ainsi que restitution des terres ill&#233;galement saisies par le gouvernement ou des compagnies priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un si&#232;ge connect&#233; au pass&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'occupation de Wounded Knee, initi&#233;e par les habitant&#183;es de Pine Ridge, vise d'abord &#224; d&#233;noncer la corruption du chef du conseil tribal Dicky Wilson ainsi que la violence exerc&#233;e par ses hommes envers les Oglala-Lakota et plus particuli&#232;rement envers les traditionalistes. Avec la complaisance du gouvernement f&#233;d&#233;ral, Pine Ridge &#233;tait devenue, sous la poigne de Wilson, une v&#233;ritable prison pour ceux et celles qui tenaient &#224; revaloriser leur culture et leurs traditions. L'occupation vise aussi &#224; d&#233;noncer les injustices historiques subies par les peuples autochtones aux &#201;tats-Unis. Les occupant&#183;es exigent notamment que le gouvernement f&#233;d&#233;ral respecte les trait&#233;s historiques qu'il a sign&#233; avec les diff&#233;rentes nations &#8211; trait&#233;s qu'il a plus souvent qu'autrement bafou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, le lieu choisi pour l'occupation n'est pas anodin. Situ&#233; au c&#339;ur du Dakota, Wounded Knee entre dans l'histoire en 1890 alors que l'arm&#233;e am&#233;ricaine y commet un massacre. Dans un contexte de guerre et de famine, alors que les territoires sioux sont confisqu&#233;s par le gouvernement am&#233;ricain et les communaut&#233;s autochtones diss&#233;min&#233;es, le 7e r&#233;giment de cavalerie, appel&#233; pour &#171; pacifier &#187; la population de Wounded Knee, fusille entre 300 et 350 personnes. C'est pour se rappeler de ce massacre, mais aussi des luttes des peuples autochtones pour leur souverainet&#233;, qu'un des slogans les plus populaires du AIM est &#8220;Remember Wounded Knee&#8221; (rappelons-nous de Wounded Knee).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ras-le-bol et revendications&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'occupation de 1973, les militant&#183;es prennent possession de plusieurs b&#226;timents dans la localit&#233; de Wounded Knee, dont le mus&#233;e, une station-service et quelques &#233;glises. Les occupant&#183;es proclament alors l'ind&#233;pendance de la nation oglala (Oglala Independant Nation), un geste qui exprime le refus des habitant&#183;es de Pine Ridge de se soumettre plus longtemps &#224; l'oppression coloniale et aux structures gouvernementales corrompues (les conseils tribaux) impos&#233;es par le gouvernement am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;claration d'ind&#233;pendance n'est pas que symbolique : elle s'appuie sur un trait&#233; de 1868 sign&#233; entre les Sioux et le gouvernement des &#201;tats-Unis. Les occupant&#183;es exigent de n&#233;gocier de nation &#224; nation, mais le gouvernement f&#233;d&#233;ral d&#233;cide plut&#244;t de d&#233;loger les occupant&#183;es par la force. Tr&#232;s vite, l'occupation tourne &#224; l'affrontement arm&#233;. Pendant 71 jours, plus de 300 personnes r&#233;sistent &#224; une importante force militaire et paramilitaire compos&#233;e de soldats, d'agents du FBI et de policiers locaux. Au terme de l'occupation, on d&#233;nombre deux morts, assassin&#233;s par les forces r&#233;pressives.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Legs et &#233;chos&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'occupation, bien que spectaculaire, n'a pas d'effet imm&#233;diat sur la r&#233;serve de Pine Ridge ; les relations entre les militant&#183;es traditionalistes et le conseil tribal s'enveniment et la violence y perdure. Par contre, l'occupation de Wounded Knee fait appara&#238;tre au grand jour les revendications des nations autochtones aux &#201;tats-Unis. L'action mobilise l'opinion publique qui se montre g&#233;n&#233;ralement favorable aux revendications des occupant&#183;es. De plus, Wounded Knee contribue &#224; former une nouvelle g&#233;n&#233;ration de militant&#183;es pour les droits des peuples autochtones. Entre autres, certaines des militantes pr&#233;sentes &#224; Wounded Knee forment l'ann&#233;e suivante l'association Women of All Red Nations. C'est aussi &#224; ce moment que le AIM commence ses actions au Canada, notamment avec le blocage de Cache Creek en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L434xH663/capture_d_e_cran_le_2024-10-25_a_17.18_48-23dd3.png?1729891169' width='434' height='663' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cho du AIM d&#233;passe les fronti&#232;res coloniales &#8211; fronti&#232;res que l'AIM ne reconna&#238;t pas, d'ailleurs. Des membres de nations autochtones s'inspirent de leurs actions depuis 50 ans, partout &#224; travers le monde. Lors de l'occupation de Wounded Knee, des militant&#183;es kanien'keh&#225;:ka sont all&#233;&#183;es soutenir leurs camarades aux &#201;tats-Unis. &#192; partir de 1973, de nombreuses organisations de d&#233;fense des droits autochtones se rallient &#224; l'AIM et &#224; sa vision, et, dans les ann&#233;es qui suivent, quelques sections de l'AIM sont cr&#233;&#233;es du c&#244;t&#233; canadien de la fronti&#232;re. Les exp&#233;riences d'occupations et de blocages, de r&#233;clamations territoriales et d'actions directes se poursuivent depuis, au Canada comme aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es qui suivent Wounded Knee, l'AIM continue d'offrir son appui aux luttes que m&#232;nent les communaut&#233;s autochtones du c&#244;t&#233; canadien de la fronti&#232;re &#8211; en autant que celles-ci le demandent, peut-on lire dans des entrevues avec des membres de l'AIM publi&#233;es dans Akwesasne Notes. C'est ainsi que les luttes de Ganienkeh (1974), de Fort Kanasaraken (1979), d'Oka (1990) et d'Ipperwash (1995), parmi d'autres, s'inscrivent clairement dans la continuit&#233; de Wounded Knee. C'est aussi le cas du blocage du chantier de l'ol&#233;oduc Dakota Access, de 2016 &#224; 2017, par des militant&#183;es autochtones &#224; Standing Rock dans le Dakota du Nord. Ainsi, depuis 50 ans, les luttes pour les souverainet&#233;s autochtones se poursuivent, par tous les moyens n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blouin, Philippe (coord.), Matt Peterson, Malek Rasamny et Kahentinetha Rotiskarewake. &lt;em&gt;La Mohawk Warrior Society&lt;/em&gt;, E&#769;ditions de la rue Dorion, 2022, 462 pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On the Road to Wounded Knee &#187;, &lt;em&gt;Indian Nation&lt;/em&gt;, Vol. 3, No. 1, Avril 1976&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; The Struggle Continues &#8211; Wounded Knee &#187;, &lt;em&gt;Akwesasne Notes&lt;/em&gt;, Vol. 5, No. 3, Juin 1973 &#171; Voices from Wounded Knee &#187;, publie&#769; par les &lt;em&gt;Akwesasne Notes &lt;/em&gt;(e&#769;diteur lie&#769; au journal du me&#770;me nom).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;M&#233;lissa Miller est membre du collectif d'Archives R&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : &#171; Show your Solidarity with the Indian Nations &#187;, affiche de l'occupation de Wounded Knee, 1973, Library of Congress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Image tir&#233;e de l'&#233;pisode 5 de la s&#233;rie documentaire We Shall Remain, &#171; Wounded Knee &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Direct Action. Une exp&#233;rience radicale</title>
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		<dc:date>2024-09-15T15:38:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexis Lafleur-Paiement, Melissa Miller</dc:creator>


		<dc:subject>Lafleur-Paiement, Alexis</dc:subject>
		<dc:subject>Miller, Melissa</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>Politique canadienne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 marquent un ressac de la gauche, notamment r&#233;volutionnaire, partout en Occident. Le d&#233;clin du prestige des pays socialistes, la restructuration des milieux de travail et surtout la r&#233;pression &#233;tatique ont peu &#224; peu raison des organisations militantes. Dans ce contexte, des groupes travaillent au renouvellement de leur strat&#233;gie comme de leurs pratiques. C'est le cas de Direct Action, un collectif canadien anarchiste, &#233;cologiste, f&#233;ministe et anti-imp&#233;rialiste qui m&#232;ne une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-94-Hiver-2022-2023-" rel="directory"&gt;No 094 - Hiver 2022/2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Miller-Melissa-+" rel="tag"&gt;Miller, Melissa&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-canadienne-+" rel="tag"&gt;Politique canadienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/979879.png?1726414658' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;740&#034; height=&#034;423&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 marquent un ressac de la gauche, notamment r&#233;volutionnaire, partout en Occident. Le d&#233;clin du prestige des pays socialistes, la restructuration des milieux de travail et surtout la r&#233;pression &#233;tatique ont peu &#224; peu raison des organisations militantes. Dans ce contexte, des groupes travaillent au renouvellement de leur strat&#233;gie comme de leurs pratiques. C'est le cas de Direct Action, un collectif canadien anarchiste, &#233;cologiste, f&#233;ministe et anti-imp&#233;rialiste qui m&#232;ne une s&#233;rie d'attaques contre l'&#201;tat et l'industrie de 1980 &#224; 1983.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; la suite des grands cycles de luttes des ann&#233;es 1960 et 1970 marqu&#233;s par les gr&#232;ves ouvri&#232;res, la puissance des partis communistes, la &#171; New Left &#187;, l'Autonomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La &#171; New Left &#187; et les mouvements autonomes (italien et fran&#231;ais) des ann&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ainsi que l'anti-imp&#233;rialisme et la d&#233;colonisation, la gauche faiblit durant la d&#233;cennie suivante. Les mod&#232;les sovi&#233;tique et chinois sont de moins en moins attrayants : l'URSS conna&#238;t une stagnation politique et &#233;conomique sous la direction de L&#233;onid Brejnev (1964-1982) alors que la Chine se lib&#233;ralise sous l'impulsion de Deng Xiaoping (1978-1989). Les organisations de gauche ont aussi de la difficult&#233; &#224; r&#233;sister &#224; la restructuration du travail et aux politiques n&#233;olib&#233;rales qui transforment les lieux de production. Le roulement et la pr&#233;carisation des employ&#233;&#183;es ainsi que la d&#233;localisation nuisent aux groupes qui s'organisent historiquement dans les milieux de travail. Enfin, la violente r&#233;pression &#233;tatique des ann&#233;es 1970 a d&#233;truit partout en Occident les mouvements r&#233;volutionnaires, du Black Panther Party aux &#201;tats-Unis en passant par l'Autonomie italienne, sans compter la multiplication des interventions imp&#233;rialistes contre les r&#233;gimes de gauche, comme au Chili en septembre 1973. Dans ce contexte, les militant&#183;es cherchent &#224; red&#233;finir leur strat&#233;gie, comme c'est le cas de Direct Action au Canada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ambiance morose des ann&#233;es 1980, les r&#233;volutionnaires sont forc&#233;&#183;es de reconsid&#233;rer les raisons de leur &#233;chec et leurs mani&#232;res de lutter. On voit par exemple &#233;merger la revue &lt;em&gt;R&#233;voltes&lt;/em&gt; (1984-1988) au Qu&#233;bec qui ouvre le dialogue entre libertaires et marxistes. Dans le m&#234;me sens, des militant&#183;es relancent le d&#233;bat sur les causes de l'oppression tout en cherchant les meilleures m&#233;thodes pour renverser l'injustice. &#192; la fin des ann&#233;es 1970, la sc&#232;ne anarcho-punk de Vancouver joue un r&#244;le important dans ce renouveau. Une r&#233;flexion critique du colonialisme, du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme, tourn&#233;e vers un horizon &#233;galitaire, f&#233;ministe et &#233;cologiste, se d&#233;veloppe au sein du journal &lt;em&gt;Open Road &lt;/em&gt;(1975-1990). De ce milieu &#233;merge, en 1980, le collectif Direct Action qui veut mener des attaques contre des symboles et des infrastructures capitalistes afin de sensibiliser la population &#224; certains enjeux et pour nuire au syst&#232;me lui-m&#234;me. Contrairement aux groupes arm&#233;s des ann&#233;es 1970, souvent des factions militaris&#233;es d'un mouvement de masse, Direct Action souhaite, par son action, &#234;tre un agent de la relance de la gauche au Canada.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Repenser le rapport de force&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En raison de son analyse, le groupe pr&#233;conise de mener des luttes de solidarit&#233; avec les peuples autochtones, d'affronter le patronat et l'&#201;tat bourgeois, de participer aux campagnes antiguerres, d'attaquer l'industrie pornographique, etc. Direct Action tente de s'int&#233;grer &#224; l'ensemble de ces combats en se donnant la t&#226;che sp&#233;cifique de mener des actions d'&#233;clat lorsque la situation est totalement bloqu&#233;e. Le groupe esp&#232;re relancer des luttes qui stagnent en faisant la d&#233;monstration qu'un nouveau rapport de force peut &#233;merger gr&#226;ce &#224; l'action arm&#233;e, comme moyen de dernier recours et en &#233;vitant de blesser ou de tuer des individus. Par une activit&#233; soutenue, on souhaite plus largement redynamiser et radicaliser la gauche canadienne. Le groupe propose une r&#233;flexion th&#233;orique tout en jouant un r&#244;le &#171; d'avant-garde tactique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Direct Action proc&#232;de d'abord &#224; des actes de vandalisme contre l'entreprise mini&#232;re Amax, puis les bureaux du minist&#232;re de l'Environnement. Une premi&#232;re attaque d'envergure cible, le 30 mai 1982, les transformateurs de Cheekye-Dunsmuir sur l'&#238;le de Vancouver. Cette station fait partie d'un immense projet hydro-&#233;lectrique particuli&#232;rement nuisible &#224; l'environnement que les luttes populaires n'avaient pas &#233;t&#233; en mesure de bloquer. L'attentat relance le d&#233;bat concernant le projet, mais celui-ci est tout de m&#234;me achev&#233; et mis en service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, le 14 octobre, une seconde bombe explose, cette fois &#224; Toronto. L'attentat vise Litton Industries, une soci&#233;t&#233; qui concentre tous les probl&#232;mes que d&#233;noncent Direct Action. Cette entreprise, honnie par les citoyen&#183;nes, produit des syst&#232;mes de guidage pour les missiles de croisi&#232;re am&#233;ricains. Elle est financ&#233;e par le gouvernement canadien et proc&#232;de &#224; des tests dangereux et polluants en Alberta et dans les Territoires du Nord-Ouest, notamment en terres autochtones. Litton est une pi&#232;ce ma&#238;tresse de l'appareil &#233;tatique, capitaliste et militaire occidental. L'attaque est annonc&#233;e par Direct Action afin d'&#233;viter de faire des victimes, mais Litton n'&#233;coute pas et plusieurs personnes sont bless&#233;es. Malgr&#233; tout, cette action est relativement bien per&#231;ue par les milieux militants oppos&#233;s depuis des ann&#233;es au complexe militaro-industriel. De grandes manifestations anti-Litton suivent l'attaque et l'usine finit par perdre son financement gouvernemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, Direct Action se recompose sous le nom de la Wimmin's Fire Brigade et incendie, le 22 novembre 1982, trois succursales de Red Hot Video. Cette entreprise am&#233;ricaine se sp&#233;cialise dans la distribution de films pornographiques &#224; la limite de la l&#233;galit&#233;, globalement d&#233;gradants et apolog&#233;tiques du viol. L'attaque f&#233;ministe est particuli&#232;rement bien re&#231;ue par la gauche canadienne qui lutte depuis longtemps contre la cha&#238;ne. La dynamique entre action citoyenne et action directe fait le succ&#232;s de l'op&#233;ration ; les autorit&#233;s, d'abord complaisantes, lancent des enqu&#234;tes contre Red Hot Video et six de ses boutiques finissent par fermer. &#192; peine quelques semaines apr&#232;s ce succ&#232;s, les cinq membres de Direct Action sont pourtant arr&#234;t&#233;&#183;es. Le proc&#232;s de ceux qu'on surnomme les &#171; Vancouver Five &#187; m&#232;ne &#224; de lourdes peines.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la lutte arm&#233;e &#224; la lutte populaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'arrestation des membres de Direct Action t&#233;moigne d'une limite de leur action : leur aventurisme et leur isolement les exposaient &#224; la r&#233;pression. L'usage de l'action arm&#233;e, m&#234;me en &#233;vitant de cibler des personnes, &#233;tait aussi &#224; double tranchant : elle permettait d'attirer l'attention sur un enjeu pr&#233;cis, voire d'instaurer un rapport de force direct avec l'&#201;tat ou une industrie, mais pouvait effrayer les militant&#183;es moins radicaux&#183;ales et diviser les luttes. Sans moraliser le d&#233;bat, on peut l&#233;gitimement se demander si la tactique de Direct Action &#233;tait suffisamment arrim&#233;e aux mouvements populaires, et si elle participait d'un horizon strat&#233;gique &#224; m&#234;me d'&#233;branler l'&#201;tat colonial canadien et le r&#233;gime capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est certain, c'est que le groupe a su renouveler avec pertinence l'analyse de la conjoncture canadienne, tout en ayant l'audace de rouvrir la question de la strat&#233;gie et de la tactique r&#233;volutionnaire dans un moment de ressac. En liant les questions du colonialisme, du capitalisme, de l'&#233;cologie, du patriarcat et de l'imp&#233;rialisme, Direct Action a aid&#233; les mouvements canadiens &#224; mieux comprendre ses adversaires &#8211; l'anarcho-indig&#233;nisme de la Colombie-Britannique en t&#233;moigne encore de nos jours. La matrice th&#233;orique d&#233;velopp&#233;e dans les ann&#233;es 1980 a contribu&#233; &#224; la critique des Jeux olympiques d'hiver de Vancouver qui ont eu lieu en terres vol&#233;es en 2010 et informe toujours la gauche, comme on le voit dans les luttes de solidarit&#233; avec les Wet'suwet'en depuis 2019. L'activit&#233; de Direct Action pousse &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui peut &#234;tre fait lorsqu'une situation politique est bloqu&#233;e. Comment la gauche doit-elle agir lorsque les cadres l&#233;gaux l'emp&#234;chent objectivement d'avancer, lorsque le monopole &#233;tatique de la violence lui est impos&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son proc&#232;s, Ann Hansen, membre de Direct Action, demandait : &#171; &lt;em&gt;Comment pouvons-nous faire, nous qui n'avons pas d'arm&#233;es, d'armement, de pouvoir ou d'argent, pour arr&#234;ter ces criminels [les capitalistes] avant qu'ils ne d&#233;truisent la terre ?&lt;/em&gt; &#187; Une partie de la r&#233;ponse se trouve dans la construction de mouvements populaires eux-m&#234;mes en mesure de d&#233;passer la l&#233;galit&#233; bourgeoise lorsque la situation l'exige. Cette strat&#233;gie &#233;vite l'isolement d'un groupe comme Direct Action sans confiner la gauche &#224; la d&#233;faite lorsque l'&#201;tat le d&#233;cide. Un horizon commun est aussi n&#233;cessaire afin de d&#233;construire le capitalisme et de produire une soci&#233;t&#233; &#233;mancip&#233;e. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &#171; &lt;em&gt;New Left&lt;/em&gt; &#187; et les mouvements autonomes (italien et fran&#231;ais) des ann&#233;es 1960-1970 s'inspirent du marxisme, tout en &#233;largissant leur champ d'action &#224; d'autres th&#232;mes que le travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Alexis Lafleur-Paiement et M&#233;lissa Miller, pour le collectif Archives R&#233;volutionnaires (En ligne : &lt;a href=&#034;https://archivesrevolutionnaires.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archivesrevolutionnaires.com&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Archives r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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