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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Les food trucks, de Galarneau aux bobos</title>
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		<dc:date>2024-08-09T16:38:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Brissette, Julien Valli&#232;res</dc:creator>


		<dc:subject>Brissette, Pascal</dc:subject>
		<dc:subject>Valli&#232;res, Julien</dc:subject>
		<dc:subject>Arts et culture</dc:subject>
		<dc:subject>Agriculture et alimentation</dc:subject>
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&lt;p&gt;Traditionnellement, le camion de restauration est associ&#233; &#224; la culture populaire : il se d&#233;place dans les rues, au plus pr&#232;s des marcheur&#183;euses et des foules, se poste &#224; la sortie des usines pour sustenter les ouvriers et ouvri&#232;res en pause. Les camions de restauration sont officiellement revenus dans les rues de Montr&#233;al en 2013. Or, s'il a &#233;t&#233; restitu&#233; &#224; la vie urbaine, le camion de restauration n'est plus le m&#234;me, il n'a plus les m&#234;mes attaches sociales ni la m&#234;me signification (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Mini-dossier-Nommer-pour-mieux-exister-" rel="directory"&gt;Mini-dossier : Nommer pour mieux exister&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Agriculture-et-alimentation-+" rel="tag"&gt;Agriculture et alimentation&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/12312-10.png?1723221431' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;1250&#034; height=&#034;710&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traditionnellement, le camion de restauration est associ&#233; &#224; la culture populaire : il se d&#233;place dans les rues, au plus pr&#232;s des marcheur&#183;euses et des foules, se poste &#224; la sortie des usines pour sustenter les ouvriers et ouvri&#232;res en pause. Les camions de restauration sont officiellement revenus dans les rues de Montr&#233;al en 2013. Or, s'il a &#233;t&#233; restitu&#233; &#224; la vie urbaine, le camion de restauration n'est plus le m&#234;me, il n'a plus les m&#234;mes attaches sociales ni la m&#234;me signification culturelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le roman &lt;em&gt;Salut Galarneau ! &lt;/em&gt;de Jacques Godbout, le personnage de Fran&#231;ois Galarneau, roi du hot-dog autoproclam&#233;, &#233;quipe un vieil autobus qu'il transforme en restaurant et qu'il stationne &#224; L'&#206;le-Perrot en bordure de la route pour y vendre des hot-dogs dont il n'est pas peu fier. &#201;crivain &#8211; car il confie &#224; deux grands cahiers le r&#233;cit de ses m&#233;saventures, dans la langue populaire qu'il conna&#238;t &#8211; il n'a pas tant l'ambition d'en acqu&#233;rir les marques sociales que d'atteindre une &#233;criture authentique. Ses cahiers sont tach&#233;s d'huile &#224; patates, mais leur langue est savoureuse comme une bonne graisseuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'&#234;tre banni du domaine public montr&#233;alais &#224; la fin des ann&#233;es 1940, le camion de restauration vendait essentiellement des mets apparent&#233;s &#224; ce qu'on appelle aujourd'hui la malbouffe : des frites, hamburgers et hot-dogs. Il fallait que les mets soient simples, chauds, rapides &#224; pr&#233;parer et peu co&#251;teux. En 1967, lorsque para&#238;t le roman de Godbout, le camion de restauration est chose du pass&#233; ; d'ailleurs, le camion de son h&#233;ros est stationnaire ; certes, Fran&#231;ois Galarneau r&#234;ve &#224; la fin du roman de le lancer sur la route, mais le r&#234;ve ne se r&#233;alise pas. De toute fa&#231;on, ce stand &#224; patates repr&#233;sente une entreprise risqu&#233;e dans laquelle Fran&#231;ois met toutes ses &#233;conomies, qui lui rapporte un maigre profit et qui fait de lui un d&#233;class&#233;. Il a beau faire griller les meilleures saucisses de la Belle Province, selon son dire, cela reste des saucisses et s'il parvenait &#224; s'illustrer, suppose-t-on, ce serait davantage par l'&#233;criture que par la friture. Or, si Fran&#231;ois Galarneau est bien d&#233;pourvu des attributs du conqu&#233;rant de l'&#233;chelle sociale, tout au contraire, le camion de restauration des ann&#233;es 2010 est le v&#233;hicule d'un acteur en pleine gloire : le chef cuisinier. Ce camion de restauration de rue revu, op&#233;rant sous une enseigne, assaini et contr&#244;l&#233; a peu &#224; voir avec l'autobus sans roues que Fran&#231;ois Galarneau bricole en restaurant. C&#233;l&#233;br&#233; par les journalistes culinaires qui ont appel&#233; sa venue, son menu discut&#233;, ses d&#233;placements trac&#233;s, il n'a gu&#232;re plus &#224; voir, non plus, avec la modeste cantine roulante post&#233;e &#224; la sortie des usines de l'entre-deux-guerres. C'est du moins ce qu'une analyse du discours donne &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous aidant de m&#233;thodes simples de traitement informatis&#233; des textes, nous avons analys&#233; le discours m&#233;diatique qui a accompagn&#233; la r&#233;introduction de la restauration mobile de rue &#224; Montr&#233;al et observ&#233; les th&#232;mes et les valeurs que ce discours tra&#238;ne &#224; sa suite. Plus pr&#233;cis&#233;ment, au sein d'un corpus de textes de presse d&#233;passant un millier d'articles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce corpus r&#233;unit des articles de presse de langue fran&#231;aise publi&#233;s &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous avons relev&#233; l'ensemble des occurrences des mots et expressions employ&#233;s pour d&#233;signer les camions de restauration et le contexte d'&#233;nonciation de chacune de ces occurrences. En utilisant une m&#233;thode d'analyse dite vectorielle, nous avons obtenu une liste des mots les plus souvent associ&#233;s aux diverses mentions du camion de restauration. Cette liste comprend les raisons sociales de restaurants, l'acronyme de l'Association des restaurateurs de rues du Qu&#233;bec, des titres de festivals culinaires, puis des indications de temps &#233;voquant le loisir. S'y ajoutent des termes se rapportant directement &#224; la mobilit&#233; ou &#224; la gastronomie. D'embl&#233;e, on remarque donc que le vocabulaire caract&#233;ristique du discours m&#233;diatique sur la restauration de rue n'a rien de d&#233;primant. Ces v&#233;hicules qu'on d&#233;signe le plus souvent sous le nom de food trucks s'engagent dans les rues de Montr&#233;al avec un air de f&#234;te, en p&#233;riode estivale et de repos, vers les amateurs de cuisine du monde et de r&#233;interpr&#233;tations gastronomiques des plats typiques de la cuisine de rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;matique festive dominante ne doit pas faire oublier que le camion de restauration repr&#233;sente aussi une occasion d'affaires &#224; saisir pour le restaurateur. Quantit&#233; d'articles parlent en effet d'argent, d'investissement, d'&#233;quipement, de promotion, d'entrepreneuriat. Du point de vue commercial, le camion de restauration repr&#233;sente un canal de distribution exclusif r&#233;gi par la ville, &#224; exploiter par un nombre limit&#233; d'acteurs d'une industrie, celle de la restauration, qui elle-m&#234;me participe de la grande industrie du tourisme, d'o&#249; l'importance de la diversit&#233; des cuisines et des signatures v&#233;hicul&#233;es. Le camion porte la cuisine d'un chef cuisinier sur les lieux achaland&#233;s par les touristes tel le Vieux-Port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; savoir si le camion de restauration en circulation &#224; Montr&#233;al, en 2022, participe encore de la culture populaire, d'autres en d&#233;cideront. Nous pouvons seulement constater l'absence au sein de la presse &#233;crite d'un champ lexical le sugg&#233;rant. Celui-l&#224; nous para&#238;t une ic&#244;ne de la culture populaire, tir&#233;e d'un vieil album photo, remis sur ses roues et revamp&#233;, ancr&#233; dans l'histoire de la m&#233;tropole et de sa classe ouvri&#232;re, d&#233;sormais destin&#233; &#224; ceux que l'Am&#233;ricain David Brooks appelle les bobos davantage qu'aux familles ouvri&#232;res, qui n'ont plus les moyens, pour la plupart, d'habiter les quartiers centraux o&#249; vont se stationner les camions de restauration.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce corpus r&#233;unit des articles de presse de langue fran&#231;aise publi&#233;s &#224; Montr&#233;al entre 2012 et 2020. Nous avons rep&#233;r&#233; 1327 textes qui mentionnent les camions de restauration parmi un plus large corpus portant sur l'alimentation &#224; Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pascal Brissette est professeur agr&#233;g&#233; &#224; l'Universit&#233; McGill et Julien Valli&#232;res, administrateur de recherche &#224; l'Universit&#233; McGill. Les auteurs sont tous deux membres du Centre de recherches interdisciplinaires en &#233;tudes montr&#233;alaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Elisabeth Doyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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