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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Les d&#233;chirures. Essais sur le Qu&#233;bec contemporain</title>
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		<dc:creator>Learry Gagn&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Gagn&#233;, Learry</dc:subject>
		<dc:subject>Livres</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Analyse du discours</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alex Gagnon, Les d&#233;chirures. Essais sur le Qu&#233;bec contemporain, Del Busso, 2023, 350 pages. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Les d&#233;chirures, le docteur en litt&#233;rature Alex Gagnon propose quatre &#171; essais sur le Qu&#233;bec contemporain &#187;, qui sont en fait des analyses de discours assez techniques portant sur quatre objets de pol&#233;mique des derni&#232;res ann&#233;es : les chroniqueurs de droite du Journal de Montr&#233;al, l'ouvrage L'empire du politiquement correct, de Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, le &#171; Manifeste contre le dogmatisme universitaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-96-Ete-2023-" rel="directory"&gt;No 096 - &#201;t&#233; 2023&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gagne-Learry-+" rel="tag"&gt;Gagn&#233;, Learry&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Livres-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Politique-quebecoise-+" rel="tag"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Analyse-du-discours-+" rel="tag"&gt;Analyse du discours&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/67676.png?1731779395' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;288&#034; height=&#034;400&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alex Gagnon, &lt;i&gt;Les d&#233;chirures. Essais sur le Qu&#233;bec contemporain&lt;/i&gt;, Del Busso, 2023, 350 pages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Les d&#233;chirures&lt;/em&gt;, le docteur en litt&#233;rature Alex Gagnon propose quatre &#171; &lt;em&gt;essais sur le Qu&#233;bec contemporain&lt;/em&gt; &#187;, qui sont en fait des analyses de discours assez techniques portant sur quatre objets de pol&#233;mique des derni&#232;res ann&#233;es : les chroniqueurs de droite du &lt;em&gt;Journal de Montr&#233;al&lt;/em&gt;, l'ouvrage &lt;em&gt;L'empire du politiquement correct&lt;/em&gt;, de Mathieu Bock-C&#244;t&#233;, le &#171; Manifeste contre le dogmatisme universitaire &#187; paru dans le &lt;em&gt;Devoir&lt;/em&gt; en 2020, et l'affaire Lieutenant-Duval. Gagnon affirme d'embl&#233;e qu'&#171; &lt;em&gt;avoir des opinions&lt;/em&gt; [&#8230; l']&lt;em&gt;'int&#233;resse peu&lt;/em&gt; &#187; (p. 10). Il pr&#233;conise plut&#244;t une approche &#171; descriptive &#187; (p. 11) surtout fond&#233;e sur les th&#233;ories discursives de Marc Angenot et sur la sociologie des champs de Pierre Bourdieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur applique plus ou moins la m&#234;me m&#233;thode &#224; ses quatre sujets. Pour chacun, il identifie deux camps, et cherche &#224; faire ressortir les similarit&#233;s et les diff&#233;rences dans le style argumentatif. Son travail n'est pas strictement descriptif ; il se permet des critiques, surtout envers le c&#244;t&#233; &#171; droit &#187; des pol&#233;miques (Richard Martineau, Bock-C&#244;t&#233;, et le Manifeste), et dans l'affaire VLD, il prend clairement le parti de la libert&#233; acad&#233;mique. Mais il trouve le moyen d'y adosser le c&#244;t&#233; &#171; gauche &#187; et parfois, cela donne des incongruit&#233;s, comme le rapprochement des styles de Bock-C&#244;t&#233; et de Francis Dupuis-D&#233;ri (p. 106-8), ou l'acharnement sur une p&#233;tition de gauche radicale somme toute insignifiante comme principal interlocuteur des pro-VLD, alors que pourtant, la plupart des interventions publiques contre l'usage sans retenue du &#171; mot en N &#187; furent mod&#233;r&#233;es et constructives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une forte intention chez Gagnon de se placer au-dessus de la m&#234;l&#233;e, mais comme il ne s'int&#233;resse pas vraiment au contexte sociopolitique (sauf pour l'affaire VLD, qu'il d&#233;crit assez bien), cela nous donne un portrait de la pol&#233;mique au Qu&#233;bec o&#249; les antagonistes ne valent pas mieux l'un que l'autre. Il termine l'ouvrage avec une pr&#233;sentation plut&#244;t intelligente des th&#233;ories de Bourdieu, mais il surestime gravement l'&#171; effet de classement &#187;. Pour lui, &#171; &lt;em&gt;les membres d'une soci&#233;t&#233; prennent les positions id&#233;ologiques qu'ils &#8220;choisissent&#8221;&lt;/em&gt; [&#8230;]&lt;em&gt;, non pas pour elles-m&#234;mes, parce qu'ils les trouvent vraies ou justes, mais pour l'identit&#233; sociale qui s'y rattache&lt;/em&gt; &#187; (p. 342). Gagnon insiste l&#224;-dessus : les &#171; pol&#233;mistes &#187; de tous c&#244;t&#233;s ne croient pas vraiment ce qu'ils disent, tout cela ne serait qu'un jeu s&#233;mantique de classement et de d&#233;classement (p. 344-345). Qu'en est-il alors de son propre travail ? Il affirme &#224; la toute fin qu'on peut faire de la &#171; science &#187; en valorisant &#171; &lt;em&gt;l'usage id&#233;al de la raison&lt;/em&gt; &#187; comme marqueur identitaire (p. 346). Il croyait s'en sortir, mais tout le monde dans le champ pol&#233;mique affirme faire usage de raison contrairement &#224; leurs adversaires obnubil&#233;s par les id&#233;ologies&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Intellectual dark web &#187; version Qu&#233;bec</title>
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		<dc:date>2023-10-09T13:14:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Learry Gagn&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>Analyse du discours</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Politique qu&#233;b&#233;coise</dc:subject>
		<dc:subject>Gagn&#233;, Learry</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, des intellectuels de mouvance lib&#233;rale s'adonnent &#224; la chasse ouverte &#224; la &#171; gauche identitaire &#187;. Qu'en est-il ici ? Retour historique et analyse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que les antiracistes, les f&#233;ministes et autres militant&#183;es LGBTQ+ re&#231;oivent une pluie de critiques virulentes de la part de la droite dite des &#171; valeurs familiales &#187;, rien de nouveau. Mais qu'une part substantielle de la gauche se joigne &#224; cette derni&#232;re pour attaquer les m&#234;mes militant&#183;es, voil&#224; un ph&#233;nom&#232;ne qui m&#233;rite notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Gagne-Learry-+" rel="tag"&gt;Gagn&#233;, Learry&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/234234-5.png?1696857184' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;494&#034; height=&#034;380&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, des intellectuels de mouvance lib&#233;rale s'adonnent &#224; la chasse ouverte &#224; la &#171; gauche identitaire &#187;. Qu'en est-il ici ? Retour historique et analyse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que les antiracistes, les f&#233;ministes et autres militant&#183;es LGBTQ+ re&#231;oivent une pluie de critiques virulentes de la part de la droite dite des &#171; valeurs familiales &#187;, rien de nouveau. Mais qu'une part substantielle de la gauche se joigne &#224; cette derni&#232;re pour attaquer les m&#234;mes militant&#183;es, voil&#224; un ph&#233;nom&#232;ne qui m&#233;rite notre attention. Ce mouvement nouveau genre, connu aux &#201;tats-Unis sous le nom improbable de &#171; Intellectual Dark Web &#187; (IDW), a fait l'objet de nombreux commentaires l&#224;-bas. Existe-t-il un mouvement semblable ici au Qu&#233;bec ? Cet article r&#233;pond par l'affirmative. En plein c&#339;ur de la vague &#171; anti-woke &#187;, nous proposons d'examiner la gen&#232;se et les caract&#233;ristiques de l'IDW qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'abord, un mot sur l'IDW original. Chez nos voisins du sud, l'appellation d'Intellectual Dark Web a &#233;t&#233; canonis&#233;e en 2018 par Bari Weiss, chroniqueuse du &lt;em&gt;New York Times&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bari Weiss, &#171; Meet the Renegades of the Intellectual Dark Web &#187;, The New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le nom est une plaisanterie sur le &#171; Dark Web &#187; secret o&#249; on peut commercer toutes sortes de produits illicites. Pour Weiss, parmi les id&#233;es &#171; dark &#187; de notre temps, on retrouve les diff&#233;rences fondamentales entre les sexes, la libert&#233; d'expression en &#233;tat de si&#232;ge et les dangers de l'id&#233;ologie dite identitaire. Toutefois, ce qui distingue les membres de l'IDW n'est pas leur id&#233;ologie, mais une croyance en la sup&#233;riorit&#233; des faits sur les sentiments et une critique soutenue de l'orthodoxie bien-pensante. C'est ce qui permet &#224; la gauche et la droite de faire front commun de convenance contre la &#171; gauche identitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme utilis&#233; ici est fr&#233;quemment employ&#233; par l'IDW, mais le courant vis&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. L'IDW &#233;tats-unien se rallie essentiellement autour de l'id&#233;e que le lib&#233;ralisme classique a conduit &#224; du progr&#232;s social, maintenant menac&#233; autant par la droite autoritaire que par une gauche antilib&#233;rale. Parmi les membres les plus connus dans le monde anglo-saxon, mentionnons Jordan Peterson, Sam Harris, et Helen Pluckrose et James Lindsay, dont l'ouvrage &lt;em&gt;Cynical Theories&lt;/em&gt;, publi&#233; en 2020, repr&#233;sente le haut lieu du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Aux origines de l'IDW qu&#233;b&#233;cois&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La gauche occidentale connait ses derniers vrais moments de gloire dans les ann&#233;es 1960, avec notamment les luttes pour les droits civiques aux &#201;tats-Unis, Mai 68 en France et le militantisme ind&#233;pendantiste et anticolonial au Qu&#233;bec. C'est aussi une &#233;poque de radicalisme jusqu'&#224; l'exc&#232;s, qui a comme cons&#233;quence d'&#233;loigner la classe moyenne parfois sympathique &#224; leurs causes. Affect&#233;s &#233;galement par des dissensions internes, les mouvements r&#233;volutionnaires occidentaux s'estompent. &#192; sa place apparait une gauche plus r&#233;aliste et pragmatique, une gauche sociale-d&#233;mocrate aspirant au pouvoir par le vote ; ainsi le Parti Qu&#233;b&#233;cois a pu se pr&#233;senter comme une gauche plus &#171; s&#233;rieuse &#187; que les groupes marxistes l'ayant pr&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette p&#233;riode sociale-d&#233;mocrate se solde par des avanc&#233;es notables contre les discriminations des groupes minoris&#233;s, comme les groupes racis&#233;s, les femmes et les queers. Bien que la priorit&#233; de la gauche pragmatique soit la saine gestion des programmes sociaux, les personnes minoris&#233;es prennent leur place dans les affaires, en politique et en culture. Mais la gauche h&#233;riti&#232;re des ann&#233;es 1960 ne s'&#233;teint pas pour autant. Elle consid&#232;re les gains des minoris&#233;&#183;es comme superficiels, une forme de transmutation de la diversit&#233; en objet exploitable par le capitalisme. Elle d&#233;sire aller plus loin et casser les discriminations &#224; leur source, enfouie profond&#233;ment dans le syst&#232;me. Son exigence de r&#233;forme en profondeur du curriculum en &#233;ducation m&#232;ne, &#224; la fin des ann&#233;es 1980, &#224; un nouveau clash, cette fois autour du politically correct. S'opposent alors celles et ceux qui veulent &#171; d&#233;blanchir &#187; et &#171; d&#233;masculiniser &#187; le curriculum, et les conservateurs qui voient en cela une h&#233;r&#233;sie. La gauche pragmatique est quant &#224; elle plus occup&#233;e &#224; faire &#233;lire Bill Clinton l&#224;-bas ou &#224; faire avancer la cause souverainiste ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste, dans le champ intellectuel qu&#233;b&#233;cois des ann&#233;es 1990, &#224; un grand d&#233;bat identitaire fa&#231;onn&#233; par la question nationale. Conceptualisation de l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise d'un c&#244;t&#233;, rejet de celle-ci au nom du cosmopolitanisme de l'autre. La gauche identitaire est toujours active, mais on ne s'y int&#233;resse pas, sauf parfois dans les faits divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivent les attentats du 11 septembre 2001. Partout en Occident, on a vite fait de distinguer les extr&#233;mistes de la religion musulmane en g&#233;n&#233;ral, mais les pr&#233;jug&#233;s reviennent progressivement. Puis vient H&#233;rouxville en 2007 et la &#171; crise &#187; des accommodements raisonnables, ce qui fait &#233;clater au grand jour les tensions sous-jacentes quant &#224; la tol&#233;rance de l'Autre au Qu&#233;bec. La gauche identitaire reprend ainsi du galon, d'un c&#244;t&#233; parce que le projet souverainiste de la gauche traditionnelle &#233;tait devenu moribond, et, de l'autre, pour des raisons de distinction g&#233;n&#233;rationnelle, surtout dirig&#233;e contre les &#171; boomers &#187;. Cette fois-ci, les gauches vont s'affronter directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re source de conflit porte sur les r&#233;alisations de la gauche pragmatique dans le domaine des discriminations. Celle-ci consid&#232;re que les objectifs d'&#233;galit&#233; ethnique, de genre et d'orientation sexuelle ont &#233;t&#233; largement atteints au prix d'efforts consid&#233;rables d&#233;ploy&#233;s dans les vingt ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Mais au sein de la gauche identitaire, on n'est pas satisfait : il y a encore manifestement des in&#233;galit&#233;s partout, et la lutte doit continuer sur d'autres plans, comme dans les structures de pouvoir et (encore) le curriculum. La gauche pragmatique a particuli&#232;rement mal dig&#233;r&#233; ce manque de respect. Les accusations de &#171; &lt;em&gt;politically correct&lt;/em&gt; &#187; sont reparties de plus belle, mais sous d'autres n&#233;ologismes comme &#171; &lt;em&gt;cancel culture&lt;/em&gt; &#187; et, plus tard, &#171; woke &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde source de conflit est plus acad&#233;mique ; elle porte essentiellement sur le sens &#224; donner &#224; &#171; identit&#233; &#187;. Dans le monde post-11-Septembre, les d&#233;fenseur&#183;euses de l'identit&#233; qu&#233;b&#233;coise mettent de l'avant la &lt;em&gt;la&#239;cit&#233;&lt;/em&gt;, h&#233;ritage &#224; la fois de la R&#233;volution tranquille &#8211; &#226;ge d'or de la gauche pragmatique &#8211; et des valeurs occidentales consid&#233;r&#233;es comme universelles. La gauche identitaire consid&#232;re que chacun&#183;e a le droit de d&#233;ployer ses identit&#233;s multiples &#224; sa guise, incluant religieuses. Par le fait m&#234;me, elle critique ouvertement le soi-disant universalisme des valeurs occidentales, en soulignant que les colonis&#233;&#183;es n'ont jamais pu b&#233;n&#233;ficier de la D&#233;claration des droits de l'Homme. Cette gauche sera en retour accus&#233;e de pr&#234;cher le &#171; relativisme culturel &#187;, source pr&#233;sum&#233;e du d&#233;clin de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1960, la droite culturelle, celle qui insiste sur les valeurs traditionnelles, lutte ardemment contre la gauche identitaire. Mais &#224; partir des ann&#233;es 2010, la gauche pragmatique glisse lentement vers cette droite. Car ces tendances ont des points communs. D'abord, leur conception de l'universalisme occidental est pratiquement la m&#234;me. Ensuite, la la&#239;cit&#233; d'un c&#244;t&#233; et la culture chr&#233;tienne de l'autre se rejoignent dans leur aversion de l'Islam (il faut aussi noter qu'en pratique, la la&#239;cit&#233;, autant en France qu'au Qu&#233;bec, fait la belle part au christianisme). Sur le plan des politiques publiques, droite et gauche continuent de s'opposer, mais sur le plan &#171; culturel &#187; au sens &#233;tats-unien du terme, nous assistons aujourd'hui &#224; la formation d'une n&#233;buleuse associant droite des traditions et gauche pragmatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est dans cette n&#233;buleuse qu'un Simon-Pierre Savard-Tremblay peut se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; contre une gauche identitaire d&#233;sormais &#233;tamp&#233;e du terme &#171; woke &#187;. Il va sans dire que ce conflit est fortement exacerb&#233; par les chambres d'&#233;cho des r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le durcissement &#233;pist&#233;mologique de l'IDW&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise l'IDW, sous ses formes &#233;tats-unienne, qu&#233;b&#233;coise, et m&#234;me fran&#231;aise, ce n'est pas directement une position politique ou id&#233;ologique, mais bien une posture au-dessus de tout cela, &#233;pist&#233;mologique, que l'on pourrait r&#233;sumer grossi&#232;rement ainsi : la gauche identitaire rejette la Science et la Raison, et l'IDW, de gauche comme de droite, se pose en d&#233;fenseur des Lumi&#232;res. De ce point de vue, la gauche &#171; woke &#187; rejette tout d&#233;bat et cherche &#224; imposer ses dogmes telle une secte religieuse. Pour l'IDW, nos institutions scolaires, m&#233;diatiques et culturelles sont infest&#233;es par l'anti-scientisme, ce qui justifie d'autant plus le combat men&#233; contre la gauche &#171; woke &#187;. Des versions caricaturales du postmodernisme, b&#234;te noire de la droite depuis les ann&#233;es 60, sont fr&#233;quemment pr&#233;sent&#233;es comme le fondement id&#233;ologique des &#171; wokes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jonathan Durand Folco, &#171; Le dos large de la Gauche Postmoderne &#187;, blogue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bon nombre de penseurs et pol&#233;mistes qu&#233;b&#233;cois nominalement de gauche adh&#232;rent &#224; ces propos. En janvier 2020 para&#238;t dans le &lt;em&gt;Devoir&lt;/em&gt; un &#171; Manifeste contre le dogmatisme universitaire &#187;, sign&#233; par une cinquantaine d'&#233;tudiants, qui d&#233;nonce un corps enseignant qui, apr&#232;s avoir &#171; &lt;em&gt;monopolis&#233; les lieux de pouvoir&lt;/em&gt; &#187;, d&#233;classe les faits &#171; &lt;em&gt;au statut de &#8220; construction sociale &#8221; &lt;/em&gt; &#187; et rejette &#171; &lt;em&gt;toute forme de pens&#233;e contraire &#224; la leur&lt;/em&gt; &#187;. Un proche de Qu&#233;bec Solidaire, Pierre Mouterde, appuie le manifeste ; selon lui, les dogmes de la gauche identitaire sont pr&#233;sent&#233;s comme des &#171; &lt;em&gt;v&#233;rit&#233;s morales litt&#233;ralement sacr&#233;es et donc indiscutables&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Mouterde, &#171; La rectitude politique est aussi un poison pour la gauche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Normand Baillargeon s'en prend au militantisme &#224; l'universit&#233;, qui censure, refuse de discuter et pratique le &#171; &lt;em&gt;relativisme &#233;pist&#233;mologique&lt;/em&gt; &#187;, repr&#233;sentant l'&#171; &lt;em&gt;ennemi int&#233;rieur&lt;/em&gt; &#187;, le plus pernicieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Normand Baillargeon, &#171; Libert&#233; (acad&#233;mique), j'&#233;cris ton nom &#187;, Le Devoir, 4 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le r&#233;cent ouvrage collectif &lt;em&gt;Identit&#233;, &#171; race &#187;, libert&#233; d'expression&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rachad Antonius et Normand Baillargeon (dir.), Identit&#233;, &#171; race &#187;, libert&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, v&#233;ritable &lt;em&gt;who's who&lt;/em&gt; de l'IDW qu&#233;b&#233;cois, treize des dix-neuf textes s'en prennent explicitement &#224; l'anti-scientisme de la gauche identitaire. D&#232;s l'introduction, on pose comme enjeu de lutte &#171; &lt;em&gt;la possibilit&#233; de la connaissance et de l'objectivit&#233; &lt;/em&gt; &#187; (p. 7). Pour ne prendre qu'un exemple, selon la contribution de Marie-France Bazzo, le &#171; wokisme &#187; est un &#171; mouvement de fond &#187; bas&#233; sur &#171; &lt;em&gt;le ressenti et les savoirs&lt;/em&gt; exp&#233;rimentiels &#187; (p. 249, soulign&#233; par l'autrice).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul besoin de rappeler aux lecteur&#183;trices que le postmodernisme radical n'a aucune emprise sur nos universit&#233;s, et que la &#171; science &#187; au sens large s'y porte tr&#232;s bien. Les accusations de dogmatisme antiscience ne sont pas nouvelles ; en lisant sur le &#171; &lt;em&gt;politically correct&lt;/em&gt; &#187; des ann&#233;es 1990, on retrouve les m&#234;mes sch&#232;mes discursifs. La strat&#233;gie consiste ici &#224; d&#233;l&#233;gitimer tout un courant de pens&#233;e en le d&#233;signant hors science, donc hors discours. &#199;a ne sert &#224; rien de discuter avec une personne antiscience. Se voir comme dot&#233; de rationalit&#233; face &#224; l'Autre &#233;motif et superficiel permet de se placer en position d'autorit&#233; scientifique et morale. Les femmes reconna&#238;tront imm&#233;diatement l&#224; l'argumentaire longtemps d&#233;ploy&#233; par les hommes pour les exclure des champs du savoir et du pouvoir. L'autre strat&#233;gie est ce que j'appellerais le &#171; scientisme motiv&#233; &#187;, soit l'invocation de la Science comme &lt;em&gt;virtue signalling&lt;/em&gt; (ou d&#233;monstration de vertu) plut&#244;t que comme recherche de la v&#233;rit&#233;. L'important est de &lt;em&gt;se montrer &lt;/em&gt;pro-science ; appliquer ses normes, c'est une autre chose. On peut, au nom de la Science, affirmer que les &#171; races &#187; n'existent pas, ou que les genres ne peuvent &#234;tre que binaire, mais n'importe quel chercheur&#183;e moindrement s&#233;rieux&#183;se dans ces domaines vous confirmera que c'est beaucoup plus subtil que cela. Aussi, si on appliquait la m&#233;thode quantitative aux anecdotes &#171; wokes &#187; sur nos campus, on s'apercevrait rapidement qu'il n'y a aucune mati&#232;re &#224; panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IDW qu&#233;b&#233;cois r&#233;sulte de la frustration d'une g&#233;n&#233;ration nationaliste de gauche, appuy&#233;e toutefois par une cohorte non n&#233;gligeable d'&#233;tudiants de droite. Au tournant du si&#232;cle dernier, la jeune g&#233;n&#233;ration de gauche d&#233;montrait une certaine indiff&#233;rence face au projet souverainiste. Et depuis, les choses se sont empir&#233;es. Ces deux derni&#232;res d&#233;cennies, le nationalisme qu&#233;b&#233;cois s'est graduellement repli&#233; sur lui-m&#234;me pour viser moins l'ind&#233;pendance que la d&#233;fense de la &#171; nation &#187; et de ses valeurs. En r&#233;action, les jeunes gauchistes identitaires ont cess&#233; d'&#234;tre indiff&#233;rents &#224; ces id&#233;es et s'y opposent d&#233;sormais directement. Les nationalistes d'aujourd'hui, &#224; droite comme &#224; gauche, ne sont manifestement pas int&#233;ress&#233;s &#224; en d&#233;battre&#8230; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bari Weiss, &#171; Meet the Renegades of the Intellectual Dark Web &#187;, &lt;em&gt;The New York Times&lt;/em&gt;, 8 mai 2018. En ligne : nyti.ms/2HXUM6L&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme utilis&#233; ici est fr&#233;quemment employ&#233; par l'IDW, mais le courant vis&#233; par ces critiques utilise rarement ce terme. Ses militant&#183;es se d&#233;criraient probablement comme appartenant &#224; une gauche inclusive ou pluraliste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est dans cette n&#233;buleuse qu'un Simon-Pierre Savard-Tremblay peut se permettre d'ajouter le &#171; contr&#244;le des fronti&#232;res &#187; &#224; la liste constitutive du &#171; socialisme v&#233;ritable &#187; qu'il d&#233;fend (&lt;em&gt;L'&#201;tat succursale&lt;/em&gt;, Montr&#233;al, VLB, 2016, p. 209).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jonathan Durand Folco, &#171; Le dos large de la Gauche Postmoderne &#187;, blogue &lt;em&gt;Ekopolitica&lt;/em&gt;, 5 f&#233;vrier 2020. En ligne : &lt;a class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; href='http://www.ekopolitica.info/2020/02/le-dos-large-de-la-gauche-postmoderne.html' rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.ekopolitica.info/2020/02/le-dos-large-de-la-gauche-postmoderne.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Mouterde, &#171; La rectitude politique est aussi un poison pour la gauche &#187;, &lt;em&gt;Le Devoir&lt;/em&gt;, 5 f&#233;vrier 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Normand Baillargeon, &#171; Libert&#233; (acad&#233;mique), j'&#233;cris ton nom &#187;, &lt;em&gt;Le Devoir&lt;/em&gt;, 4 septembre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rachad Antonius et Normand Baillargeon (dir.), &lt;em&gt;Identit&#233;, &#171; race &#187;, libert&#233; d'expression&lt;/em&gt;, Qu&#233;bec, Presses de l'Universit&#233; Laval, 2021. On retrouve notamment parmi les collaborateur&#183;rices Marc Chevrier, Micheline Labelle, Charles Le Blanc et Rh&#233;a Jean.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Learry Gagn&#233; est philosophe et chercheur ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Ramon Vitesse / N&#233;gatif : Volker Tardif&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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