<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.ababord.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
	<link>https://www.ababord.org/</link>
	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.ababord.org/spip.php?id_mot=1441&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
		<url>https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L144xH53/siteon0-9c6c5.png?1729015892</url>
		<link>https://www.ababord.org/</link>
		<height>53</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;pist&#233;mologies militantes. Se r&#233;approprier la science</title>
		<link>https://www.ababord.org/Epistemologies-militantes-Se-reapproprier-la-science</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Epistemologies-militantes-Se-reapproprier-la-science</guid>
		<dc:date>2023-05-11T20:15:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Camille Rull&#225;n</dc:creator>


		<dc:subject>Rull&#225;n, Camille</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche scientifique</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Emancipation, insubordination, insurrection</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour l'organisme d'origine &#233;tats-unienne Science for the People (SftP), qui publie un magazine du m&#234;me nom, l'objectivit&#233; et la neutralit&#233; de la science ne forment qu'un autre grand mythe permettant &#224; la classe dominante d'instrumentaliser le savoir scientifique &#224; son profit. En r&#233;ponse, SftP veut mettre le savoir scientifique au service des gens et du changement social. &lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais par Miriam Hatabi &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les cultures ont leur mythe de la cr&#233;ation, comme la Gen&#232;se, le Rigveda, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Sciences-engagees-" rel="directory"&gt;Dossier : Sciences engag&#233;es&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Rullan-Camille-+" rel="tag"&gt;Rull&#225;n, Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Recherche-scientifique-+" rel="tag"&gt;Recherche scientifique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Emancipation-insubordination-+" rel="tag"&gt;Emancipation, insubordination, insurrection&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/9787.png?1683836040' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;466&#034; height=&#034;461&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour l'organisme d'origine &#233;tats-unienne Science for the People (SftP), qui publie un magazine du m&#234;me nom, l'objectivit&#233; et la neutralit&#233; de la science ne forment qu'un autre grand mythe permettant &#224; la classe dominante d'instrumentaliser le savoir scientifique &#224; son profit. En r&#233;ponse, SftP veut mettre le savoir scientifique au service des gens et du changement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Miriam Hatabi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Toutes les cultures ont leur mythe de la cr&#233;ation, comme la Gen&#232;se, le Rigveda, Coatlicue ou m&#234;me celui de la Destin&#233;e manifeste, ce mythe selon lequel la nation am&#233;ricaine avait pour destin de coloniser l'Ouest. En plus d'expliquer qui nous sommes et de nous offrir un r&#233;cit commun, ces histoires r&#233;v&#232;lent nos pr&#233;f&#233;rences et nos pr&#233;jug&#233;s. La science occidentale s'est d&#233;velopp&#233;e en r&#233;ponse &#224; de tels mythes, afin de nous expliquer le fonctionnement du monde d'un point de vue suppos&#233;ment neutre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar des mythes, la science a aussi ses h&#233;ros : ce sont souvent des hommes qui, la plupart du temps &#224; eux seuls, d&#233;couvrent des v&#233;rit&#233;s fondamentales sur l'univers. Pensons &#224; Galil&#233;e, Newton, Darwin ou Einstein. Et si la science a ses h&#233;ros, elle a aussi ses antih&#233;ros, comme Stanley Milgram, Josef Mengele, Edward Teller ou les chercheurs de l'&#233;tude clinique de Tuskegee sur la syphilis, men&#233;e sur des Afro-Am&#233;ricains &#224; leur insu. En g&#233;n&#233;ral, les abus de ces individus sont d&#233;peints comme des anomalies d'une machine scientifique autrement tout &#224; fait fonctionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe toutefois d'autres cas d'abus scientifiques moins connus et moins visibles, comme celui entourant la mise au point de la pilule contraceptive. Son &#233;laboration par les docteurs Gregory Pincus et John Rock, m&#233;decins dipl&#244;m&#233;s de l'Universit&#233; Harvard, financ&#233;e en partie par Margaret Sanger, fondatrice de Planned Parenthood, avait des vis&#233;es eug&#233;nistes qui ciblaient des populations colonis&#233;es et &#171; ind&#233;sirables &#187;. Ces pilules ont &#233;t&#233; test&#233;es sur des patientes d'h&#244;pitaux psychiatriques du Massachusetts et sur des femmes portoricaines de classe ouvri&#232;re, sans leur consentement et au p&#233;ril de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adopter une perspective radicale sur la science permet de reconnaitre ces incidents pour ce qu'ils sont : ce ne sont pas des erreurs isol&#233;es, exceptionnelles, mais plut&#244;t le produit d'un syst&#232;me qui fait de la science une activit&#233; &#233;conomique, contr&#244;l&#233;e &#8211; comme le reste de la soci&#233;t&#233; &#8211; par une minorit&#233; qui a int&#233;r&#234;t &#224; perp&#233;tuer l'exploitation et l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe dirigeante, par l'entremise du gouvernement, des philantrocapitalistes et des grandes entreprises, finance la plus grande part de la recherche scientifique men&#233;e aujourd'hui. &#192; plus petite &#233;chelle, ce sont les scientifiques les plus avantag&#233;s, souvent des hommes blancs ais&#233;s et sans handicap, avec leurs int&#233;r&#234;ts et leurs visions du monde, qui d&#233;cident de la distribution des subventions de recherche, des admissions aux programmes d'&#233;tudes d'&#233;lite et de l'attribution de postes permanents en enseignement dans les universit&#233;s. Leurs visions du monde forgent &#224; leur tour la pratique scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, la science comme activit&#233; neutre et objective n'est qu'un autre mythe de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une approche radicale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives de r&#233;former la pratique scientifique par l'entremise de r&#233;glementations gouvernementales, de dons ou d'initiatives de diversit&#233; et d'inclusion ont &#233;chou&#233;. Les actions individuelles ne peuvent rien contre le syst&#232;me politique et &#233;conomique qui est aux fondements des probl&#232;mes en science : le capitalisme. &#202;tre &#171; radical &#187;, tel que le d&#233;finit l'autrice et militante Angela Davis, c'est &#171; empoigner par la racine &#187;. De bien des fa&#231;ons, c'est aussi notre vocation en tant que scientifiques : comprendre les origines des ph&#233;nom&#232;nes naturels par l'exp&#233;rimentation, la discussion et la collaboration. La science radicale va toutefois plus loin. Elle situe les racines de la science non dans quelque v&#233;rit&#233; pr&#233;existante, mais dans la pratique sociale qui d&#233;termine comment la connaissance est abord&#233;e et instrumentalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce constat nait l'urgence de comprendre comment le capital et le pouvoir influencent la production et l'utilisation de la science, ainsi que la forme qu'elle prend. Plus encore, ce constat nous invite aussi &#224; repenser notre pratique de la science. Aucun h&#233;ros ne peut porter seul ce projet : il n'y a que par l'action collective que les comp&#233;tences et l'expertise de scientifiques peuvent &#234;tre mises en commun et mises au service des gens, contre l'oppression. C'est la science populaire, produite pour et par les gens, qui est aux fondements de notre organisation Science for the People.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour les gens, contre la guerre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes soci&#233;taux auxquels s'est attaqu&#233;e SftP au d&#233;but de son histoire sont encore d'actualit&#233;. L'une des premi&#232;res luttes men&#233;es par SftP visait &#224; s'opposer aux th&#233;ories du d&#233;terminisme biologique. Le Groupe d'&#233;tudes de la sociobiologie, form&#233; par des membres de SftP dans le but de contester les tentatives de l&#233;gitimer la sociobiologie, s'opposait &#224; l'utilisation de la th&#233;orie de l'&#233;volution et de la g&#233;n&#233;tique pour expliquer le comportement humain. Aux c&#244;t&#233;s de militant&#183;e&#183;s noir&#183;e&#183;s, ce groupe s'est muni d'armes id&#233;ologiques pour r&#233;pondre &#224; cette th&#233;orie r&#233;actionnaire. Aujourd'hui, le d&#233;terminisme biologique refait son apparition par l'entremise de nouvelles technologies (comme le CRISPR ou les &#233;tudes d'association pang&#233;nomique) qui servent des versions modernes du d&#233;terminisme g&#233;n&#233;tique, utilis&#233;es pour appuyer des id&#233;es haineuses ancr&#233;es dans le racisme, le sexisme et le capacitisme scientifique. Ces id&#233;es ne sont fond&#233;es sur aucun fait. Elles sont cr&#233;&#233;es et perp&#233;tu&#233;es par la classe dirigeante afin de maintenir le statu quo, et elles continueront d'exister aussi longtemps que certains groupes voudront justifier les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SftP s'oppose aussi de longue date &#224; la militarisation du savoir scientifique. C'est le mouvement antiguerre qui a fait naitre la SftP, et l'antimilitarisme a donc toujours occup&#233; une place centrale dans notre travail. Les membres fondateur&#183;trice&#183;s de la SftP ont vu dans la militarisation l'expression ultime de la science au service de l'imp&#233;rialisme occidental, de la colonisation, de l'oppression et de l'exploitation de la majorit&#233; des gens sur la plan&#232;te. &#192; l'&#233;poque et encore aujourd'hui, les fabricants d'armes comme Raytheon et Lockheed Martin alimentent la machine de guerre et tirent de gigantesques profits du travail des scientifiques. Une science pour les gens est une science par le bas, au service de la lib&#233;ration et de la solidarit&#233; internationale. SftP poursuit son travail afin de dissocier la militarisation et la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certains enjeux sur lesquels travaille SftP sont nouveaux, dans d'autres cas, c'est l'urgence d'agir qui est renouvel&#233;e. C'est le cas avec les enjeux li&#233;s &#224; la surveillance, &#224; l'agro&#233;cologie ou aux soins de sant&#233;. L'un des enjeux sur lesquels nous avons toutefois mis le plus d'&#233;nergie est la crise climatique. Bien que la g&#233;o-ing&#233;nierie soit militaris&#233;e depuis son origine, ce n'est que depuis peu qu'on attribue &#224; cette science le pouvoir d'att&#233;nuer la crise climatique. Par ces solutions techniques, on nous promet des rem&#232;des miracles &#224; la crise climatique tout en ignorant enti&#232;rement les origines du probl&#232;me. Non seulement leurs effets &#224; long terme sont-ils tr&#232;s mal compris, mais ces technologies ont aussi le potentiel pervers de nous leurrer et de nous rendre complaisant&#183;e&#183;s devant les syst&#232;mes qui ont engendr&#233; la crise climatique. Par notre magazine et notre organisation, nous faisons la promotion d'une vision radicale et &#233;mancipatrice de la justice climatique, une vision centr&#233;e sur la d&#233;colonisation, sur la transition juste et sur l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re, des peuples autochtones et des communaut&#233;s historiquement opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une science populaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La vision de SftP se distingue de l'approche lib&#233;rale mainstream de la science parce qu'elle consid&#232;re comme interreli&#233;s tous les enjeux &#233;voqu&#233;s pr&#233;c&#233;demment. Tous ces enjeux naissent du capitalisme, ce syst&#232;me politique et social dominant qui structure l'acc&#232;s &#224; la connaissance, au financement, &#224; l'&#233;ducation ; qui d&#233;termine quelles recherches et quelles m&#233;thodes re&#231;oivent un appui id&#233;ologique et mat&#233;riel ; qui d&#233;l&#233;gitime certaines formes de connaissances, surtout les syst&#232;mes de connaissances autochtones, au profit de connaissances qui contribuent &#224; maintenir solidement en place les hi&#233;rarchies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une science populaire est au service de ceux et celles qui, historiquement, ont &#233;t&#233; exclu&#183;e&#183;s de la production scientifique : la classe ouvri&#232;re, le Sud global, les groupes opprim&#233;s et marginalis&#233;s. C'est une approche de la science qui reconnait les scientifiques comme des travailleur&#183;euse&#183;s qui sont le produit de la r&#233;alit&#233; sociale engendr&#233;e par leur travail &#8211; et qui en sont aussi responsables. Cela exige qu'on s'&#233;loigne du paradigme selon lequel la science est l'affaire de g&#233;nies appartenant &#224; des universit&#233;s prestigieuses pour favoriser une vision de la production de la connaissance scientifique comme d&#233;mocratique et non hi&#233;rarchique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;S'organiser contre l'apolitisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces vis&#233;es se refl&#232;tent dans notre structure organisationnelle : SftP est dot&#233; de sections locales et de groupes de travail situ&#233;s aux &#201;tats-Unis, au Mexique, en Tha&#239;lande, au Royaume-Uni et au Canada, ainsi que d'un comit&#233; de publication qui est responsable de la production de notre magazine trimestriel. Des membres de notre comit&#233; de publication s'impliquent aussi dans l'organisation de nos sections locales et de nos groupes de travail. En retour, les th&#232;mes abord&#233;s dans nos publications sont souvent inform&#233;s par les efforts des militant&#183;e&#183;s des sections locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une tendance, dans les regroupements de gauche, d'&#233;viter l'action directe au profit de la rigueur intellectuelle, ou, &#224; l'inverse, de pr&#233;f&#233;rer les connaissances pratiques et de n&#233;gliger les connaissances th&#233;oriques. C'est certainement vrai des scientifiques, dont le milieu valorise l'apolitisme les d&#233;courageant parfois activement de s'int&#233;resser &#224; des causes qui d&#233;passent les murs de leur laboratoire ou les limites de leur terrain de recherche. Par notre structure organisationnelle, nous cherchons &#224; allier les connaissances et les luttes, &#224; apporter une rigueur intellectuelle &#224; notre mouvement et &#224; utiliser des espaces auparavant exclusivement intellectuels, universitaires ou professionnels pour nous mobiliser contre les instances de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La science objective n'existe pas&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Certains diront que la position politique de SftP se distancie inutilement de la seule discipline qui soit vraiment objective, pire encore, qu'elle compromet notre capacit&#233; &#224; faire de la bonne science. &#192; ceci, nous r&#233;pondons que la science objective n'existe pas. La science, comme le dit la philosophe Helen Longino, est constitu&#233;e de connaissances sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un scientifique qui assume son apolitisme est, par son apathie, au service des institutions dominantes. En tant que scientifique, on n'aborde pas sa recherche et son travail de mani&#232;re objective et on ne peut jamais se d&#233;gager de sa responsabilit&#233; envers la connaissance qu'on produit. M&#234;me si nos questions de recherche semblent obscures, ce n'est pas le cas en pratique : si ce l'&#233;tait, pourquoi le d&#233;partement de la D&#233;fense des &#201;tats-Unis financerait-il la recherche universitaire &#224; hauteur de 2,6 milliards de dollars ? L'id&#233;e courante selon laquelle la science est neutre est, en elle-m&#234;me, une position politique qui se range du c&#244;t&#233; de la classe dominante et de ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science n'est pas prescriptive. En m&#234;me temps, l'usage de connaissances scientifiques fait partie int&#233;grante de la pratique scientifique. C'est ce que Richard Levins d&#233;crivait comme la dualit&#233; de la science : la science moderne est &#224; la fois &#171; &lt;em&gt;un &#233;pisode de la longue histoire de l'avancement des connaissances humaines, et le produit du capitalisme europ&#233;en et nord-am&#233;ricain, toujours intimement li&#233; &#224; la classe, au genre et &#224; la culture &lt;/em&gt; &#187;. Notre approche n'est pas sceptique et, &#224; l'inverse, elle ne cherche pas non plus &#224; placer les v&#233;rit&#233;s scientifiques sur un pi&#233;destal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science a servi &#224; l'accumulation de profit, &#224; l'oppression et &#224; la violence, mais elle a aussi grandement contribu&#233; &#224; notre compr&#233;hension du monde, &#224; l'am&#233;liorer et le rendre plus sain et plus s&#233;curitaire. Revenons &#224; notre exemple de la pilule contraceptive : en d&#233;pit de ses d&#233;buts sombres, cette pilule a am&#233;lior&#233; les conditions de vie de centaines de millions de personnes dans le monde. Cela &#233;tant dit, de tels outils sont encore dans les mains de capitalistes et enrichissent les entreprises pharmaceutiques priv&#233;es. Pour prendre la mesure du potentiel &#233;mancipateur de la science, il faut cr&#233;er un nouveau syst&#232;me social qui favorise la production et l'acc&#232;s &#224; la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les horreurs de la guerre du Vietnam qui ont radicalis&#233; une g&#233;n&#233;ration de membres de la SftP et qui les ont men&#233;&#183;e&#183;s &#224; remettre en question la neutralit&#233; de la science et la position de retrait des scientifiques vis-&#224;-vis du reste de la soci&#233;t&#233;. Ce sont aussi ces horreurs qui leur ont permis d'imaginer des pratiques scientifiques qui soient men&#233;es de mani&#232;re collective et non capitaliste. Nous sommes fiers et fi&#232;res d'&#234;tre scientifiques et nous cultivons un enthousiasme pour la science et pour notre m&#233;tier. Nous sommes aussi d&#233;vou&#233;&#183;e&#183;s &#224; cr&#233;er une science v&#233;ritablement &#233;mancipatrice, une science qui, plut&#244;t que d'ali&#233;ner les scientifiques de la soci&#233;t&#233;, sert de moteur de changement social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Camille Rull&#225;n est r&#233;dactrice en chef du magazine &lt;i&gt;Science for the People&lt;/i&gt;. Les id&#233;es d&#233;velopp&#233;es de ce texte sont en partie issues de discussions au sein de la section new-yorkaise de Science for the People. Traduit de l'anglais par Miriam Hatabi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : &#201;lisabeth Doyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
