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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Voir les sciences comme un fruit de la nature</title>
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		<dc:date>2023-05-11T20:06:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;lisabeth Doyon, Serge Robert</dc:creator>


		<dc:subject>Doyon, &#201;lisabeth</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche scientifique</dc:subject>
		<dc:subject>Analyse du discours</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie politique et pens&#233;e critique</dc:subject>
		<dc:subject>Robert, Serge</dc:subject>

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&lt;p&gt;Comment l'&#233;pist&#233;mologie des sciences a-t-elle &#233;volu&#233; &#224; travers le temps ? &#192; b&#226;bord ! s'est entretenu avec Serge Robert, qui nous propose une lecture &#171; naturaliste &#187; du travail scientifique pour &#233;clairer nos discussions sur l'engagement et l'objectivit&#233; des scientifiques. Propos recueillis par &#201;lisabeth Doyon. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; b&#226;bord ! : Qu'est-ce que l'&#233;pist&#233;mologie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Serge Robert : L'&#233;pist&#233;mologie, c'est un domaine vaste qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par les philosophes d&#232;s l'Antiquit&#233;, depuis l'&#233;poque d'Aristote, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Recherche-scientifique-+" rel="tag"&gt;Recherche scientifique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Analyse-du-discours-+" rel="tag"&gt;Analyse du discours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Philosophie-politique-et-pensee-+" rel="tag"&gt;Philosophie politique et pens&#233;e critique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Robert-Serge-+" rel="tag"&gt;Robert, Serge&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/234324.png?1683835077' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;634&#034; height=&#034;462&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment l'&#233;pist&#233;mologie des sciences a-t-elle &#233;volu&#233; &#224; travers le temps ? &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; s'est entretenu avec Serge Robert, qui nous propose une lecture &#171; naturaliste &#187; du travail scientifique pour &#233;clairer nos discussions sur l'engagement et l'objectivit&#233; des scientifiques. Propos recueillis par &#201;lisabeth Doyon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&#192; b&#226;bord ! : &lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;Qu'est-ce que l'&#233;pist&#233;mologie ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Robert &lt;/strong&gt; : L'&#233;pist&#233;mologie, c'est un domaine vaste qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par les philosophes d&#232;s l'Antiquit&#233;, depuis l'&#233;poque d'Aristote, mais qui a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; de mani&#232;re plus syst&#233;matique depuis le 20e si&#232;cle. Chaque discipline scientifique a son objet d'&#233;tude : elle prend une partie de ce qui se passe dans le monde et l'&#233;tudie de mani&#232;re rigoureuse. L'&#233;pist&#233;mologie, au lieu d'&#233;tudier un ensemble d'objets dans le monde, &#233;tudie le rapport qu'ont les scientifiques avec ces objets. De sorte qu'on pourrait dire que c'est une m&#233;tascience : une science qui prend la science pour objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traditionnellement, il y a eu deux types de probl&#232;mes en &#233;pist&#233;mologie. D'une part, il y a le probl&#232;me de la justification, qui est un probl&#232;me normatif : compte tenu de ce que font les scientifiques pour trouver des connaissances, quelle est la valeur de cette connaissance ? Que vaut la science ? Est-ce une opinion parmi les autres, est-ce de trouver des v&#233;rit&#233;s, est-ce d'exclure des erreurs, et ainsi de suite ? Quand l'&#233;pist&#233;mologie est devenue une discipline institu&#233;e au d&#233;but du 20e si&#232;cle, on avait tendance &#224; consid&#233;rer que la science visait surtout &#224; trouver des v&#233;rit&#233;s, mais on s'est rapidement aper&#231;u que les choses sont bien plus nuanc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre composante de l'&#233;pist&#233;mologie, c'est le probl&#232;me de la d&#233;couverte. Progressivement, on s'est rendu compte que pour mieux r&#233;pondre &#224; la question de la justification, &#224; la question normative sur la valeur de la science, il &#233;tait tr&#232;s important d'&#233;tudier comment se construit la science. Comment font les scientifiques pour trouver des hypoth&#232;ses, quelles m&#233;thodes sont utilis&#233;es pour les d&#233;velopper, quel est le lien entre les croyances de monsieur et madame Tout-le-Monde et les croyances des scientifiques, comment la science &#233;volue-t-elle ? Est-ce que la science est une accumulation de connaissances qui s'empilent les unes sur les autres ou y a-t-il parfois des r&#233;volutions qui nous m&#232;nent &#224; repartir &#224; z&#233;ro ? Par exemple, avec Copernic, nous sommes pass&#233;&#183;e&#183;s d'une astronomie qui concevait la terre au centre du monde &#224; une astronomie qui consid&#232;re le soleil au centre du monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu du 20e si&#232;cle, sous l'influence de l'historien des sciences Thomas Kuhn, on s'est mis &#224; s'int&#233;resser aux diverses dimensions de la d&#233;couverte scientifique, notamment &#224; ses dimensions sociales, psychologiques et historiques. On s'est questionn&#233; sur la mani&#232;re dont se construit et se d&#233;veloppe la science dans les faits et &#231;a a amen&#233; des perspectives diff&#233;rentes sur la valeur de la science. Au d&#233;but du 20e si&#232;cle, quand l'&#233;pist&#233;mologie est devenue une discipline autonome, elle avait peu de liens avec la soci&#233;t&#233;. Elle &#233;tait une &#233;tude rationnelle du raisonnement scientifique et du langage de la science. Progressivement, avec ces transformations des questionnements sur la mani&#232;re dont on produit la science, les questions sociales sont devenues centrales en &#233;pist&#233;mologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192;B&lt;/em&gt; ! : Qu'est-ce que la &#171; guerre des sciences &#187; (voir &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://ababord.org/La-guerre-des-sciences&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;l'article &#224; ce sujet&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;) signifie pour la science contemporaine ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. R.&lt;/strong&gt; : Je crois que la grande question pos&#233;e par ce d&#233;bat est la question de la justification, donc de la valeur de la science. Est-ce que les sciences ne sont que des croyances parmi d'autres, ou est-ce qu'elles sont des v&#233;rit&#233;s, ou encore des croyances avec plus de valeur que d'autres ? Aujourd'hui, l'&#233;pist&#233;mologie nous am&#232;ne &#224; croire que la science n'est pas un ensemble de croyances parmi tant d'autres, mais qu'elle n'est pas non plus faite de v&#233;rit&#233;s. Ce sont des croyances plus rigoureuses qui ont &#233;t&#233; construites moins sur la base de nos intuitions ou impressions, et plut&#244;t par une m&#233;thodologie rigoureuse. Les scientifiques sont des humains comme les autres et ont des croyances comme les autres. La diff&#233;rence, c'est que les croyances des scientifiques ne se forment pas comme des croyances ordinaires, elles se fondent sur des m&#233;thodologies qui se veulent rigoureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on essaie d'&#233;laborer un crit&#232;re pour diff&#233;rencier deux groupes &#8211; par exemple un crit&#232;re pour distinguer entre des gens qui sont malades ou non malades &#8211;, il est important de mettre &#224; l'&#233;preuve ces crit&#232;res et de tester leur pr&#233;cision. On peut utiliser plusieurs approches et ensuite les tester. L'important en science, c'est que lorsqu'on a une hypoth&#232;se, elle doit &#234;tre test&#233;e par plusieurs m&#233;thodes et plusieurs exp&#233;riences pour comparer les r&#233;sultats. A-t-on utilis&#233; les bons outils, les bons &#233;chantillons, les bonnes exp&#233;riences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est facile pour quelqu'un d'invoquer la science, mais chaque fois qu'une personne le fait, il faut exiger d'elle une explication de sa m&#233;thodologie et comparer cette m&#233;thodologie avec celle que d'autres scientifiques utilisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; : Que veut dire &#171; objectivit&#233; &#187; pour une personne qui fait de la recherche en 2021 ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. R.&lt;/strong&gt; : La question de l'objectivit&#233;, il faut la penser dans la perspective de ce que l'&#233;pist&#233;mologie nous apprend. Il ne faut pas consid&#233;rer que l'objectivit&#233;, c'est ne plus &#234;tre un sujet. Tout humain est un sujet et ne peut pas se d&#233;barrasser de sa subjectivit&#233;. Il y a des d&#233;cisions dans la science. Quel est l'objet que je vais &#233;tudier ? Ce choix est subjectif. Bien s&#251;r, il y a l'influence des tendances sociales : si j'&#233;tudie un sujet tabou, il est probable que je ne sois pas subventionn&#233;. Au sein de l'ensemble de ce que la soci&#233;t&#233; trouve acceptable, il y a beaucoup de choix possibles. Mes choix vont &#234;tre guid&#233;s par quelque chose de subjectif, par mes engagements sociaux et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; r&#233;side alors l'objectivit&#233; ? Elle r&#233;side dans les m&#233;thodes avec lesquelles je vais traiter mon objet. L'objectivit&#233; absolue, ce n'est pas quelque chose qui est accessible aux humains. Les scientifiques sont des humains, et en tant qu'humains, iels ont des &#233;motions, une position sociale, des int&#233;r&#234;ts &#224; d&#233;fendre. Par contre, si la m&#233;thodologie est rigoureuse, il peut arriver que les r&#233;sultats auxquels ma m&#233;thodologie m'am&#232;ne soient en opposition par rapport &#224; mes intuitions ou ce que j'aimerais que la nature soit. Dans ce cas, l'objectivit&#233;, c'est d'accepter de remettre en question ses croyances et accepter d'arriver &#224; des r&#233;sultats qui heurtent mes int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectivit&#233;, ce n'est pas quelque chose qui est s&#233;parable de la subjectivit&#233;, c'est quelque chose que l'on peut tenter d'atteindre, un id&#233;al scientifique d'une personne qui tente volontairement d'accro&#238;tre la quantit&#233; d'objectif par rapport &#224; la quantit&#233; de subjectif, tout en sachant que l'objectivit&#233; est inatteignable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi situer l'objectivit&#233; des scientifiques dans leur capacit&#233; &#224; conna&#238;tre les limites et les possibles d&#233;veloppements de leurs contributions. Une bonne recherche scientifique montre comment elle a des limites, comment les r&#233;sultats peuvent varier selon les contextes. De la m&#234;me mani&#232;re, il faut envisager les d&#233;veloppements &#224; faire &#224; partir de cette recherche : quels sont les facteurs qui causent les variations constat&#233;es ; quelle serait la suite de la recherche sur le sujet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le philosophe Karl Popper, les scientifiques doivent avoir deux qualit&#233;s psychologiques importantes : la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit critique. Je crois que la communaut&#233; scientifique continue de partager cette opinion aujourd'hui. Cette attitude a beaucoup contribu&#233; au foisonnement de la science. La vaste majorit&#233; des connaissances scientifiques que nous avons aujourd'hui date des 50 &#224; 100 derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si la science a commenc&#233; &#224; l'&#233;poque d'Aristote, il y a 2500 ans. Auparavant, la science &#233;tait vue comme la recherche de v&#233;rit&#233;s. Quand on croyait les avoir trouv&#233;es, on s'arr&#234;tait l&#224;, on passait &#224; un autre sujet ! Quand on se met &#224; consid&#233;rer que l'esprit scientifique, c'est d'inventer des id&#233;es auxquelles on n'avait pas pens&#233; et d'essayer de voir quelles sont les limites de ces id&#233;es et dans quelle mesure elles s'appliquent, alors la recherche scientifique s'ouvre. On insiste maintenant davantage sur les probl&#232;mes que sur les connaissances acquises, ce qui rend la formation scientifique plus dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192;B&lt;/em&gt; ! : Qu'est-ce que la &#171; naturalisation &#187; de l'&#233;pist&#233;mologie ? Y a-t-il des cons&#233;quences sociopolitiques &#224; ce processus ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. R.&lt;/strong&gt; : La naturalisation de l'&#233;pist&#233;mologie &#8211; c'est une expression de l'&#233;pist&#233;mologue W. V. O. Quine &#8211; vient du fait qu'on s'est int&#233;ress&#233;&#183;e &#224; la question de la d&#233;couverte tout autant qu'&#224; celle de la justification. Non seulement il est important de savoir ce que vaut la science, mais pour le savoir, il faut aussi s'int&#233;resser &#224; la d&#233;couverte : comment est-elle construite, comment les communaut&#233;s scientifiques fonctionnent-elles, comment fonctionne la m&#233;thodologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;couvert, notamment gr&#226;ce &#224; Thomas Kuhn, la vari&#233;t&#233; des contributions et des mani&#232;res de faire la science. Ainsi, l'&#233;pist&#233;mologie ne peut pas &#234;tre constitu&#233;e que de consid&#233;rations th&#233;oriques, logiques et math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on voit moins la science comme produite par un esprit rationnel d&#233;sincarn&#233; qui s'applique au monde pour le conna&#238;tre et plut&#244;t comme un ph&#233;nom&#232;ne historique issu du monde naturel. Dans le monde naturel, le vivant est apparu par processus &#233;volutionnaire ; au sein du vivant sont apparus des syst&#232;mes neuronaux ; et enfin, ces syst&#232;mes neuronaux produisent de la connaissance. De sorte que la connaissance n'est pas quelque chose qui tombe du ciel, elle est rendue possible par une construction biologique progressive. Naturaliser l'&#233;pist&#233;mologie, c'est se rendre compte que la connaissance c'est le long t&#226;tonnement d'un processus naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement de perspective a beaucoup de cons&#233;quences. Cela veut dire que la connaissance est quelque chose qui d&#233;pend du cerveau et qui est limit&#233; par son fonctionnement. Ce cerveau appartient &#224; un corps, il ne peut exister &#224; l'ext&#233;rieur de ce corps physique ; et ce corps physique, il appartient &#224; un corps social aussi ! On a l'enchev&#234;trement de configurations naturelles : biologiques, physiologiques, neurologiques, et enfin sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce long processus de t&#226;tonnement est tr&#232;s pr&#233;caire, les probabilit&#233;s &#233;taient tr&#232;s &#233;lev&#233;es que le syst&#232;me cognitif n'apparaisse pas dans l'histoire. La nature a une tendance &#224; l'uniformit&#233; et &#224; la dispersion de l'&#233;nergie, appel&#233;e &#171; entropie &#187;. Il a fallu des millions de concours de circonstances sur des millions d'ann&#233;es pour permettre l'apparition d'animaux capables de conna&#238;tre et capables de science. La connaissance, la science et la vie en g&#233;n&#233;ral sont fragiles. Il n'y aurait pas de connaissance humaine sans tout le reste de cette merveille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence de cette posture est qu'il faut prot&#233;ger ce monde naturel, le valoriser. La connaissance n'est pas exclusive &#224; l'humain, elle est partag&#233;e avec le monde animal, le monde naturel. La vision classique selon laquelle la connaissance c'est &#171; la part de divin dans l'Homme &#187;, pla&#231;ant la nature &#224; l'ext&#233;rieur &#224; nous, &#231;a c'est une vision antinaturaliste. Voir l'activit&#233; cognitive, celle des animaux et des humains, y compris des humains scientifiques, comme un h&#233;ritage de l'&#233;volution et de la nature, c'est la naturalisation de l'&#233;pist&#233;mologie. La science est un ph&#233;nom&#232;ne exceptionnel, pr&#233;caire, et qui entraine des cons&#233;quences morales : il faut prot&#233;ger les humains, les animaux et la nature afin de comprendre et de valoriser la diversit&#233;, au lieu de juger n&#233;gativement les diff&#233;rences. Il y a tant de diversit&#233; &#224; d&#233;couvrir et &#224; expliquer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#e74c3c;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192;B !&lt;/em&gt; : Quels sont les enjeux politiques de la science qui exigent notre attention ? Pourquoi ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. R. &lt;/strong&gt; : Avec le foisonnement des connaissances scientifiques dans les derni&#232;res d&#233;cennies, il est possible d'avoir beaucoup de connaissances que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes n'avaient pas. Encore faut-il avoir les moyens de les acqu&#233;rir. Selon moi, le syst&#232;me d'&#233;ducation et l'&#233;ducation scientifique sont des choses tr&#232;s importantes. Nos gouvernant&#183;e&#183;s ont un devoir de donner acc&#232;s aux connaissances scientifiques &#224; tout le monde. C'est une question d'&#233;quit&#233;. Autrement, on cr&#233;e deux types de personnes. C'est une source potentielle de conflit social important. On voit par exemple aux &#201;tats-Unis des personnes qui ont des croyances religieuses et anti-scientifiques. Elles croient que la science est un complot pour leur nuire. On a l&#224; un &#233;norme clivage social. L'assaut du Capitole par les gens de l'extr&#234;me droite, &#224; mon avis, ce n'est pas un hasard. C'est un effet de ce clivage. Nous avons pourtant des moyens technologiques qui rendent possible la diffusion de l'&#233;ducation scientifique aupr&#232;s de tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derni&#232;res d&#233;cennies, on a appris tellement de choses sur la fa&#231;on dont le monde fonctionne, on ne devrait pas avoir le droit de priver les gens de cette richesse que les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes n'ont pas pu obtenir. On doit rendre cette connaissance disponible par l'entremise de l'&#233;cole, des m&#233;dias publics et des mus&#233;es, par exemple. Lorsque j'&#233;tais jeune, on a invent&#233; la t&#233;l&#233;vision et il n'y avait que du divertissement. Maintenant, il y a la t&#233;l&#233;vision scientifique, l'&#233;mission D&#233;couverte et des documentaires financ&#233;s par la BBC au Royaume-Uni. Je crois qu'il est souhaitable que la t&#233;l&#233;vision publique donne acc&#232;s &#224; la science aux personnes qui ne sont plus dans le syst&#232;me scolaire. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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