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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Inspirer la p&#233;dagogie de la bienveillance</title>
		<link>https://www.ababord.org/Entrevue-Inspirer-la-pedagogie-de-la-bienveillance</link>
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		<dc:date>2023-02-17T03:15:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Bouchard, Myriam Laabidi</dc:creator>


		<dc:subject>Bouchard, Isabelle</dc:subject>
		<dc:subject>Laabidi, Myriam</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nul ne peut ignorer le d&#233;bat pour le moins polarisant qui secoue l'univers de l'&#233;ducation sup&#233;rieure &#224; propos de l'enseignement des sujets sensibles. &#192; b&#226;bord ! s'entretient avec Myriam Laabidi, professeure de sociologie au coll&#233;gial, afin de s'inspirer de sa pratique. Propos recueillis par Isabelle Bouchard. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; b&#226;bord ! : Devant la pol&#233;mique concernant l'enseignement de certains sujets d&#233;licats, vous faites la proposition de ce que vous nommez une p&#233;dagogie de la bienveillance. Quelles en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-No-88-ete-2021-" rel="directory"&gt;No 088 - &#233;t&#233; 2021&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/1234123.png?1676604003' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;668&#034; height=&#034;443&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nul ne peut ignorer le d&#233;bat pour le moins polarisant qui secoue l'univers de l'&#233;ducation sup&#233;rieure &#224; propos de l'enseignement des sujets sensibles. &#192; b&#226;bord ! s'entretient avec Myriam Laabidi, professeure de sociologie au coll&#233;gial, afin de s'inspirer de sa pratique. Propos recueillis par Isabelle Bouchard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/em&gt; : Devant la pol&#233;mique concernant l'enseignement de certains sujets d&#233;licats, vous faites la proposition de ce que vous nommez une p&#233;dagogie de la bienveillance. Quelles en sont les principales caract&#233;ristiques ? &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Myriam Laabidi : &lt;/strong&gt;En fait, c'est un terme qui m'est venu spontan&#233;ment &#224; l'esprit, mais c'est une forme de p&#233;dagogie qui est explor&#233;e dans la recherche scientifique en &#233;ducation. Pour moi, adopter une p&#233;dagogie de la bienveillance, c'est tr&#232;s intuitif et spontan&#233;, tout simplement parce que je suis une adepte de la p&#233;dagogie inclusive. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;finis la p&#233;dagogie de la bienveillance comme une mani&#232;re d'enseigner en &#233;tant d'abord et avant tout &#224; l'&#233;coute des &#233;tudiant&#183;e&#183;s et en faisant en sorte que je puisse non seulement leur offrir un contenu de qualit&#233; qui les int&#233;resse, mais aussi m'assurer qu'elles et ils se sentent en s&#233;curit&#233; dans mon espace intellectuel et dans mon espace physique, en salle classe. Cette p&#233;dagogie n'emp&#234;che pas que je puisse les challenger intellectuellement, les faire sortir de leur zone confort. Non pas du tout, on ne s'enl&#232;ve pas ce luxe-l&#224; de l'enseignement, puisque c'en est un ! Une p&#233;dagogie de la bienveillance va simplement faire en sorte de ne pas &#233;puiser inutilement les personnes : si j'en viens &#224; pr&#233;senter trop de situations qui peuvent &#234;tre traumatisantes pour mes &#233;tudiant&#183;e&#183;s, je vais les perdre, ce que je ne veux pas. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; que, moi-m&#234;me, je vis avec des couches de traumas qui m'ont &#233;t&#233; transmis de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration et avec lesquelles je voyage, je me mets &#224; leur place. Cela rel&#232;ve donc d'un processus tr&#232;s empathique, qui m'est venu tr&#232;s organiquement et que je n'ai pas intellectualis&#233;. C'est une pratique qui existe d&#233;j&#224;. On n'enseigne plus comme on enseignait avant ! Mais cela dit, on ne doit pas &#224; mon avis se culpabiliser de ce que l'on faisait avant. On n'est pas parfait&#183;e&#183;s. C'est normal, on est dans une soci&#233;t&#233; qui a &#233;t&#233; construite sur des rapports de pouvoir d&#233;s&#233;quilibr&#233;s. Le plus important, c'est d'avancer ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; : J'ai l'impression que, pour vous, nous ne sommes pas n&#233;cessairement dans une situation qui met en cause la libert&#233; acad&#233;mique, mais plut&#244;t dans un contexte qui soul&#232;ve la question &#233;thique des mani&#232;res d'enseigner les sujets sensibles ? &lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. L. : &lt;/strong&gt;Pose la question, c'est y r&#233;pondre ! Vous avez bien cern&#233; ma fa&#231;on de faire. Dans notre soci&#233;t&#233;, on valorise vraiment la cr&#233;ativit&#233; individuelle ou, si vous voulez, cette singularit&#233; o&#249; les individus peuvent s'exprimer et &#234;tre eux-m&#234;mes. C'est une qualit&#233; que l'on recherche. Alors, il faut &#234;tre cons&#233;quent avec nos attentes sociales. On se retrouve, dans nos classes, avec une diversit&#233; qui est l&#224;, qui est notre normalit&#233;, que l'on veut valoriser : je crois r&#233;ellement que prendre le temps de s'asseoir et d'&#233;couter toute cette diversit&#233;, c'est un premier pas vers l'inclusion. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, comme enseignant&#183;e&#183;s, nous faisons tout le temps de l'autocensure, notamment en choisissant nos contenus de cours. &#192; partir du moment o&#249; nous adoptons une ligne &#233;ditoriale, elle implique d&#233;j&#224; une forme de censure ! La libert&#233; acad&#233;mique, c'est donc un truc qui est personnalis&#233;, qui change et qui s'adapte en fonction de nos besoins. Aborder des sujets d&#233;licats avec grande bienveillance implique qu'on puisse aborder tous les sujets en classe dans la mesure o&#249; on le fait en d&#233;construisant les paradigmes, en d&#233;construisant aussi les rapports de domination, en les mettant de l'avant, en d&#233;non&#231;ant toutes formes d'in&#233;galit&#233;s sociales et en faisant l'exercice d'analyser sa propre positionnalit&#233;. Nous y reviendrons. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&#192;B ! &lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;Des m&#233;dias donnent l'impression que le seul sujet d&#233;licat &#224; enseigner est celui qui touche au mot en n. Quelles sont les autres situations d&#233;licates dans lesquelles peuvent &#234;tre plong&#233;es les personnes &#233;tudiantes au coll&#233;gial ? En fait, comment d&#233;finir un sujet d&#233;licat ?&lt;/span&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. L. :&lt;/strong&gt; Pour moi, un sujet sensible &#224; enseigner est un sujet qui va r&#233;veiller des traumas. Ces traumas se superposent les uns aux autres et se transmettent de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. La d&#233;finition du trauma, elle, sera d&#233;termin&#233;e par les personnes impliqu&#233;es. Toutes les personnes vont elles-m&#234;mes se la fixer, selon leur propre situation et leur exp&#233;rience. Tous les sujets peuvent amener des situations d&#233;licates. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En classe de philosophie, par exemple, la mort est un th&#232;me &#224; port&#233;e &#233;thique. Dans un cours sur la famille, par exemple, la monoparentalit&#233; peut &#234;tre un sujet sensible pour une jeune fille qui a eu un parcours de vie avec une famille monoparentale dysfonctionnelle, puisque cela peut r&#233;veiller des traumas en elle. Il en va de m&#234;me pour tout ce qui est reli&#233; au dysfonctionnement familial, tout ce qui concerne les orientations sexuelles ou l'expression et l'identit&#233; de genre, mais aussi tout ce qui est li&#233; au racisme et au pluralisme culturel, dont les processus d'adaptation et d'int&#233;gration. Par exemple, quand je parle en classe de la non-reconnaissance des dipl&#244;mes chez les personnes nouvellement arriv&#233;es, je peux avoir devant moi des jeunes dont le p&#232;re souffre r&#233;ellement d'avoir un m&#233;tier qui est sous valoris&#233; par rapport &#224; sa formation. Le p&#232;re exclu peut connaitre des probl&#232;mes de sant&#233; mentale importants, lesquels sont encore tr&#232;s tabous dans certaines communaut&#233;s. Il n'y a pas de hi&#233;rarchisation entre les sujets d&#233;licats &#224; enseigner. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, je ne censure aucun de ces sujets. Ce que je vais censurer, c'est l'utilisation de termes offensants, parce qu'&#233;tant moi-m&#234;me africaine, utiliser le mot en n, par exemple, c'est me faire violence. De plus en plus de personnes noires et m&#233;tisses ne veulent plus utiliser ce mot. C'est que le terme est ultra violent pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:#c0392b;&#034;&gt;&lt;em&gt;&#192;B ! &lt;/em&gt; : Vous affirmez que les personnes enseignantes &#171; gagneraient &#224; dresser le diagnostic de leur pratique p&#233;dagogique sur les plans de l'inclusion et de la diversit&#233; &#187;. Quelle sont les vis&#233;es et les &#233;tapes d'une telle autoanalyse ? &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. L. : &lt;/strong&gt;Le diagnostic de nos pratiques enseignantes pourrait nous aider &#224; rep&#233;rer les biais de racisme syst&#233;mique et &#224; repenser notre positionnalit&#233;. D&#233;pendamment de quelle classe sociale je proviens, je peux v&#233;hiculer une certaine image de r&#233;ussite sociale qui peut renvoyer &#224; de l'oppression. L'exp&#233;rience &#233;tudiante racis&#233;e est diff&#233;rente selon qu'elle est en face d'une personne enseignante blanche ou racis&#233;e. Il faut le reconnaitre. Cette mani&#232;re de r&#233;envisager notre positionnalit&#233; en rep&#233;rant nos biais, c'est un processus d'humilit&#233; et de bienveillance &#224; l'endroit des personnes &#233;tudiantes. Ce processus permet de regarder nos contenus de cours, de revoir les r&#233;f&#233;rences avec lesquelles nous souhaitons travailler, de faire parler les gens qui n'ont pas l'habitude qu'on les entende, de r&#233;viser nos attentes, d'essayer de comprendre qu'il y a une diversit&#233; d'apprentissages et aussi une diversit&#233; de parcours de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, j'inclus dans les listes de lecture des auteur&#183;trice&#183;s racis&#233;&#183;e&#183;s aux noms de famille apparent&#233;s &#224; ceux de mes &#233;tudiant&#183;e&#183;s. Ainsi, elles et ils ont devant elleux des mod&#232;les intellectuels qui r&#233;ussissent ! De cette mani&#232;re, j'ai l'impression de faire une diff&#233;rence ! &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'enseigne plus comme avant. Il n'y a plus ce rapport entre un ma&#238;tre et ses disciples. Maintenant, il y a des individus et on &#233;volue dans des milieux et des exp&#233;riences o&#249; nos rapports sont d&#233;mocratiques. Cela ne veut pas dire qu'on nivelle par le bas, puisqu'on doit continuer &#224; challenger les personnes en leur offrant autre chose ! L'&#233;cole n'est plus, non plus, la sph&#232;re exclusive de l'&#233;ducation, qui se joue aussi ailleurs. Avec humilit&#233;, il faut prendre le recul n&#233;cessaire pour saisir les nouveaux paradigmes sociaux et politiques, jusqu'&#224; d&#233;coloniser nos pratiques enseignantes issues d'un syst&#232;me patriarcal, blanc et sexiste. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Myriam Laabidi est professeure de sociologie au coll&#233;gial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Mur de Ben, &#201;cole de musique et des arts de Blois en France (Daniel Jolivet).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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