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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La r&#233;volution tranquille de l'agriculture qu&#233;b&#233;coise </title>
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		<dc:date>2023-02-17T02:19:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick Mundler</dc:creator>


		<dc:subject>Agriculture et alimentation</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Mundler, Patrick</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;volution agricole de la deuxi&#232;me moiti&#233; du 20e si&#232;cle a repos&#233; sur l'intensification des pratiques, la m&#233;canisation, l'agrandissement des fermes, leur sp&#233;cialisation et leur concentration. Pour des raisons &#224; la fois sociales, &#233;conomiques et environnementales, cette logique arrive &#224; son terme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 14 juin 1963, le d&#233;bat est anim&#233; &#224; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative du Qu&#233;bec. Daniel Johnson, alors chef de l'Union nationale, s'oppose &#224; Alcide Courcy, ministre de l'Agriculture et de la Colonisation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Cultiver-la-resistance-agricole-" rel="directory"&gt;Dossier : Cultiver la r&#233;sistance agricole&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Agriculture-et-alimentation-+" rel="tag"&gt;Agriculture et alimentation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Histoire-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Mundler-Patrick-+" rel="tag"&gt;Mundler, Patrick&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/13412341.png?1676601513' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;442&#034; height=&#034;290&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;volution agricole de la deuxi&#232;me moiti&#233; du 20e si&#232;cle a repos&#233; sur l'intensification des pratiques, la m&#233;canisation, l'agrandissement des fermes, leur sp&#233;cialisation et leur concentration. Pour des raisons &#224; la fois sociales, &#233;conomiques et environnementales, cette logique arrive &#224; son terme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 14 juin 1963, le d&#233;bat est anim&#233; &#224; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative du Qu&#233;bec. Daniel Johnson, alors chef de l'Union nationale, s'oppose &#224; Alcide Courcy, ministre de l'Agriculture et de la Colonisation du gouvernement Lesage. Alors que le ministre affirme l'absolue n&#233;cessit&#233; que &#171; le colon d'hier devienne cultivateur &#187;, Daniel Johnson s'inqui&#232;te. Est-ce que cette rh&#233;torique ne cache pas l'intention du ministre de renoncer &#224; la colonisation de nouvelles terres agricoles ? : &#171; &lt;em&gt;J'aimerais savoir du ministre s'il y a, selon lui et selon ses experts, encore des coins de la province o&#249; l'agriculture pourrait &#234;tre install&#233;e sur une base &#233;ventuellement profitable. Par exemple, la Matagami ; &lt;/em&gt;[&#8230;] &lt;em&gt;Est-ce que le ministre pourrait confirmer les informations que j'ai quant &#224; Matagami et aux possibilit&#233;s agricoles que repr&#233;sente ce secteur de la province encore inexploit&#233;&lt;/em&gt; [&#8230;] &lt;em&gt; ?&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je laisse les lecteur&#183;trice&#183;s moins familier&#183;&#232;re&#183;s avec la g&#233;ographie du Qu&#233;bec regarder o&#249; se trouve Matagami, ils et elles comprendront vite combien cela peut para&#238;tre aujourd'hui incongru de penser faire de l'agriculture aussi loin dans le nord. Cet &#233;change est int&#233;ressant, parce qu'il illustre un moment cl&#233; de l'histoire agricole du Qu&#233;bec, celui o&#249; le colon doit devenir cultivateur. Ou, dit autrement, celui o&#249; le paysan doit devenir un producteur agricole. &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la colonisation &#224; l'exploitation &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'histoire agricole du Qu&#233;bec est celle de la colonisation des terres, d'abord sous la forme de tenures seigneuriales et de quelques exploitations capitalistes, qui sont progressivement supplant&#233;es par de petites fermes familiales &#224; partir du milieu du 19e si&#232;cle. Ces fermes, nombreuses, principalement tourn&#233;es vers la subsistance, ne peuvent permettre &#224; tous leurs enfants de s'&#233;tablir. Contrairement &#224; ce qui se passe dans d'autres pays &#224; la m&#234;me &#233;poque, on ne divise pas la terre entre les enfants, mais on colonise de nouvelles terres : du T&#233;miscouata au Lac-Saint-Jean, de la Gasp&#233;sie &#224; l'Abitibi. Lors du recensement agricole de 1941, le nombre de fermes atteint son apog&#233;e avec pr&#232;s de 155 000 fermes. Ces fermes ont essentiellement pour fonction de nourrir les familles &#8211; bien que parfois difficilement &#8211; de conqu&#233;rir de nouveaux territoires, de d&#233;velopper et de pr&#233;server une soci&#233;t&#233; catholique, francophone, saine et rurale. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la Seconde Guerre mondiale et la fin des ann&#233;es 1970, sous la pression d'une demande en hausse, mais aussi d'une baisse continue des prix constants, les fermes qu&#233;b&#233;coises doivent am&#233;liorer leur productivit&#233; et subissent des transformations majeures. D'abord, elles se modernisent, s'agrandissent et se mettent &#224; utiliser machines, engrais et pesticides. Ensuite, elles se sp&#233;cialisent. Alors que la ferme familiale typique du d&#233;but du si&#232;cle &#233;tait diversifi&#233;e, &#233;levait quelques animaux et cultivait une poign&#233;e d'acres, les fermes deviennent laiti&#232;res, porcines, c&#233;r&#233;ali&#232;res ou maraich&#232;res. De domestiques, elles deviennent marchandes. &#202;tre producteur agricole devient une profession. &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une expansion suivie d'un repli &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette course &#224; la productivit&#233; entra&#238;ne l'intensification de l'exploitation des terres qui ont un bon potentiel et m&#232;ne au retrait de celles moins productives. Quand, au cours des ann&#233;es 1970, l'agriculture qu&#233;b&#233;coise se reconcentre dans les basses-terres du Saint-Laurent, c'est en tout plus de 1,2 million d'hectares qui sont abandonn&#233;s ailleurs. Certes, quelques-unes des poches de colonisation, comme le Lac-Saint-Jean, restent aujourd'hui encore des secteurs de production dynamiques, mais de vastes territoires des Appalaches et des Laurentides ont subi une d&#233;prise importante&#8230; Et il n'y eut jamais d'agriculture &#224; Matagami. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette triple dynamique d'intensification, d'agrandissement et de concentration caract&#233;rise donc la r&#233;volution agricole de la deuxi&#232;me moiti&#233; du 20e si&#232;cle. Elle est le produit d'une combinaison coh&#233;rente d'&#233;l&#233;ments, associant des facteurs politiques (des politiques agricoles tourn&#233;es vers l'am&#233;lioration de la productivit&#233;), &#233;conomiques (une demande alimentaire croissante, des besoins en main-d'&#339;uvre dans l'industrie et les services), socioculturels (l'aspiration d'une frange des agriculteurs &#224; devenir des professionnels, une certaine conception du progr&#232;s) et technologiques (m&#233;canisation et intrants). Tous ces facteurs &#233;taient r&#233;unis et tiraient dans la m&#234;me direction. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la fin des ann&#233;es 1970, la rapidit&#233; avec laquelle les fermes disparaissent ralentit. Entre 1941 et 1981, le Qu&#233;bec perd plus de 100 000 fermes. Pendant 40 ans, c'est en moyenne plus de sept fermes qui disparaissent chaque jour et, lors du recensement de 1981, on n'en compte plus que 48 000. C'est dans ces ann&#233;es-l&#224; aussi que sont instaur&#233;s plusieurs des grands outils de la politique agricole comme les quotas dans le lait, les &#339;ufs, le dindon et le poulet (respectivement, 1970, 1972, 1974 et 1978) ; l'assurance stabilisation des revenus agricoles, connue sous le nom d'ASRA (1975) et la Loi de protection du territoire agricole (1978).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces instruments sont toujours l&#224;, m&#234;me s'ils ont connu diverses mises au point. Si le nombre de fermes continue &#224; diminuer, le rythme de leur disparition ralentit nettement. Entre 1981 et 2016, ce sont 19 000 fermes de plus qui disparaissent, soit &#171; seulement &#187; 1,5 par jour. Aujourd'hui, le nombre de fermes semble se stabiliser autour de 28 000. Mais ce qui est relativement nouveau, c'est la polarisation entre, d'une part, des petites fermes, r&#233;alisant moins de 100 000 dollars de vente annuellement, dont la production est extr&#234;mement diverse, et qui repr&#233;sentent la moiti&#233; des fermes qu&#233;b&#233;coises, et d'autre part, de tr&#232;s grandes fermes qui ne cessent de grandir. Celles du milieu, soit les fermes qui correspondent &#224; l'id&#233;al type de l'agriculture familiale qu&#233;b&#233;coise, les fermes d'une cinquantaine de vaches &#233;tablies sur moins d'une centaine d'hectares, sont doucement en train de dispara&#238;tre. &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Consolidation et diversification des mod&#232;les&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, cette consolidation apparente du nombre de fermes se construit sur deux dynamiques tr&#232;s diff&#233;rentes. D'un c&#244;t&#233;, les fermes sp&#233;cialis&#233;es dans les grandes productions, cibles principales des politiques agricoles, poursuivent leur croissance. Elles sont orient&#233;es vers la fourniture de mati&#232;res premi&#232;res &#224; l'industrie et leur sant&#233; &#233;conomique est tr&#232;s d&#233;pendante des march&#233;s nationaux ou mondiaux ainsi que des politiques agricoles nationales et provinciales. De l'autre c&#244;t&#233;, on trouve une mosa&#239;que de petites fermes. Certaines sont des fermes de loisir ou des projets de retraite, d'autres sont des fermes traditionnelles rest&#233;es petites et reposant sur la pluriactivit&#233;. Plus r&#233;cemment, une cat&#233;gorie s'est affirm&#233;e et a beaucoup gagn&#233; en visibilit&#233; : les fermes souvent cr&#233;&#233;es de toutes pi&#232;ces par des agricultrices et des agriculteurs choisissant de produire intens&#233;ment et de fa&#231;on diversifi&#233;e sur de petites surfaces, de transformer et de vendre directement aux consommateurs en se passant des interm&#233;diaires et en se situant pour l'essentiel &#224; c&#244;t&#233; du syst&#232;me. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le mod&#232;le conventionnel, souvent appel&#233; &#171; productiviste &#187;, est de plus en plus critiqu&#233; pour les d&#233;rives qui en d&#233;coulent. Sur le plan environnemental, le bilan de l'agriculture moderne est pr&#233;occupant : affaiblissement g&#233;n&#233;ral de la biodiversit&#233;, usage intensif d'intrants de synth&#232;se et d&#233;gradation des sols et des ressources en eau sont autant de probl&#232;mes aujourd'hui largement document&#233;s. Sur le plan social, la restructuration acc&#233;l&#233;r&#233;e &#224; laquelle est soumise l'agriculture apporte son lot de probl&#232;mes : difficult&#233;s pour la rel&#232;ve qui doit acqu&#233;rir des fermes de plus en plus gigantesques et fait donc face &#224; un endettement croissant ; d&#233;tresse psychologique d'une proportion croissante d'agriculteurs et d'agricultrices happ&#233;&#183;e&#183;s par la pression constante qui s'exerce sur leurs performances et souffrant de solitude apr&#232;s avoir achet&#233; tous leurs voisins. Le probl&#232;me est suffisamment inqui&#233;tant pour que des travailleurs et plus souvent des travailleuses de rang, dont la mission est d'accompagner les agriculteurs et les agricultrices afin de pr&#233;venir les probl&#232;mes, soient install&#233;es partout sur le territoire qu&#233;b&#233;cois. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, il y a encore de nombreux agriculteurs et agricultrices heureux&#183;ses et fier&#183;&#232;re&#183;s du d&#233;veloppement de leur entreprise et qui restent engag&#233;&#183;e&#183;s dans la voie de cette agriculture intensive et sp&#233;cialis&#233;e. Leurs fermes restent bien accompagn&#233;es par les politiques publiques. Mais de multiples initiatives se d&#233;veloppent aussi dans les interstices du syst&#232;me qui pr&#233;figurent de nouvelles mani&#232;res de penser l'agriculture : circuits courts de commercialisation, agriculture biologique, agroforesterie, fili&#232;res int&#233;gr&#233;es de qualit&#233; autour d'un produit, cultures &#233;mergentes&#8230; les exemples de ces formes d'agriculture qui ont pour ambition de nourrir leur communaut&#233; et d'habiter leur territoire abondent. Si ces formes renouvel&#233;es de pratique de l'agriculture n'ont pas encore gagn&#233; la bataille des moyens, notamment l'acc&#232;s aux politiques publiques, elles ont largement gagn&#233; la bataille de la l&#233;gitimit&#233; et leur influence s'&#233;tend doucement bien au-del&#224; des r&#233;seaux dans lesquels elles sont n&#233;es. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Patrick Mundler, professeur titulaire en d&#233;veloppement rural &#224; l'Universit&#233; Laval.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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