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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>Gouvernance n&#233;ocoloniale et discriminations raciales</title>
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		<dc:date>2023-02-17T01:58:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>No&#233;mie Beauvais, Manuel Salamanca Cardona, Cheolki Yoon</dc:creator>


		<dc:subject>Beauvais, No&#233;mie</dc:subject>
		<dc:subject>Salamanca Cardona, Manuel</dc:subject>
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		<dc:subject>Capitalisme et n&#233;olib&#233;ralisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier</dc:subject>

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&lt;p&gt;La pand&#233;mie a mis en lumi&#232;re les difficult&#233;s &#224; combler les postes n&#233;cessaires au travail agricole estival sans faire appel aux travailleur&#183;euse&#183;s migrant&#183;e&#183;s. Essentiel&#183;le&#183;s &#224; notre agriculture, ils et elles se retrouvent pourtant dans des conditions d'exploitation sans r&#233;elle possibilit&#233; de d&#233;fendre leurs droits. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le tout d&#233;but de la colonisation du territoire, non c&#233;d&#233; par les peuples autochtones, le d&#233;veloppement de l'agriculture canadienne est intimement li&#233; aux migrations (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Salamanca-Cardona-Manuel-+" rel="tag"&gt;Salamanca Cardona, Manuel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Yoon-Cheolki-+" rel="tag"&gt;Yoon, Cheolki&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Travail-syndicalisme-et-mouvement-+" rel="tag"&gt;Travail, syndicalisme et mouvement ouvrier&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/765765.png?1676600001' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;295&#034; height=&#034;442&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La pand&#233;mie a mis en lumi&#232;re les difficult&#233;s &#224; combler les postes n&#233;cessaires au travail agricole estival sans faire appel aux travailleur&#183;euse&#183;s migrant&#183;e&#183;s. Essentiel&#183;le&#183;s &#224; notre agriculture, ils et elles se retrouvent pourtant dans des conditions d'exploitation sans r&#233;elle possibilit&#233; de d&#233;fendre leurs droits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s le tout d&#233;but de la colonisation du territoire, non c&#233;d&#233; par les peuples autochtones, le d&#233;veloppement de l'agriculture canadienne est intimement li&#233; aux migrations internationales. Durant le 20e si&#232;cle, le secteur de l'agriculture est progressivement d&#233;laiss&#233; par les colons install&#233;s depuis quelques g&#233;n&#233;rations, qui vont vers des emplois industriels, entra&#238;nant une p&#233;nurie de main-d'&#339;uvre qui demeurera constante dans le secteur agricole. Cette p&#233;nurie est d'abord combl&#233;e, dans la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle, par des immigrant&#183;e&#183;s permanent&#183;e&#183;s fuyant la guerre et la pauvret&#233; s&#233;vissant en Europe, puis &#224; partir des ann&#233;es 1960, par des migrant&#183;e&#183;s saisonnier&#183;i&#232;re&#183;s venu&#183;e&#183;s d'Am&#233;rique centrale, expropri&#233;&#183;e&#183;s des r&#233;gions rurales ou affect&#233;&#183;e&#183;s par le surpeuplement et la pauvret&#233; dans les r&#233;gions urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faciliter la coordination des d&#233;placements de main-d'&#339;uvre, le gouvernement du Canada cr&#233;e en 1996 le &lt;em&gt;Programme des travailleurs agricoles saisonnier&lt;/em&gt;s (PTAS). Puis, en 2002, le &lt;em&gt;Projet pilote des travailleurs temporaires&lt;/em&gt; &lt;em&gt;peu sp&#233;cialis&#233;s&lt;/em&gt; ouvre les voies d'entr&#233;e des travailleur&#183;euse&#183;s dans divers secteurs. Par les r&#233;formes subs&#233;quentes, le &lt;em&gt;Programme des travailleurs &#233;trangers temporaires&lt;/em&gt; (PTET) est &#233;largi et subdivis&#233; en sous-programmes, parmi lesquels le volet des postes &#224; bas salaire et le volet agricole sont largement employ&#233;s, en addition au PTAS, par les employeur&#183;euse&#183;s agricoles. Ces programmes sont en grande partie appuy&#233;s sur des ententes bilat&#233;rales. Ils sont donc conjointement g&#233;r&#233;s par les gouvernements du Canada et ceux des pays d'origine, qui ont conclu les ententes avec le soutien de la f&#233;d&#233;ration des producteurs agricoles du Canada (FARMS/FERME). La gouvernance du travail migrant agricole au Canada est ainsi marqu&#233;e d'un c&#244;t&#233; par la privatisation et de l'autre par le n&#233;ocolonialisme, dans la mesure o&#249; elle est fond&#233;e sur les in&#233;galit&#233;s historiques, &#233;conomiques et politiques entre les pays concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un statut particuli&#232;rement vuln&#233;rable&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie est venue confirmer que la survie de l'agriculture canadienne d&#233;pend in&#233;vitablement des travailleur&#183;euse&#183;s migrant&#183;e&#183;s. Malgr&#233; la fermeture de la fronti&#232;re nationale, le Qu&#233;bec a accueilli 16 260 migrant&#183;e&#183;s dans le secteur en 2020, en comparaison de 16 485 en 2019, ce qui ne repr&#233;sente pas une baisse significative. En addition aux travailleur&#183;euse&#183;s migrant&#183;e&#183;s, de nombreuses personnes &#224; statut d'immigration pr&#233;caire, telles que des demandeur&#183;euse&#183;s d'asile, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s internationaux ou des personnes sans statut, travaillent dans les champs, souvent par l'entremise d'agences de placement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si elles &#233;taient d&#233;j&#224; bien connues, les vuln&#233;rabilit&#233;s des travailleur&#183;euse&#183;s migrant&#183;e&#183;s du secteur agricole ont &#233;t&#233; plus que jamais visibilis&#233;es par la pand&#233;mie. D'abord, le droit de s&#233;jour de ces travailleur&#183;euse&#183;s est essentiellement li&#233; &#224; leur emploi, ce qui consolide l'asym&#233;trie de pouvoir entre l'employeur&#183;euse et l'employ&#233;&#183;e. En effet, le PTET et le PTAS offrent des permis dits &#171; ferm&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils lient les travailleur&#183;euse&#183;s &#224; leur patron&#183;ne&#183;s. Une exception a cependant &#233;t&#233; introduite au PTAS pour permettre aux employeur&#183;euse&#183;s participant&#183;e&#183;s de transf&#233;rer leurs travailleur&#183;euse&#183;s d'une exploitation agricole &#224; une autre. Cela &#233;tant dit, cette exception est con&#231;ue afin de faciliter l'affectation des employ&#233;&#183;e&#183;s entre les employeur&#183;euse&#183;s. Les travailleur&#183;euse&#183;s n'ont toujours pas la libert&#233; de choisir leur patron&#183;ne&#183;s. Dans ce contexte, la possibilit&#233; d'&#234;tre d&#233;port&#233; du Canada selon la volont&#233; de l'employeur&#183;euse contraint les travailleur&#183;euse&#183;s &#224; accepter de mauvaises conditions. L'obtention de la r&#233;sidence permanente est la seule fa&#231;on pour elles et eux de stabiliser leur droit de s&#233;jour, mais la voie d'acc&#232;s est extr&#234;mement restreinte, voire carr&#233;ment impossible dans le cas du PTAS. Le syst&#232;me d'immigration enferme ainsi ces travailleur&#183;euse&#183;s dans la circularit&#233; et la pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce r&#233;gime migratoire particulier s'ajoutent plusieurs autres facteurs, accentuant la vuln&#233;rabilit&#233; des travailleurs et travailleuses migrant&#183;e&#183;s, &#224; commencer par l'isolement. En effet, les fermes sont g&#233;n&#233;ralement &#233;loign&#233;es des villages et les d&#233;placements des travailleur&#183;euse&#183;s sont souvent contr&#244;l&#233;s par leur employeur&#183;euse. Plusieurs racontent subir la surveillance de ceux-ci et celles-ci jusque dans leur logement, &#224; l'ext&#233;rieur des heures de travail. C'est donc tout leur quotidien qui est soumis &#224; la volont&#233; des patron&#183;ne&#183;s. De plus, le manque d'informations concernant leurs droits et la barri&#232;re linguistique les rendent in&#233;vitablement plus impuissant&#183;e&#183;s. Finalement, notons la pr&#233;sence accrue de femmes au sein des professions agricoles. Le secteur &#233;tant encore majoritairement masculin, ces travailleuses sont expos&#233;es &#224; des risques particuliers en mati&#232;re d'exploitation et de repr&#233;sailles. Le harc&#232;lement sexuel et le contr&#244;le de leur sexualit&#233; sont, entre autres, monnaie courante.&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le droit du travail fragilis&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, le secteur agricole est exempt&#233; de certaines dispositions juridiques visant la protection de la main-d'&#339;uvre. Au Qu&#233;bec, trois principales exceptions sont inscrites dans la &lt;em&gt;Loi sur les normes du travail&lt;/em&gt;. Les heures suppl&#233;mentaires permettant la majoration du salaire habituel ne sont pas reconnues. Le droit de refuser de travailler sans un avis au moins cinq jours &#224; l'avance ne s'applique pas non plus. Enfin, le repos hebdomadaire minimal de 32 heures cons&#233;cutives peut &#234;tre report&#233; &#224; la semaine suivante, moyennant consentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la syndicalisation est limit&#233;e par le &lt;em&gt;Code du travail&lt;/em&gt;, puisqu'elle exige un minimum de trois salari&#233;&#183;e&#183;s embauch&#233;&#183;e&#183;s de fa&#231;on continue dans une ferme, ce qui est rare compte tenu du caract&#232;re saisonnier de ce secteur. De plus, le contournement par les employeur&#183;euse&#183;s des lois et des r&#232;glements en mati&#232;re de normes ou de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; du travail est fr&#233;quemment d&#233;cri&#233;, mais les inspections par les institutions publiques demeurent largement insuffisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Canada et au Qu&#233;bec, l'exaltation du r&#244;le &#233;conomique, identitaire et socioculturel du secteur agricole cache son historique colonial, sa gouvernance n&#233;ocoloniale et n&#233;olib&#233;rale ainsi que le racisme des institutions. Tandis que la crise de la COVID-19 a r&#233;v&#233;l&#233; l'apport essentiel des travailleurs et travailleuses migrant&#183;e&#183;s &#224; ce secteur, ils et elles sont toujours exploit&#233;&#183;e&#183;s et davantage expos&#233;&#183;e&#183;s aux risques. Plusieurs ont aussi d&#233;nonc&#233; la surveillance accrue et l'isolement renforc&#233;s en contexte de COVID-19, choses qui n'ont pourtant pas su pr&#233;venir les infections. Derri&#232;re le rideau, les discriminations prolif&#232;rent ainsi dans nos champs. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Manuel Salamanca Cardona, No&#233;mie Beaucais et Cheolki Yoon sont militant&#183;e&#183;s au Centre des travailleurs et travailleuse immigrants (CTI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : R&#233;mi Leroux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse Qu&#233;bec, La discrimination syst&#233;mique &#224; l'&#233;gard des travailleuses et travailleurs migrants. En ligne : &lt;a href=&#034;http://www.cdpdj.qc.ca/fr/publications/la-discrimination-systacmique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cdpdj.qc.ca/fr/publications/la-discrimination-systacmique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Centre des travailleurs et travailleuses immigrants et Association des travailleurs et travailleuses migrants du Qu&#233;bec, &lt;i&gt;Decent Housing for Migrant Agricultural Workers&lt;/i&gt;, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Migrant Workers Alliance for Change, &lt;i&gt;Unheeded Warnings : COVID-19 &amp; Migrant Workers in Canada&lt;/i&gt;, 2020. En ligne : &lt;a href=&#034;https://migrantworkersalliance.org/policy/unheededwarnings&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://migrantworkersalliance.org/policy/unheededwarnings&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Galli&#233;, Jeanne Ollivier-Gobeil et Caroline Brodeur, &lt;i&gt;La n&#233;o-f&#233;odalisation du droit du travail agricole : &#233;tude de cas sur les conditions de travail et de vie des travailleurs migrants &#224; Saint-R&#233;mi (Qu&#233;bec)&lt;/i&gt;, Cahiers du GIREPS, no 8, 2017.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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