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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La restitution des terres, cl&#233; de la vitalit&#233; des syst&#232;mes alimentaires autochtones</title>
		<link>https://www.ababord.org/La-restitution-des-terres-cle-de-la-vitalite-des-systemes-alimentaires-autochtones</link>
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		<dc:date>2023-02-17T01:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicole Davies, Maxime Roy-Allard</dc:creator>


		<dc:subject>Agriculture et alimentation</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>
		<dc:subject>Davies, Nicole</dc:subject>
		<dc:subject>Roy-Allard, Maxime</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les peuples autochtones sont &#224; la t&#234;te d'un mouvement pour la souverainet&#233; alimentaire qui repose sur la restauration des syst&#232;mes agroalimentaires ancestraux. Bien que nous nous efforcions de restaurer ce que le colonialisme a confisqu&#233; de nos tables, il demeure que sans r&#233;paration ni restitution de nos territoires, aucune justice n'est possible. La souverainet&#233; alimentaire passe par la restitution des terres. &lt;br class='autobr' /&gt;
La revitalisation des chansons, des danses, des c&#233;r&#233;monies, des histoires et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Cultiver-la-resistance-agricole-" rel="directory"&gt;Dossier : Cultiver la r&#233;sistance agricole&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Agriculture-et-alimentation-+" rel="tag"&gt;Agriculture et alimentation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Nations-autochtones-+" rel="tag"&gt;Peuples autochtones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Davies-Nicole-+" rel="tag"&gt;Davies, Nicole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Roy-Allard-Maxime-+" rel="tag"&gt;Roy-Allard, Maxime&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/9879287.png?1676600327' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;638&#034; height=&#034;442&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les peuples autochtones&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le cadre de cet article, &#171; peuples autochtones &#187; r&#233;f&#232;re aux peuples (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont &#224; la t&#234;te d'un mouvement pour la souverainet&#233; alimentaire qui repose sur la restauration des syst&#232;mes agroalimentaires ancestraux. Bien que nous nous efforcions de restaurer ce que le colonialisme a confisqu&#233; de nos tables, il demeure que sans r&#233;paration ni restitution de nos territoires, aucune justice n'est possible. La souverainet&#233; alimentaire passe par la restitution des terres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La revitalisation des chansons, des danses, des c&#233;r&#233;monies, des histoires et des m&#233;thodes qui se rattachent &#224; la p&#233;riode des semences et &#224; celle des r&#233;coltes est au c&#339;ur de nos efforts, et toute notre attention est port&#233;e vers les enjeux, ins&#233;parables l'un de l'autre, de l'acc&#232;s &#224; la nourriture et de la justice alimentaire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les peuples autochtones, la conservation des semences et des cultures est un lieu de gouvernance d&#233;coloniale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut noter que ce ne sont pas toutes les nations et les communaut&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est une d&#233;marche d'entraide qui prend forme dans la pr&#233;servation des &#233;conomies ancestrales par l'&#233;change, le partage et le don de semences, d'aliments, de rem&#232;des et de savoirs. C'est une d&#233;marche abolitionniste qui vise la pr&#233;servation des syst&#232;mes de subsistance bas&#233;s sur la non-ing&#233;rence et sur le soin de la communaut&#233;, syst&#232;mes qui perdurent malgr&#233; la criminalisation violente de nos corps et de ceux de nos proches noir&#183;e&#183;s et racis&#233;&#183;e&#183;s. C'est une d&#233;marche qui nous rappelle l'existence de modes de vie qui pr&#233;c&#232;dent la police et les prisons, les pesticides et les pipelines, une d&#233;marche qui nous fait la promesse que ces mondes peuvent encore exister. C'est un rejet de l'homog&#233;n&#233;it&#233; et de l'h&#233;g&#233;monie de la production alimentaire d&#233;coulant de la supr&#233;matie blanche. C'est une pratique m&#233;ditative centr&#233;e sur la rem&#233;moration, la r&#233;&#233;criture et le r&#233;enracinement de nos existences et de notre r&#233;seau alimentaire, alors que la soci&#233;t&#233; cherche &#224; nous &#233;carter et &#224; nous effacer. C'est une cha&#238;ne de gu&#233;rison nous reliant aux g&#233;n&#233;rations qui nous succ&#232;deront comme &#224; celles qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s, tandis que nous les imaginons en train d'&#233;plucher le m&#234;me &#233;pi de ma&#239;s corn&#233; ou de fendre une gousse du m&#234;me haricot. C'est une pratique c&#233;r&#233;moniale par laquelle on tisse l'avenir : planter et r&#233;colter, c'est prendre soin de quelque chose qu'on pourrait ne jamais voir prosp&#233;rer et dont on pourrait ne jamais profiter soi-m&#234;me, que ce soit dans les r&#233;coltes annuelles ou dans l'am&#233;lioration de la stabilit&#233; g&#233;n&#233;tique des semences, visible seulement au bout de nombreuses ann&#233;es. C'est un processus de prise de d&#233;cisions entre nations qui est &#224; la fois complexe et empreint d'amour : &#224; quelles esp&#232;ces, parmi notre r&#233;seau de parent&#233; non humaine, doit-on consacrer nos &#233;nergies cette ann&#233;e ? Comment contribuer &#224; la r&#233;silience des esp&#232;ces face aux changements climatiques ? Quelles esp&#232;ces sont surexploit&#233;es ? Nous sommes, avant tout, les humbles gardiens des aliments qui nous nourrissent, et certains d'entre nous n'ont encore jamais go&#251;t&#233; aux aliments dont ils prot&#232;gent avec tant de diligence les rares semences. &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas de nourriture sans terres &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Autant en r&#233;serve qu'&#224; l'ext&#233;rieur, les Autochtones qui souhaitent entreprendre des d&#233;marches d'autod&#233;termination et de souverainet&#233; alimentaires sont confront&#233;s &#224; d'importants obstacles d'acc&#232;s au territoire. La fin du 19e si&#232;cle et le d&#233;but du 20e ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par l'adoption de nombreuses politiques f&#233;d&#233;rales anti-Autochtones, rassembl&#233;es sous le syst&#232;me de &#171; laissez-passer &#187;. Ce syst&#232;me a divis&#233; les grandes terres agricoles communautaires en petites terres familiales, a d&#233;courag&#233; l'embauche d'employ&#233;&#183;e&#183;s agricoles autochtones et frein&#233; l'achat de produits autochtones par les colonisateurs, en plus d'emp&#234;cher les Autochtones de cultiver la terre, de vendre leurs r&#233;coltes ou d'acheter de la machinerie sans d'abord recevoir un permis. &#192; l'&#233;poque de la mise en place des r&#233;serves, bien des communaut&#233;s ont &#233;t&#233; d&#233;plac&#233;es de leurs terres arables vers des sols moins fertiles. Encore aujourd'hui, ces communaut&#233;s doivent composer avec ces conditions de culture inad&#233;quates. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure actuelle, le manque criant de logements ad&#233;quats est un enjeu de premier plan pour les conseils de bande, et la question des terres agricoles, surtout celles consacr&#233;es aux activit&#233;s agricoles peu lucratives, n'est pas une priorit&#233;. Les co&#251;ts de location ou d'achat des terres agricoles sur les r&#233;serves sont souvent prohibitifs pour les membres de la communaut&#233;. Dans certains cas, les terres d&#233;sign&#233;es &#171; r&#233;serves &#187; sont trop petites pour supporter des activit&#233;s agricoles. Dans d'autres, le sol et l'eau de la r&#233;serve ont &#233;t&#233; contamin&#233;s par des industries extractives et manufacturi&#232;res s'&#233;tant &#233;tablies &#224; proximit&#233;, ayant &#233;t&#233; rejet&#233;es par des quartiers &#224; pr&#233;dominance blanche. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs barri&#232;res entravent l'atteinte d'une souverainet&#233; territoriale. Pour les bandes reconnues par le gouvernement, la Couronne d&#233;tient encore en fiducie les titres sur les terres des r&#233;serves, et les conseils de bande &#8211; ces organes de gouvernance impos&#233;s par l'&#201;tat canadien et cr&#233;&#233;s afin de d&#233;l&#233;gitimer les syst&#232;mes de gouvernance traditionnels des communaut&#233;s &#8211; g&#232;rent les terres des r&#233;serves. Les conflits sont courants, dans ce contexte d'interf&#233;rence et d'ing&#233;rence capitaliste de l'&#201;tat colonial. Les pratiques agroalimentaires ancestrales qui existent aux marges des &#233;conomies de march&#233; formelles se trouvent perturb&#233;es, puisque les communaut&#233;s autochtones sont sous-financ&#233;es, exploit&#233;es et &#233;cras&#233;es pour faciliter le projet colonial qu'est le Canada. Dans les mots du penseur navajo Moroni Benally, &#171; &lt;em&gt;les Autochtones ne sont pas simplement vuln&#233;rables, ils et elles sont des cibles&lt;/em&gt; &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que toutes les terres et les eaux situ&#233;es &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res coloniales du Canada sont en territoires autochtones&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les trait&#233;s n'&#233;taient pas des trait&#233;s de cession du territoire, et les m&#234;mes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le racisme environnemental et le d&#233;veloppement entrepris sans le consentement pr&#233;alable des peuples autochtones ont des effets qui d&#233;passent les fronti&#232;res des r&#233;serves. Les statistiques gouvernementales sugg&#232;rent qu'aujourd'hui, plus de la moiti&#233; des Autochtones vivent hors r&#233;serve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces chiffres sont probablement conservateurs : les statistiques ne prennent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; que ce soit parce que le colonialisme les a arrach&#233;s de leur communaut&#233;, parce qu'ils et elles ont des liens territoriaux ou communautaires hors des r&#233;serves, ou encore en raison du manque d'acc&#232;s au logement ou aux soins de sant&#233;. Il leur faut composer, dans l'acc&#232;s aux terres, avec la comp&#233;tition hyper capitaliste du march&#233; immobilier et du complexe agro-industriel. S'ajoutent &#224; cela les paysages des territoires autochtones d&#233;figur&#233;s par les gratte-ciels, les entrep&#244;ts, les &#171; espaces verts &#187; administr&#233;s par les municipalit&#233;s, la surveillance et la brutalit&#233; polici&#232;re, les vacanciers qui se croient tout permis, les logements trop chers, les quartiers de plus en plus gentrifi&#233;s et le rythme des saisons perturb&#233; par les changements climatiques. L&#224; o&#249; la r&#233;appropriation subversive des terres arables est possible, on n'&#233;chappe pas &#224; l'incarc&#233;ration, et l&#224; o&#249; les terres sont demeur&#233;es plus ou moins intactes, elles sont vendues &#224; un prix que seules peuvent payer les fortunes patrimoniales et b&#226;ties sur l'extraction de ressources. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vision du mouvement Land Back&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : Selon le site Web du mouvement Land Back, &#171; Land Back est un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est par la restitution et la restauration de nos terres ancestrales souveraines et glorieuses, o&#249; nous pourrons semer et faire les r&#233;coltes, que la justice alimentaire sera rendue aux peuples autochtones. &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Marchandisation et appropriation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce au travail soutenu de militant&#183;e&#183;s antiracistes noir&#183;e&#183;s et racis&#233;&#183;e&#183;s, nos appels &#224; la justice raciale et &#224; la d&#233;colonisation ont gagn&#233; en visibilit&#233;, de m&#234;me que nos d&#233;nonciations de la supr&#233;matie blanche qui existe au sein de la mouvance environnementaliste dominante. En r&#233;ponse, des leaders non autochtones ont r&#233;cup&#233;r&#233; le concept de d&#233;colonisation et affirment vouloir &#171; d&#233;coloniser &#187; des institutions pourtant fondamentalement coloniales. Des colonisateurs ach&#232;tent des terres, en donnent l'acc&#232;s aux Autochtones et clament &#8211; &#224; tort &#8211; contribuer au mouvement Land Back. Des cultivateurs biologiques non autochtones qui cherchent &#224; acqu&#233;rir des connaissances autochtones sur les cultures maraich&#232;res et sur les semences pr&#233;sentent leurs efforts comme des gestes de solidarit&#233; avec les peuples autochtones. Dans les mots de Kim Tallbear, intellectuelle et citoyenne Sisseton-Wahpeton Oyate, &#171; &lt;em&gt;de nombreux Allochtones veulent &#234;tre autochtones au lieu de faire les efforts n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement de relations bonnes et justes avec les peuples autochtones&lt;/em&gt; &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit du colonialisme vert qui compromet nos efforts pour l'atteinte d'une v&#233;ritable justice, nous poursuivons la lutte contre l'imposition de solutions coloniales et commerciales &#224; nos crises alimentaires. Cela ne veut toutefois pas dire qu'il faille critiquer les Autochtones qui commercialisent leurs efforts vers la souverainet&#233; alimentaire : s'ins&#233;rer dans le march&#233; agroalimentaire afin de nourrir sa famille et sa communaut&#233; n'est qu'une forme contemporaine de nos pratiques ancestrales. L'enjeu est syst&#233;mique : devant les mod&#232;les pr&#233;caires de financement, dont les sommes sont vers&#233;es au compte-goutte et sous conditions, sans &#233;gards &#224; la richesse d&#233;rob&#233;e et aux privil&#232;ges engendr&#233;s par la d&#233;possession territoriale, trop de communaut&#233;s n'ont d'autre option que de s'en remettre au march&#233;. Les institutions gouvernementales et les organismes de charit&#233; prescrivent des solutions et offrent des ressources qui visent &#224; r&#233;former les pratiques agricoles autochtones pour en faire des entreprises lucratives. Ces solutions font fi des connexions spirituelles et culturelles qu'entretiennent les Autochtones au territoire, lesquelles exigent parfois un rapport non commercial et plus lent avec les esp&#232;ces, et des pratiques de production agroalimentaire plus intimes. Ces programmes de pr&#234;ts et de dons aux initiatives agricoles autochtones reconduisent les discours du sauveur blanc, en plus d'&#233;luder la question de la responsabilit&#233; des colonisateurs dans un processus de justice qui doit passer par la restitution des terres.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;possession territoriale et assimilation forc&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour les Autochtones, la souverainet&#233; alimentaire ne se limite pas au droit de choisir et de produire ses aliments : elle passe par l'ensemble des lois culturelles et des responsabilit&#233;s spirituelles sur lesquelles repose notre relation &#224; notre territoire et aux esp&#232;ces qui nous nourrissent. Un amour et un engagement ind&#233;fectibles nous animent dans la r&#233;sistance au colonialisme. Qu'il soit question d'orignaux ou de homards, nous risquons nos vies pour faire valoir la l&#233;gitimit&#233; de notre savoir intime concernant la conservation et l'utilisation du territoire ainsi que la gestion des esp&#232;ces. Nous am&#233;nageons des potagers sur des terrains pollu&#233;s. Nous conservons des semences de grande importance culturelle sur des balcons de location. Nous rivalisons avec les colonisateurs racistes pour des permis de chasse qu'ils utilisent souvent pour faire de nos subsistances des troph&#233;es, alors que nos a&#238;n&#233;&#183;e&#183;s vieillissent plus vite qu'ils et elles peuvent nous transmettre leurs connaissances. Nous n&#233;gocions avec nos tantes pour obtenir l'une des rares cannes de poisson de la saison, d&#233;chir&#233;&#183;e&#183;s &#224; l'id&#233;e qu'il soit peut-&#234;tre temps de cesser d'exploiter cette parent&#233; non humaine &#224; qui la mauvaise gestion des eaux, l'industrie de la p&#234;che et le r&#233;chauffement climatique ne donnent aucun r&#233;pit. Nous c&#244;toyons des parcs patrouill&#233;s par des employ&#233;s municipaux et des citoyens qui se m&#233;fient de nous alors que nous cueillons des aliments qui nous connaissent et qui connaissent nos pratiques de r&#233;ciprocit&#233; depuis bien avant l'existence des parcs. Non seulement faisons-nous le deuil des lignes de trappe saccag&#233;es par la d&#233;forestation, de la nourriture que nous y trouvons et des connaissances pratiques qui leur sont li&#233;es, nous faisons aussi le deuil des esp&#232;ces souveraines dont la protection est notre responsabilit&#233; spirituelle et politique. Nous nous demandons : en avons-nous fait assez ? Que diraient nos anc&#234;tres ? Quelles connaissances et quelles saveurs restera-t-il &#224; nos enfants ? &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons preuve de r&#233;silience, d'adaptation, d'inventivit&#233; et de persistance. Nous avons &#233;t&#233; forc&#233;&#183;e&#183;s de nous ajuster &#224; des conditions qui nuisent &#224; la p&#233;rennit&#233; des &#233;cosyst&#232;mes et des syst&#232;mes des savoirs qui renferment nos modes de vie. Sans abandonner, nous savons pertinemment que la d&#233;possession territoriale ne peut pas &#234;tre combattue &#224; coups de camps culturels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : Nicole Davies pr&#233;cise que ces camps culturels sont organis&#233;s par des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l'industrie de la r&#233;conciliation jusqu'&#224; la r&#233;cup&#233;ration du mouvement pour la justice agroalimentaire, les discours dissociant la souverainet&#233; alimentaire de la souverainet&#233; territoriale sont une injustice suppl&#233;mentaire envers les peuples autochtones. Sans la restitution des terres et le versement d'indemnisations, il n'est pas question de d&#233;colonisation. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le cadre de cet article, &#171; peuples autochtones &#187; r&#233;f&#232;re aux peuples originaires de l'Am&#233;rique du Nord. Il n'est pas question d'invisibiliser les communaut&#233;s racis&#233;es qui vivent sur ces territoires et qui sont les premiers peuples d'autres territoires. Il n'est pas question non plus de laisser entendre que le d&#233;placement forc&#233; de communaut&#233;s noires vers ces territoires pour des fins d'esclavage constitue une forme de colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut noter que ce ne sont pas toutes les nations et les communaut&#233;s autochtones dont les syst&#232;mes alimentaires incluent des pratiques agricoles. Dans ces communaut&#233;s et ces cultures, la chasse, la trappe, la p&#234;che, la cueillette et la culture d'aliments sauvages repr&#233;sentent l'essentiel, voir le tout de leur syst&#232;me de subsistance. Chez certaines communaut&#233;s, l'agriculture a &#233;t&#233; adopt&#233;e suivant les efforts &#171; civilisateurs &#187; de la colonisation, alors que dans d'autres, l'agriculture s'est ajout&#233;e &#224; leurs syst&#232;mes alimentaires au fur et &#224; mesure qu'elles ont diversifi&#233; les sources d'aliments, qu'elles se sont s&#233;dentaris&#233;es et ont d&#251; composer avec les temp&#233;ratures plus chaudes caus&#233;es par les changements climatiques, ou encore qu'elles ont &#233;chang&#233; des pratiques avec d'autres nations et d'autres communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les trait&#233;s n'&#233;taient pas des trait&#233;s de cession du territoire, et les m&#234;mes trait&#233;s qui sont aujourd'hui instrumentalis&#233;s pour l&#233;gitimer les droits de propri&#233;t&#233; priv&#233;e non autochtone ont &#233;t&#233; sign&#233;s sous la menace de la famine orchestr&#233;e par le Dominion du Canada et l'empire britannique. Depuis bien avant la cr&#233;ation de l'&#201;tat canadien, la nourriture et la famine sont instrumentalis&#233;es contre les peuples autochtones &#224; des fins de coercition et de d&#233;possession du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces chiffres sont probablement conservateurs : les statistiques ne prennent pas en compte le peuple M&#233;tis, les Inuit, les personnes sans statut autochtone vivant hors r&#233;serve ni les personnes des Premi&#232;res Nations non inscrites ou les Autochtones qui ont renonc&#233; &#224; participer au recensement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLR : Selon le site Web du mouvement Land Back, &#171; Land Back est un mouvement qui existe depuis des g&#233;n&#233;rations et qui est h&#233;ritier d'une longue tradition de mobilisation et de sacrifices en vue de remettre les terres autochtones dans les mains des Autochtones. De telles luttes ont cours actuellement partout sur l'&#206;le de la Tortue. &#187; Pour en savoir plus, visiter le site du mouvement : &lt;a href=&#034;https://landback.org/manifesto/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://landback.org/manifesto/&lt;/a&gt; (en anglais seulement).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLR : Nicole Davies pr&#233;cise que ces camps culturels sont organis&#233;s par des Autochtones pour les Autochtones et sont ax&#233;s sur la transmission culturelle. Bien que souvent d&#233;di&#233;s aux jeunes, ils s'adressent aussi parfois aux adultes et peuvent prendre la forme de programmations culturelles s'&#233;tendant sur une journ&#233;e ou une fin de semaine. On y enseigne les connaissances propres au territoire de la nation, la langue, les c&#233;r&#233;monies et les pratiques artistiques. Ces camps servent &#224; contrecarrer les effets du colonialisme sur la transmission des connaissances et visent la revitalisation des pratiques culturelles et spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nicole Davies est organisatrice communautaire, conservatrice de semences et chercheuse. Elle est d'origines M&#233;tis de la Rivi&#232;re-Rouge et Saulteaux, et certains de ses anc&#234;tres &#233;taient des colonisateurs blancs. Elle est gestionnaire de projets chez Sovereign Seeds, un organisme dirig&#233; par des Autochtones qui &#339;uvre dans ce qu'on appelle le Canada et qui vise &#224; favoriser la vitalit&#233; des semences et des cultures des peuples autochtones. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Miriam Hatabi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : R&#233;mi Leroux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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