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	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
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		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
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		<title>La guerre du saumon &#224; Restigouche. 40 ans de redites</title>
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		<dc:date>2023-02-17T01:41:46Z</dc:date>
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		<dc:creator>Miriam Hatabi, Pascal Huot</dc:creator>


		<dc:subject>Hatabi, Miriam</dc:subject>
		<dc:subject>Huot, Pascal</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;moire des luttes</dc:subject>
		<dc:subject>Peuples autochtones</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 11 juin 1981, le gouvernement du Qu&#233;bec envoie 500 agents de police dans la communaut&#233; de Listuguj, dans la Baie-des-Chaleurs. &#192; l'occasion du 40e anniversaire de l'escarmouche &#224; Restigouche, &#192; b&#226;bord ! revisite les &#233;v&#233;nements et pousse la r&#233;flexion sur les conflits actuels avec l'ethnologue Pascal Huot. Propos recueillis par Miriam Hatabi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;v&#233;nements de Listuguj, bien que peu connus, ont &#233;t&#233; marquants dans la trame historique des contestations et des mobilisations autochtones (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Huot-Pascal-+" rel="tag"&gt;Huot, Pascal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Memoire-des-luttes-+" rel="tag"&gt;M&#233;moire des luttes&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/245234-2.png?1676597674' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;668&#034; height=&#034;442&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 11 juin 1981, le gouvernement du Qu&#233;bec envoie 500 agents de police dans la communaut&#233; de Listuguj&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien que parfois utilis&#233;s de fa&#231;on interchangeable, Listuguj d&#233;signe la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans la Baie-des-Chaleurs. &#192; l'occasion du 40e anniversaire de l'escarmouche &#224; Restigouche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clin d'&#339;il &#224; la chanson d'Edith Butler intitul&#233;e &#171; Escarmouche &#224; Restigouche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;&#192; b&#226;bord !&lt;/i&gt; revisite les &#233;v&#233;nements et pousse la r&#233;flexion sur les conflits actuels avec l'ethnologue Pascal Huot. Propos recueillis par Miriam Hatabi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de Listuguj, bien que peu connus, ont &#233;t&#233; marquants dans la trame historique des contestations et des mobilisations autochtones autour des enjeux d'acc&#232;s au territoire et aux ressources. Selon Pascal Huot, ils peuvent m&#234;me &#234;tre compris comme un pr&#233;lude &#224; la &#171; crise d'Oka &#187; dont on aurait pu tirer de nombreuses le&#231;ons &#8211; ce que des &#233;v&#233;nements tout r&#233;cents tendent &#224; confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#233;v&#233;nements de juin 1981&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 9 juin 1981, Lucien Lessard, alors ministre du Loisir, de la Chasse et de la P&#234;che, lance un ultimatum de 24 heures aux Mi'kmaq pour qu'ils cessent leurs activit&#233;s de p&#234;che au saumon, suivant l'annonce de son interdiction par le gouvernement de Ren&#233; L&#233;vesque. Cette interdiction s'inscrit dans un discours selon lequel la ressource &#8211; le saumon &#8211; serait en danger et devrait &#234;tre pr&#233;serve&#233;e, ce que la p&#234;che mi'kmaw compromettrait. &#192; l'&#233;poque, les rivi&#232;res &#224; saumon de la Gasp&#233;sie sont tr&#232;s pris&#233;es par des p&#234;cheurs sportifs am&#233;ricains qui font la fortune des clubs de p&#234;che priv&#233;s du coin : la ressource &#171; &#224; pr&#233;server &#187; est, en v&#233;rit&#233;, &#224; r&#233;server &#224; ces touristes bien nantis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'au matin du 11 juin 1981, suivant le refus des Mi'kmaq de cesser leurs activit&#233;s ancestrales de p&#234;che au filet dans la rivi&#232;re Restigouche, d&#233;barque l'escouade anti&#233;meute, accompagn&#233;e de gardes forestiers et d'agents de police locaux charg&#233;s de confisquer les filets de p&#234;che. &#171; &lt;em&gt;En plus, il faut comprendre que depuis les ann&#233;es 1850, les Mi'kmaq sont consid&#233;r&#233;s comme des &#8220;braconniers&#8221;, puisqu'ils n'ont pas le droit de p&#234;cher sur leur rivi&#232;re. Si les Mi'kmaq refusent d'arr&#234;ter leurs activit&#233;s, c'est non seulement parce que la p&#234;che au filet fait partie de leurs droits ancestraux, mais aussi parce que l'endroit sur la rivi&#232;re Restigouche est le lieu historique de p&#234;che pour la communaut&#233;. Et pour comble, la p&#234;che au filet leur est interdite alors que la p&#234;che commerciale au Nouveau-Brunswick, sur la m&#234;me rivi&#232;re, se poursuit librement&lt;/em&gt; &#187;, raconte Huot. Il souligne le caract&#232;re spectaculaire de l'intimidation et de la violence des policiers qui d&#233;barquent dans la communaut&#233; : &#171; &lt;em&gt;C'est aberrant. &#192; Listuguj, il y avait une volont&#233; gouvernementale de faire peur et d'impressionner : il y avait des h&#233;licopt&#232;res, on compte trois policiers pour chaque p&#234;cheur, certains arm&#233;s de matraques. En proportion, c'est in&#233;gal&#233; de nos jours, par exemple dans les manifestations o&#249; l'escouade anti&#233;meute est d&#233;ploy&#233;e&lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De nombreux &#233;chos depuis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On peut donc parler d'un pr&#233;lude &#224; la crise d'Oka. &#192; Oka, en plus des graves violences ponctuelles, la crise a beaucoup &#233;t&#233; marqu&#233;e par de fortes tensions et de l'intimidation sur une longue dur&#233;e. Lors des &#233;v&#233;nements de Listuguj, la violence &#233;tait plus d&#233;complex&#233;e : &#171; &lt;em&gt;L'escouade anti&#233;meute des ann&#233;es 1980, ce n'&#233;tait pas des enfants de ch&#339;ur. C'&#233;tait une force mobilis&#233;e pour intimider, d'une violence impressionnante : les p&#234;cheurs ont &#233;t&#233; tir&#233;s par les cheveux, plusieurs ont &#233;t&#233; matraqu&#233;s, les filets de p&#234;che ont &#233;t&#233; coup&#233;s au couteau. M&#234;me les bateaux des gardes forestiers sont utilis&#233;s pour couper les filets de p&#234;che. Il y a de quoi de surr&#233;aliste dans cette histoire. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi l'une des premi&#232;res fois que les conflits entre le gouvernement et les communaut&#233;s autochtones autour du territoire et des ressources font br&#232;che dans la toile m&#233;diatique qu&#233;b&#233;coise. Cette br&#232;che ne suffit toutefois pas &#224; susciter une r&#233;flexion en profondeur sur les rapports de pouvoir coloniaux qui perdurent : &#171; &lt;em&gt;Apr&#232;s la crise &#224; Listuguj, on aurait pu penser que tout le monde allait faire une prise de conscience, comme quoi il y a une r&#233;alit&#233; autochtone qu'on doit apprendre &#224; conna&#238;tre et prendre en compte. Mais la crise d'Oka nous a montr&#233; qu'il n'y avait pas eu assez d'efforts en ce sens, puisque les &#233;v&#233;nements se sont r&#233;p&#233;t&#233;s&lt;/em&gt; &#187;, avance Huot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire ne s'arr&#234;te pas non plus &#224; Oka. &#192; l'automne 2020, &#224; Saulnierville en Nouvelle-&#201;cosse, un conflit &#233;clate entre p&#234;cheurs de homard autochtones et allochtones. Tout comme &#224; Listuguj, &#224; Saulnierville, les questions de pr&#233;servation de la ressource et de droits ancestraux sont mobilis&#233;es de part et d'autre. Pascal Huot r&#233;fl&#233;chit : &#171; &lt;em&gt;On a l'impression que l'histoire se r&#233;p&#232;te : on passe du saumon au homard, mais c'est la m&#234;me rengaine. La loi n'aide pas : la p&#234;che de subsistance est reconnue, mais elle est mal d&#233;finie, et pour cette raison, les conflits sont vou&#233;s &#224; se r&#233;p&#233;ter. Ce qui se produit en Nouvelle-&#201;cosse, c'est aussi une redite de Restigouche. &lt;/em&gt; &#187; La diff&#233;rence demeure que dans ce dernier cas, le conflit oppose directement p&#234;cheurs allochtones et autochtones, tandis que la police se pose en observatrice et en arbitre. Selon Huot, il y a lieu de s'inqui&#233;ter : &#171; &lt;em&gt;Est-ce que les relations vont redevenir saines ? Restera-t-il une ranc&#339;ur et une m&#233;connaissance ? La m&#234;me population continuera de se c&#244;toyer en haute mer, sur les quais&#8230; Il ne faudra pas que le conflit perdure trop longtemps, puisque m&#234;me une fois le conflit r&#233;gl&#233;, les risques que les querelles perdurent sont assez &#233;lev&#233;s. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une histoire condamn&#233;e &#224; se r&#233;p&#233;ter&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour Huot, l'un des n&#339;uds du probl&#232;me, dans les deux cas, se situe dans la superposition des juridictions, qui m&#232;ne les Autochtones luttant pour la reconnaissance de leurs droits ancestraux &#224; s'adresser &#224; de multiples cours provinciales et f&#233;d&#233;rales. &#171; &lt;em&gt;Dans certains cas, il faut n&#233;gocier avec le f&#233;d&#233;ral, avec le provincial au Qu&#233;bec et le provincial au Nouveau-Brunswick. &#199;a finit plus ! C'est rendu d'une complexit&#233; peut-&#234;tre volontaire : &#231;a fait que les probl&#232;mes se r&#232;glent pas, &#231;a perdure dans le temps, c'est un moyen de ne pas payer et de ne pas r&#233;gler.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Pascal Huot conc&#232;de que certains efforts ont &#233;t&#233; faits, autant du c&#244;t&#233; des corps de police que des m&#233;dias, pour que les r&#233;alit&#233;s autochtones soient mieux connues, comprises et repr&#233;sent&#233;es, &#171; &lt;em&gt;le rapport de force demeure le m&#234;me : les conflits ne sont pas d'&#233;gal &#224; &#233;gal. On est tomb&#233; dans une dynamique o&#249; le seul recours est le recours juridique, un no man's land gouvernemental et la fin de tout &#231;a, je la vois pas. Chaque fois, on retombe dans le m&#234;me jeu de n&#233;gociations gouvernementales afin de faire reconna&#238;tre les droits sur le territoire. On retombe dans les m&#234;mes &lt;/em&gt;patterns&lt;em&gt;, les conflits peuvent &#234;tre confondus, c'en est aberrant. Pour les Autochtones, ce n'est m&#234;me pas de faire reconna&#238;tre leur droit sur le territoire et leur droit &#224; g&#233;rer le territoire, c'est de faire reconna&#238;tre leur autonomie, et c'est &#224; eux de faire la preuve de leur pr&#233;sence ancestrale et de leur capacit&#233; de g&#233;rer le territoire et la ressource. Cette preuve &#224; d&#233;montrer engendre des co&#251;ts. En plus, sous la Loi sur les Indiens, les Autochtones sont encore consid&#233;r&#233;s comme des enfants, ils ne sont pas majeurs. Il y a une refonte des mentalit&#233;s et des lois qui doivent &#234;tre faites. &lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Listuguj, Oka, Saulnierville et bien d'autres sont quelques-unes des nombreuses manifestations contemporaines du colonialisme dans ce qu'il a de plus violemment mat&#233;riel : les enjeux d'acc&#232;s au territoire et aux ressources sont encore aux fondements de la r&#233;pression de l'&#201;tat devant les revendications autochtones pour l'autonomie et l'autod&#233;termination.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien que parfois utilis&#233;s de fa&#231;on interchangeable, Listuguj d&#233;signe la communaut&#233; et le village, alors que Restigouche est le nom donn&#233; &#224; la rivi&#232;re qui coule en direction nord-est &#224; partir du Nouveau-Brunswick jusqu'&#224; se d&#233;verser dans la Baie-des-Chaleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clin d'&#339;il &#224; la chanson d'Edith Butler intitul&#233;e &#171; Escarmouche &#224; Restigouche &#187; sur l'album Je m'appelle Edith, paru en 1981, qui raconte de mani&#232;re contestatrice les &#233;v&#233;nements de la semaine du 11 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pascal Huot est chercheur ind&#233;pendant. Dipl&#244;m&#233; en &#233;tudes autochtones, il a &#233;galement effectu&#233; une ma&#238;trise en ethnologie &#224; l'Universit&#233; Laval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo : Rene Martin, p&#234;cheur mi'kmaw, escort&#233; par des policiers l'agrippant par les cheveux. Tir&#233; d'Escarmouche &#224; Restigouche d'Alanis Obomsawin, 1984 (&lt;a href=&#034;http://www.onf.ca/film/evenements_de_restigouche&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.onf.ca/film/evenements_de_restigouche&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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