<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.ababord.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
	<link>https://www.ababord.org/</link>
	<description>Publication ind&#233;pendante paraissant quatre fois par ann&#233;e, la revue &#192; b&#226;bord ! est &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec par des militant&#183;e&#183;s, des journalistes ind&#233;pendant&#183;e&#183;s, des professeur&#183;e&#183;s, des &#233;tudiant&#183;e&#183;s, des travailleurs et des travailleuses, des rebelles de toutes sortes et de toutes origines proposant une r&#233;volution dans l'organisation de notre soci&#233;t&#233;, dans les rapports entre les hommes et les femmes et dans nos liens avec la nature.
&#192; b&#226;bord ! a pour mandat d'informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d'offrir un espace ouvert pour d&#233;battre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d'origine populaire. &#192; b&#226;bord ! veut appuyer les efforts de ceux et celles qui traquent la b&#234;tise, d&#233;noncent les injustices et organisent la r&#233;bellion.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.ababord.org/spip.php?id_mot=1322&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Revue &#192; b&#226;bord !</title>
		<url>https://www.ababord.org/local/cache-vignettes/L144xH53/siteon0-9c6c5.png?1729015892</url>
		<link>https://www.ababord.org/</link>
		<height>53</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Nos corps de jeunes vieilles, ils en pensent quoi du f&#233;minisme ?</title>
		<link>https://www.ababord.org/Nos-corps-de-jeunes-vieilles-ils-en-pensent-quoi-du-feminisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.ababord.org/Nos-corps-de-jeunes-vieilles-ils-en-pensent-quoi-du-feminisme</guid>
		<dc:date>2021-07-19T14:54:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Am&#233;lie Chanez</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; et services sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233; des femmes et droits reproductifs</dc:subject>
		<dc:subject>Chanez, Am&#233;lie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment se d&#233;finir comme femmes et f&#233;ministes vieillissantes dans nos soci&#233;t&#233;s contemporaines plurielles ? Quels dialogues se forment entre le corps et l'id&#233;ation de son contr&#244;le ? Voil&#224; des questions que nous nous proposons d'&#233;lucider &#224; travers la socioanalyse d'une discussion entre neuf femmes &#226;g&#233;es entre 35 et 45 ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les femmes qui ont particip&#233; &#224; la discussion ont eu des difficult&#233;s &#224; se d&#233;finir par un chiffre. L'&#226;ge, c'est relatif et nous en avons de multiples, ont-elles dit en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.ababord.org/-Dossier-Vieillr-" rel="directory"&gt;Dossier : Vieillir&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-et-services-sociaux-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; et services sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Sante-des-femmes-et-droits-+" rel="tag"&gt;Sant&#233; des femmes et droits reproductifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.ababord.org/+-Chanez-Amelie-+" rel="tag"&gt;Chanez, Am&#233;lie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.ababord.org/IMG/logo/arton3157.jpg?1642092261' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; width=&#034;800&#034; height=&#034;791&#034; alt=&#034;&#034;/&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment se d&#233;finir comme femmes et f&#233;ministes vieillissantes dans nos soci&#233;t&#233;s contemporaines plurielles ? Quels dialogues se forment entre le corps et l'id&#233;ation de son contr&#244;le ? Voil&#224; des questions que nous nous proposons d'&#233;lucider &#224; travers la socioanalyse d'une discussion entre neuf femmes &#226;g&#233;es entre 35 et 45 ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette rencontre, d'une dur&#233;e de 3 h 30, s'est tenue le 31 janvier 2020 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les femmes qui ont particip&#233; &#224; la discussion ont eu des difficult&#233;s &#224; se d&#233;finir par un chiffre. L'&#226;ge, c'est relatif et nous en avons de multiples, ont-elles dit en contournant la question portant sur leur &#226;ge ressenti. L'&#226;ge est effectivement un r&#233;f&#233;rent identitaire complexe. Le mod&#232;le de l'identit&#233; de Nathalie Heinich&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nathalie Heinich, Ce que n'est pas l'identit&#233;, Paris, Gallimard, 2018, 134 p.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; peut aider &#224; en d&#233;nouer les fils. Lorsque les participantes affirment que l'&#226;ge &#171; &lt;em&gt;c'est dans la t&#234;te&lt;/em&gt; &#187;, qu'elles ne &#171; &lt;em&gt;sentent pas leur &#226;ge&lt;/em&gt; &#187;, elles font r&#233;f&#233;rence au premier moment de ce mod&#232;le, soit l'autoperception. Lorsqu'elles se maquillent, choisissent leurs tenues ou autres pratiques corporelles, il s'agit du second moment de l'identit&#233; o&#249; le sujet se met en sc&#232;ne, se pr&#233;sente aux yeux des autres avec des signes interpr&#233;tables. C'est ce qu'Heinich nomme la repr&#233;sentation. S'en suit la critique, le moment du jugement de l'autre sur la repr&#233;sentation du sujet. Ce troisi&#232;me moment survient lors d'un commentaire re&#231;u tel que &#171; &lt;em&gt;tu ne fais pas ton &#226;ge&lt;/em&gt; &#187; ou tout simplement lorsque les autres portent un int&#233;r&#234;t &#224; la repr&#233;sentation ou l'ignorent.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Heinich, les sujets sont en constante recherche de mise en coh&#233;rence de ces trois moments. Compl&#233;tons ce mod&#232;le par une dimension intersubjective pour comprendre que le complexe de l'identit&#233; d'un sujet se construit aussi et surtout en rentrant en r&#233;sonance/dissonance et/ou en lutte de reconnaissance avec d'autres sujets qui s'autoper&#231;oivent et se mettent en sc&#232;ne. C'est ainsi que l'&#226;ge et les signes de vieillissement des autres sujets en repr&#233;sentation, que ce soit les parents, les coll&#232;gues du bureau, les s&#339;urs, les tantes, les conjoints, les amants ou les &#171; jeunes filles &#187; du cours de danse influencent le rapport &#224; l'&#226;ge de nos participantes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'aversion du vieillissement&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ge pour soi/pour l'autre ne peut faire fi des normes et des valeurs soci&#233;tales qui lui donnent sens. Or, les r&#233;f&#233;rences constantes &#224; l'apparence et &#224; l'esth&#233;tique sont les signes symptomatiques d'une aversion occidentale pour le vieillissement et d'une idol&#226;trie pour la jeunesse. En ce sens, il nous appara&#238;t tr&#232;s &#233;vocateur que les participantes se soient r&#233;f&#233;r&#233;es d'elles-m&#234;mes &#224; la jeunesse pour situer leur &#226;ge ressenti alors que nous leur proposions uniquement de s'identifier &#224; un &#226;ge num&#233;rique. Bien qu'elles mentionnent valoriser l'exp&#233;rience et la maturit&#233; reli&#233;es au vieillissement, la volont&#233; marqu&#233;e de rester, de para&#238;tre et de se sentir jeune est transversale dans leurs discours et leurs pratiques corporelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al de la jeunesse n'est pas qu'apparence, c'est aussi et surtout pour ces femmes un synonyme de dynamisme, de possibilit&#233;s et d'&#233;nergie sans limites. Les signes du vieillissement comme les probl&#232;mes de chevilles apr&#232;s avoir couru, les maux d'estomac apr&#232;s avoir bu du vin rouge et tous les petits bobos qui sont plus r&#233;currents ou ne gu&#233;rissent plus aussi facilement prennent alors aussi la forme ressentie d'un corps physique qui commence &#224; s'&#233;chauffer et qui devient moins r&#233;silient. Vieillir c'est aussi, pour elles, l'esprit qui commence &#224; s'effacer et les capacit&#233;s cognitives &#224; d&#233;faillir. Tous ces signes annoncent les limites du corps humain, la fin de la toute-puissance et la mort in&#233;vitable des sujets avec toutes les angoisses existentielles que cela peut faire vivre.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les autres r&#233;f&#233;rences normatives qui traversent les constructions identitaires de nos participantes, soulignons la prescription de l'authenticit&#233;. Comme le montre le sociologue Alain Ehrenberg&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Ehrenberg, La fatigue d'&#234;tre soi. D&#233;pression et soci&#233;t&#233;, Paris, Odile (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la d&#233;traditionnalisation des ann&#233;es 1960 et l'&#233;mancipation des individus qui en a r&#233;sult&#233; n'ont pas donn&#233; lieu &#224; une perte de rep&#232;res normatifs, mais plut&#244;t &#224; une possible confusion dans le pluralisme. L'individualisme a aussi &#233;t&#233; la source de nouvelles normes comme les injonctions &#224; devenir soi-m&#234;me, &#224; &#171; s'assumer &#187;, &#224; choisir, &#224; en porter la responsabilit&#233; personnelle et donc &#224; utiliser ses &#171; ressources internes &#187; pour donner un sens &#224; son existence. Ce qui place les sujets postmodernes dans un mouvement permanent de remises en question, de doutes et les expose &#224; ce qu'Ehrenberg nomme la &#171; fatigue d'&#234;tre soi &#187;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#226;ge au f&#233;minin et l'&#233;clipse intersectionnelle expliqu&#233;e&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le choix de l'&#226;ge de notre &#233;chantillon se situant entre 35-45 ans n'est pas anodin. Pas plus que ne l'est le fait que toutes ces femmes aient r&#233;alis&#233; des &#233;tudes sup&#233;rieures, soient h&#233;t&#233;rosexuelles, cisgenres et appartiennent &#224; la classe moyenne sup&#233;rieure. Nous assumons l'&#233;clipse des autres variables intersectionnelles puisque nous avons fait le choix raisonn&#233; d'interroger des femmes qui sont susceptibles de percevoir et de vivre les premiers stigmates du vieillissement d'une mani&#232;re commune. Malgr&#233; et par leurs privil&#232;ges sociaux, elles ont appris que leur corps f&#233;minin peut devenir une valeur ajout&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les doubles standards du vieillissement&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les femmes que nous avons interrog&#233;es per&#231;oivent avec indignation l'existence de doubles standards du vieillissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Je pense que les femmes, pour le regard des autres, vieillissent pr&#233;matur&#233;ment. &lt;/em&gt; &#187; &#8211; Gabrielle&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Chez les hommes, c'est un vieillissement alors que chez les femmes, c'est un fl&#233;trissement.&lt;/em&gt; &#187; &#8211; Isabelle&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Le regard qui est port&#233; sur la femme vieillissante est plut&#244;t dur parce que la femme vieillissante perd du pouvoir. L'homme gagne dans les repr&#233;sentations sociales m&#234;me s'il perd en beaut&#233;. Ses tempes un peu grisonnantes sont regard&#233;es comme quelque chose de beau, comme de l'exp&#233;rience.&lt;/em&gt; &#187; &#8211; Jeanne&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jugement plus s&#233;v&#232;re envers le corps des femmes s'accompagne d'une in&#233;galit&#233; de nature biologique : la maternit&#233;. Pour les m&#232;res participantes, la maternit&#233; a &#233;t&#233; une exp&#233;rience corporelle transformatrice de longue dur&#233;e qui am&#232;ne des reconstructions identitaires dans une logique de r&#233;appropriation de soi. Pour celles qui n'ont pas d'enfants, la perspective de la quarantaine entra&#238;ne une remise en question identitaire importante qui peut m&#234;me &#234;tre v&#233;cue comme une injustice de genre, voire un double standard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Les gars peuvent faire leur famille quand ils veulent, jusqu'&#224; l'&#226;ge qu'ils veulent et moi j'ai une date limite et un temps limite &lt;/em&gt;[&#8230;] &lt;em&gt;Nous n'avons pas les m&#234;mes opportunit&#233;s, le m&#234;me &#233;ventail de choix&lt;/em&gt; [&#8230;] &lt;em&gt;J'aimerais cela pouvoir choisir.&lt;/em&gt; &#187; &#8211; Catherine&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les paradoxes de l'&#226;ge au f&#233;minin pour des f&#233;ministes&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En plus d'&#234;tre socialis&#233;es par les normes du &#171; bien vieillir &#187; et de l'authenticit&#233;, les pan&#233;listes construisent leur complexe identitaire dans un contexte social o&#249; se multiplient les rep&#232;res normatifs f&#233;ministes. Comme elles l'ont elles-m&#234;mes pr&#233;cis&#233;, &#171; &lt;em&gt;il n'y a pas un, mais des f&#233;minismes&lt;/em&gt; &#187;. De fait, il existe une multitude de prescriptions normatives parfois difficilement conciliables telles que : une femme doit &#234;tre jeune et belle, mais ne doit pas &#234;tre r&#233;duite &#224; son apparence ; il ne faut pas se comparer aux autres ; l'important c'est se sentir femme soi-m&#234;me ; le genre est une construction sociale ; le corps appartient &#224; la femme, mais la ma&#238;trise de son corps et la s&#233;duction peuvent &#234;tre synonymes d'&lt;em&gt;empowerment&lt;/em&gt;. Ces injonctions normatives potentiellement contradictoires fournissent &#233;ventuellement des mat&#233;riaux pour se bricoler une mise en coh&#233;rence identitaire individuelle.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mani&#232;re de faire la synth&#232;se au f&#233;minin de ce pluralisme consiste &#224; percevoir son autodiscipline corporelle comme une repr&#233;sentation choisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Assumer que je suis une femme puis que j'ai le droit de m'habiller sexy si &#231;a me tente. Le maquillage, pour moi, c'est un extra&lt;/em&gt; [&#8230;] &lt;em&gt;mais au quotidien je refuse de le faire. Je refuse d'entrer l&#224;-dedans, mais c'est un geste conscient.&lt;/em&gt; &#187; &#8211; Bianca&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Je suis f&#233;ministe. Je fais ce que j'ai envie de faire, puis si j'ai le go&#251;t d'avoir une belle apparence, bien, je suis f&#233;ministe et je veux avoir une belle apparence.&lt;/em&gt; &#187; &#8211; Catherine&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La fatigue d'&#234;tre soi au f&#233;minin&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette tension entre les normes de beaut&#233; et la n&#233;cessit&#233; de s'en &#233;manciper peut conduire &#224; une fatigue d'&#234;tre soi au f&#233;minin. Pour certaines femmes, comme pour &#201;milie, la question de l'importance de l'esth&#233;tique du corps pour une femme f&#233;ministe vieillissante, c'est d'abord et avant tout un probl&#232;me d'autoperception qui se vit au quotidien surtout dans un contexte de transmission interg&#233;n&#233;rationnelle m&#232;re-fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;em&gt;Je trouve cela tr&#232;s difficile en tant que f&#233;ministe&lt;/em&gt; [&#8230;] &lt;em&gt;J'&#233;l&#232;ve une adolescente puis je suis la premi&#232;re personne &#224; lui dire que ce n'est pas important puis s'il y a bien une chose que j'ai r&#233;ussie, je ne mets jamais mes incertitudes devant elle. Elle a comme cent fois plus de confiance en elle que je n'ai jamais eue gr&#226;ce &#224; cela. Je suis tr&#232;s fi&#232;re, mais c'est cela que je trouve fou. Je me sens quasiment hypocrite de lui dire ces choses-l&#224;.&lt;/em&gt; &#187; &#8211; &#201;milie&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; leur autoperception, au jugement des autres, en choisissant de &#171; bien vieillir &#187; ou par n&#233;cessit&#233;, les participantes retravaillent constamment leur identit&#233; en adoptant des disciplines corporelles. Ainsi, &#201;lo&#239;se fait du v&#233;lo pour se rendre au travail chaque jour et se teint les cheveux depuis maintenant quelques ann&#233;es. Paule, elle, a arr&#234;t&#233; de se teindre les cheveux il y a deux ans, les a ras&#233;s et elle suit maintenant des cours de yoga chaud. &#201;milie pratique le &lt;em&gt;spinning&lt;/em&gt; trois fois par semaine et tente de maintenir des pratiques alimentaires saines. Marie et Jeanne font de la course et des demi-marathons. Jeanne avoue m&#234;me avoir eu recours &#224; la chirurgie esth&#233;tique.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement de l'autre sur sa beaut&#233; ou son &#226;ge, qu'il provienne des jeunes filles qui envient leur vieillissement ou d'un amoureux qui les choisit, elles, au lieu des autres femmes plus jeunes, favorisent cette autoperception d'un soi f&#233;minin en pleine ma&#238;trise de son &#226;ge. Ici appara&#238;t un dernier effet paradoxal des injonctions normatives multiples : pour ces femmes, &#171; ne pas faire son &#226;ge &#187; dans le regard de l'autre semble produire un complexe de sentiments troubles entre le plaisir, la fiert&#233;, la frustration et la culpabilit&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impossible individualit&#233; et la n&#233;cessaire intersubjectivit&#233;&lt;br&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Est-ce vraiment possible de ne pas se d&#233;finir en dehors de l'autre ? Est-ce moi ou l'autre qui me veut belle et jeune ? Quand commence le sujet f&#233;minin qui s'autod&#233;finit et quand se termine le sujet socialis&#233; par les jugements ? La fronti&#232;re entre &lt;em&gt;ego&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;alter&lt;/em&gt; s'av&#232;re tr&#232;s poreuse. En fait, comme le souligne judicieusement Judith Butler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Butler, Troubles dans le genre. Pour un f&#233;minisme de la subversion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, m&#234;me le fait de se jouer des normes et de les re-signifier demande d'abord l'int&#233;riorisation de celles-ci. Les femmes que nous avons r&#233;unies &#233;non&#231;aient clairement le besoin de communiquer ce qu'elles vivaient et de sortir de leur solitude existentielle. Telle une socioth&#233;rapie collective, leur rencontre dans l'intersubjectivit&#233; leur a permis de partager leur complexe identitaire et de se reconna&#238;tre dans celui des autres pour soulager, l'espace d'un instant, la fatigue d'&#234;tre soi au f&#233;minin.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette rencontre, d'une dur&#233;e de 3 h 30, s'est tenue le 31 janvier 2020 &#224; Montr&#233;al. Les noms des participantes ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nathalie Heinich, &lt;em&gt;Ce que n'est pas l'identit&#233;&lt;/em&gt;, Paris, Gallimard, 2018, 134 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Ehrenberg, &lt;em&gt;La fatigue d'&#234;tre soi. D&#233;pression et soci&#233;t&#233;&lt;/em&gt;, Paris, Odile Jacob, 1998, 320 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Butler, &lt;em&gt;Troubles dans le genre. Pour un f&#233;minisme de la subversion&lt;/em&gt;, Paris, &#201;ditions la D&#233;couverte, 2005, 283 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Am&#233;lie Chanez est enseignante en sociologie au Coll&#232;ge de Maisonneuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : &lt;i&gt;La Toilette&lt;/i&gt;, Louise Catherine Breslau, 1898.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
